Planète Web Sémantique

December 08, 2016

David Larlet

★ Inclusive developer

So where have we got to? Access is important, but inclusion is bigger than access. Inclusive design means making something valuable, not just accessible, to as many people as we can.

What the Heck Is Inclusive Design? (cache)

Job titles are hard. I always wondered which is mine. I think Heydon Pickering nailed it with his last article on 24ways. I’m working on inclusiveness due to recent changes within my team and as part of my road to become a senior developer. Being inclusive means a lot of things to me:

  • help newcomers jumping into projects smoothly with explicit documentation of governance and participation
  • enjoy nonviolent communication during developments (pair-programming, code-reviews and so on) and quick feedback loop on iterative releases
  • avoid burn-out/isolation for co-workers with healthy lifestyle and solidarity
  • turn open-source into free software (more in a future article)

Inclusive developers lead to inclusive teams. Inclusive teams lead to inclusive products. Not the other way around. The values you share within your team will be the ones transmitted by your product. It’s hard to have empathy for your users if you don’t have empathy for your colleagues first. I’m paying the price these days for not being careful enough about people I’m working with. It will be one of my take-aways from 2016. No matter the importance of your achievements, you are interacting with humans and taking the time to listen to them is important.

I hope I’ll be able to qualify myself as an inclusive developer, someday.

December 08, 2016 11:00 AM

December 05, 2016

David Larlet

★ Cultural Intimacy

I just came across that campaign from Spotify titled “Thanks, 2016. It’s been weird.” where we can read on billboards things like:

Dear 3,749 people who streamed “It’s the End of the World As We Know It” the day of the Brexit vote, Hang in there.

or

Dear person who played “Sorry” 42 times on Valentine’s Day, What did you do?

When a campaign like this is cheered as being “Brilliant”, I’m afraid that we lost our collective mind (and my battles about privacy). It literally means that people at Spotify are aggregating data to make fun of you. And you enjoyed it. Smiled at it. Shared it. Even paid for it!

In that case, they are dealing with big data — maybe anonymised — so it doesn’t elect as a privacy issue, right? Well, it’s maybe worse than that. Something affecting communities in a deeper sense. It’s a matter of cultural intimacy. Revealing such moments is segregating more than being inclusive. And you should be ashamed of that. More insidious is the fact a company can deliberately report playing with customers’ data on gigantic billboards and nobody reacts. It makes me so sad.

My FLAC library doesn’t spy me each and every time I play a music file. I can listen to Wicked Game interpreted by James Vincent McMorrow 20 times in a row if I want to and nobody will judge me, except maybe my neighbours. Think about it next time you play something on someone else’s computer (a.k.a. cloud), he knows it and will make fun of it. A torrent file does not.

Thanks, Spotify. YOU are creepy.

December 05, 2016 11:00 AM

December 01, 2016

David Larlet

★ Blogrolls et découverte

Il faut également ouvrir de nouvelles routes. Sous l’influence de Google, nos blogs se sont repliés sur eux-mêmes. Nous devons en revenir au principe des blogrolls. Créer des liens vers les blogs amis. Non dans un but de référencement, mais avec l’espoir que nos visiteurs effectuent un pas de côté, cela depuis chez nous, sans remonter jusqu’à Google ou un réseau social.

Comment sauver notre Web ? (cache)

Les derniers billets de Thierry Crouzet étaient assez pessimistes, et puis celui-ci donne des pistes pour améliorer la situation. En remettant notamment à l’ordre du jour l’usage de la blogroll, ce réseau social numérique avant l’heure. Je l’avais supprimée de cet espace car ce n’est pas évident à maintenir (techniquement et émotionnellement) et je trouve que mon OPML est trop personnel pour le publier fréquemment.

Je me suis mis en quête de blogs en français, encore alimentés, un minimum techniques et relativement intimes — dans l’idée que je m’en fais, ils sont peut-être très populaires — pour proposer de nouvelles pistes de lectures. L’algorithme pour arriver à cette liste est humain, il n’a pas la neutralité d’une plateforme et il est explicitement anti-Medium.

Le constat est assez terrible de ne pas réussir à en lister davantage. Du coup j’étends un peu en acceptant la veille :

Quelle difficulté pour trouver 15 liens… je ne sais pas trop ce que je dois en conclure si ce n’est que ma bulle est toute petite. J’espère que #nowwwel (cache) sera l’occasion de découvrir de nouvelles sources. J’espère surtout que vous allez m’en envoyer d’autres par courriel :-).

PS : vous remarquerez que j’utilise le nom des personnes dans mon agrégateur, c’est pour moi très important dans la lecture de pouvoir mettre un visage ou au moins un humain. Si vous voulez une liste d’entreprises, je vous conseille celle compilée par Éric D (cache).

Réactions (ajout manuel)

La blogroll est une bonne idée. Les blogs avec la possibilité de commenter aussi, tout autant que ceux qui permettent de les rétrolier.

Blogrolls et blogs (cache)

Ça ressemblerait presque à des commentaires distribués avec cache local !

December 01, 2016 11:00 AM

November 27, 2016

David Larlet

★ Accompagner un enfant

Alexandre,

Voici le compte-rendu d’une expérience, celle de ces trois dernières années. Je ne sais pas si tu auras la volonté ou la capacité de lire ce texte à un moment de ta vie, je le produis en guise de mémoire et peut-être de pistes à explorer pour toi ou d’autres. Ou pas, sa durée de vie est liée à l’attention que je porte à mes textes. Il est empli d’incertitudes et de doutes que je te souhaite d’avoir un jour à ton tour.

Ces années ont été parsemées d’émotions, de peurs, d’apprentissages, de culpabilités, de bonheurs, de stress en tout genres, d’amour, de contradictions et de bienveillance. À tel point qu’il est difficile de classifier ou d’ordonner cela. Je vais tenter de m’en référer à la souvenance que j’en ai.

Conception

La crise consiste justement dans le fait que l’ancien meurt et que le nouveau ne peut pas naître : pendant cet interrègne on observe les phénomènes morbides les plus variés […] Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres.

Antonio Gramsci

Ta conception biologique a été simple. C’est tout le processus en amont qui a été très long pour accepter de mettre au monde un nouvel être. Pour gagner la confiance suffisante en moi, en nous et dans les autres. J’envie parfois presque les personnes qui ne se posent pas toutes ces questions mais j’ai l’illusion de croire qu’elles passent peut-être à côté de l’essentiel : cette remise en question permanente.

J’espère me tromper en voyant surgir petit à petit des monstres qui ont de plus en plus de pouvoir. Il va sûrement falloir apprendre à vivre avec car nous évoluons au sein du même environnement. Je souhaite pour autant ne faire peser aucun espoir sur tes épaules. Sois.

Être

Pensez-y en cette nouvelle année scolaire, vos élèves apprendront beaucoup plus ce que vous êtes que seulement ce que vous savez. Vous êtes ce que vous savez. Si les apprenants apprennent ce que vous êtes, ils apprendront nécessairement ce que vous savez. Par contre, ils ne deviendront jamais ce que vous êtes en apprenants seulement ce que vous savez. Vous pouvez relire ce paragraphe plus d’une fois.

Il vous restera à régler la question qui tue: « Les élèves sont-ils intéressés à devenir ce que vous êtes ? »

Être ce que l’on enseigne! (cache)

Lorsque tu as découvert l’air libre, j’ai envoyé un message à la famille proche : « Alexandre est né » et l’on m’a reproché d’avoir été trop bref. Je pense au contraire avoir été trop long. « Alexandre est » aurait amplement suffit. Et pourtant je ne saurais dater précisément ta naissance qui a eue lieue bien avant cette libération. Si la vie est un état, la mise au monde est davantage un processus qu’une date, et celui-ci est toujours en cours.

Vivant

Un adulte créatif est un enfant qui a survécu.

Ursula K. Le Guin

Trois ans et tu es toujours vivant. J’aime ta vitalité et j’essaye d’interférer le moins possible avec ta créativité et tes expériences car je considère que ce sont des instants très importants. J’aime voir l’étincelle dans cet œil qui préfigure de nouvelles connexions neuronales. J’aime que tu t’essayes à l’humour. J’aime ta capacité de concentration quand tu souhaites comprendre quelque chose. Ou quand tu t’enfermes dans ta chambre pour dessiner un cachalot.

Tu as vu très peu d’écrans pour l’instant. Ton imaginaire s’alimente beaucoup dans les livres dont la sélection s’avère être de plus en plus compliquée pour éviter la violence sans pour autant tomber dans le moralisateur. Tu n’as pas été sur beaucoup d’écrans non plus, ton existence numérique semble tellement futile en regard de la richesse d’autres interactions.

(Non)Violence

Enfance sans confiance n’est que ruine de l’Humanité.

C’est la principale raison pour laquelle nous sommes allés au Québec. L’envie de trouver un cadre différent, avec moins de violence à la fois physique et psychologique. L’humain est ainsi fait qu’il a besoin de boucs-émissaires, les régions inhospitalières ont cet avantage de moins s’en prendre aux minorités qu’au climat. Ce choix fut particulièrement difficile car il impliquait une mise à distance vis-à-vis de la famille.

En te faisant confiance, je n’ai pas besoin de violence. En limitant les stress, je réduis les sources de tensions. C’est un luxe qui demande de l’espace et du temps. Et de la volonté. Le résultat est pour l’instant bien au-delà de mes espérances et je me demande ce que cela va produire par la suite.

Mimétisme

Grandir c’est se spécialiser. L’adulte n’est pas moins intelligent, il est spécialisé : spécialisé dans sa langue, dans sa culture, dans sa pensée, dans ses comportements sociaux, etc. Et vivre avec l’enfant, c’est participer à sa spécialisation. Nos façons de parler, de réagir, ce que nous faisons avec lui ou devant lui, va littéralement participer au câblage de son cerveau.

Les lois naturelles de l’enfant (cache)

Je constate chaque jour à quel point l’inné est mince face à l’acquis. La co-évolution culture-génome théorique me semble être clairement déséquilibrée en pratique et ce déséquilibre tend à s’accentuer. Cela donne une incroyable responsabilité à l’accompagnant qui en vient à guider quasi malgré lui. Partager ses expériences sans orienter est un vrai challenge. Faire s’épanouir un libre arbitre et un esprit critique qui ne soient pas les nôtres.

Je ne cherche pas pour autant à me mettre en spectateur comme pourrait le faire un photographe. Je préfère égoïstement partager avec toi sans penser aux likes des proches. J’aime participer à cet apprentissage et j’essaye autant que possible d’avoir des moments explicites d’échanges qui ne soient pas encombrés de flatulences numériques. La seule chose que je puisse et veuille t’offrir c’est de l’attention.

Alimentation

Tu manges ce que tu veux et presque quand tu veux. Tu manges souvent froid. On mange souvent devant un spectacle bien plus enthousiasmant que la télévision. Je finis beaucoup de plats (froids aussi). Aucun repas n’est équilibré. Aucune semaine ne semble déséquilibrée pour autant. Tes goûts évoluent d’un jour sur l’autre et me font reconsidérer cette notion.

Il y a des moments où le parasitisme devient symbiose et cela me met en joie. Je réalise que l’accompagnement est réciproque, ce qui garantit sa pérennité. En plus du savoir-faire et du savoir-être, il y aurait un savoir-échanger à développer ensemble, la famille étant ce pot commun dont nous sortons tous grandis.

Instruction

Je me suis renseigné sur de nombreuses formes d’instructions. On a visité des écoles plus ou moins traditionnelles. Difficile de trouver un lieu qui soit en accord avec nos valeurs. Peut-être que l’instruction en famille sera finalement choisie au prix d’une certaine marginalisation. Si c’est l’option retenue, il faudra absolument que l’on trouve d’autres sources de connaissances et d’émotions que tes parents, aussi incroyables (et modestes !) soient-ils :p.

De multiples inspirations pour une expérience forcément unique. Et en même temps avoir la volonté de partir d’une page blanche pour apprendre à l’écrire ensemble, d’expériences en réajustements. Chaque déséquilibre motivant le prochain pas, vaincre la peur récurrente du vide en se faisant confiance mutuellement.

Tabous

Appartenance, fierté, amour, chantage, beauté. Il y a des jugements que je me refuse à ton égard car je ne les trouve pas sains. Je ne veux pas que tu aies besoin de mon regard pour te trouver beau. Je ne souhaite pas introduire de chantage entre nous, encore moins affectif, c’est trop facile. Il ne peut y avoir d’amour dans une relation imposée comme celle d’un lien de filiation. C’est autre chose. Dans la fierté réside un espoir initial égoïste, une projection que l’on atteint enfin.

Ces termes ne sont pas tabous pour autant et nous aurons l’occasion d’échanger beaucoup plus longuement sur ces sujets. Et plein d’autres. Tu m’auras vraisemblablement fait changer d’ici là.

Conclusion

Il n’y a pas de conclusion. La futilité du quotidien reprend son droit. La beauté de l’éphémère et du moment présent. La conscience de vivre ensemble pleinement. L’inconscience de savoir que ça ne pourra durer éternellement. L’intime croyance qu’un lien se tisse durablement entre deux hommes qui se transforment.

Aujourd’hui c’était une chouette journée. Hier pas mal non plus. Et demain ? On verra bien. Ensemble ? Avec plaisir !

November 27, 2016 11:00 AM

November 20, 2016

David Larlet

★ Tools and teams

Use the right tool for the job.

I had been guilty for so many years failing to apply that simple old saying. Until I realised that if your job is not well designed you cannot find the right tool. Until I realised that you cannot know every existing tools. Until I realised that knowing your tools is sometimes more effective than picking the perfect one. Until I learnt the hard way that in an evolving context you have to adapt your tool across time. Today I’m more inclined to say: “Use the right toolset for the team at a given moment.”

It might be counter-intuitive at first but after all our job is to solve pretty basic technical problems: display that data, allow interactions with this one, make sure everything is smooth for everybody, secure as much as you can. Nothing more.

We’re not paid to write code, we’re paid to add value (or reduce cost) to the business. Yet I often see people measuring their worth in code, in systems, in tools—all of the output that’s easy to measure. I see it come at the expense of attending meetings. I see it at the expense of supporting other teams. I see it at the expense of cross-training and personal/professional development. It’s like full-bore coding has become the norm and we’ve given up everything else.

You Are Not Paid to Write Code (cache)

The problem arises when we introduce layers to solve these basic needs, even worse when they are not resilient enough to guarantee their accessibility toward as much people as we can. Frameworks are popular today — bashing them too. We are often forgetting that framework starts with frame. This is the frame within which the author of the framework have (or worse, has?) his own job. When you choose a framework you are betting that your job will stay within its frame. Otherwise it’s a nightmare because breaking the frame will dismantle the consistency you were looking for at first with that solution. When all you have is a framework, everything you achieve looks like a patchwork.

A micro-framework tends to extend that frame and to turn it into something more loose that you will strengthen yourself for a given domain in order to accomplish the initial job. The result is still a frame but your current job hopefully is at the center with more room to evolve and find his audience. The trade-off is that you will have to write more code and your team must be concept-competent, not framework-competent.

When your team acquires experience about a given tool it is a short-term advantage over your competitors, you will be able to iterate quickly. When your team acquires knowledge on a given concept it is a long-term goal for your product, you will be able to pivot faster. The balance on the business side is to still be alive when it happens. The goal on the developers side is to still be competent when the framework and/or the product fades.

November 20, 2016 11:00 AM

November 19, 2016

Gautier Poupeau

Comment mettre la donnée au coeur du SI ?

J’ai eu l’honneur et le plaisir de participer le 17 novembre à la conférence annuelle de Talend, le Talend Connect 2016, pour présenter comment, à l’Ina, nous avons mis la donnée au coeur de la refonte de notre système d’information.

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Voilà une bonne occasion pour lever le voile sur ce projet qui m’occupe depuis deux ans et dont je parlais dans mon billet de bilan, au passage de respecter la promesse de le présenter plus longuement et de continuer à alimenter ce blog…

Voici le diaporama qui accompagnait ma présentation :

Contexte du projet

Quatre raisons principales nous ont amenés à mener cette réflexion :

  • l’urbanisation du SI.
    Comme tous les SI, celui de l’Ina s’est créé par couches successives selon les besoins métiers. De fait, il est composé de différents silos étanches répondant chacun à un besoin métier spécifique. Telle une myriade d’orchestre de chambres voire de solistes, les solutions de stockage et d’interrogation des données sont disséminées à travers l’ensemble du SI : différents SGBDR, instances de moteurs de recherche avec pour certains des index très proches, des scripts de traitement de données (export, import, calcul) un peu partout souvent pas ou peu supervisés dans des technos différentes et dont la maintenance s’avère fastidieuse. Suivant les différents axes de notre schéma directeur (robustesse, rationalisation et alignement stratégique), nous voulions transformer ces myriades de petits orchestres en une formation unique : un orchestre symphonique, plus facile à maîtriser, à diriger et à faire évoluer.
  • La refonte de notre SI métier
    Il existe historiquement deux collections à l’Ina (le dépôt légal et les archives dites professionnelles qui font l’objet d’une valorisation commerciale) qui, jusqu’à peu, étaient gérées par deux directions différentes avec deux SI différents. Regroupé depuis 3 ans au sein d’une direction unique, le métier souhaite maintenant disposer d’un SI unique. Il faut donc envisager la migration de sept instances de bases de données Oracle avec des structure et des logiques de données qui semblent identiques de loin mais qui s’avèrent bien différentes. En effet, les pratiques de travail sont différentes : l’objectif du dépôt légal est de documenter le flux pour en assurer la mémoire alors que les archives professionnelles sont documentées en vue de leur valorisation commerciale ou à destination du grand public. Bref, il faut tout revoir, tout refaire des systèmes de collecte des données au modèle de données en passant par le système de production.
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  • Les nouvelles pratiques à prendre en compte en particulier la montée en puissance et l’importance aujourd’hui de l’indexation et la recherche plein texte qui a révolutionné les pratiques documentaires et l’augmentation de la disponibilité de données externes qui peuvent enrichir nos propres fonds ce qui est essentiel pour nous aider dans notre tâche.
  • Les nouvelles technologies telles que les systèmes de génération automatique de données (Speech to text, Extraction d’entités nommés…), les technologies ouvertes par le Big Data tant dans le stockage qui supporte des montées en charge importantes que dans le traitement des données (machine learning) que les technologies qui tournent autour de la notion de graphe popularisé par le Knowledge graph de Google.

Questions stratégiques

L'ensemble de nos interrogations dans la phase de cadrage du projet peut être résumé en quatre questions :

  • Comment mener la trajectoire de transformations ?
    Comme d’habitude dans la construction d'un SI en passant par la modélisation des processus métiers et des fonctionnalités attendues par les utilisateurs ou en adoptant une démarche plus originale en séparant la donnée de l’usage et en s’occupant d’abord de la donnée ? Comme dans la musique, nous avons d’abord privilégié la musique, la donnée au processus, les répétitions et c’est logique dans la mesure où l’essentiel des verrous se situent là. Nous avons donc commencé par mettre au point un nouveau modèle de données avec le métier puis nous effectuons la migration des données, en mettant en place des systèmes d'alimentation différentiels depuis les systèmes actuels qui sont maintenus en production. Une fois les données migrées et les systèmes d'alimentation en place, nous allons construire le nouveau système. Nous décomissionnerons les anciens systèmes et les systèmes d'alimentation différentiels uniquement lorsque le métier considérera que le nouveau système est suffisamment mature, ce qui va en réalité se faire en plusieurs étapes.
  • Comment stocker et requêter des données ? Une base de données ou plusieurs bases de données ?
    Voilà une question sur laquelle j'ai beaucoup évolué au cours des années. J'ai longtemps pensé, d'une part, qu'il était essentiel de limiter la dissémination des données entre différents modèles et entre différents types de bases de données et d'autre part, qu'on pouvait se passer des bases de données relationnelles qui me semblent cruellement manquer de souplesse. Ainsi, j'ai vu dans le couple base de données RDF et moteur de recherche, au cœur de la vision du Linked Enterprise Data que nous avions promu chez Antidot, le moyen de répondre à la fois au besoin de réconcilier les données de tous les silos du SI et au besoin de les mettre efficacement à disposition. Mais, comme j'ai commencé à l'expliquer dans mon précédent billet, ces technologies présentent certaines limites (sur lesquelles il faudrait que je revienne plus longuement) qui nous empêchent d'en faire le centre de notre système. Par ailleurs, on aurait aussi pu se diriger vers des technologies basées sur Hadoop comme le font la grande majorité des projets de lac de données. Mais, dans ce cas, le lac de données ne remplace pas les silos existants, il n'est qu'un nouveau silo de plus, entrepôt intermédiaire de toutes les données du SI, genre de data warehouse foure-tout, en vue de leur traitement qui se limite dans la très grande majorité des cas à l'analytics. Il s'agit donc d'une base secondaire, alors que nous avions aussi besoin de gérer des bases de données primaires. Ainsi, pour répondre à tous les usages (production, traitement, recherche et analytics) et à l’hétérogénéité des données (structurées, semi-structurées et non structurées), nous étions convaincu de l’importance de disposer de différentes bases familles de bases de données pour profiter des avantages de chaque nature de bases de données.
  • Comment maîtriser les données ? Décentralisation ou centralisation ?
    Sept instances de bases de données relationnelles Oracle pour le cœur des données métiers, quatre instances différentes de moteurs de recherches pour les mêmes données réparties sur deux logiciels différents, des myriades de bases de données pour les autres données (commerciales, juridiques…), l’impossibilité de disposer à un instant T d’une idée de la nature et de la répartition de nos données. Il paraissait évident que la centralisation des données était un moyen de résoudre la complexité de traitement, de supervision et de maintenance…
  • Comment assurer la souplesse tout en gardant la maîtrise des données ?
    Comme je l'ai déjà rappelé ci-dessus, nous avons repris à zéro notre modèle de données métiers, tâche sur laquelle nous avons travaillé pendant 18 mois avec le métier. Mais plutôt qu’une stricte structure, nous avons préféré mettre en place un cadre conceptuel logique qui se traduit dans un modèle physique dans la base de données relationnelles, mais éventuellement différentes sérialisations dans une base de données orientée document ou le moteur de recherche en fonction des différents besoins. Bref, on sépare le voire les modèles de production des modèles d’usage et de valorisation et on assume complètement le fait de maintenir différents modèles de données physiques, l'interopérabilité étant assuré par le respect plus ou moins strict du cadre.

Les acteurs du projet

Comment sommes-nous organisés pour mener à bien ce chantier ? Une équipe dont le cœur est composé de 3 personnes :

  • Le chef de projet, notre chorégraphe, qui organise le travail, met au point et s'assure du respect des plannings et, point essentiel, il s'occupe des rapports avec les prestataires et avec les autres composantes de la DSI, en particulier avec les chefs de projets des applications métiers qui s'appuient sur l'infrastructure de stockage.
  • L’architecte des données, le compositeur, qui s’occupe de la structure logique de la donnée, de l’adéquation des systèmes de stockage avec les besoins des utilisateurs, de la migration des données vers la nouvelle infrastructure de stockage de données et de l’exposition des données sous sa forme logique.
  • Le devOps qui assure aussi le rôle de DBA, notre ingénieur du son, rouage essentiel, qui a en charge le fonctionnement de l’infrastructure, maintient le système en condition opérationnelle, les mécanismes d’intégration continue et de déploiement continu, le stockage physique des données et vérifie en rapport avec l’architecte de données que les développements respectent les SLA et répondent aux besoins métiers.
  • Les développeurs, les musiciens (et peut-être bientôt des solistes en la personne de data scientist) qui développent tous les mécanismes d’import, d’export, d’exposition, de synchronisation et de traitement des données.

Nous avons donc séparé le travail sur les données, leur stockage et leur traitement des usages qui en sont faits dans les applications métiers. Nous voudrions ainsi aboutir à un état où les MOE des applications métiers se concentrent uniquement sur la réponse aux besoins métiers et ne perdent plus de temps sur le stockage des données dont ils ont besoin. La couche de données est alors à l'image de la couche d'infrastructure mutualisée entre tous les projets.

La solution technique

Comme expliqué ci-dessus, nous avons fait le choix de déployer plusieurs systèmes de stockage de données pour répondre aux différents cas d'usage et à l'hétérogénéité des données, par ordre de choix :

  • Un moteur de recherche en l'occurrence ElasticSearch pour non seulement répondre de manière efficiente aux requêtes des utilisateurs et aussi pour offrir une vue consolidée de données issues de différents silos en vue d'accélérer les interrogations croisées (par exemple, entre nos données documentaires, juridiques et commerciales) et de promouvoir un usage transverse des données par les applications métiers.
  • la base de données orientée document, MongoDB, qui sert à la fois de base de données secondaires pour les données provenant de silos externes à l'infrastructure centralisée de stockage (en particulier pour les progiciels qui garderont leur base native ou les applications qu'il n'est pas prévu de migrer pour le moment) et de base de données primaires pour les différents systèmes de génération automatique de métadonnées (speech to text, extraction d'entités nommées, reconnaissance d'entités visuelles ou sonores...).
  • la base de données graphes (et en particulier RDF), OpenLink Virtuoso, qui permet de stocker les données nativement en RDF issues de certains projets de recherche de l'Ina ou de données externes, d'effectuer des calculs s'appuyant sur les particularités du graphe (traversée de graphe, raisonnement, inférence) et peut-être à terme d'offrir une vue facilement requêtable de l'ensemble de nos données (si les problèmes de scalabilité de ces technos sautent...). Nous avons hésité avec Blazegraph qui, tout en étant fait à la base pour stocker du RDF, commence à s'ouvrir au property graph en proposant une implémentation de l'API Tinkerpop et donne des résultats intéressants en tant que sparql endpoint de Wikidata. Malheureusement, la faiblesse de l'implémentation de l'API Sesame, le manque de documentation et de retour concret de projet en production dans la communauté nous ont fait reculer pour le moment. Mais, je ne désespère pas de voir émerger bientôt une solution (celle-là ou une autre comme Stardog ?) qui implémente à la fois RDF et son langage de requêtes, SPARQL et les property graph et leurs langages de requête, Gremlin.
  • la base de données relationnelles. Nous nous sommes longtemps demandés si nous pouvions nous passer d'un SGBDR. Mais, il a fallu nous rendre à l'évidence : ces technologies offrent aujourd'hui des performances inégalées, lorsqu'il s'agit de stocker des données fortement reliées comme le sont nos données documentaires tout en assurant une intégrité des transactions. Bref, pour résumer la situation, nous avions besoin de respecter les principes de l'ACID et à ce jeu-là les BDR restent encore la bonne solution. A signaler que nous n'avons pas fait encore de choix de solutions à ce niveau, il devrait être fait dans les prochains mois.

Deux points méritent d'être notés 

  • comme base de données secondaire des silos externes, nous aurions pu choisir, à la place de MongoDB et comme beaucoup d'autres, de déverser l'ensemble de ces données dans des fichiers au format Parquet au sein d'un système HDFS. Mais, outre que nous manquions alors de maturité sur ces solutions, je ne suis pas sûr au regard de la volumétrie que cela se justifie, de plus MongoDb offre un langage de requêtes natif qui simplifie largement l'exploitation de ces données tout en offrant des perspectives de scalabilité.
  • Nous n'avons pas encore fait le choix de la (ou des) technologies que nous allons utiliser pour construire nos data warehouse en vue des traitements d'informatique décisionnelle. A priori, nous allons nous appuyer sur les bases que nous avons déjà déployées, mais nous pouvons aussi pour ce genre d'usage avoir besoin de déployer des bases de données orientées colonnes. A suivre...

Une fois qu'on prend acte dans l'architecture des systèmes de stockage de la coexistence de plusieurs familles de bases de données et a fortiori de plusieurs modèles de données, il faut déployer une brique de traitement capable de s'assurer de la cohérence des données et donc de la synchronisation entre les différentes bases, de l'abstraction des différents systèmes de stockage, donc du routage vers la bonne base de données des requêtes externes à l'infrastructure et, last but not least, de la centralisation de l'ensemble de ces traitements. Bref, il nous fallait un chef d'orchestre et à bien y réfléchir, c'est cette brique qui constitue le cœur de notre infrastructure, qui en détient les clés et l'intelligence.

Pour relever ce rôle aussi important, nous avons choisi les solutions de la société Talend. Pourquoi ? Car ils offrent une suite complète, cohérente et intégrée : de l'environnement de développement avec le studio qui permet de développer graphiquement des chaînes de la traitement (appelés Job) de la donnée homogènes, car elles s'appuient non seulement sur des composants de traitement unitaire natifs à la solution (plusieurs centaines dont les connecteurs à toutes les bases de données les plus connues du marché) mais aussi sur la possibilité de visualiser voire récupérer tout ou partie de jobs existants jusqu'à l'environnement d'exécution qui permet de déployer le job sur une infrastructure basée sur Karaf et de le superviser depuis une interface Web, le Talend Administration Center. Il est ainsi très facile dans un environnement intégré comme celui-ci de répondre très rapidement à un nouveau besoin.

Finalement, une troisième brique, le module de gestion et de suivi, construite en java permet d'exposer les interfaces qui sont de deux types : REST pour les requêtes synchrones à travers laquelle nous exposons des vues logiques et métiers de la donnée et NFS pour les requêtes asynchrones, de s'assurer d'une stricte abstraction entre les utilisateurs et les différents systèmes de stockage, de configurer les nouvelles ressources à exposer, de proposer un annuaire des ressources exposées et de suivre le fonctionnement de l'ensemble de la plateforme.

Ainsi, l'architecture, notre orchestre, suit les principes du patron MVC : les bases de données sont les modèles, le module de traitement avec Talend joue le rôle de contrôleur et le module de suivi et de gestion expose la vue.

Les bénéfices attendus

Il est encore trop tôt pour parler de bénéfices puisque nous sommes en cours de déploiement de notre infrastructure, les développements de la première version ayant abouti à la fin de l’été. Mais, si on parle de bénéfices attendus. Ils sont au nombre de quatre :

  • casser les silos de données pour offrir une vision transverse et cohérente de nos données et permettre l’apparition d’usages transverses de nos données ;
  • souplesse pour faciliter l’innovation et simplifier l’émergence de nouveaux usages ;
  • une infrastructure centralisée pour améliorer la supervision et accélérer simplifier son évolution ;
  • maîtriser les données pour être capable de déployer une gouvernance de données et ainsi être plus efficace et confiant dans la réponse aux besoins métiers ou aux nouvelles demandes de nos utilisateurs finaux.

Merci à Talend de m'avoir offert l'opportunité de présenter notre projet à côté d'entreprises mondialement connues ! Merci à Nicolas Bogucki de m'avoir fait confiance et de m'avoir accompagné pour faire émerger ce projet... Bonne continuation pour la suite de tes aventures ! Merci à mes si précieux collègues : Julien, le chef de projet sans qui j'aurais déjà baissé les bras depuis longtemps en face de la complexité d'un tel projet, en particulier dans les interactions qu'ils demandent et à Stanislas, le devOps/DBA, sans qui ce projet ne serait pas ce qu'il est et qui, chaque jour, me fait découvrir les complexités de la couche physique de stockage et de traitement de la donnée et à tous ceux qui participent à ce projet si stimulant !

by got at November 19, 2016 08:39 AM

November 07, 2016

David Larlet

★ Si c’est gratuit…

Si c’est gratuit, c’est toi le produit.

Martelé. Jusqu’à l’écœurement. Cette idée d’être consommé pour ce qui nous est propre. Nos données personnelles. Nos déplacements personnels. Nos envies personnelles. Nos possessions personnelles. Pour un graphe impersonnel.

Si c’est gratuit, c’est toi qui produis.

On passe de la consommation à la production. Micro-tâches. Agrégation de travail non rémunéré. Annotations collectives. Liens multiples. Masse critique. Prolétarisation.

Si c’est gratuit, c’est toi qui enseigne.

Sujets d’apprentissage pour intelligences artificielles. Addiction volontaire. Ludification généralisée. Infantilisation éhontée. Transmettre sans comprendre. Déshumanisation de l’autre. De la confiance à la preuve (cache).

Si c’est gratuit, c’est nous qui échangeons.

Réciprocité. Gain mutuel. Le bien commun n’étant plus une production de la société civile mais de l’Homme et de la Machine. Jusqu’à ce que la symbiose soit évaluée comme un parasitisme. Auquel cas, cela pourrait finir par nous coûter cher.

November 07, 2016 11:00 AM

October 17, 2016

David Larlet

★ Senior developer

Defining “senior” is an ongoing and surprisingly difficult process, but we do it because it’s business-critical for us. Without a clear definition of “senior developer", we have no clear path for our own employees to get there. We have no concrete way to evaluate people joining the team, no way to hold ourselves accountable, and no way of improving the process.

The Conjoined Triangles of Senior-Level Development (cache)

There is a moment in your developer career when you wonder if you’re senior enough to depict yourself as a senior developer. This is not at all a matter of how old you are (cache), neither how much you’re being paid. This is more related to how many and diverse experiments you made, how many different peers you helped onboarding a project, how easy it becomes to transmit your knowledge, how much confidence you accumulated and how fast you can admit you’re totally wrong. Actually, this is all about the fluidity you can have with a team within an evolving complex context. That is the moment you realize you are more valuable than the code you produce.

You’re here to speed up the learning process but not too much, otherwise your fellow companions are totally missing the potential failures and are pursuing without accumulating knowledge. Going fast is useful only if everybody within the boat is aware of what has been tried before and what was wrong (and right!) for that particular journey. It can only be achieved with a ton of communication.

When you’re lucky enough to be part of a team of highly skilled developers, you know that everybody will still progress technically because it’s part of the team’s DNA. Besides some long-running trolls, you know that the hard part will not be about technical capabilities anymore, the team is confident enough on that side to learn quickly if necessary. The hard part will be to consider the team — present and future — as a whole. It requires a tremendous amount of empathy to make the right social decisions.

Senior team members should be expected to spend half their time mentoring and helping others on the team get better. Their job isn’t just to be the code hero bottleneck.

Want to be an Engineering Manager? (cache)

Here the important word is bottleneck and I think that better than trying to reach the senior label individually, it has to be gained as a team. It’s way more challenging to be part of something bigger than yourself. You can mesure how “senior” a team is by how good it is at reducing bottlenecks and sharing responsibilities.

Finally, it also creates social problems as well. Bugs that span multiple services and require many changes can languish as multiple teams need to coordinate and synchronize their efforts on fixing things. It can also breed a situation where people don’t feel responsible, and will push as many of the issues onto other teams as possible. When engineers work together in the same codebase, their knowledge of each other and the system itself grows in kind. They’re more willing and capable when working together to tackle problems, as opposed to being the kings and queens of isolated little fiefdoms.

Microservices - Please, don’t (cache)

Choosing carefully which trends you’re following is key. Some are particularly destructive for the social interactions. I already talked about GraphQL, I think that microservices are even worse. This is a particular case when there is so much tensions within the team that you need to separate people and their products to still be able to deliver some value. A senior developer has to be inclusive in his productions and reactions, sometimes at the expense of speed or relevance.

The last step is to write about it. This could be a blog post, a book, or a conference talk. When I write about a topic, I explore the edges of what I know, the edges outside of what I needed to initially implement the idea.

How do I learn? (cache)

One part of becoming a senior developer is to be able to go just a bit deeper than the average developer and be able to share it. That’s a tiny advantage that makes all the difference. Sharing can take many forms, from blogging to giving a presentation or pushing some code on a repository. The end-result is not the most important (except for ego maybe). The moment you dig into the concrete issue and spend some time on it, the process of acquiring that knowledge and being capable of transmitting it. That’s the key point.

We are knowledgeable and productive, yes, but we also understand that we may actually know fewer (useful) things than we did at a prior point in our career. A non-trivial amount of our knowledge has decayed, and we may not have had the time to accumulate enough new knowledge to compensate.

[…]

We realize that it’ll require real effort to just maintain our level proficiency - and without that effort, we could be worse at our jobs in 5 years than we are today.

Reflections of an "Old" Programmer (cache)

The combination of our knowledge decay being extremely fast and our knowledge accumulation rate being quite slow leads to burnouts and endless questioning. Both being quite destructive on the long term. Senior developers are survivors. The ones finding a steady pace in their learning and a clear balance between theory and practice on a day-to-day basis. The ones taking the time to transmit their experience and to be kind enough (cache) to reduce the pain for newcomers. The ones avoiding depression and dead-ends like management and entrepreneurship. The ones escaping the craftsmanship and perfection rabbit holes. The ones considering themselves not senior enough to push the limits of its definitions. What is your one?

October 17, 2016 11:00 AM

October 16, 2016

Gautier Poupeau

De la responsabilité humaine des algorithmes

Comme Nicolas, je dois bien avouer que je suis fatigué par ces articles de journaux, sujets télévisés et autres discussions de comptoirs qui conçoivent l’algorithme comme une entité en soi dont la création et l’exécution seraient immanentes. L’algorithme est devenu peu à peu l’expression d’une peur alimentée par la place grandissante du numérique dans nos vies et de l’incompréhension de beaucoup, en particulier des médias, face aux principes de l’informatique. Mais cela pose un problème de taille : penser ainsi l’algorithme, c’est nier la responsabilité des créateurs et des exécutants de l’algorithme qui sont des humains. Un algorithme n’a pas une vie propre, il n’est que la colonne vertébrale d’un code source écrit et pensé par un humain et dont l’objectif est fini. La responsabilité de la création de l’algorithme en revient donc à son programmeur et de son exécution à la personne ou l’organisation qui en assure l’exploitation au sein de son application et non à l’algorithme lui-même. Il n’existe donc pas une éthique de l’algorithme mais de l’organisation qui le met en oeuvre. Il est alors nécessaire d’appréhender le fonctionnement et les conséquences d’utilisation d’un algorithme pour voir s’il est en adéquation avec la stratégie et/ou l’éthique de l’organisation.

Pour illustrer mon propos, prenons l’exemple de la recommandation de contenus. L’objectif de tous ces algorithmes est grosso modo le même : augmenter la sérendipité pour faire en sorte que l’utilisateur poursuive sa navigation dans le site Web et que l’achat soit converti dans le cas des sites de E-commerce.

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Il existe deux stratégies :

  • analyse du comportement (clics, historique de navigation, avis…) de l’utilisateur et comparaison statistique avec le comportement des autres utilisateurs du site, c’est ainsi que fonctionnent les systèmes de recommandation dits « sociaux » qui ont fait la réputation des sites comme Amazon ou Netflix ;
  • analyse des contenus et comparaison entre les contenus pour proposer un contenu proche comme le propose par exemple YouTube.

Techniquement, les premiers s’appuient, selon les principes du machine learning, sur un modèle mis au point à partir de motifs récurrents, auquel sont soumises les nouvelles données, tandis que les seconds s’appuient, en particulier, sur une comparaison de la répartition et la fréquence des mots.

Au delà des aspects techniques, la principale différence entre ces deux stratégies réside dans leurs conséquences. Les premiers qu’on qualifie de “prédictifs” privilégient les contenus qui ont déjà été consultés et a fortiori ceux qui sont le plus consulté. Ils se traduisent par la mise en place d’un effet de longue traîne : seule une petite partie des contenus sont les plus vus, tous les autres sont assez peu voire jamais consultés. Dans le cas où vous disposez d’un corpus où le nombre de ressources est très important, vous allez vous retrouver avec de très nombreux contenus qui ne proposeront pas de recommandations, car ils n’ont jamais été consulté ou alors si peu que la distribution statistique ne se révèle pas pertinente. Les seconds reposent uniquement sur l’analyse du contenu lui-même ou plutôt de ses métadonnées. Tous les contenus disposent de rebonds, sauf cas très exceptionnel et, de plus, il ne va pas privilégier les contenus en fonction des statistiques de consultation. C’est pourquoi je qualifierais ces algorithmes de “prescriptifs”.

Alors, prédictifs ou prescriptifs ? Faut-il privilégier la diversité et la masse avec les algorithmes prescriptifs ou ne valoriser que le contenu consommé par le plus grand nombre avec les algorithmes prédictifs ? Il n’est pas question de juger si un type d’algorithme est meilleur ou plus éthique que l’autre. Il s’agit d’avoir conscience des différences et du fait que le choix de l’algorithme devient le reflet de la stratégie d’une organisation. Il s'agit donc bien d'une question éthique qui engage sa responsabilité. A titre personnel, j’avoue me poser cette question avec d’autant plus d’acuité que je travaille pour une institution publique à vocation patrimoniale. Ce choix est alors tout sauf innocent….

En guise de conclusion, je vous propose un extrait de l'épisode 11 de la saison 2 de Mr Robot dans lequel un des personnages secondaires dialogue avec son assistant personnel intelligent type Siri et montre bien que les intelligences artificielles ne répondent qu'aux questions pour lesquelles elles ont été programmées... (Vu la nature de la vidéo, il est fort probable qu'elle ne fasse pas long feu sur DailyMotion, désolé, si elle n'apparaît plus...)


Mr Robot - S02E11

by got at October 16, 2016 05:11 PM

October 12, 2016

Gautier Poupeau

Bilan de 15 ans de réflexion sur la gestion des données numériques

Cela fait maintenant deux ans que j’ai rejoint l’Institut national de l’audiovisuel. Deux années qui m’ont permis de donner une nouvelle impulsion à ma réflexion sur la gestion des données numériques. Deux années passionnantes et qui se concrétisent depuis plus de six mois par le développement d’une infrastructure de traitement et de stockage des données, aboutissement (forcément provisoire) d’une vision de l’architecture du système d’information où la donnée occupe une place centrale, à l’inverse de l’approche traditionnelle par le processus. Deux années dont les résultats font en partie l’objet d’un article pour le prochain livre d’Emmanuelle sur l’avenir des catalogues, à paraître aux éditions du Cercle de la librairie et dont l’écriture m’a donné envie de faire revivre un peu cet espace de partage que j’ai laissé en friche ces dernières années.

Mais avant de partager ces nouveaux éléments, il me semble intéressant de dresser un bilan de ces 15 dernières années afin de tracer la ligne directrice et de brosser aussi les réussites, les échecs et les erreurs. La lecture de quelques (excellents) mémoires du master « Technologies numériques appliquées à l’histoire » de l’Ecole nationale des chartes m’ont aussi motivé à préciser (ou repréciser) certaines approximations que j’ai pu rencontrer ici ou là.

Alors, voilà, avant de passer à la suite, un bilan de 15 ans de réflexion sur la gestion des données numériques, forcément subjectif et en aucun cas exhaustif. Il se découpe en quatre phases, qui correspondent à des moments de mon parcours professionnel et, ça va de pair, avec les sujets principaux qui ont été au cœur de ma réflexion. Elles sont les suivantes :

  • l’édition électronique ;
  • la conservation sur le long terme de l’information numérique ;
  • le traitement des données structurées et semi-structurées ;
  • l’architecture de données à l’ère du Big data.
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L’édition électronique (2001-2006)

Le « temps de l’innocence » me paraît résumer parfaitement cette première période. A l’aube de ce nouveau siècle, tout est à inventer sur le Web dont la promesse est de rendre accessible à tous, gratuitement et en un clic de souris, toutes les connaissances du monde. Au niveau technologique, c’est l’heure du balbutiement : HTML, Javascript, Front page et Dreamweaver sont les outils de cette nouvelle révolution de l’informatique.

Au sein de l’équipe embauchée par l’Ecole nationale des chartes pour mettre au point son site Web, il apparaît rapidement qu’on peut aller plus loin qu’un simple site institutionnel et que les positions de thèse, numérisation de fac-similés, actes de colloque et autres éditions critiques qui traînent sur des disquettes et autres cédéroms trouveraient parfaitement leur place sur le Web. Pour atteindre cet objectif, il faudra ajouter au panel d’outils du départ bien d’autres technologies : PHP, MySQL, CSS, XML, XSLT, Cocoon, eXist et réfléchir tant au niveau scientifique, politique et économique qu’aux conséquences de ce basculement

Faire du Web ne se limite bientôt plus à coder quelques pages HTML à la main ou dans un éditeur WYSIWYG. Le temps du bidouillage laisse peu à peu la place à des plateformes qui permettent un premier niveau d’industrialisation ; les premiers CMS apparaissent dont LODEL, orienté précisément pour les besoins de l’édition électronique scientifique en SHS, pionnier mis au point par Revues.org et au développement duquel j’ai eu la chance de participer.

Après un détour en partie raté par la recherche dans le domaine des IHMs (on parlerait aujourd’hui d’architecture de l’information ou d’UX/UI design…), la grande découverte de cette phase est XML. En séparant la forme du fond, XML laisse entrevoir la possibilité à la fois de valoriser sur le Web les éditions critiques de sources historiques et de les exploiter informatiquement avec des problématiques scientifiques (lexicométrie, analyses de balises, statistiques diverses...) tout en s’assurant d’une indépendance à l’égard des langages et logiciels. Dans ce cadre, XML est indissociable de la TEI, Text Encoding Initiative, framework composé de plus de 400 éléments (à l’époque… J’imagine que ça a évolué depuis ?) et qui permet, en fonction du texte à encoder, de construire un schéma XML répondant aux objectifs d’encodage. En réfléchissant à la modélisation des éditions critiques en XML, c’est leur nature même qu’on a interrogé, leur structure, leur logique, leur objectif. Entre autres, avec XML, le vieux débat entre critique génétique d’un côté et édition critique de l’autre s’épuise de lui-même, car il est possible d’encoder l’un ou l’autre ou les deux aspects en fonction de la problématique du chercheur et/ou des objectifs de valorisation. Et si l’encodage en lui-même n’est pas l’exercice scientifique le plus passionnant, la mise au point des principes d’encodages est clairement un travail scientifique.

Si XML convient parfaitement à l’encodage des différentes parties d’un document, il ne sert en revanche pas à encoder le message véhiculé par le document et qui existe en dehors même de celui-ci. Or, c’est précisément le rôle du RDF, modèle de base des technologies du Web sémantique. C’est pourquoi, dès 2005, je vais commencer à m’intéresser au Web sémantique et à l’articulation entre XML et RDF que, grâce au CCH du King’s college, je vais avoir l’occasion de tester pour la première fois.

Je garde un regret pour cette période : en insistant à ce point sur l’édition électronique, même si le travail effectué était indispensable, il me semble que nous avons profondément marqué et orienté dans ce sens l’utilisation de l’outil numérique en SHS, oubliant qu’il ne se limitait pas à la valorisation des résultats de la recherche mais pouvait aussi être utilisé pour effectuer cette recherche. Même si aujourd’hui les choses ont évolué, cela a certainement été une erreur. Or, c’est le second regret, il aurait été, par exemple, intéressant dès cette époque de trouver le moyen de lier les travaux autour de l’exploitation statistique du texte (surtout au regard de l’importance prise par la statistique dans l’exploitation actuelle des données) et ceux autour de l’encodage. Ils n’étaient pas incompatibles, comme le démontre par exemple le travail de Jean-Baptiste Camps.

Même si, à l’issue de cette période, je me suis orienté vers les problématiques de « back office », l’infrastructure interne, au détriment du « front office », les applications en lien direct avec les utilisateurs, cette première expérience dans le Web me permet de ne jamais oublier qu’une modélisation ou un système quel que soit sa complexité est au service d’un objectif et qu’ils ne se suffisent pas à eux-mêmes…

La conservation sur le long terme de l’information numérique (2006-2010)

La recherche scientifique s’appuie sur des sources/expériences/études (etc… rayez la mention inutile en fonction de votre discipline…) et les autres travaux scientifiques. Le fait de pouvoir non seulement citer mais aussi garantir l’accès aux éléments cités est donc essentiel dans le processus de la recherche. La crédibilité de l’édition en ligne scientifique passe par le fait d’en garantir l’accès sur le long terme. Cette question est rapidement devenue cruciale, d’autant plus lorsque les éditions en question sont des éditions critiques de sources historiques dont la validité scientifique peut largement dépasser le siècle, ce qui diffère de la valorisation des recherches en sciences dures par exemple.

Or, si l’utilisation de XML dans ce contexte paraît à différents niveaux appropriée, elle ne suffit pas à garantir la pérennisation de l’information numérique. La norme OAIS va dès lors devenir mon livre de chevet pour les quatre années suivantes, et les métadonnées sous toutes leurs formes une obsession. C’est d’abord à une échelle très modeste que je vais essayer de mettre en pratique les bonnes pratiques de la gestion de l’information numérique, avec la mise en place de l’infrastructure technique du centre de ressource numérique TELMA, en collaboration avec les collègues de l’IRHT. Outre le fait que ce développement m’a donné l’opportunité de réfléchir aux différentes informations nécessaires pour garantir la description des fichiers numériques (METS, PREMIS…), il m’a aussi permis de faire mes premier pas dans l’architecture des systèmes d’information. Or, si cette architecture garantissait une stricte séparation entre les documents (éditions critiques, actes de colloque, bases de données…), leurs métadonnées et l’infrastructure de valorisation en ligne, elle présentait de nombreux défauts en termes de stabilité, de performance et surtout de complexité d’appropriation. Bref, elle démontrait un manque flagrant de connaissance et de maturité dans la construction d’un SI.

Mon arrivée chez Unilog Management en mars 2007 va être justement l’occasion de commencer à combler ces lacunes. Bien décidé à appliquer, depuis une structure privée, mes idées à d’autres organisations publiques, j’ai d’abord eu l’occasion, pour les besoins d’une étude pour un client, d’aller au bout des principes qui sont au cœur de l’OAIS pour forger le concept de « logique informationnelle », première tentative pour placer la donnée au cœur de l’architecture du système d’information. Mais comme le notait alors un contributeur à un billet de ce blog, « vous décrivez là, non pas "le SI de demain", mais du surlendemain ». C’était bien vu puisqu’il faudra attendre neuf ans pour voir ces idées se populariser.

Après ce rapide (mais fondateur…) détour, le développement du projet SPAR (Système de préservation et d’archivage réparti) à la BnF va constituer un terrain d’expérimentation et d’apprentissage extraordinaire. Résumer le projet est simple : il s’agissait de déployer une infrastructure qui suive à la lettre le modèle OAIS. La mise en œuvre, par contre, s’avérera beaucoup plus compliqué. Si l’étude de préfiguration menée par la BnF avait permis de défricher le terrain, de nombreux verrous technologiques non identifiables au préalable sont rapidement apparus et sont venus complexifier le projet.

Le cas d’usage qui a servi de base à toute la conception du système est le suivant : à partir de la lecture des seules bandes LTO contenant l’ensemble des fichiers à conserver, l’organisation doit être capable dans 10, 50, 100 ans de reconstruire l’ensemble du système et de posséder une vue exhaustive et complète du contenu intégral de la collection afin de l’exploiter au mieux. Pour y parvenir, deux points sont fondamentaux : une stricte indépendance entre les fichiers à conserver et le système qui en permet la conservation et une parfaite maîtrise de la collection de fichiers numériques aussi bien au niveau du train de bits que dans la nature et le contenu du fichier lui-même.

La maîtrise de la collection numérique passe non seulement par le fait de disposer de métadonnées fiables et complètes mais aussi par leur exploitation. Or, en la matière, difficile de prévoir les requêtes nécessaires au bon fonctionnement du système quand ce dernier est censé évoluer et fonctionner des décennies. Au regard des technologies alors à notre disposition (nous sommes en 2008 et le NoSQL n’en est qu’à ses balbutiements…), les technologies du Web sémantique, RDF et SPARQL en particulier, paraissent alors le meilleur moyen pour garantir souplesse des données, évolutivité de la structure, richesse d’interrogation et facilité de mise en relation des informations à conserver, qu’il s’agisse des données de référence ou des métadonnées des fichiers eux-mêmes. Même si nous avons été confrontés à des limites de performance, elles étaient acceptables au regard de ce qui était attendu. Bref, si c’était à refaire aujourd’hui, je pense que je referais le même choix, même si je complèterais le dispositif d’exploitation et de recherche des métadonnées par d’autres technologies afin de mieux répondre à certains cas d’usage pour lesquels RDF et SPARQL ne constituent pas la meilleure solution.

A l’issue du développement de SPAR, un constat s’impose : SPAR n’est ni plus ni moins qu’un magasin « virtuel » de fichiers, avec son catalogue de métadonnées qui en décrit précisément chacun des composants. La pérennisation de l’information numérique mobilise des compétences traditionnelles pour un support nouveau dans le but d’assurer l’intégrité, l’authenticité et la communicabilité des informations numériques. Cette conclusion explique aussi bien les difficultés rencontrées avec la plateforme de TELMA que l’un des verrous technologiques de SPAR : le système qui assure la pérennisation sur le long terme des informations numériques ne peut être branché directement avec le système qui assure à un instant T la valorisation de ces mêmes informations auprès des utilisateurs, car le temps de la pérennisation n’est pas le même que le temps de la valorisation et de l’accessibilité. C’est d’autant plus vrai avec l’information numérique, que l’utilisateur s’attend à trouver à tout instant d’un simple clic de souris.

Commencé en mars 2008, SPAR passe en production au printemps 2010 et il est alors temps pour moi de clore ce sujet et de me consacrer à plein temps à mettre en pratique les promesses du Web sémantique

Le traitement des données structurées et semi-structurées (2010-2014)

« Moteur de recherche et Web sémantique » aurait pu aussi être le titre ou le sous-titre de cette phase qui correspond grosso modo à la période où j’ai travaillé pour la société Antidot, éditeur logiciel spécialisé dans la recherche et le traitement de l’information. Les objectifs sont clairs au début de cette période : découvrir et maîtriser les technologies de traitement automatique des données (ETL, moteur de recherche, annotation automatique, catégorisation automatique entre autres) et réfléchir à l’apport et à la place des technologies du Web sémantique dans ce domaine.

Le début de cette période se concrétise par l’aboutissement d’un projet essentiel dans mon parcours professionnel et ma réflexion : le moteur de recherche ISIDORE. Celui-ci constitue alors une parfaite synthèse et un aboutissement. En effet, dans mon esprit, il vise trois objectifs :

Grâce à l’infatigable travail de Stéphane Pouyllau et de son équipe, les deux premiers objectifs sont largement atteints, au-delà même de mes espérances. Cependant, force est de constater que, malgré les efforts d’Huma-num, le troisième reste encore largement à explorer. Comme nous allons le voir, ce constat est en phase avec le bilan de cette période.

Mais, n’anticipons pas… Le succès d’Isidore, le travail déjà effectué par Antidot avant mon arrivée, ainsi que mon expérience de l’utilisation des technologies du Web sémantique avec le projet SPAR, conduisent alors à l’idée de proposer aux organisations publiques ou privées d’exploiter au mieux leur patrimoine informationnel en l’extrayant des silos existants pour mieux le valoriser à travers de nouveaux usages en le reliant et en l’augmentant via des inférences ou des extraction des « connaissances » dans les données non structurées : c’est le Linked Enterprise Data. Cette vision s’appuie sur deux éléments clés :

  • les technologies du Web sémantique offrent par le modèle du triplet un niveau d’interopérabilité jamais atteint jusque-là et par le modèle de graphe la possibilité de relier des données hétérogènes ;
  • le moteur de recherche constitue le moyen idéal pour accéder rapidement, simplement et efficacement aux données ainsi reformatées pour répondre à tous les usages qu’on pourrait imaginer.

La montée en puissance du Big Data et de l’Open Data semblait donner raison à cette stratégie qui s’est d’ailleurs concrétisée par de jolis projets de démonstration et chez des clients. Mais, globalement, le résultat fut mitigé. Les raisons sont multiples :

  • au niveau technique, mis à part certaines limites des solutions d’Antidot qui ne sont pas le propos de ce billet, nous nous sommes surtout heurtés aux limites d’implémentation des technologies du Web sémantique : scalabilité et performance. Il a fallu trouver des contournements pour limiter leur utilisation à ce qu’elles savent faire de mieux, ce qui a largement complexifié le système ;
  • le modèle mis au point demande non seulement l’extraction des données des silos existants mais aussi leur traitement avec les technologies du Web sémantique. Or, cette étape s’est avérée éminemment complexe car spécifique à chaque système d’information, donc coûteux à mettre en place pour les clients, d’autant que les compétences dans ce domaine sont rares, ce qui pose par ailleurs un problème de maintenance ;
  • contrairement à notre idée initiale, le Big Data ne s’est pas traduit à l’époque par un intérêt des organisations pour l’exploitation de la donnée, de sa structure et de sa logique, mais, outre un très grand buzz marketing, essentiellement par un recyclage des éléments de la Business Intelligence ;
  • il en va de même pour l’Open Data qui se caractérise par le désintérêt des producteurs et des réutilisateurs des données ouvertes pour les problématiques d’interopérabilité et de structuration de la donnée malgré les tentatives de Tim Berners-Lee lui-même ;
  • les DSI dans les organisations se posant comme une « fonction support » répondant aux besoins et usages des « directions métiers », elles pensent qu’elles ne disposent pas de la légitimité qui serait nécessaire pour porter une vision transverse à l’ensemble des « directions métiers » par la gestion des données numériques. Elles ne souhaitent pas justifier la mise en place d’un projet dont l’apport pour le métier ne semble pas le propos initial (ce qui est faux…) et n’est apparemment pas garanti. De plus, il nous était complexe de proposer alors des éléments concrets de retour sur investissement (ah ! le fameux ROI…). Ce problème n’est pas nouveau : si l’approche est différente, les projets de master data management rencontrent les mêmes difficultés.

Antidot a pris acte de ce constat en spécialisant cette vision autour de la problématique de la documentation technique avec le produit Fluid Topics. A titre personnel, ce constat a été particulièrement amer, car il remettait en cause deux éléments qui avaient alors traversé mon parcours : le Web sémantique et la notion d’interopérabilité.

Il a fallu me rendre à l’évidence : mis à part dans quelques communautés qui possèdent déjà la culture de la normalisation (le patrimoine, certains domaines de la recherche scientifique par exemple…), l’interopérabilité n’est finalement pas une préoccupation des organisations, que ce soit dans leurs rapports avec les autres organisations ou en interne. Est-elle si inaccessible qu’elle n’est même plus au cœur des préoccupations des DSI ? Ceux-ci semblent en effet aujourd’hui trouver plus simple d’implémenter de multiples programmes de conversion, tant dans l’acquisition que dans l’exposition des données, que de rechercher le partage et le compromis entre les communautés.

A partir du moment où la notion d’interopérabilité est remise en cause, c’est une partie non négligeable du modèle RDF qui perd de son intérêt. C’est d’autant plus vrai que, même si je reste convaincu que celui-ci reste, pour le moment, le meilleur moyen pour exposer, échanger et relier des données structurées, il faut reconnaître que la faible maîtrise de cette technologie par la communauté des développeurs la disqualifie au moment de faire certains choix d’implémentation. Quant à ce qui fait son second intérêt à savoir le graphe, l’apparition de nouvelles solutions vient confirmer l’énorme intérêt de ce modèle pour le stockage et le traitement des données structurées, mais force est de constater que les solutions qui ont le vent en poupe en la matière ne se basent pas sur le modèle RDF mais sur le modèle du Property graph qui répond à la problématique de la réification, une des faiblesses du modèle RDF. En la matière, RDF 1.1 fut, à mon avis, un rendez-vous manqué par le W3C….

L’architecture de données à l’ère du Big data (2014-….)

C’est donc ébranlé dans ce qui constituait les bases mon travail, sans idée en tête et sans projet en cours que commence cette dernière phase. Le début du travail sur la refonte du système d’information documentaire de l’Ina et sur le déploiement des « solutions Big Data » au sein du SI vont alors me donner l’opportunité de :

A partir de ces différents points, nous avons pu commencer à élaborer une « stratégie orientée données » pour la refonte du SI de l’Ina, mais ceci est une autre histoire qui devrait être le sujet des prochains billets… Enfin, j’espère si mes bonnes résolutions ne se perdent pas dans les méandres de mes données…..

PS : j’en profite pour remercier tous ceux qui, à moment ou un autre de mon parcours, ont croisé mon chemin et qui ont bien voulu partager avec moi leurs connaissances, leurs idées, leurs désaccords, leur bienveillance, leur confiance, leur temps, leur passion, leur travail, leur amitié… Ce serait trop long de tous vous citer et je risque d’en oublier, mais j’ai pensé énormément à vous tous pendant la rédaction de ce texte, sans vous, cela n’aurait pas été possible… MERCI !!

by got at October 12, 2016 09:08 PM

October 04, 2016

David Larlet

★ Slow Data

In our search for answers to a problem which appears if not intractable then complex, is the speed of the media’s technology – and the politicians’ willing participation in the 24/7 news cycle – obscuring rather than illuminating the issues?

Are we simplifying the arguments if only by default, by not investigating them fully, or by appealing to an emotional response rather than an explanatory one?

[…]

But it does not mean we are covering the news more deeply or more analytically. We may be generating heat. But are we really delivering light?

[…]

We may think we are absorbing more information. In fact we are simply giving in to the temptation of the easy over the hard, the quick over the slow.

BBC Radio Director Helen Boaden resigns, criticising state of journalism (cache)

The idea of slow journalism is not new (see The Slow Media Manifesto (cache)) and I recently discovered that it can be applied to data too (cache). For quite a long time actually:

Data is growing in volume, as it always has, but only a small amount of it is useful. Data is being generating and transmitted at an increasing velocity, but the race is not necessarily for the swift; slow and steady will win the information race. Data is branching out in ever-greater variety, but only a few of these new choices are sure. Small, slow, and sure should be our focus if we want to use data more effectively to create a better world.

The Slow Data Movement: My Hope for 2013 (cache)

As a member of a team building an OpenData portal, these are questions we’re discussing on a regular basis. I wondered what would happened if I had to build something new from scratch. A few months ago, I made that experiment using Riot and Falcon (eventually not published because I don’t want to maintain it). The goal was to play with technical concepts from these frameworks and to deal with the complexity to serve data from various sources and qualities. My budget was quite constrained with less than ten evenings. After a while, I realized how hard the task was. Not (only) on a User eXperience point of view but because current data are so messy that you can’t easily pick up — even manually — some datasets and make them shine.

Maybe what we need the most is a Chief Data Editor, not a Chief Data Officer. Someone in charge of refining, storytelling and finally caring about the data. And when I say someone, this is actually a whole team that is needed given how ambitious the task is. Indexing data submissions is only the stage 1 of what could be achieved with OpenData and we experienced how limited it is in its externalities. Raw data yesterday, curated data tomorrow?

What if hackathons were not gigantic buzzword bingo sprints. Maybe we can turn these events into marathons. Put together a team for a week that focuses on a unique dataset, not necessarily full-time. The goal is to deliver a usable version at the end of the week and to celebrate what has been accomplished. Turn the shiny investor/mentor crap demo into a useful explanation of dead-ends and tools in use for the clean up that can be useful to the whole community. Curathons, really?!

Another option is to improve data directly at the source. Data is somehow a static API and as such a conversation too! Both producers and consumers of the data would benefit from more communication on how they actually (re)use it, why they are blocked, which are technical/political challenges to provide a better version and so on. The OpenData cannot succeed with the current one-shot approach, it has to be a continuous process.

It takes way more time to understand the actual issues in the lack of reutilizations and maybe it would lead to less datasets released at the end of the day. But hopefully of better quality. And quality matters to lower barriers to (re)adoption. Giving thousands of datasets to a couple of geeks does not produce the same results as giving a hundred of reusable datasets to millions of citizens. Don’t get me wrong, we desperately need geeks to make them reusable in the first place…

October 04, 2016 11:00 AM

October 02, 2016

Christian Fauré

Ainsi parlait vraiment Zarathoustra

Retour sur la figure de Zarathoustra lors de l’Académie d’été 2016 d’Ars Industrialis :

Signaler sur Twitter

by Christian at October 02, 2016 06:20 AM

September 28, 2016

David Larlet

★ Inclusive communities

It’s extremely hard to build inclusive communities. Communities where a stranger can come and take part of the discussion without feeling like a weirdo or an impostor. Communities where members do not feel ashamed of not welcoming newcomers too! From my experience these last weeks — I attended a few technical meetups in Montreal — I can say that it’s always hard to be the one not knowing anybody :-).

A few things I’d give a try as a community:

  • have a dedicated group of very inclusive people at the entrance that targets new people and give some directions, the group can rotate during the event but should be labeled as it one way or another.
  • have a way to identify newcomers, stickers, funny hats, whatever. The community should know that these people will feel lonely for their first time.
  • have a place to introduce yourself as a newcomer before the event for everybody else to know why you’re here and what’s your background.
  • have some kind of “icebreaker” that attributes a voluntary mentor for each new people. Even if that’s symbolic, it’s good to know that there is a person that you can bother during the event.

With these propositions, you will definitely feel more vulnerable as a newcomer. But hopefully, the fact to be explicitly recognized as a new member of the community will drive more care and attention toward you from all the other members. And I hope there are more people willing to include you than to bully you. Otherwise that’s probably not the community you’re looking for anyway.

September 28, 2016 11:00 AM

September 25, 2016

David Larlet

★ Passion et définition

Following your passion is a very “me”-centered view of the world. When you go through life, what you’ll find is what you take out of the world over time — be it money, cars, stuff, accolades — is much less important than what you’ve put into the world. So my recommendation would be follow your contribution. Find the thing that you’re great at, put that into the world, contribute to others, help the world be better and that is the thing to follow.

Don’t Follow Your Passion: Career Advice for Recent Graduates (cache)

J’ai toujours tourné autour de la passion pour me définir numériquement « passionné par le Web », « mon métier est une passion », etc. Je trouve la passion de plus en plus dangereuse et inexacte dans mon cas. J’essaye justement de résoudre des problèmes de manière dépassionnée pour être en mesure d’écouter ceux que je vais tenter d’aider. De la même manière, se passionner pour le Web ou pour un outil est relativement stérile, c’est ce que l’on arrive à en faire qui est exaltant.

Se définir est un exercice extrêmement difficile, j’ai du mal à m’en tenir à une définition technique (cache) ou simpliste (cache) car mon rôle ne se limite pas à résoudre des problèmes mais de manière plus large à en prendre conscience et à avoir l’empathie suffisante pour être pertinent. Quitte à m’y reprendre plusieurs fois. Quitte à ne jamais y arriver. Quitte à devoir le raconter pour pouvoir m’en souvenir. Quitte à faire le deuil de la performance pour bénéficier des externalités de la collaboration. Ces différentes étapes de lâcher-prise sont loin d’être techniques.

La quête de la perfection rend immobile, me dit-il. L’immobilisme est une pulsion de mort. Le bricolage, imparfait, est l’expression du désir. Le geste de jeter au monde une création imparfaite, une idée en développement, un outil plus ou moins bancal. Tout cela. C’est l’expression de la vie, a-t-il dit. Une pulsion de survie.

Hack is life ! (cache)

Cette friction qui existe dans l’imperfection est une piste intéressante. Peut-être est-ce ma pulsion de survie : Générer des imperfections qui tendent vers un monde singulier. Un espace-temps dans lequel chacun aurait le luxe d’expérimenter, de s’accomplir et de rencontrer. Sans forcément juger les expériences des autres (cache), ni poursuivre les mêmes accomplissements. En s’inspirant des imperfections d’autrui pour se remettre en question et pourquoi pas faire un bout de chemin ensemble. Le temps de s’augmenter l’un et l’autre.

On stigmatise les gens qui « ne font rien », en oubliant les gens qui font et « qui ne sont rien », dont l’identité est totalement broyée par leur travail, et qui représentent une part bien plus importante de la société que les premiers nommés. Évidemment qu’il existe un équilibre. Le rechercher passe par des phases d’explorations alternées du faire et de l’être, pour ensuite pouvoir faire en étant, et être en faisant, dans la joie.

[…]

Qui es-tu, quand tu ne fais rien ?

Je suis un fainéant. Ou pas. (cache)

Peut-être que le changement débute par son rapport à l’autre ; auquel on ne commence pas par demander ce qu’il fait dans la vie mais ce qu’il est dans la vie. Très personnel, assez brutal, à tenter :-).

September 25, 2016 11:00 AM

September 22, 2016

Eric van der Vlist

Mon intervention lors de l’inauguration du Retour à la Terre les Champs

Ceci est le texte du discours que j’avais préparé pour mon intervention lors de l’inauguration du Retour à la Terre les Champs. Si les paroles que j’ai prononcé sont sensiblement différentes, les idées sont les mêmes! 18 septembre 2008, 18 janvier 2012, 21 septembre 2016 : huit ans, trois inaugurations, un magasin tous les quatre … Continue reading Mon intervention lors de l’inauguration du Retour à la Terre les Champs

by Eric van der Vlist at September 22, 2016 01:00 AM

September 20, 2016

David Larlet

★ Delivery and value(s)

Edelman said that people tend to trust businesses more than governments, in part because “business gets stuff done” while government is seen as “incapable.” People trust technology companies in particular because “they deliver value.”

Trust in Government Is Collapsing Around the World (cache)

I’m working with the French government for more than a year now in a small team where delivery prevails upon meetings and infinite validations. I clearly understand the motivations to push forward what can be achieved by a government. To be inspired by the startup “culture” might be seen as highly positive. At least at first.

The maintenance remains a problem though. Where startups are delivering value as fast as possible in order to be bought or to raise more money, a government doesn’t have these escape plans. A startup joining the dead pool is acceptable, when you remove or neglect a service from a government it will have a direct impact on citizens. Not quite the same responsibility here. You still have the right and duty to kill a product if it doesn’t find its audience but the measurement is harder to define because it’s not purely based on profit.

The more I work on data.gouv.fr, the more I realize that my goal is not (only) to deliver but to challenge the previous processes and cultures. To show that there are other ways to do some things, another angle to see that particular problem and to communicate on its resolutions. New things to experiment both as a team and an international community.

The goal of a group is not only to deliver value but to challenge current values.

The level of trust within governments should be related to their abilities to question their actions, listen to feedback and adapt. This is way more than to deliver punctually or even continuously value. This is about where we are going. Together.

Optimists explain good things as being personal, general, and permanent, and explain away bad things as being impersonal, specific, and temporary. And if you point out the contradiction in their explanations, they see no contradiction. To them, the bad stuff really isn’t about them, it’s just that one thing that one time.

Optimism (cache)

Maybe turning a culture from pessimism to optimism is “just” a matter of making people aware of a new level of consciousness. A level that is not only personal but includes others for heading towards a new vision for this world. Mocking governments for their incapacity is easy, trying to be part of the long-term solution is way more challenging.

Never forget that a nation is a cooperative that scaled.

Trust is clearly broken these days for many reasons but it cannot be restored without a positive attitude and an incredible amount of energy. Working with a government was (and still is!) quite enlightening to me. If you want to change the world and have a big impact (not my ambition but that’s the top reasons given by my peers), think twice before starting/joining a tax-optimized company with no other goal than being bought by a big one. There is a solution probably closer and healthier for everybody.

September 20, 2016 11:00 AM

★ Delivery and challenge

Edelman said that people tend to trust businesses more than governments, in part because “business gets stuff done” while government is seen as “incapable.” People trust technology companies in particular because “they deliver value.”

Trust in Government Is Collapsing Around the World (cache)

I’m working with the French government for more than a year now in a small team where delivery prevails upon meetings and infinite validations. I clearly understand the motivations to push forward what can be achieved by a government. To be inspired by the startup culture might be seen as highly positive. At least at first.

The maintenance remains a problem though. Where startups are delivering value as fast as possible in order to be bought or to raise more money, a government doesn’t have these escape plans. A startup joining the dead pool is acceptable, when you remove or neglect a service from a government it will have a direct impact on citizens. Not quite the same responsibility here.

The more I work on that project, the more I realize that my goal is not (only) to deliver but to challenge the previous processes and cultures. To show that there is another way to do some things, another angle to see that problem and to communicate on its resolutions.

The goal of a community is not only to deliver value but to challenge current values.

The trust within governments should be related to their abilities to question their actions, listen to feedback and adapt. This is way more than to deliver punctually or even continuously value. This is about where we are going. Together.

Optimists explain good things as being personal, general, and permanent, and explain away bad things as being impersonal, specific, and temporary. And if you point out the contradiction in their explanations, they see no contradiction. To them, the bad stuff really isn’t about them, it’s just that one thing that one time.

Optimism (cache)

Maybe turning a culture from pessimism to optimism is “just” a matter of making people aware of a new level of consciousness. A level that is not only personal but includes others for heading towards a new vision for this world. Mocking governments for their incapacity is easy, trying to be part of the long-term solution is way more challenging.

Never forget that a nation is a cooperative that scaled.

Trust is clearly broken these days for many reasons but it cannot be restored without a positive attitude and an incredible amount of energy. Working with a government is quite enlightening to me. If you want to change the world and have a big impact, think twice before starting a tax-optimized company with no other ambition than being bought by a big one. There is a solution probably closer and healthier for everybody.

September 20, 2016 11:00 AM

September 18, 2016

David Larlet

★ Collaboration debt

There is an old proverb (with many variants) that said:

If you buy quality, you only cry once.

I want to make an analogy with development. Let me rephrase it:

If you collaborate, you only lose time once.

Collaboration is clearly time consuming. You have to explain what you did and why you did it that way to at least another person in the team. Everything is questioned. Pairing is even harder given that you are doing this in real-time. So much time lost “just” by communicating you might think at first. It appears that by sharing your knowledge from the beginning, there are now two developers who are able to transmit that information to other collaborators. Event better, the potential of that transmission is exponential, no more single point of human failure (a.k.a. bus factor). Additionally, the quality of your product increases given that everybody is giving his insights.

Don’t get me wrong, sometimes you have to be fast and/or your resources are highly constrained. The thing you have to remember is that you create collaboration debt that will hit you one way or another. You have to be careful not to go too deep in that coding loneliness if you plan to keep that service for a few years. There are two keys for the success of a product: adoption and evolution. If you favor too much the first at the price of the second you’re doomed. Restarting from scratch is rarely a good option and splitting an unmaintainable monolith is incredibly time consuming and will slow down the evolution way too much to be competitive enough.

A product is the cumulated experience of a team that will be confident enough to make more experiments. And these experimentations are the only way to continue to innovate and stay ahead of copies of your product. I can hardly name a single project in my whole career (solo or not) where I was truly confident on the code base. Today, I let go about that and I focus on the confidence within the team to be able to tackle legacy parts which are core features of the product. Chop them down, remove the clutter, transmit the knowledge and iterate. If a team care about itself and communicate enough, the resulting code will hopefully be more maintainable, aesthetic and pertinent.

September 18, 2016 11:00 AM

September 17, 2016

David Larlet

★ Communities and leadership

I am a member of a community of thinkers.

I believe that communities exist as homes for professionals to learn, teach, and reflect on their work.

I challenge each community in the software industry to:

  • reflect and honor the practitioners who make its existence possible;
  • provide an excellent experience for its members;
  • support the excellent experience its members provide for their clients and colleagues in all aspects of their professional interactions;
  • exemplify, as a body, the professional and humane behavior of its members;
  • engage and collaborate within and across communities through respectful exploration of diverse and divergent insights;
  • embrace newcomers to the community openly and to celebrate ongoing journeys; and,
  • thrive on the sustained health of the community and its members through continual reflection and improvement.

I believe that leaders in each community have a responsibility to exhibit these behaviors, and that people who exhibit these behaviors will become leaders.

I am a member of a community of thinkers. If I should happen to be a catalyst more than others, I consider that a tribute to those who have inspired me.

A Community of Thinkers (cache)

I was re-reading that old declaration lately and the two last sentences bugged me. It seems that I’m not the only one in that case given the extract of the reaction I found on InfoQ (sadly the complete original article vanished since then):

Unlike those who inspired me, I am a practitioner. Agile/Lean/Kanban is secondary to me. My job is to delivery business value and these communities provided tools that helped me do it. As a practitioner I discovered problem that I need to solve. I feed these solutions back to the communities. I AM NOT A LEADER AND I RESIST THE NOTION OF BEING ONE. I would like to think I am a member of ”a community of thinkers”. AND I would like to be respected for the contribution I make to those communities. I would like that community to respect me enough to keep giving me new ideas rather than insist I subscribe to an orthodoxy.

[…]

So what is the difference between Leaders and Leadership?

A leader feels like a commitment (something we only like if we have to):

  • “Do it this way if you want to be part of my club.”,
  • “My way or the highway”,
  • “You’re either with us or against us”

Leadership feels like an option (this is what we like as it allows freedom of choice):

  • “Here is a way you can do it, it worked for me in a certain context.”,
  • “You might want to check out X it seems related to what you’re doing.”

A Community of Thinkers (cache)

I really like that definition of leadership, it reflects my thoughts on mentoring and teaching new things. I wonder how much mentalities have changed during these last 6 years and if the same kind of statement would be different today regarding the evolution of the reflexion about the role of leaders vs. leadership. Maybe we’re heading toward more inclusive and horizontal communities or maybe I’m just a victim of the bubble effect showing me only what I want to agree with.

Because of that personal nature, we wanted to avoid putting our statement up as some kind of manifesto that people can sign. If you feel strongly enough about this statement that you would want to sign up, copy it. Post it on your own site. Attribute it to wherever you got your copy from – the act of sharing is more important to us than the act of creation – and feel free to change it so that it reflects your own values. I don’t think that any statement like this can ever be perfect, nor will we perfectly live up to it.

Ibid., emphase is mine.

Given that the original initiative encourages re-appropriation, here is my personal take on the end of the statement:

I believe that people in each community have a responsibility to exhibit these behaviors, and that people who exhibit these behaviors will create resilient and friendly communities.

I am a member of a community of thinkers. If I should happen to be a catalyst more than others, I consider that a threat for other participants and I would step down. Healthy communities are acentered graphs, not pyramids or silos.

Now I feel like I can be part of a community of thinkers that doesn’t promote leaders as an achievement to look for but as something to fear and be extremely cautious with. From my experience, free thinking is at that price.

September 17, 2016 11:00 AM

September 15, 2016

David Larlet

★ Specifications and APIs

One does simply not generate specifications from code.

Darrell Miller, OpenAPI 3.0 - The evolution of a success story (I cannot remember the exact sentence so I meme-ize it, sorry)

OpenAPI 3.0 is the new rebranded, improved and community-driven Swagger specification, a way to interface an HTTP API. It was interesting to get an overview of what’s new and currently discussed on the specification itself but a question from the audience had all my attention because I felt highly concerned with the work we’re doing at data.gouv.fr using Swagger for the API. The case described — generating the Swa^WOpenAPI file directly from (Python) code — is exactly our process to document the API and even consume it on the JS side.

That was the moment Darrell made a break and explained that you have to take care of your specification/contract; it has to be hand-written, not generated. That’s what killed SOAP with the complexity added by automated generators (and consumers). That made me think about the ascendant relation of an API with the server taking all responsibilities and clients which are accepting constraints. It doesn’t have to be that way. When you write the documentation of your API you take the time to think about the necessity of a given resource or verb. You can define an API based on actual needs from clients. You take the time to check your analytics to deprecate unused resources and so on.

To me an API is a discussion between involved parties. They should share responsibilities and constraints over time like in any relation. There is no such thing as engraved endpoints and we should be better at versioning these relations to lead towards the best paths for both sides. We can avoid performing many requests (cache) for a given action, this is adaptation to a given context but it has to be discussed and constantly challenged. The other way around is something as generalist and unoptimized as GraphQL. Everybody is enthusiast about that shiny-new-Facebook technology because they lack communication skills and they hope that it will avoid that necessary conversation between developers on both ends. It will just add an extra layer of complexity.

That being said, I’ve been a long-time advocate of REST/hypermedia which is another way to avoid that discussion too. Today I’m more inclined to focus on a few pertinent scenarios. Maybe is it related to a change in my personality with more empathy for my peers? :-)

You don’t pay engineers to write code, you pay them to understand subtleties and edges of the problem. The code is incidental.

Ted Dziuba

September 15, 2016 11:00 AM

August 31, 2016

David Larlet

★ Expatriation choisie

si la Terre est ronde, c’est afin que personne ne reste dans son coin. Aussi, personne ne devrait se sentir exotique nulle part. Et pourtant, pour tout immigrant quelconque, c’est bien le sentiment d’étrangeté qui prédomine. L’autre est toujours étrange ; mais quand on s’installe ailleurs, c’est soi qui devient l’autre.

Vivre le Québec libre, Hubert Mansion

Il est difficile de quitter son pays. Autant pour les aspects sociaux et culturels qu’identitaires. Le plus dur n’est pas tant de vider sa maison que de laisser la place pour d’autres relations, d’autres références et d’autres capacités d’adaptation et donc de redéfinition de soi. Arpenter sans dénaturer. Comparer sans juger. Échanger sans convaincre. Explorer sans se perdre.

En contrepartie de cela, les faits divers quotidiens me confortent dans mon choix et ce même en maintenant une diète d’information assez stricte. Le fait de continuer à lire Twitter malgré tout n’aide pas, peut-être une étape de plus à franchir prochainement dans ma déconnexion avec la France.

Il y a une certaine lâcheté à quitter le navire au moment où chaque action semble faire osciller la balance. Cependant, je souhaite profondément accompagner un enfant dans des conditions où ne prédominent pas la haine et la violence à l’égard de la différence. Un lieu qui soit bienveillant sans être aseptisé pour autant. L’équation est complexe.

Demain l’avion décolle vers un inconnu plein de vitalité, de nouvelles rencontres et d’expériences hasardeuses. Avec trois valises (et un vélo) pour tout bagage. L’occasion de réacquérir une certaine légèreté et de reconsidérer l’approche minimaliste.

August 31, 2016 11:00 AM

July 28, 2016

David Larlet

★ L’illusion sociale

Semblables à ces chrétiens qui parlent indéfiniment de Dieu, du christianisme et de leur foi, parce que s’ils s’arrêtaient de parler, ils se trouveraient devant un vide immense, nous parlons sans fin de politique pour couvrir inconsciemment le vide de la situation. […] Le progrès, c’est recevoir cette extrême puissance, cette part mythique d’une souveraineté théorique qui consiste à se déposséder de ses décisions au profit de quelqu’un qui les prendra à votre place. Le progrès, c’est lire le journal.

[…]

Celui qui dans notre société se tient sur la réserve, ne participe pas aux élections, tient les débats politiques et les changements de constitution pour superficiels et sans véritable prise sur les véritables problèmes de l’homme, celui qui sait bien que la guerre d’Algérie l’atteint dans sa chair ou celle de ses enfants, mais ne croit pas que déclarations, motions et votes y changeront quoi que ce soit, celui-là sera jugé le plus sévèrement par tous. C’est le véritable hérétique de nos jours. Et la société l’excommunie comme l’Église médiévale le sorcier. Il est un pessimiste, un stupide (car il ne voit pas les relations très profondes et secrètes du jeu politique), un défaitiste qui se courbe devant la fatalité, un mauvais citoyen : assurément si tout va mal, c’est à cause de lui, car s’il faisait preuve de civisme, le votre serait valorisé (il ne suffit pas de 80 % de votants, non, il faut 100 % !) et la démocratie serait effective ! Les jugements pleuvent sur lui, autant jugements d’efficacité, que jugements moraux, et même psychologiques (car l’apolitique est forcément un paranoïaque ou schizophrène). Enfin, condamnation dernière en notre temps ; ce ne peut être qu’un réactionnaire.

L’illusion politique par Jacques Ellul.

Là où la religion avait une portée internationale, la politique se restreignait déjà au niveau national et le social réduit encore davantage les ambitions humaines en se limitant à un groupe local faussement distribué par les réseaux sociaux. On ne lit plus les journaux pour faire de la politique, on dépile ses timelines pour interagir socialement.

Des réseaux entre privilégiés qui conspuent d’autres privilégiés, qui s’apitoient sur la misère du monde avec des milliers de like et de retweets en la piétinant par ailleurs. Ivre d’un effet de masse sans aucune incidence si ce n’est celui d’avoir créé une nouvelle profession, celle de community manager.

Très superficiellement l’homme moderne désire être informé de la dernière actualité parce qu’elle est une source de prestige incontestable dans un groupe. Pouvoir annoncer aux autres ce qu’ils ignorent, entrer dans ce personnage légendaire du porteur de nouvelles, être celui qui a la supériorité d’être mieux informé, et plus encore celui qui détient un secret, qu’il va transmettre à d’autres, attendant leur réaction, attendant leur surprise, avec cette distance possible de celui qui sait, et qui par là même peut mettre en question ceux qui ne savent pas encore. Quelle affirmation de maîtrise ! Dans un monde avide de nouvelles comme le nôtre, être celui qui sait et qui transmet est une participation aux forces souveraines, c’est pourquoi l’homme actuel cherche à être le premier informé.

L’illusion politique par Jacques Ellul.

Ce que Jacques Ellul décrivait en 1965 n’a finalement fait l’objet que d’une amplification liée à la mise en réseau à une échelle plus large permise par le Web. Une gigantesque captation d’attention en guise d’intelligence collective, chacun essayant d’être le porteur de nouvelles de ses communautés. C’est l’une des raisons pour laquelle j’ai arrêté de publier quotidiennement cette année.

Quelles faiblesses veut-on cacher via cette recherche de supériorité ? Quel manque social nous pousse à en chercher ailleurs ? Quel lien familial brisé souhaite-t-on remplacer ?

Il y a peut-être abus à parler de « transmission horizontale » pour parler de cette puissante force de socialisation des jeunes qui semble aujourd’hui faire obstacle à la transmission : la socialisation par les pairs ou par les moyens de communication de masse. Il faudra en revanche aborder la véritable nature de cet obstacle supposé, car il est partie prenante du sentiment de « crise de la transmission ». Peut-on dire, comme cela se répète à l’envi dans les travaux contemporains, que nous sommes passés de la transmission verticale à la transmission horizontale, autrement dit « des pères aux pairs » ? L’importance accordée à la socialisation par les pairs contribue à maintenir dans l’ombre le rôle de la transmission familiale.

Transmettre, apprendre par Marie-Claude Blais, Marcel Gauchet et Dominique Ottavi.

Ces deux formes — pair-à-pair vs. (p|m)ère-à-fil(s|le) — sont-elles vraiment complémentaires alors que l’attention est limitée par le temps ? Les membres de la famille deviennent-ils des pairs comme les autres ?

Après avoir monétisé l’attention, on s’en prend aujourd’hui à l’occupation. Pokémon GO n’est que le début d’une perte de l’être avec vers celle du faire avec. L’intermédiaire social est loin d’être neutre dans cette relation guidée par une main invisible qui a des impacts bien réels.

J’ai déjà parlé de l’épuisement des colibris, en monétisant l’occupation on passe un cap dans notre incapacitation à agir ensemble à des fins bien supérieures à celles du profit. En jouant sur les affects joyeux intrinsèques (cache) chers à Frédéric Lordon, on n’enrôle plus seulement la force de travail des salariés mais celle de toute la population ce qui représente une main — qui soutient un smartphone — d’œuvre gratuite bien plus conséquente.

Ce manque de bien commun tangible conduit à des super-structures violentes et sans âme. L’État est une SCOP qui a mal tournée. C’est le passage à l’échelle de ce qui ne peut passer à cette échelle auquel cas le lien social s’en trouve rompu.

Confondre communication et relation serait extrêmement préjudiciable à la reconquête d’un temps réel, convivial et solidaire, dont des êtres de plus en plus nombreux ressentent la nécessité vitale. Un lien social tangible dans la sphère de vie de chacune et de chacun de nous ne peut être aboli sans un immense préjudice. Les outils de la communication, de la commande à distance et de l’information auront toujours une grande mémoire, mais jamais de souvenirs. Renforcent-ils les liens sociaux, ou ne font-ils que connecter des solitudes ?

Vers la sobriété heureuse, Pierre Rabhi

Je me pose de plus en plus la question. Le nuage se remplit chaque jour un peu plus de nos relations sans pour autant nous faire profiter de la pluie de souvenirs associés. Les échanges deviennent aussi éphémères que les réflexions qui en découlent.

Observez vos dernières notifications (ou flatulences numériques comme j’aime les nommer maintenant tant elles sont dérangeantes pour l’entourage), combien se rapportent à un individu, combien se rapportent à une entreprise, combien enfin décrivent une action ou une réflexion collective ? Le lien social numérique n’est qu’une suite de micro-interactions décousues qui ne peut mener au vivre ensemble. Un réseau social ne peut survivre sans des échanges longs.

Le lien social existe toujours, voire même davantage avec l’arrivée du numérique, qui permet des rencontres inattendues. Les algorithmes font des suggestions, qui peuvent être pertinentes et intéressantes, mais que l’on n’est pas obligé de suivre. Il n’y a aucune obligation à être sur Facebook, et encore moins à en faire sa principale porte d’entrée sur le web (je le déconseille même fortement). La construction de la pensée ne s’y fait pas, même si c’est un canal de diffusion non négligeable.

Pour penser la "disruption" numérique, il faut y plonger (cache)

Qu’est-ce qu’un lien social si ce n’est co-construire de la pensée ? Est-ce que le divertissement suffit vraiment à certaines personnes ? Quelles addictions viennent combler ce vide de sens ? C’est ce qui me semble être une illusion sociale bien orchestrée.

En refusant ces services, je me marginalise. De manière militante et volontaire même si cela m’affecte de ne plus participer à certaines discussions. Je me retire d’un espace de vie qui est passé du PMU aux Galeries Lafayette. Et je ne parle même pas de la surveillance associée (cache).

L’émergence de ce qu’on appelle le web 2.0 fut à la fois une idéologie et une stratégie d’accumulation du capital : il a promis de nouveaux profits énormes, ce qui a permis d’attirer de nouveaux investisseurs financiers. Il a promis un Internet participatif de « prosommateurs », une publicité de plus en plus ciblée et une exploitation du travail numérique accrue à travers le crowdsourcing, qui a vu son heure de gloire dans le soi-disant « nouveau réseau (new web) ». Google et Facebook ne sont pas des entreprises de communication mais les plus grandes agences publicitaires du monde. Les « réseaux sociaux », c’est de la publicité ciblée.

Internet et lutte des classes (cache)

Le problème n’est pas tant que les fins soient lucratives mais ce que les personnes en capacité de décider sont prêtes à faire pour augmenter cette rentabilité. L’opinion publique semble être très facile à manipuler lorsqu’on a une telle force de frappe. Peut-être l’avons-nous déjà été à notre insu sous couvert d’un bug dans une mise à jour algorithmique.

As one colleague in tech explained it to me recently, for most people working on such projects, the goal is basically to provide for themselves everything that their mothers no longer do.

Solving All the Wrong Problems (cache)

Peut-être qu’un jour les trentenaires en manque d’affection et d’attention n’essayeront plus de recréer leur Mother-as-a-Service. Peut-être que les entrepreneurs qui ne rêvent que d’impact et d’échelle se rendront compte que l’on peut diversifier les impacts en restant à petite échelle et en liant les externalités positives générées. Peut-être que les citoyens prendront conscience qu’un faire commun n’est pas une urne. Peut-être qu’il faut dépasser la relation sociale pour aller vers une relation locale multi-directionnelle.

July 28, 2016 11:00 AM

July 27, 2016

David Larlet

★ Pratique et expériences

J’ai de plus en plus de mal avec le fait de pratiquer. Il y a une forme de répétition bête et appliquée dans la pratique qui me dérange. Je préfère considérer que je fais des expériences.

Par exemple pour le sport, je ne me considère pas comme un pratiquant ou un « sportif » mais comme un expérimentateur avec mon corps. Chaque sortie est une nouvelle occasion de tester des choses et d’analyser ce que cela m’apporte. Vouloir appliquer des techniques ou des programmes établis par d’autres me semble être un non-sens dans mon cas car ce sont justement ces expériences qui rendent ces séances aussi stimulantes.

Il en va de même pour le code où l’on retrouve cette dualité entre frameworks et patterns. Dois-je réutiliser les expériences des autres ou acquérir ces savoir-faire par moi-même ? C’est la même chose pour l’agilité ou les arts martiaux avec la notion de ShuHaRi, j’ai d’ailleurs de plus en plus tendance à parler d’expériences agiles plus que de pratiques.

Il est certain que l’expérimentation prend bien plus de temps. Il me faut deux ans pour sentir un nouveau sport, probablement autant pour intégrer un nouveau concept de programmation. Mais par contre au terme de cette période, la sensation n’est clairement pas la même et j’ai le luxe de pouvoir m’octroyer ce temps.

Une autre considération qu’il faut avoir en tête, c’est le fait que la pratique évolue continuellement avec ces suites d’expériences et cette impermanence est salutaire pour prendre conscience de sa propre capacité de résilience. La vieillesse est un déni de cette adaptabilité.

July 27, 2016 11:00 AM

July 12, 2016

David Larlet

★ État et violence

Cette autonomie du politique se caractérise, comme l’a dit Max Weber, par le fait que la loi particulière de l’État moderne, c’est la violence. […] Dans le monde actuel, l’État n’est pris au sérieux que s’il est menaçant, et que s’il se défend dans une lutte à mort contre ce qui le met en question.

[…]

Le fait singulier de l’État, c’est que la violence est pour lui devenue monopole. « L’État moderne est un groupement de domination de caractère institutionnel qui a cherché à monopoliser dans les limites d’un territoire la violence… » ; L’État exclut la violence des autres groupes : il n’est plus convenable qu’un syndicat, qu’un parti, qu’un clan agisse par la violence ; cela est encore moins convenable de la part d’un individu : il ne serait plus qu’un criminel. Il y eut pendant longtemps hésitation à l’égard des groupes. Mais de nos jours nous voyons bien que précisément parce que des groupes prétendent utiliser encore ce moyen, la réaction de l’État se fait plus dure, plus rigoureuse. La police devient un élément décisif, et nécessairement incontrôlé. […] La violence est donc contrainte légitime lorsqu’elle est exercée par l’État légitime, mais l’État est légitime lorsqu’il se maintient aussi par la violence.

[…]

Le droit est observé par l’État lorsqu’il ne se passe rien, sans quoi sera proclamé l’état d’urgence, ou de tension, etc., pendant lequel sera créé un droit d’exception ! […] Autrement dit quand l’État est mis à même par les circonstances d’employer la force, il ne tient plus jamais compte du droit, et nous nous trouvons en présence de la violence nue, quitte, bien entendu, à légitimer par la suite l’usage de cette violence.

[…]

Oui, mais enfin, dit-on, il y a quand même la réaction du citoyen sur laquelle on doit pouvoir compter. C’est justement le devoir politique du citoyen de s’élever au nom de la morale… et du droit en face de cette attitude de l’État ; c’est lui qui doit être la limite vraie de la violence ! Nous pouvons ici seulement dire : Ce citoyen, c’est celui dont nous avons parlé au chapitre précédent, plongé dans l’actualité, déconcerté, incapable d’une réflexion politique véritable, etc. Qui plus est, ou bien ce citoyen ne s’intéressera pas aux problèmes politiques, auquel cas il ne sera pas limite envers l’État, mais simple objet, ou bien le citoyen entre dans le jeu politique, et il est alors de nos jours, bien plus qu’un citoyen, un partisan, un militant.

[…]

Dire que l’État ne devrait pas employer la violence, c’est simplement dire qu’il ne doit pas être l’État. C’est le même problème avec la guerre. […] Les lois de la guerre s’imposent en réalité quand il n’y a pas de guerre. Car la seule loi de la guerre, c’est de la gagner. Dans ces conditions, et sans entrer dans la discussion, nous pourrons donc dire que toute guerre est injuste, toute violence condamnable. Mais cela est l’affaire du moraliste, de l’individu, l’État ne peut absolument pas juger ainsi. Il se condamnerait simplement à disparaître, et serait remplacé par un autre État qui n’hésiterait pas. Rappelons la pensée de Marx sur la démocratie, qui n’est un régime acceptable que parce qu’elle n’ose pas employer ses moyens de violence, étant paralysée par ses scrupules. Et donc, dit Marx, c’est l’État le plus facile à renverser.

[…]

Car nous pouvons poser comme un principe décisif que plus la puissance grandit, plus les valeurs se dissolvent.

L’illusion politique, Jacques Ellul.

L’extrait est long et malgré sa publication en 1965 encore incroyablement pertinent. Il y a des auteurs dont je pressens l’importance dans mes réflexions et que j’essaye de ne pas approcher trop tôt malgré les multiples recommandations, Jacques Ellul en fait partie et je suis content de pouvoir l’aborder aujourd’hui grâce à Thomas.

Comment créer des communautés à une échelle qui permette de conserver les valeurs bien présentes ?

La quête d’une vie de non-violent.

Poursuite de réflexion quelques jours plus tard à la lecture d’un commentaire chez calimaq (cache) :

Le capitalisme n’aurait jamais pu éclore dans le cadre de la disparition de la société agraire. Celle-ci est un besoin pour ce système, mais c’est essentiellement les nouvelles technologies liées aux armements, notamment le canon, qui ont permis l’essor de ce système car il a fallu dans le cadre d’une armée de métier pourvoir aux besoins de cette armée ; besoins alimentaires et industriels. La disparition des communs s’est fait dans ce cadre-là.

L’initiateur du capitalisme ne serait donc pas « Le premier qui, ayant enclos un terrain » mais « Le premier qui, ayant voulu défendre un terrain » d’où la nécessaire violence intrinsèque de cette protection du capital par un enclos humain qu’il a fallu alimenter qui remonte à ses origines… mais ce sera l’objet d’un futur billet.

July 12, 2016 11:00 AM

July 11, 2016

David Larlet

★ Domaines et expatriation

Unsurprisingly, the nameservers for top-level TLDs don’t actually change all that often. 98% of the requests root DNS servers receive are in error, most often because of broken and toy clients which don’t properly cache their results. This became such a problem that several root DNS operators had to spin up special servers just to return ‘go away’ to all the people asking for reverse DNS lookups on their local IP addresses.

The TLD nameservers are administered by different companies and governments all around the world (Verisign manages .com). When you purchase a .com domain, about $0.18 goes to the ICANN, and $7.85 goes to Verisign.

The History of the URL: Domain, Protocol, and Port (cache)

C’est une question que je m’étais déjà posée en allant au Japon et la solution temporaire avait été d’utiliser larlet.com pour publier mes pensées en anglais (réunifiées ici depuis). Dans le cas du Canada, la problématique est légèrement différente car le départ est a priori définitif, ou en tout cas pour une durée indéterminée. Or les .fr doivent être détenus par des résidents français croyais-je avant de tomber sur :

L’AFNIC ouvre aujourd’hui le .fr aux français résidents à l’étranger. Jusqu’à présent le titulaire d’un nom de domaine en .fr devait posséder une adresse en France. Le processus actuel d’enregistrement et de vérification des personnes physiques est conservé : Il n’y a pas de nouveaux tests techniques lors de la saisie, ceci afin d’alléger au maximum les vérifications géographiques des titulaires des noms de domaine ; La vérification d’éligibilité est réalisée par l’AFNIC auprès des bureaux d’enregistrement en charge du nom de domaine : le contact administratif a une obligation de présence sur le territoire ; cette vérification d’éligibilité est déclenchée sur plaintes extérieures et dans le cadre de vérifications aléatoires. Cette nouvelle mesure était déployé sur le banc de test depuis le 2 mars. Dorénavant sur le banc de production, le code pays à renseigner pour un titulaire personne physique n’est plus limité aux codes pays français (FR, RE, MQ, GP etc.). Si vous rencontrez des difficultés, n’hésitez pas à nous contacter à support@afnic.fr La charte de nommage a été modifiée afin d’intégrer cette nouvelle disposition : Charte de nommage pour les noms de domaine .fr (200 Ko)

Français résidents à l’étranger sur le banc de production

Qui date malheureusement de 2010 et dont la charte n’est plus liée… et qui nécessite toujours d’avoir un contact administratif résidant en France. Dans l’article 5.1 de la charte de l’AFNIC actuelle (qui ne semble pas posséder de version HTML !) on peut y lire :

88. Peuvent demander l’enregistrement ou le renouvellement d’un nom de domaine, dans chacun des domaines de premier niveau, toutes personnes physiques résidant et toutes personnes morales ayant leur siège ou établissement principal :

  • sur le territoire de l’un des états membres de l’union européenne ;
  • sur le territoire des pays suivants : Islande, Liechtenstein, Norvège, Suisse.

Charte de nommage de l’Association française de nommage internet en coopération (cache)

Du coup je me demande bien dans quelle mesure ma détention du domaine larlet.fr reste légale si je deviens résident permanent canadien. Peut-être que Stéphane saurait m’éclairer sur le sujet. Quoi qu’il en soit, les extensions génériques sont moins problématiques si vous avez la bougeotte :-).

Au passage, il est intéressant d’aller voir les conditions d’accès à un .quebec :

Tout le monde peut obtenir un .QUEBEC. Pour vous enregistrer, renouveler ou transférer un nom de domaine .QUEBEC, vous devez être une personne physique ou une personne morale ayant un lien avec la communauté du .QUEBEC. Ceci signifie que vous, tout comme votre registraire, devez être en mesure de démontrer un lien ou un intérêt raisonnable envers la communauté, au moment de l’enregistrement et tout au long de sa durée de vie utile. Le lien à la communauté peut être de nature linguistique, culturelle, touristique, commerciale ou de toute autre nature, dans la mesure où il est favorable et non préjudiciable à la collectivité québécoise. Contactez votre registraire pour plus d’informations ou consultez la liste des registraires accrédités.

Qui peut obtenir un .QUEBEC ?

Et Gandi — qui le propose à 31,90€ par an — affiche :

Les .QUEBEC sont ouverts à toute personne ayant un lien avec la communauté québécoise, ce lien peut être de nature linguistique, culturelle, touristique, commerciale ou de toute autre nature dans la mesure où il est favorable et non préjudiciable à la communauté québécoise.

Lors de l’enregistrement, vous devez indiquer la raison de votre enregistrement et l’utilisation projetée de votre nom de domaine, vous pouvez également expliquer votre lien avec la communauté québécoise.

Une infobulle sur Gandi.net

Je serais curieux de savoir qui est en mesure de juger de ce lien ou intérêt et avec quelle fréquence. Quoi qu’il en soit, l’appartenance à une nationalité me semble de plus en plus désuète et dommageable.

Me considérant comme un citoyen du monde, je n’envisage plus une extension qui ne reflète pas cette motivation.

L’envie de publier en anglais me reprenant de manière cyclique, je ré-envisage l’usage du .com mais il faudrait que je le transfère sur Gandi auparavant. Nomad URIs do change!

July 11, 2016 11:00 AM

June 20, 2016

David Larlet

★ Code reviews croisées

« Le processus de rationalisation donne ses pouvoirs à l’expert, mais les résultats de la rationalisation les limitent. Sitôt qu’un domaine est sérieusement analysé et connu, sitôt que les premières intuitions et innovations ont été traduites en règle et programme, le pouvoir de l’expert tend à disparaître. En fait les experts n’ont de pouvoir social réel que sur le front du progrès, ce qui signifie que ce pouvoir est changeant et fragile… », et leur pouvoir serait de plus en plus fragile « dans la mesure où les méthodes et programmes auxquels science et technologie parviennent peuvent être utilisés et dirigés par des gens qui ne sont plus des experts… »

Jacques Ellul dans L’illusion politique citant Crozier dans Le phénomène bureaucratique

J’ai fait appel à Anthony pour faire une revue de code sur un bout de JavaScript que j’estimais de faible qualité. La semaine précédente, Stéphane nous demandait avec David d’effectuer une revue de code plus haut niveau sur le code de MultiBàO. Ces code reviews croisées permettent d’augmenter la qualité d’un code de façon impressionnante. La pratique de la revue de code dans le cadre d’une collaboration technique au sein d’une équipe peut mener à une certaine monotonie mais le simple fait de demander à quelqu’un d’externe permet de prendre du recul sur la pertinence de ce que l’on a développé, sur sa compréhension par un nouveau venu et sur la façon que l’on a de le tester. Je vois cela comme de la pollinisation technique, un moyen de faire monter en compétence et en curiosité ses pairs.

La revue de code en elle-même m’a permis d’identifier certains patterns dans ma façon de coder et d’être plus vigilant sur ces points à l’avenir. C’est une chose qui est déjà identifiable au sein d’une équipe mais qui tend à être moins remontée à la longue par habitude et manque d’attention. Autre problématique que l’on a en interne, on est trop peu nombreux pour pouvoir imposer plusieurs revues par pull-request ce qui endommage la qualité, idéalement je pense qu’il en faudrait deux ou trois. Enfin un œil nouveau permet de revoir la façon de documenter le pourquoi ce qui est difficile lorsque toute l’équipe sait de quoi est-ce qu’il est question.

Ces expériences me donnent envie d’aller plus loin dans ces échanges croisés. Est-ce qu’il faut vraiment essayer de passer à l’échelle ? Est-ce qu’il faut une charte (bienveillance, respect, etc) ? Est-ce qu’une monnaie virtuelle est nécessaire pour ce troc ? Est-ce qu’il faut un service pour centraliser l’index ? (DAO (cache) ? :-p) Est-ce que d’autres personnes seraient intéressées ? Est-ce que d’autres projets auraient le même besoin ? J’ai encore beaucoup de questions sur le sujet mais je sais que je peux déjà m’engager à titre personnel sur 2 à 3 revues Python/ES6 sur ces prochaines semaines si vous êtes motivés. Un bon moyen de tester la formule. La seule contrainte que je me mets c’est de pouvoir le faire sur du code en open-source sur cette première itération. Envoyez-moi vos PR/MR/autres ! :-)

Mais M. Crozier me semble assimiler à tort l’expert et le technicien. Sans doute l’expert est appelé, incidemment, pour donner son avis dans une situation d’incertitude. Mais le rôle du technicien, qui d’ailleurs peut aussi être appelé comme expert, ne se limite pas à cela. Or, ce n’est pas parce que la situation cesse d’être incertaine que l’influence du technicien diminue. Et nous sommes très loin d’une diffusion aisée et simple des techniques !

Ibid.

Anthony me signale en meta-review ce qu’avait fait Tarek à ce sujet (cache).

June 20, 2016 11:00 AM

June 17, 2016

David Larlet

★ JavaScript, promesses et générateurs

Conceptually that’s a much cleaner and easier to understand process than what happens when promises are chained multiple times. If you’ve ever tried to understand just how a promise chain is wired up, or explain it to someone else, you’ll know it’s not so simple. I won’t belabor those details here, but I’ve previously explained it in more detail if you care to dig into it.

The sync-async pattern above wipes away any of that unnecessary complexity. It also conveniently hides the then(..) calling altogether, because truthfully, that part is a wart. The then(..) on a promise is an unfortunate but necessary component of the Promise API design that was settled on for JS.

Promises: All The Wrong Ways (cache)

À la lecture de cet article et utilisant fetch avec son polyfill sur les projets Etalab, j’ai décidé d’expérimenter ce qui pouvait être fait à base de générateurs pour éviter d’enchaîner les promesses. Ce billet technique sur JavaScript (encore !) n’est pas une introduction à l’objet Promise mais un usage possible, si vous n’avez jamais manipulé ça risque d’être un peu difficile à comprendre. Si vous êtes familier avec les générateurs Python ça peut aider :-).

Prenons un exemple classique où vous voulez récupérer des données depuis une API HTTP :

const url = 'http://httpbin.org/get'
fetch(url)

Jusqu’ici tout va bien mais dès la prochaine ligne ça se complique car il va falloir gérer les codes d’erreurs à la main :

function checkStatus (response) {
  if (response.status >= 200 && response.status < 300) {
    return response
  } else {
    const error = new Error(response.statusText)
    error.response = response
    throw error
  }
}

Ici on ne retourne la réponse que si elle est en 2XX et sinon on lève notre propre erreur. On peut maintenant enchaîner l’exécution de cette fonction au retour de notre fetch :

.then(checkStatus)

Puis récupérer la réponse sous forme de JSON :

.then((response) => response.json())

Et enfin faire quelque chose d’utile avec :

.then((jsonResponse) => {
  // Do something with the jsonResponse.
})

Si vous en restez là en cas d’erreur vous n’avez pas de moyen de savoir ce qu’il se passe, il ne faut jamais oublier d’ajouter un catch à vos chaînes de promesses :

.catch(console.error.bind(console))

Ici on fait le minimum en affichant un message dans la console. Investiguer des bugs liés à de l’asynchrone peut rapidement s’avérer être prise de tête si vous ne prenez pas ces précautions. Au même titre, ne mélangez jamais différentes implémentations des promises sous peine de devoir re-standardiser ensuite toutes vos promesses via Promise.resolve(promesse)

Donc au final notre promesse chaînée complète ressemble à :

fetch(url)
  .then(checkStatus)
  .then((response) => response.json())
  .then((jsonResponse) => {
    // Do something with the jsonResponse.
  })
  .catch(console.error.bind(console))

Ça reste lisible mais c’est loin d’être idéal, je vous laisse aller lire l’article en intro (cache) pour les différentes raisons.

En utilisant un générateur, je suis arrivé à ce résultat :

run(fetchJSON, url)
  .then((jsonResponse) => {
    // Do something with the jsonResponse.
  }, console.error.bind(console))

Qui est finalement la seule logique métier qui m’intéresse. Un seul .then() permettant de gérer le fulfilled/rejected directement en paramètre sans passer par le .catch(). Ensuite notre fetchJSON est un générateur * :

function * fetchJSON (url) {
  const rawResponse = yield fetch(url)
  const validResponse = yield checkStatus(rawResponse)
  return validResponse.json()
}

Proche de la syntaxe Python, on retrouve le mot-clé yield qui sert à récupérer les différents éléments de l’itérateur généré. Ici il y a exactement le même traitement que précédemment de manière un peu plus explicite à mon goût. Il reste à définir notre runner :

function run (generator, ...args) {
  const iterator = generator(...args)
  return Promise.resolve()
    .then(function handleNext (value) {
      const next = iterator.next(value)
      return (function handleResult (next) {
        if (next.done) {
          return next.value
        } else {
          return Promise.resolve(next.value)
            .then(
              handleNext,
              (error) => {
                return Promise.resolve(iterator.throw(error))
                  .then(handleResult)
              }
            )
        }
      })(next)
    })
}

Ici c’est la gestion des erreurs qui rend le script un peu velu mais en gros ça suit l’itérateur créé à partir du générateur de manière récursive en retournant des promesses (de promesses (de promesses (etc))). C’est là où se cache maintenant la complexité de vouloir faire de l’asynchrone séquentiel. L’avantage c’est que c’est localisé et réutilisable ensuite pour toutes vos séquences. En attendant async/await (cache). Ou pas (cache).

Le gros point noir dans tout ça, c’est lorsque vous tentez la conversion en ES5 avec Babel. Vous devez utiliser babel-polyfill qui rajoute immédiatement 300Kb à votre joli code… ce qui est envisageable côté serveur ou pour une application complète devient rédhibitoire pour une simple bibliothèque. Même si on ne va au final pas l’utiliser pour cette raison là, ça aura été une incursion intéressante dans l’univers asynchrone de JavaScript en attendant que les fonctionnalités d’ES6/ES7 soient davantage implémentées nativement.

Je suis un débutant en JS donc n’hésitez pas à me faire vos retours si j’ai raconté des bêtises !

June 17, 2016 11:00 AM

June 01, 2016

David Larlet

★ Instantané Scopyleft

L’avenir des entreprises est d’être en réseau, de proposer des services en pair à pair, d’être des plateformes distribuées et autogérées. La nature change plus lentement que la culture, la gouvernance ou la technologie. Les entreprises connectées sont appelées à être agiles, “glocales”, basées sur l’humain… Les institutions de demain doivent devenir des systèmes vivants. Elles doivent se penser comme des systèmes d’exploitation avec lesquels les gens peuvent contribuer… Elles doivent coder leurs valeurs dans leur mode d’organisation même.

Reste à savoir comment. Dans cette présentation qui déroulait tous les mots clefs attendus… chacun pouvait surtout piocher ce qu’il voulait entendre, sans pour autant partager les mêmes valeurs.

A la croisée des économies collaboratives (cache)

J’ai beaucoup de questions relatives à scopyleft lors des évènements et rencontres. Il s’agit de quelques réponses valides à cet instant t et j’insiste sur l’instantanéité car cette coopérative est un cadre de travail vivant.

Ce qui suit n’est pas un guide mais un exemple de ce qui peut être fait. Je ne sais pas si c’est généralisable ni même reproductible, encore moins si c’est souhaitable.

Emploi

Il y a souvent confusion sur ce qu’est scopyleft pour moi et on me demande si je suis passé par la SCOP pour travailler avec Mozilla puis Etalab ou indépendamment en direct. Scopyleft est ma seule entreprise et je suis content de participer à ce projet. Ce n’est pas un regroupement d’indépendants ou une structure artificielle pour faire plus gros dans les appels d’offres.

C’est notre coopérative que l’on cultive depuis plus de trois ans, elle est le reflet de notre perception du travail.

Quotidien

Vincent est travailleur itinérant depuis plus de deux ans, Stéphane a franchi le pas cette année. Autant dire que l’on ne se croise pas tous les jours :-). On profite des conférences comme Mix-IT ou SudWeb dernièrement pour se retrouver physiquement et passer du temps ensemble. C’est l’occasion de se synchroniser sur les projets et de s’aligner sur certaines décisions. Le reste du temps on utilise d’autres moyens de communication (messagerie instantanée et visioconférence).

Notre quotidien n’est pas pour autant exclusivement solitaire sachant que l’on coopère pas mal avec des personnes extérieures à la SCOP : Etalab, UT7 ou Claude Aubry par exemple.

Argent

C’est souvent cette question qui fait vriller l’interlocuteur alors je vais essayer de détailler. Tout ce que l’on facture atterri dans un pot commun qui est là pour faire vivre la coopérative et ses membres. Cette entrée d’argent — parfois personnelle (voir paragraphe suivant) — est indépendante des salaires. Les salaires sont consentis par les trois employés à hauteur de leurs besoins ressentis. Nous avons longtemps été à salaires égaux mais ce n’est plus du tout le cas, les rémunérations peuvent évoluer dans le temps et les dividendes (lorsqu’il y en a) tentent d’équilibrer cela. Nous ne nous épuisons pas à capitaliser plus.

Une relation saine à l’argent ne peut se faire que dans la confiance et la bienveillance.

Collaboration

Je travaille actuellement avec Vincent sur certains projets, j’ai participé à des conférences avec Stéphane, je maintiens un autre projet en solo et on expérimente chacun dans nos domaines respectifs pas forcément rémunérateurs (accompagnement, enseignement, bien-être, etc).

On n’essaye plus de s’imposer la collaboration mais on l’encourage en fonction de la motivation et de l’énergie à ce moment là. C’est assez éloigné de ce que l’on a cherché à faire par le passé en travaillant tous ensemble régulièrement.

Horaires

On ne comptabilise pas les heures de travail ou les vacances. Ça peut sembler être une entorse violente au code du travail mais on préfère s’en référer à notre bien-être ressenti. Si l’un de nous a besoin de prendre une semaine ou un mois off il les prend. Si l’un de nous a besoin de passer une année à mi-temps pour découvrir son fils il le fait. Si l’un de nous souhaite explorer un pays sans être sûr d’y trouver une connexion on fait avec.

Tout cela indépendamment de la rémunération que l’on estime être un besoin non indexé sur la force de travail.

Inspiration

A les entendre témoigner, on voit bien que ces formes organisationnelles se cherchent en avançant, qu’elles expérimentent, testent, essayent. C’est certainement lié au fait que ces “nouvelles méthodes” sont peu documentées, nécessitent d’être adaptées et qu’elles ne sont pas si simples à mettre en place et à faire perdurer face à des organisations qui évoluent sans cesse, notamment quand elles sont petites et qu’elles veulent demeurer agiles.

Travailler de manière collaborative, oui ! Mais comment s’organiser ? (cache)

On me demande régulièrement aussi si ça ne se rapproche pas de X (X pouvant être l’Holacratie, le salaire à vie ou autre). Peut-être. Les sources d’inspiration sont nombreuses mais l’on n’essaye pas d’appliquer une méthode à la lettre. Au même titre que l’on n’applique pas Scrum mais on expérimente dans une culture agile. On itère et on recrée le cadre s’il le faut. La différence permet de chercher ses propres solutions.

Voilà certaines raisons pour lesquelles j’ai du mal à envisager de quitter scopyleft même si c’est pour m’intégrer dans une nouvelle culture. J’ai l’impression d’être allé beaucoup trop loin dans ma relation au travail pour pouvoir revenir en arrière sans faire une dépression ! C’est aussi pour cela que je me sens très loin de certaines discussions et relations liées au travail que je ne peux (mal)heureusement plus vivre. Il n’y a plus de bouc-émissaires autres que nos propres contradictions, le travail devenant une matière à part entière que nous explorons ensemble.

Il faudra que je vous parle d’éducation un de ces jours, j’ai le sentiment d’être dans le même type de dimension parallèle…

June 01, 2016 11:00 AM

May 28, 2016

David Larlet

★ SudWeb 2016

Beaucoup d’inventions utiles n’ont pas été le fruit d’un problème. Penser « positif », c’est peut-être juste ça : laisser tomber les problèmes et rêver un peu…

4 changements qui émergent dans les projets (cache)

Les éditions de cette conférence se suivent mais ne se ressemblent pas si ce n’est dans leur recherche de singularité. Chaque intervention donne envie d’aller interagir avec l’orateur pour échanger plus que d’ouvrir son laptop. Derrière ces sujets non-techniques se cachent des réflexions plus profondes qui n’interrogent plus le comment mais le pourquoi et de plus en plus le pourquoi pas ?

Les sujets des élaboratoires en format Forum Ouvert sont assez révélateurs d’une communauté qui devient plus mature (c’est la façon polie de dire vieille :-p).

  • J’ai eu le plaisir de m’initier au handlettering avec Hellgy pour éventuellement s’amuser en duo.
  • J’ai initié une discussion sur l’enseignement et le web qui a permis de vérifier la diversité des expériences et des méthodes employées. Beaucoup de discussions ont finalement été relatives au ratio théorie/pratique et à la pertinence du contenu transmis. Bien que les questions aient été posées, on n’a pas tenté de définir ce qu’était le Web ni si une culture pouvait être enseignée. De quoi alimenter ma réflexion :-).
  • J’ai participé à une discussion sur Progresser dans son métier qui soulevait des pratiques intéressantes. Je retiens qu’un domaine en perpétuelle évolution demande de progresser même lorsqu’on souhaite simplement rester à niveau. Personne dans la salle n’a mentionné les formations traditionnelles pour progresser, c’était assez surprenant.
  • Enfin, j’ai assisté au retour d’expérience de Vincent sur son travail itinérant ou néomadisme. Il faudrait que je fasse un billet sur le fonctionnement actuel de scopyleft car j’ai eu beaucoup de questions à ce sujet au cours des deux jours. Instantané publié depuis.

Je vais terminer sur le témoignage de Roxanne qui se pose des questions sur son entrée dans le monde professionnel et sur les relations entre son futur emploi rémunéré et ses travaux bénévoles actuels. Cette articulation est tout à fait possible et rejoint pas mal de réflexions que nous avons eues au cours de la création et de l’évolution de scopyleft. Par contre, il s’agit clairement de la face nord car cela nécessite un alignement des bonnes énergies des bonnes personnes au bon moment. Ou pas, il faut expérimenter pour le vérifier ;-).

May 28, 2016 11:00 AM

May 26, 2016

David Larlet

★ Enseigner le Web

Teaching will make you more humble, because it will painfully show you how limited your knowledge is. Teaching is the best way to learn. Only by testing your knowledge against others are you going to learn properly. This will also make you more respectful regarding other developers and other technologies; every language, no matter how humble or arcane, has its place within the Tao of Programming (cache), and only through teaching will you be able to feel it.

Being A Developer After 40 (cache)

Contexte

Le titre est clairement pompeux, plus qu’enseigner le Web il s’agit d’un retour d’expérience sur ces deux dernières années où j’ai tenté de transmettre les concepts du Web et mes expériences de développeur à une cinquantaine d’étudiants. Ces apprenants étaient alors en troisième année de licence dans le domaine du Web mais n’avaient pour la plupart jamais fait de programmation. Ayant eu beaucoup de confiance et de liberté de la part de la responsable de la licence, j’ai pu essayer des choses.

J’ai eu cette proposition un peu par hasard et par bouche à oreille suite au désistement d’un intervenant, un premier coup de fil mi-septembre et un premier cours mi-octobre. Cela m’a laissé peu de temps pour préparer quoi que ce soit ce qui s’est révélé être intéressant pour la suite. Il s’agissait initialement de faire une initiation à HTML/CSS et cela s’est étendu à JavaScript et PHP au cours de l’année. La seconde année, j’ai réussi à écarter PHP pour me focaliser sur le web mobile. Au final, cela a représenté 150 heures d’enseignement.

Détail qui n’en est pas un, les promotions étaient composées à 80% d’étudiantes. J’avais besoin de vérifier à titre personnel à quel moment cette tendance s’inversait dans les équipes de développement web et si les études pouvaient être en cause (réponse : non, il faut donc remettre en question ce qu’il se passe ensuite mais ce n’est pas l’objet de cet article).

Attentes

J’avais une contrainte d’espace et de temps avec les créneaux horaires fixes et les salles de classe peu adaptées à l’accompagnement d’une acquisition de savoirs. J’avais aussi une contrainte au niveau des thématiques du contenu mais celle-ci était surtout guidée par mon expérience professionnelle. La responsable était consciente du décalage actuel entre ce qui était enseigné et la réalité du marché ce qui me conférait une grande liberté autant sur le fond que sur la forme, ses attentes portaient sur la pertinence des savoirs transmis.

De mon côté, je voulais voir ce que j’étais capable de partager en ayant été complètement autodidacte dans le domaine. Je voulais pouvoir essayer des choses et l’introduction de l’agilité dans des cours me motivait. Je trouvais important de documenter ces expériences afin de partager mes apprentissages et de constituer une mémoire de mon ressenti à ce moment là.

En ce qui concerne les étudiants, ils avaient vraiment du mal en début d’année à formuler leurs attentes qui se focalisaient beaucoup sur des technologies et/ou des connaissances superficielles. C’est assez déroutant au début et cela m’a fait réaliser à quel point l’apprentissage est guidé par le besoin, le rôle de l’enseignant devenant en quelque sorte de créer artificiellement ce besoin.

Je retiens toutefois qu’ils souhaitaient globalement devenir plus autonomes et améliorer la qualité de leurs productions ce qui est encourageant !

Valeurs

  • rendre possible l’Autonomie
  • encourager la Bienveillance
  • éveiller la Curiosité.

ABC de l’apprentissage

Je n’ai réussi à publier ces valeurs qu’à la fin de la première année et elles m’ont guidé lors de l’année scolaire suivante. Elles sont difficiles à mettre en pratique car elles sont assez éloignées de ce qui est mis en valeur lors d’un cursus scolaire.

Si le motto de Maria Montessori est « aide-moi à faire seul », j’ai essayé d’aller plus loin vu leur maturité et leur niveau de connaissances en allant vers le : Accompagne-moi pour faire ensemble.

Cela signifie changer de paradigme en passant de la compétition à la collaboration, ce qui pose notamment certains problèmes en matière d’évaluation.

Co-construction

A lot of what beginning programmers need isn’t just good learning materials, but confirmation that not knowing is normal.

@hcatlin sur Twitter

Il était important pour moi que les étudiants soient acteurs dans l’acquisition de leurs savoirs. Autant dans l’expérimentation que dans les choix de la matière qu’ils souhaitaient travailler. J’essayais de lister avec eux les différents sujets que nous étions capables d’aborder et nous établissions ensuite un ordre de priorité dans ces technologies/concepts.

C’était loin d’être évident car ils (on ?) avaient du mal à évaluer leur niveau collectif et l’inertie du groupe. Mais ce n’est pas grave, on s’autorisait à se planter comme lorsqu’on a voulu aborder Angular avant de comprendre JavaScript. D’autres fois, il était difficile pour moi de leur faire prendre conscience des bienfaits d’une bonne pratique car sa pertinence requerrait du temps de vie et de complexité. Tant pis, ils s’en rendront peut-être compte plus tard.

J’ai trouvé très intéressant de creuser avec eux le pourquoi de leurs choix. J’essayais dans la mesure du possible d’adopter une position de pair plus qu’une relation hiérarchique prof/élève. Je leur ai toujours dit que la somme de leurs savoirs et expériences dépassaient la mienne (cache) de plusieurs ordres de grandeur. Sans compter leur puissance de recherche et de réflexion. J’ai réussi à leur démontrer cela plusieurs fois.

Itérations

Je suis souvent intervenu par demi-journées que je découpais en six moments :

  • Un quart d’heure pour se remémorer ce que l’on avait fait la fois précédente et échanger sur nos veilles respectives ;
  • quatre sessions de 45 minutes sur lesquelles je reviendrai ensuite ;
  • un quart d’heure pour prendre du feedback sur ce cours et décider ensemble de ce que l’on va faire et améliorer la fois suivante.

Les sessions étaient effectuées en groupe ou seul, avec plus ou moins de contraintes artificielles de ma part. Elles consistaient généralement en un concept technique à travailler avant une courte période théorique/magistrale pour mettre tout le monde au même niveau. Cette théorie pouvant être effectuée par un étudiant.

L’avantage de procéder par itérations est de pouvoir expérimenter de très nombreuses choses en un temps réduit. La prise de risque devient bien moindre lorsqu’on sait qu’elle sera limitée dans le temps et collectivement améliorée lors de l’itération suivante.

Un autre avantage est d’introduire de la répétition favorisant l’apprentissage. L’introduction de légères variations sur un même exercice permet de voir la classe progresser par paliers au cours d’une même session.

Agilité

  • Prescriptive → Iterative
  • Content → Culture
  • Evaluation → Visible Feedback & Reflection
  • Control → Trust
  • Competition → Collaboration

Agile In Education (cache)

Tout ce travail itératif prend bien sûr ses sources dans les pratiques agiles et empreigne peut-être les élèves d’une autre culture. Une culture où l’échec est permis et où l’on essaye de travailler ensemble pour que l’intelligence collective du groupe fasse progresser chacun individuellement. Une culture où la réaction est plus importante que la défense.

C’est un vrai défi car les apprenants manquent cruellement d’outils pour collaborer. J’aurais aimé prendre le temps de les initier à Kanban ou Git(hub) mais notre capacité à assimiler de nouvelles choses est limitée et je ne voulais pas introduire trop de nouvelles notions qui ne pouvaient qu’être survolées.

Aussi les pratiques agiles ont davantage été des expérimentations agiles. Il y avait l’inspiration bien sûr mais après cela tout était à découvrir ensemble car ces approches sont peu employées/documentées par ailleurs.

Notation

Je suis contre les notations/classements mais il s’agit d’une contrainte forte dans l’univers scolaire. Aussi j’ai essayé de mettre les étudiants dans des situations qui pourraient leur servir rapidement à travers des candidatures spontanées, des critiques de sites ou des compte-rendus d’expérimentations techniques. Les résultats étaient parfois assez surprenants et les discussions suivant ces exercices toujours passionnées.

Ils avaient globalement du mal à faire le lien entre ce qu’ils avaient appris/expérimenté et la valeur qu’ils pouvaient apporter à une entreprise, se contentant de faire des lettres/CV génériques pour arroser le plus de boîtes possibles (ils font un stage de fin d’année). J’ai essayé de leur montrer qu’une autre voie est possible en ciblant quelques entreprises dans lesquelles ils voulaient vraiment travailler et en personnalisant leur approche : audit de performance, problèmes de validité, d’ergonomie, d’accès mobile, etc.

Ici j’avais beaucoup de mal à être pertinent car je n’ai jamais eu à faire cette démarche de recherche d’emploi/stage donc il était difficile de les accompagner. J’ai plutôt essayé de me mettre dans la peau de quelqu’un d’expérimenté qui recevrait une telle candidature par exemple.

Holisme

Ce qui m’a cruellement manqué au cours de ces années c’est l’impression de faire partie d’un tout au sein d’une formation cohérente qui permet à chaque étudiant de s’accomplir dans sa singularité. Mettre en pratique l’agilité d’un côté et voir qu’à la session suivante ils ont de la gestion de projet des années 90 c’est dur. Expliquer les failles de sécurité et regarder ce qu’ils codent en PHP par ailleurs c’est flippant. Si la communication est difficile entre élèves, elle est catastrophique entre enseignants.

Cela soulève tout un tas de problématiques sur la mise à jour des compétences, le financement de ces moments d’échanges, l’alignement dans les valeurs et les motivations, etc etc. Il y aurait beaucoup de choses à expérimenter dans ce domaine également. De la co-construction d’un programme cohérent à l’accompagnement d’étudiants dans leurs projets professionnels.

Peut-être aussi que cela demande de pouvoir suivre les étudiants pendant plusieurs années pour mieux les connaître et adapter les interventions en fonctions de leurs motivations.

Confiance

Years later, when I did well in programming classes in high school and college, a part of me was dismissive of those results. Because of that initial experience programming, I was subconsciously held back by the fear of finding another brick wall concept that I wouldn’t be able to grasp. It’s taken a decade to reverse this thinking and stop having a fixed mindset about my engineering abilities, but it’s been worth the effort. Now, because I believe that I can grow as an engineer, I’m motivated to invest in myself. The intrinsic belief that I can get better keeps me confidently striving in my career for more responsibility and new challenges.

On Confidence (cache)

Établir un climat de confiance au sein d’une promotion est difficile. Les groupes sociaux se forment rapidement et ajouter la contrainte de les mélanger à celle de collaborer demande parfois un effort trop important. C’est compréhensible et c’est le genre de moments où je ne sais pas s’il faut forcer la diversité qu’ils retrouveront peut-être dans leur futur emploi (ce n’est pas mon cas donc c’est difficile à imposer…).

A team is not a group of people that work together. A team is a group of people that trust each other.

Simon Sinek sur Twitter

En revanche, j’ai toujours essayé d’encourager les réflexions et les échanges de la part de tous les apprenants. Parfois une simple remarque fait l’objet de l’itération suivante pour confirmer ou réfuter une hypothèse en groupe. Je ne voulais pas forcément qu’ils aient confiance les uns envers les autres mais qu’ils aient de l’attention pour les questionnement de leurs pairs.

J’ai aussi été surpris du manque de confiance en eux qu’ils pouvaient avoir vis-à-vis de la programmation, ce qui m’a fait beaucoup réfléchir aux abstractions possibles. Je suis encore en plein doute sur le sujet.

Prise de recul

Le fait de donner des cours m’a permis de réaliser à quel point nos outils sont complexes et élitistes. L’expression japonaise 「灯台下暗し」 (tōdai moto kurashi) prendre du recul pour avoir de la lumière (littéralement : il fait sombre sous la lanterne) me semble appropriée, ce sont les étudiants qui sont arrivés avec leurs lanternes et ont commencé à me faire sérieusement douter. Je leurs suis extrêmement reconnaissant de m’avoir ouvert les yeux et d’avoir pu creuser ensemble quelques approches possibles pour simplifier l’apprentissage des briques du Web.

Simplicité par défaut

Les cours ont clairement été moteurs dans ma réflexion sur le minimalisme et l’esthétique puis la simplicité. Le fait de transmettre permet de se remettre en question sur l’intérêt de perpétuer certains concepts ou pratiques. J’ai dû reprendre certaines lignes de code caractère par caractère pour vérifier leur bien-fondé.

Ce qui m’a amené à une approche dirigée par le validateur pour ce qui est du HTML par exemple. À partir de quel moment une page s’affiche dans un navigateur ? À partir de quel moment devient-elle valide ? Est-ce qu’il y a vraiment besoin de plus ? Etc.

J’ai aussi pu reprendre JavaScript depuis zéro, questionner les abstractions et bien creuser ES6/2015/Next car je souhaitais leur enseigner le Web d’aujourd’hui et demain sans forcément leur mettre le fardeau de la rétro-compatibilité tout de suite.

Contraintes spatiales

La salle de formation est une cellule eucaryote : un noyau contenant l’ADN-livres, des ribosomes-élèves transformant l’information-ADN en connaissances-créations-protéines.

D’une sélection artificielle à une sélection naturelle dans un écosystème complexe (cache)

Là où Christian den Hartigh organise sa classe comme une cellule eucaryote, il faut bien voir que les élèves de l’IUT sont par défaut dans une configuration qui leur fait regarder un écran qui est adossé au mur. Autant dire qu’ils me tournent tous le dos ! On fait mieux en matière d’échanges (et de position de travail) à la fois avec moi mais aussi et surtout avec les collègues.

Pour inverser la tendance et essayer de recréer un centre d’intérêt j’essayais au moins de prendre un moment pour qu’ils viennent présenter leur travail au groupe de manière répétée et interactive. J’ai aussi ré-agencé les postes de travail lorsque c’était possible, les salles ayant des machines qui sont généralement boudées (à juste titre vu les limitations) par les étudiants qui préfèrent amener leur propre ordinateur.

Digital na(t)ives

Le niveau de votre classe est celui de la personne la plus faible techniquement. [Paraphrase]

Giving better code reviews (cache)

Les articles (cache) ne manquent pas (cache) pour rendre compte d’une génération qui utilise le Web comme de l’électroménager. J’ai malheureusement pu le vérifier également lors de mes interventions. Savoir enregistrer un fichier avec une autre extension que celle proposée par défaut ou un autre encoding n’est pas évident du tout. Jongler avec des navigateurs et des résolutions non plus. Taper certains caractères correctement peut même révéler quelques surprises…

La difficulté vient du grand écart de niveau qu’il y a entre les étudiants qui ont déjà des difficultés à savoir se servir d’un ordinateur et ceux qui font déjà des sites en auto-entrepreneurs !

Attention toutefois, ceux qui arrivent avec un certain bagage technique vont potentiellement mettre plus de temps à oublier certaines mauvaises habitudes. Ou à essayer de comprendre certaines de leurs lignes de code qu’ils copient-collent depuis un moment et qui marchent. Le désapprentissage est parfois douloureux.

Capitalisation

Teams are immutable. Every time someone leaves, or joins, you have a new team, not a changed team.

Richard Adalton sur Twitter

Pour une classe, c’est pareil, sauf qu’il y a 25 personnes qui partent. Autant dire que la capitalisation est bien maigre d’une année sur l’autre et ça a probablement été l’une de mes erreurs de partir un peu trop confiant la seconde année. La confiance acquise aurait davantage dû me motiver à expérimenter plein de nouvelles choses plutôt que de reproduire certains patterns qui avaient bien fonctionné la première fois.

Là où ça devient intéressant, c’est sur les différentes approches que j’ai pu tester.

Mémoire

Misleading headlines notwithstanding, no one really has the slightest idea how the brain changes after we have learned to sing a song or recite a poem. But neither the song nor the poem has been ‘stored’ in it. The brain has simply changed in an orderly way that now allows us to sing the song or recite the poem under certain conditions. When called on to perform, neither the song nor the poem is in any sense ‘retrieved’ from anywhere in the brain, any more than my finger movements are ‘retrieved’ when I tap my finger on my desk. We simply sing or recite – no retrieval necessary.

Your brain does not process information and it is not a computer (cache)

La façon de retenir des informations est encore très difficile à comprendre (cache). On dispose de quelques pistes via la discussion (cache) ou le jeux (cache) mais elles restent ténues. Ce constat est génial, il y a tout à tester !

Notre profession est particulière car on a le savoir technique à portée de clavier. Cela ne signifie pas que l’on sache l’exploiter pour autant ni en connaître toutes les applications pratiques mais c’est un bon début. Une fois que l’on considère que la technique est externalisée sur le web, il nous reste à assimiler les concepts pour assembler ces notions. Je pense que les mécanismes de mémorisation d’un développeur web sont très différents d’autres professions car il a affaire toute ses journées à des liens. Je me souviens bien souvent d’une chose que je sais pouvoir retrouver et cette simple croyance me suffit pour considérer cela comme une mémorisation. Il faudrait que je développe dans un futur billet.

Jeux

On a joué à Flexbox Froggy, Starwars ou Flexbox Defense qui ont été assez appréciés des étudiants. J’ai découvert plus tard Python Tutor qui n’est pas limité au langage Python. Une visualisation très intéressante de ce qu’il se produit au niveau de l’affectation des variables. Un bon candidat pour une prochaine expérience.

Pour des jeux que l’on qualifie de plus sérieux, j’ai tenté des Remember the future et je terminais régulièrement les cours — voir les itérations — par des rétrospectives pour identifier les points d’amélioration.

Après pour moi le Web est un jouet convivial par excellence. Mais ce n’est pas forcément partagé :-).

Disposition

Toute ma démarche est de les faire passer de la chaise au tableau, de l’écoute passive au partage actif. Pour favoriser cela, il faut briser la barrière entre la position assise de l’apprenant et celle debout du sachant. J’ai tenté de les faire participer en inversant souvent les rôles : si tu prends ma place, je prends la tienne, physiquement. J’ai tenté de changer la disposition de la salle. J’ai fait des rétrospectives en étant tous debout, souvent en cercle.

La simple disposition change souvent la façon de communiquer.

Certains auront davantage d’aisance lorsque l’on passe des questions-réponses à la discussion libre. D’autres vont avoir besoin de plus de temps pour préparer une intervention construite. La prise de parole en public devient moins stressante lorsqu’on est en situation de confiance/bienveillance et la disposition des individus est importante pour faciliter cela.

Communication

J’avais testé jadis des accompagnements sur Blog, Twitter, Facebook, mais je n’avais jamais été pleinement satisfait. J’ai conservé Facebook avec les élèves pour rester en relation avec les anciens, ceux qui le souhaitent, et les accompagner pour des aides ponctuelles, ou garder un simple contact.

Etendre la salle de classe hors des murs : Slack pour l’éducation et l’instruction (cache)

Je regrette de ne pas avoir pris le temps d’introduire Slack ou équivalent comme canal de discussion car même en annonçant que je réponds aux mails en dehors des heures de cours j’ai eu très peu de questions.

J’avais par exemple introduit un temps de veille qui était très apprécié la première année et qui n’a pas suscité la même appétence la seconde. Peut-être qu’un espace en ligne pour partager des liens eut été mieux accueilli plutôt que d’abandoner purement et simplement.

Retours

Les retours sont limités aux temps de cours et je n’ai malheureusement pas eu de mails une fois l’année terminée. C’est frustrant mais Christian m’expliquait avoir fait le deuil d’une quelconque impact une fois l’année écoulée. Il faut savoir se focaliser sur le présent et sur la relation qui se vit pendant les cours.

Il se trouve que j’ai du mal à lâcher prise là-dessus car j’ai besoin de ce feedback pour pouvoir m’adapter. Je n’ai jamais travaillé en agence et mes 3 mois en SSII sont bien éloignés aussi les conseils que j’ai pu leur donner sont potentiellement à côté de la plaque. Je ne veux surtout pas leur mettre mes propres œillères.

J’aurais aussi aimé pouvoir suivre des étudiants sur plusieurs années pour répondre individuellement à leurs souhaits et construire quelque chose de cohérent ensemble.

Durée

Être en position de transmettre n’est pas une carrière mais un bref état transitoire.

Transmission et durée

Je suis tiraillé sur cette partie, car d’un côté la classe change totalement d’une année sur l’autre et l’on peut apprendre de nouvelles choses à chaque cours. Mais de l’autre j’ai besoin d’avoir davantage d’inspirations d’une année sur l’autre pour avoir le sentiment de faire un accompagnement qui soit utile. Cela me fait penser au temps nécessaire entre deux conférences, je ne pourrais jamais faire plusieurs fois la même intervention. J’aurais l’impression de m’ennuyer et donc d’ennuyer le public. J’ai besoin de reconstruire une réflexion à chaque fois. De refaire le vide pour avoir l’espace de cuisiner de nouvelles idées.

Est-ce que j’aurais continué sans mon départ au Canada ? J’ai du mal à répondre à cette question (tiens au passage, si vous avez envie de partager vos connaissances sur Arles, il y a une place qui se libère, contactez-moi :-)). Outre le temps que ça prend, l’enthousiasme des apprenants est un peu en dent de scie et c’est difficile à gérer et à s’en contenter.

D’un autre côté, j’ai toujours envie de ré-expérimenter dans d’autres contextes d’apprentissage.

Conclusion

Je dirais que la plupart des expériences biographiques sont de ce type. La plupart du temps, nous allons là où le monde social nous aurait envoyés de toutes façons, mais nous y allons contents. C’est ce qu’on appelle la vocation. Il y a évidemment des exceptions, et elles sont très importantes : il suffit qu’il y en ait une seule pour que cela change tout – et c’est la liberté.

Pierre Bourdieu

Je ne sais pas vraiment s’il y a une conclusion à cette expérience. J’avais soumis le sujet à ParisWeb pour pouvoir en discuter avec davantage de personnes mais il n’a malheureusement pas été retenu. Ç’eut été l’occasion de débattre de ces problématiques car je sais que d’autres travailleurs du web font leurs propres expérimentations, peut-être qu’un espace d’échange dédié serait plus adapté. L’initiative TrainDrop mériterait d’être étendue avec un espace de discussion pérenne pour échanger sur nos expériences, nos doutes et pourquoi pas aider de nouvelles personnes à se lancer. Qui serait motivé ?

Je vais profiter d’être à SudWeb pour insuffler un peu d’énergie dans le projet. Retour sur l’atelier.

May 26, 2016 11:00 AM

May 24, 2016

David Larlet

★ Consultation offline

Fusionner, cela signifie que l’IDPF va disparaître, pour devenir un groupe de travail du W3C, dédié au format EPUB, et que celui-ci ne sera plus uniquement le format des livres numériques mais le format de tous les documents numériques que l’on souhaitera encapsuler pour qu’ils puissent notamment être lus hors ligne.

IDPF et W3C : books and browsers (cache)

J’ai des envies assez simples pour ce site :

  1. avoir la possibilité de le parcourir dans son intégralité sans connexion ;
  2. avoir la possibilité de chercher un mot-clé dans ces sources ;
  3. ne pas voir les ajouts/corrections/retraits facilement.

J’ai exploré pour cela les Service Workers, DCVS, IPFS/ZeroNet, EPUB, Electron et… un simple fichier d’archive. Spoiler: aucune de ces solutions techniques n’est satisfaisante.

Service Workers

Les Services Workers sont intéressants pour mettre en cache quelques kilo-octets et fluidifier la navigation en récupérant les liens suivants mais l’intégralité du HTML de ce site fait 27 mega-octets (dont 11 de cache). Ça commence à faire beaucoup pour l’espace de stockage par défaut. C’est limitant également au niveau du support des navigateurs.

IPFS, ZeroNet, etc

Les solutions de décentralisation ne créent pas une copie locale intégrale du site mais uniquement des pages consultées (à ma connaissance) sans compter que ces solutions sont encore trop récentes/élitistes pour être employées sereinement vu que ça doit être bloqué par la moitié des proxies de la planète.

EPUB

J’ai suivi avec grand intérêt le retour d’expérience d’Antoine sur sa création de livre web (cache) et j’ai essayé de m’en inspirer mais cela pose le problème de la navigation lorsqu’on arrive à des milliers de pages. Sans compter la soupe de tags à laquelle je suis arrivé en raison de mon incompétence dans ce format. J’espère que l’inclusion de l’IDPF au sein du W3C permettra de débloquer la situation d’ici… quelques années.

Electron

C’est le moment où je me suis dit que la transformation du site en application pourrait être la solution. Si vous avez envie d’app-ifier du HTML statique vous allez devoir ajouter ces lignes au quick start :

mainWindow.webContents.on('will-navigate', function (event, url) {
    // Deal with local links.
    event.preventDefault()
    mainWindow.loadURL(`file://${__dirname}/app/${url.substr('file:///'.length)}index.html`)
})

pour les liens locaux et :

app.on('ready', function () {
    // Deal with static/local resources.
    electron.protocol.interceptFileProtocol('file', function (request, callback) {
        var pathname = url.parse(request.url).pathname
        if (!request.url.includes(__dirname)) {
            pathname = path.join(__dirname, 'app', pathname)
        }
        callback(pathname)
    })
})

pour les ressources locales.

C’est tellement mal documenté que j’ai passé un long moment à comprendre comment y arriver. Et je ne parle pas de la complexité pour générer une application cross-platform avec cela. Toujours est-il qu’une fois l’application générée, elle faisait 260 Mo pour 140 Mo de sources. Sans compter l’impossibilité de faire des recherche dans les sources.

DCVS

Peut-être qu’un dépôt git pourrait être pertinent et c’est d’ailleurs ce que proposent par défaut la plupart des solutions de sites statiques comme Jekyll, Pelican ou Hugo. Sauf que je ne souhaite pas exposer les sources dans un gestionnaire de versions, entre autre pour ces raisons. Sans compter que ces outils sont peu adaptés au stockage des fichiers générés qui sont régulièrement tous mis à jour (hash de cache ou modification du design par exemple). J’en arrive par exemple à un .hg de 500 Mo pour ce site…

Simple archive

J’en suis donc revenu à une simple archive mais cela demande de la générer côté serveur, ce que je n’ai pas encore mis en place. Je suis toujours hésitant sur ce que je pourrais mettre dedans, surtout en terme de media pour garder un ratio intéressant en terme de bande passante, autant pour vous que pour moi. Il y a aussi la problématique des liens qui nécessitent de lancer un serveur local. En Python 3 via python3 -m http.server ou en Python 2 python -m SimpleHTTPServer mais ça reste une (fausse pour OSX/Linux ?) dépendance dont j’aimerais me passer.

En conclusion, je suis un peu à court d’idées sur la façon d’exposer un site statique offline, si vous avez des idées ça pourrait même être un sujet pour les élaboratoires SudWeb.

May 24, 2016 11:00 AM

May 23, 2016

David Larlet

★ Stages en informatique

Ça va la gestion de l’hystérie ? Y a pénurie d’anxiolytiques en plus de celle de l’essence ? Cool de se baser sur un article un peu sensationnaliste du Monde pour descendre des jeunes essayant de faire quelque chose de leur vie. Perso je suis l’un des « exploités » dont tu parles, et j’ai jamais autant kiffé ma life et autant progressé de ma vie. Les stages à 2Francs on m’en a proposé partout ailleurs. Ici on vit, on trime pas. Je crée, je ne subis pas. J’ai une paie de stagiaire ? Je côtoie des gens brillants et j’apprends au quotidien. 200€ de plus par mois remplace le savoir ? Le jour où je sors d’ici j’aurais appris assez pour créer MON entreprise. L’indépendance c’est mal selon toi ? Ou je devrais plutôt passer mon temps à me branler au lieu d’apprendre pour prendre mon envol je suis payé décemment oui. J’ai ma petite paie, ma chambre, je ne dépense rien pour la bouffe et les restos. J’crois bien qu’il y a des cotisations sur les stagiaires. Pour l’instant ce n’est qu’un stage a temps partiel de 4 mois pour moi j’sais bien qu’on est loin d’être parfaits. La boite n’a que quelques mois. On est tous étudiants ici. À chaque stage que j’ai fait, j’étais un stagiaire. Point. Grosse boite, ptite boite. J’vois pas où est le problème ici j’sais pas si t’as raté le passage où j’t’ai dit que j’étais payé. Et bien au dessus des 3.5€/heure qu’on m’a proposé ailleurs Et les stages où on te met dans un coin pour faire un site en solo, j’en ai vu défiler. Google mon tuteur de stage, merci bcp des boites confortables où des stagiaires avaient des gueules de déterrés j’en ai vu aussi. Tu t’en fous de ça ? Perso je me lève quand je veux, bosse, fais du sport, sors faire la fête, voir ma copine quand je veux. Garde tes stages carrés c’est vrai que je regrette les tickets resto. Sinon, on ne m’offrait pas de vacances ni de tickets pour les grands matchs avant. Vous êtes drôles avec vos histoires de secte. On vole haut. Autant les histoires de statut j’comprend mais là... Bah ouais. Après mes 7-8h à faire semblant de bosser en bon designer, j’suis chez moi. J’fais ce que je veux. Le plus c’est que je le fais à l’heure que je veux. Je gère mon temps. Personne ne me dit oui ou non. le truc c’est que je ne cours pas après l’argent. J’ai juste envie de devenir très bon dans mon domaine. C’est mon objectif. J’ai vu le salariat, la zone de confort et le quotidien branlette, sans défis, sans goût. Je veux créer, pas suivre bêtement. Nan mais, pour la énième fois. On est payés. Il n’y a que les fondateurs qui ne touchent pas de salaire. Pour l’instant je suis à temps partiel et je suis mieux payé que mon précédent stage à temps plein dans une grosse SSII. Ça va ? Libre à vous d’écouter ce que je vous raconte plutôt que de camper sur vos aprioris. c’est pas beau c’est sûr mais c’est pragmatique. Et faut se dire que pour une start up qui débute c’est plutôt normal la prise de recul me fais voir ce que j’y gagne vraiment. Peut-être pas des de gros sous, mais des compétences et c’est la capitalisation sur ces compétences qui m’intéresse pour la suite. Je regardes sur le long terme. Le salariat à vie ne m’intéresse pas en fait. Aller à l’étranger, varier les domaines, créer, innover me passionne plus. Merci de votre intérêt en tout cas. J’espère juste avoir réussi à partager mon point de vue ! C’est un tremplin ici !

@HiD3f sur Twitter

Plus que l’article à sensation (cache) ou la réponse facile (cache), c’est l’avis d’une personne en interne qui m’intéresse. Et là on a de la matière. On pourrait y voir un syndrome de Stockholm ou de l’immaturité. J’y vois la réalité du marché du stage. Directe. Brutale.

Pour avoir un peu côtoyé des étudiants cherchant un stage, ils sont désespérés. Vraiment. On les oblige à en trouver un pour valider leur cursus et au fil des semaines qui s’écoulent ils sont prêts à accepter n’importe quoi. C’est avant tout ce système là qu’il faut dénoncer. Les dérives qui s’ensuivent ne sont qu’une illustration de la main invisible de l’exploitation lorsque l’offre devient supérieure à la demande. C’est la terrible violence du capitalisme. Prendre à parti des jeunes qui ont envie d’apprendre et soif d’entreprendre c’est se tromper de cible.

Si vous voulez inverser la tendance, augmentez la demande qualifiée dans vos entreprises, accompagnez des étudiants, prenez le temps de former la prochaine génération. Montrez-leur qu’une autre voie est possible. Concrètement. Prendre cinq minutes pour dénoncer sur Twitter c’est bien mais ça n’aura aucune conséquence si ce n’est que chacun reparte frustré et incompris dans sa bulle. Prendre trois/six mois pour transformer un étudiant en pair c’est autrement plus enrichissant.

Par ailleurs, lorsqu’un boulot peut facilement être effectué par un stagiaire sans que le commanditaire ne s’en rende compte c’est qu’il y a un problème. Soit de sur-formation (fut-elle autodidacte), soit de sous-qualité. J’ai la douloureuse impression qu’il s’agit davantage de la seconde option dans notre profession… Cela nécessiterait une bonne dose d’éducation côté client pour savoir apprécier le travail bien fait et être en capacité d’arbitrer en connaissance de cause. Nous sommes les seuls à avoir les compétences pour faire ce travail.

May 23, 2016 11:00 AM

May 20, 2016

David Larlet

★ Écriture collaborative

C’est que j’étais persuadé que j’allais être corrigé et ridiculisé, renvoyé à ma place d’enfant naïf, par les adultes qui peuplent le monde. Pire encore, pour parachever mon humiliation, je m’imagine tentant de répondre à ces critiques. Car j’ai toujours été, jusqu’à présent, incapable de recevoir une critique ou un contre-argument sans y répondre. La création ayant toujours eu pour but que de créer un lien entre moi et les autres êtres humains, je ne peux donc refuser cet échange. Et c’est sans doute là ma plus grande erreur. Regardant autour de moi les comportements des autres artistes, (reconnus ou pas, mais du moins assumant avec aisance leur rôle), je réalise que publier, c’est sans doute avant tout : apprendre à ne pas répondre. Mettre à disposition ses œuvres, ses idées, ses opinions, même ses sentiments les plus intimes, sans tenter de les adapter à un public, sans tenter de prévoir les réactions, et surtout, sans prévoir de réagir à ces dernières. En somme, avoir une démarche artistique, et non un processus marketing.

Journal d’un imposteur (cache)

Je m’intéresse à la possibilité d’écrire des textes à plusieurs depuis la création de scopyleft lorsque nous avons eu à travailler ensemble sur la rédaction d’un manifeste et sur d’autres documents. J’ai déjà parlé de l’approche LEAN qui me semble insuffisante dans le domaine artistique et je me rends compte avec le témoignage de Thierry Crouzet que les outils comme Scribay peuvent produire la même frustration :

Si je continue ainsi sur Scribay, je n’écrirai tout simplement pas, j’en crèverais. Les critiques sont si nombreuses, si divergentes, que je n’en retire aucune motivation, aucune inspiration, aucune ébriété, aucune direction. Et c’est pourtant ce que je recherche dans l’écriture interactive, le shoot d’adrénaline, et non qu’une multitude de correcteurs me tombe sur le coin de la tête alors que je n’ai pas écrit plus de dix pages d’un texte qui en comportera des centaines. Je me fiche bien à ce stade d’avoir quelques phrases bancales avec quelques fautes d’orthographe.

L’interactivité, c’est pas automatique (cache)

Il y a de plus en plus d’outils comme Draft — avec une jolie introduction (cache) — ou Penflip qui sont basés sur Git, on avait même commencé à écrire le nôtre avec Yohan. Mais le problème n’est pas forcément dans le choix des outils (qui a dit « jamais ! » :-)). Le blocage se situe au niveau du style et des intentions.

J’ai lu avec attention Comment passer du café du commerce à l’intelligence collective ? et en fait je n’arrive pas à voir si l’écriture est vraiment le fruit d’une intelligence ou s’il est même souhaitable qu’elle tente d’être trop intelligente.

Pour sortir du « café du commerce », il est nécessaire de chercher dans un premier temps non pas ce qui est vrai mais les différents points de vue sur un sujet. Plus le nombre de personnes qui proposerons un point de vue sera grand, plus la vision aura des chances d’être plus complète. A ce stade, la discussion peut s’accommoder de visions approximatives, voire apparemment fausses, l’objectif étant de rassembler le plus grand nombre de point de vue différents et d’en susciter de nouveaux pour compléter ceux déjà rassemblés.

Mais nous devons également composer avec nos propres limitations cognitives. Ainsi, nous ne pouvons garder à l’esprit que les trois derniers éléments d’une discussion. Lorsque nous prenons du recul par rapport au discours, nous pouvons avoir une vue d’ensemble des différents affirmations ou arguments, mais là encore nous sommes limités et ne pouvons conserver à l’esprit qu’entre 5 et 9 idées. Pour permettre de traiter un sujet par l’intelligence collective, nous allons donc devoir avoir une méthode pour travailler avec un très grand nombre de personnes, cartographier l’ensemble des idées proposées tout en s’interdisant dans un premier temps de sélectionner certaines idées et d’en éliminer d’autres.

Comment produire un document à plusieurs centaines de personnes ? (cache)

Comment garder le liant stylistique lors de cette phase de convergence ? Qui serait en mesure de re-lier le texte final sans en altérer le sens ? Est-ce qu’il faut deux équipes indépendantes ? Est-ce que l’écriture collaborative est limitée à certains types de productions ? Écrire ensemble c’est lâcher-prise sur la forme au profit du fond. Et ce n’est pas facile.

Un bien commun doit-il perdre toute personnalité(s) ?

May 20, 2016 11:00 AM

May 14, 2016

David Larlet

★ Obsolescence assumée

If it’s inaccessible to the poor it’s neither radical nor revolutionary.

Nous nous réjouissions de la fin du support (cache) des anciennes versions d’Internet Explorer le 12 janvier dernier. Sans forcément en mesurer toute les conséquences en terme d’impact sur le parc informatique mondial. Pourtant chaque navigateur non supporté par nos équipes sur nos productions web participe à un renouvellement forcé du software et donc malheureusement du hardware associé. Développeurs web, nous participons activement à l’obsolescence programmée.

Or ce sont rarement ces considérations qui sont prises en compte lors de ces choix. On parle de parts de marchés, de pénibilité pour l’équipe technique mais je n’ai jamais entendu quelqu’un réagir en mentionnant l’impact pour notre planète lorsqu’on force nos utilisateurs à mettre à jour leur navigateur et donc bien souvent leur système d’exploitation et donc bien souvent leur matériel… ces personnes ne souhaitant pas forcément prendre le temps d’acquérir les savoirs permettant de prolonger la durée de vie de leurs appareils. Lorsque c’est encore possible…

All of those devices have software and hardware that are inextricably linked. When does an expired warranty become a right to disable core device functionality?

The time that Tony Fadell sold me a container of hummus. (cache)

Ce sont les détenteurs de données qui ont suffisamment de pouvoir pour forcer ces mises à jour. Or nos services web servent de plus en plus de stockage, cette responsabilité nous incombe de fait. À chaque fois que vous ne supportez plus un navigateur ou un device, non seulement vous laissez un utilisateur à la porte mais vous contribuez aussi à son besoin/envie de renouvellement. Choisissez en connaissance de causes.

May 14, 2016 11:00 AM

May 09, 2016

David Larlet

★ Humain diminué

Or, souligne Deterding, qui construit ces systèmes socio-techniques dans lesquels nous nous débattons ? Ceux-là mêmes qui en souffrent. “La contradiction éthique fondamentale qui est au coeur de l’industrie numérique est que les gens qui souffrent le plus et s’organisent contre cette accélération numérique sont les mêmes que ceux qui en tirent avantage”. Nous sommes nos propres “voleurs de temps” et sommes les premiers concepteurs de ces expériences utilisateurs. Nous créons les formes addictives, ces interfaces qui renforcent nos dépendances, comme l’expliquait Natasha Schüll.

Des technologies pour nous aider à retrouver le sens de la vie ? (cache)

Depuis combien de temps n’avez-vous pas rejoint un endroit sans assistance numérique ? Depuis combien de temps n’avez-vous pas écrit une phrase manuscrite ? Savez-vous encore écrire un paragraphe sans correcteur automatique ? Savez-vous pratiquer une activité sans mesure ? Pouvez-vous être organisé sans agenda électronique ? Avez-vous fait votre dernière rencontre sans passer par le numérique ? Et les précédentes ? Êtes-vous frustré lorsque vous n’êtes pas en capacité de vérifier une information sur le Web ? Savez-vous cuisiner sans connexion ? Partagez-vous vos idées et réactions avec des personnes physiques ? Cela représente combien de followers ? Quel est votre ratio de lecture sur écran/papier ? Avez-vous fait un choix politique récent sans passer par le Web et ses listes ? Finalement la question se résume peut-être à Combien de savoir-faire, de savoir-être et de savoir-vivre perdus depuis le numérique ?

Depuis longtemps j’essaye de trouver un équivalent à l’intuition dans un contexte numérique. Il s’agit du d’une chose difficile à expliquer et encore davantage à modéliser. Le mystique et le cosmique sont aussi difficiles à retrouver, de même que la foi. Ce sont peut-être des vestiges d’un humain obsolète. Ou peut-être les prémices de notre robotisation. S’il y a encore une distinction.

It’s not going to be about man versus machine, it’s going to be about man with machines.

Satya Nadella cité dans Bots (cache)

J’en suis de moins en moins convaincu. Lorsqu’il ou elle (selon si cela a évolué depuis un combatant ou une servante, voir le lien précédent) atteindra le point de rupture notre espèce aura irrémédiablement été transformée. La diminution pourrait alors être définitive. Mais est-ce vraiment une mauvaise chose ?

Billet initié un matin lyonnais avec Stéphane. Le travail Web 00 est un autre moyen de se poser ces questions dans le triptyque social, physique, numérique. Celui sur la fossilisation des données (cache) est passionnant.

May 09, 2016 11:00 AM

May 07, 2016

Karl Dubost

Au delà de l'orée

porte Tsujido, Japon, 7 janvier 2016

Le désir du nom, le désir de l'image, la vibration des feuilles appellent le nom. La forêt s'éveille. J'entends le murmure de la foule au delà de l'orée réclamant les secrets du sous-bois. J'écoute l'écho des feuilles, l'interroge. Les arbres s'expriment au pied des mousses et dans leur verticalité nous invitent à l'humilité.

Avant même que nous l'aimions, on a voulu nous l'expliquer.

Julien Gracq, En lisant, en écrivant.

La responsabilité du dévoilement, la décision de la réalisation sont déjà bien existante. Trouver l'équilibre entre la tranquilité de l'écosystème des mousses, des lychens et de l'humus et l'extase de ce son d'or qui rayonne au delà de l'orée, voilà les questions de la forêt profonde qu'il nous faut dorénavant explorer.

L'équilibre !

Vide Grenier

Le cœur de Python sera sur GitHub. But what Github does have over GitLab is familiarity. While there were people who publicly said they would prefer not to go with GitHub but would begrudgingly use it if we chose to go that route, I had multiple core devs email me privately saying they hoped I would choose GitHub.

déchéance de nationalité façon SMS

May 07, 2016 10:08 PM

May 06, 2016

Karl Dubost

Le sens entre réduction et élargissement

Ombre de pin Tsujido, Japon, 4 janvier 2016

Avec David, nous échangeons quelques messages sur le sens et le lien lors de sa recherche à propos de son lexique sur son carnet. L'établissement d'un automatisme dans la création des liens est une recherche programmatique de la langue et de ses possibles.

Graphe sur le carnet Graphes autour des mots et des liens

Comme souvent dans ces cas là, je dessine pour m'aider à comprendre ce que je pense. Un programme cherche souvent à réduire l'espace des possibles. La langue au contraire est ici pour ouvrir cet espace. Ou plutôt même dans une tentative de réduction absolue, elle n'ouvrira qu'un champ d'interprétation. Le lien sur une page Web est un choix éditorial—l'intérêt du lien résidant dans ce choix—sur la réduction sémantique et aussi dans le même temps un élargissement poussant dans une direction. L'automatisme crée une perte d'autonomie. Peut-être.

Vide Grenier

Marketing et agences Web. Ceci m'a également brûlé un certain nombre de fois et avec la dernière agence Web où j'ai travaillé, je me suis promis de ne plus remettre les pieds dans une agence Web. Le marketing tirant souvent vers le bas de ce que les humains sont plutôt que d'aspirer à les élever. But suffice to say, agency work got the best of me. It was very hard for me to work up the motivation to work. There was a lot marketing related work and I found it very hard to be passionate about working on it.

Trop jeune. Même article que le lien précédent. Ce problème n'est pas limité au jeune âge. Il y a une croyance dans l'informatique (et particulièrement dans le monde anglo-saxon) qu'il soit nécessaire de développer une carapace (« tough skin »). Ce que j'appelle une culture machiste, que l'on retrouve dans les vestiaires des salles de sports. Trop jeune, trop vieux, trop blanc, trop noir, trop français, ne bois pas assez, etc. L'image stéréotypée du codeur de tranchées au sein de sa « fratrie. » C'est très difficile pour les femmes, mais c'est tout également difficile pour nombre d'hommes quand on ne veut pas utiliser les mêmes outils sémantiques de domination sociale. This unfortunately became a trend. I don’t really go to local tech meetups anymore because I don’t feel like I fit in both due to age demographic and the age related comments I get. Usually whenever my age was bought up it was met with shock and awe.

La confiance est un autre élément culturel socialement teinté. Cela rejoint la prose de l'article précédent découvert par cet article de David. Il est parfois pour certains individus appropriés de ne pas avoir confiance en soi. Nous pouvons appeler cela de l'humilité, de l'empathie pour les autres ou de la volonté de respect. L'équilibre est difficile. Cela peut également être totalement inconscient et être dû à de nombreuses expériences personnelles. La société des médias, de l'école ainsi que le monde professionnel poussent à la compétition, à la place du premier, aux meilleurs résultats, aux performances. Il est alors peut-être nécessaire de déplacer le terrain de la mesure par rapport aux autres sur celui de la réalisation personnelle. J’ai du mal à identifier pourquoi est-ce qu’ils arrivent avec un tel manque de confiance en eux à cette étape de leur vie mais c’est vraiment dommageable pour qu’ils réussissent à trouver un emploi s’ils n’arrivent pas à valoriser un minimum ce qu’ils ont appris. Peut-être poussent-ils l’auto-critique et l’humilité trop loin ?

Ur/Web This is a tutorial for the Ur/Web programming language.

python 2 et unicode et format de chaînes.

Excellente carte sur la diversité identitaire du Moyen-Orient. NY Times.

La clef de la cabane. Sommes-nous prêts à laisser nos héros dépasser nos récits nos bouches — sommes-nous prêts à nous laisser déborder — que James Plant emporte la nuit le récit et la clef de la cabane avec (que tu retrouves la clef n'a aucune sorte d'importance) — sommes-nous prêts à les laisser vivre leur histoire de bêtes de héros et trompette. Et chacun va et file ou vient puis pars comme il lui va point silence.

notifications, c'est à dire un avertissement. Les notifications ne sont pas difficiles, une fois que l'on a les flux (avec les billets au complet). Elles n'ont pas besoin d'être en « push » et je me demande si Éric parle ici de notifications ou plutôt de fil de discussions (soit un agrégat organisé temporellement des discussions). Car ceci est bien différent. Dans mon agrégateur, j'ai reçu les billets de Antoine, de Stéphane, d'Éric sans aucun problème. La notification fonctionne bien. Le tissage (ou fil) de discussion est la partie plus intéressante qui pourrait être un billet complet en lui-même. À mûrir. Il s'agit beaucoup plus d'une distribution avec un aspect éditoriale. On veut probablement contrôler ce qui fait partie du fil de discussions, une fois qu'il atterit sur la page du billet en lui-même. Ce qu’il manque c’est de reprendre les notifications et tissages de discussion.

May 06, 2016 11:17 PM

David Larlet

★ Agile et legacy

L’agilité n’est pas la panacée ms il ne faut pas pour autant tout jeter… L’excessivité dans l’IT me surprendra toujours. L’agilité fonctionne très bien pour des projets « innovants » mais ne répond pas aux cadres de projets industriels c’est pas vraiment une découverte. L’agilité a eu l’énorme avantage de remettre les dév’ au centre des projets et de reconnaître leur travail et leur compétence mais l’agilité est devenue une « religion » pratiquée sans discernement comme beaucoup de choses dans l’IT et a du coup le défaut de sa qualité.

Gautier Poupeau sur Twitter

Est-ce que l’agilité se cantonne aux quatre à six premières itérations ? À quel moment un projet commence-t-il a être qualifié de legacy ou industriel ? À quel instant perd-on le côté innovant d’un projet ? Pour moi cela n’est pas tant une question de temps mais de complexité et donc de taille.

Rey s’intéresse à la taille, à la mesure, à l’équilibre. “Partout où quelque chose ne va pas, quelque chose est trop gros”, explique-t-il en reprenant les arguments de Leopold Kohr. “Pour paraphraser le principe de population de Malthus, les problèmes sociaux ont la tendance malheureuse à croître exponentiellement avec la taille de l’organisme qui les porte, tandis que la capacité des hommes à y faire face, si tant est qu’elle puisse augmenter, croît seulement linéairement. Ce qui veut dire que si une société dépasse sa taille optimale, les problèmes qu’elle rencontre doivent croître plus vite que les moyens humains qui seraient nécessaires pour les traiter.”

Numérique : la taille, cet impensé (cache)

Dans ma quête de simplicité, j’en viens à questionner le passage du réactif au défensif car c’est bien là pour moi l’essence de la culture agile. À un moment dans le projet, l’ajout de fonctionnalités ne permet plus de réagir suffisamment rapidement pour que cela puisse encore être pertinent. Et même en ajoutant des couches pour réduire ce temps et avoir l’impression d’être toujours dans la réaction on est passés insidieusement dans la défense. Le moment où l’on lutte contre un système et non plus pour la valeur.

La clé est à mon avis de ne pas arriver à cette taille critique en créant des outils pour cela :

  • se dire que l’on va mesurer l’impact de chaque fonctionnalité introduite pour en supprimer une sur quatre au bout de x temps par exemple ;
  • faire l’exercice d’imaginer une réécriture from scratch, que garderait-on et du coup que pourrait-on supprimer ?
  • avoir des flags pour chaque fonctionnalité et en désactiver certaines de manière aléatoire pour analyser les impacts.

Il y aurait beaucoup de choses à imaginer pour rester à échelle agile. Les conférences/rencontres sur le sujet discutent beaucoup des côtés humains de l’agilité mais peu du code. Il n’y a pas que les relations sociales qui ne passent pas à l’échelle. Restons petits et (im)pertinents.

May 06, 2016 11:00 AM

May 04, 2016

Eric van der Vlist

La bourrache

[fr] Fleur de bourrache. [en] Borrago flower.

by Eric van der Vlist at May 04, 2016 06:05 PM

David Larlet

★ Python et HTML

Python n’est le premier langage de personne…
…mais le second langage de tout le monde.

Je ne sais plus où j’ai lu/entendu cette citation mais je la trouve pertinente :-).

En discutant avec Karl sur IRC, je me rends compte qu’il y a tout un tas d’outils en Python permettant d’interagir avec HTML. Le plus évident et assez bas niveau est requests qui permet de récupérer des pages (que vous pouvez cacher et tester) depuis votre code Python avec une API simple. Si vous avez besoin de faire cela depuis la ligne de commande HTTPie (qui est une surcouche de requests) remplace curl ou wget avec brio. Si vous avez besoin de comparer des codes HTTP, il y a status mais on tombe dans les dangers de la micro-dépendance.

Pour aller plus loin il y a PyQuery qui utilise lxml ou tq qui utilise BeautifulSoup. Ce dernier retourne aisément du JSON (comme JamAPI) que vous pourrez analyser avec jq sans quitter votre shell (utile également pour documenter une API).

Enfin il y a Scrapy si vous avez besoin de récupérer plus de quelques URL manuellement. Je me demande dans quelle mesure l’emploi d’asyncio/aiohttp (cache) permettrait d’aller encore plus vite mais d’après mon expérience le facteur limitant est souvent le temps de réponse du serveur en face…

Pour le contenu d’articles, j’utilise ici readability-lxml pour mettre les liens en cache mais j’envisage de passer à newspaper, il faudrait que je teste ce que ça donne sur la soupe de tags de Medium (au passage si vous utilisez ce service en espérant un jour pouvoir récupérer vos contenus en HTML réutilisable, essayez aujourd’hui). Pour aller plus loin dans le domaine, il y aurait PyWb ou newsdiffs qui prennent en compte les versions. Explorer aussi robobrowser.

J’en oublie sûrement car il est difficile de chercher dans ses étoiles Github. N’hésitez pas à m’envoyer les vôtres.

Karl me propose également html5lib.

May 04, 2016 11:00 AM

May 03, 2016

Eric van der Vlist

L’étang

[fr] L’étang de Meudon. [en] Meudon’s pond.

by Eric van der Vlist at May 03, 2016 08:32 PM

May 02, 2016

Eric van der Vlist

Les fleurs

[fr] Fleurs de lilas. [en] Lilac flowers.

by Eric van der Vlist at May 02, 2016 08:34 PM

May 01, 2016

Karl Dubost

La terre a tremblé

Main et enfant Tsujido, Japon, 5 janvier 2016

Il y aurait tant à dire quand le séisme monte en intensité, que la vibration devient plus sourde et profonde, que les courbes s'affolent et les spécialistes observent la machine tout en ayant une conversation réfléchie avec eux-même. Hochement de tête, lèvres qui remuent imperceptibles, ils notent l'heure et l'observation sur une grande feuille de papier avec des données chiffrées et commentées. Les tremblements de terre ne donnent jamais d'alerte réelle. On le pressent, on se demande toujours s'il s'agit finalement du bouleversement de la rondeur du monde. Et quand finalement, le monde bascule, la terre vibre sur toutes les latitudes et les longitudes de sa rondeur, alors seulement à cet instant, nous réalisons dans le silence après le tremblement le son unique de l'écho des feuilles.

Vide Grenier

Aujourd'hui, je deviens père.

May 01, 2016 01:30 PM

La vibration du monde

Graphe Tsujido, Japon, 4 janvier 2016

Assis en face du moniteur, je regarde défiler la séismicité du monde. Les vibrations à peine perceptibles sont subjugantes. Les spécialistes inspectent les courbes, leurs analyses restent mystérieuses. Ni tsunami, ni tremblement de terre pour cette journée.

Temps de l'histoire—temps du souvenir—temps de l'attente, ou plutôt de l'imminence.

Julien Gracq, En lisant, en écrivant.

Vide Grenier

Doug Hellman rechercher un mainteneur pour virtualenvwrapper. La maintenance d'un code dépend beaucoup de l'utilité première. C'est aussi pour cela qu'une communauté est souvent plus Perhaps ironically, I’ve found my own needs have changed enough that I don’t use it much myself any more. (…) All of which leads to reduced motivation to keep up with maintenance.

May 01, 2016 01:30 PM

En longue promenade

Enoshima et plage Tsujido, Japon, 3 janvier 2016

Une longue promenade pour inviter la promesse, pour aider à l'applatissement de la rondeur du monde. Nous rêvons déjà de longues marches au cœur de la forêt pour écouter son écho.

En cartographie, le problème insoluble des projections naît de l'impossibilité où l'on se trouve de représenter sur un plan, sans la déformer, une surface courbe.

Julien Gracq, En lisant, en écrivant.

Et dans les chemins creux, je projette déjà des envies encore inexistantes et qui peut-être n'existeront pas. Le brouillard des sous-bois dévoile le futur qu'au moment du pas sans lendemain, juste dans l'instant du pas.

Vide Grenier

casser le Web par Maciej. À lire, relire et méditer longuement. While I'll be using examples to keep the talk from getting too abstract, I’m not here to shame anyone, except some companies (Medium) that should know better and are intentionally breaking the web.

Les croyances et leurs conséquences, même article à propos des performances du Web par Maciej. The point is that assumptions about complexity will anchor your expectations, and limit what you're willing to try. (…) Rather than trying to make your overbuilt projects look simple, ask yourself if they can't just be simple.

May 01, 2016 01:30 PM

Une maison vide

rondeur sur shoji Tsujido, Japon, 2 janvier 2016

Peut-être, un auteur ne livre jamais un ensemble parfait circonscrit par son écriture. Le lecteur utilisera probablement l'amalgame d'une boite à outils pour créer son œuvre personnelle et unique.

Si impersonnel qu'il se veuille, un livre de fiction est toujours une maison vide…

Julien Gracq, En lisant, en écrivant.

Certains agencements, certains jeux inspirent, d'autres laissent sans envie. Il devient ainsi nécessaire de trouver les boîtes à outils qui nous donnent envie de créer.

Vide Grenier

Rouille du lieu

Le futur n'existe pas. Ce qui me gène actuellement dans la publication et la navigation sur le web c’est cette problématique pour faire des liens de contenus passés vers des productions futures. Je vais tenter de produire des textes à base de mots-clés auto-référencés par la suite avec une navigation à base d’ancres. On revient à une publication sur une seule page pour fluidifier la navigation, le rythme sera probablement hebdomadaire.

Femme de cinéma. Outside Japan, “Tokyo Story” has been lauded, mainly by generations of Western male critics. But inside the confines of the archipelago, Japanese women were united in a collective “give me a break.” Thankfully, the women of this country have moved on and so have Japanese movies — though they still lag several meters behind.

May 01, 2016 01:03 PM

L'année du monde

Foule au sanctuaire Tsujido, Japon, 1er janvier 2016

Cette nuit, la cloche du sanctuaire résonne dans le quartier. Je n'y tiens pas. Je vais voir le sanctuaire. L'odeur du bois brûlé, les vapeurs d'amazake, le bonheur de chacun et la foule qui se presse. Il est 1h22. Je me couche pour le lever du soleil.

À l'aube, le jour est déjà bien présent, le Soleil derrière l'horizon. La pénombre nous révèle l'enveloppe.

Révélant ainsi sa totale élasticité, et l'immanence impartagée de sa présence vraie : non subdivisable, parce que sa vertu réside tout entière dans chaque particule.

Julien Gracq, En lisant, en écrivant.

Lever de Soleil sur Enoshima Tsujido, Japon, 1er janvier 2016

Le reflet de l'étoile nous transporte. Vers l'est, la brûlure au-dessous de l'horizon émerge. L'intuition nous invite à regarder l'ouest. Avant les hommes, le mont Fuji baigne déjà dans l'or du monde.

Fuji au lever du soleil Tsujido, Japon, 1er janvier 2016

Vide Grenier

Le cloud, les pieds sur terre.

Sans Soleil: le Japon de Chris Marker. J'allais passer quelques jours au Japon. Tokyo, pour retrouver et revisiter mes lieux de prédilection.

May 01, 2016 10:29 AM

Faire un plan

Renoncule Tsujido, Japon, 24 décembre 2015

Le courant qui passe au fil de la plume ne va personne.

Julien Gracq, En lisant, en écrivant.

Assis parterre, les plans étalés, nous discutons le mérite des différentes propositions. Nous interrogeons nos parcours dans l'espace. Nous soulevons les problèmes. Nous anticipons l'ergonomie. Tout comme dans un projet informatique nous listons les enjeux.

Bien sûr, réaliser un plan avant le déploiement du monde est toujours chargé de sa propose incertitude. Nous verrons.

Vide Grenier

Quelle tristesse la France. À propos de la déchéance de la nationalité, mesure honteuse. Selon ce sondage, réalisé les 28 et 29 décembre sur un échantillon de 1 172 personnes représentatif de la population française majeure, 85 % des personnes interrogées se disent favorables à cette mesure, dont 62 % « tout à fait favorables ». Plus en détail, ce sont 80 % des sympathisants socialistes qui se disent pour, 64 % des sympathisants de la « gauche radicale », et également 64 % des sympathisants d’Europe Ecologie-Les Verts. Du côté des personnes se disant proches du parti Les Républicains, 93 % y sont favorables tandis que 96 % des sympathisants FN sont pour. Seules 5 % des personnes interrogées y sont « tout à fait opposées » – et 1 % seulement des 18-24 ans, qui se prononcent massivement en faveur de cette mesure.

À lire. Le texte de Pierre Joxe à propos de la déchéance de nationalité. Les égarements de l'exécutif. Oui, c’est bien « notre conception de la République », invoquée à juste titre par les Jeunes Socialistes, qui est en cause. Et qu’un socialiste adulte, encore jeune, mais déjà très mûr, puisse proférer qu’« une partie de la gauche s’égare au nom de grandes valeurs », cela rappelle de vieux et mauvais souvenirs.

May 01, 2016 10:10 AM

April 28, 2016

David Larlet

★ Déchirance de nationalité

Je réponds ordinairement à ceux qui me demandent raison de mes voyages : que je sais bien ce que je fuis, et non pas ce que je cherche.

Montaigne

C’est une situation difficile à décrire. Je suis un privilégié : je suis en bonne santé, j’ai une famille que j’aime, j’ai une boîte qui produit de la valeur pas uniquement marchande, je travaille au quotidien sur un projet solidaire et citoyen, je partage mes expériences via des écrits, des conférences et des cours.

Bref, je ne suis clairement pas à plaindre.

Et pourtant je suis victime d’un mal-être. Celui de ne plus me retrouver dans ma propre culture. Celui de me sentir étranger à mon propre pays. Celui enfin de ne plus pouvoir cautionner une telle mise en pratique de la liberté, de l’égalité et de la fraternité. Ce qui me met d’autant plus à mal, c’est que je considère être monté dans l’ascenseur social proposé par l’éducation nationale française pendant dix-sept ans et être rémunéré indirectement par l’État français depuis un an.

On fait mieux en terme de reconnaissance…

Partant de ce constat, il a fallu trouver un terre accueillante. Un lieu d’asile où il ne fait peut-être pas mieux vivre, mais vivre différent. L’Europe se radicalise et en paye le prix fort, l’Asie est sur une poudrière depuis bien trop longtemps, les États-Unis m’ont toujours fait peur, l’Amérique du Sud c’est l’inconnu, l’Australie c’est très loin et l’Afrique reste l’Afrique.

Le Canada est la solution de facilité.

En plus d’être une issue facile, ce pays m’attire depuis très longtemps pour diverses raisons et les récentes évolutions politiques n’ont fait que renforcer mon intérêt pour ce pays. Ce n’est donc pas qu’une fuite en avant, c’est aussi une envie partagée de découvrir une nouvelle culture et un nouvel environnement. Aller jardiner un autre coin de la planète.

Décollage prévu le 1er septembre pour Montréal.

La première question que l’on me pose lorsque je l’annonce c’est — OK, le froid mais aussi — ce que je compte faire professionnellement parlant.

Et je n’en sais rien.

April 28, 2016 11:00 AM

April 23, 2016

David Larlet

★ Mix-IT 2016

Quelques réflexions suite à Mix-IT :

  • « Ne pas faire de dégâts » r(é|ai)sonnera longtemps dans mes pensées sur l’éducation et l’enseignement. Merci Christian.
  • Lorsqu’une intelligence artificielle sera capable d’apprendre par elle-même ET de dépasser les raisonnements humains, la connaissance générale va changer d’échelle brutalement. Probablement jusqu’à un point que nous ne pourrons plus comprendre et sans retour, à rapprocher des réflexions de Paul Jorion. Merci Tim.
  • La forme de vie carbonée pourrait être un brouillon à évolution rapide d’une forme de vie à base de silice plus stable. Merci Matteo.
  • Lorsqu’on enseigne, se concentrer sur ce qui se passe ensemble et cette année sans attentes sur l’impact que l’on pourrait avoir dans le futur. Merci Christian.
  • Une conférence conviviale peut passer à l’échelle jusqu’à atteindre 600 personnes, avec des formats exploratoires, sans stress apparent. Merci Ninja-Squad.
  • L’Open Roadmap est une piste pour faire vivre un produit open-source avec une gouvernance multiple. Merci Matteo.
  • La modélisation de l’éthique est possible de manière informatique mais on n’en est plus là. On étudie aujourd’hui la possibilité d’une éthique collective à travers des agents autonomes éthiques réunis. Merci Nicolas.
  • Ne jamais aller en Antarctique sous peine d’être malheureux toute sa vie, on n’y marche qu’une fois. Merci Marie.

Un gros effort y est fait sur la nourriture, aussi bien pour le corps que pour l’esprit <3.

April 23, 2016 11:00 AM

April 22, 2016

David Larlet

★ Simplicité par défaut

Ce billet est un accompagnement à l’intervention donnée lors de Mix-IT. Je n’appelle plus cela des résumés car ce n’est pas forcément ce qui est exprimé le jour J, il s’agit davantage d’un complément.

Il s’agit de la suite de mes recherches relatives au minimalisme et à l’esthétique. J’ai choisi de faire une suite pour des raisons assez personnelles, une sorte d’introspection thérapeutique. La préparation de la précédente intervention m’avait mis dans un état assez douloureux d’incohérence entre mon quotidien et ce que je prônais. J’avais besoin d’aller plus loin pour identifier les raisons profondes qui me poussaient à la recherche de cette simplicité.

Paternité

  1. Ajouter des couches
  2. Changer des couches
  3. Enlever des couches
  4. Changer des couches
  5. Mettre des couches

J’en suis à l’étape 3 dans ma maturité en tant que développeur. La paternité change les priorités et je pense qu’elle a un grand rôle dans le fait de vouloir remettre le focus sur la valeur apportée plus que sur la technique. Me battre pour une meilleure expérience utilisateur plutôt que contre un framework, chercher à se faire plaisir davantage via ce qui est produit que par un contentement technique.

Je suis un expérimentateur en ce sens que j’écris pour me changer moi-même et ne plus penser la même chose qu’auparavant.

Michel Foucault

Lorsque j’expérimente aujourd’hui, ce n’est plus pour découvrir une nouvelle bibliothèque mais pour trouver de nouveaux moyens de simplifier un problème. Dans ce contexte, il est intéressant de re-questionner la page blanche (cache), de re-challenger certaines bonnes pratiques communément admises (cache).

Enseignement

Le fait de donner des cours m’a permis de réaliser à quel point nos outils sont complexes et élitistes. L’expression japonaise 「灯台下暗し」 (tōdai moto kurashi) prendre du recul pour avoir de la lumière (littéralement : il fait sombre sous la lanterne) me semble appropriée, ce sont les étudiants qui sont arrivés avec leurs lanternes et ont commencé à me faire sérieusement douter. Je leurs suis extrêmement reconnaissant de m’avoir ouvert les yeux et d’avoir pu creuser ensemble quelques approches possibles pour simplifier l’apprentissage des briques du Web.

The only reliable, widely used way to ensure impeccable software quality is to write less software that does less stuff, and then spend eons honing that tiny lot. Such an approach, however, is very rarely compatible with commercial success or even programmer motivations (despite what many may claim).

Software has bugs. This is normal. (cache)

La route a été longue et difficile car les étudiants ont des exemples complètement inaccessibles, energivores et à l’expérience utilisateur désastreuse. Nous avons une certaine responsabilité à encenser ce genre de sites, les dégâts chez de nouveaux apprenants sont flagrants et toute la profession en pâtit.

Leftpad

Every package that you use adds yet another dependency to your project. Dependencies, by their very name, are things you need in order for your code to function. The more dependencies you take on, the more points of failure you have. Not to mention the more chance for error: have you vetted any of the programmers who have written these functions that you depend on daily?

NPM & left-pad: Have We Forgotten How To Program? (cache)

J’étais en train de préparer cette intervention lorsque le fiasco leftpad est arrivé dans l’écosystème NPM. Du coup, j’ai eu immédiatement plein d’articles faisant une ode à la simplicité, à la réduction de dépendances et mettant en garde contre les couches d’abstraction. Merci Azer Koçulu, je pouvais difficilement rêver mieux :-). Je ne vais pas tirer sur l’ambulance mais ça illustre presque trop bien mon propos.

as your project progresses, your team’s productivity will drop because of all the complexity and dependencies. You’ll need more people to maintain it, and more people with specific knowledge to maintain it. If your lead developers leave, you’re dead. You should be fighting complexity and not embracing it. Every added framework, and even library, makes your project more difficult to maintain. Avoid unnecessary frameworks and libraries from day one.

Frameworks don’t make much sense (cache)

Jusqu’où aller dans cette démarche ? Par où commencer ?

Burnout technique

Maybe it’s not too late for you, though. Perhaps, like me, you aren’t feeling particularly overworked. But are you feeling irritable, tired, and apathetic about the work you need to do? Are you struggling to concentrate on simple tasks?

Then maybe what you’re feeling is burnout, too.

Avoiding the Trap (cache)

J’ai travaillé pendant un an et demi avec Mozilla sur la partie paiement du Marketplace puis sur le site des extensions de Firefox. Et depuis un an avec Etalab sur la plateforme datagouv. Dans les deux situations, j’ai passé davantage de temps à lutter contre les outils plutôt qu’à les apprécier pour le travail rendu. C’est terrible car ceux-ci sont censés théoriquement faire gagner du temps mais sur le long terme cela se révèle être faux dans mon cas.

Je me demande si je ne suis pas en train de faire un burnout technique, non pas par trop de travail mais par manque de contrôle dans mes outils.

Je ferais probablement un article complet sur le sujet car c’est un gros morceaux et je manque encore de recul.

The aesthetic microlith

Growth for the sake of growth is the ideology of the cancer cell.

Edward Abbey

Toutes ces raisons m’ont amené à étudier une nouvelle piste. Cette appellation est une combinaison du Majestic Monolith (cache) et des microservices. Je me persuade qu’il y a une voie différente entre ces deux extrêmes. Une voie qui limite les fuites d’abstraction (cache) afin de réduire la dette technique et de favoriser l’inclusion de nouveaux membres dans une équipe. Une voie qui ne demande pas de réécrire la moitié de l’application tous les six mois car une nouvelle montée en version majeure n’est pas rétro-compatible. Une voie où l’on ne raisonne plus en termes de features et de bugs mais d’expérience utilisateur et de satisfaction pour l’ensemble des parties prenantes. Un environnement qui permet de faire une pause dans les développements afin de prendre le temps de davantage considérer les besoins des personnes qui utilisent le produit.

We all want things to be simpler. But we may not know what to sacrifice in order to achieve that goal.

What Makes Software Good? (cache)

Dans cette recherche de simplicité, j’ai essayé de remettre en question chaque concept de programmation, chaque bonne pratique, chaque bibliothèque, chaque ligne de code. J’ai essayé de produire un prototype qui soit un peu plus conséquent que celui proposé à Confoo pour voir jusqu’où cela pouvait aller. Ce qu’il me manque c’est non pas du temps de développement mais du temps de vie du projet pour analyser les effets produits sur le moyen terme. Je devrais avoir l’occasion d’expérimenter cela avec scopyleft prochainement, ça sent la trilogie.

À court terme en tout cas, c’est extrêmement plus fun à coder et l’on arrive au résultat finalement aussi rapidement. Cela devient une matière beaucoup plus malléable, dont on connait les forces et les faiblesses car le périmètre est réduit. En contrepartie, certains cas aux limites vont être écartés et l’expérience de certains utilisateurs se dégrade plus rapidement. Ce n’est pas que le coût de prise en compte soit énorme, il s’agit davantage de le prendre en considération lorsque le besoin est réel.

Budgets

L’utilisation de budgets m’a été rendue familière dans le domaine de la performance avec une répartition de différentes dépendances pour ne pas dépasser un certain seuil. J’essaye d’étendre le concept dans mes prototypes :

  • Budget d’abstraction : ne pas dépasser 10 Mo pour son environnement Python ou Node par exemple. Ai-je bien compris les concepts sous-jacents de ces dépendances ? Comment un nouveau collaborateur va-t-il les comprendre ?
  • Budget d’embarquement : pouvoir installer en trois commandes, lancer en une seule et lire la documentation sur une page unique. Est-ce que le fait de devoir découper la documentation n’est pas emblématique d’un trop grand nombre de fonctionnalités ?
  • Budget de temps : une soirée de temps en temps, des interviews courtes (10 minutes), « une semaine de dev max ». Pourriez-vous recoder le cœur de votre produit en moins d’une semaine ?
  • Budget de test : la documentation est test, l’interface est test, la possibilité de tout tester manuellement rapidement. Quelle est la latence de vos boucles de feedback ?
  • Budget de LOC : au-delà de 5000 lignes de codes (incluant les dépendances !), le nombre de bugs potentiels (cache) devient ingérable (cache), analysez sur votre projet actuel à quel point il est difficile de s’y tenir !

Le point important de ces budgets ne réside pas tant dans la valeur choisie que dans la prise de recul que cela demande lorsqu’on atteint les limites. Est-ce que cette dépendance est vraiment nécessaire, est-ce que je suis prêt à retirer cette autre dépendance pour lui laisser la place, etc. Bien entendu, cette approche est critiquable et c’est ce qui fait tout l’intérêt de son expression et de vos réactions.

Élitisme

I call this kind of attitude the “Tea Party” of JavaScript development. The reason why we currently have JavaScript tooling fatigue is exactly because Tea Party developers insist on writing everything themselves instead of trying to build a better abstraction. The lesson here isn’t not fewer dependencies: it’s managing dependencies.

NPM & left-pad: Have We Forgotten How To Program? (cache)

Il est certain que faire la cuisine demande un peu plus de savoir-faire que de faire réchauffer un plat cuisiné. On en revient ici à la problématique de l’enseignement mais aussi de la perte des développeurs ayant de l’expérience pour des tâches issues du management. La combinaison des deux donne une profession qui ne sait se servir que du micro-ondes car elle n’a même pas conscience de saveurs qu’elle n’a jamais expérimentée. Cette situation conduit à la prolétarisation du développeur et à la perte de ses savoirs.

En contrepartie, repartir de la base demande moins d’expérience en terme d’outillage. Pour continuer l’analogie, il n’est plus nécessaire de connaître une dizaine de marques de micro-ondes pour être capable de faire réchauffer un plat sans relire la notice : la source de chaleur est là, ça chauffe lorsqu’on approche un aliment.

Réinventer la roue

There’s nothing wrong with aesthetic enjoyment, and the joys of free software are many and varied. […] But these pleasures do not translate into political outcomes unless they are wedded to explicitly political activities.

Reclaiming the Computing Commons (cache)

Peut-être y a-t-il un acte politique dans la simplification de certaines briques. Celui de comprendre et d’être en capacité de transmettre. Celui de proposer des alternatives un peu moins mainstream mais finalement enrichissantes aussi, souvent dans d’autres domaines.

Réinventer la roue permet de comprendre pourquoi est-ce qu’il y a rotation et quelles sont les parties importantes. Il ne s’agit pas ici de savoir fondre une jante et de calculer le coefficient de friction de la gomme d’un pneu. Il ne s’agit pas tant de ré-interroger le « comment » que de creuser le « pourquoi ».

Passer à l’échelle

The cleaner and nicer the program, the faster it’s going to run. And if it doesn’t, it’ll be easy to make it fast.

Joshua Bloch

Les retours que j’ai eu lors de la précédente intervention portaient essentiellement là-dessus. Il se trouve qu’en choisissant des solutions minimalistes, elles sont bien souvent plus rapides et davantage interchangeables. Ce n’est pas toujours le cas car elles peuvent se révéler être plus spécifiques également.

Tout le monde semble obnubilé par un passage à l’échelle avant même d’avoir un premier utilisateur. Considérant que la plupart des projets échouent pour bien d’autres raisons, il serait peut-être temps de réévaluer l’intérêt de dimensionner immédiatement les nouveaux services pour encaisser une charge qui n’arrivera probablement jamais…

Les problèmes de performances sont vraiment des considérations de riches et doivent être traitées en fonction du besoin. Elles peuvent être anticipées dans le cas d’événements majeurs mais sinon un simple serveur suffit amplement sans avoir à imager, dockeriser, virtualiser, etc.

Stabilité

“Whatever new we do must make it possible for people to make a transition from old tools and ideas to new.” In this sense, software is less like a poem and more like a contract, a constitution, or a covenant. Software is history, organization, and social relationships made tangible.

When Good Software Goes Bad (cache)

Le problème actuel d’utiliser des outils minimalistes c’est qu’ils sont peu employés ce qui demande souvent un plus grand investissement dans les communautés concernées. C’est aussi le sentiment d’appartenir à un petit groupe dont tous les membres travaillent sur un bien commun et le modèlent à l’image de leurs besoins et de leurs aspirations. Le rythme de développement devient aussi plus raisonnable car le périmètre est réduit à dessein.

La stabilité d’une plateforme est aussi améliorée par le peu d’outils employés aux effets de bords non contrôlés. J’ai tellement d’exemples sur le sujet accumulés depuis ces quinze dernières années que cela pourrait faire l’objet d’un billet complet !

Maintenance

Capitalism excels at innovation but is failing at maintenance, and for most lives it is maintenance that matters more

Innovation is overvalued. Maintenance often matters more (cache)

Le problème ici c’est que je n’ai jamais rencontré de projet qui réduisent leur complexité dans le temps. Que ce soit via des itérations de retrait ou des réécritures complètes on arrive toujours à des usines à gaz si l’on ne s’est pas fixé en amont — de manière consentie par toutes les parties prenantes — les budgets évoqués plus haut. Pourtant en restant à l’échelle du microlith, la maintenance se trouverait potentiellement réduite de beaucoup.

Si l’on s’en tient à l’estimation selon laquelle la maintenance représente 67% d’un produit (cache), il devient important de trouver comment réduire ce coût.

Conclusion

There are only two hard things in Computer Science: knowing how to admit you’re wrong and apologizing when you are.

Fogus

J’assume de pouvoir me tromper complètement sur le sujet. J’ai l’impression que la profession est en train de se scinder entre ceux qui suivent le rythme et ceux qui s’épuisent. Je propose ici une troisième voie qui me semble davantage soutenable tout en répondant à 80% du besoin et en utilisant des technologies récentes, il s’agit d’une descente créative chère aux adeptes de la permaculture.

Une forme de décroissance technique pour revenir aux fondamentaux sans pour autant s’en tenir à des expériences utilisateurs et développeurs de la décennie précédente.

Je n’ai pas l’impression d’être le seul dans ma démarche mais cela reste un mouvement minoritaire, ce qui est peut-être un atout. Là où les designers parlent de brutalité, j’évoquerais plutôt la frugalité avant même d’évoquer la composante éthique (cache) qui finie forcément par être chatouillée.

Discussions

Pas mal de réactions suite à l’intervention qui a plutôt été bien accueillie. Il s’agissait d’un public — plutôt SSII et plutôt familier avec Java — qui n’a pas forcément les mêmes contraintes que pour du développement web. Néanmoins, j’ai retenu quelques axes de discussion :

  • De nombreuses questions et réactions ont portées sur l’enseignement, sur la manière de découvrir par soi-même les limites d’un framework dans le temps imparti par exemple. C’est un sujet à part entière qui mériterait peut-être un billet dédié ou une intervention (ParisWeb ?).
  • La thématique des itérations de retrait avec la distinction entre retirer du code et retirer des fonctionnalités. Entre le faire au fil de l’eau et dédier une période à cela.
  • Sur la dualité valeur pour l’utilisateur et fun pour le développeur, sachant qu’avec du fun le développeur va vraisemblablement être en mesure de produire de la valeur plus rapidement.
  • Sur la capacité à avoir des métriques en fonction de la solution technique retenue. J’ai été assez inspiré par la keynote de Christian den Hartigh et sur son introduction de l’aléatoire dans les réponses. Peut-être qu’en choisissant aléatoirement une solution technique cela produirait d’autres résultats ?
  • Sur la question économique de la simplicité, moins de fonctionnalités équivalant à moins de temps/argent/pouvoir pour les développeurs.
  • Sur l’industrialisation qui n’est rendue possible qu’avec une stack figée et propre à l’entreprise plus qu’au besoin.

Et j’en oublie certainement d’autres, n’hésitez pas à expérimenter chez vous et à raconter vos propres histoires.

April 22, 2016 11:00 AM

April 16, 2016

David Larlet

★ Classements et listes

We have also learned something very disturbing – that search engines are influencing far more than what people buy and whom they vote for. We now have evidence suggesting that on virtually all issues where people are initially undecided, search rankings are impacting almost every decision that people make. They are having an impact on the opinions, beliefs, attitudes and behaviours of internet users worldwide – entirely without people’s knowledge that this is occurring. This is happening with or without deliberate intervention by company officials; even so-called ‘organic’ search processes regularly generate search results that favour one point of view, and that in turn has the potential to tip the opinions of millions of people who are undecided on an issue. In one of our recent experiments, biased search results shifted people’s opinions about the value of fracking by 33.9 per cent.

How the internet flips elections and alters our thoughts (cache)

L’article est effrayant. Je me demande dans quelle mesure notre opinion est dictée par le classement de ce qui nous entoure sous forme de listes. Imaginons un instant qu’il n’y ait plus la possibilité de faire des listes en HTML, quelles auraient été les conséquences dans la représentation d’un résultat de recherche ? Est-ce que la représentation d’un graphe aurait laissée davantage de choix au libre arbitre ? Est-ce qu’une navigation en trois dimensions produit inconsciemment d’autres cheminements de pensées ?

Le premier qui, ayant fait un classement, s’avisa de dire : Ceci est à vous, et trouva des gens assez simples pour le croire, fut le vrai fondateur de la société numérique.

Les GAFA et leurs bulles filtrantes n’ont pour seul modèle économique que de savoir faire une liste personnalisée. C’est un piège ! Cassons ces classements issus du siècle dernier fondé sur la compétition. Émancipons-nous d’une représentation du monde à une seule dimension. Le numérique nous autorise à créer de nouvelles façons de voir et de penser, saisissons cette chance !

April 16, 2016 11:00 AM

April 13, 2016

David Larlet

★ Information et états

L’information ressemble à l’eau, elle peut avoir différents états. La température de l’information est sa capacité à circuler. La pression est représentée par les liens. Les livres et les films sont à l’état solides. Les conférences et discussions sont gazeuses. Les tweets et les blogs sont à l’état liquide. Ce sont les frontières entre les états qui sont intéressantes. Le graal ultime pour les artistes est d’arriver au point triple entre les trois états.

La littérature comme happening, Thierry Crouzet lors d’ECRiDiL

Thierry a depuis publié un texte plus complet et illustré (cache) de son intervention mais l’essentiel de l’analogie est là. Ce qui m’intéresse ce sont les capacités que je peux avoir en tant que développeur à changer d’état mes productions. En archivant des tweets, je passe de l’état gazeux à l’état solide. En augmentant la fréquence de publication, je passe du solide au liquide, voire au gazeux. En baissant la température et en augmentant la pression, j’obtiens encore un nouvel état.

Ce qu’il manque au diagramme des phases, c’est la notion de temporalité. Ce n’est plus le point triple qui devient la quête ultime de la publication mais d’être en accord avec sa propre évolution sur le sujet. Ce point se déplace au fil du temps, oscille, se perd et éventuellement revient au point de départ sans avoir pour autant tourné en rond. La recherche de mon écriture n’est pas linéaire et franchit bien des marches irrégulières au cours du temps.

Aller puiser de l’eau ensemble n’en change pas sa nature chimique mais aura peut-être un impact sur sa saveur collective. Il faudrait que j’expérimente davantage dans ce sens, pas forcément dans une recherche d’amplification personnelle mais de simple évolution de l’écriture. Passer de la toile macroscopique du Web à celle microscopique d’une publication. Sans que mon cerveau se retrouve englué.

April 13, 2016 11:00 AM

April 12, 2016

David Larlet

★ Ce pas qui nous élève

« Ce pas qui nous élève - pour des écritures numériques créatives, un manifeste » de Luc Dall’Armellina, annoté et augmenté par Philippe Aigrain, Jean-Michel Lebaut, Annie Abrahams, Emmanuel Guez, Antoine Moreau, Jacques Rodet, Julien Longhi, Pierre Fourny, Stephan Hyronde est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Attribution 4.0 International CC-BY-SA. Cette oeuvre est libre, vous pouvez (l)également la copier, la diffuser et la modifier selon les termes de la Licence Art Libre 1.3 http://artlibre. org (dernière mise à jour 2 juillet 2014)

Texte découvert lors d’ÉCRiDiL et si la photocopie n’a pas tuée le livre, la mise en PDF du texte (cache) finira par l’achever. Le voici en version intégrale HTML :

L’école comme l’université ont trop longtemps asservi l’écriture au seul dogme de l’accès aux savoirs et à l’injonction de la communication.

Elles l’ont cantonnée à un rôle instrumental, en marge du sillage du capitalisme cognitif (Yann Moulier Boutang), à travers des modes de production industrielle des connaissances, la vidant peu à peu de ses dimensions artistiques, esthétiques et politiques (Luc Dall’Armellina, a).

La situation est telle aujourd’hui qu’écrire n’est plus pour la plupart des élèves et étudiants qu’un passage obligé, une compétence parmi d’autres, une technique qu’il faut bien manipuler puisqu’elle est nécessaire pour réussir à l’école, quelle que soit sa discipline.

Le drame de l’écriture ainsi (s)abordée est qu’elle soit envisagée au singulier, sans alliés, pas même la lecture, dont la pratique collective relève de l’exception. C’est une grande perte car c’est autour d’elle que se dessine, se forme et se révèle la qualité d’une attention (Alain Giffard), terreau d’une culture commune, par delà les langues, au coeur des pratiques de lecture, d’annotation, d’invention.

L’écriture contemporaine est devenue numérique : elle ne porte plus uniquement sur le texte du langage inter-humain mais aussi sur celui du langage humains-machines intégrant les boucles complexes et interactives qui nous lient tous. Il était prévisible que lecture et écriture en soient profondément transformées, altérées. L’écriture numérique agit de plus sur la nature même de la connaissance et en re-configure les modes d’existence (Stéphane Crozat, Bruno Bachimont, Isabelle Cailleau, Serge Bouchardon, Ludovic Gaillard).

L’écriture est devenue autre : fluide, fragmentaire, multiple. Sous nos yeux, sous nos doigts, elle est devenue hybride, trans-disciplinaire, avec plus ou moins de bonheur ou d’inquiétude pour toutes celles et ceux qui s’y livrent sur les réseaux, dans les jeux, sur les tablettes ou les ordinateurs. Les couches de langages superposés, constituantes des écritures numériques, induisent et co-produisent nos récits. Si techniques et écritures ont depuis toujours des destins mêlés (Friedrich A. Kittler), leurs codes comme leurs inter-relations sont aujourd’hui universellement partageables.

L’école reste encore en marge des pratiques d’écritures sur les réseaux, largement considérés comme sources de danger. Quel accompagnement à la culture numérique pour les élèves, les étudiants, les enseignants aujourd’hui ? Ces derniers ont pour mission d’initier les enfants du 21è siècle à des pratiques qu’ils ignorent souvent eux-mêmes, ce qui n’est pas un problème en soi, certains nous ont superbement montré (Joseph Jacotot) qu’on pouvait innover à partir d’une ignorance. Ce qui fait problème, c’est que nos institutions en charge de l’éducation cherchent encore à former à des « outils ». Cette vision réductrice empêche de mesurer que la révolution numérique est essentiellement culturelle, anthropologique. La question éducative portait jusqu’ici sur des compétences, des savoirs techniques et cognitifs mesurables quantitativement. Elle repose aujourd’hui sur une capacité à entrer en relation avec ses pairs, renouvelée par la curiosité, la créativité et la coopération, évaluables qualitativement. Le changement de paradigme est complet (Ken Robinson).

Après la révolution des logiciels libres puis celle des données open, c’est au tour de la pédagogie de devenir ouverte, coopérative, conviviale, et partageable (François Taddéi). Il ne s’agit plus aujourd’hui d’empiler des savoirs, d’ailleurs souvent accessibles sur les réseaux, mais de les articuler à nos expériences sensibles pour en faire des connaissances, puis des nouveaux savoirs. C’est cette boucle d’interactions qu’il nous faut construire ensemble.

Artistes, enseignants, formateurs, chercheurs, designers, auteurs, citoyens, nous déclarons la naissance des écritures numériques créatives, augmentées des pratiques d’ateliers d’écritures créatives en littérature, métissées des pratiques de workshop en art et design, pollénisées de celles des hacklab en développement de logiciel libre.

Nous déclarons révolu le temps des ntic et des tices qui ont découpé, chosifié, didactisé - assez doctement il faut le dire, à coups de stratégies d’usages et de procédures opérationnelles, dans des ENT (espaces numériques de travail) protégés comme des camps retranchés - des pratiques qu’il convenait surtout de découvrir avec attention et d’expérimenter avec curiosité.

« Un signe majeur de la déconnexion des élites est l’usage de l’expression « nouvelles technologies ». Ils parlent de « plan numérique » comme on planifiait la récolte de blé en URSS, cherchant à contrôler des choses qui ne sont pas contrôlables. » déclare Adrienne Alix de Wikimédia (Laure Belot).

Pourquoi dans les écoles, les salles de ntic sont-elles des endroits dont on veut sortir à peine entré ? Des ordinateurs et des étudiants alignés en rang d’oignon et l’enseignant faisant face au groupe, contrôlant les écrans de ses élèves : excellente recette pour décourager toute créativité !

Bougeons les tables, changeons les câblages arborescents au profit de grappes en étoiles. La table ronde permettra à chacun de se voir, de se sourire, de se parler, elle favorisera la convivialité, elle appellera la coopération, une pédagogie ouverte pourra naître. Avec une variété d’assises confortables, d’espaces modulaires, retrouvons les possibilités de notre corps discipliné par trois siècles de dispositifs contraignants (Michel Foucault, a). Créons des espaces dans l’espace, des temps dans le temps, des singularités dans le collectif.

Avec les écritures numériques créatives, nous entendons redonner au mot savoir son sens premier de saveur. Nous appelons créatives, les écritures numériques qui ne se contentent pas de produire des dispositifs, des œuvres ou des savoirs selon des modalités déjà connues, mais qui cherchent dans une co-élaboration émancipée, à mettre ceux-ci en question, en critique, en trouvant de nouvelles voies et formes, en fabriquant par percolation, hybridation, expérimentation. Il n’y pas de modèle pour qui cherche ce qu’il n’a jamais vu (Paul Eluard), aussi, si la littérature c’est ce qui change la littérature, alors pratiquons la sous toutes ses formes !

Pour ce faire, le temps des spécialisations disciplinaires doit cesser son dictat. Les pratiques sensibles doivent retrouver leur place avec les savoirs théoriques, avec les expériences techniques. Écrire n’est pas seulement noter ce que l’on pense pour ne pas l’oublier, mais se constitue en soi-même - et plus que jamais - comme un mode de pensée, qui doit pouvoir se décliner dans le texte donné à lire comme dans le code présidant à son apparition. A quand des ateliers croisant arts visuels, littérature, musique, programmation ? A quand d’autres croisant géographie, sciences économiques, design et data-mining ?

Les écritures numériques créatives œuvrent bien sûr avec les arts et manières de faire de la littérature et de la poésie, mais aussi – c’est leur différence avec les ateliers d’écritures créatives - avec ceux du design et de la programmation car le texte numérique a une forme, réglée par des conditions d’apparition et d’interaction qu’il s’agit de penser et d’expérimenter avec la précision d’une science et l’exigence d’un art.

Ces écritures font appel aux singularités de celles et ceux qui, augmentés en collectifs mixtes de praticiens, théoriciens, artistes, techniciens, n’aspirent qu’à s’élever même s’ils ne savent pas encore très bien comment se nommer (Mc Kenzie Wark). Peu importe, ils sont la communauté qui vient (Giorgio Agamben,(b)) et leurs productions parleront pour eux.

Ce qui s’appelle ateliers d’écritures en littérature, workshops en arts, fablab en design, hacklab en ingénierie pourra constituer en alternance, autant de moments fondateurs dans une culture des écritures numériques créatives. Ces lieux ont émergés des pratiques du réseau, des pratiques de leurs écritures. Ils sont irrigués par une pédagogie du faire et de la coopération, de la créativité et de l’invention, du partage et de l’émancipation. Ensemble, ces cultures peuvent doter l’école des moyens de participer créativement aux transformations majeures qui s’annoncent. Saura-t-elle s’y engager ?

Ces temps et leurs approches trouveront avantageusement leur place - transversale - dans tous les lieux, avec tous les enseignements, de l’école à l’université et en formation (Philippe Aigrain, (a)).

Quelle politique pédagogique, incluant la formation des enseignants et des citoyens tout au long de la vie innovera en proposant d’accueillir et de faire fructifier ces pratiques ? Quel projet pour porter et valoriser l’interdisciplinarité en partenariat comme socle fondateur ? Si les initiatives heureuses ne manquent pas (Café Pédagogique), y compris dans les institutions, les centres de recherche (projet PRECIP, COSTECH-UTC), elle se font encore en marge, avec des énergies individuelles, et beaucoup trop souvent contre l’institution qui ne sait pas les reconnaître, les épauler, en favoriser la fédération, le marcottage, l’essaimage.

Redonner au mot savoir son sens premier de saveur est une question d’exigence esthétique et politique. C’est aujourd’hui une urgence. La restauration de la saveur sera le premier pas vers une démocratie renouvelée, car derrière ce qu’on appelle les écritures numériques, avec le code, les machines, opère une certaine manière de faire : une culture singulière.

Singulière, c’est-à-dire porteuse d’une façon inouïe d’envisager nos rapports les uns aux autres, à l’économie, au savoir, à la connaissance, aux arts et aux techniques, à la science, à l’amitié, au collectif, à l’esthétique, au politique (Jacques Rancière (a)) : « L’homme est un animal politique parce qu’il est un animal littéraire qui se laisse détourner de sa destination « naturelle » par le pouvoir des mots. » Avec les écritures numériques en réseaux, est née la conscience d’habiter le même monde, et avec elle, celle de pouvoir créer, partager, coopérer en pleine conscience et en toute liberté (Olivier Blondeau).

Ensemble nous voulons concevoir l’acte d’écrire numérique créativement. Nous refusons les héritages idéologiques pesants qui maintiennent les pratiques d’écritures dans les corsets de l’utilitarisme ou de la spécialisation, mettant dos-à-dos les techniciens et les littéraires. Nous refusons les coupures disciplinaires, les clivages institutionnels, les protectionnismes administratifs, les oppositions stériles. Les arts contre les sciences, les humanités contre les techniques. Nous avons besoin de la liberté de les hybrider car nous sommes devenus des êtres hybrides (Bruno Latour) : arts, sciences, techniques, humanités.

« Être libre et agir ne font qu’un » dit Hannah Arendt. Le réseau des réseaux est libre - du moins y-a-t-il là un combat - et libres sont ses arts et manières de faire. Nous voulons sans entrave et dans le même mouvement :

écrire - penser - coopérer - expérimenter – résister - lire - apprendre - devenir - construire

// ce texte est le programme d’émergence

// des écritures numériques créatives

// libres échappées de la longue nuit des ntic

// avatars relevant des digital humanities

// après avoir listé les variables qui seront mobilisées

// nous les détaillons ci-après

écrire

Nous parlons, écrivons, lisons, tendus vers l’avenir. Nous vivons aujourd’hui à travers nos machines connectées, manipulant les signes de nos alphabets vieux de deux mille cinq cent ans. Nous pressons les touches de nos claviers-machines, à la suite des scribes qui marquaient avant nous la cire ou l’argile avec leurs stylets-calames.

A la différence des signes gravés, nos signes écrans semblent disparaître chaque nuit de nos moniteurs éteints. Mais le lendemain, la machine réveillée, ils reviennent d’un simple appel. Les voilà comme re-générés, formés de quelques traits agencés en vecteurs, scintillants de tous leurs pixels.

Le travail conjoint d’une puce calculante au silicium, d’une mémoire autonome et d’un algorithme produit une forme, un signe, un mot, une phrase, un paragraphe, un texte. Un clic et le voilà à l’autre bout du monde, partagé avec nos pairs lecteurs-scripteurs, dansant, glissant, sous leurs doigts.

Nos machines sont devenues les extensions connectées de nos cerveaux (André Leroi-Gourhan), rencontre pragmatique de nos recherches et de nos désirs. Sensibles savoirs.

Ecriture, histoire ancienne s’il en est, de la Mésopotamie à l’Egypte, de l’Amérique pré-Colombienne à la Crète, de l’Irak à la Palestine, de la Chine à la Syrie, de l’Angleterre à l’Amérique (Anne Zali). Sans cesse elle a changé de forme, d’outils, de supports et conséquemment, de pratiques. Des omoplates d’agneau aux carapaces de tortues, du marbre au parchemin, du papier à l’écran, de l’écran à l’architecture elle-même.

Nous n’avons de cesse, hier comme aujourd’hui, de jouer, rejouer, déjouer l’écriture, de la repriser comme un tissu aux bords sans fin, carte sur le territoire de nos pensées, telle celle que commandait, toujours insatisfait, l’Empereur du Milieu à ses cartographes (Jorge Luis Borgès).

« Si je devais écrire un livre pour communiquer ce que je pense déjà, avant d’avoir commencé à écrire, je n’aurais jamais le courage de l’entreprendre. Je ne l’écris que parce que je ne sais pas encore exactement quoi penser de cette chose que je voudrais tant penser. [...] Je suis un expérimentateur en ce sens que j’écris pour me changer moi-même et ne plus penser la même chose qu’auparavant. » (Michel Foucault, b).

C’est qu’écrire est en soi, une aventure, la tentative fragile, sensible et raisonnée de former une pensée singulière. Écrire c’est choisir une série de mots qui appartiennent à tous et qu’on fait siens dans un certain agencement, dans une respiration qui nous est propre.

Nous écrivons avec les mots des autres (Bakhtine) car la langue est ce qui nous rassemble tous et pourtant nous distingue chacun-e par la liberté du souffle et du style.

L’écriture dès ses origines, réussit à tenir ensemble la culture qui nous unit, et l’art qui nous singularise. C’est cette complétude qu’il nous faut retrouver dans les écoles. Il y a urgence ! Écrire dans notre hyper-modernité en réseaux est devenu une façon essentielle de faire lien, d’enrichir notre pacte démocratique en renouvelant nos arts et manières de de faire.

Quelques-uns nous ont montré qu’on pouvait le faire, avec exigence (André Schiffrin).

Si « écrire c’est (aussi) se livrer à la fascination de l’absence de temps » (Maurice Blanchot), la suspension du temps dans laquelle écrire prend place, est sans doute son point de fondation, la vacance par laquelle naît une pensée propre. Pensée qui ne doit rien à des usages pré-conçus ou formatés, rien non plus aux modes, et rien encore aux injonctions.

Écrire, c’est chercher aujourd’hui, avec le corps et l’esprit, avec nos extensions machiniques, un devenir, animal, humain, un devenir soi (Gilles Deleuze & Félix Guattari). Écrire, c’est avancer dans la nuit, attentifs aux lucioles (Pier Paolo Pasolini).

Écrire n’est pas garder une poire pour la soif c’est marcher avec ses semelles de vent, c’est lécher la rosée à même les brins d’herbe. Écrire, c’est porter attention à ce qu’on ne sait pas, c’est neutraliser ce qu’on croit savoir de façon à être nu devant le dire.

penser

La pensée qui se forge dans l’écrire, prend source dans un vacillement de la perception, et se constitue comme une aventure, entre émotion et savoir. Nos écrits sont trempés dans nos vies tissées par les techniques, dans des villes où nous prenons des bains de multitude.

Nous vivons l’entre deux ères des machines mécaniques industrielles et des technologies de l’esprit. Nos innombrables véhicules motorisés nous permettent de nous transporter physiquement sur les réseaux routiers. Nos ordinateurs reliés aux réseaux numériques, eux, nous permettent de lire, voire entendre, échanger à distance, voyages immobiles. Notre pensée contemporaine s’y forme dans une remise en jeu du je et du nous, confrontés-aux mais aussi reliés-par toutes ces machines qui nous environnent.

Machines de transport : avions, trains, voitures, motos, vélos, rollers, chacune ayant son rythme, ses fulgurances et ses fantasmes. Vitesse, fluidités, saccades, allongements, coupures, glisses, heurts, forment la matrice d’un dire à travers leur filtre.

Machines d’informations : télévision, radio, presse, réseaux numériques, ordinateurs, chacune imprimant son flux, son flow, son flu, son mode de circulation, de propagation, sa viralité. Quelques écrivains ont montré de belle manière, comment la fréquentation de ces machines altèrent nos représentations de leurs espaces-temps-mouvements singuliers imprimant leur climax : La prose du Transsibérien et de la petite Jehanne de France de Blaise Cendrars, Sur la route de Jack Kerouac, le Traité du zen et de l’entretien des motocyclettes de Robert M. Pirsig, Les autonautes de la cosmoroute de Julio Cortàzar, En voiture de François Bon, (...).

D’autres se sont attachés à mettre en récit les écritures numériques dans une vision sublimée ou extrapolée de ce qui ne nous offre pas moins de transports que les machines mécaniques, évoquant tour à tour fantasmes et dérives de ces technologies de l’esprit (Pierre Lévy, a) : Le monde de Morel de A. Bioy Casares, Scroogled de Cory Doctorow, Schismatrice de Bruce Sterling, In Milton Lumky Territory et Siva de Philip K. Dick, Idoru de William Gibson, (...).

C’est que « L’art ne consiste pas à mettre en avant des alternatives, mais à résister, par la forme et rien d’autre, contre le cours du monde qui continue de menacer les hommes comme un pistolet appuyé contre leur poitrine. » (T. W. Adorno).

coopérer

La forme, cette grande affaire de l’art, qui n’en reste pas moins un acte de résistance (Gilles Deleuze) est aussi un jeu (Donald Winnicott), qui rend la vie plus intéressante que l’art (Robert Filiou).

Écrire est devenu une activité telle qu’on peut la voir sous l’angle d’une anthropologie (Clarisse Herendschmit). Elle concerne aujourd’hui aussi bien la langue, les nombres, les codes, que le produit de leurs hybridations (Kathryn Hayles). C’est-à dire qu’elle forme et porte en germe les mathématiques et l’économie, la science, la technique et les technologies, les arts et la culture.

Le code est méta écriture, il détermine ce qui sera visible, audible, manipulable, quand, comment, et de quelle manière. Pour la première fois dans notre histoire, avec la programmation numérique les mots n’ont plus seulement une valeur sémiotique mais possèdent une efficience performative, en dehors de nous. On peut aujourd’hui écrire le code d’un programme qui commandera l’impression en trois dimension d’un objet physique : voilà un type d’écriture qui n’est pas moins singulier qu’un autre, poétique, littéraire ou philosophique.

Des codes libres circulent sur les réseaux dont il importe de devenir familiers à défaut d’en devenir experts. Il n’est pas anecdotique de remarquer que Pandoc (John Mc Farlane) est l’oeuvre logicielle d’un philosophe, que cet outil universel permet la conversion de documents en de multiples formats, qu’il est libre, gratuit, multi-plate-formes et fait partie - invisible - de nombreux systèmes partout sur le web.

Il existe aujourd’hui sur des plate-formes libres, un véritable éco-système partagé des environnements, langages (GitHub, Sourceforge), et outils d’écritures numériques (FramaSoft), qu’elles soient écritures d’annotations, de traductions, d’hypertextes, de collaborations, de combinatoires, de génération.

Des outils d’écritures numériques multiplate-formes programmables à l’aide de langage comme Processing sont nés du désir d’acculturer les artistes au code informatique (Casey Reas & Ben Fry) et les informaticiens à la culture des arts (John Maeda). Son code de programmation a été simplifié de façon à être compréhensible, autant que peut l’être une langue naturelle, il n’a pour autant rien à envier à d’autres langages quand à sa puissance.

D’autres ont souhaité expérimenter une approche logico-graphique de la programmation comme avec PureData (Miller Puckette) qui a d’abord été pensé pour le traitement du signal sonore et qui a peu à peu étendu ses capacités à tous les types de médias et de capteurs.

Ces deux logiciels sont libres, ouverts, gratuits et fédèrent une communauté mondiale active d’amateurs, de hackers (Eric S. Raymond), d’artistes (Antoine Moreau), qui documente ses codes sources, partage ses pratiques, invente sa culture. L’art en train de se faire se forme à leurs contacts : arts et design d’interactivité, de la performance, de l’installation équipée de capteurs, du son et de l’image.

Quelles écoles - non spécialisées - pratiquent et enseignent les écritures dans cet esprit aujourd’hui, à part quelques écoles d’art ? Où se pratique donc la programmation envisagée comme un des beaux-arts (Pierre Lévy, b) ?

A l’heure des pratiques coopératives numériques dont les fab-lab, hackerspaces et autres medialabs, sont devenus les lieux vivants, eux-mêmes issus de la culture du logiciel libre (Richard Stallman), une voie s’est ouverte, qui rend ou rendra bientôt caduque l’enseignement tel qu’on l’a conçu jusqu’ici parce qu’il a fait l’impasse de la convivialité (Ivan Illich). Il ne suffit pas de déclarer l’école émancipée parce que bien équipée en matériel numérique, encore faut-il que le monde y entre tout entier, que les codeurs, danseurs, conteurs, artisans, poètes, musiciens, écrivains, techniciens, artistes y aient une place d’invités réguliers, de partenaires, d’amis.

Il faut encore qu’il n’y ai plus l’école d’un côté et le monde de l’autre, mais que le monde vive à l’intérieur de l’école. Il faut pour cela des enseignants passeurs, des enseignants à même de circuler entre les savoirs, collaborant avec leurs pairs de toutes les disciplines, des enseignants médiateurs dans une école généreuse, ouverte et accueillante.

Il ne s’agit pas seulement de former aux langages et aux outils mais d’en accompagner les pratiques coopératives en réseaux, les arts, la culture ! Le numérique relève moins de difficultés techniques que d’une préparation culturelle attentionnée car c’est d’une autre façon de faire société dont il est question. Artistes, enseignants, élèves-étudiants, développeurs doivent pouvoir tisser des liens, se comprendre, co-élaborer le tissu du texte numérique contemporain que les spécialisations ne permettent plus d’appréhender créativement.

Nous sommes là, attentifs sur nos lieux de vie, ateliers, classes, amphis, écoles, fab-labs, sur les réseaux, c’est-à-dire sur le terrain, tous à espérer qu’enfin l’école change, qu’elle mute, qu’elle rende possible, qu’elle s’ouvre au monde qui cogne à sa porte !

expérimenter

« Oui, je suis un criminel. Mon crime est celui de la curiosité. » déclarait Loyd Blankenship, (alias The Mentor) juste après son arrestation en 1986, dans son manifeste du hacker.

Les modalités actuelles de l’éducation et de l’enseignement sont partout mises en crise par la curiosité, l’expérimentation, la coopération, l’esprit d’invention, propres aux manières de faire contemporaines (Neil Gershenfeld) et qui ont déjà été expérimentées à l’école (Célestin Freinet, Fernand Deligny). Quelle excellente nouvelle pour nous tous !

Et pourtant l’école comme l’université, toutes occupées à la reproduction de leur fonctionnement, n’ont pas encore été en mesure de reconnaître, donc de s’approprier ces approches novatrices dont nous, nos enfants et les leurs ont/auront crucialement besoin. La recherche créative engendre ses propres moyens d’élévation des êtres, d’une façon incomparablement plus profonde que ne l’ont jamais été la course aux savoirs et au premiers rangs de classements qu’on aura oublié demain.

Si l’école et l’université ne changent pas radicalement leur modus operandi, elles deviendront comme ces arbres immenses, secs et isolés, qui ne savent plus attirer vers eux que la foudre. Autour d’eux un paysage nouveau apparaît doucement, se couvrant ça et là de petits îlots de verdure tendre : arts et manières de faire du libre.

Du top-down au bottom-up ! Vite ! Le temps presse ! Les anciennes institutions peuvent encore prendre part aux mutations en cours et ré-inventer leur rôle, en s’appuyant, relayant, accompagnant les heureuses initiatives de leurs bases, en cherchant comment les fédérer sans les étouffer. Il y a urgence, les initiatives créatives ne manquent pas !

Il est de première importance que les écoles et les universités reconnaissent et organisent la pratique de toutes les écritures avec créativité : littéraires comme programmatiques, pas seulement au sein des filières spécialisées, mais dans toutes les écoles. Comme on le fait avec une langue étrangère : par la pratique, le jeu, la culture. Créons des ateliers de lecture et d’écriture du code, inventons les approches discursives des n dimensions de sa culture, trouvons l’espace d’analyse critique des formes d’arts qu’elle invente ou auxquelles elle participe... et connectons cette culture aux écritures littéraires que nous pratiquons déjà.

L’écriture numérique créative prend naturellement sa place dans les contemporaines et transdisciplinaires humanités numériques (Marin Dacos et al.) : arts et cultures et techniques. Ce « et » fait toute la différence avec le mode « ou » des régimes éducatifs précédents. Exit l’esprit de concurrence que l’élitisme a instrumentalisé en prétextant l’excellence, place aux puissances infinies de l’esprit de coopération ! C’est d’elle dont les enfants d’aujourd’hui devront être les experts demain.

résister

Il en va de l’écriture du code comme de celle des mots à la naissance des alphabets, elle reste encore aujourd’hui l’apanage des nouveaux scribes. Elle peut mener au désastre d’une confiscation du pouvoir par quelques castes, elle peut aussi devenir un formidable vecteur d’émancipation des individus (Open Classrooms). A nous de peser, d’opposer, de proposer.

Si l’écriture numérique créative a des pouvoirs, nous avons des responsabilités, la première est de prendre toute la mesure de ses puissances. Loin de ne concerner que les individus, loin d’être réduite à des « usages », l’écriture numérique créative suscite par ses pratiques, la collaboration qui conduit à voir le monde avec les yeux des autres.

L’écriture dont l’école a aujourd’hui besoin est celle-ci, plurielle, créative, hybride, littéraire, technique, artistique, philosophique, si l’on veut vivre ensemble dans la complémentarité et la coopération (Denis Kambouchner, Philippe Meirieu, Bernard Stiegler, Julien Gautier, Guillaume Vergne), si l’on veut que chacun puisse vivre une augmentation de son être dans ce mouvement même qui augmente l’autre avec qui il est en relation. C’est là, littéralement, l’origine du mot « auteur ».

Il nous faut pour cela résister créativement et collectivement à la cage numérique dorée que les grands groupes (Apple, Amazon, Google, Facebook) nous ont fabriquée en nous promettant que c’est pour notre bien. Si notre servitude est volontaire, c’est que nous les laissons croire que leurs services sont faits pour nous. Mais nous avons moins besoin de leurs services que de moyens d’émancipation. Nous devons résister à leurs sirènes car nous n’avons dans leurs plans qu’une place d’objets, de consommateurs, et non de sujets pensants et agissants.

Il nous faut, en sujets libres, inventer nos lignes de désirs, rendre poreuses et circulables les voies étanches des spécialisations qui isolent aujourd’hui les lettrés des non lettrés du numérique.

L’écriture numérique créative a le pouvoir de réunir les conditions de l’augmentation des êtres par l’élaboration, le partage et la confrontation des idées nouvelles, par l’enrichissement des pratiques communes et des expressions singulières afin que chacun-e y dessine sa vie dans l’interaction du regard des autres.

L’école comme l’université doivent pour cela opérer une révolution d’importance inédite (!) : rompre avec la fabrication des têtes bien pleines (Michel de Montaigne) assujetties à l’esprit de compétition... car cette mutation reste encore à accomplir.

lire

« L’astronome qui lit une carte d’étoiles disparues ; le tisserand qui lit les dessins complexes d’un tapis en cours de tissage ; les parents qui lisent sur le visage du bébé des signes de joie, de peur ou d’étonnement ; l’amant qui lit à l’aveuglette le corps aimé, la nuit sous les draps (...) - tous partagent avec le lecteur de livres l’art de déchiffrer et de traduire des signes. » Alberto Manguel

Les singularités créatives dont notre époque a besoin, ne naitront pas d’enseignements spécialisés défendus par des lobbys, dont le modèle s’est vidé de sens, mais de l’expérience attentive, progressive, ludique et informée des savoirs sensibles, scientifiques et techniques tissés ensemble.

Nous pourrions (re)faire nôtre ce mot de Voltaire qui dit qu’un homme qui ne lit pas une plume à la main est un homme qui dort. La lecture partagée doit redevenir une pratique indissociable de celle d’écrire (Philippe Aigrain, (c)). Elle le doit pour participer de notre éveil. Elle le doit car lorsqu’on lit, c’est notre corps, notre voix qui soufflent un texte pour le former. La pratique des écritures numériques créatives nous le fait curieusement redécouvrir.

Il nous faut chacun-e, retrouver notre souffle, en redevenir familiers. De par le monde, on appelle les vents alysés, baguio, bolon, chergui, hurricane, bise, sonora, tramontane, mistral, ou encore loo, eurus, ghibli (...) parce que chacun d’eux est singulier, porte une histoire, une mémoire, une culture, un parfum, un style. De même, l’expérience du souffle de lire est humainement irremplaçable, c’est une praxis : une expérience esthétique qui porte dans sa pratique, ses questions réflexives et critiques (Antonio Gramsci).

« Si tu es seul à rêver, ce n’est qu’un rêve, si vous rêvez à plusieurs, c’est la réalité qui commence ! » dit une chanson populaire brésilienne.

L’acte de lire a été envisagé depuis toujours comme un acte cognitif, savant, technique mais parfois aussi comme un art. Un collectif d’artistes et développeurs (Téléférique) a créé en 2003 le projet Reader, véritable utopie de la lecture collective, soutenue par une réflexion artistique, philosophique et par la création d’un langage d’affichage temporel du texte (TRML). Les séances de lecture collectives qu’ils ont données en public ont marqué les mémoires et changé les représentations de ce que nous pensions devoir rester un acte individuel.

Annie Abrahams dont les travaux portent sur les communications inter-humaines, développe des performances de lecture-écriture sur le web et en présence. Dans le projet Reading Club qu’elle réalise avec Emmanuel Guez depuis 2013, les participants présents et distants lisent, écrivent, commentent, font et défont un texte, dans un jeu intertextuel et à l’intérieur d’une arène interprétative (Annie Abrahams, Emmanuel Guez). Les artistes mettent en scène, en images et en situations, le processus d’interaction, d’interprétation et de création qu’ils expérimentent en performance.

Lire, c’est accepter d’interpréter ce qu’on a sous les yeux comme si c’était la première fois qu’il s’y présentait, mais à vrai dire c’est toujours la première fois car jamais on ne se baigne dans le même fleuve.

Lire, c’est permettre à son esprit de trouver la liberté de parler à travers son propre corps, même en silence. C’est rendre ce corps attentif, à même de traduire les mots en souffle sensible. Lire c’est encore vivre cette intime réconciliation du corps et de l’esprit qui se partage collectivement dans la lecture à voix haute.

On dit (Wikipédia) que le verbe « lire » revêt aussi un sens plus général, celui de lire les signes des temps. De cela aussi nous avons besoin, non pour être des devins approximatifs mais pour devenir simplement des contemporains courageux (Giorgio Agamben, (a)).

apprendre

L’humanisme né de l’imprimerie a libéré la lecture : elle a cessé d’être le privilège des clercs, elle est devenue un moyen offert à chacun de construire sa réflexion et de se confronter au monde.

L’humanisme né avec le numérique libère de surcroît l’écriture : elle a cessé d’être l’apanage des professionnels de la littérature et du savoir, elle est devenue un moyen offert à tous de participer à l’intelligence collective du monde.

À l’école en particulier, il devient par exemple impératif de libérer la littérature des manuels scolaires. Le numérique permet de réinventer-revitaliser-réenchanter le texte, tant il suscite de nouvelles façons de lire, créatives, intrusives, collaboratives, tant il permet de dépasser la tradition de la métatextualité (la culture de la glose, la pédagogie de l’enseignant en chaire) pour s’adonner aux bonheurs de l’intertextualité, de l’intratextualité, de l’hypertextualité, de la textualité numérique…

Le texte est à envisager désormais non comme simple objet (à lire, à étudier), mais comme support d’activités de lecture-écriture-publication, afin que par lui aussi l’élève se constitue comme sujet, sujet de sa langue, sujet de sa représentation du monde, sujet de sa construction de soi et de son rapport aux autres.

Autrement dit, par le numérique, la chance est enfin donnée aux pédagogues de faire de la littérature une pratique, démocratique, et du texte une relation, comblante.

devenir

« Fais le pas qui t’élèves. » J’ai vu, comme d’autres, cette inscription écrite à la craie blanche sur le mur d’un couloir de l’université Paris 8, entre le département d’arts et celui d’hypermédia. Elle y est restée lisible les quatre années qu’a duré ma thèse, et ce malgré l’incessante activité d’ajouts-retraits-recouvrements de graffitis et d’affichages tout autour d’elle. Cette petite phrase a finalement été recouverte d’une couche de peinture blanche après des travaux de rénovation. Fragile mémoire.

Le défi des institutions école, université, est de vivifier l’enseignement de l’écriture et de la littérature avec la culture et les pratiques numériques de sa création contemporaine (Luc Dall’Armellina, b). Mais, fluides, légères, ces pratiques débordent cependant de toutes parts toute idée de disciplines. Il s’agit d’ouvrir un espace-temps pour l’écriture numérique créative, comme pratique transversale, inter-disciplinaire, sensible, technique et critique, de l’école à l’université et en formation tout au long de sa vie.

Ce défi est lancé à des institutions dont le mode de gouvernance est sclérosé par des modèles d’organisations hiérarchiques verticales produisant concurrence, défiance, violence. Nos vieilles institutions peinent à relever les défis culturels contemporains de créativité et d’invention, dans les domaines de la formation, de la recherche, de la coopération locale et internationale, soit au moins trois de leur six missions (loi 2013-660 du 22 juillet 2013 sur l’enseignement supérieur et la recherche). Il nous faut agir, transformer les gouvernances, retrouver des institutions à échelle humaine, celle du village (Yona Friedman).

Le défi des accompagnateurs - ensemble hybride de formateurs, d’enseignants, d’artistes, d’auteurs, de musiciens, de chercheurs, de citoyens - est d’aborder les écritures numériques créatives par les arts littéraires (François Bon), mais aussi d’en mesurer les influences et zones de contact, de partage avec les arts visuels (Pierre Ménard), cartographiques et sonores (Cécile Portier), performanciels, narratifs et poétiques car la littérature-monde (Marc Jahjah) les traversent comme jamais auparavant

Leur défi est encore de dépasser le commentaire des œuvres de littérature (numérique ou non) ses outils, langages, esthétiques, pour accompagner les pratiques d’écritures sous toutes leurs formes, connues et à naître. Les accompagnateurs chercheront à ne pas réduire le nouveau au connu mais à favoriser l’émergence de l’esprit d’invention dont tous, nous sommes capables (Joseph Jacotot, Jacques Rancière (b)).

Le défi des pratiquants (élèves, étudiants, chercheurs, auteurs, formateurs, etc) est d’oublier les cours qui se consomment. Leur défi est de coopérer dans un groupe de création et de réflexion artistique et technique.

Leur défi est de lâcher prise afin d’expérimenter dans le même mouvement, la création littéraire en médias d’écriture-lecture, l’écriture des codes performatifs de leurs apparitions, et l’invention d’une esthétique singulière. A partir d’une pratique personnelle et collective mêlée, faire émerger des questions inédites, hybrider des techniques, créer des œuvres, former des idées, inventer des outils.

construire

On pourrait à cet endroit demander : pourquoi les écritures créatives numériques constituent-elles un enjeu si important aujourd’hui qu’il faille un manifeste pour les servir ? Peut-être parce que l’écriture, à chaque fois qu’elle a changé de supports d’inscriptions, a profondément révolutionné nos manières de dire, de penser et de faire en étendant et en externalisant continuellement notre mémoire dans des médias et des technologies.

La naissance de l’écriture a permis la naissance du droit, des villes, de la monnaie, du commerce, de la géométrie, des religions monothéistes. L’invention de l’imprimerie a permis les échanges mondiaux, la monnaie imprimée, la science, la littérature et la démocratie modernes (Michel Serres).

Le troisième temps de la révolution des écritures est celui que nous vivons depuis le MEMEX (Vannevar Bush), c’est celui d’une mutation avec ces deux précédents. Il s’agit de s’affranchir des anciens cadres, non parce qu’ils ne sont pas bons mais parce que le poids patrimonial et institutionnel qu’on leur a conféré empêche et retarde l’expérimentation des modalités dont nous avons besoin aujourd’hui pour construire notre présent en pensant à demain.

Les écritures numériques créatives que nous appelons de nos voeux peuvent et doivent participer à re-construire l’« espace potentiel » (Donald Winnicott) ouvert par le jeu, à la base de toute expérience culturelle partageable.

Cet espace potentiel qu’est l’Internet depuis ses débuts, est aujourd’hui mis en péril, menacé dans sa neutralité (La Quadrature du Net) par des choix politiques et économiques qui l’orientent vers un dispositif de contrôle généralisé. Quel(s) politique(s) mesure(nt) que c’est de l’éco-système créatif de nos démocraties dont il s’agit ?

Oui, les écritures numériques créatives ont la capacité de redonner à l’écriture-lecture son pouvoir d’émancipation personnelle par la restauration des puissances d’agir des individus (Martha Nussbaum).

Oui, elles sont à même de porter la fabrique et l’exercice du pouvoir critique d’une pharmacologie des technologies numériques (Bernard Stiegler, Ars Industrialis). Oui, elles ont la forme et l’ambition de contribuer à l’augmentation des êtres par l’expérience des arts (John Dewey), visant une pratique techno-esthétique partagée des biens communs (Philippe Aigrain, b) au sein d’un processus civilisateur (Milad Doueihi).

Un manifeste, parce que les temps, les pratiques et les sensibilités mutent depuis cinquante ans à grande vitesse, mais que les institutions école et université en charge de les accueillir, de les faire fructifier, de les valoriser et de les fédérer sont encore pétrifiées dans leurs rigidités et ne mesurent pas l’urgence de faire peau neuve.

Partout où nous le pourrons, sans attendre, en braconniers s’il le faut, donnons aux écritures numériques créatives, le pouvoir qui est le leur, celui de nous éclairer.

Faisons ce pas qui nous élève.

April 12, 2016 11:00 AM

April 11, 2016

David Larlet

★ Économie de l’extraction

Nous sommes en passe de vivre un changement de paradigme : la transition d’un Internet de la publication à un Internet d’émission est engagée.

[…]

Ce changement de paradigme ne va-t-il pas changer aussi la manière que nous avons de percevoir notre expérience numérique ? Il est peut-être judicieux de commencer à envisager des scénarios d’usage où les utilisateurs seraient de moins en moins engagés dans une « contribution » désirée, et de plus en plus enfermés dans une logique d’« extraction » systématisée.

Qu’est-ce que le Digital Labor ?, Antonio A. Casilli

On a beaucoup parlé de l’économie de la contribution, du partage et de la collaboration. Quid d’une économie où ces données ne sont pas publiées intentionnellement mais à notre insu ? Il s’agit bien là des enjeux des buzzwords Big Data et Internet of Things : passer de la publication volontaire et contrôlée à l’émission continue et ubiquitaire.

Je me demande dans quelle mesure la crise auto-proclamée actuelle est une réponse inconsciente à ce changement de rapport à soi-même et aux autres. Dis-moi ce que tu consens à perdre et je te dirai qui tu es. Certains se tiennent actuellement debout dans la foule anonyme du parc d’attraction (cache) là où d’autres ont choisi la radicalisation communautaire en pair à pair. Actions-réactions. Différences d’échelles et d’impacts. Les uns émettent, les autres génèrent. Il y aurait beaucoup à apprendre des cellules terroristes pour employer ces méthodes à d’autres fins.

Je ne crois plus à l’AG du grand soir qui va soulever les foules et être à l’origine d’un grand mouvement citoyen conduisant à la démocratie, je ne crois plus non plus aux colibris devenant Canadairs qui s’épuisent en se donnant bonne conscience. Je crois par contre à la puissance du réseau des relations humaines et à une intensification brutale du maillage associé, potentiellement par la technique. Mais cela nécessite de rester acteur de son réseau, le passage à l’émission nous fera perdre cette force. La liberté se donne, elle ne se cède pas.

Si l’on n’y prend pas garde, ce changement d’économie pourrait insidieusement correspondre au statu quo de notre société. Du tous ensemble au tous connectés là où l’on aurait besoin d’un tous conscients.

Pour quelle économie travaillons-nous ? Vers quelle société allons-nous ?

April 11, 2016 11:00 AM

April 05, 2016

David Larlet

★ Confiance et certification

Dans le contexte économique actuel d’une explosion de l’emploi indépendant, avec une augmentation de 85 % entre 2000 et 2013, certains imagent qu’il pourrait y avoir des places de marchés autonomes et sécurisées où le travail et les contrats seraient hébergés et opérés par une blockchain.

Les frontières des organisation classiques sont ainsi remises en cause avec la blockchain avec l’émergence d’organisations coopératives décentralisées d’un nouveau genre.

Compte-rendu du petit-déjeuner Blockchain du 9 Mars 2016 (cache)

J’ai un peu de mal à voir associées les coopératives fondées sur la confiance et la blockchain qui propose un consensus certifiant et décentralisé. Ici la complexité des relations humaines s’oppose à la complexité des preuves de travail algorithmiques. Chacune demande du temps, dans un cas de construction sociale dans l’autre de calcul pour miner, mais il s’agit finalement de leur seul point de ressemblance.

Les relations de confiance ne peuvent être contractualisées. Auquel cas elles perdent leur intérêt du fait de leur délégation, fût-elle décentralisée. Au passage relire la conclusion de ce billet me fait doucement sourire après le fiasco leftpad (cache) :-). Or, une coopérative est un tissu de confiance et de solidarité, c’est ce qui fait sa résilience et ce qui la rend si… humaine.

En fait, rappellait Noémie de Grenier, pour se prémunir des risques d’auto-exploitation, l’organisation collective reste la meilleure réponse. Si la coopérative se défend d’être l’unique solution à l’ubérisation, Noémie de Grenier souligne que “l’individualisation induit toujours de la précarité”. Le travail isolé et précaire n’est jamais émancipateur.

Quelle est la meilleure réponse à l’ubérisation ? Les collectifs ! (cache)

N’en déplaise à AlphaGo, la modélisation de nos interactions est loin d’être maîtrisée par la froideur algorithmique. Si nos comportements sont réguliers et monotones d’après Dominique Cardon, il n’en reste pas moins que nos sentiments, notre créativité et la richesse de nos interactions le sont moins.

Faut-il pour autant rejeter la solution technique pour réunir des personnes ? Bien sûr que non, mais il faudrait peut-être s’en tenir au terme de mutualisation plus que de coopérative qui repose sur des valeurs autres qu’un intérêt économique commun.

Il y a un réel enjeu de société ici que le web a (peut-être ?) perdu avec le temps. Avec quels types de liens veut-on tisser nos relations ?

En déplaçant le débat de l’intelligence collective vers la gouvernance algorithmique, on a défait le lien tenu et fragile qui faisait du web des communautés un espace dans lequel les contributions individuelles entretenaient un lien avec des formes collectives.

[…]

Il y a quelque chose de paradoxal et de particulièrement ambigu dans les ressorts norminatifs du discours d’économisation du web. Pour critiquer le pouvoir économique des plateformes, il mobilise une anthropologie individualiste qu’il a par ailleurs rendue responsable de l’affaiblissement des pratiques coopératives du web des pionniers.

Qu’est-ce que le Digital Labor ?, Dominique Cardon

Je recommande vraiment cet ouvrage co-écrit avec Antonio A. Casilli.

April 05, 2016 11:00 AM

Karl Dubost

Quelques notes sous imap

Couple vu de dos Tsujido, Japon, 30 décembre 2015

Écrivain. quelqu'un qui croit sentir que quelque chose par moments, demande à acquérir par son entreprise le genre d'existence que donne le langage.

Julien Gracq, En lisant, en écrivant.

Avec Olivier, nous nous sommes plusieurs fois demandés si nous pourrions utiliser IMAP pour gérer un carnet Web. Olivier m'a relancé récemment en réalisant que l'appli Notes de Apple disponible sur iOS et MacOSX fonctionne avec n'importe quel compte IMAP. L'application créée une boîte aux lettres par dossier et y garde les notes au format RFC2822.

L'identifiant côté Apple est X-Uniform-Type-Identifier: com.apple.mail-note. Donc j'ai commencé à chercher un peu. Notes ne créée pas de dossier dans ~/Library/Mail mais en effet, il y a bien un dossier dans le serveur distant. Les notes sont gardées localement dans ~/Library/Containers/com.apple.Notes/Data/Library/Notes. J'ai décidé d'explorer un peu plus.

Un des problèmes est qu'il semble impossible de créer plusieurs dossiers sauf bien sûr si nous utilisons iCloud. Dommage.

Vide Grenier

Poursuivre la discussion entamée hier à propos de a cashless society. Remettre votre patrimoine dans des mains privées ne vous effraie pas parce que c’est déjà là qu’est l’essentiel de vos économies ? L’État pourra bloquer, filtrer, interdire, contrôler en détail tout échange. Aujourd’hui ça semble ridicule mais ça aurait fait peur il y a 55 ans en Algérie, il y a 70 ans en France, il y a encore 100 ans en France, et on peut probablement remonter plus loin par sauts de 30 à 70 ans maximum.

La méritocratie est un système de valeurs élitiste. Le pouvoir de modifier est tenu par ceux qui possèdent le capital. Dans le cas de l'informatique, ce pouvoir est aux mains de ceux qui ont le capital connaissance, l'expertise du code. Ce système n'a rien d'égalitaire. C'est le bon vieux système de dominance de certains groupes sur les autres, tout en faisant croire à l'illusion que tout le monde peut participer. La méritocratie fondée sur la technique ne peut que produire de la complexité inutile pour grimper dans la pyramide en asseyant son pouvoir. Les dissonants en sont alors réduits à forker ou se taire, les simplificateurs à rester dans l’ombre.

Faut-il moins publier pour mieux publier ? Alors que je déteste ça d’habitude, j’ai de nombreuses résolutions en tête pour 2016. La première, ce sera de me concentrer sur ce qui est vraiment important et d’ignorer le reste, de ne pas m’en soucier (ou en tout cas le moins possible). Devenir père m’a naturellement guidé vers ce besoin. La seconde, ce sera de publier moins pour publier mieux. Écrire, toujours autant, mais ne dévoiler que le meilleur, ou en tout cas ce qui aura suffisamment mûri pour être digne de voir le jour. Ne pas hésiter à prendre le temps, ce que je n’ai pas fait depuis un bon moment. Élaborer une réflexion, la pousser dans ses retranchements, qu’ils soient idéologiques ou narratifs. Appliquer à l’art les principes que j’estimerais justes pour l’industrie : produire en moindre quantité et de meilleure qualité. Après la frénésie des dernières années, je me suis assez entraîné. Désormais, je m’inspirerai du kyūdō (弓道, litt. « la voie de l’arc »). Dans cet art martial japonais, on ne décoche sa flèche qu’au terme d’une patiente analyse du contexte. C’est une question d’harmonie, de cohérence, mais peut-être aussi de survie.

April 05, 2016 08:18 AM

April 02, 2016

Karl Dubost

Une jeune pousse

Mur et lierre Tsujido, Japon, 30 novembre 2015

Aucun vers n'est aussi lourd que le vers de Baudelaire, lourd de cette pesanteur spécifique du fruit mûr sur le point de se détacher de la branche qu'il fait plier. Comme la sève se change en succulence inerte dans le fruit où elle s'accumule, il est capable—de transmuer le sang noir d'une existence en un bloc stabilisé de saveur compacte et comestible.

Julien Gracq, En lisant, en écrivant.

Une pousse au-dessus d'une branche morte, la nature trouve le sens de l'espace.

Dans la notion de cashless society, on oublie souvent le principe bi-directionnel du cash. Tout le monde peut potentiellement payer ou recevoir des sommes d'argent équivalentes sans systèmes coûteux. Le problème est peut-être aussi en partie là. Le fait qu'il y a une forte dissymétrie. Ce n'est pas tant du cashless que du DebitOnly. Pour qu'un système soit plus égalitaire il faut permettre la réciprocité d'actions.

April 02, 2016 05:35 AM

Les remous du changement

Livre et Camélia Tsujido, Japon, 28 décembre 2015

En fait, on n'a jamais cherché à serrer de près les relations du romancier et de son sujet avant : avant le moment où il va commencer à l'écrire, c'est à dire à jouer sa chance. L'acte de l'écrire rature à peu près tout souvenir de cette période d'incubation parfois très longue, parfois très courte : on retire les échafaudages.

Julien Gracq, En lisant, en écrivant.

Ce n'est pas une torture. Personne ne me force. La souffrance, la douleur viennent plutôt du processus que nous nous imposons. La maison doit être rénovée ou détruite pour être reconstruite. Chaque opération, même dans la rénovation, est destructive d'une forme de mémoire. Il faudra nommer les peurs afin de mieux les comprendre et les utiliser pour la réalisation. Il est encore un peu tôt pour partager le processus en public.

Par curiosité, je suis allé voir ce qu'était devenu Usenet, que ce soit soc.culture.french ou fr.soc.culture.japon. C'est assez déprimant. Presque que du spam. Une surprise tout de même par Nicolas Krebs.

soc.culture.french

Déchéance de nationalité. Le colonialisme existe toujours. Ne nous leurrons pas. Et cette scandaleuse proposition politique n'en est qu'un autre exemple. Hollande et Valls vont-ils réussir à enterrer le PS ? Ils en prennent le chemin. Il faudra renouveler le paysage politique avec des politiques humanistes et sociales. Par ailleurs, si la France se débarrassait de ses terroristes vers le Maghreb ou l’Afrique subsaharienne, accepterions-nous, par parallélisme des formes, d’accueillir des terroristes déchus de leur nationalité - par exemple malienne - et néanmoins français ? Si la réponse est non, cela ressemble furieusement à une attitude coloniale en vertu de laquelle nous nous arrogerions le droit unilatéral d’envoyer vers des pays déjà déstabilisés par le terrorisme des personnes qui rêvent d’y commettre à nouveau des attentats.

Nous d'abord ou tous ensemble. Vous dites «nous», et vous croyez que «nous», c’est vous, vous et les vôtres, mais le «nous» est constamment réexaminé, constamment re-trié, re-filtré, par ceux qui l’emploient contre les autres : le meilleur «nous» de la préférence nationale, c’est la préférence ethnique, mais l’indétermination d’une ouverture affichée permet de faire du nous un instrument de séduction et de terreur. Il y a toujours «moins français» que soi. Et toujours aussi «plus français» que soi.

April 02, 2016 05:25 AM

Incommensurable

Détails de maison avec camélias Katase-Enoshima, Japon, 27 décembre 2015

Nous devons marcher pour applatir la rondeur du monde. C'est une recommendation médicale.

Le récit est refus du hasard pur, la poésie négation de tout vouloir-écrire défini et prémédité.

Julien Gracq, En lisant, en écrivant.

La rondeur du monde se parcourt selon les lignes géographiques et des calendriers établis. Ce qui est programmée est une fiction dont il ne faut pas oublier l'objectif essentiel, l'incommensurabilité des événements du quotidien.

Il faut accepter de se mouvoir dans ce clair-obscur trompeur, savoir passer sans cesse des chemins à suivre aux chemins à frayer.

Julien Gracq, En lisant, en écrivant.

EXIT - Virilio, Diller Scofidio + Renfro, Hansen, Kurgan, Rubin, Pietrusko, Smith - 2008-2015

April 02, 2016 05:06 AM

Son mouvement

matériels Tsujido, Japon, 26 décembre 2015

Elle me demande pourquoi j'agite le bout de mon crayon dans une forme de petites spirales avant d'écrire ou de dessiner. Je n'avais pas réalisé.

Les vents et les courants, c'est à dire les hasards que fait courir le langage, décident souvent de l'itinéraire ; mais nul ne s'est jamais lancé au travers d'une mer inconnue sans qu'un fantôme impérieux, impossible à congédier, lui ai fait signe sur l'autre rive.

Julien Gracq, En lisant, en écrivant.

La main et la démarche intellectuelle ont le souvenir trempé de mon père. Lorsque je prends un crayon et que je réalise un croquis pour bricoler, ce petit mouvement de stylo avant de dessiner, la façon de déposer les traits sur la feuille et d'y ajouter les côtes, oui, tout cela inconsciemment je connais la provenance. Et puis… dans la réalisation du système même que l'on assemble après avoir passé un peu de temps dans le magasin de bricolage, le geste a été prolongé dans une génération. La réalisation est probablement inconsciente jusqu'au moment où un commentaire extérieur, où une mise à l'écart de son propre engagement viennent vous rappeler sa signature.

Coder. A nice community that uses my work for theirs. […] Without users, nothing is happening.

April 02, 2016 04:45 AM

Les choses qui seront oubliées

fenêtre brisée et lierre Tsujido, Japon, 25 décembre 2015

Les choses que nous oublierons, les choses qui n'appartiendront plus au quotidien et dont il faudra expliquer le souvenir avec un grain d'ironie, de nostalgie et de chaleur tendre.

Il est significatif aussi que cette écume du temps restée sur lui qui nous charme dans un roman, quand il a survécu, nous glace dans une pièce de théâtre.

Julien Gracq, En lisant, en écrivant.

  • Le papier avion pour envoyer des lettres vers le Brésil dans une enveloppe au contour bleu-blanc-rouge en guise de réponse à l'enveloppe au contour jaune-vert.
  • Les pages de livres non découpées dont nous nous réjouissions de prendre le coupe papier avec le manche en bois pour finalement ouvrir le texte.
  • Le cadran rond des téléphones dont enfant on glissait les doigts pour faire tourner le cadran et entendre le cliquetis tout en s'amusant du dessin de Serres où les doigts sont coupés en tranche.
  • Les guichets à tourniquet de la gare de Rouen pour se rendre sur les quais où nous attendions le train de Paris afin de visiter le Palais de la Découverte.
  • Le ticket de train en carton épais rose que nous prenions de temps en temps entre Rouen et Elbeuf, une micheline rouge avec le conducteur du train dans une cabine située sur le dessus du train comme dans un avion.
  • Le son du modem quand il se connecte au fournisseur d'accès afin de pouvoir accéder à Internet à 14400 bauds.
  • Le minitel et son clavier en touche caoutchouc dont nous avions l'interdiction d'utiliser le 3615 pour éviter les factures salées.
  • La chaîne hifi dans le meuble du salon avec le tourne-disque et son diamant que nous posions avec précaution en maintenant la branche sur le dessus du doigt et que l'on abaissait sans la tenir mais en la retenant.

Chaque objet disparu est une ancre pour la mémoire.

HTTP, je ne le répéterais jamais assez, gère des interactions. Ce n'est pas tant du code qu'en fait un système de règles UX. Lire la spécification HTTP sous cet angle pour la partie Sémantique et Contenu (RFC 7231) vous donnera un nouvel éclairage de HTTP. À propos de 451. Fascinant et perturbant, impossible de ne pas penser au “code is law” de Lawrence Lessig.

HTTP : Sémantique et Contenu. RFC 7231. A client constructs request messages to **communicate specific intentions**, examines received responses to see **if the intentions were carried out**, and determines **how to interpret** the results.

Pour un exemple récent des interactions HTTP, voir l'explication que j'ai donnée à Mike Taylor sur le sujet de l'erreur 415 à propos du type de Media.

Terre Natale. En entendant l'expression «terre natale» dans un café, en 2005. Je me suis demandé ce que cette notion signifiait dans notre monde actuel, et j'en ai parlé à Raymond Depardon, fils de paysans qui travaille sur les origines, les racines, les paysages, puis à Paul Virilio, fils d'émigrés qui, à l'inverse, étudie le mouvement, la vitesse, l'accélération, l'urbanisme. Tous deux ont accepté de réfléchir à un projet montrant les déplacements de population. Depardon voulait donner la parole aux individus, Virilio voulait montrer les nombres et les trajectoires. J'ai contacté un groupe d'architectes américains, puis le chercheur François Gémenne dont j'avais lu une interview dans Libé, on a eu connaissance d'outils technologiques permettant de gérer le flux des flux. Tout le monde s'est engueulé, mais les affrontements et les incertitudes sont une bonne chose pour que le spectateur n'ait pas accès qu'à une seule pensée. Le projet s'est scindé en deux, Depardon a fait un film à partir de témoignages, Donner la parole. Mais au Palais de Tokyo, il n'y avait pas la place pour tout montrer.

Exposition Exit. Palais de Tokyo (en France). 25 novembre 2015 - 10 janvier 2016.

Une personne se questionne sur son retour aux États-Unis après 7 ans au Japon. Ne jamais se poser la question de ce que l'on veut retrouver, mais bien plutôt la question de ce que l'on veut explorer et construire. There it is, written down in my journal: "What do I want from America?" (…) These things I miss in Japan — if you follow a nomadic impulse, you should be clear about motivation.

Générations. Corée du Sud. “The reason I took child care leave is I want to be different from my father’s generation,” he said.

April 02, 2016 04:10 AM

March 30, 2016

David Larlet

★ Transmission et durée

Perhaps the greatest obstacle is not simply the dearth of data scientists in Washington but the lack of independent scientists who come from outside the government world and mentality, who can bring objective balance to their assessments and who are familiar with how things are done in the “real” world rather than the insular government world. Especially those who are either interested in serving their nation through a career in government or are willing to bring their talents to government for a short while to help bring about change. The true believers of data science and innovation who are genuinely interested in helping their nation rather than accumulating titles or enriching themselves.

What I’ve Learned As A Data Scientist In Washington (cache)

Merci à Simon pour ce long mais ô combien intéressant article. Je m’arrête sur cet extrait car il rejoint une réflexion que j’ai depuis un moment sur la durée la plus pertinente pour être encore capable de semer des graines sans se perdre soi-même. Pour verser ses quelques gouttes de colibri sans se cramer les ailes. Pour gagner la confiance sans perdre l’impertinence.

Il y a un moment où l’attrait du pouvoir et/ou de l’argent, les enjeux stratégiques ou simplement la fatigue font faire des concessions qui s’avèrent être néfastes pour le projet et/ou les personnes. Les interlocuteurs ressentent cette baisse d’intensité qui devient communicative et sont forcément déçus. La seule solution que j’ai trouvé à ce jour est l’impermanence, provoquer le mouvement pour être forcé d’évoluer dans un environnement instable. Celui propice à la vie et à l’adaptation continue.

Être en position de transmettre n’est pas une carrière mais un bref état transitoire. Cela vaut pour les enseignants, les coaches, les formateurs, etc. Lorsque cet état s’inscrit dans la durée, l’expérience devient croyance et la transmission est faussée.

March 30, 2016 11:00 AM

March 25, 2016

David Larlet

★ Montessori et Steiner-Waldorf

Apprendre entre les savoirs, penser entre les langues, prendre en compte les nuits entre les jours, les échanges entre les élèves, entre les professeurs, entre tous. Exercer l’art de la rencontre. Cet entre-deux peut s’exercer partout et particulièrement par l’apprentissage de l’Eurythmie, art social et discipline du corps et de l’esprit.

Les expérimentations des neurosciences confirment aujourd’hui l’efficacité des interactions sociales pour l’appropriation, la mémorisation : l’apprentissage sur écran est efficace dans l’instant mais s’efface dans la durée. L’apprentissage en coopération est durable.

École du domaine du possible, brochure

Ce billet fait suite aux visites de l’école Montessori d’Avignon et de l’école du domaine du possible qui en est à sa première année d’existence à Arles. Je n’ai pas eu d’autres occasions d’être au contact de ces formes de pédagogies si l’on exclu la littérature sur ce sujet et aucune personne dans mon entourage n’est allée dans ces écoles. Ce billet est donc uniquement du ressenti après un premier contact.

Sur les ressemblances tout d’abord, les deux écoles ont une base d’autonomie, de bienveillance et de curiosité qui ne me sont pas étrangères. Elles aménagent les lieux pour être compatibles avec un apprentissage encourageant la singularité des individus et comportent des classes par cycles et non par âge. Dans les deux cas, ce sont des écoles non subventionnées par l’État donc l’année coûte dans les 4 000 euros et elles proposent un tarif indexé sur les revenus permettant d’avoir une solidarité locale et de ne pas rendre leurs accès trop élitistes.

Sur les différences maintenant, j’ai été frappé par le côté cartésien de l’approche Montessori et la rigueur scientifique associée au détriment (?) des aspects artistiques. Les activités sont très libres selon les affinités de l’enfant à une période donnée. En revanche, côté Steiner-Waldorf l’accent est mis sur l’eurythmie et la relation (cosmique ?) avec la nature. L’école sera localisée directement dans une ferme dès l’année prochaine. Il y a aussi le rapport à l’Anthroposophie qui gratte sérieusement (cache) même si l’école du domaine du possible se revendique d’être d’inspiration multiple et n’est pas stricto sensu du Steiner-Waldorf mais cela demanderait à être vérifié.

On retrouve presque l’asymétrie cérébrale dans ces approches avec une opposition cerveau gauche / cerveau droit. Je me risque à ce parallèle : Là où Montessori est de l’agro-écologie, Steiner-Waldorf est de l’agriculture biodynamique. Je pousserais même la métaphore un peu plus loin en évoquant la permaculture comme illustration de l’instruction en famille. Mais ce sera l’objet d’un futur billet.

March 25, 2016 11:00 AM

March 24, 2016

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by delicious at March 24, 2016 07:25 AM

March 23, 2016

David Larlet

★ Mots de passe physiques

Il restera de toutes façons le point central : les clefs, les mots de passe, les identifiants. Je ne peux pas laisser un document avec tout ça, ni sous forme de papier ni sous forme informatique, ni chez moi ni chez d’autres.

Que se passe-t-il le jour où je ne suis plus là ? (cache)

Frédéric propose sur Twitter d’utilise une Blockchain (cache) pour cela. Il faudrait que j’écrive là-dessus mais j’ai trop d’autres réflexions en attente. Ce à quoi Éric répond avec des besoins plus détaillés que je reproduis ici :

  1. Les proches qui peuvent débloquer mes données après ma disparition n’ont pas de copie en clair. Avoir confiance dans la sécurité de mon propre stockage est déjà assez difficile, le principe par défaut doit être le chiffrement : stocker un fichier texte avec des mots de passe en clair ne me parait pas viable.

  2. Aucun site centralisé ne contient ni n’accèdent à mes données d’une façon qui pourrait être déchiffrable aujourd’hui ou à l’avenir. Ça entraîne probablement l’idée de ne pas faire confiance à la cryptographie avancée, au cas où on découvre un jour des failles dans les algorithmes ou dans les logiciels. On parle de le garantir sur des décennies. Le seul chiffrement qui me semble correspondre à cette demande est à priori le one time pad

  3. La procédure est simple à mettre en œuvre pour les proches. Je peux demander d’avoir un minimum de compréhension de l’informatique, pas d’être un ingénieur en informatique.

  4. La procédure et les formats sont suffisamment pérennes pour pour être utilisables et lisibles par l’informatique telle qu’elle sera dans des décennies – et ça exclu probablement tout format ou tout mécanisme avancé qui n’existait pas déjà il y a 20 ans.

  5. Un proche unique ne peut déclencher la procédure et accéder aux données seul, il faut qu’ils soient plusieurs (nombre à définir mais au moins 2)

  6. Quelque chose me demande une preuve de vie de façon récurrente et peut notifier les proches identifiés si je ne réponds pas au bout d’un certain temps, pour les informer du problème et leur rappeler la procédure possible

  7. Quelque chose va s’assurer régulièrement que les proches identifiés sont toujours joignables et ont toujours la capacité de déclencher la procédure – ils ont toujours les données, clefs ou mots de passe dont ils ont besoin, ils savent toujours s’en servir, etc. – et peut me notifier si ce n’est pas le cas

  8. Je peux mettre à jour les données – changer ou ajouter une information – sans que cette mise à jour ne demande d’action pénible par mes proches

  9. Toute la procédure est résiliente à la disparition d’un ou plusieurs des proches identifiés initialement (nombre à définir, au moins 1)

  10. Si la procédure utilise un service tiers, la disparition de ce service et des données qu’il stocke ne fait pas tomber la capacité d’accéder aux données (quitte à ce que ce soit plus complexe)

  11. Pouvoir déterminer arbitrairement X et Y dans “pour débloquer les données il faut l’accord de X personnes parmi les Y chargés de la transmission”

C’est un sujet qui m’a fait réfléchir aussi et avec les contraintes énoncées je pense que la solution est technique ET physique. Il existe de telles solutions pour geeks (cache) mais c’est encore trop complexe pour un contexte familial. Et puis il y a des solutions comme la QwertyCard qui me semblent répondre à la problématique (il est possible de les générer soi-même et de manière locale ), elles combinent :

  1. Un préfixe unique et aléatoire propre à la carte produite
  2. Un mot de passe personnel
  3. Une table de conversion pour avoir une partie propre au service

Il faut donc être en possession de la carte et du mot de passe personnel pour pouvoir recomposer un mot de passe complet. En donnant le mot de passe personnel (2) à une personne et la partie du service que je convertie (3) au second de mes légataires je ne leurs permet pas de se connecter pour autant avant d’être en possession de la carte et d’être réunis. Ce n’est pas sans failles mais ça réduit drastiquement la complexité du processus et ça répond à presque tous les besoins d’Éric. Il est possible de tester le système régulièrement en changeant ensuite les accès par la modification de (2) et (3).

Il reste la problématique de la documentation à jour que je n’ai toujours pas résolue. Pour la pérennité des données en elles-mêmes, je ne vois pas d’autre solution que d’utiliser des standards ouverts et de les mettre à jour en suivant l’avancée technique dans le domaine. C’est fastidieux mais c’est de toute façon nécessaire, même de son vivant…

Un lecteur me signale le partage de clé secrète de Shamir qu’il a découvert dans cet article sur la potentielle perte de mémoire (cache).

March 23, 2016 11:00 AM

March 21, 2016

David Larlet

★ Histoires de données

Pour Daniel Le Métayer, les informaticiens doivent s’interroger pour améliorer cette situation. La transparence ne peut se résoudre par la publication du code source d’un programme. Ça serait utile, mais ça n’aiderait pas grand monde. Expliciter le mode opératoire détaillé d’un logiciel également. L’important est de documenter les données qu’il exploite en entrée. Quelles données sont prises en compte, et quels sont leur incidence, leur impact ? Quels sont les critères qui jouent favorablement ou défavorablement lors d’une demande de prêt par exemple ? Il est nécessaire d’extraire les traits distinctifs de leurs fonctionnements pour permettre à tous de mieux les apprécier.

[…]

Pour Antoinette Rouvroy, l’enjeu n’est pas d’exiger la transparence du code, mais celle des finalités, pour autant qu’elles ne se réduisent pas à de la communication commerciale. Ainsi nombre d’algorithmes ont pour finalité d’améliorer l’expérience utilisateur d’un site. Mais cette raison n’est pas une explication suffisante : améliorer l’expérience utilisateur signifie le plus souvent chercher à vous faire rester plus longtemps sur le site ou vous pousser à consommer. Pour bien des sites de commerce en ligne, l’enjeu n’est pas d’améliorer l’expérience, mais de faire du datapricing, c’est-à-dire de la tarification algorithmique.

[…]

C’est justement l’enjeu de l’accountability, rappelle Le Métayer, de l’idée de rendre des comptes, de la responsabilité ou de la loyauté des algorithmes. Si on a du mal à effectuer des contrôles a priori, il est nécessaire d’exiger que ceux qui possèdent des données, qui procèdent à des traitements aient des comptes à rendre sur la manière dont ils utilisent les données. Nous avons besoin d’imposer des règles contraignantes, comme nous le faisons sur les données financières ou les fichiers de police…

Algorithmes et responsabilités (cache)

On parle beaucoup d’ouverture des algorithmes en ce moment, en particulier à travers l’ouverture du code des impôts (cache). Or il me semble que l’ouverture d’un algorithme est une première étape nécessaire mais loin d’être suffisante, lorsqu’on appose une licence ouverte sur un code on ne fait pas pour autant du logiciel libre, « juste » de l’Open-Source. C’est la compréhension des tenants et des aboutissants qui est intéressante, c’est l’historique des décisions qui ont conduit à la matérialisation informatique de ces choix. La libération des algorithmes passera par la documentation de leurs données et de leurs finalités.

C’est l’objet de mon travail : les algorithmes, il y a des gens qui les fabriquent. Et ces gens qui les fabriquent ne le fabriquent pas pour rien - la mesure d’efficacité qui est au bout dépend d’une intention initiale. Une partie du travail que peut faire l’anthropologie ou la sociologie des algorithmes, la sociologie des algorithmes, c’est d’essayer de comprendre quelle est la vision du monde, les représentations, que se sont données ceux qui les fabriquent pour que le calcul d’efficacité à la fin produise tel ou tel genre de résultat.

Les algorithmes n’ont pas les pleins pouvoirs (cache)

Je pense que le format des User Stories :

En tant que <qui>, je veux <quoi> afin de <pourquoi>.

ou leur évolution que je préfère les Job Stories (cache) qui se base sur une situation plus qu’un profil :

Lorsque <situation>, je veux <quoi>, pour pouvoir <résultat attendu>.

nous donne un formalisme que l’on pourrait réutiliser pour documenter ces algorithmes. Les Data Stories pourraient prendre cette forme :

Avec <ces données>, je veux <quoi>, afin de <pourquoi>.

Ce qui donnerait par exemple :

Avec les 20 dernières interactions de l’utilisateur,
je veux personnaliser sa timeline
afin de rendre sa lecture plus pertinente.

Cela demanderait à être davantage détaillé pour être pertinent mais ça donne déjà une idée, imaginons maintenant que la publication de ces histoires soit un avantage compétitif pour un service qui a plus à gagner à divulguer sa logique aux utilisateurs qu’à la cacher à la concurrence. Imaginons une société où la transparence et la co-construction des algorithmes génèrent suffisamment de valeur pour que cela devienne un modèle d’affaires.

À quand des Conditions Générales de Transformation de la Donnée ? Dans quelle mesure est-ce que ces conditions s’intègrent dans un code social ? La responsabilité des développeurs ne devrait-elle pas être davantage partagée ?

March 21, 2016 11:00 AM

March 20, 2016

Eric van der Vlist

Les boutons

[fr] Boutons de fleurs de lilas. [en] Lilac buds.

by Eric van der Vlist at March 20, 2016 04:30 PM

March 19, 2016

Eric van der Vlist

La fleur

[fr] Fleurs de jacinthe. [en] Hyacinthus flowers.

by Eric van der Vlist at March 19, 2016 04:30 PM

March 18, 2016

Eric van der Vlist

Les stalactites

[fr] Une falaises gelée. [en] Frozen cliff.

by Eric van der Vlist at March 18, 2016 05:31 PM

18 mars – Les Encantats, versant nord en raquette : jour 6

Le parcours Nous quittons le Cirque lacustre de Saboredo, via le Coll de la Sendrosa (2451 m), pour basculer sur la bucolique Vallée de Tredos. Un dernier petit ressaut et nous rejoignons la Vallée de Valardies que nous dévalons jusqu’au Pont de Ressec. — Natura Nous avons eu un temps de rêve pour cette dernière … Continue reading 18 mars – Les Encantats, versant nord en raquette : jour 6

by Eric van der Vlist at March 18, 2016 05:20 PM

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by delicious at March 18, 2016 09:25 AM

March 17, 2016

Eric van der Vlist

L’isard

[fr] Un isard. [en] A Pyrenean chamois.

by Eric van der Vlist at March 17, 2016 06:21 PM

17 mars – Les Encantats, versant nord en raquette : jour 5

Le parcours Quittant les lacs d’Amitges, situées au pied de mystérieuses aiguilles granitiques déchiquetées, nous atteindrons le Col du Lac Gelé pour une vue plongeante sur le magnifique Val de Gerber. Puis descente vers le chaleureux refuge de Saboredo (2310 m) — Natura Le temps est couvert quand nous quittons Amitges et nous préférons prendre … Continue reading 17 mars – Les Encantats, versant nord en raquette : jour 5

by Eric van der Vlist at March 17, 2016 06:18 PM

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by delicious at March 17, 2016 08:25 AM

March 16, 2016

Eric van der Vlist

La vallée

[fr] Vallée d’Espot et les deux Encantats. [en] Espot valley and the two Encantats.

by Eric van der Vlist at March 16, 2016 02:43 PM

16 mars – Les Encantats, versant nord en raquette : jour 4

Le parcours Nous parcourons le Cirque de Colomers, où s’égrène un chapelet interminable de lacs, pour gagner le Port de la Ratera d’Espot aux sources de la Garonne. Agréable et ludique descente sur le vallon de la Ratera où les isards ne sont pas rares… — Natura Que de neige pendant cette quatrième journée! Pressés … Continue reading 16 mars – Les Encantats, versant nord en raquette : jour 4

by Eric van der Vlist at March 16, 2016 02:35 PM

David Larlet

★ Code social

Plutôt que de faire porter à la licence elle-même la responsabilité de véhiculer un nombre de concepts quasiment indénombrables, nous proposons ensuite de déporter cette responsabilité sur les communautés en charge de la gestion et de la protection de leur commun (une communauté pouvant être constituée d’un seul individu). Il serait alors clairement écrit dans le texte de la licence que chaque commun souhaitant utiliser la Licence Contributive Commons est individuellement responsable de mettre à la disposition des contributeurs un texte définissant clairement : ses qualités, ses valeurs, sa façon d’envisager le flux de richesses (y compris monétaire) et les droits qui se rattachent au commun (y compris les droits de propriété). Nous proposons d’appeler ce texte #CodeSocial, en référence au code logiciel.

Pour que cette licence soit applicable à tous les types de biens communs, y compris les plus labiles, les plus éphémères et les plus autonomes dans leur voyage, il conviendra de ne pas coller le #CodeSocial sur le commun lui-même (au risque d’avoir une étiquette en circulation rapidement obsolète), mais de créer un lieu commun de stockage de ces codes sociaux, de manière à garantir au contributeur qu’il aura accès en permanence aux conditions précises d’utilisation du commun auquel il souhaite contribuer. Il s’agit tout simplement de créer un tiers de confiance, ce qui est l’essence même de la socialisation puisque cela permet de faire appel à un élément extérieur à la transaction pour la réguler.

La Licence Contributive Commons : Les communs construisent en commun (cache)

La licence Contributive Commons fait echo à mes réflexions sur la co-organisation de conférences ainsi qu’à la problématique des codes de conduite mais aussi sur la responsabilité à gérer un bien commun comme peut l’être la donnée. Je vous invite à aller lire l’intégralité du texte avant de poursuivre au risque d’être un peu perdu. Je suis vraiment admiratif du travail réalisé autour de cette licence qui comprend les enjeux du pair à pair et de sa réciprocité, ne masque pas la complexité des relations au sein d’une communauté et propose des solutions intéressantes.

Le code social ne peut pas être un texte que l’on copie-colle, il s’agit du produit d’une envie de faire des choses ensemble. J’aime sont appellation de code car il montre sa nature évolutive, ses bugs et ses forks possibles. Les statuts d’associations ou de SCOP sont quasiment figés ce qui me gêne pour avoir une approche itérative. Ce tiers de confiance — tel qu’il est appelé dans la licence — et son historique donne une idée des motivations actuelles qui régissent cette communauté mais aussi des étapes qui ont permis d’en arriver là.

Si l’on suit la notion de faisceaux (de richesses, de droits, de qualités et de valeurs) et la matrice qui en résulte, on peut probablement arriver à un code non exhaustif mais pertinent et explicite sur les sujets traités. À éprouver. Ensemble ?

March 16, 2016 11:00 AM

March 15, 2016

Karl Dubost

Renversement du monde

doigt sur la peau Tsujido, Japon, 24 décembre 2015

La naïveté de la croyance en une assimilation possible de la vie romanesque à la vie courante peut se se mesurer à cette simple observation : si, dans une section de vie vécue, les signaux que le monde extérieur émet en direction de la conscience concernent dans leur immense majorité ce qui dure et persiste, les signaux moins nombreux, mais filtrés, que le texte d'un roman dispense portent délibérément sur ce qui change ou va changer.

Julien Gracq, En lisant, en écrivant.

Et pourtant la sismicité du monde rond est bien la vibration incommensurable du changement. Peu importe les préparations face au renversement du monde, l'intuition ne donne aucun outil pour appréhender l'écriture d'un passé. Une poétique du dynamisme, de l'improbable, de la turbulence prend sa place. Ce chaos souhaité renouvèle les espaces, transforme les lieux dans leur compréhension ainsi que dans la géométrie de leur temps. Le pas encore plus lent reste à découvrir. La rondeur du monde est une aventure romanesque.

Vide Grenier

Comprendre le Web. We did a lot with just hypertext. We still do a lot with just hypertext. Its architecture (i.e. links that do stuff) gives it a tremendous reach that goes beyond anything app or other media platforms have ever been able to provide. It’s the architecture that enables the reach, not the protocols or file formats.

March 15, 2016 01:35 PM

Langueur du magma

chandail rose abandonnée sous la pluie Tsujido, Japon, 23 décembre 2015

Le géologue sonde la rondeur du monde. Sur l'écran, il nous montre les images énigmatiques. Il nous laisse entendre la pulsation du magma. Il nous informe des éruptions. Toute sa démarche est nette, précise et scientifique. Peu de temps pour les rêveries de profondeurs, peu de temps pour les rêveries aurifères.

« Je suis trop vif, trop net pour conter, j'ai précisément la fonction contraire, je balaye le récit. La suite dorée me pèse. Je n'excelle pas à m'attarder. » (Valéry). Comment en effet, avec de telles exigences innées, s'attacher au roman, dont une des ressources secrètes est de pouvoir fournir des comprimés de lenteur ?

Julien Gracq, En lisant, en écrivant.

Vide Grenier

Beaucoup trop de technos, peu de besoins. j’hésite encore à introduire davantage de complexité et pourtant pour faire de l’ES6 et des CSSNext il faut bien utiliser Babel et Webpack…

Python Data. Leaflet.js Maps. Folium builds on the data wrangling strengths of the Python ecosystem and the mapping strengths of the Leaflet.js library. Manipulate your data in Python, then visualize it in on a Leaflet map via Folium.

March 15, 2016 01:25 PM

La bouche sucrée

Mochi et pâte de zunda Tsujido, Japon, 22 décembre 2015

Acheter des mochis, de la pâte de zunda, et laisser le délice s'installer.

Ce qui peut seul mériter à la « création » romanesque son nom, c'est que le romancier y passe outre, comme la création vraie, au mystère qui consiste pour lui—au commencement des commencements—à susciter, à fabriquer, sans aucun secours de ses mains, quelque chose qui puisse devenir ensuite opaque à son propre esprit.

Julien Gracq, En lisant, en écrivant.

Vide Grenier

pynote. a project to manage your notes on the commandline. It is written in Python 3 and provides a very handy cmd-interface. You can browse the source code on github. If something does not behave as expected please file a bug in github, write an email or check out the support thread in the arch linux forums.

March 15, 2016 01:15 PM

L'absence du plein

Bouteille d'encre sur tatami Tsujido, Japon, 21 décembre 2015

Le solstice, j'ouvre la bouteille d'encre. Je remplis la cartouche du plume. Une fois, la bouteille finie, je lui enverrai la bouteille à La Grange. Les mots du carnet dans l'absence du liquide noir.

Petits châteaux de Bohème — les nuits d'octobre - Chansons et légendes du Valois : même en dehors de Sylvie, il y a chez Nerval une infusion omniprésente du souvenir, une chanson du temps passé qui s'envole et qui se dévide à partir des rappels même les plus ténus de naguère comme de jadis, et que je ne vois à aucun autre écrivain.

Julien Gracq, En lisant, en écrivant.

Vide Grenier

Être femme. In 2015, just like people say men have to ‘man up’, we have to ‘woman up’ and live our truths through our work and define ourselves in our terms, not the Mr Potato Head model of male desirability.”

March 15, 2016 01:05 PM

Déplier le sens

Plan de sol Tsujido, Japon, 20 décembre 2015

Ma réponse à l'agence est traduit en japonais. Dans le processus de traduction, l'angoisse d'être dépossédé du sens intime de sa pensée est toujours saisissant. Sera-t-on compris comme nous l'entendions avec cette épaisseur supplémentaire et inévitable de sens. Sentiment futile où nous oublions que le lecteur déplie avec lui, les milliers de feuillets de sens de ses propres souvenirs, sa mémoire, sa sensibilité. Lire est une inexactitude douce et bourgeonnante.

la « richesse » figure partout comme un absolu indivisible et équivaut à la possession de coffres ou de cavernes aux trésors, mal localisés, mais d'où l'or coule inépuisable comme l'huile de la cruche du prophète.

Julien Gracq, En lisant, en écrivant.

Vide Grenier

Organiser ses photos. I work tirelessly to make sure your photos are always sorted and organized so you can focus on more important things. By photos I mean JPEG, DNG, NEF and common video files.

20 décembre 1990. WorlWideWeb, un navigateur. WorldWideWeb (later renamed to Nexus to avoid confusion between the software and the World Wide Web) is the first web browser[1] and editor;[2] and now discontinued. When it was written, WorldWideWeb was the only way to view the Web

24 décembre 1990. CERN httpd, un navigateur. Implemented in C, it was the first ever web server software and went live on December 25th 1990.

March 15, 2016 12:55 PM

Une hésitation

Teishoku - Chirashi Fujisawa, Japon, 19 décembre 2015

Cela commence par une hésitation. La faim était tenace. Mais l'envie de ne pas s'abandonner à la facilité des lieux connus pousse le pas. Nous passons devant un poissonnier que nous connaissons. Son étal propose toujours de magnifiques coquillages. Nous découvrons un tableau avec des annonces de repas. Le regard un peu plus près et déjà les marches deux à deux avalées, nous entrons dans la salle. Quel délice.

On ne rêve guère à partir de Proust, on s'en repaît : c'est une nourriture beaucoup plus qu'un apéritif.

Julien Gracq, En lisant, en écrivant.

Vide Grenier

Écrire pour se souvenir. Écrire pour aider l'autre. Écrire pour l'histoire avec un petit « h » Poser les réflexions et expériences de la semaine avant qu’elles ne s’effacent de ma mémoire.

March 15, 2016 12:35 PM

L'espace d'un regard

Fuji et fils électriques Tsujido, Japon, 18 décembre 2015

Cette pièce, où nous allons rarement et qui sert plus d'entrepôt que de pièce à vivre, Nous ouvrons les volets métalliques et laissons la fenêtre ouverte. Nous sommes d'abord troublés par la vue face à la fenêtre, horizontale et lointaine. Et puis nous nous approchons de la fenêtre et nous parcourons l'horizon de l'océan que l'on imagine vers les terres à l'ouest. Et l'éblouissement nous saisit ; nous n'avions pas sû le voir ces deux dernières années. Il est là majestueux enveloppé de ses lignes électriques.

Chaque fois que je rouvre La recherche du temps perdu, je suis davantage sensible à la primauté du matériau sur l'architecture, du tissu cellulaire sur l'organe différencié, de la densité de la coulée verbale sur l'espace d'air libre concédé aux personnages, de la durée concrète de la lecture sur le temps figuré du récit.

Julien Gracq, En lisant, en écrivant.

Cette pièce se révèle, prend subitement une identité que nous n'avions pas su lui donner. Je m'accroupis. Oui assis, je peux encore le voir. Nous imaginons déplacer le bureau pour l'année 2017. Nous hésitons, sera-t-il encore là ?

Vide Grenier

Une écriture au jour le jour. I’m very glad that I’ve been doing my blog for 15 years. I can go back to 2002 and get a feel for what it was like to build websites. Back then we thought X was true or hadn’t even considered Y. You forget these things. Having these written records—not of anything important or groundbreaking—but just the day-to-day. The boring stuff. That’s actually what’s most interesting over time.

March 15, 2016 12:16 PM

Eric van der Vlist

Les sculptures

[fr] Sculptures du vent dans la neige. [en] Wind sculptures in the snow.

by Eric van der Vlist at March 15, 2016 09:24 AM

15 mars – Les Encantats, versant nord en raquette : jour 3

Le parcours Aujourd’hui, nous partons de bonne heure pour remonter, de lac en lac, le Vall de Colietole, jusqu’au Port de Colomers (2604m). De là, nous bénéficions d’une vue imprenable sur la Punta Alta. Descente amusante sur le Cirque de Colomers et le refuge. — Natura Alternance de soleil et de nuages pour cette troisième … Continue reading 15 mars – Les Encantats, versant nord en raquette : jour 3

by Eric van der Vlist at March 15, 2016 09:02 AM

March 14, 2016

Eric van der Vlist

Le pin

[fr] Pin à crochet multi-centenaire. [en] Multi-centenary Mugo pine.

by Eric van der Vlist at March 14, 2016 04:12 PM

14 mars – Les Encantats, versant nord en raquette : jour 2

Le parcours Pour se rendre au refuge de Ventosa i Calvell (2220m) via le Coret d’Oelhacrestada (2468m), ce n’est pas moins de huit lacs que nous rallierons un à un. Traverser ces « Estany », figés par la glace et recouverts d’un blanc manteau, procure des sensations uniques et inoubliables. Soirée dans un cadre grandiose… … Continue reading 14 mars – Les Encantats, versant nord en raquette : jour 2

by Eric van der Vlist at March 14, 2016 04:02 PM

March 13, 2016

Eric van der Vlist

13 mars – Les Encantats, versant nord en raquette : jour 1

Le parcours Transfert en Espagne, au sud d’Arties, petit village du Val d’Aran, où nous chaussons les raquettes pour une mise en jambe facile. Nous remontons la vallée de Valardies à travers une magnifique forêt de pins pour accéder au refuge de la Restanca (2010m) où nous passons notre première nuit. — Natura Une belle … Continue reading 13 mars – Les Encantats, versant nord en raquette : jour 1

by Eric van der Vlist at March 13, 2016 08:24 PM

Christian Fauré

Credo sur l’ombre des Lumières

Le mouvement des Lumières visait à s’émanciper de toutes les  formes d’autorités qui s’imposaient aux XVII° siècle : autorité religieuse, corporatiste, monarchique, etc.

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L’émancipation s’est produite via un discours qui érigeait un mur entre l’invidivu et la société (savante, religieuse, royale, etc.) et qui cherchait à fonder la raison et les savoirs sur les seules bases de l’autonomie de l’individu, en rejetant l’autorité sociale et en mettant en doute systématiquement toutes les représentations du réel (des formes d’interprétations fallacieuses). 

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Bien à l’abri dans l’intériorité de son esprit, l’homme des Lumières produisait une forme d’autisme à son environnement politique pour mieux l’ignorer et le disqualifier. La déclaration d’indépendance des Etats Unis d’Amérique et la Déclaration des droits de l’homme ont fini de concrétiser les espoirs des Lumières et de libérer le peuple ( de la couronne d’Angleterre et de celle de France).

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Aujourd’hui encore, tous les jours, nous sommes et restons les héritiers de cette conception des Lumières qui reste notre arme de prédilection contre toute forme d’autorité extérieure au moi.  En même temps, nous en payons un lourd tribu parce que le contexte historique n’est plus le même, ce tribu se manifeste essentiellement sur deux axes :

  1. l’axe politique
  2. l’axe épistémologique

1/ Sur l’axe politique il se manifeste dans le primat de l’individu, y compris dans sa forme la plus égocentrique, et contre toute forme de privation de la liberté, notamment par l’autorité d’un état ou d’un gouvernements : ce sont les mouvements libéraux et néo-libéraux, au sens européen, aussi bien que les libertariens, au sens américain, qui incarnent cette tradition politique issue des Lumières.

La liberté est à chaque fois d’abord ma liberté. D’un point de vue politique, cela se traduit par la volonté d’une limitation significative, voire radicale, du pouvoir des puissances publiques. On retrouve cette idée dans le fameux slogan de Ronald Reagan : «  Le gouvernement n’est pas la solution, c’est le problème ». L’alternative à la puissance publique étant systématiquement le marché et la loi du marché.

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2/ Sur l’axe épistémologique, il se manifeste par l’importance du courant cognitiviste. Dignes héritiers de Descartes, ils conçoivent le cerveau comme une machine à calculer, qui manipule des représentations calculables. Ils sont très à l’aise dans toutes les transformations digitales en cours qui manipulent des informations quantifiées et calculables. Ils sont souvent le bras armé des libertariens car ils produisent les systèmes techniques (Big data, Data Science, Décisions algorithmiques, Neurosciences, Réalités virtuelles et Augmentées, MOOCs, etc) qui sont sensés nous rendre plus efficaces individuellement et nous libérer de toute forme d’autorité institutionnelle.

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Comme beaucoup, je suis pour l’autonomie et la liberté et je me méfie de certaines formes d’autorité, pourtant je ne me reconnais dans aucun des axes, politique et épistémologique, issus des Lumières.

Je crois à l’individu mais pas sans conditions ; je crois que l’individu est aussi et toujours social ; je crois qu’il est important qu’il y ait une puissance publique ; je crois qu’aujourd’hui la force et l’hégémonie de la loi du marché sur l’ensemble de nos vies nécessite plus de puissance publique, et pas moins. Je crois que les libertariens devraient s’apercevoir que le risque d’une autorité hétéronome est plus dans la sphère privée que dans la sphère publique, et que donc il faudrait aussi reconnaître que la phrase de Reagan pourrait aujourd’hui tout aussi bien être «  Le marché n’est pas la solution, c’est le problème ». 

Je crois aux technologies, au calcul et à la science, mais je sais aussi que notre cerveau n’est pas qu’une machine à calculer isolée. Je sais qu’il y a en nous une part d’incalculable. Je crois qu’il y a un « cerveau-social », que l’individuation est toujours à la fois psychique (celle d’un individu) ET sociale. Je crois que tout n’est pas programmé dans les gènes. Je crois qu’on ne peut pas tout apprendre via des MOOC et qu’il est nécessaire de s’en remettre à l’autorité d’un maître pour apprendre.

Bref, je crois que la politique et l’épistémologie sont toujours de circonstance – localisées et socialisées. Je crois que copier/coller le discours des Lumières dans notre contexte actuel n’est pas la bonne approche car la donne a changée. Je crois qu’il faut une nouvelle puisssance publique et non pas une liquidation de la puissance publique, je crois qu’il faut une politique du numérique qui soit responsable et non une logique de barbares disrupteurs qui vantent la « destruction créatrice »  quand elle prend souvent le visage d’une simple destruction destructrice.

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by Christian at March 13, 2016 03:57 PM

March 12, 2016

Eric van der Vlist

Sète

[fr] Ville et port de Sète [en] City and port of Sète.

by Eric van der Vlist at March 12, 2016 07:11 PM

Karl Dubost

Sublime, la nuit

Lampe à chauffer Tsujido, Japon, 17 décembre 2015

Près du futon, avant de m'endormir, j'ai mis en marche la lampe à chauffer. Dans l'ombre dorée, le sommeil doux accompagne l'envie de sublimation du corps. Demain il faudra accueillir le jour.

Toute la Recherche est résurrection, mais résurrection temporaire, scène rejouée dans les caveaux du temps, avant de s'y recoucher, par des momies qui retrouvent non seulement la parole et le geste, mais jusqu'au rose des joues et à la carnation de fleurs qu'elles avaient en leur vivant.

Julien Gracq, En lisant, en écrivant.

Vide Grenier

VR avec markup déclaratif. Pour se rappeler les joies du VRML. Today, the Mozilla virtual reality team (MozVR) released an open-source library for beginners and developers alike to easily create WebVR experiences. It's called A-Frame. A-Frame wraps three.js into custom elements so the HTML and DOM manipulations that web developers are accustomed to can be used to create 3D VR scenes in the browser.

VRML.

Jazzband. Jazzband is a cooperative experiment to reduce the stress of maintaining Open Source software projects. It aims at lowering the barrier of entrance for people willing to step up as maintainers and grants access to GitHub repositories hosted under the Jazzband GitHub organization to everyone who joins. It’s supposed to simplify the process of managing a volunteer project for the original author(s) and makes stepping away easier.

speedtest.net Finalement sans flash.

March 12, 2016 09:15 AM

Les yuzus de Russie

Yuzu dans un jardin Tsujido, Japon, 16 décembre 2015

À chaque fois que je passe devant, le sentiment profond d'un souvenir de forêt boréale m'illumine entre bouleaux et pins à l'entrée d'un village où les barrières en bois délavé définissent la perspective de la route de terre. Dans les jardins, on y voit les vieux en fichu bleu. Ils parlent russe entre eux. Ils me sourient quand je passe.

Philosophie occidentale : l'homme y est systématiquement envisagé, par rapport au monde, dans son écart maximum. Tous les états de cette tension antagoniste se relâche : sommeil, rêves états mystiques, contemplatifs ou végétatifs, sentiment de participation ou d'identification des civilisations sauvages, ou de certaines maladies mentales ont été par elle opiniâtrement dévalués.

Julien Gracq, En lisant, en écrivant.

Ce souvenir chaleureux est spontané sans origine de temps et d'espace. Je ne suis jamais allé dans le nord de la Russie. Ce souvenir est un compagnon de mes dérives.

Vide Grenier

Internet. Open? Well, we don’t have an open internet. We haven’t had an open internet for a long time. So, we can’t really talk about the open internet because it does not exist anymore. The problem is, nobody stops anything. We are losing privileges and rights all of the time. We are not gaining anything anywhere. The trend is just going in one direction: a more closed and more controlled internet. That has a big impact on our society. Because they are the same thing today. If you have a more oppressed internet, you have a more oppressed society. So that's something we should focus on.

Société. Broken? We have to fix society, before we can fix the internet. That’s the only thing. (dans le même article).

Les Entretiens du nouveau monde industriel 2015. Il me faudra un jour y aller. Les sujets m'y touchent particulièrement et sont beaucoup plus près de mes réflexions du moment. La performance technique m'intéresse beaucoup moins que la mise en forme idéologique de la technologie.

March 12, 2016 09:00 AM

Les règles syntaxiques

Graffiti sous un pont Tsujido, Japon, 6 décembre 2015

Le verbe du clocher natal
A gardé toute sa puissance,
Et le vieil esprit de la France
Poursuit l'ancien chemin royal
Vers les grands fonds de l'idéal.

Nérée Beauchemin, Le vieux parler.

J'aime les correcteurs syntaxiques, non pas l'auto-correction mais bien plus la notion de drapeau avec une courte explication. Par exemple, dans SublimeText, le correcteur syntaxique pour python. Je me dis que finalement nous aurions peut-être eu plus de succès pour améliorer la syntaxe HTML si nous avions des lint équivalent plutôt que des validateurs. Pas sûr. Les validateurs sont trop brutaux pour nombres de personnes, alors que les correcteurs syntaxiques sont des encouragements. Peut-être que cela n'aurait rien changé.

copie d'écran de sublimetext SublimeText avec du code python et PEP8.

Vide Grenier

Leaving the Mac App Store. Le choix d'entrer, de rester ou de sortir d'un système. App Review continues to take at least a week, there are technical limitations imposed by the Mac App Store guidelines (sandboxing and so on) that limit some of the features we want to bring to Sketch, and upgrade pricing remains unavailable.

Gridly. The minimal (~100-170 bytes) grid system for modern browsers.

March 12, 2016 08:29 AM

March 11, 2016

Eric van der Vlist

La rouille

[fr] Canot de sauvetage attaqué par la rouille. [en] Rusty lifeboat.

by Eric van der Vlist at March 11, 2016 02:51 PM

March 10, 2016

Eric van der Vlist

Le pont

[fr] Le pont Neuf. [en] Le pont Neuf.

by Eric van der Vlist at March 10, 2016 09:23 PM

March 09, 2016

Eric van der Vlist

Le recyclage

[fr] Faces arrières de pancartes. [en] Placard‘s back sides.

by Eric van der Vlist at March 09, 2016 07:50 PM

March 08, 2016

Eric van der Vlist