Planète Web Sémantique

July 24, 2014

Karl Dubost

Cacher ce tatouage que je ne saurais voir

Affiches d'avertissements Fujisawa, Japon, 24 juillet 2014

De quel droit mettez-vous des oiseaux dans des cages ?

De quel droit ôtez-vous ces chanteurs aux bocages,
Aux sources, à l'aurore, à la nuée, aux vents ?
De quel droit volez-vous la vie à ces vivants ?
Homme, crois-tu que Dieu, ce père, fasse naître
L'aile pour l'accrocher au clou de ta fenêtre ?
Ne peux-tu vivre heureux et content sans cela ?
Qu'est-ce qu'ils ont donc fait tous ces innocents-là
Pour être au bagne avec leur nid et leur femelle ?

Victor Hugo, Liberté.

Shonan, l'été, la plage et les règles municipales, celle-ci était affichée dans le bus. Entre ne pas faire peur aux autres, garder un niveau musical raisonnable, ne pas mettre son chien dans l'eau, ne pas boire trop, et autres, il y a « Couvrir ses tatouages. » En effet, le Japon accepte encore très mal les tatouages. Les interdictions notables sont dans la plupart des bains publics et parfois dans les agents de la fonction publique. Comme ils sont depuis quelques dizaines d'années la marque des Yakuzas, c'est à dire de la mafia locale, ils sont craints. Cependant, toutes ces recommandations bien sûr n'empêchent personne d'être ivres et de dévoiler ses tatouages, yakuza ou pas. Je me demande parfois si les recommandations sont plus pour rassurer la clientèle et le public plus que pour réaliser une action concrète.

July 24, 2014 01:40 PM

July 22, 2014

Karl Dubost

Pelican, un système de carnets statiques

carton et boîte ressemblant à un visage Tokyo, Japon, 9 mai 2014

Pas d’apparence qu’il ne prenne, pas de caprice qu’il n’ait, pas de rêves qu’il ne réalise : il a toutes les figures, il fait toutes les grimaces. Il semble animé d’une âme multiple. Pardonnez-moi ce mot à propos de cette chose.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Il y a quelques jours j'écrivais : Pelican (celui que j'utilise pour Otsukare et je regrette). Bien sûr, on me demande maintenant pourquoi. Les mots publics ont des conséquences et génèrent des discussions. Je vais tenter de développer un peu plus le contexte de cette opinion.

Un carnet Web avec Pélican

Pelican est un générateur de fichiers HTML écrit en Python. Il utilise le format ReStructuredText ou Markdown (en fait MultiMarkdown) pour les fichiers d'écriture. Ces critiques ne sont que sous l'angle particulier des frictions que j'ai pu rencontrées en l'utilisant.

Statique et cache

Mise à jour 23 juillet 2014 : Depuis ce billet, la situation s'est améliorée à propos du cache.

C'est une critique qui s'applique à tous les systèmes de génération de fichiers pour un hébergement statique. C'est une critique que l'on peut avoir aussi pour de très nombreux sites dynamiques. Le cache HTTP est un choix d'expérience utilisateur, ce n'est pas un choix technique. Tous les générateurs de sites pour la création d'un billet, le changement d'un gabarit, la mise à jour d'un billet regénère automatiquement l'ensemble des fichiers Web qui auront dans la même foulée une nouvelle date. Ce qui signifie, qu'à chaque modification minime, l'ensemble du site est réindexable par les moteurs de recherche et qu'un navigateur ira chercher la page Web même si celle-ci n'a pas changé.

Le problème vient souvent de la non gestion des dépendances entre les fichiers. Si je met à jour ou crée un nouveau fichier, il n'y a seulement qu'un certain nombre de fichiers qui seront modifiés le flux, l'index, etc. Il n'est pas nécessaire de regénérer tout le site. C'est la partie facile.

Un peu plus difficile, il serait bon que lorsque l'on change un gabarit et que l'on regénère les fichiers relatifs à ce gabarit, on puisse avoir le choix de ne pas modifier l'information de cache. Certaines personnes voudront que le contenu soit rafraîchit pour un changement de design, d'autres comme moi ne pensent pas que cela fasse partie des conditions de rafraîchissement du cache. La condition nécessaire (pour moi) est le changement du contenu et seulement du contenu.

La pauvreté sémantique

Sur le thème de HTML, c'est bon, mangez en. Lorsque l'on commence à utiliser Markdown de façon un peu plus industrielle. On se rend compte que HTML en fait c'est très bien. Markdown (et ses dérivés) est un fabuleux format texte mais tant que l'on reste dans un territoire relativement simple. Créer des blocs de citation, des ancres intéressantes. Le compromis est à choisir. Le but de Markdown était justement de rester sur une sémantique simple. Ce n'est donc pas un reproche à propos de Markdown, mais plus du contexte d'utilisation. En fait, je trouve Markdown beaucoup plus pratique pour les mails que pour le Web.

Je me demande souvent donc si un système à la MultiMarkdown avec un entête de paires et le reste du document étant constitué par une structure <article> pourrait être une voie à explorer. Pour cet article cela donnerait quelque chose un peu comme :


Title: Pelican, un système de carnets statiques
created: 2014-05-09
updated: 2014-07-23 8h38
tz: Japan
css: /2013/12/20/style/article.css
uri: //www.la-grange.net/2014/05/09/pelican

<article>

   Le contenu HTML

</article>

Documentation

La documentation de Pelican est assez bonne mais brouillonne, surtout la section sur l'écriture du contenu. Elle est très orientée développement et certaines des options ne se comprennent que si l'on lit le code source du programme. Il y a de nombreuses options que je ne comprends toujours pas. Mais bon, là c'est beaucoup plus une question de retrousser ses propres manches et d'envoyer ses propres améliorations.

Mise à jour 23 juillet 2014 : Depuis ce billet, la documentation s'est améliorée mais toujours avec de nombreuses explications manquantes.

July 22, 2014 11:38 PM

L'héritage

Mains posées sur une table en bois Tsujido, Japon, 7 mai 2014

Quand des métaphores sont réversibles, on est bien sûr de vivre en état de grâce d’imagination. La vie est légère.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Hier, j'ai sorti la vieille table de bois. Je l'ai bien nettoyée plusieurs fois et puis je l'ai séchée. Alors j'ai ouvert le pot de cire naturelle, acheté il y a quelques semaines dans une boutique à Tokyo. Le parfum m'a enveloppé des souvenirs, des lieux de mon enfance. J'ai placé de la cire sur le chiffon et j'ai commencé à parcourir tous les contours de la table. Une main posée sur la table, l'autre sur le chiffon, je prends soin du bois, je le nourris. Un geste sûr, mémorisé, connu et consciemment profond se déploie sur la surface et les recoins. Je laisse sécher une fois de plus. Et cette fois-ci avec un chiffon de laine, je frotte de nouveau la cire pour lui donner sa patine.

Dans ce geste et dans ce parfum, il y a bien plus que l'entretien d'une table en bois passée de génération en génération. Cet après-midi, c'est tout le souvenir de mon enfance en Normandie qui se déploie en lents mouvements le long des fibres du bois. C'est l'héritage de ce que l'on m'a enseigné, communiqué. C'est l'adoption d'une pratique, un bois d'amour, un amour du bois.

July 22, 2014 12:58 PM

July 21, 2014

Karl Dubost

fichier ou contenu en python (CLI)

Mais en grain Montréal, Canada, 21 juillet 2013

Dante écrit deux vers, puis il sort ; et les deux vers
Se parlent. Le premier dit : - Les cieux sont ouverts.
Cieux ! je suis immortel. - Moi, je suis périssable.
Dit l'autre. - je suis l'astre. - Et moi le grain de sable.
- Quoi ! tu doutes étant fils d'un enfant du ciel !
- Je me sens mort. - Et moi, je me sens éternel.
Quelqu'un rentre et relit ces vers, Dante lui-même :
Il garde le premier et barre le deuxième.
La rature est la haute et fatale cloison.
L'un meurt, et l'autre vit. Tous deux avaient raison.

Victor Hugo, Dante écrit deux vers.

Lorsque vous créez un script python qui accepte des arguments en ligne de commande (CLI), il est possible de vouloir deux comportements. Soit vous désirez que le progamme puisse lire une liste de fichiers.

python pipe_test.py --blah foo.txt bar.txt

ou bien de récupérer et traiter le contenu des fichiers grâce au pipe bash, par exemple :

cat foo.txt bar.txt | python pipe_test.py --blah

Un petit programme assez simple pour réaliser cela utilisant le module fileinput que je ne connaissais pas.

import fileinput
import argparse
line_number = 0
# Définitions des arguments de la ligne de commande
parser = argparse.ArgumentParser()
parser.add_argument("infiles", nargs="*")
parser.add_argument('--blah', help='do something',
                    action='store_true', dest="blah", default=True)
args = parser.parse_args()
filelist = args.infiles

print "Liste fichiers: %s" % filelist
for line in fileinput.input(args.infiles):
    line_number += 1
    print  "%s - %s" % (line_number, line.strip())

Résultat sans pipe

python pipe_test.py --blah foo.txt bar.txt

Nous obtenons la liste de fichiers ainsi que l'impression des deux fichiers :

Liste fichiers: ['foo.txt', 'bar.txt']
1 - foo 1
2 - foo 2
3 - foo 3
4 - foo 4
5 - bar 1
6 - bar 2
7 - bar 3
8 - bar 4

Résultat avec pipe

cat foo.txt bar.txt | python pipe_test.py --blah

Cette fois-ci pas de liste de fichiers puisque nous envoyons directement le contenu grâce à cat.

Liste fichiers: []
1 - foo 1
2 - foo 2
3 - foo 3
4 - foo 4
5 - bar 1
6 - bar 2
7 - bar 3
8 - bar 4

Et voilà en espérant que ce soit utile à quelqu'un d'autre.

July 21, 2014 01:58 PM

July 20, 2014

David Larlet

Lecture et joie

Je ne milite en aucun cas pour l’abolition de l’école. Je crois, effectivement, qu’il serait catastrophique, en l’état actuel des choses, de la supprimer. Je pense, effectivement, qu’il y a de nombreux parents qui ne pourraient, ne voudraient ou ne sauraient en aucun cas assumer cette nouvelle condition ; je pense, effectivement, que la situation actuelle de nombreuses personnes rendrait irréaliste, voire périlleuse, la non-scolarisation de leurs enfants.

Mais quid de tous ceux qui en ont la possibilité et, peut-être, le désir, mais qui l’ignorent ? C’est à eux que mon témoignage offre, je l’espère, l’inspiration pour une pensée nouvelle. Respecter ses convictions, faire, en toute conscience, des choix personnels, honorer son originalité, être l’artisan de son propre devenir : tout cela, bien davantage que l’endoctrinement des masses, contribue à la progression du monde et à l’apparition de nouveaux paradigmes.

… et je ne suis jamais allé à l’école, André Stern

J’ai terminé de lire … et je ne suis jamais allé à l’école à mon fils. Quelques pages quasiment chaque jour depuis 3 mois. La joie qu’il a manifesté lorsque j’ai sorti le livre les dernières fois m’a vraiment ému. Identifier le livre comme un moment de bonheur. Comme une vaine tentative de le dévorer littéralement aussi :-).

Au fil des pages, je me suis rendu compte à quel point ma lecture à voix haute a changée, une meilleure continuité, une meilleure gestion des liaisons, des différentes voix des personnages. Essayer de rendre la forme aussi intéressante que le fond a été un exercice quotidien, pour une lecture plus lente, plus détaillée, plus profonde. La prose d’André Stern se prête bien à une telle lecture et le propos est lucide et sensé, ça donne des idées…

Prochaine lecture : Libres enfants de Summerhill.

July 20, 2014 11:00 AM

Karl Dubost

ajout d'un élément XML avant un autre avec lxml

Motif régulier d'architecture Ho Chi Minh, Vietnam, 12 juin 2014

Du céleste ouvrage l'objet,
Si vrai et régulier,
N'est-il sur tout autre sujet
Beau, noble et singulier ?

Jacques Pelletier du Mans, À ceux qui blâment les mathématiques.

lxml est une excellente bibliothèque qui donne une coquille python à libxml et libxslt. Cependant la documentation est parfois un peu spartiate et surtout certaines méthodes de l'API ne sont expliquées que si nous lisons le code de l'API directement. C'est ainsi que j'ai découvert le addprevious dont j'avais besoin afin de mettre à jour les entrées dans un flux Atom. (Bien sûr il existe une méthode équivalente addnext)

addprevious avec un exemple concret.

Construisons le début d'un flux Atom en XML en utilisant lxml.

from lxml import etree
feed = etree.Element('feed')
feed.attrib['lang'] = 'fr'

Jusque là pas de problèmes c'est assez simple. Nous construisons l'élément racine feed et nous lui donnons un attribut lang dont la valeur est fr. Le résultat est :

<feed lang="fr"/>

Donnons lui un peu plus de corps.

from lxml import etree
feed = etree.Element('feed')
feed.attrib['lang'] = 'fr'
title = etree.SubElement(feed, 'title')
title.text = u'Un magnifique carnet Web'
author = etree.SubElement(feed, 'author')
name = etree.SubElement(author, 'name')
name.text = u'Super Dupond'

Cette fois-ci nous avons un arbre.

<feed lang="fr">
  <title>Un magnifique carnet Web</title>
  <author>
    <name>Super Dupond</name>
  </author>
</feed>

Imaginons que, catastrophe, nous avons oublié l'accroche du site Web. Dans le vocabulaire Atom, celle ci est donnée par l'élément subtitle. Nous voulons placer cet élément entre l'élément title et l'élément author du flux.


subtitle = etree.Element('subtitle')
author.addprevious(subtitle)
subtitle.text = u'Les âneries du jour'

Nous créons un élément subtitle. Nous ajoutons cet élément avant l'élément author et nous lui donnons un contenu texte. Ce qui nous donne pour code final

<feed lang="fr">
  <title>Un magnifique carnet Web</title>
  <subtitle>Les âneries du jour</subtitle>
  <author>
    <name>Super Dupond</name>
  </author>
</feed>

L'illustration semble futile puisque nous aurions pu construire les éléments dans le bon ordre. Mais dans mon cas j'en avais besoin afin de mettre à jour un flux Atom.

  1. Rechercher si l'entrée existe déjà parmi la liste des entrées
  2. Si oui la supprimer, si non supprimer la dernière entrée du flux (la plus ancienne).
  3. Ajouter la nouvelle entrée au dessus de toutes les autres entrées mais après les données générales du flux.

Schématiquement, si nous devions mettre à jour en effaçant l'entrée 3

<feed>
  <title>…</title>
  <subtitle>…</subtitle>
  <author>… </author>
  <!-- Insérer ici la nouvelle entrée 3 -->
  <entry>Entrée 1</entry>
  <entry>Entrée 2</entry>
  <!-- Effacer l'entrée 3 -->
  <entry>Entrée 3</entry>
  <entry>Entrée 4</entry>
</feed>

J'ai encore quelques petits détails à régler avant de partager le code. Mais en espérant que cela puisse servir à une autre personne.

July 20, 2014 08:22 AM

Le marché local

Marchand de légumes Kugennuma, Japon, 4 mai 2014

Nous donnerions une fausse idée de l’imagination si nous ne redisions pas combien les images sont rares.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Près de chaque station de train, la vie se déploie en mille petites subtilités. Nous remarquons l'humanité, nous participons à l'humanité. Et pourtant à chaque chandelle qui s'éteint, une boutique disparaît. Des conversations, des souvenirs s'évadent. L'espace sera détruit. Le bâtiment remplacé par un plus neuf. Probablement un café, un salon de coiffure ou autre élément plus moderne viendront s'installer. Elle et ses légumes semblent le dernier front de résistance face à l'ensemble des rideaux de fer baissés. Nous nous extasions du charme. Nous rêvons de sa tendresse. Et pourtant, nous allons nous aussi dans les franchises des supermarchés alentour. Peu de monde veut continuer à vendre des légumes sur un coin de table. Peu de monde veut même continuer à les produire.

July 20, 2014 06:42 AM

July 18, 2014

Karl Dubost

La fortune des errances

Chemin dans la forêt Zushi, Japon, 3 mai 2014

La contemplation de la nature, dit encore le poète, a besoin « des songes séculaires ». L’homme retrouve toujours et partout les mêmes rêves.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Une fois de plus, avec un ami, j'ai parcouru la colline au-dessus de la mer, la forêt de bambou, les jardins suspendus. Une fois de plus, je me suis arrêté dans ce petit restaurant près du port de pêche et puis nous avons terminé par ce temple de Kamakura où les enfants jouaient sur les escaliers en bois.

Lampe dans un temple Kamakura, Japon, 3 mai 2014

Quel bonheur de marcher, j'y ai même cette fois-ci découvert un sol couvert de misère, je suis reparti plus riche de trois brins. La fortune des errances est incommensurable.

misères Zushi, Japon, 3 mai 2014

July 18, 2014 11:10 AM

July 17, 2014

Karl Dubost

Dans l'écriture des images

Océan Enoshima, Japon, 2 mai 2014

Tous ces objets résistants portent la marque des ambivalences de l’aide et de l’obstacle. Ils sont des êtres à maîtriser. Ils nous donnent l’être de notre maîtrise, l’être de notre énergie.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Lorsque nous écrivons, nous ne collons pas des  l e t t r e s  les unes à côté des autres, pas plus que des mots. Cela n'aurait que peu de sens vert tomate lunettes batteries émotion le avoir calepin peinture. Il en est de même lorsque nous prenons une photographie. Nous ne plaçons pas des pixels de couleurs afin de les mettre côte à côte. Ces pixels bleus sont ceux que l'appareil numérique a voulu enregistrer selon son algorithme. L'argentique ne fait que peu de différences, remplaçons le programme numérique par la chimie. Cette photographie, l'océan et un peu de ciel, après quelques heures, a déjà vécu. La photographie ne reste déjà plus que de l'ombre. Elle a fâné. Elle s'est diluée. Je la grossis. Je l'explore. Je révèle ses pixels. Je tente de comprendre son intimité. Non vraiment rien, si ce n'est l'envie de redessiner les carrés bleus à la main ou de les réarranger par valeur. Je reprends du recul. Elle reprend un peu de sens. Il y a cette femme à ma droite avec ses lunettes de soleil et ses cheveux en queue de cheval. Il y a ce grand aigle qui passe régulièrement au dessus de nos têtes, hésitant entre les rats et le poulpe grillé dans notre assiette. Il y a le parfum du sel qui remonte la falaise de la presqu'île porté par le vent pour atteindre la terrasse où nous sommes assis. Il y a l'envie que le midi s'étire un peu plus loin jusque dans la nuit. Il y a ce bonheur. Oui c'est peut-être cela cette photographie insignifiante, bleue et plate. C'est peut-être cela le souvenir du hors-champ et de son intimité.

Pixels d'une photographie Enoshima, Japon, 2 mai 2014

July 17, 2014 12:32 PM

July 16, 2014

Karl Dubost

Les signes et leur compréhension

Rue la nuit Tsujido, Japon, 1er mai 2014

Il n’y a pas de paysages littéraires sans les lointaines attaches à un passé. Le présent ne suffit jamais pour faire un paysage littéraire. Autant dire qu’il y a toujours de l’inconscient dans un paysage littéraire.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Je lis un livre sur les algorithmes (traités en python) afin de combler mes lacunes. Au cours de la lecture, je tombe sur la page suivante d'une formule écrite en python et puis finalement mathématiquement.

Extrait de livre Algorithmes en python

L'auteur précise que « le sigma majuscule 𝚺 peut être un peu intimidant si vous n'avez pas travailler avec auparavant. Ce n'est cependant pas plus effrayant que la function sum en Python. » Sa mention m'a fait sourire car j'ai eu la réaction exactement inverse en lisant la page. Alors que la notation mathématique m'a été évidente au premier coup d'œil, il m'a fallu du temps pour déchiffrer la ligne pourtant courte de Python. Pendant mes études, j'ai appris, manipulé, écrit, utilisé les notations mathématiques pour décrire l'univers et le comprendre. Cet ensemble de signes est alors plus naturel pour moi que celui pourtant simple d'un langage de programmation.

Je vis en ce moment une reconfiguration (trop) lente de la compréhension des mots par le japonais écrit. Encore un autre voyage sémantique.

July 16, 2014 10:47 AM

July 15, 2014

Karl Dubost

Listes de discussions du W3C

Calepin et téléphone Séoul, Corée du Sud, 12 avril 2014

L’intelligence aussi voudrait s’intéresser non seulement à des faits, mais encore à des valeurs.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Régulièrement, une personne se plaint du système de listes de discussions du W3C. D’ailleurs il n’est pas certain si les individus parlent du système d’archivage ou du système de gestion de la liste ou des deux. Aujourd’hui a été encore l’opportunité de se défouler contre le W3C. Les attitudes négatives du milieu de l’informatique ont tendance à tout faire pourrir. C’est bien triste. Une discussion récente a été l'occasion de nombreuses petites piques et finalement très peu de propositions concrètes.

Les communautés du W3C travaillent avec les moyens du bord. Le résultat est loin d’être parfait, mais ces qualités sont essentielles. Reconnaître les atouts et les avantages afin de pouvoir les faire évoluer dans un sens plus riche et positif permettrait l’amélioration de la situation générale. Le système actuel pour la gestion est Hypermess.

Pas satisfait avec la CSS, proposez une nouvelle feuille de style qui soit réaliste et s’intègre dans le système courant. Pas satisfait avec le système d’archivage, faire des propositions de code et de gestion pour améliorer l’ensemble. Pas satisfait des logiques ergonomiques, proposez en de nouvelles. Mais le plus important, faire des propositions réalistes. Ne pas oublier que votre solution n’est pas forcément la solution de tous. Bien souvent nous oublions que lorsque nous ne sommes pas satisfaits d’un système (émotion nombriliste), nous ne voyons pas dans le même temps tous ceux qui sont satisfaits du système courant. Et ce que certains perçoivent comme un défaut sera perçu comme un avantage par d’autres.

Les avantages ?

Des inconvénients ?

  • Pas de vue d’un fil de discussions au complet
  • Une présentation assez datée et rébarbative. Mon petit doigt me dit que Daniel Davis va proposer quelque chose.
  • Une présentation non compatible avec les petits écrans.
  • Les fils de discussions brisés dans l’index par mois quand ils s’étalent sur plusieurs mois.
  • L’impossibilité pour les non-membres de récupérer les fichiers mbox.
  • L’impossibilité de télécharger une mbox pour un fil de discussion particulier.

Des manques ?

  • Une possibilité de comprendre la syntaxe markdown d’un message pour la convertir dans les archives Web. Ceci dit assez aléatoire à convertir.
  • Peut-être la possibilité de voter sur la qualité d'un message.

July 15, 2014 10:45 PM

Christian Fauré

Un jour sans lendemain ?

Donc voilà, l’émission « Du jour au lendemain » d’Alain Veinstein ne sera pas reconduite à la rentrée sur France Culture.

QuignardVeinstein [Alain Veinstein avec Pascal Quignard]

Cela faisait 29 ans que cette émission existait, et 25 ans que je l’écoutais, pratiquement tous les soirs. Avec le passage au Podcast, je n’ai plus jamais manqué une seule émission, que pourtant je continuais à écouter le soir car il faut un régime d’attention particulier pour l’entendre. Cette émission bien nommée terminait ainsi ma journée et m’ouvrait des horizons inconnus avant que je ne bascule dans les rêves. 

Parfois, je m’endormais rapidement quand un romancier venait nous raconter l’histoire qu’il avait écrite, ou quand un universitaire venait réciter sa leçon ; mais parfois aussi, quand le livre devait un prétexte à autre chose, j’ai été le témoin de moments radiophoniques merveilleux.

En 29 ans, Alain Veinstein a travaillé à une forme de disparition de l’interviewer. A réécouter les premières émissions, on est surpris de réentendre sa voix plus chantante et son débit de parole bondissant qui imprimait une présence forte et perceptible de l’animateur-intervieweur.

Ces dernières années, on pouvait écouter tout un entretien sans avoir le moindre souvenir de l’intervieweur : « qu’avait il dit, et était il seulement là ? » pouvait on se demander en fin d’émission .

C’est qu’Alain Veinstein est devenu maître dans l’art de l’amorce : une question anodine en début d’entretien et l’interviewé mettait 45 min à essayer de s’en dépêtrer en dialoguant avec lui-même (et pour son plus grand bonheur s’il savait saisir l’occasion ). Parfois c’était juste un « mouais… » inaudible de Veinstein qui scellait la fin de la discussion des les premières minutes.

Toujours, le style de Veinstein indiquait, dès les premiers mots échangés, si ce qui allait suivre tiendrait une promesse : « ah ! Ça sent bon tout ça !  » se disait-on avec délectation.

Mais dès le début de la dernière émission, cela ne sentait pas bon, même si l’émission en elle même fût une des meilleures, mais dans le style bien particulier de la confession radiophonique qui frôlait douloureusement le testament radiophonique.

Que celles et ceux à Radio France qui ont décidé de cet arrêt pour des raisons économiques révisent leur manuel d’économie, en commençant peut être par « La part maudite » de Bataille.

Et moi d’espérer que Veinstein puisse saisir les opportunités du numérique en réalisant que la « maison de la radio » est aujourd’hui partout et que là ou il sera je serai, avec d’autres , au rendez-vous.

Signaler sur Twitter

by Christian at July 15, 2014 07:14 PM

Karl Dubost

L'idée du vent

Tissu flottant près d’une fontaine Hiratsuka, Japon, 26 avril 2014

Cette image poétique peut paraître obscure. Elle a précisément besoin d’être révélée au sens photographique du terme par l’image princeps du couchant martelé, de l’orient forgé. Alors la rêverie de lecture devient sensible à des tonalités cachées, elle découvre d’infinies profondeurs d’une âme imaginante. En effet, pour produire cette image, le poète a mis en acte des puissances multiples, couvrant plusieurs régions de l’inconscient.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

L'entrée du sanctuaire après le tori, la fontaine pour les ablutions, les voyageurs pourront pratiquer l'humidification délicate, la main gauche, la main droite, les lèvres. Un tissu pour s'essuyer les mains a été placé sur un bout de baguette suspendu à deux fils. L'océan est proche, l'idée du vent fera le reste. Le linge est sec. L'énergie de la nature était là, il suffisait de l'imaginer.

July 15, 2014 01:57 PM

La voie du partage

Escalier avec rampe Oiso, Japon, 26 avril 2014

Une fois l’image princeps reconnue, on ne peut plus en méconnaître la vie profonde, la vie cosmique. L’imagination humaine veut jouer son rôle dans la pleine nature. On n’a plus besoin alors d’une imagerie très colorée, de formes très nettement dessinées pour vivre une image qui grandit, qui prend une valeur cosmique, une valeur mythique.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Vivre ensemble s'aménage. Il suffit alors de définir l'espace qui répond aux besoins communs. Pouvoir monter et descendre une colline à pied, avec ou sans vélo, droitier ou gaucher, l'imagination et la forme ont tracé la voie.

July 15, 2014 01:45 PM

July 14, 2014

Karl Dubost

Sur le chemin

Rivière et chemin Hiratsuka, Japon, 26 avril 2014

Comment ne pas reconnaître alors que la trempe engage primitivement des valorisations bien éloignées des simples valeurs d’utilité. On poserait d’ailleurs mal le problème si l’on évoquait des thèmes magiques. Ces thèmes existent, la liaison entre la magie et la technique a été à juste titre examinée. Mais l’instance onirique à laquelle nous nous référons est différente de l’instance magique. Elle correspond à un plan un peu vague, à des déterminations un peu flottantes. C’est précisément la région de la simple imagination de la matière, la région de l’onirisme du travail.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

De Hiratsuka (平塚) à Oiso (大磯), nous pouvons prendre le train de la ligne Tokaido (東海道). Il est aussi possible de prendre le bus pour aller près de la rivière Hanamizu (花水川) au terminus nishikaigan (西海岸). De là, nous pourrons traverser la rivière, et puis la longer vers le nord en croisant la voie ferrée de la Tokaido et finalement s'orienter vers l'ouest afin de se rendre au temple Takaki (高来神社).

Chemin de sanctuaire Hiratsuka, Japon, 26 avril 2014

À partir de cet endroit, l'ascension de la montagne Korai (高麗山) commence par les chemins de forêt.

Chemin de forêt Oiso, Japon, 26 avril 2014

Sur les crêtes, nous marchons, d'un côté la campagne entre les monts, de l'autre le littoral et l'océan Pacifique.

Forêt et Pacifique Oiso, Japon, 26 avril 2014

Derrière une colline, nous apercevons le port d'Oiso, c'est notre destination finale, nous devons y arriver pour le repas. Il y a là un bistro de poissons.

Repas de poisson Oiso, Japon, 26 avril 2014

Tout ceci est description, instructions, directions. Entre chaque lettre, chaque mot, il existe l'espace du souffle, des sons, des parfums, du muscle tendu, du désir, de l'abandon. Entre chaque ligne, il y a du bonheur.

carte satellite et tracé GPS De Hiratsuka à Oiso, Japon, 26 avril 2014

July 14, 2014 01:21 PM

Tentations et tentacules

Plât de spaghetti à la pieuvre Tsujido, Japon, 24 avril 2014

La porte des rêveries cosmiques est ouverte.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Le goût est une éducation, un chemin de découverte, une pluie fine dans une journée chaude. Le désir des tentacules est l'imagination de ce goût, la réminiscence d'un plaisir que l'on veut éveiller de nouveau. Chaque jour, jeter son sac dans les fourrés et courrir à perdre haleine sur les chemins oubliés pour s'y souvenir des hésitations et des joies délicieuses.

July 14, 2014 12:43 PM

Les contraintes futiles

Clôture et végétation Tsujido, Japon, 21 avril 2014

Il faudrait cependant pour entrer dans cette avenue des songes quitter les perspectives prématurément objectives et raisonnables ; seul un rationalisme en vacances peut assumer la liberté de telles songeries.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

La nature se moque bien de nos efforts de domestication. Nous tentons d’éradiquer, de contenir, de repousser. Elle regagne, contourne, s'épanouit. C'est tout cela qui me plaît en elle. Cette résistance à notre conformisme.

July 14, 2014 12:30 PM

De la mousse à la fleur

Fleur d'arbre Tsujido, Japon, 22 avril 2014

Mais trop de rêveries naissent en moi quand je revis les puissances de l’eau.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

À mon arrivée, j'ai ouvert une nouvelle page. Aujourd'hui une fleur pour tout chemin d'errances, pour tout compagnon de rêveries.

July 14, 2014 12:15 PM

Le temps des coquelicots

Coquelicots Tsujido, Japon, 21 avril 2014

Tout souffle, pour qui rêve, est une haleine chargée d’influences.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Entre les rues étroites de Kamakura, nous nous sommes glissés. Les archers nous avaient donné l'impulsion. Encore un coin de rue, et le musée du cinéma nous chuchotait déjà son exposition du moment : Le royaume des actrices des studios de Shochiku à Ofuna. Yasujiro Ozu y a travaillé et bien entendu Setsuko Hara, son actrice principale. Quelques affiches, quelques carnets, des photographies des studios maintenant disparus, juste quelques souvenirs frêles et beaux pour donner l'envie d'explorer un peu plus le cinéma japonais de la première moitié du 20eme siècle.

Déjà nos pas se dirigent vers la sortie du musée. La séance d'un film se termine, un unique spectateur sort. Le vieil homme a peut-être 80 ans, fin, fragile mais droit comme un coquelicot. Il soupire, une fois, et puis deux fois encore. Entre ses soupirs profonds, il se dit à lui-même combien le film était merveilleux en laissant échapper un long « ah » profond de satisfaction mélancolique. À la sortie, nous regardons le programme d'aujourd'hui, quel film. Ce film… de Ozu, son tout dernier… « Le goût du saké »

Alors aujourd'hui dans les rues de Tsujido, sous une vapeur de pluie, je pense à Ozu et à son cinéma lent et tendre.

rues et végétation Tsujido, Japon, 21 avril 2014

July 14, 2014 12:07 PM

July 12, 2014

Karl Dubost

Les archers de Kamakura

Calepin et téléphone Kamakura, Japon, 20 avril 2014

D’autant plus précieuses sont les images qui nous font découvrir un passé disparu. Elles nous permettent de vivre une sublimation normale, une sublimation salutaire, si seulement elles sont traitées par un incontestable rêveur.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Avec les enfants et les adultes facétieux, nous nous sommes assis sur le sol. Nous nous sommes penchés pour mieux voir sous la banderole rouge et voir le galop des chevaux. À chaque succès un grand « aaaah » de la foule s'élève au dessus des toits du temple. La cérémonie de Yabusame débute par la parade des différents maîtres archers. Un homme au début de la piste contrôle si celle-ci est prête. Une fois l'éventail baissé, un archer s'élance à toute allure et tente d'atteindre 3 cibles posées le long de la piste. La pratique guerrière est devenu un exercice de style au 17e siècle et est maintenant l'occasion d'une cérémonie annuelle au temple de Kamakura.

Archer sur un cheval Kamakura, Japon, 20 avril 2014
Archer sur un cheval Kamakura, Japon, 20 avril 2014
Homme avec épouvantail Kamakura, Japon, 20 avril 2014
Archer sur un cheval Kamakura, Japon, 20 avril 2014
Archer sur un cheval Kamakura, Japon, 20 avril 2014

July 12, 2014 05:03 AM

July 11, 2014

Karl Dubost

Pathé au Japon

Video sur peau Tsujido, Japon, 18 avril 2014

Mais, bien entendu, c’est du côté de l’enthousiasme que nous trou- verons le véritable jet de valorisation.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Pathé British a mis à disposition 85000 prises de vue historique sur YouTube. En recherchant le Japon, on peut trouver de nombreuses pépites, comme ce reportage sur le Japon d'aujourd'hui en 1946. La misère de l'après-guerre, le rationnement, les petits boulots, et surtout la ville qui a été détruite par les bombardements en pleine reconstruction. Il y aussi le tremblement de terre de 1923 qui est finalement un petit film sur la vie de rue à cette époque.

J'ai pu y trouver quelques films sur Rouen.

July 11, 2014 11:28 AM

July 07, 2014

Karl Dubost

Les arbres apocalyptiques

Arbres poussant à travers le béton Fujisawa, Japon, 28 juin 2014

I will start out this evening with an assertion: fantasy is a place where it rains.

Italo Calvino, Six Memos for the Next Millennium.

La circulation des humains au premier étage, celle des voitures et des bus juste en dessous, quelques aménagements ont été réalisés afin de laisser les arbres grandir à travers le béton. Je ne peux m'empêcher d'aimer cet espace. Et si notre humanité s'évanouissait laissant les paysages de Tokyo Genso se réaliser.

Paysage envahi Tokyo Genso

July 07, 2014 02:47 PM

July 06, 2014

Karl Dubost

Umeshu, le temps de l'envie

deux pots en verre avec des prunes Tsujido, Japon, 27 juin 2014

Is it legitimate to turn to scientific discourse to find an image of the world that suits my view? If what I am at- tempting here attracts me, it is because I feel it might connect with a very old thread in the history of poetry.

Italo Calvino, Six Memos for the Next Millennium.

Les traditions suivent les saisons. La nature rythme le cycle des productions et des humains. Partout dans les magasins, les tas de prune s'accumulent. Partout, nous pouvons voir fleurir les pots en verre, les bouteilles d'alcool et le sucre crystal. Alors dans le même mouvement naturel, nous avons préparé les prunes dans un pot. Et puis pour ne pas oublier d'ouvrir le pot dans un an, j'ai dessiné des prunes sur des étiquettes et j'ai écrit la date. Nous avons placé les pots dans un placard sombre.

Le goût prends du temps, le temps de l'envie.

deux pots en verre avec étiquettes Tsujido, Japon, 29 juin 2014

July 06, 2014 11:14 PM

Tanabata à Hiratsuka

enfants courant Hiratsuka, Japon, 4 juillet 2014

Beauty of woman and wise of hearts, and gentle knights in armor; the song of birds and the discourse of love; bright ships moving swiftly on the sea; clear air when the dawn appears, and white snow falling without wind; stream of water and meadow with every flower; gold, silver, azure in ornaments.

Italo Calvino, Six Memos for the Next Millennium.

C'est le temps de Tanabata à Hiratsuka pour les trois prochains jours. Les enfants courrent. En famille, en couple, seul, tous se pressent dans les rues. La musique, les marchands hèlent du trottoir pour vendre les grillades, les pommes de terre au beurre, les saucisses sur un baton. Rires et yeux grands ouverts, tous regardent les banderoles pendues au-dessus des rues.

trois obi de yukata Hiratsuka, Japon, 4 juillet 2014

Les jeunes femmes et les pas encore tout à fait femme ont mis leur yukata fleuris. Pas toutes. Les couronnes de fleurs dans les cheveux, ou une simple pince avec quelques couleurs. On s'assoie ensemble, on se retrouve. On se complimente sur le kimono, le obi, la coiffure ou le maquillage. La fête des amoureux et pourtant, comme d'habitude, on s'observe entre groupes de jeunes hommes et groupes de jeunes femmes. Les contacts seront souvent fugaces.

bandelettes de papier accrochées à une corde Hiratsuka, Japon, 4 juillet 2014

Les uns et les autres écrivent leur souhait sur des bandelettes de papier. Des souhaits dramatiques, des souhaits simples, une femme souhaite d'avoir un enfant et qu'elle ne sera pas trompée. Pas uniquement de l'amour, du succès dans le travail, des rentrées d'argent, une meilleure santé, tout ce qui est notre humanité se décline sur ces bandelettes.

Jambes et pomme de terre Hiratsuka, Japon, 4 juillet 2014

Le téléphone dans une main, la pomme de terre dans l'autre, les cheveux en chute libre par dessus l'épaule, elles discutent de leur plan pour cette nuit. C'est un défilé de style, bigarré comme toujours dans les fêtes populaires, mais avec partout une innocence et une ambiance bon enfant.

lampions et tori Hiratsuka, Japon, 4 juillet 2014

Il faudra terminer en passant par le temple pour y laisser quelques souhaits. Quelques souhaits de plus pour se donner du courage.

July 06, 2014 09:00 AM

July 05, 2014

Karl Dubost

Trouver sa racine avec python

Hortensias Tsujido, Japon, 5 juillet 2014

The images of lightness that I seek should not fade away like dreams dissolved by the realities of the present and future…

Italo Calvino, Six Memos for the Next Millennium.

Lorsque je traite les fichiers de La Grange, je suis dépendant d'un fichier de configuration où je dois donner au moins le chemin de départ, c'est à dire la racine. Je me suis demandé si cela ne serait pas plus intéressant de donner un peu de souplesse au programme en lui donnant une certaine indépendance sur sa localisation dans le système de fichiers.

Mes requis pour le programme

  • La racine du site Web est déterminée par un objet unique dans toute l'arborescence, comme un nom de fichier.
  • Peu importe la localisation du fichier à l'intérieur de l'arborescence du site, il doit être capable de trouver la racine du site Web.
  • Lorsque le répertoire n'existe pas, le programme renvoie None.
  • Lorsque la racine n'existe pas, le programme renvoie None.
  • Lorsque la racine est trouvée, le programme renvoie le chemin absolu de la racine.

Récursion

Typiquement, le programme prend le chemin initial, vérifie s'il contient le fichier recherché et s'il ne le contient pas répète la même opération dans le répertoire supérieur de l'arborescence. Ainsi de suite, jusqu'au résultat final qui est soit le répertoire racine du système de fichiers ou la racine du site Web. Voici le programme final que j'ai obtenu après quelques maux de têtes. J'ai finalement trouvé une solution, que je n'ai pas comprise tout de suite, mais David m'a donné la clé de l'explication. À chaque exécution de la récursion, il faut assigner une variable afin que la valeur puisse sortir à la fin de cette récursion, les variables étant toutes locales dans chacune de leur fonction propre.

from os.path import realpath, isfile, join

def find_root(directory, token):
    """Find the root of a directory tree based on a token"""
    # Make sure we have a full path instead of a relative path
    if directory.startswith('.'):
       directory = realpath(directory)
    # Create a list of the files in the current directory
    # If it fails the path doesn't exist
    try:
        files_only = [ f for f in os.listdir(directory) if isfile(join(directory, f)) ]
    except:
        return None
    # Check if the token is not among the files
    if token not in files_only:
        # if '/', we are at the filesystem root
        if directory == '/':
            return None
        # Recursion with the upper directory
        newpath = realpath(directory + '/../')
        directory = find_root(newpath, token)
    return directory

Et les résultats en questions :


>>> # Requesting a directory which doesn't exist
>>>print find_root('bar', 'feed.atom')
None
>>> # Outside of the Web site tree
>>> print find_root('/Users', 'feed.atom')
None
>>> # At the root of the filesystem
>>> print find_root('/', 'feed.atom')
None
>>> find_root('/', 'feed.atom')
>>> # In the Web site tree, input upper directory
>>> find_root('../', 'feed.atom')
'/Users/karl/Sites/la-grange.net'
>>> # In the Web site tree, input local directory
>>> find_root('.', 'feed.atom')
'/Users/karl/Sites/la-grange.net'
>>> # In the Web site tree, a relative path
>>> find_root('../../02/', 'feed.atom')
'/Users/karl/Sites/la-grange.net'

Ça marche ! J'ai rendu mon programme (un client) un peu plus indépendant de la documentation extérieur, il peut maintenant découvrir par lui-même la racine du site Web. Cela peut devenir pratique si je transportais le site Web sur une clé USB par exemple. Ce n'est qu'une première étape.

July 05, 2014 01:34 PM

July 03, 2014

Karl Dubost

Les bains en musique

Image projetée sur un mur Tsujido, Japon, 17 avril 2014

Il semble que les images jouent ici dans les deux sens : l’être vent s’enfouir dans la fange et il veut s’enfouir « dans sa propre masse ».

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Nous avons pris le projecteur. Et puis choisis de la musique. Et nous avons projeté sur le carrelage de la salle de bain les images. Féérie des images, plaisir d'enfants de voir les formes dans la vapeur.

Image projetée sur un mur Tsujido, Japon, 17 avril 2014
Image à travers une vitre Tsujido, Japon, 18 avril 2014

July 03, 2014 02:21 PM

L'absence

Manteau sur une chaise Séoul, Corée du Sud, 12 avril 2014

Et tout le drame se développe en s’engageant dans un symbolisme du haut et du bas, du métaphoriquement haut et du métaphoriquement bas. L’abîme est une matière d’enlisement.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Parfois, elle s'absente. Alors il y a toujours cette petite angoisse « Va-t-elle revenir ? » Puis le bonheur, simple, fragrant, celui de son retour. Certaines minutes sont longues.

July 03, 2014 02:11 PM

July 02, 2014

Karl Dubost

Les dates au format RFC3339

lacets de route et colline Kamakura, Japon, 21 juin 2014

Whenever humanity seems condemned to heaviness, I think I should fly like Perseus into a different space. I don’t mean escaping into dreams or into the irrational. I mean that I have to change my approach, look at the world from a different perspective, with a different logic and with fresh methods of cognition and verification.

Italo Calvino, Six Memos for the Next Millennium.

Hier, je mentionnais les dates au format RFC3339 et le manque cruel dans la bibliothèque python. Je ne recommande pas ce qui suit mais c'est la solution que j'ai adoptée pour mon besoin très spécifique. Reprenons les deux formats de date :


2014-04-15T20:34:00+09:00
2014-06-30T12:04:00Z

La première date signifie 15 avril 2014 à 20h34 (heure du fuseau horaire +9 heures). Cela correspond au fuseau horaire du Japon, des deux Corée, d'une partie de la Russie, de l'Indonésie, du Timor oriental et de Palaos. Cela ne donne aucune information sur la localisation réelle. Cela donne juste l'heure à ce moment dans ce fuseau horaire.

DST (Changement d'heure saisonnier)

Être dans un fuseau horaire particulier ne signifie pas que tous les pays partagent la même heure. Certains pays appliquent un changement d'heure saisonnier. En France, par exemple, l'heure est avancée d'une heure sur l'heure solaire pendant l'hiver (CET) et deux heures pendant l'été (CEST). Ainsi cette date (15 juin 2014) signifie que l'heure sur le méridien de Greenwhich est en fait 21h30. Mais ceci ne dit pas où vous êtes, ni si vous êtes en période de changement d'heures.

2014-06-15T22:30:00+01:00

Certains pays n'ont pas d'heures saisonnières, c'est le cas du Japon où nous somme beaucoup plus proches de l'heure solaire.

Géographie des fuseaux horaires

Autre chose troublante, la luminosité et l'heure locale. Dire « le soleil se couche à telle heure » est très dépendant du lieu géographique. La France métropolitaine est constituée d'un seul fuseau horaire et pourtant l'heure du coucher de soleil entre la Bretagne et Strasbourg n'est pas la même. De mémoire si je me souviens bien, il y a un décalage de 15 minutes. Mais ce qui est encore plus amusant est que les fuseaux horaires sont parfois distribués sur de grandes zones géographiques.

Carte de fuseaux horaires Fuseau horaire +09:00

Le fuseau horaire du Japon, Corée, Russie (+09:00) s'étale sur un grand intervalle de latitudes. La tâche jaune à l'ouest de la ligne des 9 heures est la Russie… soit un décalage de près de deux heures en heure solaire. On peut remarquer que le Japon lui-même s'étale sur un peu plus d'une heure.

Les fuseaux horaires en heures

Les fuseaux horaires ne se déclinent pas uniquement en heures fixes. Par exemple, le fuseau horaire de l'Inde n'est ni +05:00, ni +06:00 mais +05:30. Certaines îles dans le Pacifique sont à +13:45.

Pour toutes ces discussions et explorations, vous pouvez aller lire et jouer avec la section Fuseau horaire de Timeanddate.

Mon bout de python

Je dois le re-travailler, tout cela n'est pas très optimisé. Et surtout ne pas réutiliser dans un code générique.


import datetime, timedelta

def rfc3339_to_date(date_time):
    """Simple rfc3339 converter. Incomplete because I know my format.
    Do not reuse elsewhere.
    2014-04-04T23:59:00+09:00
    2014-04-04T23:59:00Z"""
    # Extraire la date et le temps sans le fuseau
    # 2014-04-04T23:59:00+09:00 -> 2014-04-04T23:59:00
    partial_date_time = date_time[:19]
    # convertir en objet datetime
    date_obj = datetime.strptime(partial_date_time, "%Y-%m-%dT%H:%M:%S")
    # extraire le fuseau horaire
    # 2014-04-04T23:59:00+09:00 -> +09:00
    # 2014-04-04T23:59:00Z      -> Z
    time_offset = date_time[19:]
    # Si Z, on est déjà en UTC.
    if 'Z' in time_offset:
        final_date = date_obj
    # si + on doit déduire le temps pour obtenir l'heure en UTC
    elif '+' in time_offset:
        tz_hours = int(time_offset[1:3])
        tz_minutes = int(time_offset[4:6])
        final_date = date_obj - timedelta(hours=tz_hours, minutes=tz_minutes)
    # si - on doit ajouter le temps pour obtenir l'heure en UTC
    elif '-' in time_offset:
        tz_hours = int(time_offset[1:3])
        tz_minutes = int(time_offset[4:6])
        final_date = date_obj + timedelta(hours=tz_hours, minutes=tz_minutes)
    return final_date

Mise à jour du 2 juillet 2014.

Et bien sûr un meilleur code fourni par David. Merci. Je laisse mon code, de façon à montrer l'amélioration.


import datetime, timedelta

def rfc3339_to_datetime(rfc3339_date_time):
    """Simple rfc3339 converter. Incomplete because I know my format.
    Do not reuse elsewhere.
    2014-04-04T23:59:00+09:00
    2014-04-04T23:59:00Z"""
    # Extraire la date et le temps sans le fuseau
    # 2014-04-04T23:59:00+09:00 -> 2014-04-04T23:59:00
    date_time, offset = rfc3339_date_time[:19], rfc3339_date_time[19:]
    # convertir en objet datetime
    date_time = datetime.strptime(date_time, "%Y-%m-%dT%H:%M:%S")
    # extraire le fuseau horaire
    # 2014-04-04T23:59:00+09:00 -> +09:00
    # 2014-04-04T23:59:00Z      -> Z
    # Si Z, on est déjà en UTC.
    if 'Z' not in offset:
        tz_hours, tz_minutes = int(offset[1:3]), int(offset[4:6])
        if '+' in offset:
            # si + on doit déduire le temps pour obtenir l'heure en UTC
            date_time -= timedelta(hours=tz_hours, minutes=tz_minutes)
        else:
            # si - on doit ajouter le temps pour obtenir l'heure en UTC
            date_time += timedelta(hours=tz_hours, minutes=tz_minutes)
    return date_time

July 02, 2014 02:39 AM

June 30, 2014

Karl Dubost

Python et les dates au format RFC3339

palissade rouillée et arbres Tsujido, Japon, 22 juin 2014

I will devote my first lecture to the opposition between lightness and weight, and will uphold the values of lightness. This does not mean that I consider the virtues of weight any less compelling, but simply that I have more to say about lightness.

Italo Calvino, Six Memos for the Next Millennium.

Hier, dans un désir de rendre la vie un peu plus facile aux lecteurs du site, je me décidais enfin à coder une fonction pour créer automatiquement un index des dernières mises à jour du site. Pour cela il me suffisait de prendre le contenu du flux Atom et de transformer le titre et les dates en contenu HTML. Les dates dans le contenu Atom sont au format RFC 3339.


<published>2014-04-15T23:59:00+09:00</published>
<updated>2014-06-30T00:04:00Z</updated>

La bibliothèque par défaut de python n'a pas d'options pour lire ce format de date. Cela semble relativement incroyable et pourtant c'est bien le cas. Il existe un bug ouvert à ce propos. Comme je n'ai pas envie d'ajouter trop de dépendance à mon script initial, j'ai défini ma propre solution (fragile), il me faudra la rendre plus solide (ou comme dirait David en réaliser la maintenance). Donc de fil en aiguille, je pensais finir en deux ou trois heures et j'ai passé plus de six heures sur le code afin de créer un système qui soit plus cohérent.

Pour ceux qui ne veulent pas créer leur propre solution, il existe un petit bout de code qui prend la date au format RFC3339 et permet de produit un objet python datetime. Je vous recommande donc chaudement python-rfc3339.

Et si vous pensez que c'est un problème simple à régler, pensez fuseau horaire et heure d'été. Cela vous ajoute déjà deux variables essentielles, saupoudrez par dessus cela, ce qui constitue votre date de publication : le lieu où vous êtes, le lieu où le serveur est hébergé ?

Coder cet art entre la légèreté et l'épaisseur.

June 30, 2014 11:08 AM

L'espace de la floraison

Fleurs de magnolia Tsujido, Japon, 15 avril 2014

La fleur est sans doute une image princeps, mais celte image est dynamisée pour celui qui a manié le terreau. Si nous aidons au mystérieux travail des terres noires, nous comprenons mieux la rêverie de la volonté jardinière qui s’attache à l’acte de fleurir, à l’acte d’embaumer, à produire la lumière du lis avec la boue ténébreuse.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Deux événements heureux aujourd'hui. Le magnolia a fleuri. Une fleur unique d'un beau violet sombre sur les branches dénudées. L'arrivée du bureau. Je travaillais jusqu'à maintenant sur une petite table. Ces deux floraisons me donnent le sourire et l'envie de l'espace.

Bureau de travail Tsujido, Japon, 15 avril 2014

June 30, 2014 12:04 AM

June 29, 2014

Karl Dubost

Je, Eux, Selfies

Personnes dans un restaurant Séoul, Corée du Sud, 12 avril 2014

Nous nous débarrasserons mieux de telles censures si nous comprenons que toute valeur côtoie son anti-valeur et qu’il est des âmes qui ne peuvent concevoir une valeur sans la polémique des images qui l’attaquent.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Le Japon est souvent mentionné comme un pays où les relations humaines sont soumises à des pressions insurmontables. Les personnes épuisées, démoralisées, vivant dans la honte se suicident. Et pourtant… Bien que le Japon n'est que le dixième pays en nombre de suicides par habitant. Devant…

  1. Groënland
  2. Lithuanie
  3. Corée du Sud
  4. Guyane
  5. Kazakhstan
  6. Pologne
  7. Chine
  8. Slovénie
  9. Hongrie
  10. Japon

La France occupe la 26eme place sur une centaine de pays. Bien sûr tout dépend des sources que l'on utilise. Mais comme d'habitude avec tous les clichés, nous avons tendance à valider ce que nous avons été entraîné à reconnaître. La croyance populaire (les medias) nous ont enseigné que le taux de suicide au Japon était une catastrophe, nous validons la catastrophe à chaque nouveau cas. Le problème est bien plus général que celui d'un fantasme lointain.

La Corée du Sud est donc un autre pays avec un taux de suicide très important. Être « je » dans un grand « nous » est parfois difficile. Quand le « nous » devient inaccessible, le « eux » prend une identité plus facile à gérer et permet de concevoir plus facilement le « je » en opposition.

Dans le train, dans la rue, dans les cafés, j'ai été surpris par le nombre de personnes pratiquement l'autoportrait. Où ai-je validé là un cliché ? La scène la plus extrême m'a été donnée par cette jeune femme assise à côté de moi dans le métro. Elle utilisa la caméra de son téléphone en guise de miroir électronique pour vérifier son maquillage, sa coiffure pendant quelques cinq minutes. Et puis une fois satisfaite, elle décida de prendre un autoportrait. Elle feuilleta ensuite les autoportraits déjà pris. Par centaine, ils déroulaient les uns après les autres. Son visage avec presque toujours la même expression. J'ai aimé que la surface de l'écran de son téléphone soit brisé. Il y avait là l'ajout d'un élément esthétique supplémentaire.

Et lorsque nous adoptons tous l'autoportrait massif, faisons nous partie d'un « nous » ? Ou si « je » décide de rejeter l'autoportrait, deviennent-ils un « eux » ? Et si le « nous » ne se réalise pas dans l'éxécution de notre individualité, comment définissons-nous ce « nous » ? Comment le construisons-nous ? Rejetter les « selfies » ne me fait ni « je » ni « nous » surtout lorsque l'on publie un carnet Web. Adopter non plus.

Note de dédramatisation : Je ne suis pas déprimé. J'observe et je m'interroge seulement sur l'environnement et nos actions. Le monde est une source inépuisable d'émerveillement.

June 29, 2014 11:31 PM

Voyager léger

Rue et miroir Séoul, Corée du Sud, 13 avril 2014

L’imagination n’a que faire du goût qui n’est qu’une censure.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Nous repartons. Un hôtel, une ville, un métro, un aéroport, un avion, un train, un aéroport, une ville, la maison. À chaque fois que nous voyons léger, nous réalisons la mobilité, la flexibilité, la possibilité de réintégrer le déplacement dans le voyage et non comme une contrainte ou un mauvais moment à passer.

C'est ainsi que dans ces limitations choisies, nous ouvrons finalement l'espace. Nous rendons plus vaste notre regard, nos envies. Notre pas s'étend au delà de notre imagination. Simplement.

June 29, 2014 10:27 PM

Christian Fauré

Le secret d’une transformation digitale

Hulk

Le contexte est assez générique quand il s’agit des entreprises que je rencontre sur le sujet de la “transformation digitale” : difficulté à coordonner les projets, les processus budgétaires qui n’arrivent pas à suivre, des phases d’études et de spécifications qui s’éternisent, des infrastructures qui ralentissent tout, un manque de confiance entre les équipes métiers et IT, etc. À ceci se rajoute des pratiques de méthodes agiles qui ne sont pas rigoureuses et qui, de toute façon, ne dépassent pas l’échelle d’un simple projet.

Il n’y a pas de formule magique de la transformation digitale, mais je crois qu’en ce qui concerne l’aspect “delivery” du digital (mise en production de nouveaux services et évolutions des services existants), il y a une façon assez simple de l’énoncer qui serait celle qui suit.

Tout d’abord, le problème est que les projets sont toujours pensés comme des “évènements”, et cela implique que l’organisation se plie au rythme et à la calendarité de cette logique événementielle.  On assiste, tout au long de l’année,  à une succession de rituels de passage : la phase amont, le développement, le pilotage, etc,  jusqu’à la douloureuse mise en production.

Dans tout projet il y a une forme de prétention, un petit côté : “vous allez voir ce que vous allez voir” mais qui, face au principe de réalité de nos organisations, se transforme souvent en douche froide, si ce n’est en frustration et en démotivation pour ceux qui y travaillent et y contribuent.

Face à ce constat, la démarche de transformation digitale vise à détricoter cette logique événementielle qui s’avère douloureuse. Ce qui est douloureux, et bien on va le faire tous les jours – un petit peu, certes –  mais tous les jours, comme par exemple les mises en production :

“Les mises en production des projets sont douloureuses ? Eh bien désormais nous passerons en Continuous Delivery et Continuous Deployment !”

Présenté comme cela, çà fait un peu masochiste comme méthodologie : à savoir faire quotidiennement ce qui nous fait souffrir deux ou trois fois par an. Mais cette quotidienneté a certaines vertus :

  • d’une part, cela élimine la complexité qui s’amoncelle nécessairement au fil des jours et des semaines, et qui paralyse les organisations dans leurs prises de décisions et leur priorisation.
  • d’autre part, à l’échelle de la journée, une grande partie du travail devient automatisable.

Le grand mot est lancé : automatisation. Une transformation digitale produit nécessairement un bond en avant dans l’automatisation des modes de travail, de quelque nature qu’ils soient.

Ces nouveaux automatismes ne sont pas nécessairement des nouveaux algorithmes logiciels, ce sont aussi des routines de travail qui sont pratiquées – et donc incarnées– par ceux qui font vivre la transformation quotidienne de l’entreprise.

Cette manière de travailler avec des routines et des automatismes quotidiens demande de la rigueur car, même si ces démarches ont lieu dans le cadre des méthodes Agiles ou Lean,  travailler en mode Agile demande au moins autant de rigueur que les méthodes de projet séquentielles traditionnelles.

Si les modes de travail en projets classiques promettent le grand soir, au quotidien ils ne génèrent que de la frustration et de la démotivation. Les démarches agiles, elles, ne font plus de grandes promesses mais génèrent une sensation du travail accompli et de progression qui procure une plus grande motivation au quotidien.

De fait, il y a donc une banalisation du projet dans le contexte d’une transformation digitale. Et cela n’est pas sans poser de profondes modifications dans la psychologie des organisations. Le projet était valorisant, c’était quelque chose d’exceptionnel, et pouvoir dire “je suis chef de projet”  comptait beaucoup pour certaines personnes, encore plus si le projet en question est un “gros” projet (parce que stratégique ou parce que nécessitant de gros budget).

La vie et la mort des projets ont introduit dans nos entreprises des rituels et des cultes dont nous avons du mal à nous départir. Tout le monde ne veut plus des dérives des projets que nous connaissons, mais en même temps tout le monde veut faire partie d’un projet ; « projet » fait toujours référence à la conquête spatiale et la découverte de nouveaux horizons.

La réponse de l’Agile et surtout du Lean, avec la banalisation des enjeux, la disparition de grands évènements, l’accent mis sur les pratiques quotidiennes balisées et une plus grande automatisation du travail ne fait pas spontanément rêver. Il n’empêche qu’elle est source de performance et de motivation indéniable, c’est pourquoi qu’une démarche de transformation agile passe par cette refonte de la calendarité du travail.

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by Christian at June 29, 2014 03:21 PM

June 23, 2014

Karl Dubost

Séoul, le long des murs

Panorama de la ville sur les collines Séoul, Corée du Sud, 12 avril 2014

Une fois de plus, les métaphores supplantent la réalité. Une fois de plus, les images cosmiques renversent la perspective des plus élémentaires introversions et libèrent le rêveur.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

L'histoire parfois se dévoile dans la poussière accumulée sur les chaussures.

frigos et vêtement sur une corde dans la rue Séoul, Corée du Sud, 12 avril 2014
Une photo d'identité abandonnée sur un sofa Séoul, Corée du Sud, 12 avril 2014
Une photo d'identité abandonnée sur un sofa Séoul, Corée du Sud, 12 avril 2014

June 23, 2014 01:26 PM

David Larlet

Éducation et informatique

Moins les enfants regarderont les écrans, plus ils développeront leur imagination et leur créativité. Car les écrans contiennent en eux des histoires visuelles et sonores qui empêcheraient les enfants d’imaginer d’autres images et d’autres mondes possibles.

Écran global, reportage de Anne-Sophie Lévy-Chambon

Protéger son enfant des écrans s’avère être une tâche plus difficile que ce que j’imaginais. Le compteur en cumulé doit être aux alentours des 10-15 minutes après 7 mois, ce qui est plutôt dans la limite haute de ce que je m’étais fixé. Et lorsque je vois l’attrait qu’il a pour un écran dès qu’il en croise un, cela me conforte dans l’idée qu’il va falloir attendre qu’il soit en mesure de comprendre un peu ce qu’il y a derrière : une fenêtre déshumanisée sur l’Humanité.

On parle souvent de la limite des 3 ans pour qu’un enfant puisse regarder/interagir avec un écran sans être perturbé par l’absence de retour de sa part. On verra à ce moment là si mon digital native souhaite faire usage de ses doigts.

L’élève sait que les équipements informatiques utilisent une information codée et il est initié au fonctionnement, au processus et aux règles des langages informatiques ; il est capable de réaliser de petites applications utilisant des algorithmes simples.

Socle commun de connaissances, de compétences et de culture

Damien B et Éric D. discutaient ce soir de l’apprentissage du code en primaire sur Twitter. J’ai beaucoup de mal avec cette question car le code constitue une part non négligeable de mon quotidien et de mon métier. Et si je trouve que la connaissance du Web devrait faire partie de l’éducation citoyenne, je suis plus circonspect sur le développement en lui-même. En fait, il s’agit d’une problématique de cohérence. Soit on considère que le codage (sic) est une activité artisanale et dans ce cas il faudrait également enseigner d’autres activités comme le travail du bois en primaire (ce que certaines écoles alternatives font — voir le reportage sus-cité). Soit on considère que l’industrialisation de l’informatique est inévitable et dans ce cas là toute la question algorithmique simple devient inutile puisqu’il s’agira d’empiler les boîtes noires à un autre niveau. Il faut bien définir les objectifs que l’on se fixe avec cet apprentissage du code dès la primaire. Dans quelle mesure permet-il la poursuite d’études, la construction d’un avenir personnel et professionnel et préparer à l’exercice de la citoyenneté ? Tous bidouilleurs, soit, mais que nous laisse-t-on bidouiller par la suite ?

Ce que je vois en filigrane de cette mutation est plus grave, c’est la mise sur un piédestal de ceux qui savent coder par pure incompréhension du changement de paradigme qui est en train de s’effectuer avec le numérique. Ou serait-ce pour pouvoir à terme alimenter plus facilement les canons publicitaires ? La question reste ouverte… jusqu’à la prochaine réforme.

June 23, 2014 11:00 AM

June 22, 2014

Karl Dubost

Séoul, un territoire à explorer

Carte artisanale avec lieux Séoul, Corée du Sud, 11 avril 2014

Alors l’être humain se révèle comme le contre-être des choses. II ne s’agit plus de prendre le parti des choses, mais de prendre les choses à partie.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Après minuit, une partie de la ville s'est déjà assoupie. Il y a déjà plus de deux heures que les lumières du marché de Dongdaemun illuminent la ville. Elle est tout juste arrivée de Tokyo. Nous avons posé son sac à l'hôtel et nous sommes repartis aussitôt.

Repas avec différents plats Séoul, Corée du Sud, 11 avril 2014

Une heure le matin, nous avons faim. Soupe pot au feu et raviolis. Le ventre doit être plein pour résister à la fatiguer de la nuit et aux allées du marché de gros des vêtements. Les provinces, Taiwan, Japon, les acheteurs commandent sur place ou à distance et les sacs s'accumulent un peu partout dans le quartier. Un gardien et son bordereau surveille le tas avant qu'il soit récupéré par son propriétaire ou le livreur suivant. Dans certaines boutiques, les personnent dorment ou mangent attendant la commande.

Homme et pile de sacs sur le trottoir Séoul, Corée du Sud, 11 avril 2014

Les couloirs interminables, ici l'étage des vêtements de cuir, là celui des chaussures, cet autre bâtiment dans l'autre rue est spécialisé pour les vêtements d'homme. Oh… et là bas ce sont les chapeaux qui se déclinent dans des dizaines de boutiques. Le quartier tout comme Tsukiji ou Rungis vibre au rythme des négociations et livraisons. Dans les boutiques et les immeubles dédiés à la mode des jeunes, c'est un défilé extravagant de styles.

Couloir étroit avec boutique de vêtements Séoul, Corée du Sud, 11 avril 2014

Épuisés, nous rentrons à l'hôtel entre 4 et 5 heures du matin. 11h après un sommeil en paranthèse, nous repartons. Il y a un restaurant caché que nous voulons découvrir qui sert des nouilles froides. Tous les lieux que nous voulons explorer, je les ai dessinés approximativement sur un papier. Nous trouvons le lieu. Quelle délice, quelle richesse dans les textures et les parfums.

Repas avec quelques plats et des nouilles Séoul, Corée du Sud, 11 avril 2014

Séoul est une ville qui possède encore de nombreux marchés et quartiers dédiés à chaque spécialité, tout comme à Bangkok ou Hanoï. Il y a aussi de nombreux vendeurs de cuisine. Un vendeur de chausson au sucre et noix pose la pâte sur la plaque. J'en commande un. Une fois chaud, le sucre mélangé aux noix est fondu. Le chausson extérieur est onctueux.

Cuisson de pâtes sur une plaque Séoul, Corée du Sud, 11 avril 2014

Une journée avec tant de saveurs, tant d'entrain, il me fallait sauter.

Homme suspendu Séoul, Corée du Sud, 11 avril 2014

21h, un dernier repas avant de retourner se coucher. Deux hommes coréens nous encouragent à commander la soupe d'intestin de porc. Délicieux. Doux et parfumé comme les tripes. Demain, un autre jour à Séoul.

Ensemble de plats Séoul, Corée du Sud, 11 avril 2014

June 22, 2014 11:27 PM

Il aura fallu se perdre

route bordée d'arbres et de fleurs Kamakura, Japon, 21 juin 2014

Errants sans chemin,
en haut des marches, l'ombre
ouvre l'horizon.

Le vélo étend le pas. Nous quittons le littoral et l'océan pour tenter de retourner à la maison par les petites routes. C'est une promesse toujours périlleuse. Nombreuses sont les routes en cul de sac. Nombreux sont les lacets qui vous lient d'un sommet à un autre. La forêt vous absorbe, les hortensias vous séduisent et en quelques coups de moulinet, vous vous trouvez loin de votre objectif sans vraiment savoir où vous êtes.

Sur le haut d'une longue pente en sens unique où nous poussons nos vélos à bout de bras pratiquement sur la pointe des pieds, elle remarque un panneau. Je n'aurais pas sû le voir. Tout autour des maisons avec une vue sur l'océan lointain que nous avons quitté. Le signe invite à prendre une route perpendiculaire en courbe. Un hochement mutuel sans mots, nous avons échangé un « pourquoi pas ? » Nous sommes perdus de toutes façons.

escalier et tori dans la végétation Kamakura, Japon, 21 juin 2014

Dans l'élan de la colline à travers les feuillages, un escalier monte droit. À mi-chemin, un tori se cache entre les arbres. La respiration est calme. Serein et grandi, le regard lent parcourt les marches, les mousses, les écorces. Une hésitation tremble sur le temps. Monter maintenant ou se bercer encore profondément au creux de cette intimité. Le premier pas, la lumière s'assoupit. Un second pas, le corps se réjouit de l'ombre. Quelques pas de plus, l'être s'incline devant le tori. Les derniers pas, l'osmose est complète.

sanctuaire dans la forêt Kamakura, Japon, 21 juin 2014

Les arbres entourent le sanctuaire. À travers la canopée, on aperçoit l'océan. Le site a été créé en 1935. La divinité, le regard large, face aux éléments, veille au bien-être des pêcheurs.

tas de feuilles et arbres Kamakura, Japon, 21 juin 2014

Au sol, un tas de feuille reflète l'existence des arbres. Dans la verticalité, le corps bascule et se propulse dans l'espace végétal. L'élégance pénètre chaque instant. Les pensées légères et complètes se déploient dans la totalité. Le désir de revenir grandit. Un livre de poésie dans les mains, quelques crayons pour dessiner et l'immensité du temps sont tout ce que nous avons besoin. Vivre.

Escalier entre les arbres Kamakura, Japon, 21 juin 2014

Le départ, un dernier consentement à la beauté du monde, chaque pas plus lent que le précédent, nous redescendons l'escalier. Déjà la route, reprendre le vélo, l'horizon orné d'un dernier panache subjugue.

Il aura fallu se perdre.

Vélo et paysage forestier Kamakura, Japon, 21 juin 2014

June 22, 2014 02:17 PM

June 21, 2014

Christian Fauré

Langage, parole et écriture

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Que la parole et le chant relèvent du domaine de l’audition, cela va de soi. Mais ces mêmes paroles et chants relèvent également d’un autre régime qui est celui de l’écriture et, donc, également de la vision.

La parole s’entend et se voit certes, mais alors il faut également rajouter qu’elle se sent et se touche aussi, comme avec l’écriture en braille.

Il y a un type de parole en particulier qui est la parole de celui qui lit.

Pour Saussure, les mots ne relèvent pas directement du son, et l’on se souvient de la surprise d’Augustin qui aperçu à Milan au IV° siècle, à sa grande stupéfaction, qu’Ambroise pouvait lire sans émettre aucun son :

“sa voix et sa langue se tenaient au repos”.

Plutôt qu’au registre sonore strict, le linguiste suisse associe les mots à des “images acoustiques” qui sont à ses yeux comme des traces et des empreintes que le son initial du mot a produit sur la surface de l’esprit.

Pour rendre compte de cette tendance à rattacher les mots du langage non plus aux facultés auditives mais visuelles, Walter Ong avance l’hypothèse que de telles expressions : “image acoustique” et “empreintes psychologique”, ne peuvent être prononcées que par quelqu’un qui est déjà fréquemment confronté à des textes imprimés et qui, d’une manière générale, a l’habitude de voir des mots écrits pour pouvoir en avoir une représentation imagée.

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Voici donc la question que se pose Tim Ingold au premier chapitre de sa Brève histoire des lignes : pourquoi et comment la distinction moderne entre le langage et le chant est-elle articulée autour de la trace et de l’écriture ? Comment l’écriture de la musique et l’écriture de la parole à la fois divergent et convergent ?

“En comparant le langage et la musique, on s’aperçoit que le mouvement de la signification est inverse. La lecture d’un texte est un exemple de cognition qui intériorise [taking in] les significations inscrites dans le texte ; la lecture d’un partition musicale est un exemple d’exécution [acting out] qui se conforme aux instructions inscrites sur la partition.” p. 20.

Se dégage ainsi l’idée d’une distinction entre des notations qui ne sont pas des oeuvres en soi mais qui n’existent que pour être exécutées (la partition du musicien). Ingold reprend ainsi la conclusion de Nelson Goodman :

“une partition musicale fonctionne dans une notation et définit une oeuvre … un script littéraire [texte] à la fois fonctionne dans une notation et est lui-même une oeuvre.” (Goodman, 1990, p. 249)

La partition est là pour être exécutée et la seule oeuvre qui soit réside dans l’exécution (vivante, si l’on peut dire) là ou le texte fait oeuvre à lui seul et doit être interprété : exécution d’un côté [acting out] et cognition de l’autre [taking in].

On peut donc produire une matrice des différences entre l’écriture littéraire, la partition, le dessin, et la gravure (je modifie les termes de Ingold) :

Notationnel

Non-notationnel

L’oeuvre

écriture littéraire

Dessin

L’oeuvre comme exécution

écriture de partition

Gravure / impression

Ce n’est qu’à la fin du XVIII° siècle, quand la notation musicale s’autonomise des écritures textuelles que l’oeuvre musicale peut être attribuée à une composition au préalable, car aurapavant :

“l’idée qu’une interprétation doive se conformer à des spécifications détaillées, fixées à l’avance dans la notation, n’existait tout simplement pas” Ingold, p.22

Là où je ne peux pas suivre Ingold c’est précisément quand lui-même reprend Goodman, selon lequel l’écriture littéraire serait forcément distincte de l’écriture comme “simple exécution”. Et je pense à Simondon qui reprend ce thème de l’écriture comme explicitation des savoirs et des actions (mode d’emploi, explicitation d’un savoir faire).

Ainsi, si l’on en croit Éric Havelock, les premières inscriptions avaient la qualité d’énoncés oraux retranscris, par exemple sur ce vase où l’on peut lire :  » celui qui me vole sera frappé de cécité « . la première fonction de l’écriture serait donc celle d’un enregistrement de la voix et on d’une pensée, ce qui ferait pencher pour l’interprétation selon laquelle l’écriture était d’abord faite pour être lue à haute voix.

Dans le tableau ci-après que propose Ingold, l’opposition classique entre parole et écriture est enrichie au travers de quatre dimensions : d’un côté le geste et l’inscription . De l’autre côté on a les deux dimensions correspondantes aux deux modes de perceptions que sont l’ouïe et la vision.

 

Geste

Inscription

Auditif

Parole

Dictée

Visuel

Geste manuel

Écriture

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by Christian at June 21, 2014 02:44 PM

June 20, 2014

Karl Dubost

Rendre concret

barge à conteneurs sur une rivière Ho Chi Minh, Vietnam, 15 juin 2014

On ne veut bien que ce qu’on imagine richement, ce qu’on couvre de beautés projetées. Ainsi le travail énergique des dures matières et des pâtes malaxées patiemment s’anime par des beautés promises. On voit apparaître un pancalisme actif, un pancalisme qui doit promettre, qui doit projeter le beau au-delà de l’utile, donc un pancalisme qui doit parler.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Cette semaine, j'ai assemblé deux meubles qui nous avaient été livrés. Prendre le temps d'identifier tous les morceaux. Assembler un à un par geste lent et précis. Et au final réaliser que le produit a été assemblé par nos soins et qu'il sera utile à nous deux, qu'il aura une histoire à part entière. Ce sentiment d'accomplissement m'habite à chaque fois que je réalise quelque chose qui aura son propre futur en dehors de mon intervention. Il en va de même pour la menthe et la coriandre que j'ai plantées dans le jardin. Quel bonheur de les voir changer, évoluer et de comprendre leurs rythmes. Quelle satisfaction de se sentir utile.

June 20, 2014 12:50 PM

Nous, les crapules

femme marchant sur un trottoir de dos Ho Chi Minh, Vietnam, 13 juin 2014

Le féminisme n’est pas un gros mot. Le féminisme, c’est cette notion radicale selon laquelle les femmes sont des humains à part entière, et par là méritent d’être traitées en égales. Ne laissons personne prétendre qu’il en est autrement.

Sara, Ellen, Sabrina, Kat, Joanne, Angelina, Jessica, Jennifer, Divya, About Feminism.

Ce soir, elle sort avec ses amies. Je décide donc de me laisser glisser tendrement dans la foule de Tokyo, le train de Fujisawa à Shinagawa. Et puis dans la Yamanote bondée comme à son habitude aux heures de pointes. Un groupe de salarymen (employés) dans la trentaine, cinq hommes et une femme discutent en anglais. Après quelques temps, je finis par comprendre que l'un d'eux est coréen.

Mais je tente d'ignorer la discussion en cours et je me replonge dans ma lecture, l'interview de Ayaka Shiomura, élue à l'assemblée métropolitaine de Tokyo. Mecredi dernier, dans cette assemblée, elle présentait un texte afin de permettre aux mères actives et aux femmes infertiles d'obtenir des aides plus importantes. Dès le début de son discours, nous, les crapules, les hommes de l'assemblée de Tokyo ont commencé à la railler. Un premier a lancé « Tu es celle qui devrait se marier le plus tôt possible. » À 25 ans, si une jeune femme n'est pas mariée, il y a des doutes. À 30 ans, elle commence à avoir raté sa vie. Ayaka Shiomura a 35 ans. Une grande partie de l'assemblée a commencé à rire à la remarque. Lorsqu'elle continua son discours à propos des femmes infertiles, un autre homme a lancé « Es-tu seulement capable d'être enceinte ? » Hilarité suivante dans la salle du conseil. L'article donne un peu plus de contexte, mais je fus interrompu malgré moi par « nous, les crapules » cette fois-ci dans le train.

Le groupe qui était entré dans le train et parlait anglais ont commencé à parler de leurs femmes respectives, comme elles étaient de « bonnes femmes au foyer » et qu'elles préparaient leur boîte repas du midi avec talent. J'avais envie de leur jeter l'article sous les yeux. J'avais envie de leur dire combien déplorable leur attitude était. J'avais aussi beaucoup de mal pour la femme active du groupe qui souriait légèrement tout en restant silencieuse. Je suis une crapule. Je n'ai rien fait. Nous sommes des crapules quand nous n'aidons pas, quand nous restons en dehors de peur de changer les choses et les comportements. Nous ne sommes pas mieux malgré nos idéaux.

June 20, 2014 12:05 PM

David Larlet

Écriture et bonheur

Difficile d’écrire sur le bonheur. Sans faire dans le mièvre. Sans tomber dans les clichés. Sans craindre d’attiser les convoitises et jalousies. Sans avoir peur surtout de briser cet instant en tentant de le décrire. Sans mentir.

6 mois de vie. De survie. De co-vie. Je ne sais pas trop comment appeler cela, ni de quel point de vue. Toujours est-il que ça semble fonctionner. Des doutes, des essais, des désespoirs, des soulagements. Des moments spéciaux. Inattendus. Intimes.

Apprendre à flâner avec une poussette. Se défendre des fumées et des bruits de la ville. Réduire son exposition aux écrans. Se nourrir plus sainement. Sourire très souvent. Apprécier ce rythme plus lent qui contribue au bien-être. Et au bonheur.

Songer à cette question de l’héritage. Vouloir léguer des valeurs et une culture plus que des biens. Amasser du temps de vivre ensemble. Donner son attention avant tout. Et sentir qu’il s’agit d’un échange. Réciproque et gratuit.

Rire et s’émerveiller des nouveautés. Se demander qui éduque qui. S’endormir épuisé mais heureux. Se réveiller sur un simple sourire. Apprendre à se connaître, à apprécier des rituels. À cohabiter.

Et au milieu de tout cela des questionnements. Pourquoi est-ce que j’ai choisi de passer autant de temps avec mon fils ? Comment lui transmettre des valeurs sans ressentir la pression de l’exemplarité ? Quel enseignement lui proposer avant qu’il ne puisse choisir par lui-même ? Quels « effets papillons » lui permettront à terme de battre de ses propres ailes ? Quelle image va-t-il me renvoyer de moi-même ? Que ressent-il vraiment ? Et tant d’autres.

Fermer les yeux. Respirer. Faire le vide. Sourire. Se sentir bien.

June 20, 2014 11:00 AM

June 17, 2014

Karl Dubost

Un moment pour réfléchir

Deux mannequins dans une vitrine avec des robes Séoul, Corée du Sud, 10 avril 2014

Il ne faut jamais perdre de vue que les rêveries substantialistes sont toujours des convergences de fonctions, des sommes de valeurs utiles. Le levain mis dans la pâte aide à la digestion. Cette digestion est une cuisson. Le levain qui fermente commence une cuisson.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Après la catastrophe d'hier, il me fallait trouver un autre angle. Hier je parlais d'un produit. Aujourd'hui, j'ai donc parlé d'un métier et des erreurs de développement Web. J'ai ainsi pu articuler comment inspecter, comment débusquer les erreurs communes (en utilisant le produit) que nous réalisons lors de la création de sites Web. Et ceci finalement prenait beaucoup plus de sens. Que ce soit les outils de Chrome, Opera, Firefox ou IE, on se moque bien de la marque, mais bien de la réalisation d'une tâche. Ceci dit autant j'ai eu beaucoup de plaisir à présenter la rouille du Web avec Olivier à Paris Web en 2013 (sujet d'ailleurs qui mérite d'être exploré encore un peu plus), autant cette conférence m'a laissé un mauvais goût de ne pas traiter de ce qui est important pour le Web.

Ce fût définitivement un bon exercice de réflexion personnelle et une possibilité de regarder sa propre réalité, de découvrir ses muses.

June 17, 2014 10:21 AM

Le temps d'un précipice

Homme devant une affiche Séoul, Corée du Sud, 9 avril 2014

Remarquons en effet que pour le travailleur le visqueux ne caractérise qu’un temps du travail. Il sait que ce visqueux passera, qu’il en triomphera. Il ne peut absorber une existence dans un incident, dans un accident. Il existe d’ailleurs des substances-temps qui viennent modifier la temporalité d’une substance donnée.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Je suis à Séoul. Je suis là pour présenter les nouveaux outils développeurs de Firefox. Une conférence se prépare toujours longtemps en amont, surtout si c'est le sujet qui nous concerne directement. En fait, une conférence est la remise en forme d'une pratique. Dans ce cas là, ma proximité géographique m'a incité à être volontaire. Et plus j'avançais dans la préparation, plus je trouvais le sujet gluant, difficile à traiter et pas tout à fait intéressant. Décrire les qualités d'un produit tient à peu près du parcours de la documentation. J'avais le sentiment au début de la journée d'être en chute libre dans le mauvais lieu. Mon sentiment s'est confirmé lorsque la personne de Microsoft a présenté avec talents les outils de développement de Internet Explorer. Nous avions la même présentation. Ils nous fallait juste changer le logo, le nom des outils mais typiquement c'était similaire. Demain, je dois redonner la même présentation, je la changerais. Travail de dernière minute, modifier le verre pendant qu'il est chaud, lui donner une forme différente.

Et je dis cela parce qu'en tant que conférencier, on partage souvent nos bonnes expériences, mais rarement ce que nous ressentons qui était mauvais. Un conférencier se met en danger, pas pour sa réputation, mais bien par la conscience de ne pas délivrer quelque chose qui représente une matière que l'on peut transmettre et qui évoluera au delà de ce que l'on peut imaginer. Les échecs sont un bon moyen de se rappeler d'être au plus proche de son sujet. Que ce sujet soit utile d'abord à l'audience.

écran de laptop Séoul, Corée du Sud, 9 avril 2014

June 17, 2014 09:59 AM

June 15, 2014

Karl Dubost

Débordements intimes

Chaussures à l'entrée d'une maison Séoul, Corée du Sud, 8 avril 2014

Devant ces ruptures d’échelle que la « surveillance » des yeux interdirait, on a bien l’impression que le rêveur qui modèle suit mieux les intérêts de la rêverie intime que le rêveur qui contemple.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

L'intimité prend souvent les allures d'un secret. Mais pour la réaliser, il faut qu'elle déborde de son jardin clos afin que nous puissions la percevoir et l'envisager. L'intimité ne se donne pas, elle se vole presque toujours. Mais de plus en plus dans nos modes de vie, nous cloisonnons de plus en plus notre quotidien. Aseptisé, sous-verre et scellé, notre intimité ne participe plus à la société et à sa cohésion.

Intérieur de maison Séoul, Corée du Sud, 8 avril 2014

June 15, 2014 03:56 PM

Concret

Ombre d'un arbre Tsujido, Japon, 5 avril 2014

Dès qu’on a prise sur leur substance, les objets les plus inertes appellent des rêves.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Les jours de printemps, le bitume fleurit, la floraison se concrétise.

June 15, 2014 03:35 PM

Le long de la rivière

Panorama d'une rivière Tsujido, Japon, 5 avril 2014

L’imagination terrestre vit ce temps enfoui. On pourrait le suivre, ce temps de lente et notoire intimité, depuis la pâte fluide jusqu’à la pâte épaisse, jusqu’à la pâte qui, solidifiée, garde tout son passé.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Le long de la rivière avec elle tout semble s'allonger en de lentes courbes. Et on aimerait que le temps de la rivière soit celui des siècles.

June 15, 2014 03:17 PM

Les femmes de la nuit

femme assise sur un scooter la nuit Ho Chi Minh, Vietnam, 14 juin 2014

Les gens qu'on rencontre dans ces chemins d'ombre sont tous beaux, calmes, nobles, avec de grands yeux de velours, — de ces yeux de l'Inde au mystérieux charme noir! Le torse à demi nu, ils sont drapés à l'antique dans leurs mousselines blanches ou rouges. Les femmes, aux allures de déesse, montrant d'admirables gorges fauves qui semblent des copies en bronze, presque exagérées, des marbres grecs. Les hommes, la poitrine bombée et la taille mince comme elles; seulement les épaules plus larges ; la barbe d'un noir bleu, frisée à l'antique.

Pierre Loti, Propos d'exil.

Samedi soir, les chevauchées n'ont rien à envier à la tradition équestre. Femmes et hommes défilent sans arrêt, le scooter est roi. Les poses sont multiples. Nous passons encore une bonne partie de la soirée assis au bord d'un trottoir pour photographier les scooters, sans pluie cette fois-ci. Les femmes de la nuit ont de nombreuses postures mais celle avec les jambes de côté a gagné notre prix d'élégance et de légèreté.

femme assise sur un scooter la nuit Ho Chi Minh, Vietnam, 14 juin 2014
femme assise sur un scooter la nuit Ho Chi Minh, Vietnam, 14 juin 2014
femme assise sur un scooter la nuit Ho Chi Minh, Vietnam, 14 juin 2014

June 15, 2014 11:20 AM

Musée des beaux-carrelages

Collection de carrelages Ho Chi Minh, Vietnam, 13 juin 2014

Un groupe de Chinois, d'un air cauteleux, se faufile au premier rang jusqu'à nous, — reconnaissables ceux-ci à leur peau plus pâle, leur mine plus efféminée, leur longue queue et la belle soie de leur robe; mauvaises gens, d'ailleurs, ferments de sédition en Annam. Derrière toutes ces figures d'Asie on distingue de plus en plus nettement, dans les fonds, les choses caduques et bizarres qui sont partout pendues, les tam-tams, les bardes en guenille, les palanquins jadis somptueux ornés de monstres d'or et tout rongés de poussière. — Et mes matelots, toujours assis avec une nonchalance de conquête, semblent plus vivants, plus larges et plus désinvoltes, au milieu de ces vieilles poupées d'un monde mort.

Pierre Loti, Propos d'exil.

Dans le musée des beaux-arts de Ho Chi Minh, il y a bien sûr de magnifiques tableaux. Tout comme celui de Hanoi, la guerre y est abondamment traitée par les artistes locaux, parfois simplement brutal et poignant. Le bâtiment du musée a été construit pendant la période coloniale française. C'était le siège de la société Immobilière Hui Bon Hoa et également la résidence de la famille. L'espace est un mélange d'architecture Art Déco et d'influence asiatique. Dans une étude dans un magazine jésuite tentant de justifier la présence coloniale française au Vietnam après la reddition des japonais, on peut y trouver une mention de la famille et un peu de prose anti-communiste au passage :

Or le Viet-Nam est avant tout un pays agricole et l'on peut dire que plus des trois quarts de la main-d'œuvre annamite est directement exploitée par les Annamites eux-mêmes.

Par ailleurs, la plus grande partie du commerce et de la petite industrie de transformation est aux mains des Chinois. Les communautés chinoises d'Indochine sont nombreuses et puissantes. Nombreux sont les Chinois « valant » plus d'un milliard de piastres : les Ong-Tich, les Chan-Ky, les Hui Bon Hoa.

[…]

Nous voyons donc que pour vaincre les « deux cents familles » d'Indochine, les communistes ont fort à faire et que, s'ils réussissent à expulser les Français, ils n'auront cependant fait qu'entamer la besogne.

En fait, pour supprimer toute opposition au communisme, il leur faut :

  1. Mettre les Français à la porte ;
  2. Faire une révolution agraire et supprimer les propriétaires fonciers annamites ;
  3. Éliminer les commerçants chinois et hindous.

En réalité, ils ont donc trois révolutions à faire. Si l'on en juge d'après les réactions de la France, on conçoit que le travail qui restera à faire sera considérable.

Jacques Fano, Tableau des partis en Indochine.

À noter dans cet article aussi la reprise d'une citation inversée par un auteur jésuite afin de l'opposer à la fameuse citation de Marx : La misère religieuse est tout à la fois l’expression de la misère réelle et la protestation contre la misère réelle. La religion est le soupir de la créature accablée, l'âme d'un monde sans cœur, de même qu'elle est l'esprit d'un état de choses où il n'est point d'esprit. Elle est l’opium du peuple.

Ils profiteront de toutes les misères pour gagner la sympathie des masses, ils laisseront les forces traditionalistes se discréditer au pouvoir et enfin -ils pourront faire rêver des millions de malheureux en leur promettant le merveilleux avenir communiste, car ils savent qu'aujourd'hui la révolution est l'opium du peuple.

Jacques Fano, Tableau des partis en Indochine.

Ces proses d'un autre temps que ce soit Loti ou Fano, il est bon de les relire pour comprendre le dédain, le manque de respect et la haine communiquée d'autres cultures. Il s'agit là de ce que d'autres liront, il s'agit là du véhicule définissant une idée du monde. Il est aussi bon de se rappeler cette rhétorique et de la mettre en perspective avec nos rhétoriques occidentales contemporaines sur l'Islam et nations vivant sous la domination politique ou économique d'autres nations. La lecture de ces « vieux » textes n'est pourtant pas facile par la charge émotionnelle qu'ils provoquent.

Mais ce qui m'a surtout retenu, en dehors des œuvres picturales, dans ce musée est la variété des carrelages dans chacun des espaces. J'ai sûrement dû en manquer certains. Je me suis souvenu de la variété des carrelages de Penang.

Collection de carrelages Ho Chi Minh, Vietnam, 13 juin 2014

June 15, 2014 10:56 AM

June 14, 2014

Karl Dubost

Banh Mi de minuit

File d'attente avec scooter Ho Chi Minh, Vietnam, 11 juin 2014

Le chemin était bien solitaire. Mais voici, du bout de la voûte de branches, les lanternes de plusieurs voitures qui arrivent grand train, sans le moindre bruit de chevaux.

Pierre Loti, Propos d'exil.

Devant la boutique, le défilé des scooters n'arrête pas. Nous sommes là pour sa réputation. Nous observons pour comprendre et puis finalement par plaisir. La joie de voir les commandes volées au dessus de nos têtes, de voir le manège incessant, l'activité et la production en grand nombre mais artisanale.

Pains dans un four Ho Chi Minh, Vietnam, 11 juin 2014

Nous commandons deux sandwichs, l'un épicé pour moi, l'autre non-épicé pour elle. Avoir son argent dans la main pour accélérer la commande. Il n'y a pas vraiment de ligne de file visible et pourtant tout semble se dérouler dans l'ordre. 30,000 dongs pour un sandwich. Et finalement oui, il s'agissait bien du meilleur endroit, du vrai premier banh mi de notre séjour. Aucune sophistication, juste le sandwich comme il se doit. Il m'aura arracher quelques larmes. Plus épicé que je ne m'y attendais. Il faudra revenir pendant les quelques jours qui nous restent.

Banh Mi Ho Chi Minh, Vietnam, 11 juin 2014

June 14, 2014 12:30 PM

Hommes, femmes et conversations

2 militaires en conversation Ho Chi Minh, Vietnam, 12 juin 2014

Les couples se tiennent par la main, ou par la ceinture, enlacés ; on les dirait ivres d'ardeur amoureuse, ivres aussi de cris et de musique. Ils chantent avec frénésie ; les tètes sont renversées en arrière, les bouches grandes ouvertes.

Pierre Loti, Propos d'exil.

Être deux est une conversation. Les corps parallèles déterminés à commenter le monde se lient. Quand ils se font face, ils s'effacent dans leur intimité. La troisième posture est les deux corps fusionnés l'un contre l'autre sur la moto à travers la nuit. Les bras autour de la taille ou du cou, les jambes nues collées contre les siennes. La pointe de ses seins touchant la peau de son dos. Les scènes du quotidien donnent l'envie de rêveries, l'envie de conversation.

2 femmes en conversation à un comptoir Ho Chi Minh, Vietnam, 12 juin 2014

June 14, 2014 12:03 PM

Un recyclage contraint

4 paquets en face d'un mur Tsujido, Japon, 4 avril 2014

Comment alors ne retrouverait-on pas dans cette industrie perméable aux légendes, les antiques rêveries de la vie minérale, vie lente entre toutes, vie qui veut la lenteur, vie qu’il ne faut pas brusquer si l’on veut en recueillir toute la fécondité.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Recycler n'est pas le fait de jeter, mais de préparer les déchets afin de leur réutilisation. Il me faudra écrire un billet plus complet sur le sujet avec toutes les tâches que nous devons accomplir avant de transmettre les matériaux pour les étapes du recyclage. Ces paquets au bord de la route sont des prospectus, des journaux. Ils sont d'abord empilés, puis enveloppés dans un sac de papier et finalement ficelés afin de conserver leur forme pendant le transport. Le ramassage pour cet élément est toutes les deux semaines.

Il y a un grand nombre de contraintes dans la réalisation de cette préparation. L'interaction est loin d'être sans frictions. Elle prend aussi beaucoup de temps. Il y a dans chaque geste un mouvement de la lenteur et de la réflexion. Et pourtant la majorité se plie à ce processus, qui est soutenu par un grande nombre d'étapes. Quels sont les processus dans nos sociétés que nous acceptons de suivre, quels sont ceux que nous refusons et surtout pourquoi ?

June 14, 2014 11:26 AM

June 13, 2014

Karl Dubost

Rêveries hors-bord

Autoroutes et Passerelles piétons Yokohama, Japon, 3 avril 2014

La prise de caractère se fait surtout dans la patience des longues journées, et la réalité ne nous permet pas de nous leurrer sur nos puissances, sur notre courage.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Croisements sans rencontre, rythmes cycliques des hommes en noir, dans leur silence, ils abattent toutes les envies. Et pourtant, une rêverie ne connaît pas de bords. Le secret est peut-être là.

June 13, 2014 04:38 PM

Le lieu de l'oiseau

Autoroutes superposées Yokohama, Japon, 3 avril 2014

C’est parce que la pâte est exactement délayée que le tableau est si exactement dessiné ; l’eau tombe dans le pétrin en une courbe de géomètre. Les beautés matérielles et les beautés des formes s’attirent.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

La ville fluide s'écoule le long des artères. Vue du lieu de l'oiseau, la légèreté et l'élégance définissent l'espace. Aucune opression dans la ville du haut. Rien ne pèse sur le regard, tout s'y déroule en équilibre.

June 13, 2014 10:14 AM

Floraisons électriques

Cerisiers en fleurs Tsujido, Japon, 2 avril 2014

Dans l’imagination de chacun de nous existe l’image matérielle d’une pâte idéale, une parfaite synthèse de résistance et de souplesse, un merveilleux équilibre des forces qui acceptent et des forces qui refusent. À partir de cet état d’équilibre qui donne une immédiate alacrité à la main travailleuse, les jugements péjoratifs inverses du trop mou et du trop dur prennent naissance. On dira aussi bien qu’au centre de ces deux excès contraires, la main connaît d’instinct la pâte parfaite. Une imagination matérielle normale tient tout de suite cette pâte optima dans la main rêveuse. Tout rêveur de la pâte connaît cette pâte parfaite aussi évidente à la main que le solide parfait l’est aux yeux du géomètre.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Avril, la saison des cerisiers en fleurs dans la région de Tokyo, Le temps de la délicatesse, de la fragilité et de l'ébahissement renouvelé de tous. Il est presque de rigueur, la télévision bombarde chaque jour des annonces de lieux où la floraison a commencé, où elle s'achève. Et spontanément, nous nous joignons à l'ensemble et nous nous laissons bercer à l'enchantement naïf. Loin des parcs et des images parfaites, je trouve mon petit pré de bonheur dans les fractures. Il y a ce que nous croyons être laid, et ce que nous croyons être beau. Et il y a cet élément du possible, ce lieu où il n'est pas nécessaire de décider. C'est cette rupture qui m'enthousiasme.

June 13, 2014 10:01 AM

Incertain temps

Grande peinture murale Tsujido, Japon, 29 mars 2014

Dans ce champ d’imagination sensibilisée, on peut considérer une sorte de principe d’indétermination de l’affectivité dans le sens même où la microphysique propose un principe d’incertitude qui limite la détermination simultanée des descriptions statiques et des descriptions dynamiques.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

En mai 2001, lors de mon premier voyage au Japon, j'ai habité un hôtel à Tsujido. Je prenais le bus tous les matins pour me rendre au W3C à l'université de Keio. Tous les matins, je pouvais observer un grand mur peint en couleur avec des personnages.

Je me souviens que la première fois, je n'avais pas eu le temps de prendre la photo, mais le deuxième jour, j'étais prêt et je capturais l'image depuis le bus. Il y a quelques jours, je suis passé de nouveau devant mais cette fois-ci à vélo. Il s'agit du mur d'une école. Je n'avais pas remarqué avant l'écriture de ce billet que le mur avait changé. Et pourtant, de 2001 à 2008, je suis passé de nombreuses fois devant ce mur, toujours en bus. Ce n'est que près de 13 ans après, que je découvre le changement.

Je vis maintenant à Tsujido, chose que je n'aurais jamais soupçonnée, il y a 13 ans. Je me demande souvent si nous nous sommes croisés par chance sans se rencontrer en 2001.

Grande peinture murale Tsujido, Japon, 10 mai 2001

June 13, 2014 09:44 AM

Bribes de vie dans la citadelle

Piments dans une assiette sur des pierres Hué, Vietnam, 10 juin 2014

Les soleils dévorants, les brumes salées de la mer, les grands souffles destructeurs des typhons, ont eu beau effriter toutes ces choses, les craqueler, les disjoindre, elles ont conservé, sous la poudre grise des siècles, un air de vie intense; elles se dressent, se cambrent, se hérissent, et regardent en louchant du côté de l'entrée, comme prêtes à sauter, dans un paroxysme de fureur, sur qui oserait venir.

Pierre Loti, Propos d'exil.

Dans les sites historiques, les musées, les parcs, il existe des signes de vie. Les éléments d'une activité sociale, d'un investissement du quotidien. Ces espaces là sont tout aussi riches d'émoi, de découverte, de sourires et de tendresse. Dans la citadelle de Hué, les siècles ont peu de prise sur le lieu du quotidien.

Thermos et chaises Hué, Vietnam, 10 juin 2014

June 13, 2014 09:09 AM

June 11, 2014

Karl Dubost

Un parfum de riz dans le musée

Bureau avec trois cahiers rouges Hanoi, Vietnam, 9 juin 2014

Toujours les longues plumes noires des palmiers se découpent sur le ciel de la nuit où les teinles rouges finissent de mourir ; une vapeur fraîche se lève de la rizière et s'étend sur toute l'avenue comme une fumée blanche qui flotterait au ras du sol sur les herbages.

Pierre Loti, Propos d'exil.

Au musée des beaux-arts de Hanoi, la lumière pénètre souvent dans les couloirs par les persiennes. Moment insolite, nous entrons dans l'œuvre lorsque nous sortons des salles d'exposition. Suspension. Et pourtant un parfum de riz envahit l'un des couloirs, l'heure du repas est proche. Un des gardiens du musée a cuisiné du riz. J'imagine la vapeur de l'autocuiseur, les papilles éveillées.

Bureau avec cahier et téléphone Hanoi, Vietnam, 9 juin 2014

June 11, 2014 04:02 PM

Le sens du goût

Galettes de riz et bols sur une table rouge Hanoi, Vietnam, 8 juin 2014

En ce moment, les gens sont occupés à prendre, avec leurs dents teintes en noir, leur premier repas du matin : riz et poisson toujours, dans des jattes de porcelaine sur lesquelles sont peintes des diableries bleues.

Pierre Loti, Propos d'exil.

Les tables sont basses, les sièges aussi, trois jeunes femmes roulent la viande de porc et les herbes dans des crêpes de riz. À chaque coin de la rue un restaurant servant le même met. De jeunes garçons hèlent les passants à pied ou à motocyclette afin qu'ils choisissent une table dans leur restaurant. La lutte est féroce. Ils portent des tee-shirts aux couleurs de leur équipe. À l'entrée du restaurant, un autel et le carrelage usé sous les nombreux passages, le travail quotidien a gravé le temps.

Ce voyage est sous le signe du palais. Il nous faudra suivre le sens du goût.

carrelage et autel dans une entrée de maison Hanoi, Vietnam, 8 juin 2014

June 11, 2014 10:57 AM

June 08, 2014

Karl Dubost

Propos de la fuite

Mosaïques de motocyclistes Hanoi, Vietnam, 7 juin 2014

C'est le soir, quand la nuit tombe, qu'on se sent perdu ici, et comme exilé à jamais. Que c'est loin, le reste du monde !

Pierre Loti, Propos d'exil.

Sous les averses d'orage, les motocyclistes filent au grand galop sur leur monture. Il n'y a bien que le conducteur de rickshaw qui prend le temps de sourire. Dans son temps, la pluie semble être une amie.

conducteur de rickshaw Hanoi, Vietnam, 7 juin 2014

June 08, 2014 11:12 PM

Cimetière de l'internet

Immeubles et cimetière Tsujido, Japon, 29 mars 2014

N’est-ce point, en effet, en suivant les papillotements de l’ambivalence qu’on peut sentir le dynamisme qui s’établit entre une image attirante et une image répulsive ?

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Il est souvent plus utile de lire la prose des rapports annuels des grandes entreprises. Bien qu'il s'agisse de convaincre et séduire, ils sont souvent beaucoup plus proche de la réalité d'une entreprise et de ses objectifs, car ils s'adressent à ceux qui investissent et en bénéficient. La FAQ de Google destinée aux investisseurs est remarquable d'une simplicité efficace. Elle permet aussi de détruire toutes les illusions des discours marketings destinés cette fois-ci à nous les esclaves numériques.

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Google, FAQ.

Nous ne sommes pas le client. Nous sommes bien le produit.

June 08, 2014 09:53 AM

Fuji de nuit, Pacifique de nuit

plage et littoral la nuit avec quelques nuages Tsujido, Japon, 30 mars 2014

Ainsi l’intérêt qu’un rêveur porte aux luttes de deux matières désigne une véritable ambivalence matérielle. On ne peut vivre l’ambivalence matérielle qu’en donnant tour à tour la victoire aux deux éléments. Si l’on pouvait caractériser l’ambivalence d’une âme dans les plus simples de ses images, loin des déchirements de la passion humaine, comme l’on ferait comprendre le caractère fondamental de l’ambivalence !

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Précisément caché dans les nuages à l'horizon, je peux le voir. Son sommet émerge tout juste. Il ne se distingue pas, il est à l'affût, prêt à bondir. Peine perdue, je connais précisément ta cache. Sous les nuages et le ciel étoilé, le volcan est bien un mont.

L'océan, la nuit, est bien plus vocal. Tout autour dans la pénombre, le fracas des vagues déborde de la plage et s'écoule dans chaque recoin, ceux du cœur d'abord, les émotions ensuite. Une suspension entre fascination et inquiétude donne l'hésitation du prochain pas.

Le vertige et la papiltation. L'oscillation et l'ivresse.

June 08, 2014 09:36 AM

Les chemins de campagne

route de campagne avec miroir et Tori Tsujido, Japon, 29 mars 2014

On mesurera la puissance des petites images si on réalise l’image suivante de Sartre : se perdre dans le monde c’est se « faire boire par les choses comme l’encre par un buvard » (L’Etre et le Néant, p. 317).

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Nous avons pris nos vélos. Sur les chemins de campagne, un peu au hasard, nous avons exploré. Sur le talus au long de la route, un tori rouge, un tori gris et un camélia dont les fleurs lourdement s'écrase sur la pente. Le vent dans son manteau, elle dévalle la sinuosité de la route enfoncée entre les arbres. Il y a là à ce moment précis une impression d'un humide bocage, d'une rivière qui croise la route et des haies touffues où se cachent les belettes. La vallée de la Risle suit son cours jusqu'au Japon.

June 08, 2014 09:18 AM

Le lieu de la gouaille

Fenêtre et balai dans une rue Pékin, Chine, 21 mars 2014

Et sans fin, l’écolier assis à son banc, mais parti cependant pour l’école buissonnière, pour les voyages de la géographie dynamique, pour celle géographie rêvée qui le console de la géographie récitée, l’écolier rêvant travaille à la limite de deux univers : l’univers de l’eau et l’univers de la terre. Le rêve fait ainsi des eaux-fortes sur du papier mâché.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Dans un café, un groupe de femmes s'exprime avec emphase et volume. C'est le rire et la gestuelle qui envahit le lieu, loin du cliché que l'on se fabrique du Japon. Mes pensées cheminent non planifiées. Quelques pas de plus, et c'est Elbeuf en Normandie qui vient se poser en juxtaposition à cette scène. Le souvenir familier de l'environnement et des modes d'expression s'installe et me donne de la joie. Déjà une semaine depuis le retour de Pékin, et tout s'assemble dans une forme vernaculaire transfrontalière. L'expression humaine joyeuse et sans compromis bouscule tous nos compromis.

June 08, 2014 09:04 AM

June 06, 2014

Karl Dubost

Hanoï, humide langueur

Cage d'oiseau et bambous Hanoi, Vietnam, 6 juin 2014

Une porte irrégulière, frangée de stalactites, s'ouvre devant nous, donnant à mi-hauteur d'édifice dans le sanctuaire. C'est le cœur même de la montagne, haute et profonde aux parois de marbre vert. Les bas-fonds sont noyés dans une espèce de pénombre transparente qui ressemble à de l'eau marine, et d'en haut, d'une trouée par où les grands singes nous regardent, tombe un éblouissement de lumière d'une teinte inexplicable : on dirait qu'on entre dans une immense émeraude que traverserait un rayon de la lune. El les pagodes, les dieux, lès monstres, sont là, dans cette buée souterraine, dans ce mystérieux resplendissement vert d'apothéose, ont des couleurs éclatantes de choses surnaturelles.

Pierre Loti, Propos d'exil.

Le souffle de vapeur emporte ; le pas transporte. Saveurs mélangées au désir de la lenteur, il est nécessaire d'apprendre le temps. Il est requis de prendre le temps.

Mur vert et affiches publicitaires Hanoi, Vietnam, 6 juin 2014

June 06, 2014 11:46 PM

L'homme courbé

chef penché derrière son comptoir Fujisawa, Tokyo, 5 juin 2014

En fait, les rêves sont plus grands : ils dépassent les raisons et les symboles. Les rêves sont immenses. Ils ont, par une fatalité de grandeur, une cosmicité.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

L'homme professionnel se penche sur son comptoir. Un peu partout dans le restaurant, il y a des images et des cartes de Nagasaki et ses environs. Nous avons passé la commande. Il est 20h30. Nos sacs légers comme si nous partions pour une fin de semaine en randonnée sont posés contre le mur. Lorsqu'il déploie de nouveau son dos courbe, ce sont chirashi, sashimi, chawamushi, tofu, omelette, soupe au miso et tempura qui sont posés en face de nous. Nous pouvons nous rendre à l'aéroport pour dormir. Demain, nous prenons l'avion. Nous rêvons déjà de là-bas avec le goût d'ici.

plats de cuisine japonaise Fujisawa, Tokyo, 5 juin 2014

June 06, 2014 12:12 AM

June 03, 2014

Karl Dubost

La rouille du Web en cinq minutes

Groupe de personnes discutant Azabu, Japon, 27 mars 2014

On peut, en effet, saisir une sorte de coopération de deux éléments imaginaires, coopération pleine d’incidents, de contrariétés selon que l’eau adoucit la terre ou que la terre apporte à l’eau sa consistance.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Ce soir j'avais cinq minutes pour présenter la rouille du Web. L'audience était constituée principalement de designers, personnes faisant du UX et développeurs Web. Une expérience intéressante suivie de quelques 10 minutes de discussions. Les périodes de discussions sont généralement les plus intéressantes par la friction qu'elles apportent que ce soit dans la contradiction ou le développement du sujet en question. Merci à AQ pour m'avoir invité.

J'y ai principalement traité de l'information et des circonstances de sa mémoire sur le Web. Il y aurait tant d'autres sujets à développer. Peut-être un autre morceau sur la licence comme outil d'articulations de la pérennité.

June 03, 2014 02:21 PM

Avoir soif

Une rigole de graviers blancs Takadanobaba todaimae, Japon, 23 mars 2014

Ainsi recommence la vie dynamique, la vie qui rêve d’intervenir dans le monde résistant.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Une ligne de gravier blanc sur le sol, légèrement en retrait de la surface de matières minérales, et c'est déjà l'idée de l'eau qui avale les pensées. Le flux d'une séquence, de la goutte à la canalisation, humidifie les pensées d'un après-midi ensolleillé. J'ai soif.

June 03, 2014 02:09 PM

L'abandon de l'objet

Un porte monnaie et un sac à main abandonnés Takadanobaba todaimae, Japon, 23 mars 2014

Les objets, tous les objets ont des ressorts. Ils nous rendent l’énergie imaginaire que nous leur offrons par nos images dynamiques.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Les circonstances de l'abandon d'un objet sont toujours fascinantes. À qui appartient-il ? Pourquoi a-t-il été abandonné ? Quel est le sens de cet abandon dans un univers de consommation frénétique ? Par qui a-t-il été fabriqué ? Quand et où ? L'abandon d'un objet dans la rue est le début d'une histoire.

June 03, 2014 01:58 PM

June 02, 2014

Karl Dubost

Le tremblement du sens

Ombre d'arbre sur un mur Takadanobaba todaimae, Japon, 23 mars 2014

Comme nous le disions jadis, confessant notre tempérament onirique : on ne dort bien que dans l’eau, que dans une grande eau tiède.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Les objets du thé conservés par Soetsu Yanagi sont exposés au musée Mingei. L'or entre les fragments ; les objets qui sont utiles sont réparés, conservés. Je sors du musée et c'est l'ombre qui m'invite au thé. Déjà le contour des feuilles infuse, la matière enveloppe et sur mes lèvres, la chaleur de l'eau. Que le monde tremble de sens pour les rêveries du poète.

June 02, 2014 01:45 PM

L'envie de la nuit

Couloir et enseigne de restaurants Tokyo, Japon, 31 mai 2014

L’être qui vit ses images dans leur force première sent bien qu’aucune image n’est occasionnelle, que toute image rendue à sa réalité psychique a une racine profonde — c’est la perception qui est une occasion —, sur l’invite de cette perception occasionnelle, l’imagination revient à ses images fondamentales pourvues, chacune, de leur dynamique propre.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Le train vient de passer. Sous la voie, les restaurants sont silencieux. La chaleur s'assoupit un peu. Entre Tokyo et Yurakucho, les couloirs attendent la nuit.

June 02, 2014 01:23 PM

Un brouillard de sel

Brouillard sur la ville Tsujido, Japon, 1er juin 2014

Débarrassé du souci de signifier, il découvre toutes les possibilités d’imaginer.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Cette nuit, l'océan Pacifique avait largué l'encre noire au cœur de la ville. Le brouillard dépose ses mots de sels sur les lèvres, ennivre et subjugue le promeneur.

June 02, 2014 08:06 AM

June 01, 2014

Karl Dubost

Le train tranquille de Enoden

Quai de gare Fujisawa, Japon, 30 mai 2014

Le rêveur a ainsi bénéficié de la solidité de l’arbre dans la plaine aux moissons ondulantes ; le tronc robuste, — la racine dure, voilà un centre fixe autour duquel s’organise le paysage, autour duquel se tisse la toile du tableau littéraire, d’un monde commenté.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Pendant les fins de semaine, les quais de la ligne Enoden sont bondés, surtout à Fujisawa, Enoshima et Kamakura. Un mélange de touristes de Tokyo et d'ailleurs s'amoncellent en grand nombre pour pouvoir parcourir le trajet de Fujisawa à Kamakura. Le train de Shinjuku (Ligne Odakyu) ou celui de Tokyo (Ligne Tokaido) déversent à Fujisawa un flot incessant de personnes se précipitant aussitôt vers la petite station de Enoden. Peu restent découvrir Fujisawa. Ils descendent généralement à Enoshima ou à Kamakura.

Du lundi au vendredi, c'est une histoire différente qui s'écrie. Surtout le matin de bonheur et tard le soir. Il y a ceux qui travaillent, ceux qui reviennent des classes complémentaires (l'étude du soir), ainsi que les personnes du voisinage. Un peu plus d'espace, de respiration, de possibilité d'errance, nous prenons un banc et nous discutons sans précipitation. Des mots ronds, des mots tendres, des phrases qui s'assoupissent. L'air un peu frais, le vent du Pacifique souffle. Nous nous rapprochons.

train au quai Fujisawa, Japon, 30 mai 2014

June 01, 2014 11:11 PM

Les chemins ouverts

porte ouverte et chemin verdoyant Tokyo, Japon, 27 mai 2014

Dans un monde actif, dans un monde résistant, dans un monde à transformer par la force humaine. Ce monde actif est une transcendance du monde au repos. L’homme qui y participe connaît, au-dessus de l’être, l’émergence de l’énergie.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

La communication entre humains prend du temps. Cette communication qui nous fait échanger un sourire complice, rire ensemble sans se moquer. La confiance est nécessaire. Elle se teste par l'observation, par les tentatives mineures. Hier soir, pendant le basket-ball, il y a cette personne qui m'invite à réaliser les exercices d'échauffement avec elle. Il y a cette autre personne qui après les matchs me donne un « high-five » pour remercier pour le jeu. Petits détails, petits moments de tendresse, toutes ces ouvertures qui dévoilent notre humanité. Cela aura pris uniquement quatre mois. C'est peu. Je me souviens avoir construit des complicités après un ou deux ans à Shimokitazawa. Explorer lentement les chemins ouverts sans les forcer, c'est prendre le temps de l'amitié.

June 01, 2014 10:46 PM

May 28, 2014

Karl Dubost

Le lieu du travail

Mannequins en groupe dans un garage Tokyo, Japon, 27 mai 2014

Et, tout compte fait, la leçon philosophique est grande, car elle montre que toute contemplation est une vue superficielle, une attitude qui nous empêche de comprendre activement l’univers. L’action, sous ses formes prolongées, apporte de plus importantes leçons que la contemplation. D’une manière plus particulière : la philosophie du contre doit avoir le pas sur la philosophie du vers, car c’et le contre qui finit par désigner l’homme dans son instance de vie heureuse.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Point de forge au vacarme assourdissant, d'atelier où les copeaux jonchent le sol en boucles blondes, aucun champ où le pied lourd s'enfonce dans le sillon sous la pluie, point de caisse enregistreuse où l'obésite et le déchet s'annoncent, point de cabines de camion où les gaz asphyxient l'ennui, point de bureau à cloisons où le néon blafard évapore les couleurs. Rien de tout cela.

Autour de moi, des hommes d'affaires remplissent des papiers sur une large table collective. Formulaires, ciseaux et colle à papier, il est nécessaire d'ajuster la photographie aux dimensions exactes. Nous attendons l'ouverture du guichet. D'autres consultent déjà les réunions qu'ils auront à réaliser dans leur journée. Un autre prépare une présentation en manipulant les tableaux de données et les graphes sur son portable. De l'autre côté du comptoir, deux hommes en chemises se préparent à la routine quotidienne, la réception des formulaires, leur vérification et la délivrance des visas. Ils trient, alignent, marquent les erreurs. Ils tamponnent aussi. Le matin pour les demandes, l'après-midi pour la délivrance, je crois reconnaître l'un des employés par l'une de ses caractéristiques physiques visibles. Je compte les années de routine depuis mon dernier passage.

Mon ordinateur est ouvert. Je lis les messages de la journée précédente. Je trie, je range, je note les erreurs. Je réponds aussi. Un rapport d'anomalie, un site Web à tester, une analyse un peu plus compliqué, j'exécute. Rouage de la grande machine industrielle du Web, et toujours cette question en suspens, quel est le sens de mon action ? Collaborateur de la grande pompe à fric publicitaire ou résistant au nom d'un mode d'expression.

Je travaille. Ils travaillent. Nous travaillons. Le non-lieu du travail est un privilège. Est-il ? Où est-ce une liberté qui nous emprisonne un peu plus dans un espace large mais contrôlé ? Peut-être que le lieu n'est pas le critère. Quel est le contrôle que nous avons sur nos temps d'éxécution ? Quelle est l'ampleur de la maîtrise de nos réalisations ?

Mon visa est délivré. Je dois changer de lieu.

May 28, 2014 11:19 PM

Ceci n'est pas un hamburger

deux icônes de caractères Céleste hamburger

Le créateur ☰ est le ciel, il est rond, il est le prince, il est le père, le jade, le métal, le froid, la glace, le rouge sombre; c'est un bon cheval, un vieux cheval, un cheval maigre, un cheval sauvage; c'est le fruit d'un arbre.

Yi King, le Livre des Mutations.

Une question sur la vieille liste webdesign-l (oui, je suis toujours abonné) montre comment les gens empruntent des raccourcis sémantiques et s'approprient l'univers des mots et des images. La question était In an HTML5 document, I'm trying to use this: &#9776; which displays a hamburger icon - except in IE8. Is there a way to get that to work in 8? I looked for some kind of conversion tool but didn't see anything.

Le caractère dont la personne parle est en fait ☰, l'un des huit trigrammes du Chinois. Il est l'image du ciel et est décrit comme tel dans Unicode. Le manque de support n'est pas dû à IE8 mais à l'absence certains appareils de la police de caractères adéquate pour afficher ce caractère chinois.

Il existe bien un caractère pour les hamburgers dans Unicode.

TRIGRAM FOR HEAVEN. Unicode: U+2630, UTF-8: E2 98 B0
🍔
HAMBURGER. Unicode: U+1F354 (U+D83C U+DF54), UTF-8: F0 9F 8D 94

Bien sûr, il ne s'agit pas du type de « hamburger » dont la personne parlait. Cette tendance des concepteurs Web que l'on voit fleurir sur tous les sites depuis quelques années est une icône pour représenter un menu de navigation. Il est préférable d'utiliser SVG et/ou un fichier PNG dans le cas où le support de SVG n'est pas possible. Et ce menu a une origine beaucoup plus lointaine qu'on ne le pense. Elle existait déjà chez Xerox Park en… 1981. Norm Cox est le créateur de ce menu compact contextuel en trois lignes.

La beauté de la transformation des sens est d'autant plus merveilleuse que le caractère ☰ est définie par le Yi Jing qui est le Traité canonique des mutations.

May 28, 2014 12:50 AM

May 26, 2014

Karl Dubost

L'évanoui

Maison en cours de destruction Tsujido, Japon, 26 mai 2014

The air was soft, the stars so fine, the promise of every cobbled alley so great, that I thought I was in a dream.

Jack Kerouac, On The Road.

Ce soir, c'est le vent et la pluie. Les volets coulissants vibrent entre les parois. Les gouttes crépîtent sur les murs. La maison de bois s'exprime. Les rafales de vent donnent la mémoire du ressac. Sur la table, la misère dans un verre de confiture fait des racines. Presque minuit, On The Road dans les pupilles sur le grand mur blanc, le voyage s'impatiente déjà.

Ce matin, tristesse oblige, la démolition d'une maison près de la gare. Cette maison, celle de l'entrée romantique et végétale, celle d'une idée, d'un poème. Je n'ai plus que la photo de cette entrée prise au printemps dernier. Ce mois de mai 2013, Olivier et moi préparions la rouille du Web.

La pluie sur les murs, le cœur en voyage, tout semble frêle et lié. Des boutures de mots sur lèvre à nuit, tout disparaît.

May 26, 2014 02:25 PM

May 25, 2014

Karl Dubost

Tokyo des villes, Tokyo des champs

Boutique de fruits et légumes Tokyo, Japon, 23 mai 2014

Alors, brusquement, le soleil écarta les brouillards ; — d'abord, derrière ces fumées, il apparut tel qu'un pain à cacheter, blanc, sur le fond gris des nuages; "puis, les chauds rayons ayant dispersé les brumes, vers huit heures du matin, le ciel tout entier se déploya, comme un pavillon et tendre azur, où de lointaines nuées mettaient un frisson léger…

Jules Boissière, Propos d'un intoxiqué.

Une exploration courte à Takadanobaba, au nord de Shinjuku, après la station de Shin-Okubo et c'est une rue simple avec une boutique de fruits et légumes. C'est l'heure du repas. Les propriétaires mangent une soupe de nouilles.

Ensemble de tours et passerelles Tokyo, Japon, 23 mai 2014

Poursuivre à Shinjuku et se retrouver entouré de la ville, du sens de l'urbanité, du béton et des passerelles. Tokyo des villes, Tokyo des champs. Tokyo multiple.

Mais nous étions venus pour découvrir ce que Tokyo saveur avait à offrir en terme de Bánh mì.

Sandwich : Bánh mì Tokyo, Japon, 23 mai 2014

May 25, 2014 11:39 PM

Vivre les pieds dans le sable

Pieds dans le sable Tsujido, Japon, 24 mai 2014

Mobile et brillante ceinture

De notre terrestre univers,
Vieil Océan ! que ta peinture
Soit ici l'objet de mes vers.

Antoine Cunyngham, Ode à l'Océan.

Je suis un enfant de la ville et de la forêt. Ce sont les deux milieux que je « maîtrise » le mieux, ceux avec lesquelles j'ai une familiarité intime. Le sol, les plantes, les parfums et les essences, je les ai ressentis, appris. J'ai senti la brûlure de l'ortie, le relief des écorces, la coupure des fougères. J'ai appris à traverser les routes dangereuses, à jouer dans les caves des immeubles, à se faire peur. J'ai appris la cabane faite de bois mort, le renard dans le brouillard du matin.

Depuis plus de 5 mois, je vis maintenant près de l'océan. Le son des vagues est un compagnon tendre au rythme des doigts sur le clavier. Ce matin nous sommes allés prendre le petit déjeuner au bord de la plage, pain et salade dans le sac. La lumière n'y est pas trop forte, la chaleur tendre. Les surfeurs depuis le lever du soleil attendrent les maigres vagues. Un père et ses deux enfants en combinaison de néoprène. Il leur apprend à s'échauffer et puis après quelques minutes, chacun avec leur propre planche de surf, ils vont à l'assaut des vagues. Ils tombent et répètent les mouvements. Ils apprennent. Le père donne à ses enfants les ajustements à réaliser pour dominer les vagues. L'océan est leur environnement. Ils sont des enfants de l'océan.

Quand à Montréal, elle me parlait de la lumière du ciel, je ne comprenais pas vraiment. Je pouvais imaginer, mais je n'avais ni le feu, ni l'éblouissement, ni l'azur, ni l'indigo. Lentement, chaque élément prend sa place. À chaque pas, je sens les grains de sable couler sur ma peau. À chaque pas, j'appartiens un peu plus à la dune.

May 25, 2014 11:02 PM

Un banc, un laptop et la plage

banc sur la plage et île dans le fond Tsujido, Japon, 25 avril 2014

En juger ainsi, c’est être victime d’un réflexe né dans la passivité. Il suffit d’être acteur, de prendre la lime en main, de grincer soi-même des dents comme il convient dans la colère travailleuse, dans la colère active, pour ne plus être blessé par les grincements de la matière dure. Le travail est un inverseur d’hostilité. Le bruit qui blessait excite. L’ouvrier multiplie les coups de lime, il a conscience que c’est lui qui fait grincer la matière.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Aujourd'hui, je suis allé à la plage. L'ordinateur dans le sac. Un banc, le seul de ce coin de plage s'est libéré. Je suis alors allé m'assoir et j'ai travaillé sur les bugs courants de mon travail à Mozilla. Le son des vagues comme fond musical audio était parfait pour se concentrer. Et pourtant, il y a toujours ce sentiment de culpabilité. La plage est le lieu balnéaire et ne fait pas partie de ma chimie. Alors j'apprends à faire grincer le lieu.

May 25, 2014 10:38 PM

Une madeleine et des chaussures

Paire de chaussures en suède bleu ciel Adidas Tobacco

A qui donc parles-tu, flocon lointain qui passes ?
A peine entendons-nous ta voix dans les espaces.
Nous ne te distinguons que comme un nimbe obscur
Au coin le plus perdu du plus nocturne azur.
Laisse-nous luire en paix, nous, blancheurs des ténèbres,
Mondes spectres éclos dans les chaos funèbres,
N'ayant ni pôle austral ni pôle boréal :
Nous, les réalités vivant dans l'idéal,
Les univers, d'où sort l'immense essaim des rêves,
Dispersés dans l'éther, cet océan sans grèves
Dont le flot à son bord n'est jamais revenu ;
Nous les créations, îles de l'inconnu !

Victor Hugo, Abîme - La Voie Lactée.

Les « madeleines » ne se préparent jamais. Elles viennent vous saisir sans annonces. Elles émergent de l'ordinaire, d'un objet commun et viennent réveiller toute une série de sentiments, de souvenir. Vous tirez le coin d'une image dans votre mémoire et soudainement, c'est tout l'album qui vous éblouie. En voyant ces Adidas bleu suède dans les magasins, je me souviens d'une paire de chaussures dans les mêmes tons. Peut-être celles-ci même dans les années 70. Elles n'étaient pas miennes. C'était celles de mon père. Je les ai toujours trouvées belles. Et en cascade, c'est une barbe généreuse, une pipe, une 2CV orange, un maillot de rugby en coton qui apparaissent comme si on ouvrait la porte d'un vieux placard où tout a été entassé sans ordre précis.

May 25, 2014 06:02 AM

May 20, 2014

Karl Dubost

Créature océane

Poisson mort sur la plage Tsujido, Japon, 18 mai 2014

Routes terrestres ct maritimes existent depuis les temps anciens mais la mer est toujours dangereuse et, dans les zones montagneuses qui constituent une part importante du territoire, les communications restent malaisées et le peuplement très espacé. Les spécialistes de la démographie historique ont tenté de mesurer le nombre des hommes.

Souyri Pierre-François, Histoire du Japon médiéval.

Ce moment étrange de la rencontre avec une créature océane morte sur la plage. Un bec avec des dents, un corps d'anguille provoquent l'interrogation, l'appel de l'inconnu. Famille des aiguillettes ? Peut-être. D'où vient-il ? J'imagine toujours la surprise des anciens avec les phénomènes rares, avec les manifestations aléatoires d'une chose à laquelle nous ne sommes pas habitués. Pour ce qui est de cette aiguillette, il semble que ce soit un poisson « dangereux » qui aime sauter à la surface de l'océan et malencontreusement blesse les pêcheurs.

May 20, 2014 11:44 PM

May 18, 2014

Karl Dubost

Cookies humains

Poteau planté dans la plage Tsujido, Japon, 18 mai 2014

La culture du Moyen Age finissant atteint sa plénitude dans la première moitié du XVIe siècle : notions esthétiques de sabi (beauté triste, patine du temps), de wabi (simplicité et solitude) de seijaku (sérénité dans la simplicité).

Souyri Pierre-François, Histoire du Japon médiéval.

Les « Cookies » sont ses marqueurs que les sites Web plantent dans votre navigateur à votre première visite et qu'ils utilisent pour créer un profil commercial au fur et à mesure de vos visites.

Depuis quatre mois, je me rends dans le même café tous les matins à partir de sept heures. Ce matin, pour la première fois, une des employées ne m'a pas demandé ce que je voulais mais a juste confirmé ce que j'allais prendre. Il y a le sentiment de complicité, de compréhension, de reconnaissance et de confiance. Une partie importante de ces sentiments est dans la possibilité de changer le cours des choses très facilement. Cette préférence ne sera pas partagée avec une autre entreprise commerciale autour de ce café. La presse papier que je lis ne comprend pas de publicité ciblée autour du même produit que je consomme dans ce café. Cette préférence est pour l'instant le résultat d'un seul humain employé. Si je ne suis pas satisfait, je peux me rendre ailleurs ou changer mes habitudes sans conséquences. Je serais oublié. Je ne me sens pas prisonnier.

Il aura fallu quatre mois pour obtenir ce cookie humain. C'est agréable.

May 18, 2014 10:51 PM

Christian Fauré

Publication du « Simondon » de Jean-Hugues Barthélémy

Disponible le 14 Juin.
simondon

TABLE DES MATIÈRES

Repères chronologiques……………………………………….…..13

Liste des abréviations utilisées…………………………..…23

Introduction………………………………………………….25

I. Penser au « milieu » : l’individu et son milieu associé………………..35

« Individuation », « transduction », « ontogenèse » :

du vocabulaire aux enjeux conceptuels…………………………….…..37

La question générale de l’individuation :

relations, ordres de grandeur et « phases »……………………………46

Du physique au biologique :

polarisation, individualisation, « sujet »……………………59

Le transindividuel :

collectif réel, personnalité, spiritualité………..……..67

L’objet technique :

concrétisation, individualisation, naturalisation……………79

 

II. Penser « au milieu » : partir du centre de l’être…….95

Sujet et objet : Simondon dans le XXe siècle…………97

Matière et forme :

Simondon versus Aristote et Kant………………..…103

Mécanisme et vitalisme :

Simondon par-delà Bergson et Canguilhem…………….113

Psychologisme et sociologisme :

Simondon entre Freud et Durkheim……………..…121

Humanisme et technicisme :

Simondon ailleurs que Marx et Heidegger………….127

 

III. Interpréter autrement la crise du sens :

la « Cybernétique universelle » et ses postérités……………141

Le dialogue central avec Wiener :

de la question de l’information au « sens du devenir »………144

Déterminisme technique et « phases de la culture » :

deux points de doctrine restés incompris ?….…………154

L’apport des Cours de 1964-1966 :

perception, imagination, invention………………..170

Postérités et actualité de Simondon…………………..180

 

Conclusion………………………………………201

Glossaire………………………………………205

Notices………………………………231

Bibliographie……………………………….243

Textes de Simondon……………………………………..243

Travaux sur Simondon…………………………245

Bibliographie générale complémentaire…………………251

Index nominum…………………………257

Index rerum………………………………261

 

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by Christian at May 18, 2014 08:33 AM

May 17, 2014

Karl Dubost

Contraste, traces

Rideaux de bois sur mur de béton Shimokitazawa, Japon, 23 mars 2014

Comme le disait à Daniel Halévy un tonnelier : « Le bois n’est pas comme le fer, chaque morceau, il faut le juger. » Si l’on juge mal, le bois trahira.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Quels sont les éléments culturels que nous entraînons dans le courant de notre modernité ?

May 17, 2014 12:01 PM

Ne reviens pas vivre à Shimokita

Devanture de magasin fermé Shimokitazawa, Japon, 22 mars 2014

Ce gestaltisme dynamique de l’imagination matérielle qui joint une intensité substantielle à une forme ne sera nié que par ceux qui n’ont pas le sens du chêne. Si l’imagination matérielle est parfois si faible, ne faut-il pas incriminer tous ces meubles ripolinés qui nous frustrent des rêveries en profondeur ? Tant d’objets qui ne sont plus que des surfaces ! Tant de matières dépersonnalisées par d’indigents vernis !

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Quand je suis venu vivre au Japon en 2005, les guides touristiques balbutiaient du bout des lèvres Shimokitazawa. Le flot des touristes se concentraient autour de Shibuya, Harajuku et Shinjuku. Et puis petit à petit, j'ai vu apparaître le quartier comme un endroit à visite. Scène rock, scène de friperie, scène théâtre, Shimokitazawa était un lieu qu'il fallait découvrir. Le charme de Shimokitazawa qui était déjà bien entamé lorsque j'y vivais (en partie à cause de ma présence même) a pris ces trois dernières années un très grand coup. La rénovation de la ligne Odakyu, la démolition des magasins qui vivaient sous la station, l'élargissement de certains lieux et l'arrivée massive de touristes entraînent en partie la fermeture des anciennes boutiques. Cafés tendances et boutiques des grandes chaînes de distribution s'installent. L'an dernier, mon ex-coiffeur m'avait dit « ne reviens pas vivre à Shimokita. C'est fini. » Les associations qui luttaient pour la préservation du centre ont échoué.

May 17, 2014 11:42 AM

Pékin mou, Pékin dur

ruelles avec un futon et des piétons Pékin, Chine, 21 mars 2014

Ainsi l’imagination matérielle nous engage dynamiquement. Dans l’ordre de la matière imaginée tout s’anime : la matière n’est pas inerte et la pantomime qui la traduit ne peut rester superficielle. Celui qui aime les substances, en les désignant, déjà il les travaille.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Voilà il faut déjà partir. Il fait chaud ce matin. Le bruit, la foule, les voitures. Le rythme. Il faut être fluide pour évoluer avec la foule, pour ne pas subir le choc du mur. Et puis là juste avant de partir avant de prendre le train express pour l'aéroport. Un dernier regard, j'achète des beignets au mouton. Difficile de savoir d'où vient la viande ? Mais se pose-t-on la question ? Pékin dur. Je m'assoie. Une bouchée de beignet, un regard sur le flux, des hommes et des femmes assis aussi tout comme moi, ils regardent. Pékin mou. Dernière bouchée, police à peine secrète sur le trottoir, policiers et militaires, espacés. Pékin dur. Ils plaisantent. Pékin Mou. Au revoir… peut-être. La ville est matière.

May 17, 2014 11:20 AM

Christian Fauré

Notes sur « La domestication de l’Être » de Peter Sloterdijk

“La domestication de l’être humain constitue le grand impensé face auquel l’humanisme a détourné les yeux depuis l’antiquité”, note Peter Sloterdijk dans “Règles pour le parc humain”, discours prononcé en Juillet 1999 qui déclencha une polémique notamment par l’utilisation du mot “sélection” qui renvoyait l’Allemagne à son passé nazi.

Dans le discours “La domestication de l’Être”, prononcé quelques mois plus tard à Paris, Sloterdijk développe la question de la domestication dans une perspective anthropologique qu’il nomme “anthropotechnique”.

sloterdijk.jpg

L’enjeu est le suivant : comment penser l’homme comme un produit, certes ouvert et non fermé ou fini, mais sans pour autant s’en remettre au terme vague d’évolution qui désigne, depuis la fin du XVIII° siècle, l’idée d’une production sans auteur.

Selon Sloterdijk, quatre “mécanismes” peuvent rendre compte du mystère de l’irruption de l’humanité :

  1. Le mécanisme de l’insulation ;

  2. Le mécanisme de la suppression des corps ;

  3. Le mécanisme de la néoténie ;

  4. Le mécanisme de la transposition ;

 

1. Le mécanisme de l’insulation

 

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C’est Hugh Miller, dans “Progress and decline” qui a parlé d’une “insulation contre la pression de la sélection” (quel dommage ne pas pouvoir accéder en français à l’ouvrage de référence Das Konkrete und das Abstrakte (1980), de Dieter Claessens , dont Sloterdijk souligne l’importance)

Par “insulation” il faut entendre la capacité qu’a un ensemble d’individus de former un groupe dont la périphérie forme une sorte de membrane qui l’isole en partie de son environnement.

Pensez à un troupeau de bisons ou à un banc de poisson comme la manifestation animale de ce phénomène et vous concevrez effectivement que, à l’intérieur du groupe, les conditions climatiques ne sont pas les mêmes qu’à la périphérie.

Là où la sélection naturelle règne à la périphérie du groupe, en son centre se développe d’autres logiques de sélection qui ne sont plus naturelles mais relèvent de l’artificialité d’une couveuse ; c’est là où la mère va pouvoir prendre soin de son enfant.

Les lois naturelles de Darwin butent contre cette membrane de groupe ; le multiple des individus s’agrège pour former un groupe qui fait régner en son centre des lois qui sont, au sens strict, monstrueuses. Monstruosité des animaux dits sociaux.

2. Le mécanisme de la suppression des corps.

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L’expression “suppression des corps” provient de Paul Alsberg ["L'énigme de l’humanité", 1922] et désigne l’extension de la couveuse insulaire animale grâce à l’usage de l’outil  “d’abord spontané, puis élaboré et chronique” :

“ Le pré-homme, qui est tout de même déjà un coureur de steppes curieux, produit les premiers trous et déchirures  dans l’anneau de l’environnement en devenant, par ses coups et ses jets, l’auteur d’une technique d’action à distance qui produit sur lui-même des effets rétroactifs inouïs.” p.125 Sloterdijk.

“La suppression des corps”, c’est pouvoir étendre sa capacité d’action en pouvant agir à distance comme avec un jet de pierre. Entre le corps et l’environnement, il y a à présent l’outil qui requiert des savoir-faire et des techniques (de coupe, de lancé, etc.) autour duquel un monde s’ouvre, celui d’un vaste champ d’expérimentations.

Avec les premières pratiques de ce qui deviendra l’écriture, il y a en plus une mise en réserve (une poche culturelle) des autres pratiques et qui éloignera encore plus la pression du monde naturel sur le proto-homme.

 

3. Le mécanisme de la néoténie

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Détournons notre regard contemplatif de la trajectoire du jet de pierre pour nous tourner vers cette serre artificielle qui protège à présent les individus de la dureté de l’environnement.

Là, de nouveaux processus de sélection, sur des critères qui ne sont pas “naturels”, vont émerger. Au sens strict du mot, le proto homo-sapiens devient “monstrueux”, c’est à dire contre nature.

Ainsi le petit de l’homme peut se permettre le luxe de naître sans être fini. Cette naissance prématurée, que l’on désigne sous le terme de néoténie, fait que le petit devient un enfant qui ne gagne sa maturité biologique qu’après de nombreuses années.

Monstreux nous le sommes aussi en ce sens que nous conservons jusqu’à notre maturité des caractéristiques foetales que la “nature” n’auraient jamais laissé se développer. A commencé par notre visage :

“Chaque visage est une formation de museau qui n’a pas eu lieu”.p.137

La technique, à ce stade, doit donc être pensée comme une création d’espace artificiel, mais d’autres animaux peuvent présenter ces caractéristiques ; il faut donc un quatrième mécanisme pour « enfoncer le clou » de l’humanité.

4. Le mécanisme de la transposition

 

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Paradoxalement, l’ouverture de ce nouveau monde qui tend à produire des monstres néoténiques dans un environnement artificiel, rend en même temps la situation de l’homme très critique. L’implacable loi du vivant est certes mise à distance, mais il y a toujours des moments d’irruption qui peuvent s’avérer catastrophiques.

Plus la différence entre le milieu naturel extérieur et le milieu artificiel intérieur se creuse –plus cette différence de potentiel augmente – d’autant plus violente et destructrice sera la décharge lors d’une brèche.

L’intrusion d’un prédateur, une catastrophe naturelle ou même une attaque humaine ennemie peuvent s’avérer fatales pour ce vivant qui a pris ses marques et ses habitudes dans sa cage dorée en se payant le luxe d’un raffinement biologique.

Comment faire face à ces moments critiques d’irruption de la menace externe ? Et surtout, comment se remettre de ces crises ?  “La résilience” répondrait Boris Cyrulnick. Plus précisément, Sloterdijk dit qu’il faut un “réservoir de souvenirs et de routines” pour pouvoir reconstruire son environnement protecteur, et d’enchaîner avec une fulgurance dont il a le secret dans une proposition comme celle-ci :

“La reprise des souvenirs datant de la période précédant les catastrophes est le point de départ de la naissance des religions”

La transposition est donc le mécanisme qui reproduit des habitudes et des routines dans de nouveaux espaces et de nouvelles situations ; une façon de maintenir à distance l’étrangeté et la nouveauté. Mais le mécanisme de la transposition est aussi et en même temps “un certain renoncement à la transposition, afin que l’on soit capable d’accueillir la nouveauté en tant que telle”. Et l’on pense évidement aux relation sexuelles adultes et aux systèmes de parentés.

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by Christian at May 17, 2014 10:02 AM

May 14, 2014

Karl Dubost

Embourgeoisement

rue de nuit, entrée avec des lampions Pékin, Chine, 25 mai 2006

La résistance du monde n’est qu’une métaphore, elle n’est guère plus qu’une « obscurité, » guère plus qu’une irrationalité. Le mot contre n’a alors qu’un aspect de topologie : le portrait est contre le mur. Le mot contre n’a aucune vertu dynamique : l’imagination dynamique ne l’anime pas, ne le différencie pas.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

2006, 2008 et 2014. Nanluogu Xiang était une petite rue avec une poignée de cafés à l'ambiance décontractée où les étrangers installés à Pékin croisaient les étudiants, plutôt dans le domaine artistique. C'était le début de l'embourgeoisement. En 2006, j'y avais rencontré une étudiante de cinéma et découvert un café. En 2008, je sentais déjà les frémissements d'un changement avec l'ouverture de quelques boutiques de tee-shirts et galleries. Mais je n'en avais pas parlé. Je pourrais écrire à rebours, un peu comme on retourne la housse que l'on vient de finir de coudre. Aujourd'hui, la rue n'est plus que l'ombre d'un passé effacé. Les boutiques s'alignent sur toute la longueur de la rue. Les anciens cafés de 2006 y sont toujours là mais plus aucune maison ne persiste entre les deux. On peut y retrouver des galleries, des objets de la consommation pop art en grande séries, des enseignes de grandes chaînes commerciales et une foule de touristes interminables autant chinois qu'étrangers. Les guides de touristes « hipster » du type routard et lonely planet ont fait leur œuvres.

rue avec piétons Chine, Pékin, 23 avril 2008

Alors je me souviens, en janvier 2007, un programmeur d'émission de télévision française m'avait demandé si je pouvais parler des « villages de Tokyo » pour l'émission « Echappées belles » sur France 5. La personne m'avait entre autre dit Le but est de proposer une découverte de l'autre Tokyo, loin du cliché de la ville verticale, grouillante et tentaculaire. Nous essayons donc d'identifier le quartier idéal pour réaliser ce reportage. Ambiance provinciale, vie de quartier, personnage charismatique… Selon vous, quel serait l'endroit le plus approprié à ce tournage?

Je lui avais répondu que je ne souhaitais pas répondre à sa demande. Ceci m'embête. Mon carnet Web a une audience limité, ou au moins une audience d'un ordre de magnitude bien inférieur à celui de la télévision. Faire découvrir ce genre de quartiers à la télévision, c'est inviter au tourisme de masse, c'est inviter à ce que la prochaine vague de tourismes envahissent les rues. Je ne prône pas l'élitisme, mais plutôt la préservation. Ces milieux sociaux sont fragiles, ces environnements vivent et existent parce qu'un étranger semble s'être égarer le long de rues anonymes une fois par an. Mais si toutes les semaines, de nouvelles personnes parcourent les rues, le contact avec la population locale changera. C'est déjà visible dans certains endroits..

Il existe des lieux dans mes voyages dont je ne parle jamais, ou que je ne localise pas, pour éviter cette massification. Non pas que je veuille les garder pour moi, je n'y retournerai probablement pas, mais juste pour donner aux autres l'opportunité de pouvoir les découvrir par hasard comme j'ai pu le faire.

rue avec piétons Chine, Pékin, 20 mars 2014

May 14, 2014 11:30 PM

May 13, 2014

Karl Dubost

Un parcours serein

Bambous Kamakura, Japon, 16 mars 2014

De toute manière, en marge de la réalité sociale, avant même que les matières soient désignées par les métiers instaurés dans la société, il nous faut considérer les réalités matérielles vraiment premières, telles qu’elles sont offertes par la nature, comme autant d’invites à exercer nos forces. Alors, seulement, on remonte aux fonctions dynamiques des mains, loin, profondément, dans l’inconscient de l’énergie humaine, avant les refoulements de la raison prudente. L’imagination est alors brisante ou liante, elle arrache ou elle soude. Il suffit de donner à un enfant des substances assez variées pour voir se présenter les puissances dialectiques du travail manuel. Il faut connaître ces forces premières dans les muscles du travail pour mesurer ensuite leur économie dans les œuvres réfléchies.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Un parcours serein n'est pas un parcours sans incidents, sans peines, ni drames, sans joie ou bonheur. Un parcours serein est celui que nous reconnaissons dans la matière première de notre corps. J'ouvre les yeux et le monde se façonne. Éveillé à l'envie d'explorer, à la pause choisie, à l'effort voulu, je suis cet élan. 45 ans.

bol de thé vert dans les mains Kamakura, Japon, 16 mars 2014

May 13, 2014 11:07 PM

Bricolage informatique pour le bureau

abat-jour percé Yokohama, Japon, 14 mars 2014

Alors l’homme n’est plus un simple philosophe devant l’univers, il est une force infatigable contre l’univers, contre la substance des choses.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Je cherchais un simple bureau pour mon nouveau bureau à la maison. Après avoir arpenté magasins de bricolage, magasins de meubles, antiquaires, l'élément qui semblait convenir le mieux à mes besoins se trouvait chez… Ikea. C'est donc avec peine que je me plie à l'empire marchand. Cependant Ikea à Yokohama ne fait pas de commandes à distance et se trouve à deux heures porte à porte. Comme j'avais déjà réalisé le trajet une fois pour rien, soit quatre heures de transport. Je me suis demandé s'il n'y avait pas un meilleur moyen.

Sur la page du produit. Il existe une section pour vérifier si le produit est en stock. Il existe même un lien vers une page dédiée pour les stocks. Mais celle-ci fonctionne avec un cookie définissant le lieu où l'on désire acheter. Que cela ne tienne, je lance les outils développeurs pour inspecter le contenu.

fenêtre de l'activité réseau Les ressources HTTP

Je remarque un script stockInfo.js qui comprend un parseur traitant du XML. Dans le formulaire je note également ce bout de code :

<input type="hidden"
    name="localStores"
    value="189|fukuoka:447|funabashi:486|kobe:448|kohoku:887|shinmisato:496|tsuruhama"/>

Ceci associe un code numérique et le lieu des magasins ikea au Japon. Je décide donc de récupérer le fichier XML.

http GET http://www.ikea.com/jp/en/iows/catalog/availability/30162246

qui me donne un joli fichier XML

<?xml version="1.0" ?>
<ir:ikea-rest xmlns:ir="http://www.ikea.com/v1.0" xmlns:xsi="http://www.w3.org/2001/XMLSchema-instance" xsi:schemaLocation="http://www.ikea.com/ikea-rest.xsd">
    <header>
        <requestCommand>IrwWSGetStockAvailability</requestCommand>
        <responseType>xml</responseType>
    </header>
    <actionResponse>
        <code>0</code>
        <msg>OK</msg>
    </actionResponse>
    <availability>
        <localStore buCode="448" timeZoneOffsetInMillis="32400000">
            <stock>
                <partNumber>30162246</partNumber>
                <isMultiProduct>false</isMultiProduct>
                <isSoldInStore>true</isSoldInStore>
                <isInStoreRange>true</isInStoreRange>
                <restockDate>2014-05-27</restockDate>
                <isValidForNotification>true</isValidForNotification>
                <availableStock>0</availableStock>
                <inStockProbabilityCode>LOW</inStockProbabilityCode>
                <validDate>2014-05-13</validDate>
                <forecasts>
                    <forcast>
                        <validDate>2014-05-14</validDate>
                        <dayOffset>1</dayOffset>
                        <availableStock>0</availableStock>
                        <inStockProbabilityCode>LOW</inStockProbabilityCode>
                    </forcast>
… etc.

Après inspection, je remarque que je ne suis intéressé que par le magasin de Yokohama 448|kohoku (buCode), la date du stock (validdate) et le stock disponible (availablestock).

Un script plus tard, je peux extraire les valeurs quotidiennement afin de ne pas rater le stock quand il est disponible et de prendre le premier train pour acheter l'objet voulu et payer ma rente au capitalisme.

Réflexions

Encore un moment d'amour pour le Web et me permettre de bricoler ma solution pour obtenir les données.

Encore un moment de tristesse en me disant que tout ceci est bien trop difficile pour le commun des mortels. Les données plus facilement accessibles, la possibilité de créer des points d'attaches pour permettre aux gens d'explorer visuellement les données. Par exemple, pouvoir construire un système de notifications par courrier ou message privé sans avoir à donner ses propres coordonnées au site Web.

May 13, 2014 10:10 AM

May 12, 2014

Karl Dubost

Robinson des villes

Piétons dans une rue Yokohama, Japon, 14 mars 2014

Le caractère se confirme dans des heures de solitude si favorables aux exploits imaginaires. Ces heures de totale solitude sont automatiquement des heures d’univers. L’être humain, qui quitte les hommes jusqu’au fond de ses rêveries, regarde enfin les choses. Rendu ainsi à la nature, l’homme est rendu à ses puissances transformantes, à sa fonction de transformation matérielle, si seulement il vient à la solitude non comme à une retraite loin des hommes, mais avec les forces mêmes du travail. Un des plus grands attraits du roman Robinson Crusoé c’est qu’il est le récit d’une vie laborieuse, d’une vie industrieuse.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Perdu dans l'espace de la ville, je cherche son littoral. Je veux la circonscrire, et puis y parcourir tous ses chemins. Il y a là, à ce moment même, une île où je peux déplier l'imagination, les rêveries d'une déambulation improvisée. S'enfoncer un peu plus, se perdre, comprendre et se tromper. Quelle aventure.

May 12, 2014 10:46 PM

Salade de mots

Deux produits écrits en français et anglais Tsujido, Japon, 9 mars 2014

Toujours l’imagination veut commander. Elle ne saurait se soumettre à l’être des choses. Si elle en accepte les premières images, c’est pour les modifier, les exagérer.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Le mot lointain est un mot exotique. Son contexte est défini par l'imaginaire local et non pas par l'usage distant. Ainsi les langues sont mélangées. Et cette sauce de salade est « japonaise » mais l'assaisonnement est « French. » Magie des mots et de leurs symbolismes, signes véhicule d'émotions entretenues par les clichés culturels.

May 12, 2014 01:14 PM

Une paresse voulue

Ombre de l'arbre Tsujido, Japon, 12 mars 2014

Il suffit de trouver la pâte qui substantialise cette lenteur voulue, celte lenteur rêvée, pour en exagérer encore la mollesse. L’ouvrier, poète à la main pétrissante, travaille doucement cette matière de l’élasticité paresseuse jusqu’au moment où il y découvre cette activité extraordinaire de fine liaison, cette joie tout intime des tout petits fils de matière.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Midi. Le soleil. Je prends l'assiette et les baguettes dans ma main. Je sors et ferme derrière moi la moustiquaire. Je m'assoie sur l'engawa. Je place mon visage dans l'épaisseur du soleil, lentement. Au sol, je me perds dans le méandre des ombres. Le pin tisse mon calme.

May 12, 2014 12:59 PM

May 11, 2014

Karl Dubost

L'éveil

Floraison d'arbre au dessus d'un toit Tsujido, Japon, 11 mars 2014

Alors tout est positif. Le lent n’est pas du rapide freiné. Le lent imaginé veut aussi son excès. Le lent est imaginé dans une exagération de la lenteur et l’être imaginant jouit non pas de la lenteur, mais de l’exagération du ralentissement.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Ce moment de l'année chuchotte, dans le vent, le printemps. L'éveil appelle l'envie de la précipitation lente. Une dilatation fragile et subite de l'espace et du temps dont on veut retenir l'effondrement.

May 11, 2014 11:22 PM

Le chemin à parcourir

Ruelle, la nuit avec quelques points de lumière Tsujido, Japon, 8 mars 2014

Dans ce règne, tout est acquisition, toute image est une accélération, autrement dit, l’imagination est « l’accélérateur » du psychisme. L’imagination va, systématiquement, trop vite. C’est là un caractère bien banal, si banal qu’on oublie de le signaler comme essentiel. Si l’on considérait mieux cette frange mobile des images autour de la réalité et, corrélativement, ce dépassement d’être qu’implique l’activité imaginante, on compren- drait que le psychisme humain se spécifie comme une force d’entraînement. La simple existence est alors comme en retrait, elle n’est qu’une inertie, qu’une lourdeur, qu’un résidu de passé et la fonction positive de l’imagination revient à dissiper cette somme d’habitudes inertes, à réveiller celte masse lourde, à ouvrir l’être pour de nouvelles nourritures. L’imagination est un principe de multiplication des attributs pour l’intimité des substances. Elle est aussi volonté de plus être, non point évasive, mais prodigue, non point contradictoire, mais ivre d’opposition. L’image, c’est l’être qui se différencie pour être sûr de devenir. Et c’est avec l’imagination littéraire que cette différenciation est tout de suite nette. Une image littéraire détruit les images paresseuses de la perception. L’imagination littéraire désimagine pour mieux réimaginer.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

La nuit, mes pensées marchent plus vite que mon corps. La propulsion dans l'espace est accélérée. Je suis là. Je suis là-bas. Étrange dualité.

May 11, 2014 12:46 AM

L'idée de la boue

Planches au sol sur les graviers Chigasaki, Japon, 8 mars 2014

Mais, bien entendu, la réalité matérielle nous instruit. À force de manier des matières très diverses et bien individualisées, nous pou- vons acquérir des types individualisés de souplesse et de décision. Non seulement nous devenons adroits dans la facture des formes, mais nous devenons matériellement habiles en agissant au point d’équilibrede notre force et de la résistance de la matière.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

De simples planches posées sur le sol sec, et déjà les pluies de juin s'invitent à mon chemin. Un futur humide, j'avance prudemment, l'idée de la boue sous mes pas.

May 11, 2014 12:32 AM

Parkings en commun

Vélos alignés dans un parking dédié Chigasaki, Japon, 8 mars 2014

Mais nul besoin de donner l’initiative à l’imaginant com- me le fait l’idéalisme magique. Qu’importe en effet qui commence les luttes et les dialogues, quand ces luttes et ces dialogues trouvent leur force et leur vivacité dans leur dialectique multipliée, dans leur conti- nuel rebondissement. Et notre tâche, beaucoup plus simple, consistera à montrer la joie des images dépassant la réalité.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Plutôt que les programmes dispendieux de partage de vélo organisés dans toutes les grandes villes. Je préfèrerai comme il existe au Japon des systèmes de parking à vélos. Ces parkings sont tous payants, mais aucun abonnement n'est requis. Ils sont généralement placés autour des stations de train et permettent à chacun de laisser son vélo pour la journée que l'on utilise le train ou pas. Petits, grands, à étages, avec abonnement pour les réguliers, ils permettent une beaucoup plus grande liberté de déplacement.

Quelque part, cela tient beaucoup plus d'une notion de protocole standardisé où chaque individu peut avoir le vélo de son choix et a accès quelques services de parking en bénéficiant d'un système universel. Alors que les programmes de partage de vélos sont une privatisation complète du système de vélo sous l'égide d'une marque unique. Pas de marché. Pas d'interopérabilité. Une monoculture complète.

May 11, 2014 12:18 AM

May 10, 2014

Karl Dubost

L'idée de l'océan

Panneau d'avertissement de tsunami Tokyo, Japon, 6 mars 2014

Qu’on ne s’étonne donc pas que rêver d’images matérielles — oui, simplement les rêver — c’est aussitôt tonifier la volonté. Impossible d’être distrait, absent, indifférent, quand on rêve d’une matière résistante nettement désignée. On ne saurait imaginer gratuitement une résistance.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Hier, dans les rues de Nishi-Azabu, je me dirige vers l'ambassade de Chine pour déposer une demande de visa. Sur le mur d'une école, un panneau d'avertissement donne, pour les cas de tsunami, l'altitude du lieu, environ 20 mètres. Autour de moi, ce ne sont que les immeubles et les maisons qui flottent à la surface de cette colline. Et pourtant… c'est l'idée de l'océan qui submerge.

May 10, 2014 10:55 PM

May 07, 2014

Karl Dubost

Sémantique et catégories de développeurs

mural robot avec ramen Kugennuma, Japon, 4 mai 2014

Si elle avait, déclara-t-il, composé un poème, c'eût été fort ordinaire. Mais trouver quelque chose qui convînt bien aux circonstances ! Voilà qui était difficile !

Sei Shonagon, Notes de chevet.

Hier dans le billet sur les carnets Web statiques, je mentionnais je me demande d'ailleurs si cela représente des catégories de développeurs pour la compréhension et la bonne utilisation de REST et du Web sémantique. Ce qui en retour provoqua une question sur IRC afin que je précise ma pensée. Rien de bien magique cependant.

Prenons Chisel, celui-ci n'a pas de class mais une liste de fonctions. On remarque que l'intérêt est la mécanique de gestion du carnet.

→ egrep "^\s*def|^\s*class" ./chisel/chisel.py
def step(func):
    def wrapper(*args, **kwargs):
def get_tree(source):
def compare_entries(x, y):
def write_file(url, data):
def generate_homepage(f, e):
def generate_rss(f, e):
def master_archive(f, e):
def detail_pages(f, e):
def main():

Un autre ? reprise

→ egrep "^\s*def|^\s*class" ./reprise/reprise.py
def _markdown(content):
def read_and_parse_entries():
def generate_index(entries, template):
def generate_tag_indices(entries, template):
def generate_details(entries, template):
def generate_404(template):
def generate_style(css):
def generate_atom(entries, feed_url):
def write_file(file_name, contents):
def slugify(str):
def atom_id(entry=None):
def rfc3339(date):
def get_templates():

Anatolik

→ egrep "^\s*def|^\s*class" ./anatolik/anatolik/anatolik.py
def parse_files():
def parse_posts():
def parse_layouts():
def render():
def create_output():
def usage():
def main():

Frozn

→ egrep "^\s*def|^\s*class" ./frozn/frozn/builder/*.py
./frozn/frozn/builder/exceptions.py:class NoRootDirectory(Exception):
./frozn/frozn/builder/extensions.py:class CodeBlock(Extension):
./frozn/frozn/builder/extensions.py:    def parse(self, parser):
./frozn/frozn/builder/extensions.py:class MarkDown(Extension):
./frozn/frozn/builder/extensions.py:    def parse(self, parser):
./frozn/frozn/builder/site.py:class FroznBase(object):
./frozn/frozn/builder/site.py:    def __init__(self,
./frozn/frozn/builder/site.py:class Site(FroznBase):
./frozn/frozn/builder/site.py:    def _load_config(self):
./frozn/frozn/builder/site.py:    def _initialize_environment(self):
./frozn/frozn/builder/site.py:    def _get_content(self):
./frozn/frozn/builder/site.py:    def _render(self):
./frozn/frozn/builder/site.py:    def _write(self):
./frozn/frozn/builder/site.py:    def _write_file(self, file_object, directory):
./frozn/frozn/builder/site.py:    def build(self):
./frozn/frozn/builder/site.py:class Create(FroznBase):
./frozn/frozn/builder/site.py:    def post(self,
./frozn/frozn/builder/site.py:class Directory(object):
./frozn/frozn/builder/site.py:    def reset_deploy_directory(self):
./frozn/frozn/builder/utils.py:def slugify(value):

Ghostwriter

→ egrep "^\s*def|^\s*class" ./GhostWriter/blog.py
class GhostWriter(object):
    def __init__(self):
    def load(self, stored, location):
    def gen_page(self, templateName, outputName, content):
    def gen_pages(self, templateName, outputName, items):

jasmine

→ egrep "^\s*def|^\s*class" ./jasmine/main.py
def init_jinja_env(*dirs):
def init_global_render_params(infos):
def get_global_render_params():
def write_file(fpath, data):
def collect_blog_infos(input_dir):
def render_jinja(template, data={}):
def render_content(fpath):
def create_blogs(posts, output_dir):
def parse_tags(infos):
def create_tags(infos, output_dir):
def parse_archives(infos):
def create_archives(infos, output_dir):
def create_index(infos, output_dir):
def create_about(output_dir):
def copy_static(input_dir, output_dir):
def main(input_dir, output_dir):
def get_optparse():

Dans cb5, on peut voir émerger la notion de sémantique du carnet par l'introduction d'un class Post.

→ egrep "^\s*def|^\s*class" ./cb5/cb5
class Post(object):
    def __init__(self, filename, mtime):
    def rel_url(self, datadir):
    def get_mtime(self):
    def gen_markup(self):
class Cb5(object):
    def __init__(self, config_file):
    def load_posts(self):
    def gen_rss(self):
    def gen_html(self):
    def gen_archives(self):
    def gen(self):
def main():

Et igor semble beaucoup plus proche de la description d'un carnet Web avec une mise en pratique de la sémantique.

./igor/igor/config.py:class Config(object):
./igor/igor/config.py:    defaults = {
./igor/igor/config.py:    def __init__(self, source, destination=""):
./igor/igor/config.py:    def data(self):
./igor/igor/config.py:    def abspath(self, p):
./igor/igor/config.py:    def read(self, filename):
./igor/igor/config.py:    def write(self, filename):
./igor/igor/documents.py:def find_document(docs, slug):
./igor/igor/documents.py:class Document(object):
./igor/igor/documents.py:    def __init__(self, slug):
./igor/igor/documents.py:    def publish_directory(self):
./igor/igor/documents.py:    def __repr__(self):
./igor/igor/documents.py:class TextFile(object):
./igor/igor/documents.py:    def __init__(self, file_path):
./igor/igor/documents.py:    def pop_section(self, lines):
./igor/igor/documents.py:    def parse_time(self, time):
./igor/igor/documents.py:    def parse_headers(self, header):
./igor/igor/documents.py:    def parse(self, contents):
./igor/igor/documents.py:    def read(self, file_path, force=False):
./igor/igor/documents.py:    def write(self):
./igor/igor/documents.py:def make_post(file_path, project_path, vcs_type=None):
./igor/igor/documents.py:class Post(Document):
./igor/igor/documents.py:    def __init__(self, file_path, extra_data={}):
./igor/igor/documents.py:    def markup(self):
./igor/igor/documents.py:    def summary(self, length):
./igor/igor/documents.py:    def date(self):
./igor/igor/documents.py:    def author(self):
./igor/igor/documents.py:    def author_email(self):
./igor/igor/documents.py:    def publish_directory(self, date_format = "%Y/%m/%d"):
./igor/igor/documents.py:    def __cmp__(self, p2):
./igor/igor/documents.py:class Collection(Document):
./igor/igor/documents.py:    def __init__(self, posts):
./igor/igor/documents.py:class HomePage(Collection):
./igor/igor/documents.py:class Feed(Collection):
./igor/igor/documents.py:class Archive(Collection):
./igor/igor/documents.py:    def __init__(self, posts):
./igor/igor/documents.py:    def publish_directory(self):
./igor/igor/documents.py:    def organize_by_date(self, posts):
./igor/igor/documents.py:    def flatten_org(self):
./igor/igor/markup.py:def register(cls, extensions):
./igor/igor/markup.py:class MarkupProcessor(object):
./igor/igor/markup.py:    def __init__(self, content):
./igor/igor/markup.py:    def process(self):
./igor/igor/markup.py:class NullProcessor(MarkupProcessor):
./igor/igor/markup.py:    def process(self):
./igor/igor/markup.py:class MarkdownProcessor(MarkupProcessor):
./igor/igor/markup.py:    def process(self):
./igor/igor/markup.py:class TextileProcessor(MarkupProcessor):
./igor/igor/markup.py:    def process(self):
./igor/igor/markup.py:def markup(extension):
./igor/igor/markup.py:    def process(content):
./igor/igor/markup.py:def extensions():
./igor/igor/publisher.py:class Publisher(object):
./igor/igor/publisher.py:    def __init__(self, documents, destination, templates_dir, context={}):
./igor/igor/publisher.py:    def prepare_dir(self, dir, rebuild=False):
./igor/igor/publisher.py:    def environment(self, functions=[], filters=[], context={}):
./igor/igor/publisher.py:    def publish_document(self, doc):
./igor/igor/publisher.py:    def publish(self):
./igor/igor/rfc3339.py:def _timezone(utcoffset):
./igor/igor/rfc3339.py:def _timedelta_to_seconds(timedelta):
./igor/igor/rfc3339.py:def _utc_offset(date, use_system_timezone):
./igor/igor/rfc3339.py:def _utc_string(d):
./igor/igor/rfc3339.py:def rfc3339(date, utc=False, use_system_timezone=True):
./igor/igor/rfc3339.py:class LocalTimeTestCase(unittest.TestCase):
./igor/igor/rfc3339.py:    def setUp(self):
./igor/igor/rfc3339.py:    def test_datetime(self):
./igor/igor/rfc3339.py:    def test_datetime_timezone(self):
./igor/igor/rfc3339.py:        class FixedNoDst(datetime.tzinfo):
./igor/igor/rfc3339.py:            def utcoffset(self, dt):
./igor/igor/rfc3339.py:            def dst(self, dt):
./igor/igor/rfc3339.py:        class Fixed(FixedNoDst):
./igor/igor/rfc3339.py:            def dst(self, dt):
./igor/igor/rfc3339.py:    def test_datetime_utc(self):
./igor/igor/rfc3339.py:    def test_date(self):
./igor/igor/rfc3339.py:    def test_date_utc(self):
./igor/igor/rfc3339.py:    def test_timestamp(self):
./igor/igor/rfc3339.py:    def test_timestamp_utc(self):
./igor/igor/template_tools.py:def date(value, format='%H:%M / %d-%m-%Y'):
./igor/igor/template_tools.py:def rfc_date(value):
./igor/igor/template_tools.py:def join(base, ext):
./igor/igor/template_tools.py:def link_to(env, slug):
./igor/igor/template_tools.py:def now():
./igor/igor/template_tools.py:def tag_uri(env, post):
./igor/igor/template_tools.py:def render_template(env, template_path, context={}):
./igor/igor/tools.py:def find_files(start_path, extensions=[".txt"]):
./igor/igor/tools.py:def make_posts(start_path, prefix, extensions=[".txt"]):
./igor/igor/tools.py:    def make_post(f):
./igor/igor/tools.py:def copy_supporting_files(start_path, destination):
./igor/igor/tools.py:def publish(source, destination=""):
./igor/igor/tools.py:def init(destination):
./igor/igor/tools.py:                                default_flow_style=False)
./igor/igor/utils.py:def slugify(string):
./igor/igor/utils.py:def hidden(p):
./igor/igor/utils.py:def relpath(long_path, base_path):
./igor/igor/utils.py:def copy_tree(source, destination):
./igor/igor/utils.py:def copy_file(source, destination):
./igor/igor/utils.py:def filter_dirs(source, filter):
./igor/igor/utils.py:def list_dirs(source):
./igor/igor/utils.py:def list_files(source):

lilac, un autre clairement orienté vers la sémantique d'un carnet.

→ egrep "^\s*def|^\s*class" ./lilac/lilac/*.py
./lilac/lilac/cli.py:def task(task_func):
./lilac/lilac/cli.py:    def wrapper(*args, **kwargs):
./lilac/lilac/cli.py:def deploy():
./lilac/lilac/cli.py:def clean():
./lilac/lilac/cli.py:def main():
./lilac/lilac/config.py:class Config(object):
./lilac/lilac/config.py:    default = {
./lilac/lilac/config.py:    def read(self):
./lilac/lilac/daemon.py:class Daemon(object):
./lilac/lilac/daemon.py:    def __init__(self, pidfile, stdin=os.devnull, stdout=os.devnull, stderr=os.devnull, home_dir='.', umask=022, verbose=1):
./lilac/lilac/daemon.py:    def daemonize(self):
./lilac/lilac/daemon.py:        def sigtermhandler(signum, frame):
./lilac/lilac/daemon.py:    def delpid(self):
./lilac/lilac/daemon.py:    def start(self, *args, **kwargs):
./lilac/lilac/daemon.py:    def stop(self):
./lilac/lilac/daemon.py:    def restart(self):
./lilac/lilac/daemon.py:    def status(self):
./lilac/lilac/daemon.py:    def run(self):
./lilac/lilac/daemon.py:class LilacDaemon(Daemon):
./lilac/lilac/daemon.py:    def run(self):
./lilac/lilac/exceptions.py:class LilacException(Exception):
./lilac/lilac/exceptions.py:class SourceDirectoryNotFound(LilacException):
./lilac/lilac/exceptions.py:class ParseException(LilacException):
./lilac/lilac/exceptions.py:class RenderException(LilacException):
./lilac/lilac/exceptions.py:class SeparatorNotFound(ParseException):
./lilac/lilac/exceptions.py:class PostDateTimeNotFound(ParseException):
./lilac/lilac/exceptions.py:class PostTitleNotFound(ParseException):
./lilac/lilac/exceptions.py:class PostDateTimeInvalid(ParseException):
./lilac/lilac/exceptions.py:class PostTagsTypeInvalid(ParseException):
./lilac/lilac/exceptions.py:class PostHeaderSyntaxError(ParseException):
./lilac/lilac/exceptions.py:class ConfigSyntaxError(LilacException):
./lilac/lilac/exceptions.py:class JinjaTemplateNotFound(RenderException):
./lilac/lilac/generator.py:class Generator(object):
./lilac/lilac/generator.py:    def __init__(self):
./lilac/lilac/generator.py:    def reset(self):
./lilac/lilac/generator.py:    def register_signals(self):
./lilac/lilac/generator.py:    def step(step_method):
./lilac/lilac/generator.py:        def wrapper(self, *args, **kwargs):
./lilac/lilac/generator.py:    def initialize(self, localhost):
./lilac/lilac/generator.py:    def re_generate(self, localhost):
./lilac/lilac/generator.py:    def parse_posts(self, sender):
./lilac/lilac/generator.py:    def extract_tags(self, sender):
./lilac/lilac/generator.py:    def compose_pages(self, sender):
./lilac/lilac/generator.py:    def render_to(self, path, template, **data):
./lilac/lilac/generator.py:    def render_posts(self, sender):
./lilac/lilac/generator.py:    def render_tags(self, sender):
./lilac/lilac/generator.py:    def render_pages(self, sender):
./lilac/lilac/generator.py:    def render_archives(self, sender):
./lilac/lilac/generator.py:    def render_about_page(self, sender):
./lilac/lilac/generator.py:    def generate_feed(self, sender):
./lilac/lilac/generator.py:    def render_page_404(self, sender):
./lilac/lilac/logger.py:class ColoredFormatter(Formatter):
./lilac/lilac/logger.py:    def format(self, record):
./lilac/lilac/models.py:class Blog(object):
./lilac/lilac/models.py:    def __init__(self, name=None, description=None, url=None, theme=None):
./lilac/lilac/models.py:class Author(object):
./lilac/lilac/models.py:    def __init__(self, name=None, email=None):
./lilac/lilac/models.py:    def gravatar_id(self):
./lilac/lilac/models.py:class Post(object):
./lilac/lilac/models.py:    def __init__(
./lilac/lilac/models.py:    def html(self):
./lilac/lilac/models.py:    def __getattr__(self, key):
./lilac/lilac/models.py:    def slice(self, start=0, end=200):
./lilac/lilac/models.py:    def src(self):
./lilac/lilac/models.py:    def out(self):
./lilac/lilac/models.py:    def glob_src_files(cls):
./lilac/lilac/models.py:class Tag(object):
./lilac/lilac/models.py:    def __init__(self, name=None, posts=None):
./lilac/lilac/models.py:    def out(self):
./lilac/lilac/models.py:class Page(object):
./lilac/lilac/models.py:    def __init__(self, number=1, posts=None, first=False, last=False):
./lilac/lilac/models.py:    def out(self):
./lilac/lilac/models.py:class About(object):
./lilac/lilac/models.py:    def __init__(self, markdown=None):
./lilac/lilac/models.py:    def html(self):
./lilac/lilac/models.py:    def content(self):
./lilac/lilac/models.py:class Tags(object):
./lilac/lilac/models.py:    def __init__(self):
./lilac/lilac/models.py:class Archives(object):
./lilac/lilac/models.py:    def __init__(self):
./lilac/lilac/models.py:class Feed(object):
./lilac/lilac/models.py:    def __init__(self, feed=None):
./lilac/lilac/models.py:    def write(self):
./lilac/lilac/models.py:class Page404(object):
./lilac/lilac/models.py:    def __init__(self):
./lilac/lilac/parser.py:class ColorRender(HtmlRenderer, SmartyPants):
./lilac/lilac/parser.py:    def _code_no_lexer(self, text):
./lilac/lilac/parser.py:    def block_code(self, text, lang):
./lilac/lilac/parser.py:class Parser(object):
./lilac/lilac/parser.py:    def __init__(self):
./lilac/lilac/parser.py:    def parse(self, source):
./lilac/lilac/parser.py:    def parse_from(self, filepath):
./lilac/lilac/renderer.py:class Renderer(object):
./lilac/lilac/renderer.py:    def initialize(self, templates_path, global_data):
./lilac/lilac/renderer.py:    def render(self, template, **data):
./lilac/lilac/renderer.py:    def render_to(self, path, template, **data):
./lilac/lilac/server.py:class Handler(SimpleHTTPRequestHandler):
./lilac/lilac/server.py:    def log_message(self, format, *args):
./lilac/lilac/server.py:class MultiThreadedHTTPServer(ThreadingMixIn, HTTPServer):
./lilac/lilac/server.py:class Server(object):
./lilac/lilac/server.py:    def __init__(self):
./lilac/lilac/server.py:    def run_server(self, port=8888):
./lilac/lilac/server.py:    def get_files_stat(self):
./lilac/lilac/server.py:    def watch_files(self):
./lilac/lilac/server.py:    def run(self, watch=False, port=8888):
./lilac/lilac/server.py:    def shutdown_server(self):
./lilac/lilac/server.py:    def shutdown_watcher(self):
./lilac/lilac/utils.py:def chunks(lst, number):
./lilac/lilac/utils.py:def update_nested_dict(a, b):
./lilac/lilac/utils.py:def mkdir_p(path):
./lilac/lilac/utils.py:def join(*p):
./lilac/lilac/utils.py:class Color(object):
./lilac/lilac/utils.py:    def colored(self, text, color=None):

Ce que je voulais exprimer hier, c'est que certains conceptualisent leur outil comme un gestionnaire des actions pour générer et gérer des fichiers dans des répertoires, alors que d'autres gèrent en plus de la mécanique, la partie conceptuelle (sémantique) de ce que représente un carnet Web : site, billet, auteur.

Ma question maladroite d'hier est de savoir si les développeurs dont le code est plus riche en sémantique ont plus de chances de concevoir des APIs hypermedias et/ou de mieux comprendre les notions du Web sémantique.

May 07, 2014 11:35 PM

May 06, 2014

Karl Dubost

Carnets Web, fait-maison

intérieur de maison japonaise Oiso, Japon, 26 avril 2014

La maison était rustique et très simple.

Sei Shonagon, Notes de chevet.

De nombreux développeurs aiment utiliser leur propre système pour gérer leur contenu. Il y a surement quelque chose qui tient de ces jardins individuels où l'on définit ses propres contraintes. Le carnet Web de La Grange n'échappe pas à la règle. La recherche blog static pour python donne de nombreux résultats. Certaines caractérisques de ces résultats une fois que l'on soustrait toutes les personnes qui utilisent Pelican et même juste leur code en ligne.

  • Markdown est le format le plus courant pour tous ces systèmes.
  • Jinja2 est souvent utilisé pour le format de gabarit.
  • Pygment est souvent utilisé pour la mise en forme de la syntaxe des éléments de code dans les billets.
  • Ils utilisent tous un système « brutal » de génération totale du site à chaque mise à jour (à la place de ne générer que les pages mises à jour).
  • Ils ne séparent pas la gestion du contenu et la gestion du temps : gabarit global, http cache non géré proprement.
  • Deux grandes catégories dans le code utilisé pour définir les class (si défini) :
    • La sémantique (carnet, billet, auteur, etc.) : Les objets manipulés ont un sens proche du contenu.
    • La mécanique (site, page, publication) : Le code ne gère que la mécanique de gestion de publication sur la génération.
    Hors sujet pour ce billet, je me demande d'ailleurs si cela représente des catégories de développeurs pour la compréhension et la bonne utilisation de REST et du Web sémantique.
  • La volonté exprimée d'être court et simple, une fierté sur la compacité du code.
  • Certains projets embarquent un serveur local pour tester le site avant de placer les pages Web sur un serveur.

Pour la plupart des projets, le code ne sert qu'au créateur du code. Mais certains projets sont populaires et utilisés par une communauté : Pelican (celui que j'utilise pour Otsukare et je regrette), Nikola, Blogofile (abandonné ?), Liquidluck (abandonné ?), rux, acrylamid. Mais ces projets ne sont pas toujours les plus intéressants. Et comme ils sont devenus populaires, ils sont devenus plus complexes et ont perdu leur simplicité.

May 06, 2014 11:20 PM