Planète Web Sémantique

October 22, 2014

David Larlet

Enseignement et acquisition

Easier to ask for forgiveness than permission. This common Python coding style assumes the existence of valid keys or attributes and catches exceptions if the assumption proves false. This clean and fast style is characterized by the presence of many try and except statements. The technique contrasts with the LBYL style common to many other languages such as C.

EAFP

J’ai appris qu’il y avait eu une suite à l’intervention de SudWeb au sujet de l’enseignement de l’intégration lors de ParisWeb (merci Boris !). On peut dire que ça tombe au bon moment. Tout cela m’amène à faire un parallèle entre des paradigmes de langages de programmation (EAFP vs. LBYL) et l’opposition pratique vs. théorique que l’on rencontre forcément lorsque l’on souhaite transmettre ses connaissances. À quel point faut-il prévenir plutôt que guérir ? Qu’est-ce qui est le plus formateur ?

J’ai pour l’instant pris l’option très expérimentale : produisez, je vous corrige. Et j’espère bien arriver jusqu’à un point où cela deviendra : produisez, corrigez-vous ! Ce vous correspondant au groupe et aux connaissances accessibles en ligne. Mais je suis tiraillé. Ces étudiants ont la chance d’avoir une formation et je leur propose de devenir autodidactes. Est-ce que je ne les prive pas ainsi d’une théorie qui m’a manquée pour pouvoir progresser plus rapidement il y a 10 ans ? Est-ce que les trentenaires du Web (huhuhu) ne se cachent pas derrière cette mise en pratique car ils n’ont connu que ça ?

Et puis je me raccroche à la permissivité du Web, à cette inconsistence inscrite dans son ADN, à ces paquets qui errent entre 2 continents avec l’espoir d’arriver quelque part. J’imagine ces étudiants qui souhaitent à tout prix être autonomes alors qu’il va leur falloir apprendre à faire ensemble. Qui veulent appliquer de la bonne pratique sans forcément en comprendre le sens et le besoin. Je les observe, perdus mais volontaires, et je garde espoir. Ils ont encore le temps pour faire des erreurs et l’énergie pour se relever.

October 22, 2014 11:00 AM

October 21, 2014

David Larlet

Cours IUT : les bases

The plan is a lie.

Retours sur mon premier cours à l’IUT d’Arles. La journée a assez mal commencée avec l’impossibilité de retrouver mes adaptateurs DVI-miniDVI… ce qui ajoutait une légère contrainte en plus. Du coup après un petit tour de classe où j’ai pu confirmer que les niveaux étaient vraiment disparates ET que le cours précédents sur les bases de HTML/CSS n’avait pas été assimilé, on est partis sur un petit projet qui nous a servi de fil rouge tout au long de la matinée. J’ai retenu 2 volontés fortes de la part des étudiants : devenir plus autonomes et améliorer la qualité de leurs productions. Yay!

Par groupe de 4 ou 5, les étudiants ont créé une page selon le brief précédemment décrit avec pour consigne de se répartir en groupes de niveaux homogènes. Après 45 minutes, l’un des étudiants (pas celui qui était sur le clavier) présente le travail du groupe à toute la classe. On part ensuite sur l’itération suivante avec des contraintes supplémentaires (dont celle permanente d’avoir une rotation au niveau de la personne qui code). On a pu faire 4 itérations sur la matinée avec les contraintes suivantes :

  • démarrage libre ;
  • repartir sur des bases saines comme HTML5Boilerplate avec les avantages/inconvénients associés, rappels sur les reset (connu) et le centrage des éléments ;
  • ne pas utiliser les attributs id/class pour styler la page (merci Vincent !) et donc mieux utiliser les balises HTML 5 et les sélecteurs, introduction aux sélecteurs + et > notamment ;
  • réorganiser sa CSS pour avoir quelque chose de propre et transmissible, introduction aux frameworks CSS.

Les itérations se sont fluidifiées au cours de la matinée avec des rappels et des conseils au fil de l’eau de ma part. Les résultats étaient finalement assez différents en fonction de la priorité du groupe : transmettre et homogénéiser les connaissances (collaboration) ou arriver à un résultat en se répartissant les tâches (coopération). Les deux approches étaient intéressantes car elles sont représentatives de ce qu’ils pourront rencontrer par la suite.

Quelques réflexions en vrac :

  • tous les groupes ont commencé par faire un menu alors qu’une seule page était demandée, assez marrant ;
  • aucun groupe ne s’est préoccupé du contenu sur la première itération, l’attention était entièrement sur les images et la CSS ;
  • aucun échange n’a été fait entre les groupes, ni même un coup d’œil pour se rendre compte qu’ils avaient pris la même image sur Google pour illustrer le site ;
  • j’aurais dû changer l’étudiant qui a initialement pris le clavier (le plus compétent) pour laisser mettre en place les bases par quelqu’un de moins expérimenté ;
  • les étudiants ont maintenant leur propre machine (majoritairement des Macbook) et passent par des bidouilles à base de clés USB et de connexions 3G pour travailler alors qu’il y a des machines connectées en Windows juste à côté, je vais essayer d’apporter mon propre réseau local la prochaine fois car la situation est assez hallucinante.

Globalement les étudiants avaient l’air assez satisfaits. La mini-rétrospective en fin de cours a fait émerger 2 propositions pour le prochain cours :

  • travailler en plus petits groupes (2/3) ;
  • plancher sur un sujet plus proche de leurs intérêts.

Ce sera donc adopté en repartant des bases acquises pour aller vers un peu plus de dynamisme vu qu’ils sont friands d’effets en JavaScript/jQuery, il faut aussi que je leur parle de Flexbox et qu’on prenne le temps de faire une introduction aux différentes méthodes pour initier un site. J’ai reçu 3 emails d’élèves qui souhaitaient me montrer ce qu’ils avaient déjà produit (à mon initiative), c’est peu sur un effectif de 24 mais c’est déjà ça :-).

October 21, 2014 11:00 AM

October 18, 2014

David Larlet

Cours IUT Arles

De toute façon, celui qui donne des conseils cherche d’abord à s’éduquer lui-même. Parler à quelqu’un est une manière détournée de se parler à soi. Ne croyez pas que j’aie une triste vision des rapports humains. Certes, je pense que l’autre nous permet d’accéder à notre propre intimité. Mais se comprendre est le meilleur service qu’on puisse rendre à ceux qu’on aime.

Manuel d’écriture et de survie, Martin Page

Je vais donner des cours à partir de lundi à des étudiants de licence à l’IUT d’Arles. Officiellement, il faut que je leur transmette des connaissances en CSS avancées, JavaScript, jQuery et PHP en 6 demi-journées. J’ai lu avec grand intérêt les témoignages de Romy et Rémi à ce sujet et je me pose encore de trop nombreuses questions. Les participants auront un bagage technique assez hétérogène et auront plutôt une culture design que code d’après ce qui m’a été dit.

Je compte utiliser la première matinée pour prendre la température et m’adapter par la suite. Je souhaiterais avoir le déroulé suivant :

  1. Nous sommes le 20 décembre 2014, cette formation s’est déroulée jusqu’à son terme, imaginez 2 scenarios (l’un positif, l’autre négatif) de ce que vous allez dire à la promotion suivante sur ce cours.
  2. Parcours personnel et compétences transmissibles.
  3. Envoyez-moi une URL dont vous êtes fier/heureuse par email.
  4. Vous allez être évalués (malheureusement requis) sur votre coopération, votre curiosité, votre bienveillance et votre énergie.
  5. Faites des groupes de 4/5 personnes. Vous venez d’intégrer une agence et on vous donne le brief suivant : Nous sommes une association de triathlon/autre qui souhaite montrer ses résultats et son ambiance conviviale sur le net. Vous avez 45 minutes et toutes les ressources que vous voulez pour produire quelque chose ensemble.
  6. Présentation et débriefing groupe par groupe. Discussion et corrections pour la fois suivante.
  7. Qui connait ParisWeb ? Qui a participé au hackathon OpenData ce weekend organisé dans les locaux de l’IUT ?
  8. Culture web et apprentissage.
  9. Quelles améliorations pour la prochaine fois ?
  10. Des liens à consulter/comprendre/discuter d’ici le prochain cours : The End of Design As We Know It, High-level advice and guidelines for writing sane, manageable, scalable CSS, Designer’s guide to DPI, Responsive Web Design Tips, La méthode Daisy, Solved by Flexbox, jQuery, c’est bien, le DOM moderne, c’est mieux !, les vôtres ?

Je vais essayer d’être rigoureux au sujet de mes retours sur cette nouvelle expérience pour les publier ici tout au long du processus. Les commentaires sont évidemment bienvenus.

October 18, 2014 11:00 AM

October 11, 2014

David Larlet

Running LEAN

Je suis en train de refaire le site internet de scopyleft, la coopérative web que j’ai co-créée avec des amis. Je réalise une série d’interviews afin de vérifier si mes premières pistes sur cette refonte sont pertinentes sur le public que je me suis fixé… et dont tu as la chance incroyable de faire partie ! Enfin je crois. Je vais te poser quelques questions pour vérifier cela :

Début d’interview rédigée dans le cadre de TrampoLEAN

J’ai eu la chance d’assister à la première édition de TrampoLEAN (la prochaine session est le 24 octobre à Montpellier) qui consiste à mettre en pratique Running LEAN sur un projet personnel en étant accompagné. Je pense que l’approche est intéressante lorsque l’on souhaite concevoir un produit qui réponde vraiment à des besoins utilisateurs. L’utilisation du Lean Canvas et la réalisation d’interviews en amont même de la première ligne de code permet de pivoter à moindres frais pour maximiser la valeur apportée à la cible choisie. Je vous renvoie à l’excellent billet de Lionel pour plus de précisions sur les motivations de la méthode :

Penser pour l’utilisateur c’est garder le confort de ne pas se confronter à lui. On fait de belles théories, les intervenants du projet trouvent que les idées sont bonnes entre eux, alors que la seule préoccupation est d’avoir la certitude que l’idée est bonne pour l’utilisateur.

Pourquoi Running Lean ?

Le problème que j’ai rencontré lors de sa mise en application est que j’ai choisi un projet bien singulier : la refonte du site de scopyleft. Mon objectif était de tester les limites de l’approche et je pense les avoir atteintes. J’ai l’impression qu’il est très difficile d’avoir une approche artistique au sens large avec Running LEAN. Lorsque l’on reste sur des besoins, c’est très pertinent. Dès que l’on va vers du style et de la personnalité ça l’est beaucoup moins car cela devient propre à chaque individu. Je ne pense pas qu’il soit possible d’écrire un livre ou de réaliser un tableau avec une telle approche car la cible se réduit alors à une seule personne : l’auteur.

Il doit être possible d’identifier ces cas aux limites lors de la recherche des hypothèses à tester, lorsque celles-ci sont trop difficiles à formuler c’est qu’il y a une difficulté à cerner le problème ou que le problème n’est pas résoluble par cette méthode. Dans les deux cas il faut se remettre en question avant de passer aux interviews qui apporteront peu d’intérêt si ce n’est la confirmation que chaque personne est singulière :-).

Mais pourtant un site doit bien répondre à un besoin ? Tout à fait. Mais il repose aussi sur du rédactionnel qui a plus ou moins d’importance. La subtilité réside dans ce curseur entre utilité et personnalité. Dans le cadre du site de scopyleft, je pense que l’on est plus proches de la personnalité. Ou plutôt j’ai envie que l’on reste plus proches de ce que l’on est. Peut-être faudrait-il un nom pour cet écueil dans la méthode : Getting personal ?

Malgré ce relatif échec personnel (earn or learn est notre nouveau motto), la méthode a montré de bons résultats avec les autres participants et sur les projets que l’on accompagne. Il y a vraiment du bon dans cette approche si elle arrive suffisamment en amont des projets, lorsque les porteurs ne se sont pas encore enfermés dans leurs propres certitudes. Ou cherchent un retour sur investissement sur l’énergie déjà déployée et l’argent déjà dépensé sans avoir le recul nécessaire pour lâcher prise et revenir aux bases : le besoin utilisateur.

Au détriment de la satisfaction du porteur ? De l’égo de l’auteur ? Oups.

October 11, 2014 11:00 AM

October 10, 2014

David Larlet

Rapatriement d’articles

Link to everything you create elsewhere on the web. And if possible, save a copy of it on your own blog. Things disappear so quickly, and even important work can slip your mind months or years later when you want to recall it. If it’s in one, definitive place, you’ll be glad for it.

15 Lessons from 15 Years of Blogging

J’y pense depuis un moment et il était temps d’être en accord avec les principes énoncés par ailleurs. Je commence à récupérer les articles que j’ai semé un peu partout ces dernières années. Ce n’est pas de la duplication mais de la sauvegarde distribuée ;-).

J’ai procédé au rapatriement des 3 articles/tribunes de FaitMain : semences et données, écologie et données, éduquer et militer. Ainsi que l’initiative scopyleft écrit pour l’ANAS et un Web orienté composants pour le train de 13h37. Bonne lecture !

Note pour plus tard : ne publier que des articles sous une licence permettant la conservation à long terme sur ce site.

October 10, 2014 11:00 AM

October 05, 2014

David Larlet

Triathlon

Ils y sont donc surmontés par le Triathlon, synthèse idéale, trinité dont la perfection tend vers le divin, et dont les trois disciplines consubstantielles épousent parfaitement les trois cotés du triangle sacré formant le sommet de la Grande Pyramide. Car si à l’image des Vrais Sports, le Triathlon forge de par son exigence un mental d’acier pour ses pratiquants les plus aguerris, il est également le seul sport qui réussit à réconcilier et synthétiser les exigences et idiosyncrasies antagonistes des trois Vrais Sports majeurs, nous faisant tendre vers le modèle de l’Athlète Idéal, celui de l’Honnête homme, idéal de modération et d’équilibre dans l’usage de toutes ses facultés, aux proportions harmonieuses et exemptes d’excès. Ultime satisfaction, l’exigence extrême de ce sport garantit sa relative confidentialité, ce qui le sauve, en éloignant irrémédiablement le spectre de l’argent facile, et en garantissant une pratique noble et désintéressée, pour le pur goût de l’effort, et dans le mépris des valeurs matérielles inhérentes à ce siècle.

La pyramide des sports

Les copines de boulot vont faire un triathlon, t’es motivé ? Mmh, pourquoi pas. A priori rien ne m’attire dans cet univers : esprit de compétition, culte de soi et atteinte de ses limites. Mais il y a tout de même des côtés à creuser : expérimentations au niveau matériel, sports complémentaires et gestion de l’effort. Challenge accepté. Me voilà embarqué dans la préparation d’un triathlon en 2 mois sans savoir nager le crawl… mais avec une petite base en trail et quelques tours occasionnels en vélo.

Après tout le mal que j’avais lu des triathlètes, il fallait que je me fasse mon propre avis :-)

Tatoué, pucé, étiquetté, on se retrouve dans un parc à vélos tous plus affûtés les uns que les autres (je parle des vélos bien entendu). L’ambiance est plutôt tendue mais la sono à fond permet de faire le vide en enfilant la combinaison qui doit m’aider à ne pas me noyer. Je laisse partir les hors-bords et je me jette doucement à l’eau avec une brasse sacrément lente, conséquence des 6 petites séances en piscine (finalement cette combi me freine plus qu’autre chose !). Je n’ai pas fait 100m que je sens déjà la puce accrochée à ma cheville qui se fait la malle — oups — demi-tour pour finalement l’accrocher au poignet et me rendre compte qu’il n’y a plus grand monde derrière moi :-D

Arrivé enfin sur la plage, je m’extirpe tant bien que mal de la combinaison avant de me rendre compte que je ne suis pas devant mon vélo — re-oups — changement de rangée et je perds 30 sec à enfiler des chaussettes avec les pieds mouillés. J’enfourche mon vélo pour 10 kilomètres de montée qui n’en finissent pas. Toute la difficulté est de ne pas rester dans le rythme imposé pour remonter les nombreuses places perdues lors de la natation. J’y arrive tant bien que mal mais je suis surpris par la longueur, j’aurais mieux fait de repérer un brin le parcours avant… ou d’emporter un compteur mais calculer c’est tricher™. C’est parti pour la descente où je force autant que faire se peut en oubliant de m’hydrater. Je prends pas mal de plaisir à enchaîner les virages avec vue sur le lac lorsque je ne baisse pas la tête dans le guidon pour ressembler à un coureur. J’essaye de rester dans ma course malgré les motos, les voitures, les drones, les accidents, les fausses indications des spectateurs, etc. J’ai les épaules qui tétanisent un peu à force d’être crispé sur la guidoline mais je sais que je n’en aurais pas besoin pour la suite.

La transition vers la course est celle que j’appréhendais le plus mais elle se passe finalement mieux que prévu et je continue à jouer à pacman avec les coureurs me précédant. Je me rends compte que j’arrive au niveau d’une des amies faisant le triathlon avec moi, génial on va pouvoir finir ensemble ! J’essaye d’être moteur le kilomètre suivant et c’est là où ça se gâte, je sens le muscle de ma cuisse droite qui se contracte un peu trop dans les montée et il reste un escalier… [J’apprendrais un peu trop tard que les guidons de triathlètes qui permettent de poser les coudes servent justement à éviter ce genre de crampes.] Je monte avec peine mais j’arrive quand même à reprendre la course et à finir à bonne allure en duo \o/\o/ 1h45 d’effort pour un objectif à moins de 2h, plutôt content.

Au final, c’est une expérience bien différente des challenges que j’ai pu m’imposer par le passé. L’univers de la compétition n’est définitivement pas fait pour moi mais ça reste intéressant en termes de logistique. À refaire. Peut-être. Ou pas. Je préfère quand même de loin me retrouver seul ou en petit comité pour me faire plaisir. Et les triathlètes ? Ils ont l’air de trouver ça marrant sans faire trop de dégâts. À part peut-être dans leur livret A. Pourquoi pas après tout.

Il va vraiment falloir que j’écrive ce billet sur les pyramides.

October 05, 2014 11:00 AM

October 04, 2014

Karl Dubost

Un barrage contre le porche

Flaque de pluie La Saussaye, France, 6 août 2014

Spring had truly arrived. Countless streams suddenly materialized all over the roads, fields, grasslands, and thickets; flowing as if the melting snow's waters were spilling over.

Takiji Kobayashi, Yasuko.

La pluie abonde. La forêt humide resplendit. L'eau monte, l'eau déborde. Il reste pourtant notre humanité. Toute entière, resplendissante.

October 04, 2014 06:55 AM

Le sens de la forêt

Feuillage d'arbre et cheveux La Saussaye, France, 5 août 2014

Well, let's do it again, one more time!

Takiji Kobayashi, The Crab Cannery Ship.

L'arbre appelle le refuge. La forêt ouvre la pensée.

October 04, 2014 06:42 AM

Le lieu du temps transposé

Pile de magazines de cinéma La Saussaye, France, 4 août 2014

Next they showed one foreign and one japanese movie, but the celluloid was so badly scratched that everything seemed streaked with rain. What was worse, the film seemed to have broken in places and been spliced together, imparting jerky movements to the actors. Yet no one cared about that. Everyone was completely engrossed in the film.

Takiji Kobayashi, The Crab Cannery Ship.

Le grenier est le lieu du temps transposé, une longue respiration. Ce n'est pas toujours là que l'on y trouve le souvenir, tant les choses peuvent être lointaines et étranges. Mais c'est certainement l'émerveillement du trésor que l'on découvre sans l'avoir même cherché. Aujourd'hui sur une étagère, entassés, quelques magazines de cinéma révèlent une actualité d'un autre moment et donnent l'envie de l'exploration. Un article donne les clés de l'érotisme au cinéma japonais à travers un film de Tetsuji Takechi.

Article de magazine sur l'érotique japonaise La Saussaye, France, 4 août 2014

October 04, 2014 05:56 AM

September 30, 2014

David Larlet

10 ans

C’est difficile à décrire la naissance d’un site, ce qu’on voulait faire, ce que l’on a finalement fait, les doutes, les satisfactions, l’incompréhension de certains, les encouragement d’autres, parfois les mêmes d’ailleurs (normal c’était une surprise). Et le résultat est là, sous vos yeux ébahis : merci à vous, visiteur !

Ouverture de rideau, 30 septembre 2004

Dix années de présence, plus ou moins régulière, plus ou moins pérenne. C’est passé par de la bio-informatique, la création d’ubuntu-fr, la découverte de Python, des réflexions sur la liberté, des essais en CSS, des billets personnels, de l’énergie avec django-fr, des coups de gueule, le grand saut en freelance, quelques photos, un peu de sport, du web sémantique, le montage d’événements, une année au Japon, la co-création de scopyleft, de la philo de comptoir et enfin la paternité. Plein de projets avortés, pas mal de discussions stériles, des rencontres toujours un peu spéciales, des rides numériques partagées. Dix années à tisser ma propre toile. Des liens sans intentions, par affinités au hasard des rencontres. Une audience suffisamment limitée pour ne pas prendre la grosse tête ou être dérangé dans mon intimité.

Cet espace de publication m’aura tout appris de mon métier : l’importance des données et de leurs liens. Je l’ai appris dans la douleur : le design a changé 6 fois, les URLs 5 fois, les données 4 fois, le nom de domaine 1 fois. Ce lieu m’a permis d’expérimenter et de prendre du plaisir à ça, d’être corrigé et de capitaliser itérativement. J’ai offert un cadeau à mes écrits dernièrement en utilisant les polices Fira Sans et Equity afin de vous préserver des mouchards d’Adobe/Typekit (et le gain niveau performances est impressionnant). J’ai d’ailleurs rafraichit un peu tout ça, en utilisant TinyTypo et LESS. Je voulais notamment mettre en avant les citations qui débutent les billets, ça reste très minimaliste pour l’instant et il reste les finitions.

Et pour ces 10 prochaines années ? Peut-être du son, peut-être de la vidéo, peut-être du papier, peut-être la page blanche. J’espère avoir toujours de l’énergie pour explorer et partager de nouveaux centres d’intérêts. Avec vous ?

September 30, 2014 11:00 AM

September 29, 2014

Karl Dubost

Le rythme du monde

Noisettes dans un bol La Saussaye, France, 3 août 2014

Far off to the right the light of the Shukutsu lighthouse, flashing each time it revolved, penetrated the gray expanse of sea-like fog. Its long and distant silvery beam swept mystically for miles around as it pivoted.

Takiji Kobayashi, The Crab Cannery Ship.

Sur la table, un bol de noisettes encore vertes, le parfum de la chlorophylle, l'involucre moelleux sous les ongles et le craquement de l'écale donnent l'essence du plaisir.

Brioches chaudes sorties du four Saint-Germain de Pasquier, France, 3 août 2014

Dans le four à pain, des brioches encore chaudes, le beurre sous les narines, la mie du moment sous les dents et le chuchottement du jour donnent l'envie de la suspension.

Tas de bois La Saussaye, France, 3 août 2014

Dans la forêt, des branches de bois mort, grisé par le champignon et l'humus, les insectes sous l'écorce et le poids sur les épaules vous tirent vers la cime des arbres.

Le rythme du monde s'étale lentement entre les larges secondes d'une respiration.

September 29, 2014 01:09 PM

Une fois de plus, un pétale

Boutons de rose et pétales sur le sol La Saussaye, France, 2 août 2014

Well. Let's do it again. One more time.

Takiji Kobayashi, The Crab Cannery Ship.

Pain oublié dans le grille-pain, un peu de fumée. Je suis seul dans la cuisine. Décalage horaire. Il est tôt. Tout le monde dort. Le parfum de la forêt en bouffée quand on ouvre la porte d'entrée. Les pétales de rose vaincues par la rosée se sont posés au sol. Le thé dans un bol avec un motif floral, je trempe mes lèvres doucement, patiemment. Je goûte à l'amertume avec plaisir.

Il faudra plus d'un pétale pour disparaître.

September 29, 2014 12:11 PM

September 28, 2014

Karl Dubost

Quand le voyage commence-t-il ?

Vues depuis le train de champs de riz Narita, Japon, 1er août 2014

Treasure every grain of rice. It's a gift of blood and sweat.

Takiji Kobayashi, The Crab Cannery Ship.

Je suis dans le Narita Express à destination de l'aéroport. Devant mes yeux défilent les collines, les maisons blotties près de la forêt et surtout les longues rizières. Tout est si vert, si troublant, si délicat. Je glisse à la surface des brins, je suis le vent. Ce voyage a-t-il débuté ? Était-ce lorsque j'ai réservé le billet d'avion ou bien avant lorsque j'ai conçu l'idée. Était-ce ce moment où j'ai fermé la porte, marché dans la rue ? Ou cela commence-t-il demain lorsque je serais à l'aéroport en France ?

Le premier grain de riz au bout de mes baguettes qui me donne le goût est indéterminé et pourtant il est bien là.

1er août 2014 : Mes écritures à rebours me donnent l'espace de la respiration, donnent de l'épaisseur à l'opacité et donc une plus grande liberté.

September 28, 2014 12:17 PM

September 27, 2014

Christian Fauré

Mieux vivre ses échecs et ses succès

honte

Si un jour vous avez un succès notable dans une de vos activités, vous aurez sûrement  remarqué que le (ou les) jour(s) suivant(s) votre comportement change. Mais il se peut que vous n’arriviez pas vraiment à le remarquer avant qu’une première journée ne se passe.

C’est un sentiment d’excès de confiance en soi qui met un sérieux filtre dans vos interactions, y compris dans la manière dont “on interagit avec soi-même”, si l’on me permet l’expression.

Dans cet “après coup” du succès, on est comme décalé de soi-même, mais on ne s’en rend pas compte tout suite ; on ne peut prendre conscience de cette distance avec soi-même qu’a posteriori. Il faut s’être comporté de telle ou telle manière pour que, seulement plus tard, on se fasse la remarque :

“ c’est étrange, je ne me reconnais pas dans ce comportement”.

La situation inverse – celle de l’échec – a la même forme : on baigne dans un sentiment de manque de confiance, on doute beaucoup plus et notre comportement change également.

*

Contrairement à ce que l’on croit, on n’apprend pas grand chose de ses succès ou de ses échecs si on n’est pas un tant soit peu attentif à ce qu’ils ont fait de nous,“à l’insu de notre plein gré” comme dirait l’autre.

Il y a une forme de honte de soi-même, lorsqu’on réalise que l’on n’a pas été soi-même sans s’en rendre compte ; cette sensation peut avoir une intensité très large, allant du petit picotement jusqu’au dégoût de soi.

La honte est le sentiment qui est à la source de toute éthique.

Il ne faut pas comprendre cette “honte” dans une connotation religieuse. L’autre mot le plus proche, et beaucoup plus neutre émotionnellement, serait le mot “trouble”.

Or, il y a trouble parce que l’on n’apprend bien souvent qu’à ses dépends. Apprendre c’est être troublé.

Il y a un apprentissage de l’éthique qui passe nécessairement par ce trouble qu’est la honte de soi. Cultiver ce trouble, c’est conserver cette capacité d’avoir honte de soi ; c’est ce qui permet de mieux vivre ses succès, comme ses échecs, en devant capable de les choisir.

*

Un échec non choisi et c’est la fatalité qui s’impose à l’esprit sous forme de sentiment d’injustice ou de « manque de chance » : on rumine, on maudit, on s’insurge ou on s’effondre, au choix.

Un succès non choisi et c’est l’euphorie de celui qui a gagné au loto : or un succès qui arrive sans effort est très vite artificiel et l’on sait que le rêve peut tourner au cauchemar pour certains gagnants des jeux de hasard.

Choisir ses succès et ses échecs, cela ne veut pas dire maîtriser totalement le destin jusqu’à pouvoir ne choisir d’avoir que des succès. C’est un trait du vivant que nous sommes, et cela n’est pas sans rapport avec mot de Georges Canguilhem pour qui “ être sain” signifie  être capable de s’adapter de manière active en choisissant parfois de se rendre malade.

Il faut aussi accepter de choisir ses échecs.

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by Christian at September 27, 2014 12:19 PM

Karl Dubost

Le lieu physique et son intimité

Boîtes aux lettres dans une entrée d'immeuble Atami, Japon, 12 juillet 2014

Not even a woman could captivate the fishermen and sailors as much as the supply ship did. This ship did not stink of fish, and it bore the fragrance of Hakodate. It carried a fragrance of that solid earth that they had not trodden for months, for hundreds of days. Moreover, the supply ship delivered long-delayed letters, shirts, underwear, magazines, and various other necessities.

Takiji Kobayashi, The Crab Cannery Ship.

Stéphane et Emmanuel ont démarré une conversation qui me tient à cœur. J'ai pris quelques notes rapides dans mon carnet.

Emmanuel a lancé l’idée qu’on s’écrive les uns les autres des cartes postales, après qu’Olivier a noté que c’était fini, tout ça, à l’époque des emails. Alors joignons l’utile à l’agréable et dérouillons, avant les cartes, nos jointures vermoulues sur un cahier acheté à l’occasion des vacances, comme souvent.

Stéphane Deschamp, la belle langue en vacances.

Donner son adresse postale à un tiers m'est devenu de plus en plus difficile. Je m'exécute quand les circonstances l'exigent. Les administrations, les services de livraison, les banques ont une dépendance de leurs systèmes sur l'identification physique du lieu de vie qu'il est très difficile d'y échapper. Je lutte déjà très souvent contre le requis du téléphone. Mais le propos n'est pas là. Non, il s'agit de délivrer la clé de l'accès à un lieu qui est sacré : le lieu où j'habite.

Cela tient peut-être à la clairière dans la forêt, au lieu sanctuaire où l'on peut écrire les notes de sa cabane. Peut-être que c'est juste absurde et que je devrais me soucier beaucoup moins de cette inquiétude. Ce partage inconfortable s'est accentué avec tous les services de gestion du carnet d'adresses en ligne. Les personnes rentrent l'adresse dans le carnet d'adresses de leur ordinateur, la synchronise avec leurs téléphones en ligne et parfois avec un service de synchronisation distant. Certaines applications demandent l'accès au carnet d'adresse pour rechercher les adresses email et faire des croisements avec leur base de données et au même moment en profitent pour accéder à de nombreuses autres données, dont l'adresse.

Lorsque je travaille avec un bureau physique quotidien, je donne souvent mon adresse de bureau. C'est une façon de permettre l'anonymat physique de l'intime sans bloquer la communication. Mais lorsque l'on travaille de chez soi, cet anonymat devient de plus en plus délicat. Je pense très souvent à ouvrir une case postale dans une poste afin de recréer ce tampon.

Quand finalement, je me décide à donner confiance à mon interlocuteur, je précise de ne pas partager l'adresse avec qui que ce soit individus ou entités, et bien sûr, de ne pas partager avec les services en ligne. Ce qui rend la gestion de mon adresse quelque peu contraignante.

Tout ceci n'est pas tout à fait rationnel, puisque j'ai plaisir à écrire ou dessiner sur le papier et à envoyer quelques mots dans la boite aux lettres postales d'une personne lorsque je voyage. Je trouve aussi que le rythme d'envoi et de réponse de la correspondance manuscrite est finalement beaucoup plus humain que celle du courrier. Non pas que l'électronique change quoi que ce soit, si ce n'est que les personnes ont construit une attente de réponse immédiate à un message, alors que préfère prendre du temps pour répondre.

Donc tout comme Stéphane, oui j'aime cela écrire, et délier la langue dans le creux du papier, mais je note aussi que je suis un ours pour ce qui est de l'accès à mon adresse.

September 27, 2014 07:16 AM

September 26, 2014

Karl Dubost

Le choix de la durée

Noren avec des morceaux de scotch Atami, Japon, 12 juillet 2014

Each morning before starting to work, everybody gathered in one corner of the factory. Their faces all looked like those of mud dolls.

"I'm going to slow down," said the miner. "I just can't keep this up."

Worker's faces came to life but no one spoke. Then someone said, "You're going to get yourself branded, you know…"

I'm not trying to get out of the work. I just can't do it.

Takiji Kobayashi, The Crab Cannery Ship.

En informatique, nous disons souvent « Si ce n'est pas cassé, on n'y touche pas. » Il y a plus de risques à modifier un système qui fonctionne avec satisfaction plutôt que de tenter de l'améliorer. Optimiser pour le seul but de la perfection n'est pas une action suffisamment intéressante. C'est le côté Confucius de l'informatique.

Il y a ce restaurant de yakitori qui a réparé son enseigne avec des morceaux de scotchs transparents plutôt que de jeter l'ancien et de le remplacer par un nouveau noren. Cette fois-ci, il s'agit de patcher un système afin qu'il puisse durer un peu plus longtemps. Encore une fois, ce n'est pas une recherche de la perfection, mais bien plus de la longévité.

Nous oublions bien souvent que nos systèmes peuvent durer très longtemps sans les mettre à jour et en les réparant juste de façon nécessaire. Est-ce un problème ? Moins souvent que l'on veuille bien le penser.

September 26, 2014 01:37 PM

La lutte du jardin

Une rue, deux femmes, et une haie coupée Tsujido, Japon, 27 juillet 2014

"The damned lice are going to devour us alive."

"Yeah, that'll be a wonderful way to go."

They could not help laughing.

Takiji Kobayashi, The Crab Cannery Ship.

Une femme agée coupe la haie. Aligner le feuillage avec la route, ne pas envahir, trop, l'espace commun. Elle s'est couverte, un chapeau, des gants, un masque facial, une serviette éponge autour du cou, un pantalon long et un tablier. Son armure souple la protège des moustiques voraces. Elle a tout de même une dernière botte secrète à son attirail. À sa ceinture, elle a accroché la boite métallique pour permettre les spirales vertes contre les insectes trop amoureux. Ce n'est pas l'encens du temple mais la fumée de l'anti-moustique que je sens.

Et dans cette rue, la rêverie des boîtes de spirales anti-moustiques s'éveille. Les moustiques sont loin.

Boîte de spirales antimoustiques 蚊取り線香 金鳥

September 26, 2014 12:39 PM

La chaleur des cendres

Cinq tombes dans un pré Tsujido, Japon, 27 juillet 2014

The great storm had snatched away from the men any ability to steer the boat, making them more helpless than a chid gripped by the scruff of its neck. They had gone out the farthest, and now the wind was blowing them even farther. All were prepared for the worst. Fishermen are trained to bid life good-bye at a moment's notice.

Takiji Kobayashi, The Crab Cannery Ship.

Le feu permet la cendre. La cendre permet l'exigüité. L'exigüité permet la proximité. La proximité permet le souvenir. Le souvenir permet l'humanité.

September 26, 2014 12:16 PM

September 22, 2014

Karl Dubost

La vie de quartier

Intérieur d'un atelier de tatami Tsujido, Japon, 27 juillet 2014

Recalling the previous day's horrendous work, everyone concluded that the man had been swept away by the waves. It made them feel awful. They were forced to resume work before dawn and had no chance to talk about it.

Takiji Kobayashi, The Crab Cannery Ship.

Par la fenêtre, le silence de l'atelier s'expose. L'artisan a délaissé ses tatamis pour la journée. Peut-être est-il avec les autres pour porter le « mikoshi » de son bloc. Ensemble. Dans le son tumultueux des tambours et du pipeau. Ensemble. Sous la chaleur et la poussière.

Mains sur une poutre du mikoshi Tsujido, Japon, 27 juillet 2014

September 22, 2014 01:11 PM

Matsuri de quartier

Groupes de personnes en face du temple Tsujido, Japon, 26 juillet 2014

Sitting cross-legged and placing plates of salted fish across their legs, they blew against the steam, filled their cheeks with hot bits of fish, and rolled them around inside their mouths. The food was the first hot object they had been near all day, and their noses kept running, threatening to drip into the dishes.

Takiji Kobayashi, The Crab Cannery Ship.

C'est le temps de la fête de quartier. Les vendeurs s'alignent dans la rue. Les gens boivent, discutent, échangent, rient et mangent. Les jeunes femmes ont mis leur plus beau yukata. Nous traversons une barquette de pommes de terre au beurre dans la main.

Groupes de personnes dans la rue Tsujido, Japon, 26 juillet 2014

September 22, 2014 12:57 PM

Éco, éco

Deux poissons sur du papier Tsujido, Japon, 24 juillet 2014

Everyone was silent. All the same, they felt relieved.

Takiji Kobayashi, The Crab Cannery Ship.

Je refuse le sac en plastique à la caisse. La femme avec un large sourire me répond : « éco ! éco ! » C'est la première fois que la compréhension de mon geste est verbalisé. Nous avons tous les deux le sourire. Elle à sa caisse, et moi déjà sur le chemin.

September 22, 2014 12:45 PM

September 19, 2014

Karl Dubost

Discussions ouvertes

personnages en tissu Tsurunoyu, Japon, 11 janvier 2008

It was highly convenient for the employers to assemble such a crew of unorganized migrant workers.

Takiji Kobayashi, The Crab Cannery Ship.

Dans un groupe social, si vous permettez une discussion sur un sujet conflictuel, vous devez être prêt à répondre à cette discussion de manière ouverte et franc-jeu. Si le but de la discussion est de donner l'illusion d'une concertation alors que la décision finale est déjà prise, vous non seulement manipulez cette communauté, mais vous la rendez aussi suspicieuse, divisée. Vous perdez la confiance et l'énergie du groupe à vouloir travailler ensemble. Ce n'est pas une bonne stratégie.

September 19, 2014 02:16 PM

Vie privée et intimité

stalagtites sur mur de bois Tsurunoyu, Japon, 11 janvier 2008

They could not go home again. To survive the winter in snowy Hokkaido where they had no relatives, they had to "sell" their bodies as cheaply as dirt. Though they had done it over and over, they would calmly (if such a word is appropriate) do the same again the following year.

Takiji Kobayashi, The Crab Cannery Ship.

privacy, intimacy sur Ngram donne un résultat différencié avec deux périodes. Je n'ai pas d'interprétation magique. Juste que le mot « privacy » semble émerger dans les années 1910 et intimacy reprend du poil de la bête dans les années 1960.

Qu'est-ce qui fait le succès d'un mot ?

graphe Ngram des mots privacy et intimacy en langue anglaise

September 19, 2014 11:59 AM

Regex 101

Tuyaux sur fond de mur en béton Atami, Japon, 12 juillet 2014

A woman took caramels out of a box and handed two each to the nearby children, saying, "You be good to my Kenkichi, and work together like friends." The woman's hair and clothes were covered with cement dust. Her hands were ungainly, large and rough like roots of a tree.

Takiji Kobayashi, The Crab Cannery Ship.

Un de mes outils favoris lorsque j'ai des expressions régulières complexes à explorer est Regex 101. Il permet non seulement de comprendre les choix réalisés au fur et à mesure en expliquant les commandes que l'on choisit dans la boîte en haut à droite. Mais il montre également les succès dans la boite à droite juste en dessous. Il y a de nombreuses petites subtilités et aides dans l'interface.

copie d'écran Une expression régulière sur une chaîne de caractères

Un atout supplémentaire et pratique, il possède un générateur automatique de code en JavaScript, PHP et Python.

copie d'écran Génération automatique de code

September 19, 2014 11:59 AM

September 16, 2014

Karl Dubost

Le voyage est un fantôme

Personnes en double dans une rue Shibuya, Japon, 19 juillet 2014

Two foreign sailors with pipes in mouth paced the deck back and forth like automatons.

Takiji Kobayashi, The Crab Cannery Ship.

De passage. Un immeuble proche de sa destruction devient le canevas pour l'expression. Une transition, un état éphémère, nous voyageons avec notre passé et notre futur à quelques pas de nous-même. Je passe par un café. Six ans que je ne suis pas venu. Et pourtant. « Oh ! Cela fait longtemps ! » m'accueille l'employé. Des capsules de notre existence, images fixes, dans un continuum. Je ferme les yeux. J'ouvre les yeux. Déjà une fraction d'années de lumière. L'esthétique de l'automate. Déjà une fraction d'années de lumière. Le voyage est un fantôme.

September 16, 2014 11:54 PM

September 15, 2014

Karl Dubost

L'information se cache pour mourir

Daruman sur étagères vides Atami, Japon, 12 juillet 2014

Blown by the wind, smoke drifted over waves wafting a stifling smell of coal. From time to time a harsh rattle of winches traveling along the waves reverberated against the flesh.

Takiji Kobayashi, The Crab Cannery Ship.

Un article totalement bénin dans la rubrique sport d'un journal en ligne. Et pourtant, l'article a disparu. La rouille aura fait son effet. Il y a cependant trois éléments originaux :

  • L'URL est toujours la même
  • Le contenu de l'article a été remplacé par la mention The requested article has expired, and is no longer available. Any related articles, and user comments are shown below.
  • Les commentaires sont toujours présents. Ils sont devenus en fait le commentaire principal. Un peu si comme une œuvre avait été détruite et que nous n'avions plus que les commentaires périphériques pour la reconstruire.

En fait tout comme un roman historique qui s'appuie sur l'information contextuelle et non directe, nous pourrions nous lancer dans le projet de réécrire ces articles disparus, expirés en utilisant uniquement comme source l'information des commentaires. Cela nous offrirait un champ du possible immensément riche et créatif.

Copie d'écran d'une page de journal JapanToday, 8 juin 2012

September 15, 2014 12:40 PM

Le premier pas dans la poussière

Maison abandonnée couverte de lierre Atami, Japon, 12 juillet 2014

Buddy, we're off to hell.

Takiji Kobayashi, The Crab Cannery Ship.

Les lieux abandonnés sont ces endroits qui offrent la possibilité du territoire vierge, le premier pas dans la poussière, la trace dans la neige. On imagine le craquement de la branche morte dans la forêt étouffée. Nous désirons l'ombre, le silence et la suspension du temps, l'océan infini, la tempête de sable, le blizzard.

September 15, 2014 12:25 PM

September 11, 2014

Karl Dubost

Le souvenir du cirque

Deux peluches d'ourson au bord d'une fenêtre Atami, Japon, 12 juillet 2014

Le coeur monte et s'ébat dans l'air mol et fleuri.
- Mon coeur, qu'attendez-vous de la chaude journée,
Est-ce le clair réveil de l'enfance étonnée
Qui regarde, s'élance, ouvre les mains et rit ?

Anna de Noailles, L'inquiet désir.

Je lui disais « raconte moi l'histoire du cirque Narcisse. » Inlassablement avant que les paupières lourdes n'emportent la fin du récit, ma mère me racontait l'histoire que son père lui racontait dans son enfance. C'est ainsi que la légende du cirque vibre au son de la grande parade. Les rêves d'enfance n'ont pas d'âge. Ils habitent nos corps un à un, génération après génération. Ils vivent sur nos mots et nous les transmettons à la suivante.

Alors ce soir encore, je rêve du cirque Narcisse.

September 11, 2014 12:25 PM

Amis

Deux personnes marchant sur le trottoir Atami, Japon, 12 juillet 2014

Une averse a lavé le ciel. Il se fait tard.
Le creux de la vallée est couvert de brouillard ;
Mais sur les coteaux clairs luit au loin la feuillée,
Et le firmament mêle à la forêt mouillée
Des palpitations de clarté pâle. Amis,
L'heure est propice : allons, par les bois endormis,
Dans les champs, au-dessus de la prairie humide,
Voir Vénus qui se lève à l'horizon limpide !

Émile Blémont, Vénus au ciel.

Les décisions que l'on prend par amitié, les chemins que l'on explore ensemble sans toujours se croiser si ce n'est qu'au long des années trop distantes.

September 11, 2014 12:13 PM

September 08, 2014

Karl Dubost

Twitter et l'empire des bots

Escalier sans destination Atami, Japon, 12 juillet 2014

On n'estime plus maintenant
Un homme, eût-il le sens d'Homère
S'il n'est riche et grands biens tenant
Quoi qu'il soit trompeur et faussaire.

Eustorg de Beaulieu, Ballade d'aucunes mauvaises coutumes qui règnent maintenant.

Dans nos espaces, nos mots, nos pensées, nous rencontrons des vestiges du sens. Ils ont eu, à un moment donné, toute l'ampleur du signifiant et du signifié. Et puis un jour, ils ont perdu leur raison d'être.

Quel est le sens de nos communications anonymes ? Hier et aujourd'hui, je voulais découvrir pour moi si les agents utilisateurs de l'application twitter et de Safari lui-même sur iOS étaient différents ou similaires. Je voulais comprendre comment le nom choix de son navigateur ou de sa bibliothèques de rendu Web gonflait les statistiques d'un navigateur plutôt qu'un autre.

J'ai donc posté un URL qui n'a pas de représentation sur twitter afin de tester et j'ai suivi le journal des connexions du serveur afin de définir quels étaient les différentes modalités.

http://www.la-grange.net/tmp/test

Un premier test avec mon navigateur, puis avec l'application twitter sur iOS et puis finalement avec Safari sur iOS.

Liste des accès pour un lien en fonction de la date
heurerefererUA
21:25:06Mozilla/5.0 (Macintosh; Intel Mac OS X 10.9; rv:32.0) Gecko/20100101 Firefox/32.0
21:30:00http://t.co/CpmEEUTIwnMozilla/5.0 (iPod; CPU iPhone OS 6_1_6 like Mac OS X) AppleWebKit/536.26 (KHTML, like Gecko) Mobile/10B500 Twitter for iPhone
21:31:06Mozilla/5.0 (iPod; CPU iPhone OS 6_1_6 like Mac OS X) AppleWebKit/536.26 (KHTML, like Gecko) Version/6.0 Mobile/10B500 Safari/8536.25

Comme prévu les deux clients diffèrent. Le début de la chaîne est la même et puis la fin devient :

            Mobile/10B500 Twitter for iPhone
Version/6.0 Mobile/10B500 Safari/8536.25

Dans les statistiques de trafic, on sépare rarement pour les appareils iOS ce qui vient du navigateur directement et ce qui vient de l'utilisation par l'application native des WebViews.

Les non conversations avec les robots

Mais ce qui m'a surpris n'est finalement pas ce que je voulais tester mais le résultat du trafic que j'ai pu observer suite à la publication du lien. Aussitôt le lien publié sur twitter, ce sont les bots qui ont avalé le trafic. Immédiatement, certains avec un HEAD pour tester la ressource, d'autres directement avec un GET. Autres constats de ce trafic organique sur 113 requêtes :

  • 35 Safari, 23 Firefox, 9 chrome, 4 IE
  • 47 Macintosh, 7 iPhone, 3 iPad, 2 iPod, 7 Android, 10 Windows, 2 Windows Phone, 3 Linux
Liste des accès pour un lien en fonction de la date
DateMéthodeAgent utilisateur
12T21:25:06GETMozilla/5.0 (Macintosh; Intel Mac OS X 10.9; rv:32.0) Gecko/20100101 Firefox/32.0
12T21:29:01HEADMetaURI API/2.0 +metauri.com
12T21:29:01HEADpython-requests/1.2.3 CPython/2.7.2+ Linux/3.0.0-16-virtual
12T21:29:01GETMozilla/5.0 ()
12T21:29:02GETLivelapbot/0.1
12T21:29:02GETMozilla/5.0 (compatible; TweetmemeBot/3.0; +http://tweetmeme.com/)
12T21:29:03HEADGoogle-HTTP-Java-Client/1.17.0-rc (gzip)
12T21:29:03HEADGoogle-HTTP-Java-Client/1.17.0-rc (gzip)
12T21:29:03GETMozilla/5.0 (Macintosh; Intel Mac OS X 10_7_3) AppleWebKit/534.55.3 (KHTML, like Gecko) Version/5.1.3 Safari/534.53.10
12T21:29:10GETMozilla/5.0 (compatible; MSIE 10.0; Windows NT 6.1; Trident/6.0)
12T21:29:10GETMozilla/5.0 (Windows NT 6.1; WOW64; rv:30.0) Gecko/20100101 Firefox/30.0
12T21:29:18GETJakarta Commons-HttpClient/3.1
12T21:29:45HEADJakarta Commons-HttpClient/3.0.1
12T21:29:56HEADMozilla/5.0 (Macintosh; Intel Mac OS X 10_9_3) AppleWebKit/537.36 (KHTML, like Gecko) Chrome/35.0.1916.153 Safari/537.36
12T21:30:00GETMozilla/5.0 (iPod; CPU iPhone OS 6_1_6 like Mac OS X) AppleWebKit/536.26 (KHTML, like Gecko) Mobile/10B500 Twitter for iPhone
12T21:30:14GETMozilla/5.0 (compatible; PaperLiBot/2.1; http://support.paper.li/entries/20023257-what-is-paper-li)
12T21:30:22GETMozilla/5.0 (compatible; PaperLiBot/2.1; http://support.paper.li/entries/20023257-what-is-paper-li)
12T21:31:06GETMozilla/5.0 (iPod; CPU iPhone OS 6_1_6 like Mac OS X) AppleWebKit/536.26 (KHTML, like Gecko) Version/6.0 Mobile/10B500 Safari/8536.25
12T21:35:05GETMozilla/5.0 (Macintosh; Intel Mac OS X 10.9; rv:32.0) Gecko/20100101 Firefox/32.0
12T21:35:29GETMozilla/5.0 (Macintosh; Intel Mac OS X 10_7_3) AppleWebKit/534.55.3 (KHTML, like Gecko) Version/5.1.3 Safari/534.53.10
12T21:35:58GET-
12T21:36:30GETMozilla/5.0 (Macintosh; Intel Mac OS X 10_9_2) AppleWebKit/537.36 (KHTML, like Gecko) Chrome/35.0.1916.153 Safari/537.36
12T21:37:14GETMozilla/5.0 (Linux; Android 4.4.4; Nexus 5 Build/KTU84P) AppleWebKit/537.36 (KHTML, like Gecko) Chrome/35.0.1916.141 Mobile Safari/537.36
12T21:39:45GETMozilla/5.0 (Macintosh; U; Intel Mac OS X 10.4; en-US; rv:1.9.2.2) Gecko/20100316 Firefox/3.6.2
12T21:42:14GETMozilla/5.0 (Windows; U; Windows NT 6.1; en-US; rv:1.9.1.3) Gecko/20090824 Firefox/3.5.3 (.NET CLR 4.0.20506)
12T21:43:01GETMozilla/5.0 (compatible; EveryoneSocialBot/1.0; support@everyonesocial.com http://everyonesocial.com/)
12T21:43:20GETMozilla/5.0 (Windows NT 6.3; WOW64; rv:32.0) Gecko/20100101 Firefox/32.0
12T21:43:27GETMozilla/5.0 (Macintosh; Intel Mac OS X 10_7_3) AppleWebKit/534.55.3 (KHTML, like Gecko) Version/5.1.3 Safari/534.53.10
12T21:43:55HEADMozilla/5.0 (compatible; Jetslide; +http://jetsli.de/crawler)
12T21:44:23GETMozilla/5.0 (Macintosh; Intel Mac OS X 10_7_3) AppleWebKit/534.55.3 (KHTML, like Gecko) Version/5.1.3 Safari/534.53.10
12T21:46:39GETMozilla/5.0 (Macintosh; Intel Mac OS X 10_9_4) AppleWebKit/537.77.4 (KHTML, like Gecko) Version/7.0.5 Safari/537.77.4
12T21:46:49GETMozilla/5.0 (Windows NT 6.3; WOW64) AppleWebKit/537.36 (KHTML, like Gecko) Chrome/35.0.1916.153 Safari/537.36
12T21:51:06GETPython-urllib/2.7
12T21:51:58GETMozilla/5.0 (Macintosh; Intel Mac OS X 10_7_3) AppleWebKit/534.55.3 (KHTML, like Gecko) Version/5.1.3 Safari/534.53.10
12T21:56:06GETMozilla/5.0 (Macintosh; Intel Mac OS X 10_5_8) AppleWebKit/537.1 (KHTML, like Gecko) Chrome/21.0.1180.90 Safari/537.1
12T21:59:04GETMozilla/5.0 (Macintosh; Intel Mac OS X 10_7_3) AppleWebKit/534.55.3 (KHTML, like Gecko) Version/5.1.3 Safari/534.53.10
12T22:00:35GETTwurly v1.0 (http://twurly.org)
12T22:03:56GETMozilla/5.0 (Linux; Android 4.4.4; Nexus 5 Build/KTU84P) AppleWebKit/537.36 (KHTML, like Gecko) Chrome/35.0.1916.141 Mobile Safari/537.36
12T22:12:56GETMozilla/5.0 (iPad; CPU OS 7_1_2 like Mac OS X) AppleWebKit/537.51.2 (KHTML, like Gecko) Mobile/11D257 Twitter for iPhone
12T22:13:51GETMozilla/5.0 (Linux; Android 4.0.3; GT-P5110 Build/IML74K) AppleWebKit/537.36 (KHTML, like Gecko) Chrome/35.0.1916.141 Safari/537.36
12T22:13:58GETMozilla/5.0 (iPhone; CPU iPhone OS 7_1_2 like Mac OS X) AppleWebKit/537.51.2 (KHTML, like Gecko) Mobile/11D257 Twitter for iPhone
12T22:16:54GETjack
12T22:26:18GETMozilla/5.0 (Windows; U; Windows NT 5.1; en-US; rv:1.8.1.1) Gecko/20061204firefox/2.0.0.1
12T22:36:47GETMozilla/5.0 (compatible; TweetedTimes Bot/1.0; +http://tweetedtimes.com)
12T22:42:44GETMozilla/5.0 (Windows Phone 8.1; ARM; Trident/7.0; Touch; rv:11.0; IEMobile/11.0; NOKIA; Lumia 920) like Gecko
12T22:52:33GETnewsme/1.0; feedback@news.me
12T23:16:11GETMozilla/5.0 (compatible; MSIE 9.0; Windows NT 6.1; Trident/5.0)
12T23:24:22GETMozilla/5.0 (compatible; TweetedTimes Bot/1.0; +http://tweetedtimes.com)
12T23:24:54GETGooglebot/2.1 (+http://www.google.com/bot.html)
12T23:28:29GETMozilla/5.0 (Macintosh; Intel Mac OS X 10_7_3) AppleWebKit/534.55.3 (KHTML, like Gecko) Version/5.1.3 Safari/534.53.10
13T00:01:06GETMozilla/5.0 (compatible; TweetedTimes Bot/1.0; +http://tweetedtimes.com)
13T00:14:51GETMozilla/5.0 (compatible; TweetedTimes Bot/1.0; +http://tweetedtimes.com)
13T00:23:36GETMozilla/5.0 (Macintosh; Intel Mac OS X 10_7_3) AppleWebKit/534.55.3 (KHTML, like Gecko) Version/5.1.3 Safari/534.53.10
13T00:59:08GETMozilla/5.0 (iPhone; CPU iPhone OS 7_1 like Mac OS X) AppleWebKit/537.51.2 (KHTML, like Gecko) Mobile/11D167 Twitter for iPhone
13T01:05:20GETMozilla/5.0 (iPhone; CPU iPhone OS 7_1_1 like Mac OS X) AppleWebKit/537.51.2 (KHTML, like Gecko) Mobile/11D201 Twitter for iPhone
13T01:12:28GETMozilla/5.0 (iPhone; CPU iPhone OS 7_1_2 like Mac OS X) AppleWebKit/537.51.2 (KHTML, like Gecko) Mobile/11D257 Twitter for iPhone
13T01:22:25HEADJava/1.7.0_51
13T01:36:20GETMozilla/5.0 (Windows Phone 8.1; ARM; Trident/7.0; Touch; rv:11.0; IEMobile/11.0; NOKIA; Lumia 920) like Gecko
13T01:37:17GETMozilla/5.0 (Android; Mobile; rv:30.0) Gecko/30.0 Firefox/30.0
13T01:47:20GETMozilla/5.0 (iPhone; CPU iPhone OS 7_1_2 like Mac OS X) AppleWebKit/537.51.2 (KHTML, like Gecko) Mobile/11D257
13T01:53:46HEAD-
13T02:26:16GETMozilla/5.0 (Windows NT 6.1; Win64; x64; rv:30.0) Gecko/20100101 Firefox/30.0 Cyberfox/30.0
13T02:33:35GETMozilla/5.0 (Macintosh; Intel Mac OS X 10_7_3) AppleWebKit/534.55.3 (KHTML, like Gecko) Version/5.1.3 Safari/534.53.10
13T03:02:33GETMozilla/5.0 (X11; Linux i686; rv:33.0) Gecko/20100101 Firefox/33.0
13T03:04:06GETMozilla/5.0 (Macintosh; Intel Mac OS X 10.8; rv:30.0) Gecko/20100101 Firefox/30.0
13T03:04:40HEAD-
13T03:16:00GETMozilla/5.0 (iPhone; CPU iPhone OS 7_1_2 like Mac OS X) AppleWebKit/537.51.2 (KHTML, like Gecko) Mobile/11D257 Twitter for iPhone
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September 08, 2014 10:05 AM

Ce que l'on y cherche

Boutiques dans les rues Atami, Japon, 12 juillet 2014

Déjà la nuit s'avance, et, du sombre orient,
Ses voiles par degrés dans les airs se déploient.
Sommeil, doux abandon, image du néant,
Des maux de l'existence heureux délassement,
Tranquille oubli des soins où les hommes se noient ;
Et vous, qui nous rendez à nos plaisirs passés,
Touchante Illusion, déesse des mensonges,
Venez dans mon asile, et sur mes yeux lassés
Secouez les pavots et les aimables songes.

Évariste de Parny, Souvenir.

Je ne sais pas très bien. Est-ce le fantôme de Atami qui me séduit ? Ou bien est-ce moi qui crée le fantôme dans Atami. Ce matin, je ne savais pas trop quelle direction prendre sur le quai de Tsujido. J'ai finalement le premier train qui venait. Il allait vers Atami et non vers Tokyo.

Chouette sur une chaise Atami, Japon, 12 juillet 2014

Le soleil me pousse les épaules dans les rues étroites. La rue étroite me prend la main vers les lieux abandonnés. Une femme prend un verre dans un bar sombre. Sa chouette vivante sur la chaise attends patiemment le fond du verre. Un magasin de céramiques qui ne vend plus rien, juste de la poussière et des images.

Un pot en céramique sur une étagère Atami, Japon, 12 juillet 2014

Et une surprise, presque inattendue, se présente. Il aura fallu le coin d'une rue, un premier rideau et puis une porte. Un restaurant de poisson sans fenêtres, une pièce sombre et des notes de jazz, je m'assoie. Je commande un salmon-ikura-don.

Plateau de repas Atami, Japon, 12 juillet 2014

Après le repas je reprendrais ma dérive dans la ville fantôme. J'y recherche peut-être le sentiment d'abandon.

Façade d'immeuble Atami, Japon, 12 juillet 2014

September 08, 2014 10:05 AM

La mémoire du goût

Café en cours d'infusion Tsujido, Japon, 5 juillet 2014

Enfin, de ta liqueur lentement reposée,
Dans le vase fumant la lie est déposée ;
Ma coupe, ton nectar, le miel américain,
Que du suc des roseaux exprima l'Africain,
Tout est prêt : du Japon l'émail reçoit tes ondes,
Et seul tu réunis les tributs des deux mondes.

Jacques Delille, Le café.

Parfois nous avons juste besoin de prolonger le souvenir du voyage.

Café infusé au dessus de lait concentré Tsujido, Japon, 5 juillet 2014

September 08, 2014 09:21 AM

September 07, 2014

Karl Dubost

Typhon discret

Lampions au dessus de la rue Hiratsuka, Japon, 4 juillet 2014

Je ne laisserai pas de Mémoires.
La poésie n'est pas la tempête, pas plus que le cyclone. C'est un fleuve majestueux et fertile.

Lautréamont, Poésies I.

Un Typhon, phon, phon,
Les magnifiques girouettes,
Un Typhon, phon, phon,
Trois p'tits tours et puis s'en vont.

Nous avions fermé tous les volets métalliques de la maison. Okinawa avait subit de plein fouet le souffle du sud. Neoguri devait nous assommer de son marteau. Et puis… et puis… et puis… rien.

September 07, 2014 01:21 PM

Frustration

bâtiments vus à travers un feuillage Omori, Japon, 6 juillet 2014

Chante donc ta douleur profonde,
Ton désert au milieu du monde,
Ton veuvage, ton abandon ;
Dis, dis quelle amertume affreuse
Rend la liberté douloureuse
Pour qui n'en sait plus que le nom !

Marceline Desbordes-Valmore, Le rossignol aveugle.

Il est parfois difficile de trouver le bon équilibre entre le plaisir quotidien que l'on a dans notre travail avec la politique générale de l'organisation qui nous fournit ce travail. Gérer la frustration, prendre du recul et se concentrer sur ce qui nous semble être plus important.

Heureusement ce matin, il y a la bruine fine. Les épines de pin brillent des gouttes d'eau. Heureusement, il y a le souvenir de l'intime feuillage et de l'architecture.

September 07, 2014 09:18 AM

Échelle, capacité et opacité

Dessert en forme de poisson Togoshi-Ginza Shinagawa, Japon, 6 juillet 2014

Le mot local, très clair, s'entend ;
Du puriste il choque l'oreille ;
Malgré tout, comme il s'appareille,
Et comme il s'accorde pourtant
Avec la parlure d'antan.

Nérée Beauchemin, Le vieux parler.

En me promenant le week-end dernier dans cette rue commerciale, je remarque de nombreuses boutiques, qui ne font pas partie d'une franchise. Elles sont là pour répondre à un besoin qui est local. Elles dépendent des personnes qui les font vivre et non d'une structure multinationale avec ses logiques de marché complètement différente. La question de la marque est une question d'identité personnelle avec son environnement proche et non celle de séduire des milliers de personnes.

Sur le Web, nous tentons souvent de résoudre des problèmes que nous n'avons pas vraiment. La politique économique des infrastructures technologiques nous poussent à certains choix qui finalement sont idiots et en contrepartie créés de nombreux problèmes. Dans les zones urbaines, nous avons accès à des communications cablées ou ADSL de bonne qualité. Très souvent, ces connexions sont permanentes. Nous utilisons des logiciels clients qui sont finalement assez complexes et qui prennent en charge la communication à travers le réseau HTTP.

Et pourtant dès qu'il s'agit d'héberger un service Web, email, etc. Tout devient beaucoup plus compliqué. Il faut louer un espace sur le Web, que ce soit machine unique ou tant de CPUs chez un hébergeur. Ou il est possible pour une personne d'utiliser un des services en ligne offert par l'une des grandes compagnies. Comme toutes ces structures veulent réaliser des bénéfices, leur stratégie est créer des infrastructures qui permettent de gérer un grand nombre. En réalisant ces ensembles, nous permettons une hypercentralisation des services. Les services de courrier, de listes, d'hébergement, de messagerie, de réseau sont alors définies par une poignée de grandes multinationales. Les protocoles sont ajustés afin de permettre à ces services hypercentralisés à haut trafic d'être efficaces.

L'hypercentralisation favorise en retour la surveillance. Elle rend sa pratique efficace et moins coûteuse. Elle devient si accessible qu'il devient tentant d'abandonner un peu de son éthique pour tenter l'expérience et finalement enclencher un processus irréversible. Alors pour répondre à la menace d'une surveillance accrue, nous renforçons la sécurité. Nous rendons nos protocoles plus opaques. Nous créons des murs plus épais, plus hauts. Nous renforçons la résistance. Mais nous n'avons pas réglé le problème initial. Nous avons juste créé les circonstances pour une catastrophe globale plus importante. De la même manière que la course sécuritaire et aux armements ne rend pas le monde plus libre et plus anodin, mais au contraire beaucoup plus sous tension. L'équilibre de la riposte nucléaire tient dans la peur que les gens ne l'utiliseront pas. Elle ne répond pas le monde moins dangereux, bien au contraire.

Alors que faire ?

Pour retourner un réseau Web plus opaque, plus humain et moins victime de la surveillance massive. Il faut favoriser la décentralisation. La décentralisation commence par la réciprocité de la capacité à publier de chez soi, de pouvoir facilement démarrer un serveur Web, d'héberger son propre nom de domaine, sa prope liste de discussions. Nous n'avons pour la plupart aucun besoin des performances ultimes des serveurs Web des grands groupes de presse, des grandes sociétés. Le trafic généré sur nos sites pourrait être parfaitement absorbé par une machine locale. Les logiciels d'administration pourraient être très simplifiés. On ne réglera pas tous les problèmes. On ne garantira pas une sécurité ultime, mais on réduira nettement l'ampleur et l'intérêt des attaques.

Dessert avec pâte de haricot Togoshi-Ginza Shinagawa, Japon, 6 juillet 2014

Dans cette rue, j'ai mangé un produit qui a été fait localement, qui n'avait pas de marque sur le paquet en papier, qui n'avait que son goût, qui m'offrait du plaisir et répondait à mon besoin de faim. Non seulement, ce produit peut exister ailleurs fait par une autre boutique, mais celui-ci est l'opportunité de la nostalgie, d'une ancre pour la mémoire, la possibilité d'un manque. Il en est de même de nos services Web, nous n'avons pas besoin d'être résistant à un trafic de millions de personnes lorsqu'uniquement quelques dizaines de personnes nous liront.

September 07, 2014 08:34 AM

September 06, 2014

Karl Dubost

Depuis la rue

cuisinier dans son magasin de ramens Togoshi-Ginza Shinagawa, Japon, 6 juillet 2014

Un coeur tendre, qui hait le néant vaste et noir,
Du passé lumineux recueille tout vestige !
Le soleil s'est noyé dans son sang qui se fige…
Ton souvenir en moi luit comme un ostensoir !

Charles Baudelaire, Harmonie du soir.

Lorsque l'on parcourt la rue commerçante de Toshigi-Ginza, on découvre des vestiges, des pages déchirées, des photos jaunies, des vies rouillées.

entrée d'un sento Togoshi-Ginza Shinagawa, Japon, 6 juillet 2014

Une boutique de ramens, le cuistot attend son prochain client de l'autre côté du comptoir tout en lisant. Une entrée de sento presque invisible est coincée entre deux boutiques. Il aura fallu faire marche arrière pour réaliser qu'elle était bien là. Une trace, une ombre. Une poissonnière regarde le bar pas très loin où un groupe de musique joue un vieux rock. Il lui reste encore quelques poissons fumés à vendre pour cette journée.

La pluie appelle la vibration du sel. L'humanité se décline dans le salpêtre de la ville.

Poissonnerie Togoshi-Ginza Shinagawa, Japon, 6 juillet 2014

September 06, 2014 03:26 AM

September 04, 2014

Karl Dubost

Carnet de bars

livre de collage sur un tatami Tsujido, Japon, 6 juillet 2014

Lorsqu'un vaisseau vaincu dérive en pleine mer ;
Que ses voiles carrées
Pendent le long des mâts, par les boulets de fer
Largement déchirées ;

Victor Hugo, Canaris.

Nos dérives sont nombreuses. Elles prennent des chemins poétiques, mélancoliques, étranges mais toujours intimement personnelles. Hier, dans une brocante, la tranche d'un livre un peu jaunie attire mon œil. Il y est marqué « SCRAP BOOK » et puis une fois extrait de l'étagère, les mots sont répétés sur la couverture. Et puis dans la boutique, j'ai ouvert la première page.

papiers collés dans un carnet et écriture Tsujido, Japon, 6 juillet 2014

De la curiosité, je suis passé à l'émotion intense d'avoir découvert un trésor, un objet comme on les rencontre peu. Sur la première page, une forme de lettre, un plan, et puis finalement des papiers collés indentifiants des bars. Je continue alors mon exploration.

papiers collés dans un carnet et écriture Tsujido, Japon, 6 juillet 2014

Les pages une à une se dévoilent toutes aussi magiques que les précédentes. Les papiers se succèdent presque tous au même format, presque toujours des noms de bar, parfois de restaurant. La conception graphique semble empruntée à une autre époque. Mais quand ? Je remarque que chaque papier n'est collé que partiellement. Étrange. Je soulève délicatement.

papiers collés dans un carnet et écriture Tsujido, Japon, 6 juillet 2014

Une respiration presque interrompue, un code derrière chaque papier. Une date ! Des dates, derrière chaque étiquette collée, parfois en liste. Le mystère grandit avec l'excitation tout en dévoilant de plus en plus de clés. Mais quand ?

31•7•6, 31•7•8, 31•7•9, … 6 juillet 1931 ? Non trop ancien, cela ne correspond aux composantes graphiques de certaines étiquettes. Mais alors ? Ah ! Japon. La date au format de l'ère Shōwa. Je suis né le 16 mars 44 de l'ère Shōwa, soit 1969. Donc 1969-13 = 1956 ! Voilà. Ceci semble soudainement bien plus probable. Le 6 juillet 1956, soit il y a 58 ans.

C'est alors que j'ai commencé à parcourir l'ensemble des pages pour identifier s'il existait des coïncidences. Et je découvre que de nombreux bars sont situés à 大森 (omori). Je cherche sur une carte et je trouve la station. Je vérifie en ligne et je trouve un candidat potentiel, toujours existant.

Photo de rues Google StreetView

Nous décidons donc d'explorer cette aire et nous découvrons la station de Omori et ses alentours. À la sortie nord de la station, une enfilade de bars dans une rue piétonne semble déjà correspondre au portrait du carnet. Cet homme a peut-être titubé là il y a 60 ans.

Bars dans une rue Omori, Japon, 6 juillet 2014

À l'image de son carnet de collages, les bars s'enfilent en carré. Je regrette presque d'être venu de jour. Il me faudra revenir un soir où les employés à la sortie de leur journée de travail hantent les différents bars.

Enseignes de bars Omori, Japon, 6 juillet 2014

Finalement dans une rue un peu plus éloignée, nous retrouvons un lieu qui possède le même nom que celui d'un des bars de son carnet : « Lucky 7 » Et si c'était le même lieu. Il ne devrait plus survivre très longtemps. Il est à vendre et il y a une forte probabilité que le vieux bâtiment soit détruit prochainement.

Deux commerces côte à côte Omori, Japon, 6 juillet 2014

Bien sûr tout reste à découvrir de ce carnet. Qui était cet homme ? Quelles sont les histoires de tous ces bars ? Peut-on les retrouver dans les archives municipales ? Il serait aussi intéressant de retracer tous ses déplacements chaque jour, une fois que tous les bars ont été identifiés. Tant de choses, un projet fou en soi.

Dans une note de son carnet il indique finalement le 27 juin 56 (1956 ou Shōwa 56 [1981], une autre énigme) le soir écrit en caractères japonais : « À partir de cette date, je décide d'arrêter de boire complètement. »

September 04, 2014 11:54 PM

September 02, 2014

Karl Dubost

Mozilla, 1 an. Déjà

Statue de tigre ou lion Hué, Vietnam, 10 juin 2014

Tu sçais que tous les jours un labeur poetique
Apporte à son autheur ces beaux noms seulement
De farceur, de rimeur, de fol, de fantastique.

Étienne Jodelle, À sa muse.

Il y a un an, je débutais une nouvelle partie de mon chemin professionnel à Mozilla. J'ai commencé par un contrat de 6 mois depuis le Canada qui s'est finalement mué en contrat permanent depuis le Japon. Je suis heureux d'avoir pu continuer après les 6 mois et je dois tout cela au talent de négociations de Laurence Mandel, mon boss. Nous avons appris à nous connaître tout au long de cette année et avons établi une relation de travail que j'apprécie énormément.

Du côté du travail proprement dit, la Compatibilité Web, je peux continuer le travail que nous faisions avec Opera avant le gachis. Notre équipe chez Mozilla avec Hallvord Steen (ex-Opera), Mike Taylor (ex-Opera) ainsi que Adam Stevenson qui a été embauché pendant 6 mois. Et bien sûr l'ensemble de la communauté qui nous aide sur les projets. C'est là une grande différence avec Opera, nous pouvons travailler en public pour la plupart des bugs. Nous pouvons partager avec d'autres nos soucis. Nous pouvons apprendre de la communauté avec une réciprocité d'échanges. C'est un privilège que je n'ai eu que deux fois dans ma carrière : au W3C et maintenant à Mozilla. Nous avons ouvert 496 bugs et nous en avons clos 770 en un an.

Nous avons établi une relation priviligié avec Microsoft, Google et Yahoo! afin de régler les problèmes que leurs services peuvent présenter de temps en temps. Et surtout, nous avons démarré le projet Webcompat.com. C'est un site pour permettre aux personnes de déclarer les bugs de compatibilité Web que les sites Web présentent quelque soit le navigateur. Le principal développeur est Mike Taylor (Mozilla). L'expérience utilisateur est réalisée par Alexa Roman (volontaire, Carbon Five). Guillaume Demesy (volontaire, Splitfire) a beaucoup contribué au Front End. Daniel Davis (volontaire, W3C, ex-Opera) nous aide aussi à corriger des bugs, ainsi que quelques autres. Votre participation est d'ailleurs la bienvenue ; ce ne sont pas les tickets qui manquent. Le projet est en Flask (python) avec une surcouche de JavaScript, dont nous nous débarasserons plus ou moins un jour je pense. Cela fait partie des discussions en cours.

Ce projet me tient beaucoup à cœur car l'idée a en partie émergé suite à un atelier Paris Web 2012 que nous avions réalisé avec Anthony Ricaud (Mozilla), Jérémie Patonnier (Clever Age), David Rousset (Microsoft) et moi lorsque j'étais encore à Opera, en octobre 2012. Un des participants nous avait fait part de son découragement à remplir des bugs relatifs au Web car chaque navigateur avait son propre système de rapport de bugs. WebCompat vient répondre à cela pour la partie Compatibilité Web. C'est loin d'être fini mais cela avance.

Beaucoup de choses pour dire que j'aime mon travail à Mozilla. Pour la partie Mozilla en tant qu'organisation, il me faudra écrire un autre billet. Un jour, peut-être.

September 02, 2014 12:42 PM

September 01, 2014

Karl Dubost

Pas un bon climat

Plante derrière une vitre, mur rouge et gyrophare Tokyo, Japon, 26 juin 2014

Mon cœur saignait à la vue de ces forêts ébréchées et de ce monastère déshabité.

François-René de Chateaubriand, Mémoires d'Outre-Tombe.

Ne pas vouloir le réchauffement climatique, c'est vouloir le renversement du contrôle. De nous remettre au coeur de l'écosystème et non sur la périphérie. Nous avons capturé le feu et la technologie pour nous défendre contre la nature. Nous tentons d'utiliser la technologie pour mécaniser la biologie. Nous n'acceptons plus depuis trop longtemps d'être la proie. Et pourtant en vivant trop sur l'exosphère, nous nous sacrifierons.

September 01, 2014 12:45 PM

Visualisation de données et comportement

Déchets accumulés dans la rue Tsujido, Japon, 26 juin 2014

J'ay voulu pratiquer la science et les ars,
En fin je n'ay rien sceu ; j'ay couru le hasars
Des combas carnaciers, la guerre ore m'offence :

Jean-Baptiste Chassignet, J'ay voulu voyager, à la fin le voyage .

Toutes les deux semaines, la récupération des déchets constitués de journeaux, boites cartonnées, et vêtements. Chacun a découpé et ficelé les grands morceaux. Chacun a emballé avec précaution. Dans la rue chaque tas est organisé spontanément en fonction de la catégorie à laquelle il appartient. Le premier poseur aura défini dans quel espace chaque catégorie se définit. Il nous est souvent dit que la visualisation des données nous permet de mieux comprendre le monde. Je pense plutôt que cela ne renforce qu'une opinion déjà formée et sensible à un sujet donné. Le motif évident viendra alors alimenter la conviction existante. Certains verront dans ces tas, l'absurdité de notre société de consommation, d'autres apprécieront l'organisation collective du groupe de maisons, d'autres encore y verront la satisfaction d'avoir efficacement travaillé, mais cela changera-t-il nos comportements pour autant. Ou peut-être certains seront plus enclins à accentuer la consommation puisque le retraitement est bien organisé et débarassé de la gestion personnelle.

Visualiser n'est pas comprendre. Visualiser n'est pas changer.

September 01, 2014 12:26 PM

Architecture du corps

Homme accroupi dans la rue Tokyo, Japon, 26 juin 2014

Ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent ; ce sont
Ceux dont un dessein ferme emplit l'âme et le front.
Ceux qui d'un haut destin gravissent l'âpre cime.
Ceux qui marchent pensifs, épris d'un but sublime.
Ayant devant les yeux sans cesse, nuit et jour,
Ou quelque saint labeur ou quelque grand amour.
C'est le prophète saint prosterné devant l'arche,
C'est le travailleur, pâtre, ouvrier, patriarche.

Victor Hugo, Ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent.

Nous habitons tous la ville des positions de notre corps, de notre culture, de notre éducation, de nos mémoire transmise et apprise. Un homme s'est accroupi pour fumer et lire les messages sur son téléphone. Je ne sais pas d'où il vient, peut-être une tour à bureau pas très loin. Il est là, et il donne de l'élégance à cette pente. Au fond, un taxi prend une femme et son enfant. Un peu plus loin des femmes s'abritent du soleil sous leurs ombrelles. Ce n'est pas encore le temps des cigales et les moustiques sont encore discrets.

September 01, 2014 11:33 AM

August 29, 2014

Karl Dubost

Réparer une fenêtre

Rouleau de papier Tsujido, Japon, 21 juin 2014

Comme le matin rit sur les roses en pleurs !
Oh ! les charmants petits amoureux qu'ont les fleurs !
Ce n'est dans les jasmins, ce n'est dans les pervenches
Qu'un éblouissement de folles ailes blanches
Qui vont, viennent, s'en vont, reviennent, se fermant,
Se rouvrant, dans un vaste et doux frémissement.
O printemps! quand on songe à toutes les missives
Qui des amants rêveurs vont aux belles pensives,
A ces coeurs confiés au papier, à ce tas
De lettres que le feutre écrit au taffetas,
Au message d'amour, d'ivresse et de délire
Qu'on reçoit en avril et qu'en met l'on déchire,
On croit voir s'envoler, au gré du vent joyeux,
Dans les prés, dans les bois, sur les eaux, dans les cieux,
Et rôder en tous lieux, cherchant partout une âme,
Et courir à la fleur en sortant de la femme,
Les petits morceaux blancs, chassés en tourbillons
De tous les billets doux, devenus papillons.

Victor Hugo, Vere Novo.

Lorsque la nuit dans un rêve, on donne un coup de pied dans le shoji que l'on déchire, il faut réparer. Il suffit alors d'aller au combini et d'acheter du papier en rouleau qu'il faudra coller sur les montants de bois.

August 29, 2014 01:08 PM

August 26, 2014

David Larlet

Un web omni-présent

Intervention donnée lors des Rencontres de Lure, avec pour thème CHEMINS DE FAIRE, ACTIVER LA PAGE BLANCHE // Traverse. 1h et un public inconnu, bien éloigné de ma zone de confort…

J’ai emprunté plusieurs chemins de traverse au cours de ma vie. Le premier a été de passer de la biologie à l’informatique et plus particulièrement au web. Puis j’ai assez rapidement décidé de travailler à mon compte pour avoir plus de liberté. Je suis ensuite allé au Japon pendant un an pour explorer une nouvelle culture, d’autres modes de vie et de pensée. Et enfin j’ai co-créé une SCOP de retour en France il y a 2 ans. Chacune de ces expériences a été l’occasion de repartir d’une page blanche. Ou presque. De faire en sorte que mon passé et ma culture soient des acteurs de nouvelles interactions dans de nouveaux domaines.

En découvrant le web, j’ai exploré un monde de relations qui n’était finalement pas si éloigné de la biologie. En découvrant la vie de freelance, j’ai pris conscience des enjeux et des responsabilités qui incombent à un chef d’entreprise, chaque client devenant un petit patron. En découvrant le Japon, j’ai appris à apprécier les singularités de la culture française. En découvrant la collaboration, j’ai été confronté aux difficultés d’une approche démocratique.

Aujourd’hui, on expérimente avec scopyleft l’activation de la page blanche des autres pour arriver ensemble à produire le plus de valeur. On a essayé l’agilité avant de se rendre compte qu’il fallait travailler en amont même des projets en s’inspirant des méthodes du Lean Startup (et notamment du Lean Canvas). La vérification de la pertinence d’une idée peut être obtenue avant même de plonger dans la technique à travers des interviews ou des « produits embryons ».

Je me représente le web comme cet univers en expansion. On en définit mal les contours — on sait qu’il s’agit d’amas d’amas de galaxies — que l’on se représente plus ou moins sphérique. Parmi cette multitude d’étoiles, des planètes se sont formées et certaines se trouvent être à des conditions de pression et de température favorables à l’apparition de rencontres. J’ai l’impression d’être un astéroïde qui a atterri par hasard sur la planète des Rencontres de Lure. Afin que l’on partage un vocabulaire commun, j’ai posé 3 questions pour que l’on puisse échanger durant l’heure qui a suivi :

  • Quels sont ceux d’entre vous qui travaillent dans le web ?
  • Quels sont ceux parmi vous qui codent pour le web (html, css, js) ?
  • Quels sont ceux qui ont un compte Facebook ? Twitter ? Gmail ?

Un web

The problem with a centralized web is that the few points of control attract some unsavory characters. […] It’s not just possible, but fairly common for someone to visit a Google website from a Google device, using Google DNS servers and a Google browser on the way.

The Internet With A Human Face

On appelle souvent le web « la toile » ce qui lui donne une représentation concentrique avec l’araignée généralement au centre. C’est une assez mauvaise image du web originel, malheureusement cette métaphore tend à se rapprocher du web actuel. Nous sommes partis d’un web plus ou moins acentré pour arriver à un web qui ressemble à une télévision sur lequel on zappe entre 6 onglets (Google, Facebook, Twitter, Instagram, Wikipedia, Amazon). Cette position donne à ces monopoles une situation préoccupante à triple titre :

  • Ils peuvent fragmenter le web. Certains contenus, certaines données, ne deviennent accessibles qu’en faisant partie de la plateforme. En publiant sur ces sites, vous êtes acteurs de cette fragmentation sous couvert d’élitisme/snobisme.
  • Ils peuvent filtrer le web. Les algorithmes mis en place pour vous afficher les contenus de manière pertinente sont des œillères dangereuses. En ne consultant que ces sources d’information vous devenez prisonniers de bulles de complaisance bien lisses.
  • Ils peuvent monétiser le web. À partir de vos données, de vos relations, de vos interactions, de vos simples explorations. Votre profil prend de la valeur si vous êtes malade, si vous êtes dépensier, si vous tombez enceinte !

Les amas de galaxies dont je parlais en introduction s’agrègent et perdent de leur hétérogénéité. Comment évoluera un réseau en pair à pair avec de telles inégalités entre les pairs ?

On assiste également à une app-ification du web qui sous couvert de simplicité transforme vos interactions à travers le réseau en passant par des boîtes noires qui n’ont plus ni la simplicité des technologies web, ni la lisibilité de leur code.

La diversité sur le web se réduit à tel point qu’une page personnelle vous fait aujourd’hui passer pour un marginal. Voire un suspect ?

Omni

Le coût de la surveillance est beaucoup trop bas.

Lettre aux barbus, Laurent Chemla

On parle beaucoup d’Internet of Things, de Quantified Self ou d’OpenData avec l’idée derrière tout cela que beaucoup de données (Big Data — BINGO!) vont transiter entre nous, nos objets et notre environnement au sens large pour enrichir des hipsters de la silicon valley nous simplifier la vie.

Malheureusement ce dont on s’est aperçu avec Snowden et depuis, c’est que ces données servent surtout à nous tracer à grande échelle. Cette surveillance généralisée est préoccupante pour 3 raisons :

  • Perte de confiance dans le politique. C’était déjà pas la joie mais alors là c’est à vous faire douter de votre intérêt pour la citoyenneté. Les acteurs en puissance ont tout à gagner à ce qu’on les laisse s’amuser entre eux. Mais ce n’est plus de la démocratie…
  • Sentiment d’insécurité et lissage de l’opinion. Si chaque citoyen devient suspect, il faut se fondre dans la masse. Pour tromper les algorithmes, pour tromper les (futurs) drones, pour finir par se tromper soi-même. Et lorsqu’on s’est suffisamment conformé au moule on tape sur la minorité voisine pour évacuer son stress et se sentir vivant. Ou on retweete une cause vraiment juste… mais passagère aussi.
  • Renoncement à une vie privée numérique. Puisque plus rien ne marche, autant vivre avec et arrêter d’essayer de se battre contre des moulins. De toute façon ceux qui ont peur doivent bien avoir quelque chose à cacher ? Ou peut-être que l’on a envie d’un web intime, d’un web qui autorise les erreurs, d’un web qui dénonce les injustices ?

Devant cette surveillance généralisée, pour vivre heureux vivons submergés ?

Présent

Seven generation sustainability is an ecological concept that urges the current generation of humans to live sustainably and work for the benefit of the seventh generation into the future.

Great Law of the Iroquois

Internet n’oublie jamais. On a tous entendu cet adage qui est pourtant relativement faux. Des pages, des photos, des données disparaissent tous les jours. Lorsqu’un service ferme ce sont des milliers, voire des millions de comptes qui sont perdus. J’ai d’ailleurs appelé cela un datacide lorsque l’on assiste à un génocide de données. Cela peut avoir des effets bénéfiques et l’on pense bien évidemment au droit à l’oubli mais le problème est qu’Internet n’agit pas comme une souvenance — la façon dont on se souvient de ce que l’on a vécu — mais comme un journal de bord à moitié effacé. On ne choisit pas ce qui est conservé, on le subit.

Face à cette culpabilité numérique on en vient à une sorte d’exhibitionnisme numérique : plus je publie et moins les choses que je souhaite cacher seront visibles. On obtient des flux sans réflexion, sans espoir d’archivage, sans aucun contrôle. Le lâcher-prise sur ses interactions en ligne est symptomatique d’une inconscience généralisée de l’usage qui peut en être fait.

Ouf ! On a survécu à l’introduction un peu déprimante (j’ai réussi à plomber l’ambiance de typographes — huhu). Si l’on analyse chacun des points de ce web omni-présent, on constate qu’il y a principalement un problème de confort. Le web se fragmente car on ne prend pas la peine d’avoir son propre serveur, se surveille massivement car on est paresseux sur le chiffrement et disparait car l’on n’a pas envie de se soucier de ses traces numériques. Quelles pistes non techniques pour un web plus sain ?

Pistes

Militer

Le militantisme peut avoir un impact s’il est pratiqué à large échelle. La force du web est de pouvoir transmettre et propager des informations très rapidement. Il faut se servir de cet outil à bon escient !

Déconnecter

Je vais prendre mon exemple : je n’ai pas de compte Facebook, j’ai fait plusieurs diètes de tweets, je n’ai plus de smartphone. C’est certainement extrême mais je n’en suis pas mort numériquement pour autant. Je me porte même plutôt mieux depuis. S’interroger sur ses usages permet de prendre conscience de ce qui a vraiment de la valeur.

Innover localement

Je fonde beaucoup d’espoirs dans les initiatives locales. De nombreux projets sont en gestation et se développent autour de petites communautés de façon décentralisée. Une façon de s’adapter à la culture locale, de recréer une sorte d’intimité numérique.

Éduquer

Cette dynamique d’ouverture ne se fera pas sans éducation. Pas seulement auprès des enfants, on n’a malheureusement pas le luxe d’attendre que les nouvelles générations représentent la majorité. Il faudrait une éducation citoyenne de masse, 100 personnes aujourd’hui qui transmettront demain à 1000 autres ? ;-)

Se réapproprier

En utilisant des outils conviviaux tels que les défini Ivan Illich :

  • ne doit pas dégrader l’autonomie personnelle en se rendant indispensable
  • ne suscite ni esclave, ni maître
  • élargit le rayon d’action personnel

Il est temps de se réapproprier ses savoirs pour être à même de réacquérir son autonomie et en offrir à d’autres.

La concentration de galaxies est à l’origine d’une augmentation de la température qui se termine généralement en trous noirs. Quels autres leviers avons-nous pour éviter que le web ne soit aspiré par ces trous noirs ? J’ai démarré le discussion avec cette citation :

Il faut choisir, se reposer ou être libre.

Thucydide, ~2400 av. Facebook

Discussion

Questions techniques

Beaucoup de discussions sur la faisabilité technique d’une telle surveillance. Si l’on fait un premier point sur l’affaire Snowden, le constat est on ne peut plus limpide. C’est même pire après tout ce qui a été découvert depuis…

Questions sur la peur

On m’a demandé de quoi est-ce que j’avais peur, ressortant le fameux Nothing to hide, nothing to fear. Je n’ai pas peur, je m’interroge sur un constat et sur ma participation indirecte à la situation actuelle en étant acteur de ce système. J’explore des solutions et je vais en chercher dans des lieux comme les rencontres de Lure pour y retrouver une certaine naïveté technique et une expérience vieille de quelques millénaires.

Solutions techniques

Il m’a quand même été demandé de donner quelques solutions techniques. Voici des propositions :

Ces 4 points sont très basiques, vous pouvez ensuite vous pencher sur des solutions comme les réseaux privés virtuels (VPN) ou Tor pour aller plus loin.

Le web est une invention précieuse, préservons son graphe : ses liens et ses données.

August 26, 2014 11:00 AM

August 25, 2014

Karl Dubost

Les bas bleus, version japonaise

Visage de femme et couteau Eros Plus Massacre

Les « femmes nouvelles » désirent maintenant la force. Elles veulent avoir la force nécessaire à l’accomplissement de la vocation de leur soi (jiko), elles veulent la force pour apprendre de nouvelles choses, pour se cultiver (shūyō), pour grandir et pour surmonter leurs angoisses.

Raichō Hiratsuka, évolution de la morale sexuelle : Ellen Key, Seitō, août 1913.

Seitō (青鞜), les bas bleus, est un magazine féministe japonais créé en 1911 par Raichō Hiratsuka. Je l'ai découvert aujourd'hui dans un article de la revue Ebisu consacrée au magazine Seitō et notamment cet article, Quand les femmes parlent d’amour… : le discours sur l’amour dans Seitō. Cette phrase de Raichō pour le premier numéro du magazine : Et à l'origine, la femme était le soleil. Plonger dans la littérature et les œuvres des artistes du siècle passé permet souvent de prendre recul face aux stigmates de nos sociétés modernes. Il y a ainsi ce groupe de jeunes femmes passionnées écrivant essai et poésie imaginant l'amour, leur amour avec des opinions différentes mais l'imaginant tout de même. Ce premier pas là de la projection dans un avenir désiré est tout aussi important que celui de la réalisation. Lorsque nous cessons de nous projeter dans le lieu que l'on voudrait réaliser, nous cessons en quelque sorte d'exister. Nous abandonnons.

Raichō Hiratsuka a lu les féministes européennes pendant ses années d'université. La censure d'état bien sûr viendra remettre en question les mots choisis par Raicho et ces femmes qui l'accompagnent dans l'aventure. On y parle d'avortements, de prostitution, d'amour, de maternité. Elle mourût en 1971 après avoir milité après guerre pour le Pacifisme au Japon.

Noe Ito, l'une des éditrices du journal sera interprétée au cinéma par Mariko Okada dans Eros Plus Massacre de Yoshishige Yoshida. Noe Ito, féministe anarchiste, a eu une relation passionnée avec Sakae Osugi, un anarchiste japonais. Elle fût battue à mort par la police militaire après le grand tremblement de terre du Kanto en 1923. Elle avait 28 ans.

Elles ne sont, bien sûr, pas seules. Un groupe de femmes a participé à ce magazine, y compris Chieko Takamura pour les illustrations et le design du magazine.

Groupe de femmes Nouvel an, les membres du magazine Seitō

Quelques références

August 25, 2014 11:39 AM

August 24, 2014

Karl Dubost

Les URLs se cachent pour mourir

Végétation au pied d'un mur Tsujido, 22 juin 2014

Mon âme, aimez la vie, auguste, âpre ou facile,
Aimez tout le labeur et tout l'effort humains,
Que la vérité soit, vivace entre vos mains,
Une lampe toujours par vos soins pleine d'huile.

Anna de Noailles, Voix intérieure.

Doit-on cacher ou pas les URLs ? Quel est le sens de leur lisibilité ? Et pourquoi certains ont peur qu'elles disparaissent de l'interface des navigateurs ?

J'hésite à entrer dans le débat car je suis partagé et ceci depuis très longtemps : Dès que cette adresse fut mémorisable, elle devint un outil de communication important. Aurions-nous maintenant cette guerre des noms de domaine si ceux-ci avaient été cachés ? Imaginez une seconde que tout ceci fût caché.. J'ai l'impression que nos réactions de peur face à l'opacité des URLs est révélateur d'une crainte différente. Ce n'est pas l'URL qui est en jeu, mais la domination et la prévalence d'un certain type d'architecture. Et peut-être, grands Don Quichotte que nous sommes nous nous lançons contre des moulins à vent, plutôt que les vrais enjeux dont le Web est construit aujourd'hui : hypercentralisé.

Réactions :

August 24, 2014 09:15 PM

Les vieilles façades de la Presse en France

Palissade de tole ondulée Tsujido, 22 juin 2014

Enquêtes, enquêtes,
Seront l'unique fête !
Qui m'en défie ?
J'entasse sur mon lit, les journaux linge sale,
Dessins de mode, photographies quelconques,
Toute la capitale,
Matrice sociale.

Jules Laforgue, Simple agonie.

Webarchive est un bel outil pour aller explorer la rouille du Web, puisque tous ces sites ne conservent pas leur histoire visuelle.

Page d'accueil avant et maintenant Le Figaro
Page d'accueil avant et maintenant L'Humanité
Page d'accueil avant et maintenant Le Monde
Page d'accueil avant et maintenant Libération

August 24, 2014 02:22 PM

August 22, 2014

Karl Dubost

Ce soir, après l'école, je…

Homme utilisant un ordinateur dans la rue Ho Chi Minh, Vietnam, 14 juin 2014

Ami, je n'ai Laquais, ni Page,
Qui bien sût faire mon message,
Ne telle chose raconter
Que me sens au cerveau monter
En cette plaine, et bel espace.

Pernette du Guillet, Coq à l'âne.

À chaque génération, les personnes communiquent avec les outils du moment. Les enfants reviennent de l'école

1970… Ce soir, après l'école, je passe chez toi.

1980… Ce soir, après l'école, je te téléphone. (poste fixe, communication à l'unité, parents qui râlent)

1990… Ce soir, après l'école, je t'envoie un « pocketberu. » (message texte sur le beeper)

2000… Ce soir, après l'école, je t'envoie un message texte sur ton mobile. (message texte sur le PHS)

2005… Ce soir, après l'école, je t'envoie un message texte sur Mixi.

Et aujourd'hui dans la rue… deux élèves se quittent. 2014… « Ce soir, après l'école, je t'envoie un message texte sur Line. »

August 22, 2014 01:15 PM

Fausse citation : H.G. Wells

tête de dragon émergeant de l'eau Ho Chi Minh, Vietnam, 14 juin 2014

Le savoir n'aurait donc aucun charme puissant
S'il n'était pas suivi d'un triomphe brillant,
Et tu lui préféras une vaine fumée,
Qui n'est pas la solide et bonne renommée
Sans compter direz-vous combien il est flatteur
D'entendre murmurer : C'est lui, ce grand auteur,
D'entendre le publie en citer des passages,
Et même après la mort admirer ses ouvrages ;

Gérard de Nerval, Les écrivains.

Encore une autre vraie fausse citation, après Proust et celle de Saint-Exupéry, voici un tweet de Ilya Grigorik

"statistical thinking will be one day as necessary for efficient citizenship as the ability to read and write" - H.G. Wells… yes, please!

Ilya Grigorik.

Curieux, je me suis demandé d'où la citation provenait sans succès. Finalement, un site Web m'a donné la clé du mystère. La citation exacte est « Statistical thinking will one day be as necessary for efficient citizenship as the ability to read and write! » L'auteur est Samuel S. Wilks (1906 - 1964), un mathématicien en statistique. La phrase est extraite d'un discours présidentiel à l'association américaine de statistiques que l'on peut trouvée dans JASA, Vol. 46, No. 253., p. 1-18.. Et apparemment Wilks réinterprétait une phrase de H.G. Wells (1866 - 1946) écrite dans un essai : « Mankind in the Making »

The great body of physical science, a great deal of the essential fact of financial science, and endless social and political problems are only accessible and only thinkable to those who have had a sound training in mathematical analysis, and the time may not be very remote when it will be understood that for complete initiation as an efficient citizen of one of the new great complex worldwide States that are now developing, it is as necessary to be able to compute, to think in averages and maxima and minima, as it is now to be able to read and write.

H.G. Wells, Mankind in the Making.

Statistiquement la vraie fausse citation a été répétée tant de fois, qu'elle est plus probable que l'originale…

August 22, 2014 11:39 AM

August 18, 2014

Karl Dubost

Les grands espaces

homme urinant entre deux affiches Ho Chi Minh, Vietnam, 15 juin 2014

Au-dessus des arbres, nous n'avions pas vu que tout à coup le ciel devenait noir, l'eau ruisselle, se déverse à oppression à torrents sur nos têtes ; vite réfugions-nous là-bas, près d'un grand Bouddha songeur, à l'abri de son toit de chaume.

Pierre Loti, Propos d'exil.

À l'homme pressé, à l'homme debout, la précipitation des envies quotidiennes ne se réalise que dans les grands espaces intimes. Il faut savoir choisir son lieu afin de rêver.

August 18, 2014 01:16 PM

À l'horizontale du fleuve

Panorama du fleuve Ho Chi Minh, Vietnam, 15 juin 2014

On prête l'oreille : c'est le sourd murmure du fleuve qui croit et décroît soudain ; non : c'est le bruit sourd et confus des berges de sable qui s'écroulent et que les eaux emportent dans leur cours. Le soleil est couche, la nuit est venue : on ne suit plus qu'à grand'peine le sentier tortueux qui serpente sous les grands arbres : les troncs des ban-langs se dressent à chaque détour comme de blancs fantômes ; l'on songe en frémissant à l'ennemi toujours invisible, toujours de ces contrées, le tigre, dont l'heure est venue, et l'on revient en pressant involontairement le pas, auprès du feu campement.

Pierre Loti, Propos d'exil.

Le courant du fleuve suit le mouvement lent de mon regard. Même la chaleur s'étale en nappe paresseuse au dessus de la ville. Mes yeux sont dépassés par une barge, j'ai ralenti. Je veux retenir encore un peu le temps, le raboter en prenant l'ampleur de mes épaules jusqu'au bout de mes doigts, sentir les copeaux tombés à mes pieds. Un par un. Silencieusement. La nuit, il sera bien le temps de l'accélération, de la propulsion, du retour vers l'est. Le pas vers l'aéroport, les fesses encore calées sur un tabouret en plastique en prenant un café, les mains accrochées au banh mi, le cou étiré dans une ruelle, et la tête ancrée encore au centre des saveurs, de la coriandre et du piment. Je repars selon l'horizontale. Étendu dans le temps. Le temps du fleuve.

femme nettoyant devant sa boutique Ho Chi Minh, Vietnam, 15 juin 2014

August 18, 2014 01:06 PM

August 12, 2014

Karl Dubost

La permission de rêver

Haie de fleurs devant une maison Fujisawa, Japon, 2 juin 2014

Cette notion de permission de rêver donnée par des expériences positives — si l’on pouvait systématiquement en chercher la trace à la base de toutes les rêveries littéraires — nous montrerait par quels artifices, conscients ou inconscients, l’écrivain prétend s’attacher au réel même lorsqu’il imagine.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Le songe est exigeant. Il demande beaucoup d'espaces afin de pouvoir prendre le temps de l'espace. Le contrôle, l'interdiction des mots détruisent l'envie des mots que l'on voulait tisser ensemble. Cette rêverie de l'espace, elle se forme souvent dans les ruelles entre les maisons au dessus des haies. Dans les haies. Dans le fouillis calme, que de moments d'exploration jaillissent. Les mots s'invitent là où il y a de la sérénité.

August 12, 2014 01:35 PM

Tout s'efface un jour

Cabine téléphonique dans une haie Fujisawa, Japon, 2 juin 2014

Toute la vie, nous gardons le désir d’imposer l’immobilité de la pierre au monde hostile, à l’ennemi étonné.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

La mémoire est étrange. Les traces subsistent et de normalité passent à l'étonnement. Le souvenir est parfois entretenu par les legs de notre passé dans le présent. Mr Hosono décide de partager le récit des événements de l'accident nucléaire de 2011. Il dit « Ma mémoire approche sa limite. Le temps est venu pour moi de parler des détails. »

Nos mots sont souvent ce combat entre ce que nous voulons cacher du futur et ce que nous voulons perpétuer par l'exposition publique.

August 12, 2014 01:06 PM

L'intime

Petit tori coincé entre les immeubles Fujisawa, Japon, 2 juin 2014

Autrement dit, il semble que le complexe de Méduse puisse avoir une double fonction, suivant qu’il est introverti ou extraverti. Parfois, le poète vit des puissances médusantes, il sait clouer au sol son adversaire.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Lorsque nous créons le moderne, nous détruisons obligatoirement. Un champ, un espace, un immeuble précédent, la résidence d'insectes, un arbre, un souvenir localisé, nombre sont les choses qui finalement disparaissent. Et cependant, nous décidons parfois de préserver un élément. Les forces qui surgissent en notre intime humanité nous ordonnent de sélectionner cet élément plutôt qu'à un autre. Comprendre ceci. Explorer nos choix de cité afin de mieux comprendre ce qui s'écrit.

August 12, 2014 12:54 PM

August 10, 2014

Karl Dubost

L'îlot

Point de lumière sur un bureau Tsujido, Japon, 22 mai 2014

Le poète contemple l’univers avec les yeux d’un dieu.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

La pièce est obscure. Je ne distingue pas les huit coins. La pièce existe-t-elle ? Peut-être l'ai je imaginée ? On ne peut jamais être totalement sûr. Il y a pourtant sur ce bureau une ancre, un point chaud dans l'immensité, un désir d'y retenir le temps.

August 10, 2014 08:02 AM

L'eau pétrifiée

Ronds d'eau dans une flaque Tsujido, Japon, 21 mai 2014

Mais on n’en finirait pas si l’on voulait étudier toutes les images qui se forment aux confins de deux éléments matériels. Pour un terrestre, toutes les sources sont pétrifiantes. Ce qui sort de la terre garde la marque de la substance des pierres.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

J'ai arrêté le pas. Il pleuvait. La pluie était un peu froide. Une hésitation entre le besoin de fraîcheur et le frisson. J'ai observé les ondulations du goudron. Lentement. Longuement. Patiemment. Sans compter. Contempler. Figé.

August 10, 2014 07:54 AM

Les raisons du musée

Guichet d'un musée Tokyo, Japon, 17 mai 2014

Tout rêveur de la plume sera sensible à ces valeurs de l’encre noire sur la page blanche.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Pourquoi allons nous dans un musée ? Qu'y recherchons-nous ? Parfois je ne suis pas très sûr. Parfois je veux garder l'illusion. Nous transcendons beaucoup. Nous nous conformons beaucoup. Aussi. À une idée de la culture. Et pourtant.

August 10, 2014 07:40 AM

Un cimetière d'ombres

Tombes sous les arbres Tokyo, Japon, 17 mai 2014

Mais c’est là la matière du songe qui donne la première vérité, celle qui fait confidence de l’âme du rêveur.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Les jours de grande chaleur, il est agréable d'étendre un pas lent sous les arbres du cimetière d'Aoyama enveloppé parfois du parfum de l'encens. Alors Je ralentis. Juste alors, la rêverie flotte.

August 10, 2014 07:35 AM

Lentes infusions du désir

Filtre café Kamakura, Japon, 3 mai 2014

Tout est violent, mais rien n’explose. Les forces sont diverses, mais elles travaillent dans une ligne.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Depuis quelques jours, un homme et une femme se donnent rendez-vous tous les matins dans le café où je me rends. Chaque jour, elle s'habille avec une tenue élaborée différente. Ils ont commencé par des conversations et puis après quelques jours, les rires s'y sont ajoutés. Maintenant ils se touchent du bout des doigts. Au goutte à goutte, au mot à mot, aux regards encore hésitants, tout s'infuse. Tendrement.

August 10, 2014 07:13 AM

August 03, 2014

Karl Dubost

Onchi Koshiro

femme sur un écran dans une salle de cinéma Onchi Koshiro, Dans le cinéma

Un style personnel, c’est le rêve même de l’être.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Nous sommes allés au musée des arts de Yokohama, ce week-end, pour découvrir une exposition sur les œuvres d'impression au bois du Japon (moku hanga). Ce n'est pas la première, ni la dernière, tant la variété des thèmes, des couleurs techniques donnent un chemin pour la rêverie. Mais celle-ci m'a permis de découvrir un artiste particulier : Onchi Koshiro (恩地 孝四郎). Il est l'initiateur du mouvement « sōsaku hanga » proposant que l'artiste soit maître de l'ensemble du processus créatif et de sa réalisation. Kanae Yamamoto a peut-être réalisée la première œuvre en 1904, « le pêcheur » signalant cette nouvelle tendance Dans le cadre du travail des estampes réalisées par morceaux de bois, il doit non seulement dessiner, mais également graver les blocs de bois et réaliser l'impression lui-même. Traditionnellement, les œuvres étaient réalisées par un ensemble d'artisan.

Découvrir un artiste participe du voyage extraordinaire. D'un chemin à l'autre, d'une colline à l'autre, le paysage intellectuel et artistique s'élargit, fourmille et on aurait alors envie de passer de longues heures à explorer l'ensemble. Les relations entretenues avec les autres artistes, les magazines, publications contemporaines de l'artiste, les modes de pensées dans leur contexte historique. Il y a du rêve dans ces découvertes qui ressemblent beaucoup à la malle dans un grenier.

deux estampes de plongeuse Onchi Kochiro (à gauche). Affiche de la piscine Molitor (à droite)

Il y a par exemple cette image d'une plongeuse par Onchi Koshiro présente à l'exposition devant laquelle je suis restée de très longues minutes. Le cadrage, les teintes, les lèvres de cette femme en suspens ; elle a quitté la planche, elle n'a pas atteint l'eau. Les nuages dans le bas de l'œuvre accentue le mouvement aérien, céleste de la plongeuse. Il y a de la sensualité, du désir, de l'élégance, de la légèreté. Je me suis aussi souvenu de cette affiche de la piscine Molitor que j'avais oubliée depuis longtemps. Mais voilà une œuvre en appelle une autre, le cerveau est ainsi fait.

Il y a de nombreuses autres choses à découvrir. Suivez le fil.

August 03, 2014 06:44 AM

Le repos intime

un homme assis à l'intérieur d'un temple Kamakura, Japon, 3 mai 2014

Il n’est pas toujours nécessaire que l’eau soit profonde. Si la rive est montagneuse, avec des pics et des rochers se mirant dans l’eau, cela suffit pour qu’on rêve d’une profondeur.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

La chaleur, je suis à l'extérieur, le bois brûle sous la paume de la main. Le visage près d'une ouverture, un courant d'air frais glisse sur ma peau. Au loin, un homme s'est assis, le dos à un pilier de bois, les jambes allongées sur le tatami. Il se repose au frais. Ni besoin de nom, de s'enregistrer, de définir ses préférences, de s'exprimer même. Il est entré et il prend un repos. Ses pensées intimes resteront siennes.

August 03, 2014 03:44 AM

August 02, 2014

Karl Dubost

Le geste

mains et baguettes Tokyo, Japon, 9 mai 2014

Une nuance vraiment réelle est effacée par ce nominalisme, par cette interprétation trop rapidement rationaliste. Pourtant Sisyphe arcbouté contre son rocher est l’image d’une lutte réelle contre un objet réel ! Pourquoi ne prendre que la forme du symbolisme et ne pas essayer d’en vivre le dynamisme ?

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Je regarde fasciné le geste répétitif et répété quelques milliers de fois pendant la journée afin de cuire les boules de pieuvre. Je suis heureux la file d'attente est un peu plus longue. J'ai une bonne excuse pour l'observation.

August 02, 2014 03:15 AM

August 01, 2014

David Larlet

Héritage et immobilier

— Tu n’en as pas marre de payer un loyer ?
— Non, tirade sur la propriété, fléau de cette société.
— Mais pour ton fils ?!!!

La discussion revient souvent donc pour clarifier :

  • Faire un achat immobilier consiste à s’endetter et donc à se condamner à assurer un revenu sur x années. Cela réduit considérablement les options possibles pour passer plus de temps avec mon fils. Le loyer est le prix de cette flexibilité.
  • Acquérir une maison c’est s’immobiliser et donc renoncer à une vie nomade permettant de rencontrer d’autres cultures. Je ne souhaite pas que du matériel vienne entraver une soif de découverte et d’expériences. Le loyer est le prix de cette liberté.
  • Léguer c’est déchirer une famille, je n’ai pas vu un seul héritage dans mon entourage qui se soit déroulé sans accrocs. Je ne pense pas que le gain soit à la hauteur de l’enjeu. Vraiment. Le loyer est le prix de cette intégrité.

J’espère que mon fils aura hérité de bien d’autres choses pour être autonome, bienveillant et heureux dans la vie. La richesse que je lui propose d’accumuler n’est pas matérielle, elle ne se mesure pas en m², elle n’est pas spéculative non plus. La chose la plus importante dont il a besoin c’est de l’attention et du temps de tendresse disponible.

Pas un tas de cailloux.

August 01, 2014 11:00 AM

July 31, 2014

David Larlet

Jeune photographe

Accepter les photographies que nous avons faites comme elles sont devient alors un acte d’accompagnement du mouvement permanent du monde. On ne fait pas toujours des photographies comme on embaume des cadavres. On en fait aussi parfois comme on cueille des fleurs, en sachant nos sensations périssables, pour le plaisir d’accompagner leur évanouissement fugitif ou de rendre hommage à la beauté du monde. Et on en fait parfois comme on planterait des graines, en attente de la floraison à venir.

En attente d’une floraison à venir, Serge Tisseron

Jeune photographe, tu vas te réfugier dans la technique. Les focales et les boîtiers n’auront plus de secret pour toi. Tu manieras l’exposition, la composition, le bokeh et le flou cinétique comme un pro. Tu feras de belles photos. La technique est rassurante et rationnelle, elle fait partie du domaine du connu en se rapprochant de ce qui est enseigné à l’école. Malheureusement, la technique est aux antipodes des émotions. La maîtrise d’un outil peut réduire son expression artistique et sa créativité.

Jeune photographe, tu vas chercher des mentors. Les écouter, les aduler, les copier, parfois même les rencontrer. Examiner leur travail, méticuleusement, tirage après tirage pour comprendre la chaîne photographique. Leur expérience va te permettre de progresser rapidement, de connaître des astuces stylistiques et d’identifier les scènes qui ont du potentiel. Tu feras des photos artistiques. Malheureusement, ces sources d’inspiration étoufferont ton propre style. La photographie est avant tout l’expression de son soi profond et personnel.

Jeune photographe, tu vas être attiré par l’exotisme. Nu, N&B, contrées lointaines, macro, animalier, les catégories ne manquent pas pour se distinguer et sortir de la monotonie. Qu’il est reposant d’explorer en continu sans prendre le temps de s’ennuyer sur un domaine. Tu vas faire des photos attrayantes. Malheureusement, c’est dans cet ordinaire que résident les pépites artistiques. L’intimité photographique comme un partage de ces instants de vie.

Jeune photographe, surprends-toi !

Billet auto-critique suite à une twiscussion avec Éric, Karl et Emmanuel.

July 31, 2014 11:00 AM

July 28, 2014

Karl Dubost

Fail2ban

tombes envahies de végétation Kamakura, Japon, 3 mai 2014

À vivre un peu dans les rochers, nous oublierons tant de faiblesse. Baudelaire a écrit quelque part : « Nos paysagistes sont des animaux trop herbivores ». Un rêve de solidité et de résistance doit donc être mis au rang des principes de l’imagination matérielle. Le rocher est ainsi une image première, un être de la littérature active, de la littérature activiste qui nous apprend à vivre le réel dans toutes ses profondeurs et ses prolixités.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

fail2ban est un outil bien pratique pour éliminer de nombreuses attaques. Particulièrement, les attaques idiotes par dictionnaire testant tous les logins de façon répétée deviennent facilement enregistrées par leurs adresses IP. Elles sont ajoutées à une liste temporaire afin d'être bloquées pour un temps choisi. Attention cependant à ne pas transformer fail2ban en ban2fail. L'outil est délicat à configurer.

July 28, 2014 12:46 AM

Les cercles doux-amers

grande roue sur fond de ciel Yokohama, Japon, 11 mai 2014

Tant de forces s’animent dans l’ambivalence sournoise, tout en forces ostensibles et en forces cachées, tout en attaques et en fuites. Aimer et haïr donnent une ambivalence sentimentale. Provoquer et craindre forment une ambivalence plus profonde, plus serrée puisqu’elle est au nœud même, non plus du sentiment, mais de la volonté.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

La grande roue est un immense salto presque immobile dans le ciel. Ne revennons nous jamais de nos rêveries du ciel, de nos élans au dessus de la ville. Les pieds au sol nous imaginons la fragile conquête de notre masse terrestre. La grande roue n'est pas le lieu des jeunes amoureux, selon la tradition locale. Elle porte malheur.

Le goya coupé en engrenages pénétrés de l'essence végétale, une première bouchée et c'est déjà l'élévation que l'on parcoure le long d'une tige aérienne. L'amertume se désire, elle se déploie en boucles autour des lèvres indéfiniment. Et nous voulons, et nous vivons, et nous aimons le long de ces grands cercles. Infiniment.

Plat de goya champuru Tsujido, Japon, 11 mai 2014

July 28, 2014 12:08 AM

July 27, 2014

Karl Dubost

Les rues sombres

Ruelle avec izakaya Tokyo, Japon, 9 mai 2014

Un défilé, par la simple loi de l’onirisme. « se resserre », non point dans le style tranquillement descriptif du géographe, mais avec le complet réalisme psychologique de l’imagination et avec la lenteur des forces invincibles.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Dans les ruelles sombres de Ueno, l'espace de l'imagination s'ouvre en grand à travers la fracture, la bonté, l'effleurement des yakuzas, le marché. Les humains se croisent, se frottent, se reconnaissent, se respectent.

July 27, 2014 11:49 PM

July 24, 2014

Karl Dubost

Cacher ce tatouage que je ne saurais voir

Affiches d'avertissements Fujisawa, Japon, 24 juillet 2014

De quel droit mettez-vous des oiseaux dans des cages ?

De quel droit ôtez-vous ces chanteurs aux bocages,
Aux sources, à l'aurore, à la nuée, aux vents ?
De quel droit volez-vous la vie à ces vivants ?
Homme, crois-tu que Dieu, ce père, fasse naître
L'aile pour l'accrocher au clou de ta fenêtre ?
Ne peux-tu vivre heureux et content sans cela ?
Qu'est-ce qu'ils ont donc fait tous ces innocents-là
Pour être au bagne avec leur nid et leur femelle ?

Victor Hugo, Liberté.

Shonan, l'été, la plage et les règles municipales, celle-ci était affichée dans le bus. Entre ne pas faire peur aux autres, garder un niveau musical raisonnable, ne pas mettre son chien dans l'eau, ne pas boire trop, et autres, il y a « Couvrir ses tatouages. » En effet, le Japon accepte encore très mal les tatouages. Les interdictions notables sont dans la plupart des bains publics et parfois dans les agents de la fonction publique. Comme ils sont depuis quelques dizaines d'années la marque des Yakuzas, c'est à dire de la mafia locale, ils sont craints. Cependant, toutes ces recommandations bien sûr n'empêchent personne d'être ivres et de dévoiler ses tatouages, yakuza ou pas. Je me demande parfois si les recommandations sont plus pour rassurer la clientèle et le public plus que pour réaliser une action concrète.

July 24, 2014 01:40 PM

July 22, 2014

Karl Dubost

Pelican, un système de carnets statiques

carton et boîte ressemblant à un visage Tokyo, Japon, 9 mai 2014

Pas d’apparence qu’il ne prenne, pas de caprice qu’il n’ait, pas de rêves qu’il ne réalise : il a toutes les figures, il fait toutes les grimaces. Il semble animé d’une âme multiple. Pardonnez-moi ce mot à propos de cette chose.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Il y a quelques jours j'écrivais : Pelican (celui que j'utilise pour Otsukare et je regrette). Bien sûr, on me demande maintenant pourquoi. Les mots publics ont des conséquences et génèrent des discussions. Je vais tenter de développer un peu plus le contexte de cette opinion.

Un carnet Web avec Pélican

Pelican est un générateur de fichiers HTML écrit en Python. Il utilise le format ReStructuredText ou Markdown (en fait MultiMarkdown) pour les fichiers d'écriture. Ces critiques ne sont que sous l'angle particulier des frictions que j'ai pu rencontrées en l'utilisant.

Statique et cache

Mise à jour 23 juillet 2014 : Depuis ce billet, la situation s'est améliorée à propos du cache.

C'est une critique qui s'applique à tous les systèmes de génération de fichiers pour un hébergement statique. C'est une critique que l'on peut avoir aussi pour de très nombreux sites dynamiques. Le cache HTTP est un choix d'expérience utilisateur, ce n'est pas un choix technique. Tous les générateurs de sites pour la création d'un billet, le changement d'un gabarit, la mise à jour d'un billet regénère automatiquement l'ensemble des fichiers Web qui auront dans la même foulée une nouvelle date. Ce qui signifie, qu'à chaque modification minime, l'ensemble du site est réindexable par les moteurs de recherche et qu'un navigateur ira chercher la page Web même si celle-ci n'a pas changé.

Le problème vient souvent de la non gestion des dépendances entre les fichiers. Si je met à jour ou crée un nouveau fichier, il n'y a seulement qu'un certain nombre de fichiers qui seront modifiés le flux, l'index, etc. Il n'est pas nécessaire de regénérer tout le site. C'est la partie facile.

Un peu plus difficile, il serait bon que lorsque l'on change un gabarit et que l'on regénère les fichiers relatifs à ce gabarit, on puisse avoir le choix de ne pas modifier l'information de cache. Certaines personnes voudront que le contenu soit rafraîchit pour un changement de design, d'autres comme moi ne pensent pas que cela fasse partie des conditions de rafraîchissement du cache. La condition nécessaire (pour moi) est le changement du contenu et seulement du contenu.

La pauvreté sémantique

Sur le thème de HTML, c'est bon, mangez en. Lorsque l'on commence à utiliser Markdown de façon un peu plus industrielle. On se rend compte que HTML en fait c'est très bien. Markdown (et ses dérivés) est un fabuleux format texte mais tant que l'on reste dans un territoire relativement simple. Créer des blocs de citation, des ancres intéressantes. Le compromis est à choisir. Le but de Markdown était justement de rester sur une sémantique simple. Ce n'est donc pas un reproche à propos de Markdown, mais plus du contexte d'utilisation. En fait, je trouve Markdown beaucoup plus pratique pour les mails que pour le Web.

Je me demande souvent donc si un système à la MultiMarkdown avec un entête de paires et le reste du document étant constitué par une structure <article> pourrait être une voie à explorer. Pour cet article cela donnerait quelque chose un peu comme :


Title: Pelican, un système de carnets statiques
created: 2014-05-09
updated: 2014-07-23 8h38
tz: Japan
css: /2013/12/20/style/article.css
uri: //www.la-grange.net/2014/05/09/pelican

<article>

   Le contenu HTML

</article>

Documentation

La documentation de Pelican est assez bonne mais brouillonne, surtout la section sur l'écriture du contenu. Elle est très orientée développement et certaines des options ne se comprennent que si l'on lit le code source du programme. Il y a de nombreuses options que je ne comprends toujours pas. Mais bon, là c'est beaucoup plus une question de retrousser ses propres manches et d'envoyer ses propres améliorations.

Mise à jour 23 juillet 2014 : Depuis ce billet, la documentation s'est améliorée mais toujours avec de nombreuses explications manquantes.

July 22, 2014 11:38 PM

L'héritage

Mains posées sur une table en bois Tsujido, Japon, 7 mai 2014

Quand des métaphores sont réversibles, on est bien sûr de vivre en état de grâce d’imagination. La vie est légère.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Hier, j'ai sorti la vieille table de bois. Je l'ai bien nettoyée plusieurs fois et puis je l'ai séchée. Alors j'ai ouvert le pot de cire naturelle, acheté il y a quelques semaines dans une boutique à Tokyo. Le parfum m'a enveloppé des souvenirs, des lieux de mon enfance. J'ai placé de la cire sur le chiffon et j'ai commencé à parcourir tous les contours de la table. Une main posée sur la table, l'autre sur le chiffon, je prends soin du bois, je le nourris. Un geste sûr, mémorisé, connu et consciemment profond se déploie sur la surface et les recoins. Je laisse sécher une fois de plus. Et cette fois-ci avec un chiffon de laine, je frotte de nouveau la cire pour lui donner sa patine.

Dans ce geste et dans ce parfum, il y a bien plus que l'entretien d'une table en bois passée de génération en génération. Cet après-midi, c'est tout le souvenir de mon enfance en Normandie qui se déploie en lents mouvements le long des fibres du bois. C'est l'héritage de ce que l'on m'a enseigné, communiqué. C'est l'adoption d'une pratique, un bois d'amour, un amour du bois.

July 22, 2014 12:58 PM

July 21, 2014

Karl Dubost

fichier ou contenu en python (CLI)

Mais en grain Montréal, Canada, 21 juillet 2013

Dante écrit deux vers, puis il sort ; et les deux vers
Se parlent. Le premier dit : - Les cieux sont ouverts.
Cieux ! je suis immortel. - Moi, je suis périssable.
Dit l'autre. - je suis l'astre. - Et moi le grain de sable.
- Quoi ! tu doutes étant fils d'un enfant du ciel !
- Je me sens mort. - Et moi, je me sens éternel.
Quelqu'un rentre et relit ces vers, Dante lui-même :
Il garde le premier et barre le deuxième.
La rature est la haute et fatale cloison.
L'un meurt, et l'autre vit. Tous deux avaient raison.

Victor Hugo, Dante écrit deux vers.

Lorsque vous créez un script python qui accepte des arguments en ligne de commande (CLI), il est possible de vouloir deux comportements. Soit vous désirez que le progamme puisse lire une liste de fichiers.

python pipe_test.py --blah foo.txt bar.txt

ou bien de récupérer et traiter le contenu des fichiers grâce au pipe bash, par exemple :

cat foo.txt bar.txt | python pipe_test.py --blah

Un petit programme assez simple pour réaliser cela utilisant le module fileinput que je ne connaissais pas.

import fileinput
import argparse
line_number = 0
# Définitions des arguments de la ligne de commande
parser = argparse.ArgumentParser()
parser.add_argument("infiles", nargs="*")
parser.add_argument('--blah', help='do something',
                    action='store_true', dest="blah", default=True)
args = parser.parse_args()
filelist = args.infiles

print "Liste fichiers: %s" % filelist
for line in fileinput.input(args.infiles):
    line_number += 1
    print  "%s - %s" % (line_number, line.strip())

Résultat sans pipe

python pipe_test.py --blah foo.txt bar.txt

Nous obtenons la liste de fichiers ainsi que l'impression des deux fichiers :

Liste fichiers: ['foo.txt', 'bar.txt']
1 - foo 1
2 - foo 2
3 - foo 3
4 - foo 4
5 - bar 1
6 - bar 2
7 - bar 3
8 - bar 4

Résultat avec pipe

cat foo.txt bar.txt | python pipe_test.py --blah

Cette fois-ci pas de liste de fichiers puisque nous envoyons directement le contenu grâce à cat.

Liste fichiers: []
1 - foo 1
2 - foo 2
3 - foo 3
4 - foo 4
5 - bar 1
6 - bar 2
7 - bar 3
8 - bar 4

Et voilà en espérant que ce soit utile à quelqu'un d'autre.

July 21, 2014 01:58 PM

July 20, 2014

David Larlet

Lecture et joie

Je ne milite en aucun cas pour l’abolition de l’école. Je crois, effectivement, qu’il serait catastrophique, en l’état actuel des choses, de la supprimer. Je pense, effectivement, qu’il y a de nombreux parents qui ne pourraient, ne voudraient ou ne sauraient en aucun cas assumer cette nouvelle condition ; je pense, effectivement, que la situation actuelle de nombreuses personnes rendrait irréaliste, voire périlleuse, la non-scolarisation de leurs enfants.

Mais quid de tous ceux qui en ont la possibilité et, peut-être, le désir, mais qui l’ignorent ? C’est à eux que mon témoignage offre, je l’espère, l’inspiration pour une pensée nouvelle. Respecter ses convictions, faire, en toute conscience, des choix personnels, honorer son originalité, être l’artisan de son propre devenir : tout cela, bien davantage que l’endoctrinement des masses, contribue à la progression du monde et à l’apparition de nouveaux paradigmes.

… et je ne suis jamais allé à l’école, André Stern

J’ai terminé de lire … et je ne suis jamais allé à l’école à mon fils. Quelques pages quasiment chaque jour depuis 3 mois. La joie qu’il a manifesté lorsque j’ai sorti le livre les dernières fois m’a vraiment ému. Identifier le livre comme un moment de bonheur. Comme une vaine tentative de le dévorer littéralement aussi :-).

Au fil des pages, je me suis rendu compte à quel point ma lecture à voix haute a changée, une meilleure continuité, une meilleure gestion des liaisons, des différentes voix des personnages. Essayer de rendre la forme aussi intéressante que le fond a été un exercice quotidien, pour une lecture plus lente, plus détaillée, plus profonde. La prose d’André Stern se prête bien à une telle lecture et le propos est lucide et sensé, ça donne des idées…

Prochaine lecture : Libres enfants de Summerhill.

July 20, 2014 11:00 AM

Karl Dubost

ajout d'un élément XML avant un autre avec lxml

Motif régulier d'architecture Ho Chi Minh, Vietnam, 12 juin 2014

Du céleste ouvrage l'objet,
Si vrai et régulier,
N'est-il sur tout autre sujet
Beau, noble et singulier ?

Jacques Pelletier du Mans, À ceux qui blâment les mathématiques.

lxml est une excellente bibliothèque qui donne une coquille python à libxml et libxslt. Cependant la documentation est parfois un peu spartiate et surtout certaines méthodes de l'API ne sont expliquées que si nous lisons le code de l'API directement. C'est ainsi que j'ai découvert le addprevious dont j'avais besoin afin de mettre à jour les entrées dans un flux Atom. (Bien sûr il existe une méthode équivalente addnext)

addprevious avec un exemple concret.

Construisons le début d'un flux Atom en XML en utilisant lxml.

from lxml import etree
feed = etree.Element('feed')
feed.attrib['lang'] = 'fr'

Jusque là pas de problèmes c'est assez simple. Nous construisons l'élément racine feed et nous lui donnons un attribut lang dont la valeur est fr. Le résultat est :

<feed lang="fr"/>

Donnons lui un peu plus de corps.

from lxml import etree
feed = etree.Element('feed')
feed.attrib['lang'] = 'fr'
title = etree.SubElement(feed, 'title')
title.text = u'Un magnifique carnet Web'
author = etree.SubElement(feed, 'author')
name = etree.SubElement(author, 'name')
name.text = u'Super Dupond'

Cette fois-ci nous avons un arbre.

<feed lang="fr">
  <title>Un magnifique carnet Web</title>
  <author>
    <name>Super Dupond</name>
  </author>
</feed>

Imaginons que, catastrophe, nous avons oublié l'accroche du site Web. Dans le vocabulaire Atom, celle ci est donnée par l'élément subtitle. Nous voulons placer cet élément entre l'élément title et l'élément author du flux.


subtitle = etree.Element('subtitle')
author.addprevious(subtitle)
subtitle.text = u'Les âneries du jour'

Nous créons un élément subtitle. Nous ajoutons cet élément avant l'élément author et nous lui donnons un contenu texte. Ce qui nous donne pour code final

<feed lang="fr">
  <title>Un magnifique carnet Web</title>
  <subtitle>Les âneries du jour</subtitle>
  <author>
    <name>Super Dupond</name>
  </author>
</feed>

L'illustration semble futile puisque nous aurions pu construire les éléments dans le bon ordre. Mais dans mon cas j'en avais besoin afin de mettre à jour un flux Atom.

  1. Rechercher si l'entrée existe déjà parmi la liste des entrées
  2. Si oui la supprimer, si non supprimer la dernière entrée du flux (la plus ancienne).
  3. Ajouter la nouvelle entrée au dessus de toutes les autres entrées mais après les données générales du flux.

Schématiquement, si nous devions mettre à jour en effaçant l'entrée 3

<feed>
  <title>…</title>
  <subtitle>…</subtitle>
  <author>… </author>
  <!-- Insérer ici la nouvelle entrée 3 -->
  <entry>Entrée 1</entry>
  <entry>Entrée 2</entry>
  <!-- Effacer l'entrée 3 -->
  <entry>Entrée 3</entry>
  <entry>Entrée 4</entry>
</feed>

J'ai encore quelques petits détails à régler avant de partager le code. Mais en espérant que cela puisse servir à une autre personne.

July 20, 2014 08:22 AM

Le marché local

Marchand de légumes Kugennuma, Japon, 4 mai 2014

Nous donnerions une fausse idée de l’imagination si nous ne redisions pas combien les images sont rares.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Près de chaque station de train, la vie se déploie en mille petites subtilités. Nous remarquons l'humanité, nous participons à l'humanité. Et pourtant à chaque chandelle qui s'éteint, une boutique disparaît. Des conversations, des souvenirs s'évadent. L'espace sera détruit. Le bâtiment remplacé par un plus neuf. Probablement un café, un salon de coiffure ou autre élément plus moderne viendront s'installer. Elle et ses légumes semblent le dernier front de résistance face à l'ensemble des rideaux de fer baissés. Nous nous extasions du charme. Nous rêvons de sa tendresse. Et pourtant, nous allons nous aussi dans les franchises des supermarchés alentour. Peu de monde veut continuer à vendre des légumes sur un coin de table. Peu de monde veut même continuer à les produire.

July 20, 2014 06:42 AM

July 18, 2014

Karl Dubost

La fortune des errances

Chemin dans la forêt Zushi, Japon, 3 mai 2014

La contemplation de la nature, dit encore le poète, a besoin « des songes séculaires ». L’homme retrouve toujours et partout les mêmes rêves.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Une fois de plus, avec un ami, j'ai parcouru la colline au-dessus de la mer, la forêt de bambou, les jardins suspendus. Une fois de plus, je me suis arrêté dans ce petit restaurant près du port de pêche et puis nous avons terminé par ce temple de Kamakura où les enfants jouaient sur les escaliers en bois.

Lampe dans un temple Kamakura, Japon, 3 mai 2014

Quel bonheur de marcher, j'y ai même cette fois-ci découvert un sol couvert de misère, je suis reparti plus riche de trois brins. La fortune des errances est incommensurable.

misères Zushi, Japon, 3 mai 2014

July 18, 2014 11:10 AM

July 17, 2014

Karl Dubost

Dans l'écriture des images

Océan Enoshima, Japon, 2 mai 2014

Tous ces objets résistants portent la marque des ambivalences de l’aide et de l’obstacle. Ils sont des êtres à maîtriser. Ils nous donnent l’être de notre maîtrise, l’être de notre énergie.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Lorsque nous écrivons, nous ne collons pas des  l e t t r e s  les unes à côté des autres, pas plus que des mots. Cela n'aurait que peu de sens vert tomate lunettes batteries émotion le avoir calepin peinture. Il en est de même lorsque nous prenons une photographie. Nous ne plaçons pas des pixels de couleurs afin de les mettre côte à côte. Ces pixels bleus sont ceux que l'appareil numérique a voulu enregistrer selon son algorithme. L'argentique ne fait que peu de différences, remplaçons le programme numérique par la chimie. Cette photographie, l'océan et un peu de ciel, après quelques heures, a déjà vécu. La photographie ne reste déjà plus que de l'ombre. Elle a fâné. Elle s'est diluée. Je la grossis. Je l'explore. Je révèle ses pixels. Je tente de comprendre son intimité. Non vraiment rien, si ce n'est l'envie de redessiner les carrés bleus à la main ou de les réarranger par valeur. Je reprends du recul. Elle reprend un peu de sens. Il y a cette femme à ma droite avec ses lunettes de soleil et ses cheveux en queue de cheval. Il y a ce grand aigle qui passe régulièrement au dessus de nos têtes, hésitant entre les rats et le poulpe grillé dans notre assiette. Il y a le parfum du sel qui remonte la falaise de la presqu'île porté par le vent pour atteindre la terrasse où nous sommes assis. Il y a l'envie que le midi s'étire un peu plus loin jusque dans la nuit. Il y a ce bonheur. Oui c'est peut-être cela cette photographie insignifiante, bleue et plate. C'est peut-être cela le souvenir du hors-champ et de son intimité.

Pixels d'une photographie Enoshima, Japon, 2 mai 2014

July 17, 2014 12:32 PM

July 16, 2014

Karl Dubost

Les signes et leur compréhension

Rue la nuit Tsujido, Japon, 1er mai 2014

Il n’y a pas de paysages littéraires sans les lointaines attaches à un passé. Le présent ne suffit jamais pour faire un paysage littéraire. Autant dire qu’il y a toujours de l’inconscient dans un paysage littéraire.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Je lis un livre sur les algorithmes (traités en python) afin de combler mes lacunes. Au cours de la lecture, je tombe sur la page suivante d'une formule écrite en python et puis finalement mathématiquement.

Extrait de livre Algorithmes en python

L'auteur précise que « le sigma majuscule 𝚺 peut être un peu intimidant si vous n'avez pas travailler avec auparavant. Ce n'est cependant pas plus effrayant que la function sum en Python. » Sa mention m'a fait sourire car j'ai eu la réaction exactement inverse en lisant la page. Alors que la notation mathématique m'a été évidente au premier coup d'œil, il m'a fallu du temps pour déchiffrer la ligne pourtant courte de Python. Pendant mes études, j'ai appris, manipulé, écrit, utilisé les notations mathématiques pour décrire l'univers et le comprendre. Cet ensemble de signes est alors plus naturel pour moi que celui pourtant simple d'un langage de programmation.

Je vis en ce moment une reconfiguration (trop) lente de la compréhension des mots par le japonais écrit. Encore un autre voyage sémantique.

July 16, 2014 10:47 AM

July 15, 2014

Karl Dubost

Listes de discussions du W3C

Calepin et téléphone Séoul, Corée du Sud, 12 avril 2014

L’intelligence aussi voudrait s’intéresser non seulement à des faits, mais encore à des valeurs.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Régulièrement, une personne se plaint du système de listes de discussions du W3C. D’ailleurs il n’est pas certain si les individus parlent du système d’archivage ou du système de gestion de la liste ou des deux. Aujourd’hui a été encore l’opportunité de se défouler contre le W3C. Les attitudes négatives du milieu de l’informatique ont tendance à tout faire pourrir. C’est bien triste. Une discussion récente a été l'occasion de nombreuses petites piques et finalement très peu de propositions concrètes.

Les communautés du W3C travaillent avec les moyens du bord. Le résultat est loin d’être parfait, mais ces qualités sont essentielles. Reconnaître les atouts et les avantages afin de pouvoir les faire évoluer dans un sens plus riche et positif permettrait l’amélioration de la situation générale. Le système actuel pour la gestion est Hypermess.

Pas satisfait avec la CSS, proposez une nouvelle feuille de style qui soit réaliste et s’intègre dans le système courant. Pas satisfait avec le système d’archivage, faire des propositions de code et de gestion pour améliorer l’ensemble. Pas satisfait des logiques ergonomiques, proposez en de nouvelles. Mais le plus important, faire des propositions réalistes. Ne pas oublier que votre solution n’est pas forcément la solution de tous. Bien souvent nous oublions que lorsque nous ne sommes pas satisfaits d’un système (émotion nombriliste), nous ne voyons pas dans le même temps tous ceux qui sont satisfaits du système courant. Et ce que certains perçoivent comme un défaut sera perçu comme un avantage par d’autres.

Les avantages ?

Des inconvénients ?

  • Pas de vue d’un fil de discussions au complet
  • Une présentation assez datée et rébarbative. Mon petit doigt me dit que Daniel Davis va proposer quelque chose.
  • Une présentation non compatible avec les petits écrans.
  • Les fils de discussions brisés dans l’index par mois quand ils s’étalent sur plusieurs mois.
  • L’impossibilité pour les non-membres de récupérer les fichiers mbox.
  • L’impossibilité de télécharger une mbox pour un fil de discussion particulier.

Des manques ?

  • Une possibilité de comprendre la syntaxe markdown d’un message pour la convertir dans les archives Web. Ceci dit assez aléatoire à convertir.
  • Peut-être la possibilité de voter sur la qualité d'un message.

July 15, 2014 10:45 PM

Christian Fauré

Un jour sans lendemain ?

Donc voilà, l’émission « Du jour au lendemain » d’Alain Veinstein ne sera pas reconduite à la rentrée sur France Culture.

QuignardVeinstein [Alain Veinstein avec Pascal Quignard]

Cela faisait 29 ans que cette émission existait, et 25 ans que je l’écoutais, pratiquement tous les soirs. Avec le passage au Podcast, je n’ai plus jamais manqué une seule émission, que pourtant je continuais à écouter le soir car il faut un régime d’attention particulier pour l’entendre. Cette émission bien nommée terminait ainsi ma journée et m’ouvrait des horizons inconnus avant que je ne bascule dans les rêves. 

Parfois, je m’endormais rapidement quand un romancier venait nous raconter l’histoire qu’il avait écrite, ou quand un universitaire venait réciter sa leçon ; mais parfois aussi, quand le livre devait un prétexte à autre chose, j’ai été le témoin de moments radiophoniques merveilleux.

En 29 ans, Alain Veinstein a travaillé à une forme de disparition de l’interviewer. A réécouter les premières émissions, on est surpris de réentendre sa voix plus chantante et son débit de parole bondissant qui imprimait une présence forte et perceptible de l’animateur-intervieweur.

Ces dernières années, on pouvait écouter tout un entretien sans avoir le moindre souvenir de l’intervieweur : « qu’avait il dit, et était il seulement là ? » pouvait on se demander en fin d’émission .

C’est qu’Alain Veinstein est devenu maître dans l’art de l’amorce : une question anodine en début d’entretien et l’interviewé mettait 45 min à essayer de s’en dépêtrer en dialoguant avec lui-même (et pour son plus grand bonheur s’il savait saisir l’occasion ). Parfois c’était juste un « mouais… » inaudible de Veinstein qui scellait la fin de la discussion des les premières minutes.

Toujours, le style de Veinstein indiquait, dès les premiers mots échangés, si ce qui allait suivre tiendrait une promesse : « ah ! Ça sent bon tout ça !  » se disait-on avec délectation.

Mais dès le début de la dernière émission, cela ne sentait pas bon, même si l’émission en elle même fût une des meilleures, mais dans le style bien particulier de la confession radiophonique qui frôlait douloureusement le testament radiophonique.

Que celles et ceux à Radio France qui ont décidé de cet arrêt pour des raisons économiques révisent leur manuel d’économie, en commençant peut être par « La part maudite » de Bataille.

Et moi d’espérer que Veinstein puisse saisir les opportunités du numérique en réalisant que la « maison de la radio » est aujourd’hui partout et que là ou il sera je serai, avec d’autres , au rendez-vous.

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by Christian at July 15, 2014 07:14 PM

Karl Dubost

L'idée du vent

Tissu flottant près d’une fontaine Hiratsuka, Japon, 26 avril 2014

Cette image poétique peut paraître obscure. Elle a précisément besoin d’être révélée au sens photographique du terme par l’image princeps du couchant martelé, de l’orient forgé. Alors la rêverie de lecture devient sensible à des tonalités cachées, elle découvre d’infinies profondeurs d’une âme imaginante. En effet, pour produire cette image, le poète a mis en acte des puissances multiples, couvrant plusieurs régions de l’inconscient.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

L'entrée du sanctuaire après le tori, la fontaine pour les ablutions, les voyageurs pourront pratiquer l'humidification délicate, la main gauche, la main droite, les lèvres. Un tissu pour s'essuyer les mains a été placé sur un bout de baguette suspendu à deux fils. L'océan est proche, l'idée du vent fera le reste. Le linge est sec. L'énergie de la nature était là, il suffisait de l'imaginer.

July 15, 2014 01:57 PM

La voie du partage

Escalier avec rampe Oiso, Japon, 26 avril 2014

Une fois l’image princeps reconnue, on ne peut plus en méconnaître la vie profonde, la vie cosmique. L’imagination humaine veut jouer son rôle dans la pleine nature. On n’a plus besoin alors d’une imagerie très colorée, de formes très nettement dessinées pour vivre une image qui grandit, qui prend une valeur cosmique, une valeur mythique.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Vivre ensemble s'aménage. Il suffit alors de définir l'espace qui répond aux besoins communs. Pouvoir monter et descendre une colline à pied, avec ou sans vélo, droitier ou gaucher, l'imagination et la forme ont tracé la voie.

July 15, 2014 01:45 PM

July 14, 2014

Karl Dubost

Sur le chemin

Rivière et chemin Hiratsuka, Japon, 26 avril 2014

Comment ne pas reconnaître alors que la trempe engage primitivement des valorisations bien éloignées des simples valeurs d’utilité. On poserait d’ailleurs mal le problème si l’on évoquait des thèmes magiques. Ces thèmes existent, la liaison entre la magie et la technique a été à juste titre examinée. Mais l’instance onirique à laquelle nous nous référons est différente de l’instance magique. Elle correspond à un plan un peu vague, à des déterminations un peu flottantes. C’est précisément la région de la simple imagination de la matière, la région de l’onirisme du travail.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

De Hiratsuka (平塚) à Oiso (大磯), nous pouvons prendre le train de la ligne Tokaido (東海道). Il est aussi possible de prendre le bus pour aller près de la rivière Hanamizu (花水川) au terminus nishikaigan (西海岸). De là, nous pourrons traverser la rivière, et puis la longer vers le nord en croisant la voie ferrée de la Tokaido et finalement s'orienter vers l'ouest afin de se rendre au temple Takaki (高来神社).

Chemin de sanctuaire Hiratsuka, Japon, 26 avril 2014

À partir de cet endroit, l'ascension de la montagne Korai (高麗山) commence par les chemins de forêt.

Chemin de forêt Oiso, Japon, 26 avril 2014

Sur les crêtes, nous marchons, d'un côté la campagne entre les monts, de l'autre le littoral et l'océan Pacifique.

Forêt et Pacifique Oiso, Japon, 26 avril 2014

Derrière une colline, nous apercevons le port d'Oiso, c'est notre destination finale, nous devons y arriver pour le repas. Il y a là un bistro de poissons.

Repas de poisson Oiso, Japon, 26 avril 2014

Tout ceci est description, instructions, directions. Entre chaque lettre, chaque mot, il existe l'espace du souffle, des sons, des parfums, du muscle tendu, du désir, de l'abandon. Entre chaque ligne, il y a du bonheur.

carte satellite et tracé GPS De Hiratsuka à Oiso, Japon, 26 avril 2014

July 14, 2014 01:21 PM

Tentations et tentacules

Plât de spaghetti à la pieuvre Tsujido, Japon, 24 avril 2014

La porte des rêveries cosmiques est ouverte.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Le goût est une éducation, un chemin de découverte, une pluie fine dans une journée chaude. Le désir des tentacules est l'imagination de ce goût, la réminiscence d'un plaisir que l'on veut éveiller de nouveau. Chaque jour, jeter son sac dans les fourrés et courrir à perdre haleine sur les chemins oubliés pour s'y souvenir des hésitations et des joies délicieuses.

July 14, 2014 12:43 PM

Les contraintes futiles

Clôture et végétation Tsujido, Japon, 21 avril 2014

Il faudrait cependant pour entrer dans cette avenue des songes quitter les perspectives prématurément objectives et raisonnables ; seul un rationalisme en vacances peut assumer la liberté de telles songeries.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

La nature se moque bien de nos efforts de domestication. Nous tentons d’éradiquer, de contenir, de repousser. Elle regagne, contourne, s'épanouit. C'est tout cela qui me plaît en elle. Cette résistance à notre conformisme.

July 14, 2014 12:30 PM

De la mousse à la fleur

Fleur d'arbre Tsujido, Japon, 22 avril 2014

Mais trop de rêveries naissent en moi quand je revis les puissances de l’eau.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

À mon arrivée, j'ai ouvert une nouvelle page. Aujourd'hui une fleur pour tout chemin d'errances, pour tout compagnon de rêveries.

July 14, 2014 12:15 PM

Le temps des coquelicots

Coquelicots Tsujido, Japon, 21 avril 2014

Tout souffle, pour qui rêve, est une haleine chargée d’influences.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Entre les rues étroites de Kamakura, nous nous sommes glissés. Les archers nous avaient donné l'impulsion. Encore un coin de rue, et le musée du cinéma nous chuchotait déjà son exposition du moment : Le royaume des actrices des studios de Shochiku à Ofuna. Yasujiro Ozu y a travaillé et bien entendu Setsuko Hara, son actrice principale. Quelques affiches, quelques carnets, des photographies des studios maintenant disparus, juste quelques souvenirs frêles et beaux pour donner l'envie d'explorer un peu plus le cinéma japonais de la première moitié du 20eme siècle.

Déjà nos pas se dirigent vers la sortie du musée. La séance d'un film se termine, un unique spectateur sort. Le vieil homme a peut-être 80 ans, fin, fragile mais droit comme un coquelicot. Il soupire, une fois, et puis deux fois encore. Entre ses soupirs profonds, il se dit à lui-même combien le film était merveilleux en laissant échapper un long « ah » profond de satisfaction mélancolique. À la sortie, nous regardons le programme d'aujourd'hui, quel film. Ce film… de Ozu, son tout dernier… « Le goût du saké »

Alors aujourd'hui dans les rues de Tsujido, sous une vapeur de pluie, je pense à Ozu et à son cinéma lent et tendre.

rues et végétation Tsujido, Japon, 21 avril 2014

July 14, 2014 12:07 PM

July 12, 2014

Karl Dubost

Les archers de Kamakura

Calepin et téléphone Kamakura, Japon, 20 avril 2014

D’autant plus précieuses sont les images qui nous font découvrir un passé disparu. Elles nous permettent de vivre une sublimation normale, une sublimation salutaire, si seulement elles sont traitées par un incontestable rêveur.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Avec les enfants et les adultes facétieux, nous nous sommes assis sur le sol. Nous nous sommes penchés pour mieux voir sous la banderole rouge et voir le galop des chevaux. À chaque succès un grand « aaaah » de la foule s'élève au dessus des toits du temple. La cérémonie de Yabusame débute par la parade des différents maîtres archers. Un homme au début de la piste contrôle si celle-ci est prête. Une fois l'éventail baissé, un archer s'élance à toute allure et tente d'atteindre 3 cibles posées le long de la piste. La pratique guerrière est devenu un exercice de style au 17e siècle et est maintenant l'occasion d'une cérémonie annuelle au temple de Kamakura.

Archer sur un cheval Kamakura, Japon, 20 avril 2014
Archer sur un cheval Kamakura, Japon, 20 avril 2014
Homme avec épouvantail Kamakura, Japon, 20 avril 2014
Archer sur un cheval Kamakura, Japon, 20 avril 2014
Archer sur un cheval Kamakura, Japon, 20 avril 2014

July 12, 2014 05:03 AM

July 11, 2014

Karl Dubost

Pathé au Japon

Video sur peau Tsujido, Japon, 18 avril 2014

Mais, bien entendu, c’est du côté de l’enthousiasme que nous trou- verons le véritable jet de valorisation.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Pathé British a mis à disposition 85000 prises de vue historique sur YouTube. En recherchant le Japon, on peut trouver de nombreuses pépites, comme ce reportage sur le Japon d'aujourd'hui en 1946. La misère de l'après-guerre, le rationnement, les petits boulots, et surtout la ville qui a été détruite par les bombardements en pleine reconstruction. Il y aussi le tremblement de terre de 1923 qui est finalement un petit film sur la vie de rue à cette époque.

J'ai pu y trouver quelques films sur Rouen.

July 11, 2014 11:28 AM

July 07, 2014

Karl Dubost

Les arbres apocalyptiques

Arbres poussant à travers le béton Fujisawa, Japon, 28 juin 2014

I will start out this evening with an assertion: fantasy is a place where it rains.

Italo Calvino, Six Memos for the Next Millennium.

La circulation des humains au premier étage, celle des voitures et des bus juste en dessous, quelques aménagements ont été réalisés afin de laisser les arbres grandir à travers le béton. Je ne peux m'empêcher d'aimer cet espace. Et si notre humanité s'évanouissait laissant les paysages de Tokyo Genso se réaliser.

Paysage envahi Tokyo Genso

July 07, 2014 02:47 PM

July 06, 2014

Karl Dubost

Umeshu, le temps de l'envie

deux pots en verre avec des prunes Tsujido, Japon, 27 juin 2014

Is it legitimate to turn to scientific discourse to find an image of the world that suits my view? If what I am at- tempting here attracts me, it is because I feel it might connect with a very old thread in the history of poetry.

Italo Calvino, Six Memos for the Next Millennium.

Les traditions suivent les saisons. La nature rythme le cycle des productions et des humains. Partout dans les magasins, les tas de prune s'accumulent. Partout, nous pouvons voir fleurir les pots en verre, les bouteilles d'alcool et le sucre crystal. Alors dans le même mouvement naturel, nous avons préparé les prunes dans un pot. Et puis pour ne pas oublier d'ouvrir le pot dans un an, j'ai dessiné des prunes sur des étiquettes et j'ai écrit la date. Nous avons placé les pots dans un placard sombre.

Le goût prends du temps, le temps de l'envie.

deux pots en verre avec étiquettes Tsujido, Japon, 29 juin 2014

July 06, 2014 11:14 PM

Tanabata à Hiratsuka

enfants courant Hiratsuka, Japon, 4 juillet 2014

Beauty of woman and wise of hearts, and gentle knights in armor; the song of birds and the discourse of love; bright ships moving swiftly on the sea; clear air when the dawn appears, and white snow falling without wind; stream of water and meadow with every flower; gold, silver, azure in ornaments.

Italo Calvino, Six Memos for the Next Millennium.

C'est le temps de Tanabata à Hiratsuka pour les trois prochains jours. Les enfants courrent. En famille, en couple, seul, tous se pressent dans les rues. La musique, les marchands hèlent du trottoir pour vendre les grillades, les pommes de terre au beurre, les saucisses sur un baton. Rires et yeux grands ouverts, tous regardent les banderoles pendues au-dessus des rues.

trois obi de yukata Hiratsuka, Japon, 4 juillet 2014

Les jeunes femmes et les pas encore tout à fait femme ont mis leur yukata fleuris. Pas toutes. Les couronnes de fleurs dans les cheveux, ou une simple pince avec quelques couleurs. On s'assoie ensemble, on se retrouve. On se complimente sur le kimono, le obi, la coiffure ou le maquillage. La fête des amoureux et pourtant, comme d'habitude, on s'observe entre groupes de jeunes hommes et groupes de jeunes femmes. Les contacts seront souvent fugaces.

bandelettes de papier accrochées à une corde Hiratsuka, Japon, 4 juillet 2014

Les uns et les autres écrivent leur souhait sur des bandelettes de papier. Des souhaits dramatiques, des souhaits simples, une femme souhaite d'avoir un enfant et qu'elle ne sera pas trompée. Pas uniquement de l'amour, du succès dans le travail, des rentrées d'argent, une meilleure santé, tout ce qui est notre humanité se décline sur ces bandelettes.

Jambes et pomme de terre Hiratsuka, Japon, 4 juillet 2014

Le téléphone dans une main, la pomme de terre dans l'autre, les cheveux en chute libre par dessus l'épaule, elles discutent de leur plan pour cette nuit. C'est un défilé de style, bigarré comme toujours dans les fêtes populaires, mais avec partout une innocence et une ambiance bon enfant.

lampions et tori Hiratsuka, Japon, 4 juillet 2014

Il faudra terminer en passant par le temple pour y laisser quelques souhaits. Quelques souhaits de plus pour se donner du courage.

July 06, 2014 09:00 AM

July 05, 2014

Karl Dubost

Trouver sa racine avec python

Hortensias Tsujido, Japon, 5 juillet 2014

The images of lightness that I seek should not fade away like dreams dissolved by the realities of the present and future…

Italo Calvino, Six Memos for the Next Millennium.

Lorsque je traite les fichiers de La Grange, je suis dépendant d'un fichier de configuration où je dois donner au moins le chemin de départ, c'est à dire la racine. Je me suis demandé si cela ne serait pas plus intéressant de donner un peu de souplesse au programme en lui donnant une certaine indépendance sur sa localisation dans le système de fichiers.

Mes requis pour le programme

  • La racine du site Web est déterminée par un objet unique dans toute l'arborescence, comme un nom de fichier.
  • Peu importe la localisation du fichier à l'intérieur de l'arborescence du site, il doit être capable de trouver la racine du site Web.
  • Lorsque le répertoire n'existe pas, le programme renvoie None.
  • Lorsque la racine n'existe pas, le programme renvoie None.
  • Lorsque la racine est trouvée, le programme renvoie le chemin absolu de la racine.

Récursion

Typiquement, le programme prend le chemin initial, vérifie s'il contient le fichier recherché et s'il ne le contient pas répète la même opération dans le répertoire supérieur de l'arborescence. Ainsi de suite, jusqu'au résultat final qui est soit le répertoire racine du système de fichiers ou la racine du site Web. Voici le programme final que j'ai obtenu après quelques maux de têtes. J'ai finalement trouvé une solution, que je n'ai pas comprise tout de suite, mais David m'a donné la clé de l'explication. À chaque exécution de la récursion, il faut assigner une variable afin que la valeur puisse sortir à la fin de cette récursion, les variables étant toutes locales dans chacune de leur fonction propre.

from os.path import realpath, isfile, join

def find_root(directory, token):
    """Find the root of a directory tree based on a token"""
    # Make sure we have a full path instead of a relative path
    if directory.startswith('.'):
       directory = realpath(directory)
    # Create a list of the files in the current directory
    # If it fails the path doesn't exist
    try:
        files_only = [ f for f in os.listdir(directory) if isfile(join(directory, f)) ]
    except:
        return None
    # Check if the token is not among the files
    if token not in files_only:
        # if '/', we are at the filesystem root
        if directory == '/':
            return None
        # Recursion with the upper directory
        newpath = realpath(directory + '/../')
        directory = find_root(newpath, token)
    return directory

Et les résultats en questions :


>>> # Requesting a directory which doesn't exist
>>>print find_root('bar', 'feed.atom')
None
>>> # Outside of the Web site tree
>>> print find_root('/Users', 'feed.atom')
None
>>> # At the root of the filesystem
>>> print find_root('/', 'feed.atom')
None
>>> find_root('/', 'feed.atom')
>>> # In the Web site tree, input upper directory
>>> find_root('../', 'feed.atom')
'/Users/karl/Sites/la-grange.net'
>>> # In the Web site tree, input local directory
>>> find_root('.', 'feed.atom')
'/Users/karl/Sites/la-grange.net'
>>> # In the Web site tree, a relative path
>>> find_root('../../02/', 'feed.atom')
'/Users/karl/Sites/la-grange.net'

Ça marche ! J'ai rendu mon programme (un client) un peu plus indépendant de la documentation extérieur, il peut maintenant découvrir par lui-même la racine du site Web. Cela peut devenir pratique si je transportais le site Web sur une clé USB par exemple. Ce n'est qu'une première étape.

July 05, 2014 01:34 PM

July 03, 2014

Karl Dubost

Les bains en musique

Image projetée sur un mur Tsujido, Japon, 17 avril 2014

Il semble que les images jouent ici dans les deux sens : l’être vent s’enfouir dans la fange et il veut s’enfouir « dans sa propre masse ».

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Nous avons pris le projecteur. Et puis choisis de la musique. Et nous avons projeté sur le carrelage de la salle de bain les images. Féérie des images, plaisir d'enfants de voir les formes dans la vapeur.

Image projetée sur un mur Tsujido, Japon, 17 avril 2014
Image à travers une vitre Tsujido, Japon, 18 avril 2014

July 03, 2014 02:21 PM

L'absence

Manteau sur une chaise Séoul, Corée du Sud, 12 avril 2014

Et tout le drame se développe en s’engageant dans un symbolisme du haut et du bas, du métaphoriquement haut et du métaphoriquement bas. L’abîme est une matière d’enlisement.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Parfois, elle s'absente. Alors il y a toujours cette petite angoisse « Va-t-elle revenir ? » Puis le bonheur, simple, fragrant, celui de son retour. Certaines minutes sont longues.

July 03, 2014 02:11 PM

July 02, 2014

Karl Dubost

Les dates au format RFC3339

lacets de route et colline Kamakura, Japon, 21 juin 2014

Whenever humanity seems condemned to heaviness, I think I should fly like Perseus into a different space. I don’t mean escaping into dreams or into the irrational. I mean that I have to change my approach, look at the world from a different perspective, with a different logic and with fresh methods of cognition and verification.

Italo Calvino, Six Memos for the Next Millennium.

Hier, je mentionnais les dates au format RFC3339 et le manque cruel dans la bibliothèque python. Je ne recommande pas ce qui suit mais c'est la solution que j'ai adoptée pour mon besoin très spécifique. Reprenons les deux formats de date :


2014-04-15T20:34:00+09:00
2014-06-30T12:04:00Z

La première date signifie 15 avril 2014 à 20h34 (heure du fuseau horaire +9 heures). Cela correspond au fuseau horaire du Japon, des deux Corée, d'une partie de la Russie, de l'Indonésie, du Timor oriental et de Palaos. Cela ne donne aucune information sur la localisation réelle. Cela donne juste l'heure à ce moment dans ce fuseau horaire.

DST (Changement d'heure saisonnier)

Être dans un fuseau horaire particulier ne signifie pas que tous les pays partagent la même heure. Certains pays appliquent un changement d'heure saisonnier. En France, par exemple, l'heure est avancée d'une heure sur l'heure solaire pendant l'hiver (CET) et deux heures pendant l'été (CEST). Ainsi cette date (15 juin 2014) signifie que l'heure sur le méridien de Greenwhich est en fait 21h30. Mais ceci ne dit pas où vous êtes, ni si vous êtes en période de changement d'heures.

2014-06-15T22:30:00+01:00

Certains pays n'ont pas d'heures saisonnières, c'est le cas du Japon où nous somme beaucoup plus proches de l'heure solaire.

Géographie des fuseaux horaires

Autre chose troublante, la luminosité et l'heure locale. Dire « le soleil se couche à telle heure » est très dépendant du lieu géographique. La France métropolitaine est constituée d'un seul fuseau horaire et pourtant l'heure du coucher de soleil entre la Bretagne et Strasbourg n'est pas la même. De mémoire si je me souviens bien, il y a un décalage de 15 minutes. Mais ce qui est encore plus amusant est que les fuseaux horaires sont parfois distribués sur de grandes zones géographiques.

Carte de fuseaux horaires Fuseau horaire +09:00

Le fuseau horaire du Japon, Corée, Russie (+09:00) s'étale sur un grand intervalle de latitudes. La tâche jaune à l'ouest de la ligne des 9 heures est la Russie… soit un décalage de près de deux heures en heure solaire. On peut remarquer que le Japon lui-même s'étale sur un peu plus d'une heure.

Les fuseaux horaires en heures

Les fuseaux horaires ne se déclinent pas uniquement en heures fixes. Par exemple, le fuseau horaire de l'Inde n'est ni +05:00, ni +06:00 mais +05:30. Certaines îles dans le Pacifique sont à +13:45.

Pour toutes ces discussions et explorations, vous pouvez aller lire et jouer avec la section Fuseau horaire de Timeanddate.

Mon bout de python

Je dois le re-travailler, tout cela n'est pas très optimisé. Et surtout ne pas réutiliser dans un code générique.


import datetime, timedelta

def rfc3339_to_date(date_time):
    """Simple rfc3339 converter. Incomplete because I know my format.
    Do not reuse elsewhere.
    2014-04-04T23:59:00+09:00
    2014-04-04T23:59:00Z"""
    # Extraire la date et le temps sans le fuseau
    # 2014-04-04T23:59:00+09:00 -> 2014-04-04T23:59:00
    partial_date_time = date_time[:19]
    # convertir en objet datetime
    date_obj = datetime.strptime(partial_date_time, "%Y-%m-%dT%H:%M:%S")
    # extraire le fuseau horaire
    # 2014-04-04T23:59:00+09:00 -> +09:00
    # 2014-04-04T23:59:00Z      -> Z
    time_offset = date_time[19:]
    # Si Z, on est déjà en UTC.
    if 'Z' in time_offset:
        final_date = date_obj
    # si + on doit déduire le temps pour obtenir l'heure en UTC
    elif '+' in time_offset:
        tz_hours = int(time_offset[1:3])
        tz_minutes = int(time_offset[4:6])
        final_date = date_obj - timedelta(hours=tz_hours, minutes=tz_minutes)
    # si - on doit ajouter le temps pour obtenir l'heure en UTC
    elif '-' in time_offset:
        tz_hours = int(time_offset[1:3])
        tz_minutes = int(time_offset[4:6])
        final_date = date_obj + timedelta(hours=tz_hours, minutes=tz_minutes)
    return final_date

Mise à jour du 2 juillet 2014.

Et bien sûr un meilleur code fourni par David. Merci. Je laisse mon code, de façon à montrer l'amélioration.


import datetime, timedelta

def rfc3339_to_datetime(rfc3339_date_time):
    """Simple rfc3339 converter. Incomplete because I know my format.
    Do not reuse elsewhere.
    2014-04-04T23:59:00+09:00
    2014-04-04T23:59:00Z"""
    # Extraire la date et le temps sans le fuseau
    # 2014-04-04T23:59:00+09:00 -> 2014-04-04T23:59:00
    date_time, offset = rfc3339_date_time[:19], rfc3339_date_time[19:]
    # convertir en objet datetime
    date_time = datetime.strptime(date_time, "%Y-%m-%dT%H:%M:%S")
    # extraire le fuseau horaire
    # 2014-04-04T23:59:00+09:00 -> +09:00
    # 2014-04-04T23:59:00Z      -> Z
    # Si Z, on est déjà en UTC.
    if 'Z' not in offset:
        tz_hours, tz_minutes = int(offset[1:3]), int(offset[4:6])
        if '+' in offset:
            # si + on doit déduire le temps pour obtenir l'heure en UTC
            date_time -= timedelta(hours=tz_hours, minutes=tz_minutes)
        else:
            # si - on doit ajouter le temps pour obtenir l'heure en UTC
            date_time += timedelta(hours=tz_hours, minutes=tz_minutes)
    return date_time

July 02, 2014 02:39 AM

June 30, 2014

Karl Dubost

Python et les dates au format RFC3339

palissade rouillée et arbres Tsujido, Japon, 22 juin 2014

I will devote my first lecture to the opposition between lightness and weight, and will uphold the values of lightness. This does not mean that I consider the virtues of weight any less compelling, but simply that I have more to say about lightness.

Italo Calvino, Six Memos for the Next Millennium.

Hier, dans un désir de rendre la vie un peu plus facile aux lecteurs du site, je me décidais enfin à coder une fonction pour créer automatiquement un index des dernières mises à jour du site. Pour cela il me suffisait de prendre le contenu du flux Atom et de transformer le titre et les dates en contenu HTML. Les dates dans le contenu Atom sont au format RFC 3339.


<published>2014-04-15T23:59:00+09:00</published>
<updated>2014-06-30T00:04:00Z</updated>

La bibliothèque par défaut de python n'a pas d'options pour lire ce format de date. Cela semble relativement incroyable et pourtant c'est bien le cas. Il existe un bug ouvert à ce propos. Comme je n'ai pas envie d'ajouter trop de dépendance à mon script initial, j'ai défini ma propre solution (fragile), il me faudra la rendre plus solide (ou comme dirait David en réaliser la maintenance). Donc de fil en aiguille, je pensais finir en deux ou trois heures et j'ai passé plus de six heures sur le code afin de créer un système qui soit plus cohérent.

Pour ceux qui ne veulent pas créer leur propre solution, il existe un petit bout de code qui prend la date au format RFC3339 et permet de produit un objet python datetime. Je vous recommande donc chaudement python-rfc3339.

Et si vous pensez que c'est un problème simple à régler, pensez fuseau horaire et heure d'été. Cela vous ajoute déjà deux variables essentielles, saupoudrez par dessus cela, ce qui constitue votre date de publication : le lieu où vous êtes, le lieu où le serveur est hébergé ?

Coder cet art entre la légèreté et l'épaisseur.

June 30, 2014 11:08 AM

L'espace de la floraison

Fleurs de magnolia Tsujido, Japon, 15 avril 2014

La fleur est sans doute une image princeps, mais celte image est dynamisée pour celui qui a manié le terreau. Si nous aidons au mystérieux travail des terres noires, nous comprenons mieux la rêverie de la volonté jardinière qui s’attache à l’acte de fleurir, à l’acte d’embaumer, à produire la lumière du lis avec la boue ténébreuse.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Deux événements heureux aujourd'hui. Le magnolia a fleuri. Une fleur unique d'un beau violet sombre sur les branches dénudées. L'arrivée du bureau. Je travaillais jusqu'à maintenant sur une petite table. Ces deux floraisons me donnent le sourire et l'envie de l'espace.

Bureau de travail Tsujido, Japon, 15 avril 2014

June 30, 2014 12:04 AM

June 29, 2014

Karl Dubost

Je, Eux, Selfies

Personnes dans un restaurant Séoul, Corée du Sud, 12 avril 2014

Nous nous débarrasserons mieux de telles censures si nous comprenons que toute valeur côtoie son anti-valeur et qu’il est des âmes qui ne peuvent concevoir une valeur sans la polémique des images qui l’attaquent.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Le Japon est souvent mentionné comme un pays où les relations humaines sont soumises à des pressions insurmontables. Les personnes épuisées, démoralisées, vivant dans la honte se suicident. Et pourtant… Bien que le Japon n'est que le dixième pays en nombre de suicides par habitant. Devant…

  1. Groënland
  2. Lithuanie
  3. Corée du Sud
  4. Guyane
  5. Kazakhstan
  6. Pologne
  7. Chine
  8. Slovénie
  9. Hongrie
  10. Japon

La France occupe la 26eme place sur une centaine de pays. Bien sûr tout dépend des sources que l'on utilise. Mais comme d'habitude avec tous les clichés, nous avons tendance à valider ce que nous avons été entraîné à reconnaître. La croyance populaire (les medias) nous ont enseigné que le taux de suicide au Japon était une catastrophe, nous validons la catastrophe à chaque nouveau cas. Le problème est bien plus général que celui d'un fantasme lointain.

La Corée du Sud est donc un autre pays avec un taux de suicide très important. Être « je » dans un grand « nous » est parfois difficile. Quand le « nous » devient inaccessible, le « eux » prend une identité plus facile à gérer et permet de concevoir plus facilement le « je » en opposition.

Dans le train, dans la rue, dans les cafés, j'ai été surpris par le nombre de personnes pratiquement l'autoportrait. Où ai-je validé là un cliché ? La scène la plus extrême m'a été donnée par cette jeune femme assise à côté de moi dans le métro. Elle utilisa la caméra de son téléphone en guise de miroir électronique pour vérifier son maquillage, sa coiffure pendant quelques cinq minutes. Et puis une fois satisfaite, elle décida de prendre un autoportrait. Elle feuilleta ensuite les autoportraits déjà pris. Par centaine, ils déroulaient les uns après les autres. Son visage avec presque toujours la même expression. J'ai aimé que la surface de l'écran de son téléphone soit brisé. Il y avait là l'ajout d'un élément esthétique supplémentaire.

Et lorsque nous adoptons tous l'autoportrait massif, faisons nous partie d'un « nous » ? Ou si « je » décide de rejeter l'autoportrait, deviennent-ils un « eux » ? Et si le « nous » ne se réalise pas dans l'éxécution de notre individualité, comment définissons-nous ce « nous » ? Comment le construisons-nous ? Rejetter les « selfies » ne me fait ni « je » ni « nous » surtout lorsque l'on publie un carnet Web. Adopter non plus.

Note de dédramatisation : Je ne suis pas déprimé. J'observe et je m'interroge seulement sur l'environnement et nos actions. Le monde est une source inépuisable d'émerveillement.

June 29, 2014 11:31 PM

Voyager léger

Rue et miroir Séoul, Corée du Sud, 13 avril 2014

L’imagination n’a que faire du goût qui n’est qu’une censure.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Nous repartons. Un hôtel, une ville, un métro, un aéroport, un avion, un train, un aéroport, une ville, la maison. À chaque fois que nous voyons léger, nous réalisons la mobilité, la flexibilité, la possibilité de réintégrer le déplacement dans le voyage et non comme une contrainte ou un mauvais moment à passer.

C'est ainsi que dans ces limitations choisies, nous ouvrons finalement l'espace. Nous rendons plus vaste notre regard, nos envies. Notre pas s'étend au delà de notre imagination. Simplement.

June 29, 2014 10:27 PM

Christian Fauré

Le secret d’une transformation digitale

Hulk

Le contexte est assez générique quand il s’agit des entreprises que je rencontre sur le sujet de la “transformation digitale” : difficulté à coordonner les projets, les processus budgétaires qui n’arrivent pas à suivre, des phases d’études et de spécifications qui s’éternisent, des infrastructures qui ralentissent tout, un manque de confiance entre les équipes métiers et IT, etc. À ceci se rajoute des pratiques de méthodes agiles qui ne sont pas rigoureuses et qui, de toute façon, ne dépassent pas l’échelle d’un simple projet.

Il n’y a pas de formule magique de la transformation digitale, mais je crois qu’en ce qui concerne l’aspect “delivery” du digital (mise en production de nouveaux services et évolutions des services existants), il y a une façon assez simple de l’énoncer qui serait celle qui suit.

Tout d’abord, le problème est que les projets sont toujours pensés comme des “évènements”, et cela implique que l’organisation se plie au rythme et à la calendarité de cette logique événementielle.  On assiste, tout au long de l’année,  à une succession de rituels de passage : la phase amont, le développement, le pilotage, etc,  jusqu’à la douloureuse mise en production.

Dans tout projet il y a une forme de prétention, un petit côté : “vous allez voir ce que vous allez voir” mais qui, face au principe de réalité de nos organisations, se transforme souvent en douche froide, si ce n’est en frustration et en démotivation pour ceux qui y travaillent et y contribuent.

Face à ce constat, la démarche de transformation digitale vise à détricoter cette logique événementielle qui s’avère douloureuse. Ce qui est douloureux, et bien on va le faire tous les jours – un petit peu, certes –  mais tous les jours, comme par exemple les mises en production :

“Les mises en production des projets sont douloureuses ? Eh bien désormais nous passerons en Continuous Delivery et Continuous Deployment !”

Présenté comme cela, çà fait un peu masochiste comme méthodologie : à savoir faire quotidiennement ce qui nous fait souffrir deux ou trois fois par an. Mais cette quotidienneté a certaines vertus :

  • d’une part, cela élimine la complexité qui s’amoncelle nécessairement au fil des jours et des semaines, et qui paralyse les organisations dans leurs prises de décisions et leur priorisation.
  • d’autre part, à l’échelle de la journée, une grande partie du travail devient automatisable.

Le grand mot est lancé : automatisation. Une transformation digitale produit nécessairement un bond en avant dans l’automatisation des modes de travail, de quelque nature qu’ils soient.

Ces nouveaux automatismes ne sont pas nécessairement des nouveaux algorithmes logiciels, ce sont aussi des routines de travail qui sont pratiquées – et donc incarnées– par ceux qui font vivre la transformation quotidienne de l’entreprise.

Cette manière de travailler avec des routines et des automatismes quotidiens demande de la rigueur car, même si ces démarches ont lieu dans le cadre des méthodes Agiles ou Lean,  travailler en mode Agile demande au moins autant de rigueur que les méthodes de projet séquentielles traditionnelles.

Si les modes de travail en projets classiques promettent le grand soir, au quotidien ils ne génèrent que de la frustration et de la démotivation. Les démarches agiles, elles, ne font plus de grandes promesses mais génèrent une sensation du travail accompli et de progression qui procure une plus grande motivation au quotidien.

De fait, il y a donc une banalisation du projet dans le contexte d’une transformation digitale. Et cela n’est pas sans poser de profondes modifications dans la psychologie des organisations. Le projet était valorisant, c’était quelque chose d’exceptionnel, et pouvoir dire “je suis chef de projet”  comptait beaucoup pour certaines personnes, encore plus si le projet en question est un “gros” projet (parce que stratégique ou parce que nécessitant de gros budget).

La vie et la mort des projets ont introduit dans nos entreprises des rituels et des cultes dont nous avons du mal à nous départir. Tout le monde ne veut plus des dérives des projets que nous connaissons, mais en même temps tout le monde veut faire partie d’un projet ; « projet » fait toujours référence à la conquête spatiale et la découverte de nouveaux horizons.

La réponse de l’Agile et surtout du Lean, avec la banalisation des enjeux, la disparition de grands évènements, l’accent mis sur les pratiques quotidiennes balisées et une plus grande automatisation du travail ne fait pas spontanément rêver. Il n’empêche qu’elle est source de performance et de motivation indéniable, c’est pourquoi qu’une démarche de transformation agile passe par cette refonte de la calendarité du travail.

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by Christian at June 29, 2014 03:21 PM

June 23, 2014

Karl Dubost

Séoul, le long des murs

Panorama de la ville sur les collines Séoul, Corée du Sud, 12 avril 2014

Une fois de plus, les métaphores supplantent la réalité. Une fois de plus, les images cosmiques renversent la perspective des plus élémentaires introversions et libèrent le rêveur.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

L'histoire parfois se dévoile dans la poussière accumulée sur les chaussures.

frigos et vêtement sur une corde dans la rue Séoul, Corée du Sud, 12 avril 2014
Une photo d'identité abandonnée sur un sofa Séoul, Corée du Sud, 12 avril 2014
Une photo d'identité abandonnée sur un sofa Séoul, Corée du Sud, 12 avril 2014

June 23, 2014 01:26 PM