Planète Web Sémantique

August 26, 2014

David Larlet

Un web omni-présent

Intervention donnée lors des Rencontres de Lure, avec pour thème CHEMINS DE FAIRE, ACTIVER LA PAGE BLANCHE // Traverse. 1h et un public inconnu, bien éloigné de ma zone de confort…

J’ai emprunté plusieurs chemins de traverse au cours de ma vie. Le premier a été de passer de la biologie à l’informatique et plus particulièrement au web. Puis j’ai assez rapidement décidé de travailler à mon compte pour avoir plus de liberté. Je suis ensuite allé au Japon pendant un an pour explorer une nouvelle culture, d’autres modes de vie et de pensée. Et enfin j’ai co-créé une SCOP de retour en France il y a 2 ans. Chacune de ces expériences a été l’occasion de repartir d’une page blanche. Ou presque. De faire en sorte que mon passé et ma culture soient des acteurs de nouvelles interactions dans de nouveaux domaines.

En découvrant le web, j’ai exploré un monde de relations qui n’était finalement pas si éloigné de la biologie. En découvrant la vie de freelance, j’ai pris conscience des enjeux et des responsabilités qui incombent à un chef d’entreprise, chaque client devenant un petit patron. En découvrant le Japon, j’ai appris à apprécier les singularités de la culture française. En découvrant la collaboration, j’ai été confronté aux difficultés d’une approche démocratique.

Aujourd’hui, on expérimente avec scopyleft l’activation de la page blanche des autres pour arriver ensemble à produire le plus de valeur. On a essayé l’agilité avant de se rendre compte qu’il fallait travailler en amont même des projets en s’inspirant des méthodes du Lean Startup (et notamment du Lean Canvas). La vérification de la pertinence d’une idée peut être obtenue avant même de plonger dans la technique à travers des interviews ou des « produits embryons ».

Je me représente le web comme cet univers en expansion. On en définit mal les contours — on sait qu’il s’agit d’amas d’amas de galaxies — que l’on se représente plus ou moins sphérique. Parmi cette multitude d’étoiles, des planètes se sont formées et certaines se trouvent être à des conditions de pression et de température favorables à l’apparition de rencontres. J’ai l’impression d’être un astéroïde qui a atterri par hasard sur la planète des Rencontres de Lure. Afin que l’on partage un vocabulaire commun, j’ai posé 3 questions pour que l’on puisse échanger durant l’heure qui a suivi :

  • Quels sont ceux d’entre vous qui travaillent dans le web ?
  • Quels sont ceux parmi vous qui codent pour le web (html, css, js) ?
  • Quels sont ceux qui ont un compte Facebook ? Twitter ? Gmail ?

Un web

The problem with a centralized web is that the few points of control attract some unsavory characters. […] It’s not just possible, but fairly common for someone to visit a Google website from a Google device, using Google DNS servers and a Google browser on the way.

The Internet With A Human Face

On appelle souvent le web « la toile » ce qui lui donne une représentation concentrique avec l’araignée généralement au centre. C’est une assez mauvaise image du web originel, malheureusement cette métaphore tend à se rapprocher du web actuel. Nous sommes partis d’un web plus ou moins acentré pour arriver à un web qui ressemble à une télévision sur lequel on zappe entre 6 onglets (Google, Facebook, Twitter, Instagram, Wikipedia, Amazon). Cette position donne à ces monopoles une situation préoccupante à triple titre :

  • Ils peuvent fragmenter le web. Certains contenus, certaines données, ne deviennent accessibles qu’en faisant partie de la plateforme. En publiant sur ces sites, vous êtes acteurs de cette fragmentation sous couvert d’élitisme/snobisme.
  • Ils peuvent filtrer le web. Les algorithmes mis en place pour vous afficher les contenus de manière pertinente sont des œillères dangereuses. En ne consultant que ces sources d’information vous devenez prisonniers de bulles de complaisance bien lisses.
  • Ils peuvent monétiser le web. À partir de vos données, de vos relations, de vos interactions, de vos simples explorations. Votre profil prend de la valeur si vous êtes malade, si vous êtes dépensier, si vous tombez enceinte !

Les amas de galaxies dont je parlais en introduction s’agrègent et perdent de leur hétérogénéité. Comment évoluera un réseau en pair à pair avec de telles inégalités entre les pairs ?

On assiste également à une app-ification du web qui sous couvert de simplicité transforme vos interactions à travers le réseau en passant par des boîtes noires qui n’ont plus ni la simplicité des technologies web, ni la lisibilité de leur code.

La diversité sur le web se réduit à tel point qu’une page personnelle vous fait aujourd’hui passer pour un marginal. Voire un suspect ?

Omni

Le coût de la surveillance est beaucoup trop bas.

Lettre aux barbus, Laurent Chemla

On parle beaucoup d’Internet of Things, de Quantified Self ou d’OpenData avec l’idée derrière tout cela que beaucoup de données (Big Data — BINGO!) vont transiter entre nous, nos objets et notre environnement au sens large pour enrichir des hipsters de la silicon valley nous simplifier la vie.

Malheureusement ce dont on s’est aperçu avec Snowden et depuis, c’est que ces données servent surtout à nous tracer à grande échelle. Cette surveillance généralisée est préoccupante pour 3 raisons :

  • Perte de confiance dans le politique. C’était déjà pas la joie mais alors là c’est à vous faire douter de votre intérêt pour la citoyenneté. Les acteurs en puissance ont tout à gagner à ce qu’on les laisse s’amuser entre eux. Mais ce n’est plus de la démocratie…
  • Sentiment d’insécurité et lissage de l’opinion. Si chaque citoyen devient suspect, il faut se fondre dans la masse. Pour tromper les algorithmes, pour tromper les (futurs) drones, pour finir par se tromper soi-même. Et lorsqu’on s’est suffisamment conformé au moule on tape sur la minorité voisine pour évacuer son stress et se sentir vivant. Ou on retweete une cause vraiment juste… mais passagère aussi.
  • Renoncement à une vie privée numérique. Puisque plus rien ne marche, autant vivre avec et arrêter d’essayer de se battre contre des moulins. De toute façon ceux qui ont peur doivent bien avoir quelque chose à cacher ? Ou peut-être que l’on a envie d’un web intime, d’un web qui autorise les erreurs, d’un web qui dénonce les injustices ?

Devant cette surveillance généralisée, pour vivre heureux vivons submergés ?

Présent

Seven generation sustainability is an ecological concept that urges the current generation of humans to live sustainably and work for the benefit of the seventh generation into the future.

Great Law of the Iroquois

Internet n’oublie jamais. On a tous entendu cet adage qui est pourtant relativement faux. Des pages, des photos, des données disparaissent tous les jours. Lorsqu’un service ferme ce sont des milliers, voire des millions de comptes qui sont perdus. J’ai d’ailleurs appelé cela un datacide lorsque l’on assiste à un génocide de données. Cela peut avoir des effets bénéfiques et l’on pense bien évidemment au droit à l’oubli mais le problème est qu’Internet n’agit pas comme une souvenance — la façon dont on se souvient de ce que l’on a vécu — mais comme un journal de bord à moitié effacé. On ne choisit pas ce qui est conservé, on le subit.

Face à cette culpabilité numérique on en vient à une sorte d’exhibitionnisme numérique : plus je publie et moins les choses que je souhaite cacher seront visibles. On obtient des flux sans réflexion, sans espoir d’archivage, sans aucun contrôle. Le lâcher-prise sur ses interactions en ligne est symptomatique d’une inconscience généralisée de l’usage qui peut en être fait.

Ouf ! On a survécu à l’introduction un peu déprimante (j’ai réussi à plomber l’ambiance de typographes — huhu). Si l’on analyse chacun des points de ce web omni-présent, on constate qu’il y a principalement un problème de confort. Le web se fragmente car on ne prend pas la peine d’avoir son propre serveur, se surveille massivement car on est paresseux sur le chiffrement et disparait car l’on n’a pas envie de se soucier de ses traces numériques. Quelles pistes non techniques pour un web plus sain ?

Pistes

Militer

Le militantisme peut avoir un impact s’il est pratiqué à large échelle. La force du web est de pouvoir transmettre et propager des informations très rapidement. Il faut se servir de cet outil à bon escient !

Déconnecter

Je vais prendre mon exemple : je n’ai pas de compte Facebook, j’ai fait plusieurs diètes de tweets, je n’ai plus de smartphone. C’est certainement extrême mais je n’en suis pas mort numériquement pour autant. Je me porte même plutôt mieux depuis. S’interroger sur ses usages permet de prendre conscience de ce qui a vraiment de la valeur.

Innover localement

Je fonde beaucoup d’espoirs dans les initiatives locales. De nombreux projets sont en gestation et se développent autour de petites communautés de façon décentralisée. Une façon de s’adapter à la culture locale, de recréer une sorte d’intimité numérique.

Éduquer

Cette dynamique d’ouverture ne se fera pas sans éducation. Pas seulement auprès des enfants, on n’a malheureusement pas le luxe d’attendre que les nouvelles générations représentent la majorité. Il faudrait une éducation citoyenne de masse, 100 personnes aujourd’hui qui transmettront demain à 1000 autres ? ;-)

Se réapproprier

En utilisant des outils conviviaux tels que les défini Ivan Illich :

  • ne doit pas dégrader l’autonomie personnelle en se rendant indispensable
  • ne suscite ni esclave, ni maître
  • élargit le rayon d’action personnel

Il est temps de se réapproprier ses savoirs pour être à même de réacquérir son autonomie et en offrir à d’autres.

La concentration de galaxies est à l’origine d’une augmentation de la température qui se termine généralement en trous noirs. Quels autres leviers avons-nous pour éviter que le web ne soit aspiré par ces trous noirs ? J’ai démarré le discussion avec cette citation :

Il faut choisir, se reposer ou être libre.

Thucydide, ~2400 av. Facebook

Discussion

Questions techniques

Beaucoup de discussions sur la faisabilité technique d’une telle surveillance. Si l’on fait un premier point sur l’affaire Snowden, le constat est on ne peut plus limpide. C’est même pire après tout ce qui a été découvert depuis…

Questions sur la peur

On m’a demandé de quoi est-ce que j’avais peur, ressortant le fameux Nothing to hide, nothing to fear. Je n’ai pas peur, je m’interroge sur un constat et sur ma participation indirecte à la situation actuelle en étant acteur de ce système. J’explore des solutions et je vais en chercher dans des lieux comme les rencontres de Lure pour y retrouver une certaine naïveté technique et une expérience vieille de quelques millénaires.

Solutions techniques

Il m’a quand même été demandé de donner quelques solutions techniques. Voici des propositions :

Ces 4 points sont très basiques, vous pouvez ensuite vous pencher sur des solutions comme les réseaux privés virtuels (VPN) ou Tor pour aller plus loin.

Le web est une invention précieuse, préservons son graphe : ses liens et ses données.

August 26, 2014 11:00 AM

August 25, 2014

Karl Dubost

Les bas bleus, version japonaise

Visage de femme et couteau Eros Plus Massacre

Les « femmes nouvelles » désirent maintenant la force. Elles veulent avoir la force nécessaire à l’accomplissement de la vocation de leur soi (jiko), elles veulent la force pour apprendre de nouvelles choses, pour se cultiver (shūyō), pour grandir et pour surmonter leurs angoisses.

Raichō Hiratsuka, évolution de la morale sexuelle : Ellen Key, Seitō, août 1913.

Seitō (青鞜), les bas bleus, est un magazine féministe japonais créé en 1911 par Raichō Hiratsuka. Je l'ai découvert aujourd'hui dans un article de la revue Ebisu consacrée au magazine Seitō et notamment cet article, Quand les femmes parlent d’amour… : le discours sur l’amour dans Seitō. Cette phrase de Raichō pour le premier numéro du magazine : Et à l'origine, la femme était le soleil. Plonger dans la littérature et les œuvres des artistes du siècle passé permet souvent de prendre recul face aux stigmates de nos sociétés modernes. Il y a ainsi ce groupe de jeunes femmes passionnées écrivant essai et poésie imaginant l'amour, leur amour avec des opinions différentes mais l'imaginant tout de même. Ce premier pas là de la projection dans un avenir désiré est tout aussi important que celui de la réalisation. Lorsque nous cessons de nous projeter dans le lieu que l'on voudrait réaliser, nous cessons en quelque sorte d'exister. Nous abandonnons.

Raichō Hiratsuka a lu les féministes européennes pendant ses années d'université. La censure d'état bien sûr viendra remettre en question les mots choisis par Raicho et ces femmes qui l'accompagnent dans l'aventure. On y parle d'avortements, de prostitution, d'amour, de maternité. Elle mourût en 1971 après avoir milité après guerre pour le Pacifisme au Japon.

Noe Ito, l'une des éditrices du journal sera interprétée au cinéma par Mariko Okada dans Eros Plus Massacre de Yoshishige Yoshida. Noe Ito, féministe anarchiste, a eu une relation passionnée avec Sakae Osugi, un anarchiste japonais. Elle fût battue à mort par la police militaire après le grand tremblement de terre du Kanto en 1923. Elle avait 28 ans.

Elles ne sont, bien sûr, pas seules. Un groupe de femmes a participé à ce magazine, y compris Chieko Takamura pour les illustrations et le design du magazine.

Groupe de femmes Nouvel an, les membres du magazine Seitō

Quelques références

August 25, 2014 11:39 AM

August 24, 2014

Karl Dubost

Les URLs se cachent pour mourir

Végétation au pied d'un mur Tsujido, 22 juin 2014

Mon âme, aimez la vie, auguste, âpre ou facile,
Aimez tout le labeur et tout l'effort humains,
Que la vérité soit, vivace entre vos mains,
Une lampe toujours par vos soins pleine d'huile.

Anna de Noailles, Voix intérieure.

Doit-on cacher ou pas les URLs ? Quel est le sens de leur lisibilité ? Et pourquoi certains ont peur qu'elles disparaissent de l'interface des navigateurs ?

J'hésite à entrer dans le débat car je suis partagé et ceci depuis très longtemps : Dès que cette adresse fut mémorisable, elle devint un outil de communication important. Aurions-nous maintenant cette guerre des noms de domaine si ceux-ci avaient été cachés ? Imaginez une seconde que tout ceci fût caché.. J'ai l'impression que nos réactions de peur face à l'opacité des URLs est révélateur d'une crainte différente. Ce n'est pas l'URL qui est en jeu, mais la domination et la prévalence d'un certain type d'architecture. Et peut-être, grands Don Quichotte que nous sommes nous nous lançons contre des moulins à vent, plutôt que les vrais enjeux dont le Web est construit aujourd'hui : hypercentralisé.

Réactions :

August 24, 2014 09:15 PM

Les vieilles façades de la Presse en France

Palissade de tole ondulée Tsujido, 22 juin 2014

Enquêtes, enquêtes,
Seront l'unique fête !
Qui m'en défie ?
J'entasse sur mon lit, les journaux linge sale,
Dessins de mode, photographies quelconques,
Toute la capitale,
Matrice sociale.

Jules Laforgue, Simple agonie.

Webarchive est un bel outil pour aller explorer la rouille du Web, puisque tous ces sites ne conservent pas leur histoire visuelle.

Page d'accueil avant et maintenant Le Figaro
Page d'accueil avant et maintenant L'Humanité
Page d'accueil avant et maintenant Le Monde
Page d'accueil avant et maintenant Libération

August 24, 2014 02:22 PM

August 22, 2014

Karl Dubost

Ce soir, après l'école, je…

Homme utilisant un ordinateur dans la rue Ho Chi Minh, Vietnam, 14 juin 2014

Ami, je n'ai Laquais, ni Page,
Qui bien sût faire mon message,
Ne telle chose raconter
Que me sens au cerveau monter
En cette plaine, et bel espace.

Pernette du Guillet, Coq à l'âne.

À chaque génération, les personnes communiquent avec les outils du moment. Les enfants reviennent de l'école

1970… Ce soir, après l'école, je passe chez toi.

1980… Ce soir, après l'école, je te téléphone. (poste fixe, communication à l'unité, parents qui râlent)

1990… Ce soir, après l'école, je t'envoie un « pocketberu. » (message texte sur le beeper)

2000… Ce soir, après l'école, je t'envoie un message texte sur ton mobile. (message texte sur le PHS)

2005… Ce soir, après l'école, je t'envoie un message texte sur Mixi.

Et aujourd'hui dans la rue… deux élèves se quittent. 2014… « Ce soir, après l'école, je t'envoie un message texte sur Line. »

August 22, 2014 01:15 PM

Fausse citation : H.G. Wells

tête de dragon émergeant de l'eau Ho Chi Minh, Vietnam, 14 juin 2014

Le savoir n'aurait donc aucun charme puissant
S'il n'était pas suivi d'un triomphe brillant,
Et tu lui préféras une vaine fumée,
Qui n'est pas la solide et bonne renommée
Sans compter direz-vous combien il est flatteur
D'entendre murmurer : C'est lui, ce grand auteur,
D'entendre le publie en citer des passages,
Et même après la mort admirer ses ouvrages ;

Gérard de Nerval, Les écrivains.

Encore une autre vraie fausse citation, après Proust et celle de Saint-Exupéry, voici un tweet de Ilya Grigorik

"statistical thinking will be one day as necessary for efficient citizenship as the ability to read and write" - H.G. Wells… yes, please!

Ilya Grigorik.

Curieux, je me suis demandé d'où la citation provenait sans succès. Finalement, un site Web m'a donné la clé du mystère. La citation exacte est « Statistical thinking will one day be as necessary for efficient citizenship as the ability to read and write! » L'auteur est Samuel S. Wilks (1906 - 1964), un mathématicien en statistique. La phrase est extraite d'un discours présidentiel à l'association américaine de statistiques que l'on peut trouvée dans JASA, Vol. 46, No. 253., p. 1-18.. Et apparemment Wilks réinterprétait une phrase de H.G. Wells (1866 - 1946) écrite dans un essai : « Mankind in the Making »

The great body of physical science, a great deal of the essential fact of financial science, and endless social and political problems are only accessible and only thinkable to those who have had a sound training in mathematical analysis, and the time may not be very remote when it will be understood that for complete initiation as an efficient citizen of one of the new great complex worldwide States that are now developing, it is as necessary to be able to compute, to think in averages and maxima and minima, as it is now to be able to read and write.

H.G. Wells, Mankind in the Making.

Statistiquement la vraie fausse citation a été répétée tant de fois, qu'elle est plus probable que l'originale…

August 22, 2014 11:39 AM

August 18, 2014

Karl Dubost

Les grands espaces

homme urinant entre deux affiches Ho Chi Minh, Vietnam, 15 juin 2014

Au-dessus des arbres, nous n'avions pas vu que tout à coup le ciel devenait noir, l'eau ruisselle, se déverse à oppression à torrents sur nos têtes ; vite réfugions-nous là-bas, près d'un grand Bouddha songeur, à l'abri de son toit de chaume.

Pierre Loti, Propos d'exil.

À l'homme pressé, à l'homme debout, la précipitation des envies quotidiennes ne se réalise que dans les grands espaces intimes. Il faut savoir choisir son lieu afin de rêver.

August 18, 2014 01:16 PM

À l'horizontale du fleuve

Panorama du fleuve Ho Chi Minh, Vietnam, 15 juin 2014

On prête l'oreille : c'est le sourd murmure du fleuve qui croit et décroît soudain ; non : c'est le bruit sourd et confus des berges de sable qui s'écroulent et que les eaux emportent dans leur cours. Le soleil est couche, la nuit est venue : on ne suit plus qu'à grand'peine le sentier tortueux qui serpente sous les grands arbres : les troncs des ban-langs se dressent à chaque détour comme de blancs fantômes ; l'on songe en frémissant à l'ennemi toujours invisible, toujours de ces contrées, le tigre, dont l'heure est venue, et l'on revient en pressant involontairement le pas, auprès du feu campement.

Pierre Loti, Propos d'exil.

Le courant du fleuve suit le mouvement lent de mon regard. Même la chaleur s'étale en nappe paresseuse au dessus de la ville. Mes yeux sont dépassés par une barge, j'ai ralenti. Je veux retenir encore un peu le temps, le raboter en prenant l'ampleur de mes épaules jusqu'au bout de mes doigts, sentir les copeaux tombés à mes pieds. Un par un. Silencieusement. La nuit, il sera bien le temps de l'accélération, de la propulsion, du retour vers l'est. Le pas vers l'aéroport, les fesses encore calées sur un tabouret en plastique en prenant un café, les mains accrochées au banh mi, le cou étiré dans une ruelle, et la tête ancrée encore au centre des saveurs, de la coriandre et du piment. Je repars selon l'horizontale. Étendu dans le temps. Le temps du fleuve.

femme nettoyant devant sa boutique Ho Chi Minh, Vietnam, 15 juin 2014

August 18, 2014 01:06 PM

August 12, 2014

Karl Dubost

La permission de rêver

Haie de fleurs devant une maison Fujisawa, Japon, 2 juin 2014

Cette notion de permission de rêver donnée par des expériences positives — si l’on pouvait systématiquement en chercher la trace à la base de toutes les rêveries littéraires — nous montrerait par quels artifices, conscients ou inconscients, l’écrivain prétend s’attacher au réel même lorsqu’il imagine.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Le songe est exigeant. Il demande beaucoup d'espaces afin de pouvoir prendre le temps de l'espace. Le contrôle, l'interdiction des mots détruisent l'envie des mots que l'on voulait tisser ensemble. Cette rêverie de l'espace, elle se forme souvent dans les ruelles entre les maisons au dessus des haies. Dans les haies. Dans le fouillis calme, que de moments d'exploration jaillissent. Les mots s'invitent là où il y a de la sérénité.

August 12, 2014 01:35 PM

Tout s'efface un jour

Cabine téléphonique dans une haie Fujisawa, Japon, 2 juin 2014

Toute la vie, nous gardons le désir d’imposer l’immobilité de la pierre au monde hostile, à l’ennemi étonné.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

La mémoire est étrange. Les traces subsistent et de normalité passent à l'étonnement. Le souvenir est parfois entretenu par les legs de notre passé dans le présent. Mr Hosono décide de partager le récit des événements de l'accident nucléaire de 2011. Il dit « Ma mémoire approche sa limite. Le temps est venu pour moi de parler des détails. »

Nos mots sont souvent ce combat entre ce que nous voulons cacher du futur et ce que nous voulons perpétuer par l'exposition publique.

August 12, 2014 01:06 PM

L'intime

Petit tori coincé entre les immeubles Fujisawa, Japon, 2 juin 2014

Autrement dit, il semble que le complexe de Méduse puisse avoir une double fonction, suivant qu’il est introverti ou extraverti. Parfois, le poète vit des puissances médusantes, il sait clouer au sol son adversaire.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Lorsque nous créons le moderne, nous détruisons obligatoirement. Un champ, un espace, un immeuble précédent, la résidence d'insectes, un arbre, un souvenir localisé, nombre sont les choses qui finalement disparaissent. Et cependant, nous décidons parfois de préserver un élément. Les forces qui surgissent en notre intime humanité nous ordonnent de sélectionner cet élément plutôt qu'à un autre. Comprendre ceci. Explorer nos choix de cité afin de mieux comprendre ce qui s'écrit.

August 12, 2014 12:54 PM

August 10, 2014

Karl Dubost

L'îlot

Point de lumière sur un bureau Tsujido, Japon, 22 mai 2014

Le poète contemple l’univers avec les yeux d’un dieu.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

La pièce est obscure. Je ne distingue pas les huit coins. La pièce existe-t-elle ? Peut-être l'ai je imaginée ? On ne peut jamais être totalement sûr. Il y a pourtant sur ce bureau une ancre, un point chaud dans l'immensité, un désir d'y retenir le temps.

August 10, 2014 08:02 AM

L'eau pétrifiée

Ronds d'eau dans une flaque Tsujido, Japon, 21 mai 2014

Mais on n’en finirait pas si l’on voulait étudier toutes les images qui se forment aux confins de deux éléments matériels. Pour un terrestre, toutes les sources sont pétrifiantes. Ce qui sort de la terre garde la marque de la substance des pierres.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

J'ai arrêté le pas. Il pleuvait. La pluie était un peu froide. Une hésitation entre le besoin de fraîcheur et le frisson. J'ai observé les ondulations du goudron. Lentement. Longuement. Patiemment. Sans compter. Contempler. Figé.

August 10, 2014 07:54 AM

Les raisons du musée

Guichet d'un musée Tokyo, Japon, 17 mai 2014

Tout rêveur de la plume sera sensible à ces valeurs de l’encre noire sur la page blanche.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Pourquoi allons nous dans un musée ? Qu'y recherchons-nous ? Parfois je ne suis pas très sûr. Parfois je veux garder l'illusion. Nous transcendons beaucoup. Nous nous conformons beaucoup. Aussi. À une idée de la culture. Et pourtant.

August 10, 2014 07:40 AM

Un cimetière d'ombres

Tombes sous les arbres Tokyo, Japon, 17 mai 2014

Mais c’est là la matière du songe qui donne la première vérité, celle qui fait confidence de l’âme du rêveur.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Les jours de grande chaleur, il est agréable d'étendre un pas lent sous les arbres du cimetière d'Aoyama enveloppé parfois du parfum de l'encens. Alors Je ralentis. Juste alors, la rêverie flotte.

August 10, 2014 07:35 AM

Lentes infusions du désir

Filtre café Kamakura, Japon, 3 mai 2014

Tout est violent, mais rien n’explose. Les forces sont diverses, mais elles travaillent dans une ligne.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Depuis quelques jours, un homme et une femme se donnent rendez-vous tous les matins dans le café où je me rends. Chaque jour, elle s'habille avec une tenue élaborée différente. Ils ont commencé par des conversations et puis après quelques jours, les rires s'y sont ajoutés. Maintenant ils se touchent du bout des doigts. Au goutte à goutte, au mot à mot, aux regards encore hésitants, tout s'infuse. Tendrement.

August 10, 2014 07:13 AM

August 03, 2014

Karl Dubost

Onchi Koshiro

femme sur un écran dans une salle de cinéma Onchi Koshiro, Dans le cinéma

Un style personnel, c’est le rêve même de l’être.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Nous sommes allés au musée des arts de Yokohama, ce week-end, pour découvrir une exposition sur les œuvres d'impression au bois du Japon (moku hanga). Ce n'est pas la première, ni la dernière, tant la variété des thèmes, des couleurs techniques donnent un chemin pour la rêverie. Mais celle-ci m'a permis de découvrir un artiste particulier : Onchi Koshiro (恩地 孝四郎). Il est l'initiateur du mouvement « sōsaku hanga » proposant que l'artiste soit maître de l'ensemble du processus créatif et de sa réalisation. Kanae Yamamoto a peut-être réalisée la première œuvre en 1904, « le pêcheur » signalant cette nouvelle tendance Dans le cadre du travail des estampes réalisées par morceaux de bois, il doit non seulement dessiner, mais également graver les blocs de bois et réaliser l'impression lui-même. Traditionnellement, les œuvres étaient réalisées par un ensemble d'artisan.

Découvrir un artiste participe du voyage extraordinaire. D'un chemin à l'autre, d'une colline à l'autre, le paysage intellectuel et artistique s'élargit, fourmille et on aurait alors envie de passer de longues heures à explorer l'ensemble. Les relations entretenues avec les autres artistes, les magazines, publications contemporaines de l'artiste, les modes de pensées dans leur contexte historique. Il y a du rêve dans ces découvertes qui ressemblent beaucoup à la malle dans un grenier.

deux estampes de plongeuse Onchi Kochiro (à gauche). Affiche de la piscine Molitor (à droite)

Il y a par exemple cette image d'une plongeuse par Onchi Koshiro présente à l'exposition devant laquelle je suis restée de très longues minutes. Le cadrage, les teintes, les lèvres de cette femme en suspens ; elle a quitté la planche, elle n'a pas atteint l'eau. Les nuages dans le bas de l'œuvre accentue le mouvement aérien, céleste de la plongeuse. Il y a de la sensualité, du désir, de l'élégance, de la légèreté. Je me suis aussi souvenu de cette affiche de la piscine Molitor que j'avais oubliée depuis longtemps. Mais voilà une œuvre en appelle une autre, le cerveau est ainsi fait.

Il y a de nombreuses autres choses à découvrir. Suivez le fil.

August 03, 2014 06:44 AM

Le repos intime

un homme assis à l'intérieur d'un temple Kamakura, Japon, 3 mai 2014

Il n’est pas toujours nécessaire que l’eau soit profonde. Si la rive est montagneuse, avec des pics et des rochers se mirant dans l’eau, cela suffit pour qu’on rêve d’une profondeur.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

La chaleur, je suis à l'extérieur, le bois brûle sous la paume de la main. Le visage près d'une ouverture, un courant d'air frais glisse sur ma peau. Au loin, un homme s'est assis, le dos à un pilier de bois, les jambes allongées sur le tatami. Il se repose au frais. Ni besoin de nom, de s'enregistrer, de définir ses préférences, de s'exprimer même. Il est entré et il prend un repos. Ses pensées intimes resteront siennes.

August 03, 2014 03:44 AM

August 02, 2014

Karl Dubost

Le geste

mains et baguettes Tokyo, Japon, 9 mai 2014

Une nuance vraiment réelle est effacée par ce nominalisme, par cette interprétation trop rapidement rationaliste. Pourtant Sisyphe arcbouté contre son rocher est l’image d’une lutte réelle contre un objet réel ! Pourquoi ne prendre que la forme du symbolisme et ne pas essayer d’en vivre le dynamisme ?

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Je regarde fasciné le geste répétitif et répété quelques milliers de fois pendant la journée afin de cuire les boules de pieuvre. Je suis heureux la file d'attente est un peu plus longue. J'ai une bonne excuse pour l'observation.

August 02, 2014 03:15 AM

August 01, 2014

David Larlet

Héritage et immobilier

— Tu n’en as pas marre de payer un loyer ?
— Non, tirade sur la propriété, fléau de cette société.
— Mais pour ton fils ?!!!

La discussion revient souvent donc pour clarifier :

  • Faire un achat immobilier consiste à s’endetter et donc à se condamner à assurer un revenu sur x années. Cela réduit considérablement les options possibles pour passer plus de temps avec mon fils. Le loyer est le prix de cette flexibilité.
  • Acquérir une maison c’est s’immobiliser et donc renoncer à une vie nomade permettant de rencontrer d’autres cultures. Je ne souhaite pas que du matériel vienne entraver une soif de découverte et d’expériences. Le loyer est le prix de cette liberté.
  • Léguer c’est déchirer une famille, je n’ai pas vu un seul héritage dans mon entourage qui se soit déroulé sans accrocs. Je ne pense pas que le gain soit à la hauteur de l’enjeu. Vraiment. Le loyer est le prix de cette intégrité.

J’espère que mon fils aura hérité de bien d’autres choses pour être autonome, bienveillant et heureux dans la vie. La richesse que je lui propose d’accumuler n’est pas matérielle, elle ne se mesure pas en m², elle n’est pas spéculative non plus. La chose la plus importante dont il a besoin c’est de l’attention et du temps de tendresse disponible.

Pas un tas de cailloux.

August 01, 2014 11:00 AM

July 31, 2014

David Larlet

Jeune photographe

Accepter les photographies que nous avons faites comme elles sont devient alors un acte d’accompagnement du mouvement permanent du monde. On ne fait pas toujours des photographies comme on embaume des cadavres. On en fait aussi parfois comme on cueille des fleurs, en sachant nos sensations périssables, pour le plaisir d’accompagner leur évanouissement fugitif ou de rendre hommage à la beauté du monde. Et on en fait parfois comme on planterait des graines, en attente de la floraison à venir.

En attente d’une floraison à venir, Serge Tisseron

Jeune photographe, tu vas te réfugier dans la technique. Les focales et les boîtiers n’auront plus de secret pour toi. Tu maniera l’exposition, la composition, le bokeh et le flou cinétique comme un pro. Tu fera de belles photos. La technique est rassurante et rationnelle, elle fait partie du domaine du connu en se rapprochant de ce qui est enseigné à l’école. Malheureusement, la technique est aux antipodes des émotions. La maîtrise d’un outil peut réduire son expression artistique et sa créativité.

Jeune photographe, tu vas chercher des mentors. Les écouter, les aduler, les copier, parfois même les rencontrer. Examiner leur travail, méticuleusement, tirage après tirage pour comprendre la chaîne photographique. Leur expérience va te permettre de progresser rapidement, de connaître des astuces stylistiques et d’identifier les scènes qui ont du potentiel. Tu feras des photos artistiques. Malheureusement, ces sources d’inspiration étoufferont ton propre style. La photographie est avant tout l’expression de son soi profond et personnel.

Jeune photographe, tu vas être attiré par l’exotisme. Nu, N&B, contrées lointaines, macro, animalier, les catégories ne manquent pas pour se distinguer et sortir de la monotonie. Qu’il est reposant d’explorer en continu sans prendre le temps de s’ennuyer sur un domaine. Tu vas faire des photos attrayantes. Malheureusement, c’est dans cet ordinaire que résident les pépites artistiques. L’intimité photographique comme un partage de ces instants de vie.

Jeune photographe, surprends-toi !

Billet auto-critique suite à une twiscussion avec Éric, Karl et Emmanuel.

July 31, 2014 11:00 AM

July 28, 2014

Karl Dubost

Fail2ban

tombes envahies de végétation Kamakura, Japon, 3 mai 2014

À vivre un peu dans les rochers, nous oublierons tant de faiblesse. Baudelaire a écrit quelque part : « Nos paysagistes sont des animaux trop herbivores ». Un rêve de solidité et de résistance doit donc être mis au rang des principes de l’imagination matérielle. Le rocher est ainsi une image première, un être de la littérature active, de la littérature activiste qui nous apprend à vivre le réel dans toutes ses profondeurs et ses prolixités.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

fail2ban est un outil bien pratique pour éliminer de nombreuses attaques. Particulièrement, les attaques idiotes par dictionnaire testant tous les logins de façon répétée deviennent facilement enregistrées par leurs adresses IP. Elles sont ajoutées à une liste temporaire afin d'être bloquées pour un temps choisi. Attention cependant à ne pas transformer fail2ban en ban2fail. L'outil est délicat à configurer.

July 28, 2014 12:46 AM

Les cercles doux-amers

grande roue sur fond de ciel Yokohama, Japon, 11 mai 2014

Tant de forces s’animent dans l’ambivalence sournoise, tout en forces ostensibles et en forces cachées, tout en attaques et en fuites. Aimer et haïr donnent une ambivalence sentimentale. Provoquer et craindre forment une ambivalence plus profonde, plus serrée puisqu’elle est au nœud même, non plus du sentiment, mais de la volonté.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

La grande roue est un immense salto presque immobile dans le ciel. Ne revennons nous jamais de nos rêveries du ciel, de nos élans au dessus de la ville. Les pieds au sol nous imaginons la fragile conquête de notre masse terrestre. La grande roue n'est pas le lieu des jeunes amoureux, selon la tradition locale. Elle porte malheur.

Le goya coupé en engrenages pénétrés de l'essence végétale, une première bouchée et c'est déjà l'élévation que l'on parcoure le long d'une tige aérienne. L'amertume se désire, elle se déploie en boucles autour des lèvres indéfiniment. Et nous voulons, et nous vivons, et nous aimons le long de ces grands cercles. Infiniment.

Plat de goya champuru Tsujido, Japon, 11 mai 2014

July 28, 2014 12:08 AM

July 27, 2014

Karl Dubost

Les rues sombres

Ruelle avec izakaya Tokyo, Japon, 9 mai 2014

Un défilé, par la simple loi de l’onirisme. « se resserre », non point dans le style tranquillement descriptif du géographe, mais avec le complet réalisme psychologique de l’imagination et avec la lenteur des forces invincibles.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Dans les ruelles sombres de Ueno, l'espace de l'imagination s'ouvre en grand à travers la fracture, la bonté, l'effleurement des yakuzas, le marché. Les humains se croisent, se frottent, se reconnaissent, se respectent.

July 27, 2014 11:49 PM

July 24, 2014

Karl Dubost

Cacher ce tatouage que je ne saurais voir

Affiches d'avertissements Fujisawa, Japon, 24 juillet 2014

De quel droit mettez-vous des oiseaux dans des cages ?

De quel droit ôtez-vous ces chanteurs aux bocages,
Aux sources, à l'aurore, à la nuée, aux vents ?
De quel droit volez-vous la vie à ces vivants ?
Homme, crois-tu que Dieu, ce père, fasse naître
L'aile pour l'accrocher au clou de ta fenêtre ?
Ne peux-tu vivre heureux et content sans cela ?
Qu'est-ce qu'ils ont donc fait tous ces innocents-là
Pour être au bagne avec leur nid et leur femelle ?

Victor Hugo, Liberté.

Shonan, l'été, la plage et les règles municipales, celle-ci était affichée dans le bus. Entre ne pas faire peur aux autres, garder un niveau musical raisonnable, ne pas mettre son chien dans l'eau, ne pas boire trop, et autres, il y a « Couvrir ses tatouages. » En effet, le Japon accepte encore très mal les tatouages. Les interdictions notables sont dans la plupart des bains publics et parfois dans les agents de la fonction publique. Comme ils sont depuis quelques dizaines d'années la marque des Yakuzas, c'est à dire de la mafia locale, ils sont craints. Cependant, toutes ces recommandations bien sûr n'empêchent personne d'être ivres et de dévoiler ses tatouages, yakuza ou pas. Je me demande parfois si les recommandations sont plus pour rassurer la clientèle et le public plus que pour réaliser une action concrète.

July 24, 2014 01:40 PM

July 22, 2014

Karl Dubost

Pelican, un système de carnets statiques

carton et boîte ressemblant à un visage Tokyo, Japon, 9 mai 2014

Pas d’apparence qu’il ne prenne, pas de caprice qu’il n’ait, pas de rêves qu’il ne réalise : il a toutes les figures, il fait toutes les grimaces. Il semble animé d’une âme multiple. Pardonnez-moi ce mot à propos de cette chose.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Il y a quelques jours j'écrivais : Pelican (celui que j'utilise pour Otsukare et je regrette). Bien sûr, on me demande maintenant pourquoi. Les mots publics ont des conséquences et génèrent des discussions. Je vais tenter de développer un peu plus le contexte de cette opinion.

Un carnet Web avec Pélican

Pelican est un générateur de fichiers HTML écrit en Python. Il utilise le format ReStructuredText ou Markdown (en fait MultiMarkdown) pour les fichiers d'écriture. Ces critiques ne sont que sous l'angle particulier des frictions que j'ai pu rencontrées en l'utilisant.

Statique et cache

Mise à jour 23 juillet 2014 : Depuis ce billet, la situation s'est améliorée à propos du cache.

C'est une critique qui s'applique à tous les systèmes de génération de fichiers pour un hébergement statique. C'est une critique que l'on peut avoir aussi pour de très nombreux sites dynamiques. Le cache HTTP est un choix d'expérience utilisateur, ce n'est pas un choix technique. Tous les générateurs de sites pour la création d'un billet, le changement d'un gabarit, la mise à jour d'un billet regénère automatiquement l'ensemble des fichiers Web qui auront dans la même foulée une nouvelle date. Ce qui signifie, qu'à chaque modification minime, l'ensemble du site est réindexable par les moteurs de recherche et qu'un navigateur ira chercher la page Web même si celle-ci n'a pas changé.

Le problème vient souvent de la non gestion des dépendances entre les fichiers. Si je met à jour ou crée un nouveau fichier, il n'y a seulement qu'un certain nombre de fichiers qui seront modifiés le flux, l'index, etc. Il n'est pas nécessaire de regénérer tout le site. C'est la partie facile.

Un peu plus difficile, il serait bon que lorsque l'on change un gabarit et que l'on regénère les fichiers relatifs à ce gabarit, on puisse avoir le choix de ne pas modifier l'information de cache. Certaines personnes voudront que le contenu soit rafraîchit pour un changement de design, d'autres comme moi ne pensent pas que cela fasse partie des conditions de rafraîchissement du cache. La condition nécessaire (pour moi) est le changement du contenu et seulement du contenu.

La pauvreté sémantique

Sur le thème de HTML, c'est bon, mangez en. Lorsque l'on commence à utiliser Markdown de façon un peu plus industrielle. On se rend compte que HTML en fait c'est très bien. Markdown (et ses dérivés) est un fabuleux format texte mais tant que l'on reste dans un territoire relativement simple. Créer des blocs de citation, des ancres intéressantes. Le compromis est à choisir. Le but de Markdown était justement de rester sur une sémantique simple. Ce n'est donc pas un reproche à propos de Markdown, mais plus du contexte d'utilisation. En fait, je trouve Markdown beaucoup plus pratique pour les mails que pour le Web.

Je me demande souvent donc si un système à la MultiMarkdown avec un entête de paires et le reste du document étant constitué par une structure <article> pourrait être une voie à explorer. Pour cet article cela donnerait quelque chose un peu comme :


Title: Pelican, un système de carnets statiques
created: 2014-05-09
updated: 2014-07-23 8h38
tz: Japan
css: /2013/12/20/style/article.css
uri: //www.la-grange.net/2014/05/09/pelican

<article>

   Le contenu HTML

</article>

Documentation

La documentation de Pelican est assez bonne mais brouillonne, surtout la section sur l'écriture du contenu. Elle est très orientée développement et certaines des options ne se comprennent que si l'on lit le code source du programme. Il y a de nombreuses options que je ne comprends toujours pas. Mais bon, là c'est beaucoup plus une question de retrousser ses propres manches et d'envoyer ses propres améliorations.

Mise à jour 23 juillet 2014 : Depuis ce billet, la documentation s'est améliorée mais toujours avec de nombreuses explications manquantes.

July 22, 2014 11:38 PM

L'héritage

Mains posées sur une table en bois Tsujido, Japon, 7 mai 2014

Quand des métaphores sont réversibles, on est bien sûr de vivre en état de grâce d’imagination. La vie est légère.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Hier, j'ai sorti la vieille table de bois. Je l'ai bien nettoyée plusieurs fois et puis je l'ai séchée. Alors j'ai ouvert le pot de cire naturelle, acheté il y a quelques semaines dans une boutique à Tokyo. Le parfum m'a enveloppé des souvenirs, des lieux de mon enfance. J'ai placé de la cire sur le chiffon et j'ai commencé à parcourir tous les contours de la table. Une main posée sur la table, l'autre sur le chiffon, je prends soin du bois, je le nourris. Un geste sûr, mémorisé, connu et consciemment profond se déploie sur la surface et les recoins. Je laisse sécher une fois de plus. Et cette fois-ci avec un chiffon de laine, je frotte de nouveau la cire pour lui donner sa patine.

Dans ce geste et dans ce parfum, il y a bien plus que l'entretien d'une table en bois passée de génération en génération. Cet après-midi, c'est tout le souvenir de mon enfance en Normandie qui se déploie en lents mouvements le long des fibres du bois. C'est l'héritage de ce que l'on m'a enseigné, communiqué. C'est l'adoption d'une pratique, un bois d'amour, un amour du bois.

July 22, 2014 12:58 PM

July 21, 2014

Karl Dubost

fichier ou contenu en python (CLI)

Mais en grain Montréal, Canada, 21 juillet 2013

Dante écrit deux vers, puis il sort ; et les deux vers
Se parlent. Le premier dit : - Les cieux sont ouverts.
Cieux ! je suis immortel. - Moi, je suis périssable.
Dit l'autre. - je suis l'astre. - Et moi le grain de sable.
- Quoi ! tu doutes étant fils d'un enfant du ciel !
- Je me sens mort. - Et moi, je me sens éternel.
Quelqu'un rentre et relit ces vers, Dante lui-même :
Il garde le premier et barre le deuxième.
La rature est la haute et fatale cloison.
L'un meurt, et l'autre vit. Tous deux avaient raison.

Victor Hugo, Dante écrit deux vers.

Lorsque vous créez un script python qui accepte des arguments en ligne de commande (CLI), il est possible de vouloir deux comportements. Soit vous désirez que le progamme puisse lire une liste de fichiers.

python pipe_test.py --blah foo.txt bar.txt

ou bien de récupérer et traiter le contenu des fichiers grâce au pipe bash, par exemple :

cat foo.txt bar.txt | python pipe_test.py --blah

Un petit programme assez simple pour réaliser cela utilisant le module fileinput que je ne connaissais pas.

import fileinput
import argparse
line_number = 0
# Définitions des arguments de la ligne de commande
parser = argparse.ArgumentParser()
parser.add_argument("infiles", nargs="*")
parser.add_argument('--blah', help='do something',
                    action='store_true', dest="blah", default=True)
args = parser.parse_args()
filelist = args.infiles

print "Liste fichiers: %s" % filelist
for line in fileinput.input(args.infiles):
    line_number += 1
    print  "%s - %s" % (line_number, line.strip())

Résultat sans pipe

python pipe_test.py --blah foo.txt bar.txt

Nous obtenons la liste de fichiers ainsi que l'impression des deux fichiers :

Liste fichiers: ['foo.txt', 'bar.txt']
1 - foo 1
2 - foo 2
3 - foo 3
4 - foo 4
5 - bar 1
6 - bar 2
7 - bar 3
8 - bar 4

Résultat avec pipe

cat foo.txt bar.txt | python pipe_test.py --blah

Cette fois-ci pas de liste de fichiers puisque nous envoyons directement le contenu grâce à cat.

Liste fichiers: []
1 - foo 1
2 - foo 2
3 - foo 3
4 - foo 4
5 - bar 1
6 - bar 2
7 - bar 3
8 - bar 4

Et voilà en espérant que ce soit utile à quelqu'un d'autre.

July 21, 2014 01:58 PM

July 20, 2014

David Larlet

Lecture et joie

Je ne milite en aucun cas pour l’abolition de l’école. Je crois, effectivement, qu’il serait catastrophique, en l’état actuel des choses, de la supprimer. Je pense, effectivement, qu’il y a de nombreux parents qui ne pourraient, ne voudraient ou ne sauraient en aucun cas assumer cette nouvelle condition ; je pense, effectivement, que la situation actuelle de nombreuses personnes rendrait irréaliste, voire périlleuse, la non-scolarisation de leurs enfants.

Mais quid de tous ceux qui en ont la possibilité et, peut-être, le désir, mais qui l’ignorent ? C’est à eux que mon témoignage offre, je l’espère, l’inspiration pour une pensée nouvelle. Respecter ses convictions, faire, en toute conscience, des choix personnels, honorer son originalité, être l’artisan de son propre devenir : tout cela, bien davantage que l’endoctrinement des masses, contribue à la progression du monde et à l’apparition de nouveaux paradigmes.

… et je ne suis jamais allé à l’école, André Stern

J’ai terminé de lire … et je ne suis jamais allé à l’école à mon fils. Quelques pages quasiment chaque jour depuis 3 mois. La joie qu’il a manifesté lorsque j’ai sorti le livre les dernières fois m’a vraiment ému. Identifier le livre comme un moment de bonheur. Comme une vaine tentative de le dévorer littéralement aussi :-).

Au fil des pages, je me suis rendu compte à quel point ma lecture à voix haute a changée, une meilleure continuité, une meilleure gestion des liaisons, des différentes voix des personnages. Essayer de rendre la forme aussi intéressante que le fond a été un exercice quotidien, pour une lecture plus lente, plus détaillée, plus profonde. La prose d’André Stern se prête bien à une telle lecture et le propos est lucide et sensé, ça donne des idées…

Prochaine lecture : Libres enfants de Summerhill.

July 20, 2014 11:00 AM

Karl Dubost

ajout d'un élément XML avant un autre avec lxml

Motif régulier d'architecture Ho Chi Minh, Vietnam, 12 juin 2014

Du céleste ouvrage l'objet,
Si vrai et régulier,
N'est-il sur tout autre sujet
Beau, noble et singulier ?

Jacques Pelletier du Mans, À ceux qui blâment les mathématiques.

lxml est une excellente bibliothèque qui donne une coquille python à libxml et libxslt. Cependant la documentation est parfois un peu spartiate et surtout certaines méthodes de l'API ne sont expliquées que si nous lisons le code de l'API directement. C'est ainsi que j'ai découvert le addprevious dont j'avais besoin afin de mettre à jour les entrées dans un flux Atom. (Bien sûr il existe une méthode équivalente addnext)

addprevious avec un exemple concret.

Construisons le début d'un flux Atom en XML en utilisant lxml.

from lxml import etree
feed = etree.Element('feed')
feed.attrib['lang'] = 'fr'

Jusque là pas de problèmes c'est assez simple. Nous construisons l'élément racine feed et nous lui donnons un attribut lang dont la valeur est fr. Le résultat est :

<feed lang="fr"/>

Donnons lui un peu plus de corps.

from lxml import etree
feed = etree.Element('feed')
feed.attrib['lang'] = 'fr'
title = etree.SubElement(feed, 'title')
title.text = u'Un magnifique carnet Web'
author = etree.SubElement(feed, 'author')
name = etree.SubElement(author, 'name')
name.text = u'Super Dupond'

Cette fois-ci nous avons un arbre.

<feed lang="fr">
  <title>Un magnifique carnet Web</title>
  <author>
    <name>Super Dupond</name>
  </author>
</feed>

Imaginons que, catastrophe, nous avons oublié l'accroche du site Web. Dans le vocabulaire Atom, celle ci est donnée par l'élément subtitle. Nous voulons placer cet élément entre l'élément title et l'élément author du flux.


subtitle = etree.Element('subtitle')
author.addprevious(subtitle)
subtitle.text = u'Les âneries du jour'

Nous créons un élément subtitle. Nous ajoutons cet élément avant l'élément author et nous lui donnons un contenu texte. Ce qui nous donne pour code final

<feed lang="fr">
  <title>Un magnifique carnet Web</title>
  <subtitle>Les âneries du jour</subtitle>
  <author>
    <name>Super Dupond</name>
  </author>
</feed>

L'illustration semble futile puisque nous aurions pu construire les éléments dans le bon ordre. Mais dans mon cas j'en avais besoin afin de mettre à jour un flux Atom.

  1. Rechercher si l'entrée existe déjà parmi la liste des entrées
  2. Si oui la supprimer, si non supprimer la dernière entrée du flux (la plus ancienne).
  3. Ajouter la nouvelle entrée au dessus de toutes les autres entrées mais après les données générales du flux.

Schématiquement, si nous devions mettre à jour en effaçant l'entrée 3

<feed>
  <title>…</title>
  <subtitle>…</subtitle>
  <author>… </author>
  <!-- Insérer ici la nouvelle entrée 3 -->
  <entry>Entrée 1</entry>
  <entry>Entrée 2</entry>
  <!-- Effacer l'entrée 3 -->
  <entry>Entrée 3</entry>
  <entry>Entrée 4</entry>
</feed>

J'ai encore quelques petits détails à régler avant de partager le code. Mais en espérant que cela puisse servir à une autre personne.

July 20, 2014 08:22 AM

Le marché local

Marchand de légumes Kugennuma, Japon, 4 mai 2014

Nous donnerions une fausse idée de l’imagination si nous ne redisions pas combien les images sont rares.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Près de chaque station de train, la vie se déploie en mille petites subtilités. Nous remarquons l'humanité, nous participons à l'humanité. Et pourtant à chaque chandelle qui s'éteint, une boutique disparaît. Des conversations, des souvenirs s'évadent. L'espace sera détruit. Le bâtiment remplacé par un plus neuf. Probablement un café, un salon de coiffure ou autre élément plus moderne viendront s'installer. Elle et ses légumes semblent le dernier front de résistance face à l'ensemble des rideaux de fer baissés. Nous nous extasions du charme. Nous rêvons de sa tendresse. Et pourtant, nous allons nous aussi dans les franchises des supermarchés alentour. Peu de monde veut continuer à vendre des légumes sur un coin de table. Peu de monde veut même continuer à les produire.

July 20, 2014 06:42 AM

July 18, 2014

Karl Dubost

La fortune des errances

Chemin dans la forêt Zushi, Japon, 3 mai 2014

La contemplation de la nature, dit encore le poète, a besoin « des songes séculaires ». L’homme retrouve toujours et partout les mêmes rêves.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Une fois de plus, avec un ami, j'ai parcouru la colline au-dessus de la mer, la forêt de bambou, les jardins suspendus. Une fois de plus, je me suis arrêté dans ce petit restaurant près du port de pêche et puis nous avons terminé par ce temple de Kamakura où les enfants jouaient sur les escaliers en bois.

Lampe dans un temple Kamakura, Japon, 3 mai 2014

Quel bonheur de marcher, j'y ai même cette fois-ci découvert un sol couvert de misère, je suis reparti plus riche de trois brins. La fortune des errances est incommensurable.

misères Zushi, Japon, 3 mai 2014

July 18, 2014 11:10 AM

July 17, 2014

Karl Dubost

Dans l'écriture des images

Océan Enoshima, Japon, 2 mai 2014

Tous ces objets résistants portent la marque des ambivalences de l’aide et de l’obstacle. Ils sont des êtres à maîtriser. Ils nous donnent l’être de notre maîtrise, l’être de notre énergie.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Lorsque nous écrivons, nous ne collons pas des  l e t t r e s  les unes à côté des autres, pas plus que des mots. Cela n'aurait que peu de sens vert tomate lunettes batteries émotion le avoir calepin peinture. Il en est de même lorsque nous prenons une photographie. Nous ne plaçons pas des pixels de couleurs afin de les mettre côte à côte. Ces pixels bleus sont ceux que l'appareil numérique a voulu enregistrer selon son algorithme. L'argentique ne fait que peu de différences, remplaçons le programme numérique par la chimie. Cette photographie, l'océan et un peu de ciel, après quelques heures, a déjà vécu. La photographie ne reste déjà plus que de l'ombre. Elle a fâné. Elle s'est diluée. Je la grossis. Je l'explore. Je révèle ses pixels. Je tente de comprendre son intimité. Non vraiment rien, si ce n'est l'envie de redessiner les carrés bleus à la main ou de les réarranger par valeur. Je reprends du recul. Elle reprend un peu de sens. Il y a cette femme à ma droite avec ses lunettes de soleil et ses cheveux en queue de cheval. Il y a ce grand aigle qui passe régulièrement au dessus de nos têtes, hésitant entre les rats et le poulpe grillé dans notre assiette. Il y a le parfum du sel qui remonte la falaise de la presqu'île porté par le vent pour atteindre la terrasse où nous sommes assis. Il y a l'envie que le midi s'étire un peu plus loin jusque dans la nuit. Il y a ce bonheur. Oui c'est peut-être cela cette photographie insignifiante, bleue et plate. C'est peut-être cela le souvenir du hors-champ et de son intimité.

Pixels d'une photographie Enoshima, Japon, 2 mai 2014

July 17, 2014 12:32 PM

July 16, 2014

Karl Dubost

Les signes et leur compréhension

Rue la nuit Tsujido, Japon, 1er mai 2014

Il n’y a pas de paysages littéraires sans les lointaines attaches à un passé. Le présent ne suffit jamais pour faire un paysage littéraire. Autant dire qu’il y a toujours de l’inconscient dans un paysage littéraire.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Je lis un livre sur les algorithmes (traités en python) afin de combler mes lacunes. Au cours de la lecture, je tombe sur la page suivante d'une formule écrite en python et puis finalement mathématiquement.

Extrait de livre Algorithmes en python

L'auteur précise que « le sigma majuscule 𝚺 peut être un peu intimidant si vous n'avez pas travailler avec auparavant. Ce n'est cependant pas plus effrayant que la function sum en Python. » Sa mention m'a fait sourire car j'ai eu la réaction exactement inverse en lisant la page. Alors que la notation mathématique m'a été évidente au premier coup d'œil, il m'a fallu du temps pour déchiffrer la ligne pourtant courte de Python. Pendant mes études, j'ai appris, manipulé, écrit, utilisé les notations mathématiques pour décrire l'univers et le comprendre. Cet ensemble de signes est alors plus naturel pour moi que celui pourtant simple d'un langage de programmation.

Je vis en ce moment une reconfiguration (trop) lente de la compréhension des mots par le japonais écrit. Encore un autre voyage sémantique.

July 16, 2014 10:47 AM

July 15, 2014

Karl Dubost

Listes de discussions du W3C

Calepin et téléphone Séoul, Corée du Sud, 12 avril 2014

L’intelligence aussi voudrait s’intéresser non seulement à des faits, mais encore à des valeurs.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Régulièrement, une personne se plaint du système de listes de discussions du W3C. D’ailleurs il n’est pas certain si les individus parlent du système d’archivage ou du système de gestion de la liste ou des deux. Aujourd’hui a été encore l’opportunité de se défouler contre le W3C. Les attitudes négatives du milieu de l’informatique ont tendance à tout faire pourrir. C’est bien triste. Une discussion récente a été l'occasion de nombreuses petites piques et finalement très peu de propositions concrètes.

Les communautés du W3C travaillent avec les moyens du bord. Le résultat est loin d’être parfait, mais ces qualités sont essentielles. Reconnaître les atouts et les avantages afin de pouvoir les faire évoluer dans un sens plus riche et positif permettrait l’amélioration de la situation générale. Le système actuel pour la gestion est Hypermess.

Pas satisfait avec la CSS, proposez une nouvelle feuille de style qui soit réaliste et s’intègre dans le système courant. Pas satisfait avec le système d’archivage, faire des propositions de code et de gestion pour améliorer l’ensemble. Pas satisfait des logiques ergonomiques, proposez en de nouvelles. Mais le plus important, faire des propositions réalistes. Ne pas oublier que votre solution n’est pas forcément la solution de tous. Bien souvent nous oublions que lorsque nous ne sommes pas satisfaits d’un système (émotion nombriliste), nous ne voyons pas dans le même temps tous ceux qui sont satisfaits du système courant. Et ce que certains perçoivent comme un défaut sera perçu comme un avantage par d’autres.

Les avantages ?

Des inconvénients ?

  • Pas de vue d’un fil de discussions au complet
  • Une présentation assez datée et rébarbative. Mon petit doigt me dit que Daniel Davis va proposer quelque chose.
  • Une présentation non compatible avec les petits écrans.
  • Les fils de discussions brisés dans l’index par mois quand ils s’étalent sur plusieurs mois.
  • L’impossibilité pour les non-membres de récupérer les fichiers mbox.
  • L’impossibilité de télécharger une mbox pour un fil de discussion particulier.

Des manques ?

  • Une possibilité de comprendre la syntaxe markdown d’un message pour la convertir dans les archives Web. Ceci dit assez aléatoire à convertir.
  • Peut-être la possibilité de voter sur la qualité d'un message.

July 15, 2014 10:45 PM

Christian Fauré

Un jour sans lendemain ?

Donc voilà, l’émission « Du jour au lendemain » d’Alain Veinstein ne sera pas reconduite à la rentrée sur France Culture.

QuignardVeinstein [Alain Veinstein avec Pascal Quignard]

Cela faisait 29 ans que cette émission existait, et 25 ans que je l’écoutais, pratiquement tous les soirs. Avec le passage au Podcast, je n’ai plus jamais manqué une seule émission, que pourtant je continuais à écouter le soir car il faut un régime d’attention particulier pour l’entendre. Cette émission bien nommée terminait ainsi ma journée et m’ouvrait des horizons inconnus avant que je ne bascule dans les rêves. 

Parfois, je m’endormais rapidement quand un romancier venait nous raconter l’histoire qu’il avait écrite, ou quand un universitaire venait réciter sa leçon ; mais parfois aussi, quand le livre devait un prétexte à autre chose, j’ai été le témoin de moments radiophoniques merveilleux.

En 29 ans, Alain Veinstein a travaillé à une forme de disparition de l’interviewer. A réécouter les premières émissions, on est surpris de réentendre sa voix plus chantante et son débit de parole bondissant qui imprimait une présence forte et perceptible de l’animateur-intervieweur.

Ces dernières années, on pouvait écouter tout un entretien sans avoir le moindre souvenir de l’intervieweur : « qu’avait il dit, et était il seulement là ? » pouvait on se demander en fin d’émission .

C’est qu’Alain Veinstein est devenu maître dans l’art de l’amorce : une question anodine en début d’entretien et l’interviewé mettait 45 min à essayer de s’en dépêtrer en dialoguant avec lui-même (et pour son plus grand bonheur s’il savait saisir l’occasion ). Parfois c’était juste un « mouais… » inaudible de Veinstein qui scellait la fin de la discussion des les premières minutes.

Toujours, le style de Veinstein indiquait, dès les premiers mots échangés, si ce qui allait suivre tiendrait une promesse : « ah ! Ça sent bon tout ça !  » se disait-on avec délectation.

Mais dès le début de la dernière émission, cela ne sentait pas bon, même si l’émission en elle même fût une des meilleures, mais dans le style bien particulier de la confession radiophonique qui frôlait douloureusement le testament radiophonique.

Que celles et ceux à Radio France qui ont décidé de cet arrêt pour des raisons économiques révisent leur manuel d’économie, en commençant peut être par « La part maudite » de Bataille.

Et moi d’espérer que Veinstein puisse saisir les opportunités du numérique en réalisant que la « maison de la radio » est aujourd’hui partout et que là ou il sera je serai, avec d’autres , au rendez-vous.

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by Christian at July 15, 2014 07:14 PM

Karl Dubost

L'idée du vent

Tissu flottant près d’une fontaine Hiratsuka, Japon, 26 avril 2014

Cette image poétique peut paraître obscure. Elle a précisément besoin d’être révélée au sens photographique du terme par l’image princeps du couchant martelé, de l’orient forgé. Alors la rêverie de lecture devient sensible à des tonalités cachées, elle découvre d’infinies profondeurs d’une âme imaginante. En effet, pour produire cette image, le poète a mis en acte des puissances multiples, couvrant plusieurs régions de l’inconscient.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

L'entrée du sanctuaire après le tori, la fontaine pour les ablutions, les voyageurs pourront pratiquer l'humidification délicate, la main gauche, la main droite, les lèvres. Un tissu pour s'essuyer les mains a été placé sur un bout de baguette suspendu à deux fils. L'océan est proche, l'idée du vent fera le reste. Le linge est sec. L'énergie de la nature était là, il suffisait de l'imaginer.

July 15, 2014 01:57 PM

La voie du partage

Escalier avec rampe Oiso, Japon, 26 avril 2014

Une fois l’image princeps reconnue, on ne peut plus en méconnaître la vie profonde, la vie cosmique. L’imagination humaine veut jouer son rôle dans la pleine nature. On n’a plus besoin alors d’une imagerie très colorée, de formes très nettement dessinées pour vivre une image qui grandit, qui prend une valeur cosmique, une valeur mythique.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Vivre ensemble s'aménage. Il suffit alors de définir l'espace qui répond aux besoins communs. Pouvoir monter et descendre une colline à pied, avec ou sans vélo, droitier ou gaucher, l'imagination et la forme ont tracé la voie.

July 15, 2014 01:45 PM

July 14, 2014

Karl Dubost

Sur le chemin

Rivière et chemin Hiratsuka, Japon, 26 avril 2014

Comment ne pas reconnaître alors que la trempe engage primitivement des valorisations bien éloignées des simples valeurs d’utilité. On poserait d’ailleurs mal le problème si l’on évoquait des thèmes magiques. Ces thèmes existent, la liaison entre la magie et la technique a été à juste titre examinée. Mais l’instance onirique à laquelle nous nous référons est différente de l’instance magique. Elle correspond à un plan un peu vague, à des déterminations un peu flottantes. C’est précisément la région de la simple imagination de la matière, la région de l’onirisme du travail.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

De Hiratsuka (平塚) à Oiso (大磯), nous pouvons prendre le train de la ligne Tokaido (東海道). Il est aussi possible de prendre le bus pour aller près de la rivière Hanamizu (花水川) au terminus nishikaigan (西海岸). De là, nous pourrons traverser la rivière, et puis la longer vers le nord en croisant la voie ferrée de la Tokaido et finalement s'orienter vers l'ouest afin de se rendre au temple Takaki (高来神社).

Chemin de sanctuaire Hiratsuka, Japon, 26 avril 2014

À partir de cet endroit, l'ascension de la montagne Korai (高麗山) commence par les chemins de forêt.

Chemin de forêt Oiso, Japon, 26 avril 2014

Sur les crêtes, nous marchons, d'un côté la campagne entre les monts, de l'autre le littoral et l'océan Pacifique.

Forêt et Pacifique Oiso, Japon, 26 avril 2014

Derrière une colline, nous apercevons le port d'Oiso, c'est notre destination finale, nous devons y arriver pour le repas. Il y a là un bistro de poissons.

Repas de poisson Oiso, Japon, 26 avril 2014

Tout ceci est description, instructions, directions. Entre chaque lettre, chaque mot, il existe l'espace du souffle, des sons, des parfums, du muscle tendu, du désir, de l'abandon. Entre chaque ligne, il y a du bonheur.

carte satellite et tracé GPS De Hiratsuka à Oiso, Japon, 26 avril 2014

July 14, 2014 01:21 PM

Tentations et tentacules

Plât de spaghetti à la pieuvre Tsujido, Japon, 24 avril 2014

La porte des rêveries cosmiques est ouverte.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Le goût est une éducation, un chemin de découverte, une pluie fine dans une journée chaude. Le désir des tentacules est l'imagination de ce goût, la réminiscence d'un plaisir que l'on veut éveiller de nouveau. Chaque jour, jeter son sac dans les fourrés et courrir à perdre haleine sur les chemins oubliés pour s'y souvenir des hésitations et des joies délicieuses.

July 14, 2014 12:43 PM

Les contraintes futiles

Clôture et végétation Tsujido, Japon, 21 avril 2014

Il faudrait cependant pour entrer dans cette avenue des songes quitter les perspectives prématurément objectives et raisonnables ; seul un rationalisme en vacances peut assumer la liberté de telles songeries.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

La nature se moque bien de nos efforts de domestication. Nous tentons d’éradiquer, de contenir, de repousser. Elle regagne, contourne, s'épanouit. C'est tout cela qui me plaît en elle. Cette résistance à notre conformisme.

July 14, 2014 12:30 PM

De la mousse à la fleur

Fleur d'arbre Tsujido, Japon, 22 avril 2014

Mais trop de rêveries naissent en moi quand je revis les puissances de l’eau.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

À mon arrivée, j'ai ouvert une nouvelle page. Aujourd'hui une fleur pour tout chemin d'errances, pour tout compagnon de rêveries.

July 14, 2014 12:15 PM

Le temps des coquelicots

Coquelicots Tsujido, Japon, 21 avril 2014

Tout souffle, pour qui rêve, est une haleine chargée d’influences.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Entre les rues étroites de Kamakura, nous nous sommes glissés. Les archers nous avaient donné l'impulsion. Encore un coin de rue, et le musée du cinéma nous chuchotait déjà son exposition du moment : Le royaume des actrices des studios de Shochiku à Ofuna. Yasujiro Ozu y a travaillé et bien entendu Setsuko Hara, son actrice principale. Quelques affiches, quelques carnets, des photographies des studios maintenant disparus, juste quelques souvenirs frêles et beaux pour donner l'envie d'explorer un peu plus le cinéma japonais de la première moitié du 20eme siècle.

Déjà nos pas se dirigent vers la sortie du musée. La séance d'un film se termine, un unique spectateur sort. Le vieil homme a peut-être 80 ans, fin, fragile mais droit comme un coquelicot. Il soupire, une fois, et puis deux fois encore. Entre ses soupirs profonds, il se dit à lui-même combien le film était merveilleux en laissant échapper un long « ah » profond de satisfaction mélancolique. À la sortie, nous regardons le programme d'aujourd'hui, quel film. Ce film… de Ozu, son tout dernier… « Le goût du saké »

Alors aujourd'hui dans les rues de Tsujido, sous une vapeur de pluie, je pense à Ozu et à son cinéma lent et tendre.

rues et végétation Tsujido, Japon, 21 avril 2014

July 14, 2014 12:07 PM

July 12, 2014

Karl Dubost

Les archers de Kamakura

Calepin et téléphone Kamakura, Japon, 20 avril 2014

D’autant plus précieuses sont les images qui nous font découvrir un passé disparu. Elles nous permettent de vivre une sublimation normale, une sublimation salutaire, si seulement elles sont traitées par un incontestable rêveur.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Avec les enfants et les adultes facétieux, nous nous sommes assis sur le sol. Nous nous sommes penchés pour mieux voir sous la banderole rouge et voir le galop des chevaux. À chaque succès un grand « aaaah » de la foule s'élève au dessus des toits du temple. La cérémonie de Yabusame débute par la parade des différents maîtres archers. Un homme au début de la piste contrôle si celle-ci est prête. Une fois l'éventail baissé, un archer s'élance à toute allure et tente d'atteindre 3 cibles posées le long de la piste. La pratique guerrière est devenu un exercice de style au 17e siècle et est maintenant l'occasion d'une cérémonie annuelle au temple de Kamakura.

Archer sur un cheval Kamakura, Japon, 20 avril 2014
Archer sur un cheval Kamakura, Japon, 20 avril 2014
Homme avec épouvantail Kamakura, Japon, 20 avril 2014
Archer sur un cheval Kamakura, Japon, 20 avril 2014
Archer sur un cheval Kamakura, Japon, 20 avril 2014

July 12, 2014 05:03 AM

July 11, 2014

Karl Dubost

Pathé au Japon

Video sur peau Tsujido, Japon, 18 avril 2014

Mais, bien entendu, c’est du côté de l’enthousiasme que nous trou- verons le véritable jet de valorisation.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Pathé British a mis à disposition 85000 prises de vue historique sur YouTube. En recherchant le Japon, on peut trouver de nombreuses pépites, comme ce reportage sur le Japon d'aujourd'hui en 1946. La misère de l'après-guerre, le rationnement, les petits boulots, et surtout la ville qui a été détruite par les bombardements en pleine reconstruction. Il y aussi le tremblement de terre de 1923 qui est finalement un petit film sur la vie de rue à cette époque.

J'ai pu y trouver quelques films sur Rouen.

July 11, 2014 11:28 AM

July 07, 2014

Karl Dubost

Les arbres apocalyptiques

Arbres poussant à travers le béton Fujisawa, Japon, 28 juin 2014

I will start out this evening with an assertion: fantasy is a place where it rains.

Italo Calvino, Six Memos for the Next Millennium.

La circulation des humains au premier étage, celle des voitures et des bus juste en dessous, quelques aménagements ont été réalisés afin de laisser les arbres grandir à travers le béton. Je ne peux m'empêcher d'aimer cet espace. Et si notre humanité s'évanouissait laissant les paysages de Tokyo Genso se réaliser.

Paysage envahi Tokyo Genso

July 07, 2014 02:47 PM

July 06, 2014

Karl Dubost

Umeshu, le temps de l'envie

deux pots en verre avec des prunes Tsujido, Japon, 27 juin 2014

Is it legitimate to turn to scientific discourse to find an image of the world that suits my view? If what I am at- tempting here attracts me, it is because I feel it might connect with a very old thread in the history of poetry.

Italo Calvino, Six Memos for the Next Millennium.

Les traditions suivent les saisons. La nature rythme le cycle des productions et des humains. Partout dans les magasins, les tas de prune s'accumulent. Partout, nous pouvons voir fleurir les pots en verre, les bouteilles d'alcool et le sucre crystal. Alors dans le même mouvement naturel, nous avons préparé les prunes dans un pot. Et puis pour ne pas oublier d'ouvrir le pot dans un an, j'ai dessiné des prunes sur des étiquettes et j'ai écrit la date. Nous avons placé les pots dans un placard sombre.

Le goût prends du temps, le temps de l'envie.

deux pots en verre avec étiquettes Tsujido, Japon, 29 juin 2014

July 06, 2014 11:14 PM

Tanabata à Hiratsuka

enfants courant Hiratsuka, Japon, 4 juillet 2014

Beauty of woman and wise of hearts, and gentle knights in armor; the song of birds and the discourse of love; bright ships moving swiftly on the sea; clear air when the dawn appears, and white snow falling without wind; stream of water and meadow with every flower; gold, silver, azure in ornaments.

Italo Calvino, Six Memos for the Next Millennium.

C'est le temps de Tanabata à Hiratsuka pour les trois prochains jours. Les enfants courrent. En famille, en couple, seul, tous se pressent dans les rues. La musique, les marchands hèlent du trottoir pour vendre les grillades, les pommes de terre au beurre, les saucisses sur un baton. Rires et yeux grands ouverts, tous regardent les banderoles pendues au-dessus des rues.

trois obi de yukata Hiratsuka, Japon, 4 juillet 2014

Les jeunes femmes et les pas encore tout à fait femme ont mis leur yukata fleuris. Pas toutes. Les couronnes de fleurs dans les cheveux, ou une simple pince avec quelques couleurs. On s'assoie ensemble, on se retrouve. On se complimente sur le kimono, le obi, la coiffure ou le maquillage. La fête des amoureux et pourtant, comme d'habitude, on s'observe entre groupes de jeunes hommes et groupes de jeunes femmes. Les contacts seront souvent fugaces.

bandelettes de papier accrochées à une corde Hiratsuka, Japon, 4 juillet 2014

Les uns et les autres écrivent leur souhait sur des bandelettes de papier. Des souhaits dramatiques, des souhaits simples, une femme souhaite d'avoir un enfant et qu'elle ne sera pas trompée. Pas uniquement de l'amour, du succès dans le travail, des rentrées d'argent, une meilleure santé, tout ce qui est notre humanité se décline sur ces bandelettes.

Jambes et pomme de terre Hiratsuka, Japon, 4 juillet 2014

Le téléphone dans une main, la pomme de terre dans l'autre, les cheveux en chute libre par dessus l'épaule, elles discutent de leur plan pour cette nuit. C'est un défilé de style, bigarré comme toujours dans les fêtes populaires, mais avec partout une innocence et une ambiance bon enfant.

lampions et tori Hiratsuka, Japon, 4 juillet 2014

Il faudra terminer en passant par le temple pour y laisser quelques souhaits. Quelques souhaits de plus pour se donner du courage.

July 06, 2014 09:00 AM

July 05, 2014

Karl Dubost

Trouver sa racine avec python

Hortensias Tsujido, Japon, 5 juillet 2014

The images of lightness that I seek should not fade away like dreams dissolved by the realities of the present and future…

Italo Calvino, Six Memos for the Next Millennium.

Lorsque je traite les fichiers de La Grange, je suis dépendant d'un fichier de configuration où je dois donner au moins le chemin de départ, c'est à dire la racine. Je me suis demandé si cela ne serait pas plus intéressant de donner un peu de souplesse au programme en lui donnant une certaine indépendance sur sa localisation dans le système de fichiers.

Mes requis pour le programme

  • La racine du site Web est déterminée par un objet unique dans toute l'arborescence, comme un nom de fichier.
  • Peu importe la localisation du fichier à l'intérieur de l'arborescence du site, il doit être capable de trouver la racine du site Web.
  • Lorsque le répertoire n'existe pas, le programme renvoie None.
  • Lorsque la racine n'existe pas, le programme renvoie None.
  • Lorsque la racine est trouvée, le programme renvoie le chemin absolu de la racine.

Récursion

Typiquement, le programme prend le chemin initial, vérifie s'il contient le fichier recherché et s'il ne le contient pas répète la même opération dans le répertoire supérieur de l'arborescence. Ainsi de suite, jusqu'au résultat final qui est soit le répertoire racine du système de fichiers ou la racine du site Web. Voici le programme final que j'ai obtenu après quelques maux de têtes. J'ai finalement trouvé une solution, que je n'ai pas comprise tout de suite, mais David m'a donné la clé de l'explication. À chaque exécution de la récursion, il faut assigner une variable afin que la valeur puisse sortir à la fin de cette récursion, les variables étant toutes locales dans chacune de leur fonction propre.

from os.path import realpath, isfile, join

def find_root(directory, token):
    """Find the root of a directory tree based on a token"""
    # Make sure we have a full path instead of a relative path
    if directory.startswith('.'):
       directory = realpath(directory)
    # Create a list of the files in the current directory
    # If it fails the path doesn't exist
    try:
        files_only = [ f for f in os.listdir(directory) if isfile(join(directory, f)) ]
    except:
        return None
    # Check if the token is not among the files
    if token not in files_only:
        # if '/', we are at the filesystem root
        if directory == '/':
            return None
        # Recursion with the upper directory
        newpath = realpath(directory + '/../')
        directory = find_root(newpath, token)
    return directory

Et les résultats en questions :


>>> # Requesting a directory which doesn't exist
>>>print find_root('bar', 'feed.atom')
None
>>> # Outside of the Web site tree
>>> print find_root('/Users', 'feed.atom')
None
>>> # At the root of the filesystem
>>> print find_root('/', 'feed.atom')
None
>>> find_root('/', 'feed.atom')
>>> # In the Web site tree, input upper directory
>>> find_root('../', 'feed.atom')
'/Users/karl/Sites/la-grange.net'
>>> # In the Web site tree, input local directory
>>> find_root('.', 'feed.atom')
'/Users/karl/Sites/la-grange.net'
>>> # In the Web site tree, a relative path
>>> find_root('../../02/', 'feed.atom')
'/Users/karl/Sites/la-grange.net'

Ça marche ! J'ai rendu mon programme (un client) un peu plus indépendant de la documentation extérieur, il peut maintenant découvrir par lui-même la racine du site Web. Cela peut devenir pratique si je transportais le site Web sur une clé USB par exemple. Ce n'est qu'une première étape.

July 05, 2014 01:34 PM

July 03, 2014

Karl Dubost

Les bains en musique

Image projetée sur un mur Tsujido, Japon, 17 avril 2014

Il semble que les images jouent ici dans les deux sens : l’être vent s’enfouir dans la fange et il veut s’enfouir « dans sa propre masse ».

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Nous avons pris le projecteur. Et puis choisis de la musique. Et nous avons projeté sur le carrelage de la salle de bain les images. Féérie des images, plaisir d'enfants de voir les formes dans la vapeur.

Image projetée sur un mur Tsujido, Japon, 17 avril 2014
Image à travers une vitre Tsujido, Japon, 18 avril 2014

July 03, 2014 02:21 PM

L'absence

Manteau sur une chaise Séoul, Corée du Sud, 12 avril 2014

Et tout le drame se développe en s’engageant dans un symbolisme du haut et du bas, du métaphoriquement haut et du métaphoriquement bas. L’abîme est une matière d’enlisement.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Parfois, elle s'absente. Alors il y a toujours cette petite angoisse « Va-t-elle revenir ? » Puis le bonheur, simple, fragrant, celui de son retour. Certaines minutes sont longues.

July 03, 2014 02:11 PM

July 02, 2014

Karl Dubost

Les dates au format RFC3339

lacets de route et colline Kamakura, Japon, 21 juin 2014

Whenever humanity seems condemned to heaviness, I think I should fly like Perseus into a different space. I don’t mean escaping into dreams or into the irrational. I mean that I have to change my approach, look at the world from a different perspective, with a different logic and with fresh methods of cognition and verification.

Italo Calvino, Six Memos for the Next Millennium.

Hier, je mentionnais les dates au format RFC3339 et le manque cruel dans la bibliothèque python. Je ne recommande pas ce qui suit mais c'est la solution que j'ai adoptée pour mon besoin très spécifique. Reprenons les deux formats de date :


2014-04-15T20:34:00+09:00
2014-06-30T12:04:00Z

La première date signifie 15 avril 2014 à 20h34 (heure du fuseau horaire +9 heures). Cela correspond au fuseau horaire du Japon, des deux Corée, d'une partie de la Russie, de l'Indonésie, du Timor oriental et de Palaos. Cela ne donne aucune information sur la localisation réelle. Cela donne juste l'heure à ce moment dans ce fuseau horaire.

DST (Changement d'heure saisonnier)

Être dans un fuseau horaire particulier ne signifie pas que tous les pays partagent la même heure. Certains pays appliquent un changement d'heure saisonnier. En France, par exemple, l'heure est avancée d'une heure sur l'heure solaire pendant l'hiver (CET) et deux heures pendant l'été (CEST). Ainsi cette date (15 juin 2014) signifie que l'heure sur le méridien de Greenwhich est en fait 21h30. Mais ceci ne dit pas où vous êtes, ni si vous êtes en période de changement d'heures.

2014-06-15T22:30:00+01:00

Certains pays n'ont pas d'heures saisonnières, c'est le cas du Japon où nous somme beaucoup plus proches de l'heure solaire.

Géographie des fuseaux horaires

Autre chose troublante, la luminosité et l'heure locale. Dire « le soleil se couche à telle heure » est très dépendant du lieu géographique. La France métropolitaine est constituée d'un seul fuseau horaire et pourtant l'heure du coucher de soleil entre la Bretagne et Strasbourg n'est pas la même. De mémoire si je me souviens bien, il y a un décalage de 15 minutes. Mais ce qui est encore plus amusant est que les fuseaux horaires sont parfois distribués sur de grandes zones géographiques.

Carte de fuseaux horaires Fuseau horaire +09:00

Le fuseau horaire du Japon, Corée, Russie (+09:00) s'étale sur un grand intervalle de latitudes. La tâche jaune à l'ouest de la ligne des 9 heures est la Russie… soit un décalage de près de deux heures en heure solaire. On peut remarquer que le Japon lui-même s'étale sur un peu plus d'une heure.

Les fuseaux horaires en heures

Les fuseaux horaires ne se déclinent pas uniquement en heures fixes. Par exemple, le fuseau horaire de l'Inde n'est ni +05:00, ni +06:00 mais +05:30. Certaines îles dans le Pacifique sont à +13:45.

Pour toutes ces discussions et explorations, vous pouvez aller lire et jouer avec la section Fuseau horaire de Timeanddate.

Mon bout de python

Je dois le re-travailler, tout cela n'est pas très optimisé. Et surtout ne pas réutiliser dans un code générique.


import datetime, timedelta

def rfc3339_to_date(date_time):
    """Simple rfc3339 converter. Incomplete because I know my format.
    Do not reuse elsewhere.
    2014-04-04T23:59:00+09:00
    2014-04-04T23:59:00Z"""
    # Extraire la date et le temps sans le fuseau
    # 2014-04-04T23:59:00+09:00 -> 2014-04-04T23:59:00
    partial_date_time = date_time[:19]
    # convertir en objet datetime
    date_obj = datetime.strptime(partial_date_time, "%Y-%m-%dT%H:%M:%S")
    # extraire le fuseau horaire
    # 2014-04-04T23:59:00+09:00 -> +09:00
    # 2014-04-04T23:59:00Z      -> Z
    time_offset = date_time[19:]
    # Si Z, on est déjà en UTC.
    if 'Z' in time_offset:
        final_date = date_obj
    # si + on doit déduire le temps pour obtenir l'heure en UTC
    elif '+' in time_offset:
        tz_hours = int(time_offset[1:3])
        tz_minutes = int(time_offset[4:6])
        final_date = date_obj - timedelta(hours=tz_hours, minutes=tz_minutes)
    # si - on doit ajouter le temps pour obtenir l'heure en UTC
    elif '-' in time_offset:
        tz_hours = int(time_offset[1:3])
        tz_minutes = int(time_offset[4:6])
        final_date = date_obj + timedelta(hours=tz_hours, minutes=tz_minutes)
    return final_date

Mise à jour du 2 juillet 2014.

Et bien sûr un meilleur code fourni par David. Merci. Je laisse mon code, de façon à montrer l'amélioration.


import datetime, timedelta

def rfc3339_to_datetime(rfc3339_date_time):
    """Simple rfc3339 converter. Incomplete because I know my format.
    Do not reuse elsewhere.
    2014-04-04T23:59:00+09:00
    2014-04-04T23:59:00Z"""
    # Extraire la date et le temps sans le fuseau
    # 2014-04-04T23:59:00+09:00 -> 2014-04-04T23:59:00
    date_time, offset = rfc3339_date_time[:19], rfc3339_date_time[19:]
    # convertir en objet datetime
    date_time = datetime.strptime(date_time, "%Y-%m-%dT%H:%M:%S")
    # extraire le fuseau horaire
    # 2014-04-04T23:59:00+09:00 -> +09:00
    # 2014-04-04T23:59:00Z      -> Z
    # Si Z, on est déjà en UTC.
    if 'Z' not in offset:
        tz_hours, tz_minutes = int(offset[1:3]), int(offset[4:6])
        if '+' in offset:
            # si + on doit déduire le temps pour obtenir l'heure en UTC
            date_time -= timedelta(hours=tz_hours, minutes=tz_minutes)
        else:
            # si - on doit ajouter le temps pour obtenir l'heure en UTC
            date_time += timedelta(hours=tz_hours, minutes=tz_minutes)
    return date_time

July 02, 2014 02:39 AM

June 30, 2014

Karl Dubost

Python et les dates au format RFC3339

palissade rouillée et arbres Tsujido, Japon, 22 juin 2014

I will devote my first lecture to the opposition between lightness and weight, and will uphold the values of lightness. This does not mean that I consider the virtues of weight any less compelling, but simply that I have more to say about lightness.

Italo Calvino, Six Memos for the Next Millennium.

Hier, dans un désir de rendre la vie un peu plus facile aux lecteurs du site, je me décidais enfin à coder une fonction pour créer automatiquement un index des dernières mises à jour du site. Pour cela il me suffisait de prendre le contenu du flux Atom et de transformer le titre et les dates en contenu HTML. Les dates dans le contenu Atom sont au format RFC 3339.


<published>2014-04-15T23:59:00+09:00</published>
<updated>2014-06-30T00:04:00Z</updated>

La bibliothèque par défaut de python n'a pas d'options pour lire ce format de date. Cela semble relativement incroyable et pourtant c'est bien le cas. Il existe un bug ouvert à ce propos. Comme je n'ai pas envie d'ajouter trop de dépendance à mon script initial, j'ai défini ma propre solution (fragile), il me faudra la rendre plus solide (ou comme dirait David en réaliser la maintenance). Donc de fil en aiguille, je pensais finir en deux ou trois heures et j'ai passé plus de six heures sur le code afin de créer un système qui soit plus cohérent.

Pour ceux qui ne veulent pas créer leur propre solution, il existe un petit bout de code qui prend la date au format RFC3339 et permet de produit un objet python datetime. Je vous recommande donc chaudement python-rfc3339.

Et si vous pensez que c'est un problème simple à régler, pensez fuseau horaire et heure d'été. Cela vous ajoute déjà deux variables essentielles, saupoudrez par dessus cela, ce qui constitue votre date de publication : le lieu où vous êtes, le lieu où le serveur est hébergé ?

Coder cet art entre la légèreté et l'épaisseur.

June 30, 2014 11:08 AM

L'espace de la floraison

Fleurs de magnolia Tsujido, Japon, 15 avril 2014

La fleur est sans doute une image princeps, mais celte image est dynamisée pour celui qui a manié le terreau. Si nous aidons au mystérieux travail des terres noires, nous comprenons mieux la rêverie de la volonté jardinière qui s’attache à l’acte de fleurir, à l’acte d’embaumer, à produire la lumière du lis avec la boue ténébreuse.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Deux événements heureux aujourd'hui. Le magnolia a fleuri. Une fleur unique d'un beau violet sombre sur les branches dénudées. L'arrivée du bureau. Je travaillais jusqu'à maintenant sur une petite table. Ces deux floraisons me donnent le sourire et l'envie de l'espace.

Bureau de travail Tsujido, Japon, 15 avril 2014

June 30, 2014 12:04 AM

June 29, 2014

Karl Dubost

Je, Eux, Selfies

Personnes dans un restaurant Séoul, Corée du Sud, 12 avril 2014

Nous nous débarrasserons mieux de telles censures si nous comprenons que toute valeur côtoie son anti-valeur et qu’il est des âmes qui ne peuvent concevoir une valeur sans la polémique des images qui l’attaquent.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Le Japon est souvent mentionné comme un pays où les relations humaines sont soumises à des pressions insurmontables. Les personnes épuisées, démoralisées, vivant dans la honte se suicident. Et pourtant… Bien que le Japon n'est que le dixième pays en nombre de suicides par habitant. Devant…

  1. Groënland
  2. Lithuanie
  3. Corée du Sud
  4. Guyane
  5. Kazakhstan
  6. Pologne
  7. Chine
  8. Slovénie
  9. Hongrie
  10. Japon

La France occupe la 26eme place sur une centaine de pays. Bien sûr tout dépend des sources que l'on utilise. Mais comme d'habitude avec tous les clichés, nous avons tendance à valider ce que nous avons été entraîné à reconnaître. La croyance populaire (les medias) nous ont enseigné que le taux de suicide au Japon était une catastrophe, nous validons la catastrophe à chaque nouveau cas. Le problème est bien plus général que celui d'un fantasme lointain.

La Corée du Sud est donc un autre pays avec un taux de suicide très important. Être « je » dans un grand « nous » est parfois difficile. Quand le « nous » devient inaccessible, le « eux » prend une identité plus facile à gérer et permet de concevoir plus facilement le « je » en opposition.

Dans le train, dans la rue, dans les cafés, j'ai été surpris par le nombre de personnes pratiquement l'autoportrait. Où ai-je validé là un cliché ? La scène la plus extrême m'a été donnée par cette jeune femme assise à côté de moi dans le métro. Elle utilisa la caméra de son téléphone en guise de miroir électronique pour vérifier son maquillage, sa coiffure pendant quelques cinq minutes. Et puis une fois satisfaite, elle décida de prendre un autoportrait. Elle feuilleta ensuite les autoportraits déjà pris. Par centaine, ils déroulaient les uns après les autres. Son visage avec presque toujours la même expression. J'ai aimé que la surface de l'écran de son téléphone soit brisé. Il y avait là l'ajout d'un élément esthétique supplémentaire.

Et lorsque nous adoptons tous l'autoportrait massif, faisons nous partie d'un « nous » ? Ou si « je » décide de rejeter l'autoportrait, deviennent-ils un « eux » ? Et si le « nous » ne se réalise pas dans l'éxécution de notre individualité, comment définissons-nous ce « nous » ? Comment le construisons-nous ? Rejetter les « selfies » ne me fait ni « je » ni « nous » surtout lorsque l'on publie un carnet Web. Adopter non plus.

Note de dédramatisation : Je ne suis pas déprimé. J'observe et je m'interroge seulement sur l'environnement et nos actions. Le monde est une source inépuisable d'émerveillement.

June 29, 2014 11:31 PM

Voyager léger

Rue et miroir Séoul, Corée du Sud, 13 avril 2014

L’imagination n’a que faire du goût qui n’est qu’une censure.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Nous repartons. Un hôtel, une ville, un métro, un aéroport, un avion, un train, un aéroport, une ville, la maison. À chaque fois que nous voyons léger, nous réalisons la mobilité, la flexibilité, la possibilité de réintégrer le déplacement dans le voyage et non comme une contrainte ou un mauvais moment à passer.

C'est ainsi que dans ces limitations choisies, nous ouvrons finalement l'espace. Nous rendons plus vaste notre regard, nos envies. Notre pas s'étend au delà de notre imagination. Simplement.

June 29, 2014 10:27 PM

Christian Fauré

Le secret d’une transformation digitale

Hulk

Le contexte est assez générique quand il s’agit des entreprises que je rencontre sur le sujet de la “transformation digitale” : difficulté à coordonner les projets, les processus budgétaires qui n’arrivent pas à suivre, des phases d’études et de spécifications qui s’éternisent, des infrastructures qui ralentissent tout, un manque de confiance entre les équipes métiers et IT, etc. À ceci se rajoute des pratiques de méthodes agiles qui ne sont pas rigoureuses et qui, de toute façon, ne dépassent pas l’échelle d’un simple projet.

Il n’y a pas de formule magique de la transformation digitale, mais je crois qu’en ce qui concerne l’aspect “delivery” du digital (mise en production de nouveaux services et évolutions des services existants), il y a une façon assez simple de l’énoncer qui serait celle qui suit.

Tout d’abord, le problème est que les projets sont toujours pensés comme des “évènements”, et cela implique que l’organisation se plie au rythme et à la calendarité de cette logique événementielle.  On assiste, tout au long de l’année,  à une succession de rituels de passage : la phase amont, le développement, le pilotage, etc,  jusqu’à la douloureuse mise en production.

Dans tout projet il y a une forme de prétention, un petit côté : “vous allez voir ce que vous allez voir” mais qui, face au principe de réalité de nos organisations, se transforme souvent en douche froide, si ce n’est en frustration et en démotivation pour ceux qui y travaillent et y contribuent.

Face à ce constat, la démarche de transformation digitale vise à détricoter cette logique événementielle qui s’avère douloureuse. Ce qui est douloureux, et bien on va le faire tous les jours – un petit peu, certes –  mais tous les jours, comme par exemple les mises en production :

“Les mises en production des projets sont douloureuses ? Eh bien désormais nous passerons en Continuous Delivery et Continuous Deployment !”

Présenté comme cela, çà fait un peu masochiste comme méthodologie : à savoir faire quotidiennement ce qui nous fait souffrir deux ou trois fois par an. Mais cette quotidienneté a certaines vertus :

  • d’une part, cela élimine la complexité qui s’amoncelle nécessairement au fil des jours et des semaines, et qui paralyse les organisations dans leurs prises de décisions et leur priorisation.
  • d’autre part, à l’échelle de la journée, une grande partie du travail devient automatisable.

Le grand mot est lancé : automatisation. Une transformation digitale produit nécessairement un bond en avant dans l’automatisation des modes de travail, de quelque nature qu’ils soient.

Ces nouveaux automatismes ne sont pas nécessairement des nouveaux algorithmes logiciels, ce sont aussi des routines de travail qui sont pratiquées – et donc incarnées– par ceux qui font vivre la transformation quotidienne de l’entreprise.

Cette manière de travailler avec des routines et des automatismes quotidiens demande de la rigueur car, même si ces démarches ont lieu dans le cadre des méthodes Agiles ou Lean,  travailler en mode Agile demande au moins autant de rigueur que les méthodes de projet séquentielles traditionnelles.

Si les modes de travail en projets classiques promettent le grand soir, au quotidien ils ne génèrent que de la frustration et de la démotivation. Les démarches agiles, elles, ne font plus de grandes promesses mais génèrent une sensation du travail accompli et de progression qui procure une plus grande motivation au quotidien.

De fait, il y a donc une banalisation du projet dans le contexte d’une transformation digitale. Et cela n’est pas sans poser de profondes modifications dans la psychologie des organisations. Le projet était valorisant, c’était quelque chose d’exceptionnel, et pouvoir dire “je suis chef de projet”  comptait beaucoup pour certaines personnes, encore plus si le projet en question est un “gros” projet (parce que stratégique ou parce que nécessitant de gros budget).

La vie et la mort des projets ont introduit dans nos entreprises des rituels et des cultes dont nous avons du mal à nous départir. Tout le monde ne veut plus des dérives des projets que nous connaissons, mais en même temps tout le monde veut faire partie d’un projet ; « projet » fait toujours référence à la conquête spatiale et la découverte de nouveaux horizons.

La réponse de l’Agile et surtout du Lean, avec la banalisation des enjeux, la disparition de grands évènements, l’accent mis sur les pratiques quotidiennes balisées et une plus grande automatisation du travail ne fait pas spontanément rêver. Il n’empêche qu’elle est source de performance et de motivation indéniable, c’est pourquoi qu’une démarche de transformation agile passe par cette refonte de la calendarité du travail.

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by Christian at June 29, 2014 03:21 PM

June 23, 2014

Karl Dubost

Séoul, le long des murs

Panorama de la ville sur les collines Séoul, Corée du Sud, 12 avril 2014

Une fois de plus, les métaphores supplantent la réalité. Une fois de plus, les images cosmiques renversent la perspective des plus élémentaires introversions et libèrent le rêveur.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

L'histoire parfois se dévoile dans la poussière accumulée sur les chaussures.

frigos et vêtement sur une corde dans la rue Séoul, Corée du Sud, 12 avril 2014
Une photo d'identité abandonnée sur un sofa Séoul, Corée du Sud, 12 avril 2014
Une photo d'identité abandonnée sur un sofa Séoul, Corée du Sud, 12 avril 2014

June 23, 2014 01:26 PM

David Larlet

Éducation et informatique

Moins les enfants regarderont les écrans, plus ils développeront leur imagination et leur créativité. Car les écrans contiennent en eux des histoires visuelles et sonores qui empêcheraient les enfants d’imaginer d’autres images et d’autres mondes possibles.

Écran global, reportage de Anne-Sophie Lévy-Chambon

Protéger son enfant des écrans s’avère être une tâche plus difficile que ce que j’imaginais. Le compteur en cumulé doit être aux alentours des 10-15 minutes après 7 mois, ce qui est plutôt dans la limite haute de ce que je m’étais fixé. Et lorsque je vois l’attrait qu’il a pour un écran dès qu’il en croise un, cela me conforte dans l’idée qu’il va falloir attendre qu’il soit en mesure de comprendre un peu ce qu’il y a derrière : une fenêtre déshumanisée sur l’Humanité.

On parle souvent de la limite des 3 ans pour qu’un enfant puisse regarder/interagir avec un écran sans être perturbé par l’absence de retour de sa part. On verra à ce moment là si mon digital native souhaite faire usage de ses doigts.

L’élève sait que les équipements informatiques utilisent une information codée et il est initié au fonctionnement, au processus et aux règles des langages informatiques ; il est capable de réaliser de petites applications utilisant des algorithmes simples.

Socle commun de connaissances, de compétences et de culture

Damien B et Éric D. discutaient ce soir de l’apprentissage du code en primaire sur Twitter. J’ai beaucoup de mal avec cette question car le code constitue une part non négligeable de mon quotidien et de mon métier. Et si je trouve que la connaissance du Web devrait faire partie de l’éducation citoyenne, je suis plus circonspect sur le développement en lui-même. En fait, il s’agit d’une problématique de cohérence. Soit on considère que le codage (sic) est une activité artisanale et dans ce cas il faudrait également enseigner d’autres activités comme le travail du bois en primaire (ce que certaines écoles alternatives font — voir le reportage sus-cité). Soit on considère que l’industrialisation de l’informatique est inévitable et dans ce cas là toute la question algorithmique simple devient inutile puisqu’il s’agira d’empiler les boîtes noires à un autre niveau. Il faut bien définir les objectifs que l’on se fixe avec cet apprentissage du code dès la primaire. Dans quelle mesure permet-il la poursuite d’études, la construction d’un avenir personnel et professionnel et préparer à l’exercice de la citoyenneté ? Tous bidouilleurs, soit, mais que nous laisse-t-on bidouiller par la suite ?

Ce que je vois en filigrane de cette mutation est plus grave, c’est la mise sur un piédestal de ceux qui savent coder par pure incompréhension du changement de paradigme qui est en train de s’effectuer avec le numérique. Ou serait-ce pour pouvoir à terme alimenter plus facilement les canons publicitaires ? La question reste ouverte… jusqu’à la prochaine réforme.

June 23, 2014 11:00 AM

June 22, 2014

Karl Dubost

Séoul, un territoire à explorer

Carte artisanale avec lieux Séoul, Corée du Sud, 11 avril 2014

Alors l’être humain se révèle comme le contre-être des choses. II ne s’agit plus de prendre le parti des choses, mais de prendre les choses à partie.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Après minuit, une partie de la ville s'est déjà assoupie. Il y a déjà plus de deux heures que les lumières du marché de Dongdaemun illuminent la ville. Elle est tout juste arrivée de Tokyo. Nous avons posé son sac à l'hôtel et nous sommes repartis aussitôt.

Repas avec différents plats Séoul, Corée du Sud, 11 avril 2014

Une heure le matin, nous avons faim. Soupe pot au feu et raviolis. Le ventre doit être plein pour résister à la fatiguer de la nuit et aux allées du marché de gros des vêtements. Les provinces, Taiwan, Japon, les acheteurs commandent sur place ou à distance et les sacs s'accumulent un peu partout dans le quartier. Un gardien et son bordereau surveille le tas avant qu'il soit récupéré par son propriétaire ou le livreur suivant. Dans certaines boutiques, les personnent dorment ou mangent attendant la commande.

Homme et pile de sacs sur le trottoir Séoul, Corée du Sud, 11 avril 2014

Les couloirs interminables, ici l'étage des vêtements de cuir, là celui des chaussures, cet autre bâtiment dans l'autre rue est spécialisé pour les vêtements d'homme. Oh… et là bas ce sont les chapeaux qui se déclinent dans des dizaines de boutiques. Le quartier tout comme Tsukiji ou Rungis vibre au rythme des négociations et livraisons. Dans les boutiques et les immeubles dédiés à la mode des jeunes, c'est un défilé extravagant de styles.

Couloir étroit avec boutique de vêtements Séoul, Corée du Sud, 11 avril 2014

Épuisés, nous rentrons à l'hôtel entre 4 et 5 heures du matin. 11h après un sommeil en paranthèse, nous repartons. Il y a un restaurant caché que nous voulons découvrir qui sert des nouilles froides. Tous les lieux que nous voulons explorer, je les ai dessinés approximativement sur un papier. Nous trouvons le lieu. Quelle délice, quelle richesse dans les textures et les parfums.

Repas avec quelques plats et des nouilles Séoul, Corée du Sud, 11 avril 2014

Séoul est une ville qui possède encore de nombreux marchés et quartiers dédiés à chaque spécialité, tout comme à Bangkok ou Hanoï. Il y a aussi de nombreux vendeurs de cuisine. Un vendeur de chausson au sucre et noix pose la pâte sur la plaque. J'en commande un. Une fois chaud, le sucre mélangé aux noix est fondu. Le chausson extérieur est onctueux.

Cuisson de pâtes sur une plaque Séoul, Corée du Sud, 11 avril 2014

Une journée avec tant de saveurs, tant d'entrain, il me fallait sauter.

Homme suspendu Séoul, Corée du Sud, 11 avril 2014

21h, un dernier repas avant de retourner se coucher. Deux hommes coréens nous encouragent à commander la soupe d'intestin de porc. Délicieux. Doux et parfumé comme les tripes. Demain, un autre jour à Séoul.

Ensemble de plats Séoul, Corée du Sud, 11 avril 2014

June 22, 2014 11:27 PM

Il aura fallu se perdre

route bordée d'arbres et de fleurs Kamakura, Japon, 21 juin 2014

Errants sans chemin,
en haut des marches, l'ombre
ouvre l'horizon.

Le vélo étend le pas. Nous quittons le littoral et l'océan pour tenter de retourner à la maison par les petites routes. C'est une promesse toujours périlleuse. Nombreuses sont les routes en cul de sac. Nombreux sont les lacets qui vous lient d'un sommet à un autre. La forêt vous absorbe, les hortensias vous séduisent et en quelques coups de moulinet, vous vous trouvez loin de votre objectif sans vraiment savoir où vous êtes.

Sur le haut d'une longue pente en sens unique où nous poussons nos vélos à bout de bras pratiquement sur la pointe des pieds, elle remarque un panneau. Je n'aurais pas sû le voir. Tout autour des maisons avec une vue sur l'océan lointain que nous avons quitté. Le signe invite à prendre une route perpendiculaire en courbe. Un hochement mutuel sans mots, nous avons échangé un « pourquoi pas ? » Nous sommes perdus de toutes façons.

escalier et tori dans la végétation Kamakura, Japon, 21 juin 2014

Dans l'élan de la colline à travers les feuillages, un escalier monte droit. À mi-chemin, un tori se cache entre les arbres. La respiration est calme. Serein et grandi, le regard lent parcourt les marches, les mousses, les écorces. Une hésitation tremble sur le temps. Monter maintenant ou se bercer encore profondément au creux de cette intimité. Le premier pas, la lumière s'assoupit. Un second pas, le corps se réjouit de l'ombre. Quelques pas de plus, l'être s'incline devant le tori. Les derniers pas, l'osmose est complète.

sanctuaire dans la forêt Kamakura, Japon, 21 juin 2014

Les arbres entourent le sanctuaire. À travers la canopée, on aperçoit l'océan. Le site a été créé en 1935. La divinité, le regard large, face aux éléments, veille au bien-être des pêcheurs.

tas de feuilles et arbres Kamakura, Japon, 21 juin 2014

Au sol, un tas de feuille reflète l'existence des arbres. Dans la verticalité, le corps bascule et se propulse dans l'espace végétal. L'élégance pénètre chaque instant. Les pensées légères et complètes se déploient dans la totalité. Le désir de revenir grandit. Un livre de poésie dans les mains, quelques crayons pour dessiner et l'immensité du temps sont tout ce que nous avons besoin. Vivre.

Escalier entre les arbres Kamakura, Japon, 21 juin 2014

Le départ, un dernier consentement à la beauté du monde, chaque pas plus lent que le précédent, nous redescendons l'escalier. Déjà la route, reprendre le vélo, l'horizon orné d'un dernier panache subjugue.

Il aura fallu se perdre.

Vélo et paysage forestier Kamakura, Japon, 21 juin 2014

June 22, 2014 02:17 PM

June 21, 2014

Christian Fauré

Langage, parole et écriture

Aizone-lettre-photographie.jpg

Que la parole et le chant relèvent du domaine de l’audition, cela va de soi. Mais ces mêmes paroles et chants relèvent également d’un autre régime qui est celui de l’écriture et, donc, également de la vision.

La parole s’entend et se voit certes, mais alors il faut également rajouter qu’elle se sent et se touche aussi, comme avec l’écriture en braille.

Il y a un type de parole en particulier qui est la parole de celui qui lit.

Pour Saussure, les mots ne relèvent pas directement du son, et l’on se souvient de la surprise d’Augustin qui aperçu à Milan au IV° siècle, à sa grande stupéfaction, qu’Ambroise pouvait lire sans émettre aucun son :

“sa voix et sa langue se tenaient au repos”.

Plutôt qu’au registre sonore strict, le linguiste suisse associe les mots à des “images acoustiques” qui sont à ses yeux comme des traces et des empreintes que le son initial du mot a produit sur la surface de l’esprit.

Pour rendre compte de cette tendance à rattacher les mots du langage non plus aux facultés auditives mais visuelles, Walter Ong avance l’hypothèse que de telles expressions : “image acoustique” et “empreintes psychologique”, ne peuvent être prononcées que par quelqu’un qui est déjà fréquemment confronté à des textes imprimés et qui, d’une manière générale, a l’habitude de voir des mots écrits pour pouvoir en avoir une représentation imagée.

31C0e8uwaBL._SY445_.jpg

Voici donc la question que se pose Tim Ingold au premier chapitre de sa Brève histoire des lignes : pourquoi et comment la distinction moderne entre le langage et le chant est-elle articulée autour de la trace et de l’écriture ? Comment l’écriture de la musique et l’écriture de la parole à la fois divergent et convergent ?

“En comparant le langage et la musique, on s’aperçoit que le mouvement de la signification est inverse. La lecture d’un texte est un exemple de cognition qui intériorise [taking in] les significations inscrites dans le texte ; la lecture d’un partition musicale est un exemple d’exécution [acting out] qui se conforme aux instructions inscrites sur la partition.” p. 20.

Se dégage ainsi l’idée d’une distinction entre des notations qui ne sont pas des oeuvres en soi mais qui n’existent que pour être exécutées (la partition du musicien). Ingold reprend ainsi la conclusion de Nelson Goodman :

“une partition musicale fonctionne dans une notation et définit une oeuvre … un script littéraire [texte] à la fois fonctionne dans une notation et est lui-même une oeuvre.” (Goodman, 1990, p. 249)

La partition est là pour être exécutée et la seule oeuvre qui soit réside dans l’exécution (vivante, si l’on peut dire) là ou le texte fait oeuvre à lui seul et doit être interprété : exécution d’un côté [acting out] et cognition de l’autre [taking in].

On peut donc produire une matrice des différences entre l’écriture littéraire, la partition, le dessin, et la gravure (je modifie les termes de Ingold) :

Notationnel

Non-notationnel

L’oeuvre

écriture littéraire

Dessin

L’oeuvre comme exécution

écriture de partition

Gravure / impression

Ce n’est qu’à la fin du XVIII° siècle, quand la notation musicale s’autonomise des écritures textuelles que l’oeuvre musicale peut être attribuée à une composition au préalable, car aurapavant :

“l’idée qu’une interprétation doive se conformer à des spécifications détaillées, fixées à l’avance dans la notation, n’existait tout simplement pas” Ingold, p.22

Là où je ne peux pas suivre Ingold c’est précisément quand lui-même reprend Goodman, selon lequel l’écriture littéraire serait forcément distincte de l’écriture comme “simple exécution”. Et je pense à Simondon qui reprend ce thème de l’écriture comme explicitation des savoirs et des actions (mode d’emploi, explicitation d’un savoir faire).

Ainsi, si l’on en croit Éric Havelock, les premières inscriptions avaient la qualité d’énoncés oraux retranscris, par exemple sur ce vase où l’on peut lire :  » celui qui me vole sera frappé de cécité « . la première fonction de l’écriture serait donc celle d’un enregistrement de la voix et on d’une pensée, ce qui ferait pencher pour l’interprétation selon laquelle l’écriture était d’abord faite pour être lue à haute voix.

Dans le tableau ci-après que propose Ingold, l’opposition classique entre parole et écriture est enrichie au travers de quatre dimensions : d’un côté le geste et l’inscription . De l’autre côté on a les deux dimensions correspondantes aux deux modes de perceptions que sont l’ouïe et la vision.

 

Geste

Inscription

Auditif

Parole

Dictée

Visuel

Geste manuel

Écriture

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by Christian at June 21, 2014 02:44 PM

June 20, 2014

Karl Dubost

Rendre concret

barge à conteneurs sur une rivière Ho Chi Minh, Vietnam, 15 juin 2014

On ne veut bien que ce qu’on imagine richement, ce qu’on couvre de beautés projetées. Ainsi le travail énergique des dures matières et des pâtes malaxées patiemment s’anime par des beautés promises. On voit apparaître un pancalisme actif, un pancalisme qui doit promettre, qui doit projeter le beau au-delà de l’utile, donc un pancalisme qui doit parler.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Cette semaine, j'ai assemblé deux meubles qui nous avaient été livrés. Prendre le temps d'identifier tous les morceaux. Assembler un à un par geste lent et précis. Et au final réaliser que le produit a été assemblé par nos soins et qu'il sera utile à nous deux, qu'il aura une histoire à part entière. Ce sentiment d'accomplissement m'habite à chaque fois que je réalise quelque chose qui aura son propre futur en dehors de mon intervention. Il en va de même pour la menthe et la coriandre que j'ai plantées dans le jardin. Quel bonheur de les voir changer, évoluer et de comprendre leurs rythmes. Quelle satisfaction de se sentir utile.

June 20, 2014 12:50 PM

Nous, les crapules

femme marchant sur un trottoir de dos Ho Chi Minh, Vietnam, 13 juin 2014

Le féminisme n’est pas un gros mot. Le féminisme, c’est cette notion radicale selon laquelle les femmes sont des humains à part entière, et par là méritent d’être traitées en égales. Ne laissons personne prétendre qu’il en est autrement.

Sara, Ellen, Sabrina, Kat, Joanne, Angelina, Jessica, Jennifer, Divya, About Feminism.

Ce soir, elle sort avec ses amies. Je décide donc de me laisser glisser tendrement dans la foule de Tokyo, le train de Fujisawa à Shinagawa. Et puis dans la Yamanote bondée comme à son habitude aux heures de pointes. Un groupe de salarymen (employés) dans la trentaine, cinq hommes et une femme discutent en anglais. Après quelques temps, je finis par comprendre que l'un d'eux est coréen.

Mais je tente d'ignorer la discussion en cours et je me replonge dans ma lecture, l'interview de Ayaka Shiomura, élue à l'assemblée métropolitaine de Tokyo. Mecredi dernier, dans cette assemblée, elle présentait un texte afin de permettre aux mères actives et aux femmes infertiles d'obtenir des aides plus importantes. Dès le début de son discours, nous, les crapules, les hommes de l'assemblée de Tokyo ont commencé à la railler. Un premier a lancé « Tu es celle qui devrait se marier le plus tôt possible. » À 25 ans, si une jeune femme n'est pas mariée, il y a des doutes. À 30 ans, elle commence à avoir raté sa vie. Ayaka Shiomura a 35 ans. Une grande partie de l'assemblée a commencé à rire à la remarque. Lorsqu'elle continua son discours à propos des femmes infertiles, un autre homme a lancé « Es-tu seulement capable d'être enceinte ? » Hilarité suivante dans la salle du conseil. L'article donne un peu plus de contexte, mais je fus interrompu malgré moi par « nous, les crapules » cette fois-ci dans le train.

Le groupe qui était entré dans le train et parlait anglais ont commencé à parler de leurs femmes respectives, comme elles étaient de « bonnes femmes au foyer » et qu'elles préparaient leur boîte repas du midi avec talent. J'avais envie de leur jeter l'article sous les yeux. J'avais envie de leur dire combien déplorable leur attitude était. J'avais aussi beaucoup de mal pour la femme active du groupe qui souriait légèrement tout en restant silencieuse. Je suis une crapule. Je n'ai rien fait. Nous sommes des crapules quand nous n'aidons pas, quand nous restons en dehors de peur de changer les choses et les comportements. Nous ne sommes pas mieux malgré nos idéaux.

June 20, 2014 12:05 PM

David Larlet

Écriture et bonheur

Difficile d’écrire sur le bonheur. Sans faire dans le mièvre. Sans tomber dans les clichés. Sans craindre d’attiser les convoitises et jalousies. Sans avoir peur surtout de briser cet instant en tentant de le décrire. Sans mentir.

6 mois de vie. De survie. De co-vie. Je ne sais pas trop comment appeler cela, ni de quel point de vue. Toujours est-il que ça semble fonctionner. Des doutes, des essais, des désespoirs, des soulagements. Des moments spéciaux. Inattendus. Intimes.

Apprendre à flâner avec une poussette. Se défendre des fumées et des bruits de la ville. Réduire son exposition aux écrans. Se nourrir plus sainement. Sourire très souvent. Apprécier ce rythme plus lent qui contribue au bien-être. Et au bonheur.

Songer à cette question de l’héritage. Vouloir léguer des valeurs et une culture plus que des biens. Amasser du temps de vivre ensemble. Donner son attention avant tout. Et sentir qu’il s’agit d’un échange. Réciproque et gratuit.

Rire et s’émerveiller des nouveautés. Se demander qui éduque qui. S’endormir épuisé mais heureux. Se réveiller sur un simple sourire. Apprendre à se connaître, à apprécier des rituels. À cohabiter.

Et au milieu de tout cela des questionnements. Pourquoi est-ce que j’ai choisi de passer autant de temps avec mon fils ? Comment lui transmettre des valeurs sans ressentir la pression de l’exemplarité ? Quel enseignement lui proposer avant qu’il ne puisse choisir par lui-même ? Quels « effets papillons » lui permettront à terme de battre de ses propres ailes ? Quelle image va-t-il me renvoyer de moi-même ? Que ressent-il vraiment ? Et tant d’autres.

Fermer les yeux. Respirer. Faire le vide. Sourire. Se sentir bien.

June 20, 2014 11:00 AM

June 17, 2014

Karl Dubost

Un moment pour réfléchir

Deux mannequins dans une vitrine avec des robes Séoul, Corée du Sud, 10 avril 2014

Il ne faut jamais perdre de vue que les rêveries substantialistes sont toujours des convergences de fonctions, des sommes de valeurs utiles. Le levain mis dans la pâte aide à la digestion. Cette digestion est une cuisson. Le levain qui fermente commence une cuisson.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Après la catastrophe d'hier, il me fallait trouver un autre angle. Hier je parlais d'un produit. Aujourd'hui, j'ai donc parlé d'un métier et des erreurs de développement Web. J'ai ainsi pu articuler comment inspecter, comment débusquer les erreurs communes (en utilisant le produit) que nous réalisons lors de la création de sites Web. Et ceci finalement prenait beaucoup plus de sens. Que ce soit les outils de Chrome, Opera, Firefox ou IE, on se moque bien de la marque, mais bien de la réalisation d'une tâche. Ceci dit autant j'ai eu beaucoup de plaisir à présenter la rouille du Web avec Olivier à Paris Web en 2013 (sujet d'ailleurs qui mérite d'être exploré encore un peu plus), autant cette conférence m'a laissé un mauvais goût de ne pas traiter de ce qui est important pour le Web.

Ce fût définitivement un bon exercice de réflexion personnelle et une possibilité de regarder sa propre réalité, de découvrir ses muses.

June 17, 2014 10:21 AM

Le temps d'un précipice

Homme devant une affiche Séoul, Corée du Sud, 9 avril 2014

Remarquons en effet que pour le travailleur le visqueux ne caractérise qu’un temps du travail. Il sait que ce visqueux passera, qu’il en triomphera. Il ne peut absorber une existence dans un incident, dans un accident. Il existe d’ailleurs des substances-temps qui viennent modifier la temporalité d’une substance donnée.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Je suis à Séoul. Je suis là pour présenter les nouveaux outils développeurs de Firefox. Une conférence se prépare toujours longtemps en amont, surtout si c'est le sujet qui nous concerne directement. En fait, une conférence est la remise en forme d'une pratique. Dans ce cas là, ma proximité géographique m'a incité à être volontaire. Et plus j'avançais dans la préparation, plus je trouvais le sujet gluant, difficile à traiter et pas tout à fait intéressant. Décrire les qualités d'un produit tient à peu près du parcours de la documentation. J'avais le sentiment au début de la journée d'être en chute libre dans le mauvais lieu. Mon sentiment s'est confirmé lorsque la personne de Microsoft a présenté avec talents les outils de développement de Internet Explorer. Nous avions la même présentation. Ils nous fallait juste changer le logo, le nom des outils mais typiquement c'était similaire. Demain, je dois redonner la même présentation, je la changerais. Travail de dernière minute, modifier le verre pendant qu'il est chaud, lui donner une forme différente.

Et je dis cela parce qu'en tant que conférencier, on partage souvent nos bonnes expériences, mais rarement ce que nous ressentons qui était mauvais. Un conférencier se met en danger, pas pour sa réputation, mais bien par la conscience de ne pas délivrer quelque chose qui représente une matière que l'on peut transmettre et qui évoluera au delà de ce que l'on peut imaginer. Les échecs sont un bon moyen de se rappeler d'être au plus proche de son sujet. Que ce sujet soit utile d'abord à l'audience.

écran de laptop Séoul, Corée du Sud, 9 avril 2014

June 17, 2014 09:59 AM

June 15, 2014

Karl Dubost

Débordements intimes

Chaussures à l'entrée d'une maison Séoul, Corée du Sud, 8 avril 2014

Devant ces ruptures d’échelle que la « surveillance » des yeux interdirait, on a bien l’impression que le rêveur qui modèle suit mieux les intérêts de la rêverie intime que le rêveur qui contemple.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

L'intimité prend souvent les allures d'un secret. Mais pour la réaliser, il faut qu'elle déborde de son jardin clos afin que nous puissions la percevoir et l'envisager. L'intimité ne se donne pas, elle se vole presque toujours. Mais de plus en plus dans nos modes de vie, nous cloisonnons de plus en plus notre quotidien. Aseptisé, sous-verre et scellé, notre intimité ne participe plus à la société et à sa cohésion.

Intérieur de maison Séoul, Corée du Sud, 8 avril 2014

June 15, 2014 03:56 PM

Concret

Ombre d'un arbre Tsujido, Japon, 5 avril 2014

Dès qu’on a prise sur leur substance, les objets les plus inertes appellent des rêves.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Les jours de printemps, le bitume fleurit, la floraison se concrétise.

June 15, 2014 03:35 PM

Le long de la rivière

Panorama d'une rivière Tsujido, Japon, 5 avril 2014

L’imagination terrestre vit ce temps enfoui. On pourrait le suivre, ce temps de lente et notoire intimité, depuis la pâte fluide jusqu’à la pâte épaisse, jusqu’à la pâte qui, solidifiée, garde tout son passé.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Le long de la rivière avec elle tout semble s'allonger en de lentes courbes. Et on aimerait que le temps de la rivière soit celui des siècles.

June 15, 2014 03:17 PM

Les femmes de la nuit

femme assise sur un scooter la nuit Ho Chi Minh, Vietnam, 14 juin 2014

Les gens qu'on rencontre dans ces chemins d'ombre sont tous beaux, calmes, nobles, avec de grands yeux de velours, — de ces yeux de l'Inde au mystérieux charme noir! Le torse à demi nu, ils sont drapés à l'antique dans leurs mousselines blanches ou rouges. Les femmes, aux allures de déesse, montrant d'admirables gorges fauves qui semblent des copies en bronze, presque exagérées, des marbres grecs. Les hommes, la poitrine bombée et la taille mince comme elles; seulement les épaules plus larges ; la barbe d'un noir bleu, frisée à l'antique.

Pierre Loti, Propos d'exil.

Samedi soir, les chevauchées n'ont rien à envier à la tradition équestre. Femmes et hommes défilent sans arrêt, le scooter est roi. Les poses sont multiples. Nous passons encore une bonne partie de la soirée assis au bord d'un trottoir pour photographier les scooters, sans pluie cette fois-ci. Les femmes de la nuit ont de nombreuses postures mais celle avec les jambes de côté a gagné notre prix d'élégance et de légèreté.

femme assise sur un scooter la nuit Ho Chi Minh, Vietnam, 14 juin 2014
femme assise sur un scooter la nuit Ho Chi Minh, Vietnam, 14 juin 2014
femme assise sur un scooter la nuit Ho Chi Minh, Vietnam, 14 juin 2014

June 15, 2014 11:20 AM

Musée des beaux-carrelages

Collection de carrelages Ho Chi Minh, Vietnam, 13 juin 2014

Un groupe de Chinois, d'un air cauteleux, se faufile au premier rang jusqu'à nous, — reconnaissables ceux-ci à leur peau plus pâle, leur mine plus efféminée, leur longue queue et la belle soie de leur robe; mauvaises gens, d'ailleurs, ferments de sédition en Annam. Derrière toutes ces figures d'Asie on distingue de plus en plus nettement, dans les fonds, les choses caduques et bizarres qui sont partout pendues, les tam-tams, les bardes en guenille, les palanquins jadis somptueux ornés de monstres d'or et tout rongés de poussière. — Et mes matelots, toujours assis avec une nonchalance de conquête, semblent plus vivants, plus larges et plus désinvoltes, au milieu de ces vieilles poupées d'un monde mort.

Pierre Loti, Propos d'exil.

Dans le musée des beaux-arts de Ho Chi Minh, il y a bien sûr de magnifiques tableaux. Tout comme celui de Hanoi, la guerre y est abondamment traitée par les artistes locaux, parfois simplement brutal et poignant. Le bâtiment du musée a été construit pendant la période coloniale française. C'était le siège de la société Immobilière Hui Bon Hoa et également la résidence de la famille. L'espace est un mélange d'architecture Art Déco et d'influence asiatique. Dans une étude dans un magazine jésuite tentant de justifier la présence coloniale française au Vietnam après la reddition des japonais, on peut y trouver une mention de la famille et un peu de prose anti-communiste au passage :

Or le Viet-Nam est avant tout un pays agricole et l'on peut dire que plus des trois quarts de la main-d'œuvre annamite est directement exploitée par les Annamites eux-mêmes.

Par ailleurs, la plus grande partie du commerce et de la petite industrie de transformation est aux mains des Chinois. Les communautés chinoises d'Indochine sont nombreuses et puissantes. Nombreux sont les Chinois « valant » plus d'un milliard de piastres : les Ong-Tich, les Chan-Ky, les Hui Bon Hoa.

[…]

Nous voyons donc que pour vaincre les « deux cents familles » d'Indochine, les communistes ont fort à faire et que, s'ils réussissent à expulser les Français, ils n'auront cependant fait qu'entamer la besogne.

En fait, pour supprimer toute opposition au communisme, il leur faut :

  1. Mettre les Français à la porte ;
  2. Faire une révolution agraire et supprimer les propriétaires fonciers annamites ;
  3. Éliminer les commerçants chinois et hindous.

En réalité, ils ont donc trois révolutions à faire. Si l'on en juge d'après les réactions de la France, on conçoit que le travail qui restera à faire sera considérable.

Jacques Fano, Tableau des partis en Indochine.

À noter dans cet article aussi la reprise d'une citation inversée par un auteur jésuite afin de l'opposer à la fameuse citation de Marx : La misère religieuse est tout à la fois l’expression de la misère réelle et la protestation contre la misère réelle. La religion est le soupir de la créature accablée, l'âme d'un monde sans cœur, de même qu'elle est l'esprit d'un état de choses où il n'est point d'esprit. Elle est l’opium du peuple.

Ils profiteront de toutes les misères pour gagner la sympathie des masses, ils laisseront les forces traditionalistes se discréditer au pouvoir et enfin -ils pourront faire rêver des millions de malheureux en leur promettant le merveilleux avenir communiste, car ils savent qu'aujourd'hui la révolution est l'opium du peuple.

Jacques Fano, Tableau des partis en Indochine.

Ces proses d'un autre temps que ce soit Loti ou Fano, il est bon de les relire pour comprendre le dédain, le manque de respect et la haine communiquée d'autres cultures. Il s'agit là de ce que d'autres liront, il s'agit là du véhicule définissant une idée du monde. Il est aussi bon de se rappeler cette rhétorique et de la mettre en perspective avec nos rhétoriques occidentales contemporaines sur l'Islam et nations vivant sous la domination politique ou économique d'autres nations. La lecture de ces « vieux » textes n'est pourtant pas facile par la charge émotionnelle qu'ils provoquent.

Mais ce qui m'a surtout retenu, en dehors des œuvres picturales, dans ce musée est la variété des carrelages dans chacun des espaces. J'ai sûrement dû en manquer certains. Je me suis souvenu de la variété des carrelages de Penang.

Collection de carrelages Ho Chi Minh, Vietnam, 13 juin 2014

June 15, 2014 10:56 AM

June 14, 2014

Karl Dubost

Banh Mi de minuit

File d'attente avec scooter Ho Chi Minh, Vietnam, 11 juin 2014

Le chemin était bien solitaire. Mais voici, du bout de la voûte de branches, les lanternes de plusieurs voitures qui arrivent grand train, sans le moindre bruit de chevaux.

Pierre Loti, Propos d'exil.

Devant la boutique, le défilé des scooters n'arrête pas. Nous sommes là pour sa réputation. Nous observons pour comprendre et puis finalement par plaisir. La joie de voir les commandes volées au dessus de nos têtes, de voir le manège incessant, l'activité et la production en grand nombre mais artisanale.

Pains dans un four Ho Chi Minh, Vietnam, 11 juin 2014

Nous commandons deux sandwichs, l'un épicé pour moi, l'autre non-épicé pour elle. Avoir son argent dans la main pour accélérer la commande. Il n'y a pas vraiment de ligne de file visible et pourtant tout semble se dérouler dans l'ordre. 30,000 dongs pour un sandwich. Et finalement oui, il s'agissait bien du meilleur endroit, du vrai premier banh mi de notre séjour. Aucune sophistication, juste le sandwich comme il se doit. Il m'aura arracher quelques larmes. Plus épicé que je ne m'y attendais. Il faudra revenir pendant les quelques jours qui nous restent.

Banh Mi Ho Chi Minh, Vietnam, 11 juin 2014

June 14, 2014 12:30 PM

Hommes, femmes et conversations

2 militaires en conversation Ho Chi Minh, Vietnam, 12 juin 2014

Les couples se tiennent par la main, ou par la ceinture, enlacés ; on les dirait ivres d'ardeur amoureuse, ivres aussi de cris et de musique. Ils chantent avec frénésie ; les tètes sont renversées en arrière, les bouches grandes ouvertes.

Pierre Loti, Propos d'exil.

Être deux est une conversation. Les corps parallèles déterminés à commenter le monde se lient. Quand ils se font face, ils s'effacent dans leur intimité. La troisième posture est les deux corps fusionnés l'un contre l'autre sur la moto à travers la nuit. Les bras autour de la taille ou du cou, les jambes nues collées contre les siennes. La pointe de ses seins touchant la peau de son dos. Les scènes du quotidien donnent l'envie de rêveries, l'envie de conversation.

2 femmes en conversation à un comptoir Ho Chi Minh, Vietnam, 12 juin 2014

June 14, 2014 12:03 PM

Un recyclage contraint

4 paquets en face d'un mur Tsujido, Japon, 4 avril 2014

Comment alors ne retrouverait-on pas dans cette industrie perméable aux légendes, les antiques rêveries de la vie minérale, vie lente entre toutes, vie qui veut la lenteur, vie qu’il ne faut pas brusquer si l’on veut en recueillir toute la fécondité.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Recycler n'est pas le fait de jeter, mais de préparer les déchets afin de leur réutilisation. Il me faudra écrire un billet plus complet sur le sujet avec toutes les tâches que nous devons accomplir avant de transmettre les matériaux pour les étapes du recyclage. Ces paquets au bord de la route sont des prospectus, des journaux. Ils sont d'abord empilés, puis enveloppés dans un sac de papier et finalement ficelés afin de conserver leur forme pendant le transport. Le ramassage pour cet élément est toutes les deux semaines.

Il y a un grand nombre de contraintes dans la réalisation de cette préparation. L'interaction est loin d'être sans frictions. Elle prend aussi beaucoup de temps. Il y a dans chaque geste un mouvement de la lenteur et de la réflexion. Et pourtant la majorité se plie à ce processus, qui est soutenu par un grande nombre d'étapes. Quels sont les processus dans nos sociétés que nous acceptons de suivre, quels sont ceux que nous refusons et surtout pourquoi ?

June 14, 2014 11:26 AM

June 13, 2014

Karl Dubost

Rêveries hors-bord

Autoroutes et Passerelles piétons Yokohama, Japon, 3 avril 2014

La prise de caractère se fait surtout dans la patience des longues journées, et la réalité ne nous permet pas de nous leurrer sur nos puissances, sur notre courage.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Croisements sans rencontre, rythmes cycliques des hommes en noir, dans leur silence, ils abattent toutes les envies. Et pourtant, une rêverie ne connaît pas de bords. Le secret est peut-être là.

June 13, 2014 04:38 PM

Le lieu de l'oiseau

Autoroutes superposées Yokohama, Japon, 3 avril 2014

C’est parce que la pâte est exactement délayée que le tableau est si exactement dessiné ; l’eau tombe dans le pétrin en une courbe de géomètre. Les beautés matérielles et les beautés des formes s’attirent.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

La ville fluide s'écoule le long des artères. Vue du lieu de l'oiseau, la légèreté et l'élégance définissent l'espace. Aucune opression dans la ville du haut. Rien ne pèse sur le regard, tout s'y déroule en équilibre.

June 13, 2014 10:14 AM

Floraisons électriques

Cerisiers en fleurs Tsujido, Japon, 2 avril 2014

Dans l’imagination de chacun de nous existe l’image matérielle d’une pâte idéale, une parfaite synthèse de résistance et de souplesse, un merveilleux équilibre des forces qui acceptent et des forces qui refusent. À partir de cet état d’équilibre qui donne une immédiate alacrité à la main travailleuse, les jugements péjoratifs inverses du trop mou et du trop dur prennent naissance. On dira aussi bien qu’au centre de ces deux excès contraires, la main connaît d’instinct la pâte parfaite. Une imagination matérielle normale tient tout de suite cette pâte optima dans la main rêveuse. Tout rêveur de la pâte connaît cette pâte parfaite aussi évidente à la main que le solide parfait l’est aux yeux du géomètre.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Avril, la saison des cerisiers en fleurs dans la région de Tokyo, Le temps de la délicatesse, de la fragilité et de l'ébahissement renouvelé de tous. Il est presque de rigueur, la télévision bombarde chaque jour des annonces de lieux où la floraison a commencé, où elle s'achève. Et spontanément, nous nous joignons à l'ensemble et nous nous laissons bercer à l'enchantement naïf. Loin des parcs et des images parfaites, je trouve mon petit pré de bonheur dans les fractures. Il y a ce que nous croyons être laid, et ce que nous croyons être beau. Et il y a cet élément du possible, ce lieu où il n'est pas nécessaire de décider. C'est cette rupture qui m'enthousiasme.

June 13, 2014 10:01 AM

Incertain temps

Grande peinture murale Tsujido, Japon, 29 mars 2014

Dans ce champ d’imagination sensibilisée, on peut considérer une sorte de principe d’indétermination de l’affectivité dans le sens même où la microphysique propose un principe d’incertitude qui limite la détermination simultanée des descriptions statiques et des descriptions dynamiques.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

En mai 2001, lors de mon premier voyage au Japon, j'ai habité un hôtel à Tsujido. Je prenais le bus tous les matins pour me rendre au W3C à l'université de Keio. Tous les matins, je pouvais observer un grand mur peint en couleur avec des personnages.

Je me souviens que la première fois, je n'avais pas eu le temps de prendre la photo, mais le deuxième jour, j'étais prêt et je capturais l'image depuis le bus. Il y a quelques jours, je suis passé de nouveau devant mais cette fois-ci à vélo. Il s'agit du mur d'une école. Je n'avais pas remarqué avant l'écriture de ce billet que le mur avait changé. Et pourtant, de 2001 à 2008, je suis passé de nombreuses fois devant ce mur, toujours en bus. Ce n'est que près de 13 ans après, que je découvre le changement.

Je vis maintenant à Tsujido, chose que je n'aurais jamais soupçonnée, il y a 13 ans. Je me demande souvent si nous nous sommes croisés par chance sans se rencontrer en 2001.

Grande peinture murale Tsujido, Japon, 10 mai 2001

June 13, 2014 09:44 AM

Bribes de vie dans la citadelle

Piments dans une assiette sur des pierres Hué, Vietnam, 10 juin 2014

Les soleils dévorants, les brumes salées de la mer, les grands souffles destructeurs des typhons, ont eu beau effriter toutes ces choses, les craqueler, les disjoindre, elles ont conservé, sous la poudre grise des siècles, un air de vie intense; elles se dressent, se cambrent, se hérissent, et regardent en louchant du côté de l'entrée, comme prêtes à sauter, dans un paroxysme de fureur, sur qui oserait venir.

Pierre Loti, Propos d'exil.

Dans les sites historiques, les musées, les parcs, il existe des signes de vie. Les éléments d'une activité sociale, d'un investissement du quotidien. Ces espaces là sont tout aussi riches d'émoi, de découverte, de sourires et de tendresse. Dans la citadelle de Hué, les siècles ont peu de prise sur le lieu du quotidien.

Thermos et chaises Hué, Vietnam, 10 juin 2014

June 13, 2014 09:09 AM

June 11, 2014

Karl Dubost

Un parfum de riz dans le musée

Bureau avec trois cahiers rouges Hanoi, Vietnam, 9 juin 2014

Toujours les longues plumes noires des palmiers se découpent sur le ciel de la nuit où les teinles rouges finissent de mourir ; une vapeur fraîche se lève de la rizière et s'étend sur toute l'avenue comme une fumée blanche qui flotterait au ras du sol sur les herbages.

Pierre Loti, Propos d'exil.

Au musée des beaux-arts de Hanoi, la lumière pénètre souvent dans les couloirs par les persiennes. Moment insolite, nous entrons dans l'œuvre lorsque nous sortons des salles d'exposition. Suspension. Et pourtant un parfum de riz envahit l'un des couloirs, l'heure du repas est proche. Un des gardiens du musée a cuisiné du riz. J'imagine la vapeur de l'autocuiseur, les papilles éveillées.

Bureau avec cahier et téléphone Hanoi, Vietnam, 9 juin 2014

June 11, 2014 04:02 PM

Le sens du goût

Galettes de riz et bols sur une table rouge Hanoi, Vietnam, 8 juin 2014

En ce moment, les gens sont occupés à prendre, avec leurs dents teintes en noir, leur premier repas du matin : riz et poisson toujours, dans des jattes de porcelaine sur lesquelles sont peintes des diableries bleues.

Pierre Loti, Propos d'exil.

Les tables sont basses, les sièges aussi, trois jeunes femmes roulent la viande de porc et les herbes dans des crêpes de riz. À chaque coin de la rue un restaurant servant le même met. De jeunes garçons hèlent les passants à pied ou à motocyclette afin qu'ils choisissent une table dans leur restaurant. La lutte est féroce. Ils portent des tee-shirts aux couleurs de leur équipe. À l'entrée du restaurant, un autel et le carrelage usé sous les nombreux passages, le travail quotidien a gravé le temps.

Ce voyage est sous le signe du palais. Il nous faudra suivre le sens du goût.

carrelage et autel dans une entrée de maison Hanoi, Vietnam, 8 juin 2014

June 11, 2014 10:57 AM

June 08, 2014

Karl Dubost

Propos de la fuite

Mosaïques de motocyclistes Hanoi, Vietnam, 7 juin 2014

C'est le soir, quand la nuit tombe, qu'on se sent perdu ici, et comme exilé à jamais. Que c'est loin, le reste du monde !

Pierre Loti, Propos d'exil.

Sous les averses d'orage, les motocyclistes filent au grand galop sur leur monture. Il n'y a bien que le conducteur de rickshaw qui prend le temps de sourire. Dans son temps, la pluie semble être une amie.

conducteur de rickshaw Hanoi, Vietnam, 7 juin 2014

June 08, 2014 11:12 PM

Cimetière de l'internet

Immeubles et cimetière Tsujido, Japon, 29 mars 2014

N’est-ce point, en effet, en suivant les papillotements de l’ambivalence qu’on peut sentir le dynamisme qui s’établit entre une image attirante et une image répulsive ?

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Il est souvent plus utile de lire la prose des rapports annuels des grandes entreprises. Bien qu'il s'agisse de convaincre et séduire, ils sont souvent beaucoup plus proche de la réalité d'une entreprise et de ses objectifs, car ils s'adressent à ceux qui investissent et en bénéficient. La FAQ de Google destinée aux investisseurs est remarquable d'une simplicité efficace. Elle permet aussi de détruire toutes les illusions des discours marketings destinés cette fois-ci à nous les esclaves numériques.

Qui sont nos clients ?
Nos clients sont les plus de un million de fournisseurs de publicité, allant des petites entreprises visant le marché local aux grandes entreprises multinationales, qui utilisent Google Adwords pour atteindre des millions d'utilisateurs à travers le monde.

Google, FAQ.

Nous ne sommes pas le client. Nous sommes bien le produit.

June 08, 2014 09:53 AM

Fuji de nuit, Pacifique de nuit

plage et littoral la nuit avec quelques nuages Tsujido, Japon, 30 mars 2014

Ainsi l’intérêt qu’un rêveur porte aux luttes de deux matières désigne une véritable ambivalence matérielle. On ne peut vivre l’ambivalence matérielle qu’en donnant tour à tour la victoire aux deux éléments. Si l’on pouvait caractériser l’ambivalence d’une âme dans les plus simples de ses images, loin des déchirements de la passion humaine, comme l’on ferait comprendre le caractère fondamental de l’ambivalence !

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Précisément caché dans les nuages à l'horizon, je peux le voir. Son sommet émerge tout juste. Il ne se distingue pas, il est à l'affût, prêt à bondir. Peine perdue, je connais précisément ta cache. Sous les nuages et le ciel étoilé, le volcan est bien un mont.

L'océan, la nuit, est bien plus vocal. Tout autour dans la pénombre, le fracas des vagues déborde de la plage et s'écoule dans chaque recoin, ceux du cœur d'abord, les émotions ensuite. Une suspension entre fascination et inquiétude donne l'hésitation du prochain pas.

Le vertige et la papiltation. L'oscillation et l'ivresse.

June 08, 2014 09:36 AM

Les chemins de campagne

route de campagne avec miroir et Tori Tsujido, Japon, 29 mars 2014

On mesurera la puissance des petites images si on réalise l’image suivante de Sartre : se perdre dans le monde c’est se « faire boire par les choses comme l’encre par un buvard » (L’Etre et le Néant, p. 317).

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Nous avons pris nos vélos. Sur les chemins de campagne, un peu au hasard, nous avons exploré. Sur le talus au long de la route, un tori rouge, un tori gris et un camélia dont les fleurs lourdement s'écrase sur la pente. Le vent dans son manteau, elle dévalle la sinuosité de la route enfoncée entre les arbres. Il y a là à ce moment précis une impression d'un humide bocage, d'une rivière qui croise la route et des haies touffues où se cachent les belettes. La vallée de la Risle suit son cours jusqu'au Japon.

June 08, 2014 09:18 AM

Le lieu de la gouaille

Fenêtre et balai dans une rue Pékin, Chine, 21 mars 2014

Et sans fin, l’écolier assis à son banc, mais parti cependant pour l’école buissonnière, pour les voyages de la géographie dynamique, pour celle géographie rêvée qui le console de la géographie récitée, l’écolier rêvant travaille à la limite de deux univers : l’univers de l’eau et l’univers de la terre. Le rêve fait ainsi des eaux-fortes sur du papier mâché.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Dans un café, un groupe de femmes s'exprime avec emphase et volume. C'est le rire et la gestuelle qui envahit le lieu, loin du cliché que l'on se fabrique du Japon. Mes pensées cheminent non planifiées. Quelques pas de plus, et c'est Elbeuf en Normandie qui vient se poser en juxtaposition à cette scène. Le souvenir familier de l'environnement et des modes d'expression s'installe et me donne de la joie. Déjà une semaine depuis le retour de Pékin, et tout s'assemble dans une forme vernaculaire transfrontalière. L'expression humaine joyeuse et sans compromis bouscule tous nos compromis.

June 08, 2014 09:04 AM

June 06, 2014

Karl Dubost

Hanoï, humide langueur

Cage d'oiseau et bambous Hanoi, Vietnam, 6 juin 2014

Une porte irrégulière, frangée de stalactites, s'ouvre devant nous, donnant à mi-hauteur d'édifice dans le sanctuaire. C'est le cœur même de la montagne, haute et profonde aux parois de marbre vert. Les bas-fonds sont noyés dans une espèce de pénombre transparente qui ressemble à de l'eau marine, et d'en haut, d'une trouée par où les grands singes nous regardent, tombe un éblouissement de lumière d'une teinte inexplicable : on dirait qu'on entre dans une immense émeraude que traverserait un rayon de la lune. El les pagodes, les dieux, lès monstres, sont là, dans cette buée souterraine, dans ce mystérieux resplendissement vert d'apothéose, ont des couleurs éclatantes de choses surnaturelles.

Pierre Loti, Propos d'exil.

Le souffle de vapeur emporte ; le pas transporte. Saveurs mélangées au désir de la lenteur, il est nécessaire d'apprendre le temps. Il est requis de prendre le temps.

Mur vert et affiches publicitaires Hanoi, Vietnam, 6 juin 2014

June 06, 2014 11:46 PM

L'homme courbé

chef penché derrière son comptoir Fujisawa, Tokyo, 5 juin 2014

En fait, les rêves sont plus grands : ils dépassent les raisons et les symboles. Les rêves sont immenses. Ils ont, par une fatalité de grandeur, une cosmicité.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

L'homme professionnel se penche sur son comptoir. Un peu partout dans le restaurant, il y a des images et des cartes de Nagasaki et ses environs. Nous avons passé la commande. Il est 20h30. Nos sacs légers comme si nous partions pour une fin de semaine en randonnée sont posés contre le mur. Lorsqu'il déploie de nouveau son dos courbe, ce sont chirashi, sashimi, chawamushi, tofu, omelette, soupe au miso et tempura qui sont posés en face de nous. Nous pouvons nous rendre à l'aéroport pour dormir. Demain, nous prenons l'avion. Nous rêvons déjà de là-bas avec le goût d'ici.

plats de cuisine japonaise Fujisawa, Tokyo, 5 juin 2014

June 06, 2014 12:12 AM

June 03, 2014

Karl Dubost

La rouille du Web en cinq minutes

Groupe de personnes discutant Azabu, Japon, 27 mars 2014

On peut, en effet, saisir une sorte de coopération de deux éléments imaginaires, coopération pleine d’incidents, de contrariétés selon que l’eau adoucit la terre ou que la terre apporte à l’eau sa consistance.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Ce soir j'avais cinq minutes pour présenter la rouille du Web. L'audience était constituée principalement de designers, personnes faisant du UX et développeurs Web. Une expérience intéressante suivie de quelques 10 minutes de discussions. Les périodes de discussions sont généralement les plus intéressantes par la friction qu'elles apportent que ce soit dans la contradiction ou le développement du sujet en question. Merci à AQ pour m'avoir invité.

J'y ai principalement traité de l'information et des circonstances de sa mémoire sur le Web. Il y aurait tant d'autres sujets à développer. Peut-être un autre morceau sur la licence comme outil d'articulations de la pérennité.

June 03, 2014 02:21 PM

Avoir soif

Une rigole de graviers blancs Takadanobaba todaimae, Japon, 23 mars 2014

Ainsi recommence la vie dynamique, la vie qui rêve d’intervenir dans le monde résistant.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Une ligne de gravier blanc sur le sol, légèrement en retrait de la surface de matières minérales, et c'est déjà l'idée de l'eau qui avale les pensées. Le flux d'une séquence, de la goutte à la canalisation, humidifie les pensées d'un après-midi ensolleillé. J'ai soif.

June 03, 2014 02:09 PM

L'abandon de l'objet

Un porte monnaie et un sac à main abandonnés Takadanobaba todaimae, Japon, 23 mars 2014

Les objets, tous les objets ont des ressorts. Ils nous rendent l’énergie imaginaire que nous leur offrons par nos images dynamiques.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Les circonstances de l'abandon d'un objet sont toujours fascinantes. À qui appartient-il ? Pourquoi a-t-il été abandonné ? Quel est le sens de cet abandon dans un univers de consommation frénétique ? Par qui a-t-il été fabriqué ? Quand et où ? L'abandon d'un objet dans la rue est le début d'une histoire.

June 03, 2014 01:58 PM

June 02, 2014

Karl Dubost

Le tremblement du sens

Ombre d'arbre sur un mur Takadanobaba todaimae, Japon, 23 mars 2014

Comme nous le disions jadis, confessant notre tempérament onirique : on ne dort bien que dans l’eau, que dans une grande eau tiède.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Les objets du thé conservés par Soetsu Yanagi sont exposés au musée Mingei. L'or entre les fragments ; les objets qui sont utiles sont réparés, conservés. Je sors du musée et c'est l'ombre qui m'invite au thé. Déjà le contour des feuilles infuse, la matière enveloppe et sur mes lèvres, la chaleur de l'eau. Que le monde tremble de sens pour les rêveries du poète.

June 02, 2014 01:45 PM

L'envie de la nuit

Couloir et enseigne de restaurants Tokyo, Japon, 31 mai 2014

L’être qui vit ses images dans leur force première sent bien qu’aucune image n’est occasionnelle, que toute image rendue à sa réalité psychique a une racine profonde — c’est la perception qui est une occasion —, sur l’invite de cette perception occasionnelle, l’imagination revient à ses images fondamentales pourvues, chacune, de leur dynamique propre.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Le train vient de passer. Sous la voie, les restaurants sont silencieux. La chaleur s'assoupit un peu. Entre Tokyo et Yurakucho, les couloirs attendent la nuit.

June 02, 2014 01:23 PM

Un brouillard de sel

Brouillard sur la ville Tsujido, Japon, 1er juin 2014

Débarrassé du souci de signifier, il découvre toutes les possibilités d’imaginer.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Cette nuit, l'océan Pacifique avait largué l'encre noire au cœur de la ville. Le brouillard dépose ses mots de sels sur les lèvres, ennivre et subjugue le promeneur.

June 02, 2014 08:06 AM

June 01, 2014

Karl Dubost

Le train tranquille de Enoden

Quai de gare Fujisawa, Japon, 30 mai 2014

Le rêveur a ainsi bénéficié de la solidité de l’arbre dans la plaine aux moissons ondulantes ; le tronc robuste, — la racine dure, voilà un centre fixe autour duquel s’organise le paysage, autour duquel se tisse la toile du tableau littéraire, d’un monde commenté.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Pendant les fins de semaine, les quais de la ligne Enoden sont bondés, surtout à Fujisawa, Enoshima et Kamakura. Un mélange de touristes de Tokyo et d'ailleurs s'amoncellent en grand nombre pour pouvoir parcourir le trajet de Fujisawa à Kamakura. Le train de Shinjuku (Ligne Odakyu) ou celui de Tokyo (Ligne Tokaido) déversent à Fujisawa un flot incessant de personnes se précipitant aussitôt vers la petite station de Enoden. Peu restent découvrir Fujisawa. Ils descendent généralement à Enoshima ou à Kamakura.

Du lundi au vendredi, c'est une histoire différente qui s'écrie. Surtout le matin de bonheur et tard le soir. Il y a ceux qui travaillent, ceux qui reviennent des classes complémentaires (l'étude du soir), ainsi que les personnes du voisinage. Un peu plus d'espace, de respiration, de possibilité d'errance, nous prenons un banc et nous discutons sans précipitation. Des mots ronds, des mots tendres, des phrases qui s'assoupissent. L'air un peu frais, le vent du Pacifique souffle. Nous nous rapprochons.

train au quai Fujisawa, Japon, 30 mai 2014

June 01, 2014 11:11 PM

Les chemins ouverts

porte ouverte et chemin verdoyant Tokyo, Japon, 27 mai 2014

Dans un monde actif, dans un monde résistant, dans un monde à transformer par la force humaine. Ce monde actif est une transcendance du monde au repos. L’homme qui y participe connaît, au-dessus de l’être, l’émergence de l’énergie.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

La communication entre humains prend du temps. Cette communication qui nous fait échanger un sourire complice, rire ensemble sans se moquer. La confiance est nécessaire. Elle se teste par l'observation, par les tentatives mineures. Hier soir, pendant le basket-ball, il y a cette personne qui m'invite à réaliser les exercices d'échauffement avec elle. Il y a cette autre personne qui après les matchs me donne un « high-five » pour remercier pour le jeu. Petits détails, petits moments de tendresse, toutes ces ouvertures qui dévoilent notre humanité. Cela aura pris uniquement quatre mois. C'est peu. Je me souviens avoir construit des complicités après un ou deux ans à Shimokitazawa. Explorer lentement les chemins ouverts sans les forcer, c'est prendre le temps de l'amitié.

June 01, 2014 10:46 PM

May 28, 2014

Karl Dubost

Le lieu du travail

Mannequins en groupe dans un garage Tokyo, Japon, 27 mai 2014

Et, tout compte fait, la leçon philosophique est grande, car elle montre que toute contemplation est une vue superficielle, une attitude qui nous empêche de comprendre activement l’univers. L’action, sous ses formes prolongées, apporte de plus importantes leçons que la contemplation. D’une manière plus particulière : la philosophie du contre doit avoir le pas sur la philosophie du vers, car c’et le contre qui finit par désigner l’homme dans son instance de vie heureuse.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Point de forge au vacarme assourdissant, d'atelier où les copeaux jonchent le sol en boucles blondes, aucun champ où le pied lourd s'enfonce dans le sillon sous la pluie, point de caisse enregistreuse où l'obésite et le déchet s'annoncent, point de cabines de camion où les gaz asphyxient l'ennui, point de bureau à cloisons où le néon blafard évapore les couleurs. Rien de tout cela.

Autour de moi, des hommes d'affaires remplissent des papiers sur une large table collective. Formulaires, ciseaux et colle à papier, il est nécessaire d'ajuster la photographie aux dimensions exactes. Nous attendons l'ouverture du guichet. D'autres consultent déjà les réunions qu'ils auront à réaliser dans leur journée. Un autre prépare une présentation en manipulant les tableaux de données et les graphes sur son portable. De l'autre côté du comptoir, deux hommes en chemises se préparent à la routine quotidienne, la réception des formulaires, leur vérification et la délivrance des visas. Ils trient, alignent, marquent les erreurs. Ils tamponnent aussi. Le matin pour les demandes, l'après-midi pour la délivrance, je crois reconnaître l'un des employés par l'une de ses caractéristiques physiques visibles. Je compte les années de routine depuis mon dernier passage.

Mon ordinateur est ouvert. Je lis les messages de la journée précédente. Je trie, je range, je note les erreurs. Je réponds aussi. Un rapport d'anomalie, un site Web à tester, une analyse un peu plus compliqué, j'exécute. Rouage de la grande machine industrielle du Web, et toujours cette question en suspens, quel est le sens de mon action ? Collaborateur de la grande pompe à fric publicitaire ou résistant au nom d'un mode d'expression.

Je travaille. Ils travaillent. Nous travaillons. Le non-lieu du travail est un privilège. Est-il ? Où est-ce une liberté qui nous emprisonne un peu plus dans un espace large mais contrôlé ? Peut-être que le lieu n'est pas le critère. Quel est le contrôle que nous avons sur nos temps d'éxécution ? Quelle est l'ampleur de la maîtrise de nos réalisations ?

Mon visa est délivré. Je dois changer de lieu.

May 28, 2014 11:19 PM

Ceci n'est pas un hamburger

deux icônes de caractères Céleste hamburger

Le créateur ☰ est le ciel, il est rond, il est le prince, il est le père, le jade, le métal, le froid, la glace, le rouge sombre; c'est un bon cheval, un vieux cheval, un cheval maigre, un cheval sauvage; c'est le fruit d'un arbre.

Yi King, le Livre des Mutations.

Une question sur la vieille liste webdesign-l (oui, je suis toujours abonné) montre comment les gens empruntent des raccourcis sémantiques et s'approprient l'univers des mots et des images. La question était In an HTML5 document, I'm trying to use this: &#9776; which displays a hamburger icon - except in IE8. Is there a way to get that to work in 8? I looked for some kind of conversion tool but didn't see anything.

Le caractère dont la personne parle est en fait ☰, l'un des huit trigrammes du Chinois. Il est l'image du ciel et est décrit comme tel dans Unicode. Le manque de support n'est pas dû à IE8 mais à l'absence certains appareils de la police de caractères adéquate pour afficher ce caractère chinois.

Il existe bien un caractère pour les hamburgers dans Unicode.

TRIGRAM FOR HEAVEN. Unicode: U+2630, UTF-8: E2 98 B0
🍔
HAMBURGER. Unicode: U+1F354 (U+D83C U+DF54), UTF-8: F0 9F 8D 94

Bien sûr, il ne s'agit pas du type de « hamburger » dont la personne parlait. Cette tendance des concepteurs Web que l'on voit fleurir sur tous les sites depuis quelques années est une icône pour représenter un menu de navigation. Il est préférable d'utiliser SVG et/ou un fichier PNG dans le cas où le support de SVG n'est pas possible. Et ce menu a une origine beaucoup plus lointaine qu'on ne le pense. Elle existait déjà chez Xerox Park en… 1981. Norm Cox est le créateur de ce menu compact contextuel en trois lignes.

La beauté de la transformation des sens est d'autant plus merveilleuse que le caractère ☰ est définie par le Yi Jing qui est le Traité canonique des mutations.

May 28, 2014 12:50 AM

May 26, 2014

Karl Dubost

L'évanoui

Maison en cours de destruction Tsujido, Japon, 26 mai 2014

The air was soft, the stars so fine, the promise of every cobbled alley so great, that I thought I was in a dream.

Jack Kerouac, On The Road.

Ce soir, c'est le vent et la pluie. Les volets coulissants vibrent entre les parois. Les gouttes crépîtent sur les murs. La maison de bois s'exprime. Les rafales de vent donnent la mémoire du ressac. Sur la table, la misère dans un verre de confiture fait des racines. Presque minuit, On The Road dans les pupilles sur le grand mur blanc, le voyage s'impatiente déjà.

Ce matin, tristesse oblige, la démolition d'une maison près de la gare. Cette maison, celle de l'entrée romantique et végétale, celle d'une idée, d'un poème. Je n'ai plus que la photo de cette entrée prise au printemps dernier. Ce mois de mai 2013, Olivier et moi préparions la rouille du Web.

La pluie sur les murs, le cœur en voyage, tout semble frêle et lié. Des boutures de mots sur lèvre à nuit, tout disparaît.

May 26, 2014 02:25 PM