Planète Web Sémantique

June 02, 2020

Karl Dubost

lutte

Mur Tsujido, Japon, 24 mai 2020

Je ne sais pas si le langage est une arme. Sinon contre soi-même. Mais même en ce cas, on rêve d'autres modes de relation, de pression, d'explosion ou de creusement, y compris dans la dureté et l'opiniâtreté, que ce qu'ils font de leurs armes dans ce monde vieux.
— Les fragments du dedans - François Bon, urn:isbn:978-2-246-80690-5

L'empathie, ce n'est pas choisir pour l'autre. L'empathie n'existe que dans l'écoute.

La lutte pacifique, raisonnable en observant les règles du dominant, de l'oppresseur est bien souvent une validation du système. De la même façon que le marketing digère les idées contestataires pour aligner un peu plus les gens dans leurs actes de consommation, les systèmes politiques oppresseurs donnent les camisoles pour protester sans les changer. Un genou à terre ? Pas acceptable. Un cri de colère ? Pas acceptable. Une prière pour vivre ? Pas acceptable.

Ils disent « La bonne façon de protester est de mourir en silence. »

Je suis un homme. Je suis blanc. Je suis hétéro. Je remplis toutes les cases des situations de l'acceptable. Je suis un privilège. En 50 ans, je n'ai eu qu'un seul épisode d'agression verbale raciale, l'an dernier. Un seul en 50 ans. Et j'ai encore dû mal à en parler.

La souffrance de l'autre m'est inaccessible. Je ne peux être que solidaire de la lutte, parce qu'il n'y a rien de normal, rien de logique, rien d'humains dans ce que nous voyons cette semaine, répétés à l'infini depuis des générations.

sur le bord du chemin

  • Publishers Sue the Internet Archive Over its Open Library, Declare it a Pirate Site. Les éditeurs industriels et leur machine à saucisses… Et comme il faut les nommer : Hachette Book Group, Inc., HarperCollins Publishers LLC, John Wiley & Sons, Inc., et Penguin Random House LLC.

    Several major publishers have filed a copyright infringement lawsuit in a New York court targeting the Internet Archive's Open Library. According to the complaint, the project is a massive and willful infringement project that amounts to little more than a regular pirate site.

    Dans le pdf déposé par les industriels :

    Despite the “Open Library” moniker, IA’s actions grossly exceed legitimate library services, do violence to the Copyright Act, and constitute willful digital piracy on an industrial scale.

    Les gens de Hachette et moi n'avons pas la même définition de violence.

  • LISBOA ORCHESTRA par Guillaume Delaperriere

  • Software Architecture, ainsi que testing as communication.

June 02, 2020 02:59 PM

June 01, 2020

Karl Dubost

fragments de la journée

Petit déjeuner Tsujido, Japon, 1er juin 2020

Je ne sais pas si le plus important de ce qu'on apprend avec l'âge, au rebours du métier ou pour se défendre de lui, ce n'est pas la capacité de l'abandon.
— Les fragments du dedans - François Bon, urn:isbn:978-2-246-80690-5

Mettre les fragments en face de soi. Ne pas tenter de les organiser. Les mots n'ont plus de sens. La démolition des valeurs humaines par un système.

Alors ?

Il suffit de noter.

Une vibration de 6:02. Un crachin de la baie de Sagami. Le shiso, le basilic, la menthe et le persil dans les pots de céramique bleue. Le crayon jaune de son grand-père, je le taille et le pose sur une étagère. Je ne vais pas l'utiliser. Les livres sans transition d'un matin à l'autre. Comment choisir le prochain livre ? Celui ci fût probablement acheter il y a 5 ans lors d'un voyage en France. Les fragments du dedans semblent être un appel aux fragments de mes lobes. Un pull request. Une revue de code. Un deuxième pull request. Une autre revue de code. Des diagnostics. La violence policière en accumulation de vidéos de 30 secondes dans des messages de quelques centaines de caractères. Court. Brisé. Atomisé. Brutalisé. Agonisé. Étouffé. Bousculé. Frappé. La tendresse. Le bain. Le repas. Les mots encore.

Alors ?

Il est nécessaire de lutter.

Le désir d'être debout est notre espoir.

La réalisation se pratique dans le chemin qu'il soit de bitûme ou d'argile.

sur le bord du chemin

  • Pour la première fois depuis la seconde guerre mondiale, les plages de de Fujisawa seront fermées cet été. Pour mieux comprendre, ces plages là sont proches de Tokyo et ont donc de nombreux visiteurs, environ 1.5 millions de personnes chaque été. De même Kamakura, Zushi, Hayama, Yokosuka, Oiso, Odawara, Chigasaki, Hiratsuka et Yugawara fermeront aussi leurs plages.

June 01, 2020 02:59 PM

May 31, 2020

Karl Dubost

le matin et les mots

livre, bol, tasse et plante Tsujido, Japon, 31 mai 2020

Naming, or leaving something unnamed, carries the weight of a lifetime of validation, or the withholding of such.
— ‘Others’ is not a race - Melissa de Silva, urn:isbn:978-981-11-4711-1

Matin gris, matin lent. Le confort de la fraîche matinée accueille ma lecture. J'attends l'imperceptible changement des feuilles. Une vibration de la table en bois, un rayon de soleil pour un autre jour, il suffit d'attendre. Je laisse le quotidien remplir mes journées. Le basculement du végétal vers la chaleur or bleu du matin prendra son temps.

Et après-demain est déjà un souvenir.

sur le bord du chemin

  • carte des rivières à Fujisawa (pdf)
  • Tsujido, en mai 2020 10 244 habitants au ㎢. 44 127 habitants, 18 909 résidences (moyenne 2.3 personnes). (pdf) (Fujisawa a 436 040 habitants pour 192 800 résidences)
  • I can't breathe. What The Fuck, America? 50 ans. 60 ans. Et la lutte n'a rien changé. Les blancs sont les blancs. Ils ne peuvent comprendre l'horreur. Mais continuent à la perpétuer. Massivement. I can't breathe.

May 31, 2020 02:59 PM

May 30, 2020

Karl Dubost

libre penseur

banc entre les arbres et herbes Tsujido, Japon, 30 mai 2020

Life was simple and families spent a lot of quality time together where we actually talked to each other.
— ‘Others’ is not a race - Melissa de Silva, urn:isbn:978-981-11-4711-1

Le long de la rivière Hikichi, il y a une route pour piétons et amateurs du vélo en goudron. Il y aussi un chemin en terre entre les herbes et les arbres. Heureusement, personne ne l'emprunte. Il est envahi. Le sens de l'abandon s'invente sur quelques pas. Une tonnelle en métal blanc légèrement rouillée enveloppe les mouvements lents. En ce moment, les fleurs de jasmin et de chèvrefeuille sont écloses. Je m'assoie sur un des banc en bois patiné. Aujourd'hui je ne peux pas rester longtemps sous les parfums. Je reviendrais bientôt avec un livre, le matin de bonne heure. Quand le soleil est encore froid. Quand la respiration est encore jeune sous les jasmins et chèvrefeuilles.


Il pointe du doigt une cabine téléphonique. Il demande « qu'est-ce que c'est ? »

Je ne suis pas sûr ce qui m'étonne le plus : Qu'il demande ou que la cabine dans cette rue existe encore ?


Une journée de pots bleus en céramique de Shigaraki, de Bánh mì, de Cà phê sữa nóng, de trajectoires aléatoires entre les maisons, de pas hésitants et de graminées inconnues, d'écuelles d'eau, une journée sans ponctuations, juste des bourrasques tendres de délicatesse et plaisir.

sur le bord du chemin

May 30, 2020 02:59 PM

May 29, 2020

Karl Dubost

déchirement

shoji déchiré Tsujido, Japon, 2 janvier 2020

I yank myself back to my dilemna of the present.
— ‘Others’ is not a race - Melissa de Silva, urn:isbn:978-981-11-4711-1

Les shojis dans la chambre commençait à être en mauvais état. Le papier grisonne au rythme des nuages d'hiver et du soleil d'été. Les mouvements mal contrôlés viennent célébrer la déchirure. De l'intérieur, on accède à l'intime. De l'extérieur, on réveille la curiosité des maisons abandonnées.

Un jour de grand soleil en février 2020, j'ai pris l'un des quatre panneaux que j'ai sorti dehors. Et à grand coup j'ai commencé à faire des trous dans tout le panneau. Le temps de la nouveauté passée, comme par un défoulement jubilatoire, ils m'accompagnent.

shoji déchiré Tsujido, Japon, 23 février 2020

Les laver à l'eau et les laisser sécher.

shoji lavé Tsujido, Japon, 23 février 2020

Et puis il faudra encoller les croisillons de bois avant de dérouler des grandes feuilles de papier sur le cadre en bois.

Cela sèche relativement vite et il est possible de remettre en place les shojis rapidement.

shoji papier collé Tsujido, Japon, 23 février 2020

(on remarquera que sur le premier panneau j'ai raté une ligne de colle. )

sur le bord du chemin

May 29, 2020 02:59 PM

May 28, 2020

Karl Dubost

promenade persillée

forêt dessinée Tsujido, Japon, 27 mai 2020

Yet this place too, is having its identity eroded by the relentless clad of development. Is it selfish of me that my joy outweighs my sadness? What I do know is that is that it's the only place in the world where I don't have to explain who I am, or why.
— ‘Others’ is not a race - Melissa de Silva, urn:isbn:978-981-11-4711-1

J'ai trouvé des branches de persil épluchées dans l'évier. Machinalement, avec la main, j'en porte une à mon nez. Le persil italien possède une feuille délicate. Elle s'oublie dans le palais pour laisser la place au parfum. Cette branche n'a plus de feuilles, mais toujours une délicate extase. J'ai faim. Je prends les autres dans la main. Je m'apprête à les jeter. Dans le chemin creux de ma paume, je réalise la forêt. Je pose les branches sur la table en bois. Je prends une feuille de papier. Je trace une ligne. Je plante alors les branches dans l'humus. En ce moment d'évidences végétales et d'expérimentations de l'isolation, la botanique est essentielle. La forêt est simple, diffuse. J'entends le bruit d'un oiseau. Il est posé sur une branche. Je dessine l'homme qui le regarde.

Je me sens bien.

Les forêts de persil appartiennent dorénavant aux lieux de promenade de mes rêveries. Pas très loin des forêts de brocoli baobab.

sur le bord du chemin

  • or this… or this

  • Tatouage de fleurs après une mastectomie.

  • 'Master dÉcopoétique et Création d’Aix-Marseille Université.

    En tant que productrice de fictions et de multiples « versions de monde », la littérature et la création littéraire ont un rôle essentiel à jouer dans une époque où il devient urgent de repenser nos modes de vie et de réinventer les rapports que nous entretenons avec le monde vivant. Le pari de ce master à distance en « écopoétique et création » consiste à conjuguer la recherche en littérature et la pratique de la création dans le contexte plus large de la crise de l’anthropocène. Cette nouvelle alliance et cette nouvelle écologie des études littéraires se proposent de redonner vie aux humanités et de refonder l’humanisme au sein de collectifs élargis mêlant humains et non-humains dans une nouvelle écologie à la fois environnementale, mentale et esthétique.

  • 20 ans d’archivage du web par Christine Génin. Une pensée vague m'éponge. La BnF comme lieu de donation d'un site Web pour les legs par testament d'un site particulier. La question de préservation post-morterm des écrits en ligne est souvent discutée dans la communauté. Sans maintenir une version fonctionnelle en ligne, une archive semble du domaine du possible. Quel serait l'agencement technologique et légal pour réaliser et dans quel intérêt pour la BnF.

    La BnF conserve ainsi des fragments du web tel qu’il existe depuis plus de 20 ans. Ces strates se superposent pour former une masse déjà imposante de 29 milliards de fichiers collectés soit 794 téraoctets de données. Ces données sont d’autant moins évidentes à appréhender qu’il n’existe pas de catalogue comme pour les autres types de documents, mais seulement une application qui permet de localiser l’archive d’un site à partir de son adresse. De plus, les fonds sont lacunaires, du fait de l’impossibilité de capturer tous les sites, et des obstacles auxquels se heurtent les robots : l’accès à la plupart des bases de données et à certains fichiers leur est interdit. L’archinaute qui cherche à consulter ces données reçoit alors un message d’erreur.

  • The Voyage Out (1915), Virginia Woolf (1882-1941).

    The reasons which had drawn the English across the sea to found a small colony within the last ten years are not so easily described, and will never perhaps be recorded in history books. Granted facility of travel, peace, good trade, and so on, there was besides a kind of dissatisfaction among the English with the older countries and the enormous accumulations of carved stone, stained glass, and rich brown painting which they offered to the tourist. The movement in search of something new was of course infinitely small, affecting only a handful of well-to-do people.

  • PANDÉMONIUM 1..

    Pour monter à bord il vous suffit : 1. d’écrire un texte bref (1.500 signes au plus) ou une série de textes brefs témoignant : soit de l’expérience imaginaire d’un.e croisiériste confiné.e dans sa cabine sur un bateau contaminé, soit d’un épisode, d’un « moment » ou d’une réflexion de votre propre confinement.

  • À propos du travail a-localisé et comment garder des habitudes de marche. Une personne de Mozilla dit :

    I’ve started to take walks during view only meetings.

    Je trouve que c'est une bonne idée et puis… je me souviens très vite que mes marches sont un besoin de contact du monde et du mouvement du corps. Regarder une conférence ou un vidéo-meeting enregistrés me couperait de cette essence de soi. Peut-être après une longue marche en se posant quelque part pour ne plus bouger. Peut-être que là oui.

May 28, 2020 02:59 PM

May 27, 2020

Karl Dubost

avion de Derrida

Jouet avion démonté Tsujido, Japon, 27 mai 2020

And with them a lifetime of customs and laughter, repartee and colour, leach into the dust of unmemory. — ‘Others’ is not a race - Melissa de Silva, urn:isbn:978-981-11-4711-1

Son tournevis Derrida en main, il déconstruit les objets. Comprendre comment l'univers s'organise est essentiel. Je prends tous les morceaux et les place dans une boîte au cas où il voudrait le remonter plus tard. Peut-être. Je souris. Je pense au sourire que cela va provoquer là bas.

sur le bord du chemin

May 27, 2020 02:59 PM

May 26, 2020

Karl Dubost

sur la terre nue

Haricots verts s'enroulant Singapour, 28 décembre 2019

The words escape almost before I can think them solid.
— ‘Others’ is not a race - Melissa de Silva, urn:isbn:978-981-11-4711-1

Le vacarme assourdissant des mots de la presse éteint toute possibilité de conscience. Quand l'abondance suffoque, je tourne les yeux vers la botanique. L'urgente nécessité de l'apaisement se glisse le long des veines. Je prends une respiration suffisamment longue pour oublier la précédente. Les hypnées et fontinalées forment le cocon de mon silence. Ephemerum Serratum Hampe, sur la terre nue, argileuse humide. Phascum muticum Schreb, sur la terre nue, dans les champs argileux ou sabloneux. Phascum cuspidatun Schreb, sur la terre argileuse dans les champs, les jardins, les prairies, les lieux incultes. Phascum bryoides Dicks, sur la terre, au bord des sentiers, au pied des murs, terrains calcaires. Phascum curvicollum Hedw, sur la terre dans les champs incultes.

Sur la terre.

Les pieds dans l'oubli de l'épaisseur humide.

Debout.

sur le bord du chemin

May 26, 2020 02:59 PM

David Larlet

Covidoudou

Journal de déconfinement.

Préambule

Il est rare que j’écrive sur mon travail avec aussi peu de recul. J’avais déjà partagé une expérimentation avec data.gouv.fr et l’aventure Zam sur ces deux dernières années. Ici, le contexte est un peu particulier et s’apparente davantage à un sprint. Il concerne potentiellement 68 millions de français·es (👋🐢🤔), ce qui met la barre assez haute.

Récit de ce qu’il se passe parfois derrière le rideau de vos écrans.

Jour 1 (5 mai) : Un démarrage étrange

Cela fait quelques temps avec l’équipe que l’on se demande quoi faire car la suite annoncée n’est pas aussi réactive que ce que l’on eu espéré, contexte sanitaire oblige. On essaye de se positionner sur des produits où l’on pense pouvoir être utiles et qui ne soient pas du solutionnisme technologique.

On nous propose de faire un questionnaire pour le Ministère des Solidarités et de la Santé qui soit à l’opposé d’un autre produit développé en parallèle par le gouvernement :

  • open-source dès le premier jour
  • sans aucune donnée collectée
  • avec un algorithme public

Jusque là, c’est plutôt alléchant mais le timing est quand même serré : le déconfinement est prévu pour le 11 mai. Soit 6 jours plus tard. Gloups.

En plus de l’urgence, d’autres voyants sont au rouge : on évoque une équipe en mode commando et il y a déjà beaucoup d’attentes bien qu’aucune ligne de code n’ait été produite… sans compter le fait que nous ne sommes ni des développeurs JavaScript, ni familiers des plateformes de distribution des GAFAM+. Par choix.

On finit par accepter car l’intention nous semble louable. Opération : Covidoudou.

Jour 3 (7 mai) : Doutes techniques

What is clear: right now, if you’re using a framework to build your site, you’re making a trade-off in terms of initial performance—even in the best of scenarios.

Some trade-off may be acceptable in the right situations, but it’s important that we make that exchange consciously.

The Cost of Javascript Frameworks (cache)

Beaucoup d’interrogations relatives aux performances et à la complexité que l’on souhaite déléguer dans ce domaine. On s’attend à avoir potentiellement une charge non négligeable à encaisser. On évalue plusieurs solutions mais aucune ne nous satisfait pleinement, aussi on décide de faire un premier jet avec une succession de vues en JavaScript à la main qui reprennent des éléments template pré-chargés dans le HTML. Lorsqu’on fait un compromis, il s’agit toujours de tenter de trouver la solution la moins pire pour un contexte donné.

But I think there are a lot of problems that are better solved some other way.

Second-guessing the modern web (cache)

En parallèle, on commence à implémenter l’algorithme. Il est décrit dans des fichiers du genre Copie de algo_deconf_final_V3.xlsx (véridique) et mis à jour par un comité d’experts médecins qui se l’échangent par courriel. On reçoit plusieurs versions par jour !

On fait une première démo à l’équipe rapprochée.

Jour 5 (9 mai) : Un algorithme récalcitrant

L’objectif est simple : on a une série de questions et en fonction des réponses on affiche des conseils personnalisés en fonction de la localisation, des caractéristiques, des antécédents et des symptômes ou contact à risque potentiels.

Sauf que tout bouge très vite, autant les questions que les conseils ou l’arbre logique qui permet de passer des unes aux autres. Sans compter qu’il a été écrit par des médecins dans une feuille de calcul et qu’il faut aller repêcher les informations à la main. Pas évident.

En parallèle, on publie le code source sous licence MIT et on est maintenant en capacité de faire une démo à l’équipe élargie. Les retours sont plutôt bons et ça tranquillise beaucoup de monde.

Jour 7 (11 mai) : Tenir la charge

If you are in charge of a web site that provides even slightly important information, or important services, it’s time to get static.

Get Static (cache)

Ronan s’occupe de faire en sorte que l’architecture tienne le coup, on évoque une annonce à la télévision et apparemment ça peut faire un gros pic dans les courbes. Surtout dans cette période anxiogène. Heureusement que l’on ne sert qu’une page statique relativement légère (cache) au final. Sans recompiler (cache) trop de choses dans le navigateur.

De mon côté, j’extrais toutes les chaines de caractères dans des fichiers markdown et je documente l’algorithme en faisant des liens vers chaque fichier. Je ne sais pas où je vais mais j’ai l’intuition que ça sera moins galère que l’historique des révisions d’une (ou plusieurs !) feuille(s) de calcul.

On commence à avoir des retours d’associations de patients pour nous aider à rendre le contenu intelligible par des non-médecins/techniciens. C’est chouette.

Jour 9 (13 mai) : Lancement officiel

On a enfin une adresse officielle : mesconseilscovid.sante.gouv.fr, en seulement 9 jours ! Ça peut vous sembler long mais obtenir un sous-domaine en .gouv.fr est parfois un très très long périple.

Capture d’écran du site Capture d’écran du site.

On peaufine le cache mais aussi sa mise à jour. Il faut que l’application soit conforme à des doctrines gouvernementales changeantes dans un contexte où la réactivité est cruciale. Notre connaissance de la maladie évolue et les conseils pour y échapper aussi.

Même avec les polyfills qui vont bien, il semblerait que l’élément template soit un peu capricieux avec Internet Explorer 11 et on espère que le site soit utilisable par le plus de personnes possibles. Cela occasionne une veillée à revenir sur notre façon d’écrire les pages/vues. Pas vraiment la partie la plus fun…

Jour 11 (15 mai) : Structuration et consolidation

Jusqu’à présent, on a favorisé la vitesse au détriment de la robustesse. On ne peut pas avoir les deux en si peu de temps. Mais par contre, il faut être suffisamment lucide pour savoir s’arrêter à temps et consolider l’existant. Alors on écrit plus de tests, on ré-arrange le code pour le rendre plus compréhensible.

Côté contenus, la proposition de passer par Microsoft Github pour éditer les contenus (et peut-être à terme l’algorithme lui-même ?!) a été bien acceptée et on commence à recevoir des pull-requests de médecins.

Poussés par le besoin, on a créé une nouvelle façon technique d’interagir. Un framework nous aurait probablement trop contraint pour avoir cette liberté d’innovation. Difficile de se prononcer avec certitude toutefois.

Jour 15 (19 mai) : un CMS statique

Suite à une réunion de travail, on se rend compte qu’il est difficile d’avoir accès à l’intégralité des contenus disponibles pour pouvoir rester cohérent dans les formulations. Aussi, un découpage par dossier s’impose et permet d’avoir un fichier README.md qui va compiler l’ensemble de ces contenus par type. Cela fournit un lien pour aller éditer le bon contenu depuis ces index.

On sent naître aussi la nécessité d’un CHANGELOG afin que toutes l’équipe élargie sache ce qui est implémenté et déployé. C’est intéressant — et un peu effrayant — de voir à quel point on a réussi à faire contribuer des médecins peu techniques en utilisant nos outils de développeurs·ses.

Aussi, je m’éclipse pour une vingtaine d’heures en forêt.

Jour 18 (22 mai) : Prise de recul

Prioritisation isn’t easy, and it gets harder the more factors come into play: user needs, business needs, technical constraints. But it’s worth investing the time to get agreement on the priority of your constituencies. And then formulate that agreement into design principles.

Principles and priorities (cache)

Voici venu le temps de se ré-interroger sur nos intentions, les attentes, les outils employés, nos pratiques. C’est pour moi l’un des meilleurs moments d’un produit, ce petit coup d’œil régulier dans le rétroviseur. Celui qui permet de réajuster une trajectoire naissante en désignant un nouveau cap.

Particulièrement côté technique, on a intentionnellement évité tout les outils JS jusqu’à présent. Il y a peut-être des petites briques à récupérer de-ci de-là sans télécharger la moitié du web. Je me réjouis que l’on ait réussi à conserver une page performante et relativement accessible pour l’instant :

Une série de A depuis l’outil WebPageTest L’andouillette du développeur Web.

Autre victoire non négligeable, tout reste dans le navigateur. Les seules statistiques que l’on ait sont celles de téléchargement de la page et toutes les dix minutes un ping pour vérifier que les conseils sont bien à jour. Vous pouvez refaire le test 15 fois et on ne le saura pas. Vous pouvez mettre n’importe quoi et ça ne changera rien de notre côté. Bon, ça peut planter et on ne le sait pas non plus…

En parallèle, des démo sont faites à des personnes plus ou moins importantes qui vont déboucher sur des annonces plus ou moins officielles/diffusées. Jusqu’ici ça tient.

J’ai travaillé 14,5 jours sur ces 18 derniers jours.

Jour 25 (29 mai) : peaufinage et outillage

Dans ce « désert sémantique emplis d’échos confus », nous avons besoin d’un « quelconque fétiche prestigieux » qui puisse servir de « doudou ».

Sur la pandémie actuelle, d’après le point de vue d’Ivan Illich (cache)

On intègre des illustrations qui donnent des repères visuels aux différentes sections. Cela permet de faire un rappel entre la question et les conseils associés. Ces illustrations sont issues de unDraw et sont libres de droits.

On passe aussi une partie de la semaine à finalement s’outiller en JavaScript avec Parcel et à ré-arranger notre code afin de le rendre plus résilient. Fini le fichier fourre-tout avec des variables globales et des dépendances non explicites. Cela nous permet aussi de passer à des tests automatisés, ce qui nous met suffisamment en confiance pour reprendre l’algorithme.

En parallèle, on essaye de savoir via les logs HTTP et goaccess d’où viennent nos visiteur·ses. Ce n’est pas si simple car il faut agréger ceux-ci depuis plusieurs machines.

Mine de rien, le site commence à être utilisé.


À suivre…

May 26, 2020 11:00 AM

May 25, 2020

Karl Dubost

hébergement de La Grange

Haricots verts s'enroulant Tsujido, Japon, 18 mai 2020

Voici la fin du roman ? Voici son point final ?
— La disparition - Georges Perec, urn:isbn:978-2-07-071523-7

Depuis quelques mois je me trouve un peu coincé pour le serveur. J'aime beaucoup Gandi où mon serveur est hébergé. Cependant leur service pour FreeBSD n'est pas à la hauteur. Des images FreeBSD cassées qui m'a valu une perte complète du serveur et puis finalement l'annonce d'une nouvelle image, FreeBSD 12 en janvier 2020, mais qui est elle aussi malheureusement incomplète. C'est la première fois que je me trouve avec tant d'ennuis à gérer en peu de temps. Et comme je semble être la seule personne avec des problèmes, peut-être que je suis le problème.

Donc il va falloir que je trouve une solution plus pérenne et moins bancale.

Mon premier serveur a été chez Mygale. Puis Frédéric Ciréra m'avait proposé d'héberger un serveur Sun dans sa baie sous FreeBSD, qui est parti plus tard hébergé au W3C. Ce fût ma période de stabilité. Avoir son propre serveur (aka machine) offre certaines libertés que les serveurs nuageux ne proposent pas. J'avais même au cours des années acheté une nouvelle machine Dell 1U. Quand le W3C a eu besoin de la place à nouveau, il m'a fallu de nouveau déménager et je suis parti chez Gandi pour leur offre Cloud Servers. Une année d'hébergement dans ma configuration coûte entre 300 et 500 euros.

Je réfléchis donc à mes options :

  • Garder Gandi, passer sous linux ? lequel ?
  • Chercher un autre hébergeur FreeBSD ? (Digital Ocean ? )
  • S'auto-héberger avec un petit serveur dédié à la maison avec une fibre optique à la maison en IP fixe ? (plus facile à gérer pour les reboots manuels, moins sécure quand le disque meurt).

sur le bord du chemin

  • Imperceptions.

    L’imperception serait alors un nom féminin. Il s’agirait d’un glissement malencontreux de la perception. Une petite collision entre le conscient et l’inconscient, entre le vécu et l’imaginaire, le perçu et le ressenti, entre un fait et un souvenir pour lesquels la mise en relation n’est ni flagrante ni impossible.

  • Attrapé ce week-end dans le jardin, probablement une reine polistes rothneyi en train de faire son nid, un peu trop près de la maison.

  • Cela devient compliqué le lexique du trajet entre la campagne et la ville. Making an O-turn: The siren call of Japan’s rural life.

    This isn’t a completely new trend. I-turn, U-turn and J-turn are existing economic terms to describe people who move between urban and rural environments: U-turn describes those who moved from the countryside to the city, and are now returning to their hometowns; I-turn describes those from the city moving to the countryside; while J-turn refers to people originally from the countryside who, after moving to the city, return to a place near their hometown.

    Increased interest in rural living has led to the creation of a new movement pattern: the O-turn. O-turners opt for a lifestyle in which they maintain two homes ⁠— one in the countryside and one in the city ⁠— with time split relatively equally between the two.

  • Il existe même une école pour les « O-turners » (ah ! Marketing… rien n'est inaccessible à ton désir limace de tout coller).

    an online agriculture school, is one such O-turner on a mission to change the perception of what it means to live and work in the Japanese countryside.

    La contribution par Momoko Nakamura ressemble à un point presse déguisé en article. Je me demande qui a écrit l'article. La personne derrière le nom.

    Momoko Nakamura is a cultural conservationist and storyteller, producing product, events, video, and written work.

    She is currently researching and educating on the topic of the fundamentals of Japanese Living - “dress, dine, dwell” or clothing, food, and home. Her leading project is advocating to safeguard and celebrate traditional Japanese natural farming.

    Demi journée de visite de Tokyo pour 500 USD. Mais bon pourquoi pas. Il en résultera peut-être un peu de conscience.

  • Plongée dans les canaux

  • Erin Schoneveld, "Shirakaba and Japanese Modernism: Art Magazines, Artistic Collectives, and the Early Avant-Garde" (Brill, 2018).

    Shirakaba, which means “white birch,” is recognized as the most significant art movement of the period, and had a lasting impact on the discourse and practice of art in modern Japan. The group’s journal was among the first and most important Japanese art magazines to include the works of prominent European artists, and doing so shaped the contours of the art world of twentieth-century Japan.

May 25, 2020 02:59 PM

May 24, 2020

Karl Dubost

à la rencontre des lieux imaginés

Tsujido, Japon, 24 mai 2020

Nous voyagions. Nous avons connu l'obscur chagrin du transat, la nuit dans l'inconfort glacial du camping, la fascination du panorama, l'affliction au goût sûr d'accords trop tôt rompus. — La disparition - Georges Perec, urn:isbn:978-2-07-071523-7

Cette rencontre avec le Fuji est un indice. Nous devrions garder des notes des impressions des lieux que l'on ne connaît pas encore. Il s'agirait de noter minutieusement les détails d'un lieu par nos lectures, nos expériences cinématographiques, les journaux, les commentaires des amis et des inconnus. Nous pourrions construire ce catalogue des lieux où nous ne sommes pas allés. Et si par chance, nous devions les rencontrer ou mieux y vivre, nous pourrions alors envisager une lecture comparée entre nos fantasmes et notre réalité quotidienne. Il serait même mieux de pouvoir commencer cet exercice le plus tôt possible alors que tout n'est que spontanéité.

Cela pourraît être une « autobiographie des lieux où ne sommes jamais allés. »

sur le bord du chemin

  • Moving on from Mozilla.

    As a mature organization, Mozilla’s internal leadership needs are very different from those of a younger and more actively growing company. There’s a far higher bar at Moz for what it takes to be the best person for a task, because the saturation of “best people” is quite high and the prevalence of entirely new tasks is relatively low in comparison.

  • Auberge des blogueurs. Jeu de rôle littéraire. Ouverture des inscriptions le 1er juin 2020.

    Une auberge à la montagne, près d'un lac. Des personnages en résidence qui se croisent, des membres du personnel, des joueurs-auteurs pour les incarner.

  • Critères pour les entre­prises tech par Éric. Il y manque une nuance. « Privilégier la résilience sur la conquête du marché. »

    J’ai tenté, la liste va bouger, mais voici 10 de mes critères prin­ci­paux pour juger d’une entre­prise qui recrute des tech

    arkhi réagit.

  • Adopter un arbre.

    Depuis plus de 10 ans je photographie des personnes au hasard des rencontres près d’un arbre.

    Qu’ils aient un lien ou pas, selon un même processus, je leurs propose de poser face à l’arbre. Je leurs demande, le temps de la prise de vue de le respirer, de l’adopter.

May 24, 2020 02:59 PM

May 23, 2020

Christian Fauré

Jean Renoir et les blueprints

“Ma vie et mes films” de Jean Renoir est un petit livre précieux que j’ai relu de nombreuses fois. C’est une écriture singulière pour un homme singulier qui a fait des films singuliers.

Quelque soit le format – cinéma, livre et même interview – on ressent toujours l’émergence de la vérité la vie, comme ces plantes et fleurs urbaines qui arrivent se frayer un chemin au travers le béton et le bitume.

Dans une interview rediffusée dans le cadre d’une émission sur France Culture, on retrouve encore cette justesse :

“Une chose existe, et sa signification vient après. C’est bien pour ça que l’architecture moderne est mauvaise. C’est ma critique de l’époque moderne, qui est une époque où l’on croit au plan, au blueprint. Moi je ne crois plus au blueprint, j’ai l’impression que le plan on devrait le faire après avoir construit la maison”.

by Christian at May 23, 2020 03:50 PM

Karl Dubost

Le premier souvenir d'un non-lieu

Tas de négatifs au format 110 Tsujido, Japon, 23 mai 2020

Il y a, fit l'inconnu, dans son discours un oubli qui m'apparaît fort significatif.
— La disparition - Georges Perec, urn:isbn:978-2-07-071523-7

Dans une boîte en bois, parmi les pochettes de négatifs de film, je trouve une vieille enveloppe. Poussiéreux, pliés, abîmés et peut-être « abymés, » car telles sont les profondeurs de nos gouffres sensoriels, un peu collés pour certains, il y a là quelques dizaines de négatifs. Mon premier appareil photo qui ressemblait probablement à quelque chose comme l'ektralite de Kodak. Le format 110 était un film, avec des images de 13 × 17 mm, contenu dans une cassette en plastique. Je devais avoir autour de 9 ans. Je partais en classe de neige pour une semaine dans les Alpes à Ristolas. La chance encore une fois, d'avoir eu une enseignante dynamique et accompagnant sa paroles de gestes concrets pour ouvrir nos yeux au patrimoine et à la culture. Cette année là fût divine. Mes meilleures années scolaires se comptent au rythme de mes épanouissements. Elles commencent par des totems et s'achèvent par une ville coupée en deux. À raconter un autre jour.

Je n'ai pas de scanner de film, mais un scanner papier. J'ai tout de même tenté une expérience en posant certains des négatifs sur le scanner. Peu d'espoir, mais tout au plus un « si jamais » de ceux qui nous emmène vers les rêveries longues. Un détour de mémoire, une bifurcation dans la poésie de la rouille photographique, les souvenirs se patinent plus vite que les négatifs, même abîmés.

Les dernières photographies de l'une des bandes de film me surprend. Un paysage montagneux, et pourtant cela ne peut pas être les Alpes. Je ne comprends pas tout de suite. La forme me semble profondément familière. Je décide d'invertir les couleurs et de la passer en noir et blanc. Je joue avec les contrastes, la luminosité et l'exposition. Je remarque alors qu'il s'agit de la photographie d'un écran de télévision. C'est la fin de la pellicule. Peut-être avais-je voulu finir les derniers clichés pour obtenir ceux du voyage.

planche contact de négatifs avec le Mont Fuji Rouen, France, ~1978

Oui… cette montagne ressemble très étrangement au mont Fuji. Ai-je donc pris ma première photographie du Mont Fuji en 1978 ? À travers un écran de télévision ? Posons nous nos pas sur des trajectoires hasardeuses ou suivons nous la pente de nos expériences oubliées, inconsciemment ?

Baie de Sagami et Mont Fuji Tsujido, Japon, 17 mai 2020

Alors il suffit de s'approcher du pixel de nos mémoires pour y voir les artefacts. Toujours pas…

Baie de Sagami et Mont Fuji Tsujido, Japon, 17 mai 2020

Et maintenant ? le 17 mai caché par les nuages.

Mont dans les nuages Tsujido, Japon, 17 mai 2020

Et retrouver cette photo de 1978, que cela signifie-t-il sur mon regard aujourd'hui du Fuji ? Est une fascination ? Une programmation ? Ou juste le plaisir renouvelé d'une intimité silencieuse et libre ?

sur le bord du chemin

May 23, 2020 02:59 PM

May 22, 2020

Karl Dubost

archives commentées d'une mémoire

personnes sur le quai d'une gare Tokyo, Japon, 22 janvier 2020

On travaillait la main dans la main ! Tout ça baignait dans un climat malsain. On plaidait à huis clos.
— La disparition - Georges Perec, urn:isbn:978-2-07-071523-7

J'ai trouvé cette photo d'un autre monde. Je ne sais plus très bien s'il n'a jamais existé. J'ai trouvé cette masse d'outre-tombe. Je ne sais plus très bien vers où elle était siphonnée. J'ai pensé. L'envie me manquait de vouloir me fondre dans le flot anonyme.

J'ai trouvé cette évasion de cette immensité de grains de sable. Je sais qu'elle existe. Je sens sa chaleur sous la plante de mes pieds. J'ai trouvé cet émerveillement. Les noms poétiquement étranges y poussent sauvagement. Je suis subjugué. Le bonheur abondait dans la sublimation de la jungle de ce jardin.

gouttes d'eau sur une feuille Tsujido, Japon, 17 mai 2020

sur le bord du chemin

  • La baie de Sagami aux couleurs du Plancton (japonais avec photos). Nous avions remarqué cela le week-end dernier. Soyons prêts à l'amas des curieux ce week-end sur la plage, depuis que l'article a été publié.

  • Just. Write.

    Posts don’t need to be long-form, deep, meaningful, or even that well written. If there are spelling and grammar mistakes, or even if there’s no real point to the post, so what? What’s important is that you’re writing about the things you want to write about.

  • Find blogs written by real humans. Le code source. Bientôt le retour des webrings.

  • Cinéma La Pagode (Paris) diffuse massacre à la tronçonneuse. Ou en français. Les plans de rénovations (2017) montrent bien les arbres coupés. Maintenant. L'histoire de la pagode. Le Monde en avait parlé en 2019.

    e programme architectural a été confié à Françoise Raynaud – qui, à la tête de l’agence Loci Anima

    Ce cabinet d'architecture n'a pas affiché la pagode dans la liste des projets de l'agence.

    Un dossier sur l'histoire de la Pagode (PDF). Je ne connaissais pas le lieu du tout, mais le lieu a changé d'allure plusieurs fois en un peu plus de 100 ans. Tout le problème des changements de lieu et de leurs rénovations. Restaurer, améliorer, moderniser ? Quelle version ? Quelle trahison de quoi ? Quelles sont les mémoires qui seront meurtries ? Quelles sont celles qui construiront de nouveaux souvenirs dans une architecture moderne. Nous oublions souvent qu'avant un lieu soit monument historique, il y en a eu plusieurs autres qui ont disparu. À partir de quand fige-t-on l'histoire des lieux ? Et quelles sont les moments où il est possible de remplacer cette histoire par une nouvelle, pour d'autres générations.

May 22, 2020 02:59 PM

May 21, 2020

Karl Dubost

Alors tout pourrit

mangues au sol Singapour, 29 décembre 2019

D'abord on voit mal la modification. On croit qu'il n'y a qu'un tracas instinctif qui partout vous fait voir l'anormal, l'ambigu, l'angoissant. Puis, soudain, l'on sait, l'ont croit savoir qu'il y a, non loin, un l'on sait trop quoi qui vous distrait, vous agit, vous transit. Alors tout pourrit.
— La disparition - Georges Perec, urn:isbn:978-2-07-071523-7

Dans une conversation téléphonique, je lui avais dit « si le virus ne dure pas longtemps, les habitudes ne changeront pas. Les gens recommenceront leur vie car elle n'est pas encore assez loin pour l'avoir oublier. » Il n'y aucun désir de la permanence d'une horreur, juste la profonde conscience de nos humaines habitudes.

Nous sommes souvent baignés dans une mélasse et nos révoltes sont alignées en rang par les campagnes publicitaires des marques. La controverse vend ; elle affirme notre enfermement.

Le changement prend plus d'un an pour se réaliser. La contrainte façonne de nouvelles habitudes dans la lenteur. Les expatriés (les riches) qui ont le choix de partir dans un nouveau pays sont bien souvent déçus. Plus d'amis, plus de repères. La tentation est grande de s'enfermer dans une bulle communautaire rance ou bien de repartir. Les immigrés (les pauvres) qui ont fui une situation désespérée et n'ont pas le choix du retour facile, n'ont pas ces questions là. L'absolue nécessité de se réinventer est l'unique condition.

Reprendre l'économie, revenir à la pollution sans contrôle, établir de nouveau un tourisme de masse, perdre le sens du voisinage après les longs transports en commun pour aller s'abrutir derrière un ordinateur, une chaîne de montage, dans un « cubicle » aéré à l'air rafraîchi ou réchauffé qui justifie nos centrales nucléaires… oui, tout cela reviendra bien vite… si le virus est battu. Et en effet, le système est tellement verrouillé, vrillé, vermoulu que, là est la seule barrière fragile pour nombre de gens au bord du monde.

Quelle triste ironie… cette incapacité à changer le monde de notre propre volonté. Quelle drâme, ce croupissement involontaire que nous nous imposons.

sur le bord du chemin

May 21, 2020 02:59 PM

May 20, 2020

Karl Dubost

écrire entre les lignes

page de livre Tsujido, Japon, 20 mai 2020

Tout avait l'air normal, mais tout s'affirmait faux. Tout avait l'air normal, d'abord, puis surgissait l'inhumain, l'affolant.
Il aurait voulu savoir où s'articulait l'association qui l'unissait au roman : sur son tapis, assaillant à tout instant son imagination, l'intuition d'un tabou, la vision d'un mal obscur, d'un quoi vacant, d'un non-dit : la vision, l'avision d'un oubli commandant tout, où s'abolissait la raison : tout avait l'air normal, mais…
Mais quoi ?
— La disparition - Georges Perec, urn:isbn:978-2-07-071523-7

Ils disent qu'il faut savoir lire entre les lignes, je préfère écrire entre les lignes. Pas uniquement à l'horizontal. Les chemins sont multiples. Dans l'amas des mots, les détours sont subtils. Je me griffe sur un t. Je parcours du bout des doigts un s en fermant les yeux. Je me laisse glisser le long d'un f pour atteindre la ligne suivante, dans un parcours vertical. Je collectionne les mots le long de la promenade : ahurissant, malsain, fruits, apparition — j'enjambe le d qui précède insinuants — et voilà amas. Je m'y attarde, les galaxies courbent l'espace, un art si subtil. La merveille de la carte n'est pas tant qu'elle nous donne à lire l'espace inconnu. Elle est le support de nos pas dans les chemins creux. La carte nous invite à raconter avec notre corps. Elle lie notre humanité au sol. Lire, c'est le début de notre écriture.

sur le bord du chemin

  • Gross National Diversity.
    Then came the 1980s. This is how I heard the story: Thatcher had something against the travellers. There was a big push on primary school education. It was mandatory, and you had to register for one school, and to be able to register you had to have a fixed dwelling. And so the travellers were re-homed into local houses and were travellers no more.
  • “Wicked Problems”, les problèmes fourbes du Design.
    Ces problèmes ont ceci de malicieux qu’ils ne se prêtent pas à une résolution au sens ou l’on pourrait résoudre un problème de mathématique ou d’ingénierie simple. Pour le dire différemment, il y a déjà un problème interne dans la formulation du problème, une forme d’incomplétude et d’ouverture qui change radicalement la manière dont on peut y faire face.
  • Never Go Back to the Office. 2021 marquera pour moi 20 ans de travail « a-localisé » ou distribué.
    many companies can function adequately, even successfully, without placing all their employees in the same office. If you run an organization whose employees are more or less getting their work done at home, listen to that little voice in your head. Return to the office now? That’s crazy talk. I’m only telling you what you already know.
  • Geotagging at SFO Museum, part 10 – Native Applications .
    The ability to develop, iterate and debug interfaces and applications using open and web-based technologies. At their core these applications remain web applications first, agnostic of platform and able to be deployed in a number of contexts.
  • Python vs JavaScript for Pythonistas. Très bon article.

May 20, 2020 02:59 PM

David Larlet

Bikepacking

Osons les mots : une aventure urbaine.

Récit

L’homme libre possède le temps. L’homme qui maîtrise l’espace est simplement puissant. En ville, les minutes, les heures, les années nous échappent. Elles coulent de la plaie du temps blessé. Dans la cabane, le temps se calme. Il se couche à vos pieds en vieux chien gentil et, soudain, on ne sait même plus qu’il est là. Je suis libre parce que mes jours le sont.

Dans les forêts de Sibérie, Sylvain Tesson

Je n’étais pas allé en forêt depuis presque trois mois. En parallèle de quoi, je m’étais engagé sur un truc dont il faudra que je vous parle prochainement qui était très prenant. Bref, je manquais de temps. Je me suis quand même accordé 24 heures dans la forêt en partant depuis chez moi à vélo. Cela faisait un moment que je voulais tenter d’aller jusqu’au Parc national d’Oka et quoi de mieux que de profiter de sa dernière journée de fermeture pour aller y faire un tour ?

Me voilà donc en selle vers 14 heures sous un soleil assez violent après avoir reconnu une bonne partie du parcours l’avant-veille (ne jamais faire ça). L’objectif est d’arriver le plus loin possible sans trop transpirer, mission accomplie… jusqu’à la dernière montée, snif. Une cinquantaine de kilomètres plus loin, je m’approche de la forêt et je décide de rentrer dedans à pied en espérant trouver deux arbres pour accrocher mon hamac. Je suis rapidement assailli par une nuée de mouches noires : mon pire cauchemar dans ce pays.

Du mieux que je peux, je tente de trouver un chemin et je tombe sur un sentier qui devient praticable à vélo. Ouf ! Il faut impérativement que je trouve un terrain à découvert pour échapper aux mouches. Si vous suivez, vous remarquerez que c’est difficilement compatible avec une nuit en hamac ! Je distingue une éclaircie au loin et je tombe sur… un marais. Il va me falloir choisir mes bibittes préférées pour ces prochaines heures. Ça ressemble à une sortie galère. Joie.

Et tout à coup, je découvre une structure qui va me sauver mon séjour :

Une plateforme en bois Ma tour de gué pour quelques heures.

À chaque étage, je perds quelques mouches noires et moustiques, arrivé au sommet je me retrouve seul, peinard. En bonus, les poutres semblent être assez solides pour supporter un hamac. Je monte le vélo et je souffle un bon coup. Le temps de me rendre compte que ce point d’observation est splendide et me permet d’observer une diversité de volatiles impressionnante. Double-combo-yay!

Le marais Fenêtre avec vue.

Bon, l’inconvénient d’un marais, c’est que c’est tout sauf silencieux. C’est même carrément cacophonique. Et toute la nuit durant. Heureusement que j’étais suffisamment épuisé par les journées précédentes. Je vous mets quand même deux vidéos de une minute chacune pour avoir une idée de l’ambiance soir et matin (entre les deux c’est un gentil dégradé), pour une expérience proche du réel vous pouvez monter le son :

Cela reste une expérience formidable que je suis bien content d’avoir vécue. Avoir passé ces quelques heures suspendu, j’avais l’impression d’être perché dans mon hamac à 10 mètres de hauteur. C’était limite — mais alors limite — du glamping.

Le retour s’est fait par des sentiers bien sympathiques avec leurs lots de boue et d’escaliers sinon c’est trop facile.

Un vélo dans la forêt Un single track en bon français.

Quelques heures plus tard, me revoilà chez moi à 10 heures du matin. Épuisé mais heureux. Finalement, vingt heures auront suffit pour avoir l’impression de vivre une aventure sans trop de carbone dépensé. Pas pire.

Matériel

Un vélo devant un lac avec un autre vélo (pour enfant) devant Quand on fait du bikepacking, il faut absolument prendre son vélo en photo (le mien est en haut).

Je n’avais pas beaucoup d’options pour ranger des affaires mais je ne voulais pas prendre de sac à dos. Aussi, j’ai mis :

  • tout ce qui était volumineux mais léger (les trucs pour dormir) à l’avant sur un porte-bagage que j’avais,
  • toute l’eau possible dans le cadre (3 litres au total, ça m’a suffit pour les 20 heures en revenant modérément déshydraté),
  • des barres dans la première pochette de cadre,
  • des outils dans la secondes en cas de crevaison
  • et tout le reste dans la sacoche de selle (nourriture, habits, autres).

J’arrivais à soulever l’ensemble pour franchir des obstacles, c’est un détail non négligeable. Si vous n’arrivez pas bien à voir les sacoches, voici une photo avec plus de contraste :

Un vélo dans la forêt J’ai aussi pris des photos qui ne sont pas mon nombril hein.

Traces

Il est dangereux d’ouvrir un livre. La retraite est révolte. Gagner sa cabane, c’est disparaître des écrans de contrôle. L’ermite s’efface. Il n’envoie plus de traces numériques, plus de signaux numériques, plus d’impulsions bancaires. Il se défait de toute identité. Il pratique un hacking à l’envers, sort du grand jeu. Nul besoin d’ailleurs de gagner la forêt. L’ascétisme révolutionnaire se pratique en milieu urbain. La société de consommation offre le choix de s’y conformer. Il suffit d’un peu de discipline. Dans l’abondance, libre aux uns de vivre en poussah mais libre aux autres de jouer les moines et de se tenir amaigris dans le murmure des livres. Ceux-ci recourent alors aux forêts intérieures sans quitter leur appartement.

Dans les forêts de Sibérie, Sylvain Tesson

Je vais avoir du mal à vous fournir une trace/carte car je pratique le #LeaveNoTrace numérique. Au pire, s’il m’arrive de me perdre, je découvre d’autres endroits. Avec une trace, je ne pense pas que j’aurais pu atterrir à cet endroit par exemple. L’aventure commence là où la carte s’arrête.

En gros, en suivant les pistes cyclables tout le long depuis Montréal on peut facilement se rendre au Parc national d’Oka et la dernière portion est fabuleuse. Jusqu’à présent, il était possible de trouver de l’eau sur le parcours mais depuis la COVID toutes les fontaines à eau ont été fermées, pensez à emporter une bonne quantité et/ou un filtre.

Pour ma part, j’avais filtré une réserve d’eau issue du marais en dernier recours mais j’ai pu finalement m’en passer.

Hamac

L’objectif de cette sortie, c’était aussi de savoir si j’allais être capable de dormir dans un hamac pour des sorties plus longues. C’est une chose dont je rêve depuis très très longtemps mais je suis toujours limité par le fait de dormir principalement sur le côté. J’avais regardé du côté des solutions comme Draumr mais c’était lourd et contraignant (c’est volumineux et il faut le bon matelas). Et cette année, je suis tombé sur le SkyLite™ de chez ENO qui me redonnait espoir.

Un hamac sur une plateforme dans les arbres Juste ce qu’il faut d’espace

Le bilan après cette première nuit est mitigé mais il y avait tellement de facteurs qu’il m’est difficile d’avoir un avis objectif. J’ai quand même réussi à dormir sans avoir trop mal aux jambes le lendemain matin et en dormant une bonne partie de la nuit sur les côtés, ça reste une victoire sur ce plan là. Je me doutais que l’underquilt (partie du duvet qui se place sous le hamac pour éviter la compression) serait moins pertinent avec cette configuration et effectivement c’était limite. Je me demande toujours si sans rien en dessous les moustiques arriveraient à me piquer ou non…

La réponse au prochain épisode !

Adieu

[Juste avant de partir dans la forêt.]
— Adieu Papa.
— Ah ?!
— Bin oui, je t’aime bien mais vu que tu vas aller en prison quand la police va te trouver dans la forêt…

La pression, quelle pression ?

May 20, 2020 11:00 AM

May 19, 2020

Christian Fauré

“Wicked Problems”, les problèmes fourbes du Design

En 1973, le professeur de Conception et de Planification (Design) Horst Rittel (1930-1990) publie le papier « Dilemna in a general  theory of planning » dans lequel il formule la notion de « wicked problems », qui pourrait se traduire en français par problèmes malicieux ou vicieux.

Ces problèmes ont ceci de malicieux qu’ils ne se prêtent pas à une résolution au sens ou l’on pourrait résoudre un problème de mathématique ou d’ingénierie simple. Pour le dire différemment, il y a déjà un problème interne dans la formulation du problème, une forme d’incomplétude et d’ouverture qui change radicalement la manière dont on peut y faire face. 

Les exemples de problèmes que prend régulièrement Rittel relèvent de ce que nous pourrions appeler l’urbanisme : construction d’autoroutes, planification urbaines, aménagements territoriaux, etc. Cette nature de problèmes fait intervenir un facteur social et collectif qui les complexifie de manière maligne par rapport à la conception d’un artefact simple (aspirateur ou une souris d’ordinateur). Toute la maitrise des problèmes que l’on a pu acquérir dans le domaine scientifique et dans l’ingénierie vole en éclat dès que l’on interagit avec l’ouverture du système social (Open Societal Systems).

On pourrait penser que cette approche d’architecte urbaniste n’a pas grand chose à voir avec la conception des systèmes informatiques mais, même s’ils ont des différences irréductibles, nul ne peut nier les impacts organisationnels et sociaux du logiciel en reprenant le mot de l’homme d’affaire Marc Andreessen dans le Wall Street Journal de 2011 : « Software is eating the world ». Et encore, au-delà de l’aspect « logiciel » en tant que tel, nous pourrions également ajouter les aspects « politiques » et organisationnels que posent les projets informatiques qui contribuent encore à plus à les considérer comme étant des « wicked problems ».

Nous sommes donc tout à fait enclin à reconnaître que nombreux de nos projets de développement de logiciels s’inscrivent pleinement dans la catégorie des « wicked problems ». Mais vérifions tout de même cette hypothèse à partir de la dizaine de caractéristiques que donne Rittel de ces problèmes qui échappent à toute forme de solutionisme.  Dans la liste ci-après nous avons fait le choix de traduire « wicked problems » par « problèmes fourbes » :

  1. Il n’y a pas de formulation définitive des problèmes fourbes.
    • La manière de le formuler dépend de l’interprétation qu’en donne celui qui veut le résoudre et de sa connaissance du champ des solutions possibles qui est toujours partielle et subjective.
    • Ce qui implique que « la formulation du problème est le problème ».
    • Les phases classiques de résolution des problèmes : comprendre le problème – récupérer de l’information – analyser l’information – faire une synthèse « créative », ne vont pas fonctionner avec les problèmes fourbes. Il faut au contraire avoir une approche par argumentation collective progressive entre les parties prenantes afin de faire émerger graduellement une solution.
  2. Les problèmes fourbes n’ont pas de critère d’acceptation de solution clairs
    • Ces problèmes n’ont pas vraiment de fin, on n’arrête la conception que parce que les ressources de résolution sont épuisées : manque de temps, d’argent, de patience, de motivation, etc. A la fin, il y a toujours quelqu’un pour dire « Ça suffit,  » (that’s good enough).
  3. La solution à des problèmes fourbes n’est pas vraie ou fausse mais bonne ou mauvaise
    • La solution prend la forme d’un compromis qui est satisfaisant pour les parties prenantes, on ne cherche pas LA vérité.
  4. On ne peut pas tester immédiatement et de manière définitive une solution à un problème fourbe.
    • S’insérant par nature dans une intrication de systèmes (psychiques, collectifs, technologiques, économiques, etc.), toute implémentation d’une solution a des effets de bord systémiques avec des vagues de conséquences quasi intraçables dans un temps limité.
  5. Toute solution à problème fourbe est une opération définitive ; parce qu’il n’y a pas l’opportunité d’apprendre par essai-erreurs, chaque tentative de résolution compte significativement.
    • C’est probablement le point le plus critiquable si on le regarde depuis le champ des systèmes logiciels où la possibilité de faire des essais et des erreurs est devenue une partie intégrante des méthodes agiles de développement logiciel. Mais que l’on pense à des projets logiciels qui doivent se faire dans un contexte de systèmes existants historiques (legacy systems, brown field) et cette différence de nature tend à s’estomper.
  6. Les problèmes fourbes ne peuvent pas faire l’objet d’une liste exhaustive de solutions potentielles 
    • On ne peut pas s’en sortir par la simple réutilisation de patterns déjà éprouvés, il y a toujours un moment où, collectivement, on va se dire : «  Ok, essayons ça alors ».
  7. Tout les problèmes fourbes sont essentiellement uniques.
    • Ils peuvent avoir de nombreuses ressemblances et similarités avec d’autres problèmes, mais il y a toujours ce petit supplément qui change la donne de manière radicale.
  8. Tout problème fourbe peut être considéré comme le symptôme d’un autre problème.
    • Si un problème peut être décrit comme étant un écart entre une situation existante et une situation espérée, alors la résolution de ce problème commence généralement par la recherche de la cause de cet écart. Cette cause devenant elle-même un nouveau problème pour lequel on va s’enquérir d’un nouvel écart qui donnera lieu à un nouveau problème, etc. Cet aspect fractal et potentiellement infini de l’enchaînement des problèmes n’est pas sans rappeler cette pratique des enfants qui vous demandent « pourquoi ? » à chacune de vos réponses jusqu’à que vous soyez épuisé et leur répondiez : « Parce que !! » . 
    • En remontant ainsi de problème en problème on arrive à des problèmes d’un très grande généralité dont la résolution peut donner le vertige, d’où la tentation inverse d’essayer de résoudre le problème à partir de sous-problème de manière incrémentale. Ce à quoi Rittel répond que des amélioration marginales et locales ne garantissent pas pour autant une amélioration globale du problème. L’exemple donné est celui d’un logiciel qui résout effectivement un problème mais qui surtout le déplace sur les utilisateurs et l’organisation.
  1. L’existence d’un écart représentant un problème fourbe peut être expliquée de nombreuse façons. Le choix d’une explication va déterminer la nature de la résolution du problème.
    • Nous sommes dans un domaine de causalités floues ou il n’y a pas de règles ou de procédures pour déterminer la véracité d’une explication. La raison en est qu’il y a beaucoup plus de façons de réfuter une hypothèse qu’il n’y en a dans les sciences.
  2. Le Designer n’a pas le droit de se tromper.
    • Selon Karl Popper (à qui Ritter reprend le mot « Wicked ») la solution à un problème scientifique n’est qu’une hypothèse en attente de réfutation et, en ce sens là, nul ne fera le reproche à un scientifique de faire des hypothèses et d’élaborer des théories car c’est la règle du jeu dans le domaine scientifique. 
    • Le designer ne jouit pas des même privilège et doit rendre des comptes, attendu qu’il ne recherche pas la vérité mais doit « améliorer le monde dans lequel nous vivons ».

En résumé : Les designers doivent faire face à des problèmes fourbes qui défient leur efforts pour délimiter leur périmètre, leurs frontières et le tissu de leurs causalités.

by Christian at May 19, 2020 07:05 PM

Karl Dubost

Michel

porte et feuillage Saint-Philbert-sur-Risle, France, 18 juillet 2019

Sous l'amas d'illusions qu'à tout instant son imagination lui dictait, il croyait voir saillir un point nodal, un noyau inconnu qu'il touchait du doigt mais qui toujours lui manquait à l'instant où il allait y aboutir.
— La disparition - Georges Perec, urn:isbn:978-2-07-071523-7

Les monstres de mon enfance disparaissent petit à petit. Une des 512 lignes du poste de télévision, encore cathodique « à cette époque » s'est éteinte.

Anna Karina, Agnès Varda, Philippe Noiret, Romy Schneider, Anémone et tant d'autres. Cette époque là est celle du petit écran de la fin des années 70 et début des années 80. C'est le cinéma à la télévision, principalement. La dernière séance pour le cinéma américain, et puis Ciné-Club (22h30), ainsi que le cinéma de minuit. Ah et j'avais presque oublié Mardi Cinéma.

Donc hier, c'était la nouvelle de Michel Piccoli…

  • Vincent, François, Paul… et les autres
  • La grande bouffe
  • César et Rosalie
  • Max et les Ferrailleurs
  • Les choses de la vie

C'est quoi Michel Piccoli

Piccoli, mort le 12 mai 2020 à Saint-Philbert-sur-Risle, dans l'Eure.

Mûres dans la main Saint-Philbert-sur-Risle, France, 18 juillet 2019

Saint-Philbert… Le chemin de la Baronnie, près de la maison de son épouse, qui monte au Rossignol, où j'ai passé nombre de mes fins de semaine, enfant, chez mes grand-parents. L'été dernier, quand nous pouvions encore voyager, nous avions parcouru les arbres généalogiques entre les champs de blé et d'orge, les maisons fermées et les forêts humides. Nous avons mangé des mûres dans les haies le long de la route en lacets.

Champs de blé Saint-Philbert-sur-Risle, France, 18 juillet 2019

sur le bord du chemin

May 19, 2020 02:59 PM

May 18, 2020

Karl Dubost

fenêtre sur cour

orchidée sur une table Tsujido, Japon, 16 mai 2020

Le soleil s'était largement incliné au-delà de midi, une odeur de brûlé monta sur la terre , on entrait dans cette mélancolie du soir où chaque homme solitaire désire aller voir un ami ou gagner simplement les champs pour réfléchir et marcher parmi les herbes assoupies, pour rasséréner ainsi sa vie bousculée par le jour.
— Tchevengour - Andreï Platonov, urn:isbn:978-2221081440

La pluie tombe dans l'ombre de la nuit.

Je pense aux privilèges. Ceux que nous décidons d'abandonner, ceux que nous avons, ceux que nous désirons avoir pour mieux mépriser ceux que nous avions.

Les choix sont uniques, les contraintes sont collectives.

Les circonstances m'auront appris deux choses. Quand le privilège le permet et que tout va bien,

  • « il faut cultiver notre jardin » pour se donner l'espace immense du soi lorsque tout le reste se rétrécit ;
  • « La maison est notre coin du monde. C’est notre premier univers et un véritable cosmos. » Bien choisir le lieu de vivre pour que tout aille bien quand tout va mal.

Notre fenêtre sur cour est généreuse en oubli et scintillante en mémoire.

sur le bord du chemin

  • Relance
    De plus en plus tenté par une auto-exclusion. Je crois que dans d’autres circonstances familiales, j’aurais déjà fait ce pas de côté, ce "refus poli".
  • Conserveries mémorielles
    Conserveries mémorielles est une revue transdiciplinaire à comité de lecture qui publie des travaux empiriques et théoriques de divers horizons touchant aux problématiques de la mémoire, du temps et de l’historicité. Elle est animée par une équipe internationale de jeunes chercheurs.

May 18, 2020 02:59 PM

David Larlet

Relance

Redémarrer la machine à tout prix.

Ouverture

C’est que ce monde ne changera pas simplement parce qu’on comprend avec sa tête qu’il va droit dans le mur : il changera surtout si notre perception mute et s’ouvre, apprend à voir ce qu’elle ne voyait pas ou plus, ou mal, ce qui relève d’un exercice tout autant spirituel que physique, d’un métissage serré des deux potentialités. Ce n’est pas l’un ou l’autre, la pensée ou l’émotion, le concept ou le percept, ou l’affect, c’est l’un et l’autre et le troisième, en multicouches. C’est un alliage et c’est une alliance.

Postface par Alain Damasio de La recomposition des mondes, Alessandro Pignocchi

Si le capitalisme repart après avoir été quasi à l’arrêt, je me demande comment est-ce que l’on peut encore croire. Croire qu’un changement radical soit possible. Croire qu’une généralisation des ZAD est envisageable. Croire qu’une génération est suffisante alors qu’une pandémie ne l’est manifestement pas.

S’ouvrir à l’acceptation. Celle d’inégalités indécentes. Celle de privilèges plus ou moins innés. Celle qui ira jusqu’à l’épuisement du dernier esclave.

Accepter l’inacceptable sans se détester de trop.

Funambulisme quotidien.

Agriculture

Mais alors, que n’ont-ils pas abandonné l’agriculture quand le plan se retourna contre eux ? En partie parce qu’il fallu des générations pour s’apercevoir que les petits changements s’accumulaient et transformaient la société, et qu’à ce moment-là personne ne se souvenant avoir jamais vécu autrement. Et en partie parce que la croissance démographique brûla les vaisseaux de l’humanité. Si l’adoption du labourage fit passer la population d’un village de cent à cent dix, quels sont les dix qui eussent été volontaires pour mourir de faim afin que les autres reviennent au bon vieux temps ? Impossible de revenir en arrière. Le piège s’était refermé.

Sapiens, Yuval Noah Harari

Seule une pandémie éradiquant plus de 90 % de la population permettrait un retour possible au nomadisme. Cela me semble être aujourd’hui la seule sortie envisageable du capitalisme, en valorisant une accumulation de savoirs plutôt que d’avoirs.

À une ou deux petites mutations près, on n’en est plus si éloigné… et si la combinatoire naturelle ne s’en sort pas, il y aura bien un savant fou pour l’aider un peu.

Neuf personnes sur dix trouvent probablement cette idée incongrue. La dixième a-t-elle pour autant davantage de chances de survivre ? Le voudrait-elle seulement ?!

Ermite

Cette vie procure la paix. Non que toute envie s’éteigne en soi. La cabane n’est pas un arbre de l’Éveil bouddhique. L’ermitage resserre les ambitions aux proportions du possible. En rétrécissant la panoplie des actions, on augmente la profondeur de chaque expérience.

[…]

La tentation érémitique procède d’un cycle immuable. Il faut d’abord avoir souffert d’indigestion dans le cœur des villes modernes pour aspirer à une cabane fumant dans la clairière. Une fois ankylosé dans la graisse du conformisme et enkysté dans le saint doux du confort, on est mûr pour l’appel de la forêt.

[…]

Un ermite ne menace pas la société des hommes. Tout juste en incarne-t-il la critique. […] L’anarchiste rêve de détruire la société dans laquelle il se fond. Le hacker aujourd’hui fomente l’écroulement des citadelles virtuelles depuis sa chambre. […] Tout deux ont besoin de la société honnie. Elle constitue leur cible et la destruction de la cible est leur raison d’être. L’ermite se tient à l’écart, dans un refus poli. […] L’ermite ne s’oppose pas, il épouse un mode de vie. Il ne dénonce pas un mensonge, il cherche une vérité.

Dans les forêts de Sibérie, Sylvain Tesson

De plus en plus tenté par une auto-exclusion. Je crois que dans d’autres circonstances familiales, j’aurais déjà fait ce pas de côté, ce refus poli.

S’isoler dans un petit recoin de forêt. En insécurité énergétique (cache). Loin…

Un bois n’a jamais refusé l’asile. Les princes, eux, envoyaient leurs bûcherons pour abattre les bois. Pour administrer un pays, la règle est de le défricher. Dans un royaume en ordre, la forêt est le dernier bastion de liberté à tomber.

Ibid.

Recul

And I thought with a pang of how I was always hurrying him – to get dressed, to get out the door for school, to finish his dinner, to get ready for bed – and of how heedlessly I was inflicting upon him my own anxious awareness of time as an oppressive force. How before he knew where he was, his own childhood would have receded into the past, and he too would be out of the secret level of childhood and into the laterally scrolling world of adulthood.

Splendid isolation: how I stopped time by sitting in a forest for 24 hours (cache)

On dirait que je ne suis pas le seul à prendre du recul en allant me promener en forêt.

Lorsque j’observe le changement qui a pu s’opérer dans notre famille depuis que l’on est en confinement en terme d’apaisement et d’équilibre, je me dis que j’ai besoin de temps pour accepter que l’instruction en famille est peut-être ce qui est préférable pour chacun de nous.

Aussi, il est temps que j’aille faire un petit tour dans les bois.

Haine

[Discussion autour des commentaires suite à un gazouillis de la mairesse.]
— Il y a beaucoup de haine à Montréal en ce moment.
[Part en courant dans le salon pour vérifier un truc et revient aussi vite.]
— Mais non Papa, il n’y a qu’un « n » à Montréal !

Il y a un « m » dans humour.

May 18, 2020 11:00 AM

May 17, 2020

Karl Dubost

non facturé

Panneau de bureau avec photos Tsujido, Japon, 17 mai 2020

En arrivant à Tchevengour avec Gopner, Dvanov avait vu qu'on ne trouvait plus dans la nature l'angoisse d'autrefois, ni, dans les villages bordant la route, les anciens dangers, les anciennes calamités : la révolution avait épargné ces lieux, avait libéré les champs pour leur paisible nostalgie et était allée on ne sait où, comme si elle s'était enfouie dans le noir intérieur de l'homme, lasse de tant de routes parcourues. Partout sur terre, c'était comme le soir et Dvanov sentit que le soir tombait sur lui aussi : temps de la maturité, temps du bonheur ou des regrets.
— Tchevengour - Andreï Platonov, urn:isbn:978-2221081440

Ce matin, j'ai imprimé l'affiche qui était dans le bus pendant la construction de La Grange. Je l'ai collée sur un carton et puis découpée. Je l'ai accrochée près de mon bureau afin de pouvoir y penser plus longuement. Parfois, en regardant longtemps, on découvre le hors-champ de la mémoire.

Photo avec une étiquette Tsujido, Japon, 17 mai 2020

Ce soir, j'ai fouillé dans une caisse en bois où je range les vieilles photographies et négatifs. Il y a là plus de 40 ans de prises de vues et d'instants oubliés. Je voulais savoir si je pouvais découvrir d'autres photographies du bus. Je ne les ai pas encore trouvées. Je ne sais pas si elles existent. Mais à la place, j'ai trouvé cette photo avec la gommette « non facturé. » J'ai souris. Une photographie d'un voyage en Malaisie en 1996. Je n'avais pas d'appareils photos numériques en ce temps là.

Les films négatifs couleur, je les déposais à la FNAC. Quand la photographie était floue, il ne la facturaît pas. Je me dis qu'un artiste travaillant sur la mise au point décallée pouvait avoir là une production de son travail à moindre coût. Exploiter les failles du système pour y créer un nouveau sens.

Le ou la technicienne, derrière sa machine semi-automatique regardent défiler les images développées. Une décision est prise. Cette image est floue. L'opérateur, devenue commissaire d'exposition, colle une vignette « non facturé. » Le protocole commercial de la FNAC transformé en système de production artistique. « Chaque époque rêve la suivante » (Walter Benjamin).

Peut-être devrais-je créer un algorithme d'IA qui recherche automatiquement toutes mes photos numériques ? L'entraînement serait réalisé sur ces photos rejetées par la FNAC. Le programme, alors, appliqueraient une étiquette « non facturé. »

sur le bord du chemin

  • Stuck at Home, Men in Japan Learn to Help. Will It Last?

    He gave his wife a list of tasks he regularly performs: bathing their two pre-school-age children, washing dishes, overseeing tooth brushing.

    How little he knew. In a meticulous spreadsheet, Ms. Kataoka, a nursing student, enumerated her 210 tasks to his 21.

  • How a stopover at Tokyo airport changed my life: Pico Iyer. L'article n'est pas exceptionnel, mais il y a cette phrase qui me parle, qui vient tamiser la matière de mes propres souvenirs.

    I thought: I know this place. Better yet, it knows me. If I don’t come back here, something will remain unresolved inside me forever. I have no official connection with this country, but something in me belongs here and if I don’t return, I’ll be an exile for life.

    Tsujido est cette ville, inattendue, non désirée, dans un pays non rêvé, découverte en mai 2001. Pendant quelques jours, pour le travail au W3C, depuis le bureau du Japon, à l'université de Keio. Quand je suis parti en mai 2001, j'y suis resté. Combien je ne savais pas que j'y vivrais un jour sur le long terme.

May 17, 2020 02:59 PM

May 16, 2020

Karl Dubost

les mots de l'argile

colombages La Saussaye, France 19 février 2008

L'été de Tchevengour suivait son cours, le temps filait désespérément à contresens de la vie, mais Tchepourny, tout comme le prolétariat et les autres, s'était arrêté en plein été, au milieu du temps et des éléments troublés, et il vivait dans la paix de sa joie, attendant à juste titre que le bonheur définitif s'élabore au sein d'un prolétariat que rien n'alarmait plus. Ce bonheur d'exister était déjà sur terre, mais il restait caché à l'intérieur des « autres », malgré quoi il était néanmoins une substance, un fait, une nécessité.
— Tchevengour - Andreï Platonov, urn:isbn:978-2221081440

Un jour il sera nécessaire de travailler les mots de l'argile, sa souplesse, ses parfums, l'histoire de mon enfance normande, des entrailles d'une grange.

Un jour nous parlerons de ce que nous avons oublié. Large est la narration à ceux qui explorent les chemins creux qui pousse le prochain pas, la prochaine exaltation de l'effort. L'argile dans les poumons est une histoire de l'osmose, de la perméabilité des émotions, de la forêt et du calcaire.

sur le bord du chemin

May 16, 2020 03:59 PM

May 15, 2020

Karl Dubost

malaxer l'argile

mur craqué, sol de sable Tsujido, Japon, 14 mai 2020

Entre elle et moi, ce n'est pas de l'amour, ce n'est qu'un simple fait. Le prolétariat lui aussi est né des faits, pas de l'amour.
— Tchevengour - Andreï Platonov, urn:isbn:978-2221081440

La mémoire n'est pas une. Les mots noués ensemble et l'histoire se reconstruit. Une couleur, un lieu, un geste. Ici l'un se souvient du sureau, l'autre de l'aubépine, les deux étaient là, rideaux de feuilles pour l'intime salle de bain avec le broc et la cuvette en émail. Un trou creusé dans l'argile de la forêt en guise de garde-manger avec une planche en bois posée dessus. Quatre tuyaux de métal, et des chaînes qui s'autobloquaient pour la hauteur de la grille afin que les flammes cuisent et ne brûlent pas. La mémoire, belle étrangère qui ne se comprend uniquement dans les mots mélangés. Il y a ce que nous nous souvenons, il y a ce qui fût documenté et surtout tout ce qui n'a pas été enregistré, laissé à l'abandon sublime de nos vies entre les ronces et les fougères, sous le lierre et les chênes. Une lampe à pétrole, une table, trois chaises et un scrabble et la forêt sombre tout autour.

Ces conversations interrompues au delà des frontières sont notre voyage le long de la route du soi. Ce que nous sommes est dans nos paroles. L'amour est dans la main qui malaxe l'argile pour y préparer le torchis. Pour être debout, il faut se lever. Pour se lever, il faut exister. Pour exister, il faut raconter.

sur le bord du chemin

May 15, 2020 02:59 PM

May 14, 2020

Karl Dubost

fragrances salines

algue sur la plage Tsujido, Japon, 14 mai 2020

Dehors la pluie commençait à cesser, les bulles s'étaient tues et la terre s'était mise à exhaler l'herbe rincée, la propreté de l'eau froide et la fraîcheur des routes ouvertes.
— Tchevengour - Andreï Platonov, urn:isbn:978-2221081440

Se laisser guider par les mots et les images d'une enfance et devenir chercheur de rêveries et d'école buissonnière dans les talus de la mémoire, voilà un emploi du temps que je savoure délicieusement. Vaporeux beignets d'écumes, fragrances salines des souvenirs heureux, je me réjouis des fils à venir. L'esthétique de la mémoire est tellement imparfaite, imprécise que l'on peut s'y perdre dans une longue randonnée agréable.

horizon et fuji sur la plage Tsujido, Japon, 14 mai 2020

sur le bord du chemin

  • Bus de la ville de Rouen dans les années 70.
    Bus rouge et blanc
  • techniques CSS. Le plus difficile sera probablement de le tenir à jour.
  • microservices, kubernetes, raspberry, tout cela chez soi… et en allant un peu plus loin, allez voir du côté de piku. Je mets dans la catégorie, « tentant mais pas le temps. » (geek++)
  • Rouen, terre natale du trolleybus
  • 1965-2015 : il y a 50 ans, la naissance de l'autobus Standard
  • Depuis quelques semaines, j'évalue mes options entre changer d'hébergeur ? Aujourd'hui gandi mais avec un support limité pour FreeBSD et des images incomplètes. Ou bien de garder gandi mais de passer à Linux. Ou bien de m'auto-héberger à la maison. Je ne sais pas encore ce que je veux/dois faire. Ce qui est certain est que la version 12.1 de FreeBSD sur Gandi est pour l'instant problématique, ce qui a quelques conséquences sur d'autres configurations des services (côté serveur de mail).

May 14, 2020 02:59 PM

May 13, 2020

Karl Dubost

journée dans l'ombre

ombre de profil sur un mur Tsujido, Japon, 13 mai 2020

La marche et la fraîcheur entraînante de l'air avaient ôté à Louï tous les doutes de sa pensée et toutes ses concupiscences ; la route l'usait et le dépouillait de toute excès de vie nuisible.
— Tchevengour - Andreï Platonov, urn:isbn:978-2221081440

Une journée dans l'ombre où toutes pensées futiles se cristallisent, une journée qui vous arrachent les bras et laissent les mains dans le vide du mouvement. Le sommeil engourdi libère le corps noué. Une marche déroulée contre l'effort de la vague qui se retourne à son immensité. Patience. Demain sera grand.

sur le bord du chemin

  • Which characters are considered whitespace by split()? (python)
  • bjoern: Fast And Ultra-Lightweight HTTP/1.1 WSGI Server
    A screamingly fast, ultra-lightweight WSGI server for CPython 2 and CPython 3, written in C using Marc Lehmann's high performance libev event loop and Ryan Dahl's http-parser.
  • Point: People want to see the code.
    Imagine something that won't clone 50 different "sub modules" from random places on the Internet when you check it out. What a concept, right?
  • que reste-t-il de ma rencontre avec l’écriture ?.
    je fixe ses lèvres sèches dans l'espoir qu'elles bougent à nouveau. Après de longues heures d'attente j'aperçois un léger tremblement, au fond de la mémoire, un mouvement de lumière, semble redonner la parole à l’écriture.
    — Anh Mat
  • Tribune : Pas de trêve des confineurs
    Peu de gens semblent en effet désireux de se tenir dans l’intensité existentielle et dans la quasi-immobilité, dans le suspens que suppose ce « maintenant ». Pourtant, par une magie inattendue du confinement, « maintenant » a cessé pour un temps d’être cette chose fuyante et habituellement fantomatique, n’ayant d’existence que d’être entre « avant » et « après ». Le présent ne nous échappe plus, il s’impose.
  • Cette forêt sur un bateau me rappelle cette affiche au dessus de mon lit dans le bus transformé en abris pendant les travaux de La Grange. Ah tiens on y voit même la 2CV orange. Comme j'aimerais retrouver cette affiche. Peut-être que je devrais au moins l'imprimer en petit format.
    'Bus aménagé'

May 13, 2020 02:59 PM

May 12, 2020

Karl Dubost

l'océan de Tchevengour

livre et plage dans le fond Tsujido, Japon, 12 mai 2020

Tchevengour s'éveilla tard ; ses habitants s'efforçaient, sans y parvenir, de se reposer de siècles d'oppression. Ce que la révolution avait conquis au bénéfice du canton de Tchevengour c'étaient les rêves : l'âme y tenait lieu de métier.
— Tchevengour - Andreï Platonov, urn:isbn:978-2221081440

Ce matin, je prend le vélo, toujours avec grande précaution. Ne pas précipiter les événements, écouter son corps et être prudent.

Dans le sac, j'ai placé le livre de Platonov. J'avais besoin de l'océan, du son des vagues, du vent sur la peau pour lire Tchevengour à 6h30. Déjà deux heures que le jour chuchotte entre les nuages. La mélasse de l'absurdité humaine lorsqu'elle est guidée par les doctrines politiques dans une logique uniquement rationelle et privée de toute l'imperfection de nos vies. L'horreur s'installe dans la prose sans détails, sans images explicites, juste la terreur des hommes candides et passionnés, des oubliés, des rêveurs industriels.

sur le bord du chemin

  • Il y a beaucoup de choses qui se passent sur le rôle de la photographie pendant cette crise. Il y a ce que l'on montre et ce que l'on ne montre pas. Where Are the Photos of People Dying of Covid?
    Much of what I know and teach about how images structure and shape issues of race and justice I learned from his scholarship and life experience. Visualization is a powerful tool — it can help us more deeply understand the severity of the situation as we work to curb the virus. But the visuals we need most in this time are difficult to come by.
    What are we missing by not having images that represent the full impact of the coronavirus crisis?
  • Three Weeks in April: An E.M.T. Crew Faces Exhaustion, Isolation and Death
    After three years living in Nairobi, Kenya, working as a photojournalist throughout Africa and the Middle East, I decided I wanted to move home and pursue a career in public safety. I had always been interested in emergency medicine and was an emergency medical technician in college, so I got recertified and was hired by Empress Emergency Medical Service in a suburb of New York City last September.
    Over the course of three weeks in April, I photographed my colleagues as we worked to do our part to combat the pandemic that has frozen our country.
  • Eating in Xi’an, Where Wheat and Lamb Speak to China’s Varied Palette
    I have come to Xi’an, like many before me, to eat yangrou paomo in the old town’s Muslim Quarter, a warren of aged alleys measuring roughly a square mile. It has been home to generations of the city’s Hui, members of one of China’s 56 officially recognized ethnic groups and the largest of the country’s 10 Muslim minority communities.
  • Je remarque aujourd'hui que lorsque l'on retire le a de « notification » on obtient « notifiction » Je trouve cela approprié.
  • Two Children Are Keeping Their Father’s Design Legacy Alive
    Mira’s house, in comparison, represents a far more prosperous period in the Nakashima business, built on an adjacent piece of land that the family purchased in 1969. While the home is larger and, in its unassuming way, more dramatic than Kevin’s, it still exemplifies Nakashima’s lifelong commitment to the aesthetic and ethical value of frugality.
    Nakashima House (Photo Chris Mottalini)

May 12, 2020 02:59 PM

May 11, 2020

Karl Dubost

sur le dos de mousse

vélo contre les pins le long d'une rivière Tsujido, Japon, 11 mai 2020

Le communisme de Tchevengour était démuni en ces heures obscures de la steppe, parce que les gens rafistolaient par la force de leur sommeil la fatigue causée par la vie intérieure diurne et que, pour un temps, ils mettaient fin à leurs convictions.
— Tchevengour - Andreï Platonov, urn:isbn:978-2221081440

Plus d'un mois que mousse, le vélo, n'était pas allé parcourir les chemins. Il m'a pris sur mon dos, et je me suis laissé guider doucement sans efforts. Le déséquilibre stable est revenu.

sur le bord du chemin

  • Confessions. La petite maison dans la prairie a accompagné mon enfance télévisuelle. Je suis à peu près sûr que je serais incrédule à l'idiotie de l'avalanche de bons sentiments protestants de l'Amérique profonde si je revoyais la série aujourd'hui. Ce serait une expérience intéressante.

  • Si votre terminal a beaucoup de colonnes et que vous voulez copier un résultat de pytest en police à chasse fixe.

      echo $COLUMNS
      151
      COLUMNS=50 pytest
    
  • How the coronavirus widens a cultural divide

    As followers of the English-language media, with its vivid descriptions of spiraling death tolls and harsh lockdowns abroad, as well as hearing firsthand accounts from friends and family at home, many non-Japanese are hyper aware of COVID-19 and highly motivated to practice social distancing. In contrast, many of the Japanese they work with are going about their daily routines with seemingly little change and no social distancing. As a British employee of a prefectural government in Kyushu put it, “I’m sadly deflated from how normal the office is behaving.” This sense of mismatched perception may be accentuated by the fact that many foreign workers are one of a small number of — or the only — non-Japanese in their workplace, leading to a sense of isolation.

May 11, 2020 02:59 PM

May 10, 2020

Karl Dubost

pensée sur du papier

Gouttes de pluie sur du bois Tsujido, Japon, 10 mai 2020

– Toi aussi tu as échangé ton corps de travailleur contre une futile bouchée de pain ? demanda Tchepourny.
– Non, dit Alexei Alexeievitch, je suis un homme de service public, mon affaire à moi, c'est la pensée sur du papier. — Tchevengour - Andreï Platonov, urn:isbn:978-2221081440

Peu de place pour noircir le papier quand la journée est longue, juste l'écriture de quelques gouttes sur le bois.

sur le bord du chemin

  • isort -sl --dont-order-by-type code.py. Je découvre isort. Merci Anthony.
  • Ils sont si jeunes. 'Colour allows us to understand in a deeper sense'
    “Things like that motivate me to keep doing my job,” Amaral says. “It’s why I believe in the value and importance of colourising photos. Only when people really understand what happened, and why, will they be able to do something, to not let those moments or those radical people rise again and transform the world into something ugly and unbearable.”
  • On avance. Loin d'être fini.

May 10, 2020 02:59 PM

May 09, 2020

Karl Dubost

Un timbre poste dans le transsibérien

Maison abandonnée Tsujido, Japon, 7 mai 2020

Les brouillards, comme des songes, se mouraient sous la vue perçante du soleil. Là où, la nuit, on avait eu peur, s'étalaient, illuminés et pauvres, des espaces simples. La terre dormait, nue et douloureuse, comme une mère dont la couverture a glissé à terre. Dans la rivière de la steppe où s'abreuvaient les gens errants, une brume pesait encore dans un doux délire et les poissons, dans l'attente de la lumière, nageaient les yeux exorbités à la surface même de l'eau.
— Tchevengour - Andreï Platonov, urn:isbn:978-2221081440

En cherchant des informations sur les hygiaphones, je trébuche sur quelque chose de plus intéressant : l'utilisation du chemin der fer transsibérien pour le transport des correspondances postales entre la France, Japon, Corée et Chine.

Affiche pour le transsibérien Transsibérien, 1907-1908

Les départs par Transsibérien ont lieu de Paris chaque soir à 8h45 par le train № 125. Leur transport est assuré entre Moscou et Vladivostok par des trains express circulant trois fois par semaine les dimanche, mercredi et jeudi à 10h30 du soir (heure de Saint-Pétersbourg).
En sens inverse, les départs de Vladivostok ont lieu les mardi, mercredi et vendredi à 11h45 du matin (heure de Karbine).
La durée effective du trajet de Paris à Moscou est de 4 jours, de Moscou à Vladivostok de 12 jours 7 heures environ, soit une durée totale de 16 jours 7 heures.
La ligne transmandchourienne s'embranchant à la station de Mandchourie à l'artère sibérienne et desservant Port-Arthur, Dalny, Tientsin et Pékin ne pouvant, pour le moment, être utilisée pour le trafic postal, c'est par la voie de Vladivostok que s'effectue le transport des correspondances pour la Mandchourie du Sud, la Chine et le Japon.
Les départs de Vladivostok ont lieu :

  1. Pour Tsuruga (Japon), le mercredi de chaque semaine, arrivée à destination le vendredi (durée du trajet 39 heures) ;
  2. Pour Nagasaki et Shanghaï ; chaque dimanche, arrivée à Nagasaki le mardi ; à Shanghaï, le jeudi ;
  3. Pour Nagasaki, chaque samedi (durée du trajet 61 heures) ;
  4. Pour Gensan-Fusan-Chemulpo, une fois par quinzaine.

Des services de paquebot relient en outre Nagasaki et Shangaï à Dalny, Tientsin et par voie ferrée à Pékin.
Les agents devront bien se pénétrer des indications qui précèdent pour être à même de renseigner le public.
— Bulletin mensuel des postes et télégraphes. Ministère des postes. mai 1907

Je me demande à quoi ressemblait cette ligne transmandchourienne. Je trouve un autre texte : De Tientsin à Paris en wagon / Capitaine Aubé. Un texte court de 29 pages décrivant la ligne en 1904, soit trois ans avant la publication de la note du Ministère des postes.

Carte de lignes de train Ligne Transmandchourienne, 1904

La carte en grand format

il faut une permission régulière pour pouvoir y circuler. Encore

ne vous garantit-on ni votre personne, ni vos bagages, encore moins un transport régulier. Vous pouvez attendre plusieurs heures, plusieurs jours dans une station pour permettre à un train de matériel en panne d'utiliser là seule voie existante; souvent les wagons à voyageurs manquent, et il faut utiliser des wagons à marchandises non chauffés, ce qui ne laisse pas d'être dur par des températures atteignant facilement -30º Réaumur pendant les mois de janvier et de février.

Je ne connaissais pas l'échelle Réaumur pour les températures. -30º Réaumur est équivalent de -37.5º Celcius.

On arrive à Misovaïa, à 2h30 du matin. C'est là que l'on passe la douane. Elle est volontairement très bénigne pour des officiers français, mais est impitoyable pour les voyageurs qui ont eu la malencontreuse idée d'emporter du Japon quelques souvenirs. Le moindre bibelot japonais est taxé à poids d'or. C'est, nous explique-t-on, afin de tarir cette source de revenus pour l'empire voisin, avec lequel la Russie est plutôt en mauvais termes

La gare de Myssovaïa est dans la ville de Babouchkine (ex Myssovsk) au bord du lac Baïkal.

Il y a quelque temps, la ligne s'arrêtait à Misovaïa

et c'est là que l'on prenait le ferry-boat, qui transpor- tait train et voyageurs sur l'autre rive du Baïkal.

Bateau Ferry Boat de Myssovsk, 1904

On arrive à Pereemnaja à 11 h. 30. On en repart à midi, cette fois en traîneau.
C'est la partie vraiment pittoresque du voyage. Il neige et rien n'est plus curieux que cette longue file de traîneaux vaguement estompés et se profilant sur l'immense étendue blanche du lac.

En 1907, il s'agit de l'année Meiji 40 au Japon. À quoi pouvait bien ressembler le port de Tsuruga.

Port vu d'en haut Ville et Port de Tsuruga, Meiji 40

sur le bord du chemin

May 09, 2020 02:59 PM

May 08, 2020

Karl Dubost

désordres

Fuji et plage Tsujido, Japon, 8 mai 2020

— Qui es-tu ? demanda avec une froid indifférence Kopionkine, depuis longtemps habitué aux masses humaines.
— Moi j'habite près d'ici — Je suis le Japonais de Tchevengour, membre du parti. Je suis parti voir le camarade Kopionkine pour lui reprendre un trotteur, mais voilà, j'ai crevé mon cheval et je me suis endormi en route. — Tchevengour - Andreï Platonov, urn:isbn:978-2221081440

Pensées désordre, pensées des ordres :

  • Quand le vendredi soir, j'arrête de travailler, je quitte les applications connectées au contexte professionnel.
  • J'ai envie de créer une extension pour le navigateur qui remplace le mot « coronavirus » par le mot « camembert. »
  • Aujourd'hui, j'ai marché jusqu'à l'océan. Fuji était là. La neige a commencé à fondre.
  • Sur la plage, le matin, il y a les charognards de vagues, qui se délectent des coquillages, morceaux de bois et roches salées de la nuit. C'est peut-être pour cela que l'on ne trouve presque plus rien sur la page l'après-midi.
  • Les limaces aiment les feuilles des haricots verts. J'espère qu'elles me laisseront le temps de goutter le fruit.
  • Le printemps est le temps de l'ignorance botanique et celui de l'étude studieuse des végétaux oubliés de tous.
  • Les rêves de châteaux sont accessibles à ceux qui mettent les pieds dans le sable.
  • J'ai toujours envie de rentrer dans les maisons abandonnées… Habitude prise à Bihorel ?
  • Ce soir, de la morue au court-bouillon, du riz, et une julienne de poireaux avec un peu de crème et de beurre.
  • Les gens sont de retours au travail, les ordinateurs de spam aussi.

sur le bord du chemin

  • To Nowhere And Back
    Je ressors donc mon plan, mes notes, ma boussole et ma feuille de route. J’ai parcouru moins de chemin qu’envisagé. Plus de distance, par contre. Des détours, des égarements, au point d’avoir parfois tourné en rond. Cependant, aucun souvenir d’un éventuel cul-de-sac.
  • The Thinnest Paper in the World
    with the thinnest paper in the world. The paper, called tengujo, is made by a company called Hidaka Washi, at a factory in the Kochi prefecture of Japan. The ingredients are simple, and the process is “not a very secret, special kind of thing,” Hiroyoshi Chinzei, the owner and operator of Hidaka Washi, told me recently over the phone. But the product that emerges is almost magical. The fibers knit together into gossamer lattice that is as much empty space as substance; what starts as a wet, white sheet becomes, on drying, almost completely transparent.
  • Does My Child’s Name Erase My Identity?
    A Korean-American friend stopped using the “American” name she used growing up, and now only goes by her Korean name. We want to emphasize what in the past our ancestors often had to de-emphasize to mitigate overt racism. (When they emigrated to the United States in 1971, my Taiwanese ama changed my father’s name, Ching Kuo, to Charles. “Was it because the names sound similar?” I asked her. “Yes,” she said, “and because he is a king.”) For my generation, however, discrimination against ethnic-sounding or “hard-to-pronounce” names still exists. We see our names as a type of cultural preservation.
  • Rokurokubi.
    Jami writes about monsters and myth, faith and fear, and how stories shape identity and policy. By visualizing narratives and illuminating concepts, Cori makes art that fuels action.
  • Camembert nabe hot pot
  • La cuisine de Marguerite - Cie de la Dame © Grèg Lamazères
  • La cuisine de Marguerite
    A Neauphle, souvent, je faisais la cuisine au début de l'après-midi. Ça se produisait quand les gens n'étaient pas là, qu'ils étaient au travail ou en promenade aux Etangs de Hollande, ou qu'ils dormaient dans les chambres. Alors j'avais à moi tout le rez‐de chaussée de la maison et le parc. C'était à ces moments‐là de ma vie que je voyais clairement que je les aimais et que je voulais leur bien. La sorte de silence qui suivait leur départ je l'ai en mémoire.
    Rentrer dans ce silence c'était comme rentrer dans la mer. C'était à la fois un bonheur et un état très précis d'abandon à une pensée en devenir, c'était une façon de penser ou de non penser peut‐être – ce n'est pas loin – et déjà, d'écrire.”

May 08, 2020 02:59 PM

May 07, 2020

Karl Dubost

entre les herbes humides

Lingots Tsujido, Japon, 7 mai 2020

Parfois Force Prolétarienne s'attaquait à la destruction de la grange où elle demeurait désœuvrée. Alors Kopionkine se montrait sur le perron et lui ordonnait brièvement :

— Arrête, vagabond !
Le cheval se calmait — Tchevengour - Andreï Platonov, urn:isbn:978-2221081440

Le pas libre, dans le vent du matin, la tête entre les nuages, les rêves entre les herbes humides, seul je marche vers l'océan sans vouloir l'atteindre. Peut-être demain, ne pas forcer le corps, laisser aux lobes l'espace des pulsations.

Reprendre le chemin du regard, celui de l'abandon et des abondances. Le paysage définit l'envie de la direction. À la dérive, balloté dans les oublis de la contrainte physique, le plaisir d'être debout et en mouvement.

Maison en bois Tsujido, Japon, 7 mai 2020

sur le bord du chemin

May 07, 2020 02:59 PM

May 06, 2020

Karl Dubost

infiniment humble

Coquelicot Tsujido, Japon, 3 mai 2020

C'est un village qu'on nomme comme ça, en mémoire de l'avenir ? — Tchevengour - Andreï Platonov, urn:isbn:978-2221081440

C'est aujourd'hui que l'on creuse le sol, à chaque pas, dans le rythme imparfait de nos compas et de nos girouettes de printemps. Ce soir, l'orage gronde. Le son roule le ciel, comme le tremblement de terre de la nuit dernière. Le grondement entre les nuages est plus long, plus élégant. La pluie en trombes est intense. Vivre proche de l'océan sur une terre tendue par les titans géologiques me définit dans l'infiniment humble.

sur le bord du chemin

  • The Shape Of The Machine
    suddenly you’re looking at a thinly veiled extortion scheme; as a publisher you either use AMP or your ad revenue goes away. Google could have approached the “be better on mobile” problem, search optimization and revenue sharing any number of ways, obviously, but the one they’ve chosen and built out is the one that guarantees that either you let them middleman all of your traffic or they cut off your oxygen.
  • Kodo. À projeter sur un mur, le volume sonore élevé et laisser se conquérir.
  • En cours (tests pour ymir)

May 06, 2020 02:59 PM

May 05, 2020

Karl Dubost

frontières de papier

Shoji la nuit Tsujido, Japon, 3 mai 2020

Kopionline lui aussi vivait non de pain ou de bien-être, mais d'un espoir inconscient. — Tchevengour - Andreï Platonov, urn:isbn:978-2221081440

Les avions rouillés, vieux hôtels abandonnés sur les pistes des aéroports fantômes, la nuit est propice à la pensée vagabonde, à la rouille, à la décomposition du monde, au délabrement des certitudes. Et elles étaient bien précaires ces absolues nécessités. Les privilèges d'une bourgeoisie produite en masse s'essoufflent vite ; les pauvres pendant ce temps continuent de crever. Notre monde aux frontières de papier qui ne protègent que nos illusions se froisse.

Heureusement, il nous reste l'inconscience.

sur le bord du chemin

  • Vu. Ciao Ciao
    Ciao Ciao succeeds in channeling the provincial ennui, which shapes its characters’ every gesture and utterance — alienation brought into even sharper focus by cinematographer Li Xuejun’s incredible widescreen depiction of open but forlorn rustic spaces. Song’s fatalistic vision is best exemplified by the film’s most comical and harrowing scene: The mayor, above the deafening din of a brass band, sends young men off to work in the cities for “the glory of our town."
  • Changement local de la consommation électrique (English)
  • Ce que les enfants nous apprennent ? À devenir de meilleurs professionnels en développant l'empathie. (English)
  • Tout ce que vous avez toujours voulu savoir à propos de window.location (JavaScript).
  • Geotagging at SFO Museum, Part 8 – Old maps
    What’s become clear as we work through geotagging photos in the SFO Museum collection is that it’s very useful to be able to geotag things using a map from, or near to, the same year that a photo was taken. The facts on the ground change often and fast enough at SFO that it can be hard to make sense of an old photo using a contemporary map.
  • Pour vérifier que vos docstring en python soient complètes.
  • Mythologie du choléra
    Il est significatif que Chateaubriand, rendant compte de l’épidémie de choléra qui ravage Paris en 1832, ait cru devoir dans les Mémoires d’Outre-Tombe écrire un chapitre « Pestes » avant son chapitre « Choléra ». Faisant du choléra et de la peste une seule et même maladie, Chateaubriand écrit : « Dans mon voyage en Orient, je n’avais point rencontré la peste : elle est venue me trouver à domicile. »

May 05, 2020 02:59 PM

May 04, 2020

Karl Dubost

en longeant les coquelicots

coquelicots sous la pluie Tsujido, Japon, 4 mai 2020

Étonné, affligé, il se laissait enrober par la nuit du ciel et de longues années de fatigue. Il ne se voyait pas en rêve et s'il s'était vu, il en aurait pris peur : sur la planche dormait un homme vieux, épuisé, avec de profondes rides de martyr sur un visage étranger — un homme qui de toute sa vie ne s'était jamais fait le moindre bien à lui-même. Il n'y a point de passage de la claire conscience au songe — dans le rêve la même vie continue, mais sous une forme dénudée. — Tchevengour - Andreï Platonov, urn:isbn:978-2221081440

Il pleut sur Tchevengour aujourd'hui. Hier soir, je me délectais à l'idée d'allonger le pas de notre jardin aux rues alentour. Nous avions tout prévu, balade de 5h30 du matin afin d'éviter les interactions sous les rayons du soleil. La pluie aura vaincu nos volontés collectives. Je ne peux sortir seul. Pas encore autorisé pas le corps médical. Alors je m'échappe sous les trombes de lignes, glisse sur les mots vernissés et parcours le grain sec de la page de Tchevengour.

L'enfant est venu. Il vient de se réveiller. Il a dit « Donc ? » Il veut sortir tous ensemble. Cela fait plus d'un mois que nous n'avons pas marché ensemble. « Ensemble » je pense que c'est le mot clé pour lui, pour son humanité et son amour. Je suspecte que ce n'est pas tant pour lui, mais aussi pour m'inviter au plaisir de la marche. Il prépare ses vêtements de pluie. Alors nous nous préparons et nous marchons en longeant les coquelicots, en se laissant guider par les pensées évasives, en suivant les gouttes dans la pente.

sur le bord du chemin

  • Marteau de la faucille par Jean-Pierre Thibaudat (passé de Libé à Médiapart), « 10 octobre 1996 à 23:15 » précise l'article. Il s'agit d'un article à propos de Platonov et du roman Tchevengour mais dans sa première traduction. Celle que je lis en ce moment est une nouvelle traduction.
    Dressés sur les toits de la gare de Voronej, les ouvriers sculptés au look d'ange veillent sur la ville d'Andréï Platonov et les ateliers du chemin de fer où il travailla comme son père, Platon Klimentov, avant d'emprunter le prénom de ce dernier pour lui donner les lettres d'une sorte de noblesse prolétarienne. Accidentelle mais juste métaphore: dans les années 20 et 30, la figure de l'ouvrier ou du paysan soviétique tient en effet, chez Platonov, la place de l'ange, quelque part entre l'idiot et le visionnaire, l'utopie (ses rêves et ses revers) étant le pain quotidien de cette oeuvre sans doute la plus incisive de toute la littérature russo-soviétique. Etouffé par la censure stalinienne et cependant à rebours des voies habituelles de la dissidence, profondément en symbiose avec l'espoir communiste et relatant ses dérives tout en les anticipant par la force de son imagination, Platonov est un écrivain à part, un inclassable, qui, d'ailleurs, vécut souvent en marge du milieu littéraire, préférant la conversation des ouvriers et des paysans à celle des professionnels de l'écriture.
  • Vous ne le savez peut-être pas encore mais mon lecteur de flux crépite de nouveau avec le compost de Damien.
    Ce blog est mort, je le sais, vous le savez, tout le monde le sait. Cela ne signifie pas que j'ai disparu de la surface d'Internet, et encore moins du Web
  • 'Not just weeds'. Formidable !
    A rising international force of rebel botanists armed with chalk has taken up street graffiti to highlight the names and importance of the diverse but downtrodden flora growing in the cracks of paths and walls in towns and cities across Europe. (…) “The pesticide ban in France has played a major role as it has forced local authorities and mentalities to change, and raised awareness,” said Leguil.
  • Herbs that you can grow in water

May 04, 2020 02:59 PM

May 03, 2020

Karl Dubost

masque contemporain

ramens dans un bol Tsujido, Japon, 3 mai 2020

Tu comprends que dalle à la vie dans l'égalité ! Moi qui te parle, depuis mon mariage, je réfléchis à ça : finalement c'est toujours des ahuris qui nous ont commandés, le peuple, lui, il n'a jamais pris le pouvoir : c'est qu'il avait, mon ami, d'autres chats à fouetter — nourrir gratis ces mêmes ahuris… — Tchevengour - Andreï Platonov, urn:isbn:978-2221081440

Le bouillon léger du ramen, la douceur du vent de mai, les oignons verts découpés, chaque bouchée est un substitut à la pensée. Manger est une évasion. Ne pas pouvoir manger, une inégalité profonde.


Le droit de rêver est un petit livre de Gaston Bachelard que j'aime beaucoup. J'ai la troisième édition du quatrième trimestre 1973 avec la couverture noire et verte.

Livre sur un livre Le droit de rêver, Tsujido, Japon, 3 mai 2020

Il s'agit d'une collection de textes de Bachelard publiés après sa mort, hétéroclites, préfaces, essais, pensées-nouvelles. À la page 201, le texte d'une préface d'un livre de Roland Kuhn « Phénoménologie du masque »

Mais bien que le masque soit pour nous un visage essentiellement artificiel, bien que les masques soient des objets comme d'autres objets, bien que ces objets soient en quelque manière tombés en désuétude, n'est-il pas frappant que l'on ne puisse développer une psychologie de la dissimulation sans se servir du concept de masque ? La notion de masque travaille obscurément dans notre psychisme. Dès que nous voulons distinguer ce qui se dissimule sous un visage, dès que nous voulons lire dans un visage, nous prenons tacitement ce visage pour un masque. — Le droit de rêver, Gaston Bachelard, 1970

Et bien sûr cet autre passage.

Mais sans donner au masque trop d'avenir, sans faire encore de la dissimulation un destin irrévocable, comment ne pas noter la puissance de renouveau quand on croit pouvoir aborder l'avenir avec un nouveau visage ? « Le masque, dit Roland Kuhn, rompt la tension qui existe entre la conscience de soi et la conscience de la personnalité d'une part, et ce besoin d'expérience esthétique d'autre part. » Nous placerions, quant à nous, ce besoin d'expérience esthétique sous le signe d'une esthétique de la volonté, dans la joie esthétique de prendre du caractère. — Le droit de rêver, Gaston Bachelard, 1970

Je suis bien curieux de ce que Bachelard aurait dit sur le masque comme outil de protections et de distanciation physique entre les humains. Je me souviens d'un court métrage pendant l'épidémie du SARS (?) où deux jeunes décidaient d'abandonner leur protection. Je ne trouve plus ce court métrage.

Au Japon, le masque est courant sur le visage et « sous le visage » où l'intime se cache afin de ne pas créer d'ondulations sur l'eau noire du lac collectif. Restreindre le soi au nom de la continuité dense, le mouvement brownien d'une étoile à neutrons. Il ne faut jamais confondre la soumission et le respect de l'humanité. L'ordre n'est pas une humanité, il est un abandon de l'humaine anarchie de l'amour des « hommes debout. » Obéir n'est pas la conscience, car ce n'est pas une décision.

sur le bord du chemin

May 03, 2020 02:59 PM

May 02, 2020

Karl Dubost

humus d'ébauche

couleurs diluées Tsujido, Japon, 2 mai 2020

— Je m'abstiendrai pour compliquer les choses ! s'avisa l'autre.

Alors, sur proposition du président, on l'affecta à l'abstention permanente. — Tchevengour - Andreï Platonov, urn:isbn:978-2221081440

En jouant, avec l'absorption et la diffusion des couleurs dans du papier, je découvre que la sciure aquatique de nos créations est bien plus jolie que notre produit fini.

J'aime quand dans la marche, les pas enchaînés à la destination, ce qui nous rend heureux est l'imperfection du chemin creux, les heures oubliées, la surprise de l'éblouissement, les herbes pliées et la sueur entre les omoplates. J'aime que le but de la randonnée ait été le mensonge suffisant à la rêverie des coquelicots, des bourdons et du craquement des branches.

L'humus de mes ébauches est la source de toutes satisfactions.

sur le bord du chemin

  • Le rêve de la campagne.
    I worked in the town’s planning department, and my co-workers spent their days dreaming up schemes for attracting young people to the village.
    […] The town’s only real growth industry is elder care.
  • Le rêve du travail à distance.
    The Japanese government, too, can be an obstacle, even as it pushes working from home: Companies applying for telework subsidies have reported needing to print out 100 or more pages of documents and deliver them in person.
    […] the school said it would no longer require students to receive a hanko from professors to approve their classes.
    “As it turns out,” he said, “all it took was for someone to say something.”
  • Tokyo logs 160 infections and record 15 deaths as virus count seesaws
    COVID-19 cases hit triple digits for the second day in a row after an up-and-down week that saw 165 cases reported on Friday, 46 on Thursday, 47 on Wednesday, 112 Tuesday and 39 on Monday.
  • from “Breasts and Eggs”. Mieko Kawakami

May 02, 2020 02:59 PM

May 01, 2020

Karl Dubost

aller et retour

La forêt La Saussaye, France, 21 mai 2007

À cette heure. peut-être, le bonheur lui-même cherchait ses hommes heureux et les hommes heureux se reposaient de leurs soucis publics, ne s'avisant pas d'une quelconque parenté avec le bonheur. — Tchevengour - Andreï Platonov, urn:isbn:978-2221081440

J'aime nos aller et retours sur le code. Un commentaire de David appelle une modification. Cette modification entraîne une amélioration dans le code de David.

david`bgk ‣ karlcow: merci pour l'inspiration aussi

Une amélioration qui était un de mes buts mais que j'ai repoussée à plus tard car je ne trouvais pas la manière simple et élégante de le faire. David me l'offre sans le savoir avec la construction de figure sans le p. Je l'intègre à mon code et je découvre aussi textwrap.dedent

De la distance, le Japon et le Canada.

De la proximité, IRC.

Et voilà, pourtant, ensemble, nous construisons.

Nos humanités, nos poésies sont indéfinissables. Que vous soyez sur les routes ensablées de Matam à Hamady Ounaré, sous l'ombre des eucalyptus de Vinhedo, dans l'eau chaude en face de Tikus, les pieds mouillés dans la vallée de Nerval, les cheveux ébouriffés dans le vent de la baie de Sagami, vos rêves sont immenses et il n'y a aucune frontière qui ne pourrait les restreindre.

sur le bord du chemin

  • sans bruit, pas de rythmes
  • En lisant user agents, je pense que bien souvent, nous sommes passés de « user agent » à « webdev agent » et c'est un peu triste. Imaginons le navigateur comme outil de contrôle pour l'utilisateur sur les interactions avec l'information plus que le navigateur comme outil d'extractions des informations à propos de l'utilisateur.
  • Le texte. L'interprétation. Henri Michaux, « L'avenir de la poésie », 24 septembre 1936
  • Films pour enfant

May 01, 2020 02:59 PM

April 30, 2020

Karl Dubost

Une grange dans le sable

plante et grillage

Kopionkine ne rêvait aucunement, parce que tout se produisait pour lui en état d'éveil. — Tchevengour - Andreï Platonov, urn:isbn:978-2221081440

David et Pierre me demandent si je peux mettre la taille de l'image dans le html de façon à ne pas faire sauter la page après que l'image principale se charge. Petit grain de sable d'ergonomie dans leur flux respectifs. Cela doit être possible en modifiant le HTMLRenderer.image de Mistune.

Essayons.

class GrangeRenderer(mistune.HTMLRenderer):
    """Adjusted renderer for La Grange."""
    def get_img_size(self, image_path):
        """extract width and height of an image."""
        full_path = ROOT + image_path
        im = Image.open(full_path)
        return im.size

    def image(self, src, alt="", title=None):
        width, height = self.get_img_size(src)
        s = '<img src="{src}" alt="{alt}" width="{width}" height="{height}"'
        s = s.format(
            src=src,
            alt=alt,
            width=width,
            height=height
        )
        if title:
            s += ' title="' + mistune.escape_html(title) + '"'
        return s + ' />'

puis

    renderer = GrangeRenderer()
    markdown = mistune.create_markdown(renderer=renderer)
    html_text = markdown(text)

Et voilà cela devrait le faire. Modification du rendu du html de La Grange avec maintenant taille de l'image.

sur le bord du chemin

  • Walking Shōwa Tokyo

    but the driving ethos is firmly book-leaning. And it’s deliberately not online. The information shared is such that to put it online — to make it universally and immediately accessible — would potential ruin the places mentioned within. The shops and cafes highlighted are all small, often family run. This is a conundrum I’ve discussed before here on Ridgeline: How do you share what inspires you with a world that can so easily murder your object of admiration with attention?

    De quelle façon partager ce que l'on aime sans pourtant le mettre en danger.

  • Looking at designs for COVID-19 Contact Tracing Apps.

    Any system design necessarily embodies our answers to these questions, but these are fundamentally policy questions, not technology questions. Once we know the answers to that, then we will know what kind of system we want and may be able to design something that meets our needs.

    La centralisation dans ce cas n'est pas forcément mauvaise en soi vers une autorité de santé, si le système de confiance dans cette autorité fonctionne. Et on voit bien ici, le schisme culturel courant : Faites-vous confiance à votre gouvernement et jusqu'à quel point ? Cela explique la différence d'attitudes entre les États-Unis et l'Europe.

  • La Terre dans Minecraft. Nos nouvelles cathédrales sont numériques.

  • L'accès à l'information pendant l'épidémie au Japon.

    The number of PCR tests conducted in private hospitals and medical facilities was being reported once a week, whereas public hospitals were reporting those figures daily. In other words, the data from the private facilities had been tacked on retroactively to produce one combined figure.

  • Bonnes explications de Python 3 Pathlib

April 30, 2020 02:59 PM

April 29, 2020

Karl Dubost

responsabilité, liberté

plante et grillage

Notre pouvoir, ce n'est pas la peur, c'est un peuple entier plongé dans ses pensées. — Tchevengour - Andreï Platonov, urn:isbn:978-2221081440

J'entends les mots : liberté et responsabilité. Ils sont lancés l'un contre l'autre, comme si l'un était l'antonyme de l'autre.

Nous privons de libertés en plaçant les autres en captivité, par l'astreinte, par la réglementation, la contrainte et parfois pour préserver la liberté des autres. Ne nions pas l'existence du système carcéral. La liberté ne s'exprime pas dans un espace vide et informe. Elle est définie, limitée par la société que nous forgeons. Elle n'est pas universelle, elle est profondément sociale. Elle est de ce fait déléguée à l'état.

Ils ne parlent pas de liberté ; ils parlent de la perte d'autonomie, de choix personnels.

Alors en réponse, les autres disent responsabilité. Mais là encore, il n'y a ni désinvolture ou incapacité. Être responsable est pour le coup le choix personnel et non pas celui du corps de l'état. Quand l'homme de l'état dit responsabilité, il ne parle pas de la volonté de tout un chacun de faire un geste juste. Non, il parle de contrôle. Il parle du respect de règles et de sanctions. Il parle de la réduction de la liberté définie par de nouvelles circonstances.

Ce dialogue est absurde dans la confrontation. L'enjeu est réel. Les conséquences sont réelles quelque soit le chemin pris. Et pourtant le dialogue est nécessaire, car tous nos critères sociaux sont bousculés, malmenés quand toute discussion est infectée par nos joutes.

Ces discussions se réalisent à reculons en regardant ce qui a été abandonnés dans la panique d'une attaque aérienne sur la route. Ces discussions devraient se développer sur nos désirs de réinventer la société, la sociabilité, l'agencement dans un esprit responsable garantissant nos libertés nouvelles.

sur le bord du chemin

  • Tokyo Story par Ozu Yasujiro, le montage original perdu a été retrouvé.
  • Le covid-19 va enfoncer le dernier clou dans le cercueil de l'activité économique des salles de cinéma.

    D'autres images, d'autres sons, d'autres rythmes, d'autres agencements de paroles, d'autres manières d'occuper l'espace, d'autres façons de regarder et de se regarder, entre humains et aussi non-humains: c'est ce à quoi concourent les arts.
    Pas principalement quand à l'occasion cela devient le sujet d'une œuvre, mais dans la dynamique interne des procédures qui définissent chacun d'eux, surtout lorsqu'ils cherchent d'abord à nous enchanter, nous amuser, nous émouvoir.

    Il y a des activités culturelles plus inoffensives que les autres pour les cas de pandémie. Elles se définissent par leur agencement dans la fabrication et la performance. Une pièce de théâtre lue ne pose pas de problèmes. Un livre non plus. La musique mixée à distance et écoutée à distance est sans problème. Les émissions de radio peuvent se réaliser à distance. Le concert de musique en salle en revanche ne répond pas aux critères actuels. Projeter les (vieux) films sur les murs. OK. Réaliser de nouveaux films. Pas vraiment.

  • Annonce de Fujisawa

    (2020年4月29日9時55分)こちらは防災ふじさわです。藤沢市長の鈴木恒夫です。緊急事態宣言が発令中です。外出はできるだけ控えてください。海や公園などにおいても、密集・密接を避けてください。冷静な対応をお願いします。

  • Une opportunité de changer le calendrier scolaire japonais. L'année scolaire démarre en avril au Japon, mais comme les écoles sont arrêtées, pourquoi ne pas changer le calendrier scolaire et s'aligner sur le reste du monde et reprendre en… septembre 2020.
  • #STAYHOME. Près de chez moi.

April 29, 2020 02:59 PM

April 28, 2020

Karl Dubost

où es-tu Rosa Luxemburg ?

vieux dico dans les feuilles mortes

Salut, Force Prolétarienne ! dit Kopionkine à l'adresse du cheval qui haletait, gavé qu'il était de nourriture grossière. Allons sur la tombe de Rosa Luxemburg !
Kopionkine espérait et croyait que toutes les œuvres et les chemins de sa vie menaient à la tombe de Rosa Luxemburg. Cette espérance réchauffait son cœur et provoquait la nécessité quotidienne d'exploits révolutionnaires. Chaque matin Kopionkine ordonnait à son cheval d'aller vers la tombe de Rosa Luxemburg et sa monture était si faite à ce mot de « Rosa » qu'elle y voyait un cri pour aller de l'avant. Après les sons de ce « Rosa » le cheval se mettait aussitôt à trépigner où que ce fût : marécage, fourrés, abîme des congères neigeuses. — Tchevengour - Andreï Platonov, urn:isbn:978-2221081440

Je regarde mes livres sur les étagères de la bibliothèque. Je me dis que je voudrais pouvoir chercher par mots clé leur contenu. En ce moment même, je pense à Rosa Luxemburg. Les bibliothèques, grands cimetières de mots passionnés et engagés, dont il nous faut déterrer les vibrations, les élans en glissant les doigts dans les pages et en laissant fuir les horizons.

sur le bord du chemin

  • Geotagging at SFO Museum, Part 3 – What Is the Simplest Thing?

    Bootstrap (started by and for Twitter in 2011), Leaflet) (also started in 2011 and used by almost everyone who isn’t Google Maps), Tangram and Tilezen (started in 2013 and 2015, respectively, as part of the Mapzen project) represent decades of effort and problem-solving and finessing offered to the world in a spirit of generosity. We don’t need, or have the time, to reproduce that work.

  • Global coronavirus death toll could be 60% higher than reported

    “If we want to … [understand] the ways different countries have responded to the surging pandemic and how [it] has affected the health of the population, the best way is to count excess deaths,” said David Leon, professor of epidemiology at the London School of Hygiene & Tropical Medicine.

  • transports en bois
  • We are one. 29 mai au 7 juin 2020. Festival de films.

    Discover and watch films during this first ever 10-day global film festival co-curated by over 20 film festivals from across the world. The festival will feature programming curated by the Annecy International Animation Film Festival, Berlin International Film Festival, BFI London Film Festival, Cannes Film Festival, Guadalajara International Film Festival, International Film Festival & Awards Macao (IFFAM), Jerusalem Film Festival, Mumbai Film Festival (MAMI), Karlovy Vary International Film Festival, Locarno Film Festival, Marrakech International Film Festival, New York Film Festival, San Sebastian International Film Festival, Sarajevo Film Festival, Sundance Film Festival, Sydney Film Festival, Tokyo International Film Festival, Toronto International Film Festival, Tribeca Film Festival and Venice Film Festival.

  • Letters from Ho Chi Minh City: When Uncertainty is the Only Certainty.

    But I (we?) are also immensely privileged to have this time, to be spent in such a way. We can afford to be socially distant – we have a roof, access to food and medicine. But for how long? And it strikes me that since I moved to Vietnam, this question of ‘but for how long?’ has been in fact a continuous present.

  • Kimchi pour tous : recette facile et sans cuisson.

    Il ya autant de kimchi que de famille. Chaque mois, j'expérimentais une nouvelle recette de kimchi jusqu'à obtenir une recette qui me ressemble : facile, sans cuisson et surtout moins épicé avec un bon goût de chou. Voici MA recette de kimchi 🙂

April 28, 2020 02:59 PM

April 27, 2020

Karl Dubost

ce qui germe

ail germé

Le ciel nocturne étoilé suçait à la terre ce qui lui restait de chaleur diurne, l'appel d'air vers le haut qui précède le matin avait commencé. On voyait par la fenêtre l'herbe métamorphosée, chargée de rosée, comme les bosquets de vallées lunaires. Au loin, inlassable, grondait un train express — pris en étau entre de lourds espaces, il hurlait, parcourant la fissure profonde et close d'une dépression. — Tchevengour - Andreï Platonov, urn:isbn:978-2221081440

Une gousse d'aïe germée dans le sellier, une opportunité de la planter dans un pot ; nous verrons bien ce que le soleil, la pluie et l'attente nous donnerons. Lorsque notre regard vers l'horizon s'imagine au futur, le quotidien devient une exploration des gestes simples et du temps déplié localement. À la verticale de l'aïe sera mon film de l'été. Le goût de l'aïe vert, mon film d'automne. Peut–être. Si peu, tout être.

sur le bord du chemin

  • Kowa Public Apartment Complex in Mihama. Les images sont propres et arrangées pour la publicité du studio d'architecture. Voici depuis Street View, l'état courant des maisons en septembre 2019.
  • How to Make an Illustrated Map in 8 Steps.

    The rigid and scientific rules of cartography simply do not apply here! Nope. While an illustrated map is often a wildly useless tool for providing directions, it can be a beautiful and highly personal reflection of a place you, friends and family know quite well. It can tell a story, a personal history, or be a unique lens through which one can experience a special place. An illustrated map can be loose and hand-drawn, filled with fun drawings and doodles that together make a sometimes inaccurate, but always spot on record of a memory or a place from one’s own perspective.

  • Le potager moderne, traité complet de la culture des légumes, intensive et extensive, appropriée aux besoins de tous, pour tous les climats de la France, 1895.
    extrait de livre

April 27, 2020 02:59 PM

April 26, 2020

Karl Dubost

les choses simples

couronne d'azalées

Mais les lettres étaient alors lues par d'autres destinataires. La lettre de Dvanov à Choumiline avait été déjà lue à Petropavlovka. Le postier fut le premier à la lire, puis vinrent ses relations, qui s'intéressaient à la lecture, le diacre, la femme du boutiquier, le fils du chantre, d'autres encore. Les bibliothèques ne fonctionnaient pas, on ne ne vendait pas de livres, les gens étaient malheureux et exigeaient des consolations spirituelles. Pour cette raison la maison du postier devint bibliothèque. Les lettres particulièrement intéressantes n'atteignaient pas leurs destinataires, elles demeuraient sur place pour être relues et ravir constamment leurs lecteurs. — Tchevengour - Andreï Platonov, urn:isbn:978-2221081440

Elle a ramassé les gouttes d'azalées tombées pendant la nuit. Elle a enlevé les étamines une à une. Sur un fil blanc, les uns après les autres, les pétales ont été enfilés. Et puis elle a mis cette couronne sur mon chapeau de paille. Le soleil chaud, le vent sur le visage, le sourire du printemps, et les rêves d'herbes flottantes dans le souffle du pas lent, les chemins ne sont plus très loin.

roche sur une page

Quand je recopie un passage de Tchevengour, j'utilise une roche de la pointe de Inamuragasaki que je pose sur la page. Elle a la masse suffisante pour retenir les mots courbés. Elle a la mémoire des vagues et des anémones de mer, là où je l'ai ramassée, ce mois de mars. Son érosion mystérieuse est délicieusement attirante.

Les anémones s'étaient couvertes de strass et de paillettes, prêtes pour le spectacle éblouissant de la lune et du plancton.

anémone de mer

sur le bord du chemin

  • Associations de quartier au Japon et encouragements à un meilleur comportement.

    The roots of the country’s current predicament lie in its history immediately following World War II, when the occupying Allied Forces took charge of drafting a new, hyper-liberal Constitution, hoping to prevent Japanese society from relapsing into authoritarianism. Postwar efforts to revise this Constitution quickly became tangled up in Cold War debates about remilitarization that continue to this day.
    Yet Japanese history may also provide a solution to the current problem, in the form of two of the country’s most durable local institutions — neighborhood associations (chо̄naikai) and residents’ associations (jichikai).

  • 4.8, à peine le temps d'un battement de cil.
  • Denuded of Tourists, Paris Reveals Its Old Beating Heart
  • plage vide, pas de surfers. Merci !

April 26, 2020 02:59 PM

April 25, 2020

Karl Dubost

chemins de Ho Chi Minh

deux tasses de thé frais

Mais les paroles de la strophe s'éparpillaient dans l'espace sous un vent léger, se mêlaient aux forces ténébreuses de la nature et devenaient aussi atones que l'argile. Il entendait un mouvement qui ne ressemblait pas au sentiment qu'il avait de la conscience.
Dans ce monde incliné, en voie d'extinction, Dvanov se parla librement à lui-même. il aimait converser tout seul en plain air, mais, si quelqu'un l'avait entendu, il aurait eu honte, comme un amant surpris dans l'obscurité de l'amour avec son aimée. Seuls les mots transforment le sentiment fluide en pensée, c'est pourquoi l'homme qui médite converse. Mais converser avec soi-même est un art, converser avec les autres un divertissement. — Tchevengour - Andreï Platonov, urn:isbn:978-2221081440

Lorsque les conversations s'allongent paresseusement dans l'élongation du soleil, nous évoquons nos pas dans les rues de Ho Chi Minh en juin 2014. Le désir partagé de vouloir s'abandonner plus longuement dans l'ombre chaude de rues animées, de s'arrêter dans un café et prendre un thé glacé au jasmin, ou bien de parcourir un peu plus loin, encore un mur au salpêtre coloré, un carrelage décomposé. Le goût et le désir, étoiles polaires de nos axes d'évasion, sont interminables. Peu de place à la nostalgie lorsque le pas guide le chemin creux des sublimations à venir. Il n'y a rien qui ne saurait élimer la rugosité d'un voyage désiré.

Un bonheur serein émerge de nos souvenirs de chemins, annonces d'autres trajectoires encore inconnues.

sur le bord du chemin

  • Annonce de Fujisawa.

    (2020年4月25日9時55分)こちらは防災ふじさわです。藤沢市長の鈴木恒夫です。現在、緊急事態宣言が発令中です。新型コロナウイルスから、ご自身の命や大切な人の命を守るためには、私たちひとりひとりの心がけが大切です。引き続き、不要不急の外出を控えるようお願いします。

    Le week-end commence. Espérons que les gens de Tokyo ne viennent pas sur les plages aujourd'hui.
    meteograme de tsujido Un peu plus tard. Il semble que les instructions ont été respectées. Merci !

  • Un calendrier pour l'année 2020
    calendrier
  • Italian lessons: what we've learned from two months of home schooling.

    I changed my approach. I know that theatricality is sometimes helpful in teaching, so one evening, as I read a poem, I put a small shiny box on the table. They pretended to listen, but were all watching that box, wondering what the game was. I had chosen to read Seamus Heaney’s Digging. It’s a poem about how we look up to, and down on, our parents. It’s about the difficulty of a writer feeling worthy of agricultural ancestors because the pen is nothing compared with the depth of a spade. But it’s also about the need for children to go their own way and not, perhaps, feel unworthy. When I had finished, I just passed them the box. Inside I had cut up all the words of the poem. “Go on then,” I said, “write it your way.”

April 25, 2020 02:59 PM

April 24, 2020

Karl Dubost

déployer le temps

palissade patinée

À la gare Dvanov se sentit inquiet devant un espace oublié et embroussaillé. Comme tout homme il était attiré par les lointains de la terre, comme si toutes les choses lointaines et invisibles s'ennuyaient de lui et l'appelaient. — Tchevengour - Andreï Platonov, urn:isbn:978-2221081440

Le temps se déploie en milliers de replis indéfinis dont la surface feutrée éloigne nos souvenirs proches.

sur le bord du chemin

  • life of garlic
  • Pourquoi la journée mondiale du livre doit-elle s'accompagner du droit d'auteur ? La « journée mondiale du livre et des auteurs » ou la « journée mondiale du livre et du droit d'écrire » je peux y souscrire facilement, mais le « droit d'auteur » cela donne de l'amertume commerciale et la célébration du business des maisons d'édition. La capitale est cette année Kuala Lumpur.
  • Liste des journées internationales de l'ONU
  • dataclass, c'est bien, mangez en !

April 24, 2020 02:59 PM

April 23, 2020

Karl Dubost

lenteur épanouie

soleil dans les shojis

Tout est possible. Il n'est pas donné à tout le monde de le savoir. — Tchevengour - Andreï Platonov, urn:isbn:978-2221081440

L'après-midi s'engourdit dans la soirée. Un voile lacté submerge la chambre. Un dernier sursaut du soleil au-dessus de l'ombre éclabousse le shoji. Les yeux mi-clos, je m'épanouie dans la lenteur de cette fin de journée.

sur le bord du chemin

  • Suite aux conversations de ces derniers jours, j'ai converti le code de ymir en python 3 et je suis en cours d'ajout de tests afin de pouvoir mieux modifier et changer le code. je pourrais recommencer de zéro comme je l'avais fait en 2012, mais en quelque sorte, je préfère considérer la réalité d'une maintenance évolutive. Ma façon d'envisager le code a beaucoup changé depuis 2012. Je suis donc face à ma propre inexpérience et en quelque sorte c'est chouette. Le code courant est difficile à lire, imparfait avec des branches mortes qu'il faudra couper. Je vais devoir probablement changer la façon dont je passe l'information d'une fonction à l'autre. Trop de formats différents : Element, str, bytes, dict, datetime, etc. Je pense que je devrais me reposer soit sur dict et/ou dataclass.
  • générateur de feed qui semble être solide. À tester pour voir si je dois remplacer ma propre solution. Il y a une issue exactement à propos de mon processus courant sur l'ajout d'une entrée à un feed existant. Il y a une solution qui semble commune dans de nombreux projets et qui est une combinaison de feedparser et feedgen.
  • David partage Towards a Commenting System, mais au final je me demande si les discussions de qualité ne sont pas tant un problème technique qu'un agencement d'interlocuteurs intéressants. Nos systèmes ouverts ne sont pas pas forcément des systèmes de choix. Et le choix d'une conversation intelligente réside dans un acte contrôlable. L'abandon du contrôle à la masse génère du bruit.

April 23, 2020 02:59 PM

April 22, 2020

Karl Dubost

fraîcheur de jade d'un matin d'été

ongles jade

Indigné jusqu'à l'âme, Zakhar Pavlovitch avait réellement perdu son habileté zélée. il lui parut difficile de frapper correctement une tête de clou pour le seul plaisir de la paye. Le maître mécanicien le savait mieux que personne, il croyait qu'une fois perdu chez l'ouvrier un sentiment d'attrait pour la machine, une fois que le travail, d'abord naturel, gratuit, inconscient, deviendrait une nécessité financière, ce serait la fin du monde, pis même — après la mort du dernier vrai ouvrier on verrait se ranimer les pires salopards qui iraient dévorer les plantes du soleil et les objets fabriqués par les vieux maîtres. — Tchevengour - Andreï Platonov, urn:isbn:978-2221081440

La misère de Zushi avait besoin d'un rafraîchissement. J'ai coupé les feuilles mortes, regroupé certaines tiges, remises dans l'eau en attendant les nouvelles racines que je replanterai dans le pot. J'aime la misère, fragile et résistante, simple et vigoureuse.

Je regarde mes ongles peints depuis quelques jours. J'aimais la couleur qu'elle avait sur ses pieds. Je trouvais cela élégant. J'avais envie de la fragile fraîcheur de jade d'un matin d'été dans l'ombre d'une maison vietnamienne en écoutant Lou Reed. Elle a peint mes ongles et maintenant tous les matins, je souris.

sur le bord du chemin

  • Quand la télévision était un des seuls moyens d'accès à la culture.

    Lorsqu’on grandit dans les années 80, fils d’ouvriers immigrés, dans une ville de 4 000 habitants d’un département connu pour être le champion toutes catégories des accidents dus à la consommation excessive d’alcool et le seul en France à n’être pourvu d’aucun escalator, comment accède-t-on à la culture ? La bibliothèque ? Vous imaginez bien qu’il n’y en avait pas. Le cinéma ? Très bien, à condition de ne pas vouloir creuser plus loin que Gremlins ou Police Academy. En fait, c’est beaucoup plus simple : tout passait par la télé. A 10 ans, riches ou pauvres, on avait tous vu un Kurosawa ou un Tod Browning, diffusés au ciné-club du vendredi sur Antenne 2, on avait déjà retenu les noms de Chabrol ou Walter Hill et on s’était tous demandé de quoi on aurait l’air avec la chouette pelisse rouge que portait Robert Mitchum dans le western hivernal Track of the Cat, chopé au vol au Cinéma de minuit un soir de relâche parentale. On pouvait rentrer d’un match de foot éreinté, s’affaler dans le canapé et être tout à coup subjugué par le regard triste de Tatiana Samoïlova dans Quand passent les cigognes. Et ça n’empêchait pas, dans le même élan, d’aller voir les Griffes de la nuit à la séance de 17 heures et d’apprécier De Funès ou même les Charlots. Au contraire, même : ce mélange, ça deviendrait notre richesse.

    L'article rapelle la pauvreté du catalogue courant des netflix et autres. Prenez par exemple Wong Kar-Wai. Netflix en a un. Jim Jarmusch ? 0 sur netflix. Criterion et Mubi ont une meilleure collection que nombres de plateformes en ligne, mais toujours largement incomplètes. Pour Mubi, le catalogue ne reflète pas non plus ce qui est réellement visible également.

  • Époustouflant et intéressant. An oil market meltdown like we’ve never seen is getting worse.

    Demand for oil is disappearing, and despite a deal by Saudi Arabia, Russia and other nations to cut production, the world is running out of places to put all the oil being pumped out — about 100 million barrels a day. At the start of the year, oil sold for more than $60 a barrel. Refineries are unwilling to turn oil into gasoline, diesel and other products because so few people are commuting or taking airplane flights, and international trade has slowed sharply. Oil is already being stored on barges and in any nook and cranny companies can find. One of the better parts of the oil business these days is owning storage tankers.

    […]

    But nothing compares to the shock the weakened industry has taken from the coronavirus pandemic. The sales of clothing and accessories fell by more than half in March, a trend that is expected to only get worse in April. The entire executive team at Lord & Taylor was let go this month. Nordstrom has canceled orders and put off paying its vendors. The Neiman Marcus Group, the most glittering of the American department store chains, is expected to declare bankruptcy in the coming days, the first major retailer felled during the coronavirus crisis.

    Les nouvelles relatives à l'évolution du marché sont passionnantes et montrent combien nombre d'éléments de notre économie capitaliste tourne à vide, sans substance, si ce n'est un marketing effréné poussant à la consommation. Le vide existensiel remplit par les achats.

April 22, 2020 02:59 PM

April 21, 2020

Karl Dubost

absences

trois feuilles mortes dans la main

Zakhar Pavlovitch vit se présenter à lui un nouveau monde tout d'habileté, celui qu'il aimait depuis longtemps, comme s'il l'avait toujours connu, et il décida de s'y maintenir pour la vie. — Tchevengour - Andreï Platonov, urn:isbn:978-2221081440

Dans les moments d'errances poétiques, aux heures calmes, aux heures de l'absence, aux temps indéfinis, les mémoires de voyages éblouissent une langueur douce-amère.

sur le bord du chemin

April 21, 2020 02:59 PM

April 20, 2020

Karl Dubost

les conditions du partage

pluie sur le jardin

Les arbres sombres somnolaient, pattes écartées, saisis par la caresse de la pluie tranquille : ils étaient si heureux qu'ils en défaillaient et agitaient leurs branches sans le moindre vent. — Tchevengour - Andreï Platonov, urn:isbn:978-2221081440

Nous aimerions souvent parfois que les personnes partagent leur travail (code source, pratique, brouillon, etc.), mais parfois un simple « Partage » ne se traduit pas en action. Peut-être, devrions-nous aborder le sujet différemment ?

  1. Quelles sont les barrières (valides et imaginées) qui empêchent le partage ? (sentiments, émotions, techniques, compétences, philosophiques, etc.)
  2. Comment pouvons-nous aider à lever certaines de ces barrières ?

Une espèce de linaire vît dans le jardin (photo du 17 avril 2020), peut-être linaire rampante ou Linaire bipartita. Je n'ai trouvé que deux pieds, de couleurs différentes.

sur le bord du chemin

  • Conversations sur les générateurs de blog.

    Je ne crois pas que Karl (la-grange, donc) fasse du html à la mano. — Emmanuel

    Je l'ai fait dans le passé et le reste était géré par des scripts xslt. en ce moment, j'ai un fichier markdown, traité par un petit script maison (make-post.py) très simple qui injecte dans un gabarit html. Puis ensuite la moulinette de ymir (pas fini, jamais fini, mais c'est bien comme ça. Je dois d'ailleurs le refaire en python 3) qui travaille directement sur le html pour générer le feed et l'index de la page d'accueil.

    Mais franchement, c'est beaucoup de boulot dès que tu veux un truc un peu dynamique — Véronique

    Je suis toujours curieux de savoir ce que sont les besoins dynamiques en question. Dynamique est différent de temps réel. Donc je suis curieux. Peut-on en savoir plus ? cela va aider à affiner ma propre réflexion.

  • LOI n° 2010-1192 du 11 octobre 2010 interdisant la dissimulation du visage dans l'espace public (1).

    Nul ne peut, dans l'espace public, porter une tenue destinée à dissimuler son visage.

    Je me demande comment cela se coordonne avec le port du masque pour raison sanitaire. Ah ! article 2.Ⅱ

    L'interdiction prévue à l'article 1er ne s'applique pas si la tenue est prescrite ou autorisée par des dispositions législatives ou réglementaires, si elle est justifiée par des raisons de santé ou des motifs professionnels, ou si elle s'inscrit dans le cadre de pratiques sportives, de fêtes ou de manifestations artistiques ou traditionnelles.

April 20, 2020 02:59 PM

April 19, 2020

Karl Dubost

Cette heure

fleur bleue

Zakhar Pavlovitch pensait à rebours : les hommes sont loin d'avoir tout inventé, puisque la matière du monde a sa propre vie et des mains intactes. — Tchevengour - Andreï Platonov, urn:isbn:978-2221081440

Cette heure, le matin, quand les oiseaux ébrouent les feuilles humides, quand le soleil jaunit la pâle ecchymose de l'aube. Cette heure, quand je lis.

petit déjeuner et livre

À l'usine

J'essaie d'utiliser usine pour mon serveur personnel. Avec un double objectif :

  • garder une copie de sauvegarde des fichiers critiques de configuration (probablement avec une possibilité d'espace daté)
  • changer les fichiers de configuration localement dans l'éditeur de mon choix et les déployer sur le serveur, pour ne pas avoir à les éditer sur le serveur directement.

Tout cela afin de permettre plus de sérénité quand il est nécessaire de réaliser une modification.

J'ai été surpris par la dissymétrie entre put(), qui gère les répertoires et get(), qui gère uniquement les fichiers. Il aurait été utile de pouvoir prendre tout le contenu d'un répertoire. Je peux créer un getdir().

De l'incompréhension

9h55 : Le maire de Fujisawa invite par les haut-parleurs de la ville à rester chez eux, à ne sortir que pour l'essentiel.

12h25 : Voici la plage de Kugenuma à Fujisawa, aujourd'hui.

sur le bord du chemin

  • A Feminist Critique of Murakami Novels, With Murakami Himself

    MK: “Sleep” is stunning. Not being able to sleep is like living in a world where death doesn’t exist. The disquiet, that distinct brand of tension that never lets up for an instant. It’s the perfect metaphor for a woman’s existence… I’m assuming it took you a few days to write? Considering it’s a short story.

  • Le temps des forêts. Pas vu, mais probablement à voir.

    Zakhar Pavlovitch se taisait ; la parole humaine était pour lui comme le bruit de la forêt pour l'habitant des bois : on n'entend pas. — Tchevengour - Andreï Platonov, urn:isbn:978-2221081440

April 19, 2020 02:59 PM

April 18, 2020

Karl Dubost

L'ombre d'une lampe

fenêtre et mur brisé

Les vieilles villes de province ont des lisières délabrées. On voit s'y installer des gens tout droits sortis de la nature. Voici qu'apparaît un homme au visage incisif, émacié jusqu'à la tristesse, qui peut tout réparer, tout ajuster, mais dont la vie, jusqu'ici, fut mal ajustée. Pas d'objet fabriqué, depuis la poêle jusqu'au réveille-matin, qui, en son temps, ait échappé aux mains de cet homme. — Tchevengour - Andreï Platonov, urn:isbn:978-2221081440

Hier soir, après avoir lu la préface, j'ai commencé la lecture de Tchevengour par Andreï Platonov. Juste quelques lignes, le temps d'une infusion. Je vais aimer. Les premiers mots, je les répète plusieurs fois. Inlassable. La phrase prend sa place dans la diction. À voix haute, je me délecte. J'ai découvert l'auteur dans le livre Espace et labyrinthes de Vassili Golovanov. Certains livres se révèlent par les lectures extasiées d'un roman, défilant la continuité d'histoires prises dans les lices d'une autre trame.

5h00. Ce matin la pluie opacifie le réveil dans de vagues mouvements, hordes équines au galop à la recherche d'une chute. Je prépare le café dans ce brouhaha. J'imagine que la journée se vivra profonde, de l'intérieur, patiente et sans le jardin.

graphe de la météo

Je relis quelques lignes de Tchevengour ; le récit se noircit, très vite, la Révolution et la famine. L'averse et l'aube étouffée dressent la toile dramatique de la lecture.

La maison dort encore. J'écris dans l'ombre de ma lampe.

5h30. Le galop s'est interrompu. Probablement une pause au bord de la rivière, les sabots plantés dans la boue, pour se désaltérer avant de reprendre la chevauchée.

5h37. Quelques pas, elles ont redressé leurs têtes, alertes et rassasiées, l'onde reprend le chemin de la pente. Elles n'attendent plus que la bourrasque océane pour s'écheveler sur les terres grasses et noires. Là ! Je la perçois.

7h59. Les avalanches rocailleuses joignent la cavalcade. les pins submergés frissonnent à chaque roulement. Le tremblement du monde est aérien.

sur le bord du chemin

  • Viewport units. voici un guide très utile sur la notion des unités de viewport, avec le rappel d'un élément essentiel sur leurs différences avec les pourcentages.

    Viewport units are based on the root element of the page, while the percentage is based on the container they are in. For that reason, they’re different from each other and each one has its use cases.

  • Essentiel, javascript simple et sans framework.
  • Bonne journée pluvieuse pour démarrer ces séries documentaires par Netflix en libre accès sur YouTube.
  • De la transmission d'un projet informatique. Souvent une entreprise va concevoir un produit de façon à garder son client captif. alors que nous aurions tous intérêt à permettre, par la documentation, la flexibilité, la simplicité du projet, l'indépendance des projets.

    C’est du Python 3 annoté pour les types qui utilise Pyramid comme framework web. Rien de très exotique et c’est intentionnel considérant que nous souhaitions à un moment transmettre le produit.

    mais il y a peut-être aussi une responsabilité de la part du client à définir au départ de l'aventure. Sommes-nous là ensemble pour livrer un produit fini ou sommes-nous là ensemble pour définir un processus de création s'accompagnant d'outils et d'une philosophie de maintenance et de développement ? Ou pour reprendre la métaphore connue. Voulez-vous du poisson ? Ou apprenons-nous ensemble la technique de maille du filet, de la pêche et de la réparation de ce filet afin que les compétences partagées ne dépendent plus de la présence unique d'une personne dans le groupe.

    et comme le billet de David est ponctué de référence au kyūdō (弓道). Voici un passage de introduction à la culture japonaise

    « Comment dois-je tenir l'arc pour atteindre une telle distance ? » Et le maître de lui répondre : « Tirez comme d'habitude sans vous soucier de la cible. » Intrigué, il proteste : « Il faut bien viser tout de même ! » Mais le maître insiste encore pour qu'il ne vise pas, lui demandant de ne penser ni à la cible ni à l'atteindre, bref de ne penser à rien. « Vous n'avez qu'à tendre votre arc, lui dit-il, jusqu'à ce que la flèche parte. Il faut laisser la chose se faire. » — introduction à la culture japonaise, Hisayasu Nakagawa, urn:isbn:978-2130549529

April 18, 2020 02:59 PM

David Larlet

Zam

L’histoire assez personnelle d’un produit collectif.

Prologue

L’archer qui ne partage pas avec les autres sa joie de l’arc et de la flèche ne connaîtra jamais ses propres qualités et ses propres défauts.

Avant de commencer quoi que ce soit, donc, cherche des alliés — des gens qui s’intéressent à ce que tu fais.

Attention, je ne suis pas en train de dire : « Cherche d’autres archers. » Je dis simplement : « Trouve des personnes qui ont d’autres talents, car la voie de l’archer n’est pas différente d’une autre voie suivie elle aussi avec enthousiasme. »

La Voie de l’Archer, Paulo Coelho

Un archer en position à genoux. Kamakura, avril 2012.

Contexte

Je suis contacté par Raphaël il y a deux ans pour rejoindre une Startup d’État, après avoir travaillé sur datagouv pendant un temps puis avoir planté une autre startup. Dans un tel contexte, on ne sait jamais ce qui va pousser après. Dans mon cas, ça avait quand même fait germer une petite graine sur l’importance d’un·e responsable produit ainsi que la présence d’une personne ayant des compétences en UX.

Je souligne l’aspect personnel de ce retour en introduction car nous sommes aussi en train de compiler une histoire collective de cette aventure et j’espère que nous pourrons la rendre publique tant les points de vue des autres membres de l’équipe sont riches et pertinents.


Cela faisait un moment que je m’intéressais au processus législatif car il me semblait que cela était un élément clé de la démocratie. Aussi, je réponds naïvement « oui » et me voilà embarqué dans un wagonnet de montagnes russes. Enfin — canadiennes en fait — vu que nous avons pu concevoir l’intégralité du produit en étant à distance.

Ainsi naissait mon implication dans Zam (cache).

Première rencontre avec Mélodie le 18 avril, avec Raphaël le 17. Première entrée dans mon journal pro, j’aime constater à quel point il a évolué dans le temps pour consigner davantage des émotions et ressentis une fois la confiance installée.

Objectif

L’objectif est de proposer un outil numérique permettant de réduire la pénibilité (et le nombre de pages jusque là imprimées) lors de la rédaction des réponses aux amendements soumis par les député·e·s et/ou sénateur·ice·s de la part du gouvernement afin de préparer le débat législatif au sein des instances parlementaires (Assemblée Nationale et Sénat).

Exprimé ainsi il faut s’accrocher, aussi je vous propose un exemple sous forme de chronologie et un peu simplifié (les dates sont inventées mais proches de la réalité) :

  1. Lundi, le gouvernement soumet un projet de loi à l’Assemblée Nationale ;
  2. Jusqu’à vendredi midi, les député·e·s soumettent des amendements dans l’intention d’améliorer le texte initial ;
  3. De vendredi midi à lundi, les services du gouvernement travaillent pour avoir une réponse précise/pertinente à chaque amendement (c’est généralement la nuit/fin de semaine, oui) ;
  4. Le lundi suivant, la séance publique commence et le ou la ministre dispose de réponses permettant de prendre la parole dans l’hémicycle ;
  5. Au cours du débat parlementaire qui prend quelques jours, les amendements sont acceptés ou rejetés en fonction des votes en séance, le texte est modifié en conséquence avant de passer au Sénat.

Zam intervient à l’étape 3 lorsqu’il s’agit de rédiger ces réponses dans des délais courts, avec la plus grande expertise possible et une chaîne de validation conséquente. Cet outil vient remplacer un processus à base de (beaucoup de) papier, d’outils de traitement de texte/tableur et de longues heures de sommeil perdues.

Zam est sporadiquement utilisé en étape 4 pour les conseillers qui sont sur les bancs de l’Assemblée Nationale et a même été utilisé par une ministre en direct sur une tablette. Achievement unlocked.

Approche

Tout a commencé à échelle humaine sur un projet de loi bien précis et surtout avec une personne clé qui connaissait bien les rouages des processus existants, au point de vouloir les changer. Ce que l’on appelle une intrapreneuse. Puis ça s’est rapidement emballé suite à la satisfaction des utilisateur·ice·s qui ont apprécié les veillées moins stressantes et les nuits plus complètes (!), ces personnes étaient jusqu’alors en souffrance. On a commencé à enchaîner les projets de loi et les ministères concernés.

Pour tenir dans la durée, il faut réussir à trouver un rythme qui soit soutenable pour tou·te·s. En étant à distance et sur un fuseau horaire différent, cela signifie s’adapter pour trouver un créneau quotidien d’échange qui tourne autour d’une heure. C’est un moment important autant pour le travail à réaliser que pour maintenir l’humeur de l’équipe à un niveau enthousiasmant. Non pas comme une suite de sprints mais comme un ultra-marathon avec plein de pacers.

En parallèle de ces discussions, il y a nos échanges avec les personnes utilisant le produit dont l’avis est essentiel pour pouvoir continuer à être pertinents. Cela arrive environ toutes les deux semaines et nous mettons un canal de réception en place pour les personnes ne pouvant pas être sur place. C’est vraiment important pour moi d’arriver à avoir ces retours sans intermédiaires de façon à développer mon empathie pour les utilisateur·ice·s.

Tous les six mois environ (?), on prend un peu de recul sur ce que l’on a fait et compris — sur notre nouvelle façon de voir les choses aussi — pour réajuster le cap si on en ressent le besoin. Cela permet d’échanger sur des émotions qui sont passées entre les mailles du filet quotidien.

Technique

J’ai parlé un peu de technique récemment et la pile de technologies que l’on a utilisé pour ce projet me semble être relativement stable et compréhensible. Le code est accessible sur Microsoft Github sous licence AGPL-3, on peut voir que la répartition est assez équilibrée entre Ronan et moi. C’est du Python 3 annoté pour les types qui utilise Pyramid comme framework web. Rien de très exotique et c’est intentionnel considérant que nous souhaitions à un moment transmettre le produit (voir plus bas).

Il y aura toujours Bootstrap sur Zam. Un petit mème courtesy of Maïtané 😅.

Ce qui est peut-être un peu plus inhabituel c’est de ne pas utiliser Microsoft npm pour gérer nos dépendances JavaScript, cela permet de bien voir ce que l’on ajoute, une sorte de friction (cache) manuelle qui m’est chère lorsqu’on parle de faire tourner mon code sur la machine de beaucoup d’autres.

Les principaux défis techniques ont été de gérer des données en entrée en provenance des sites parlementaires qui n’étaient pas forcément très stables. Lorsque toute la pertinence du produit repose sur la fraîcheur des données à un moment clé du processus législatif, c’est quelque peu anxiogène de se dire que l’on n’a aucun contrôle dessus !

La plus grande victoire technique est certainement d’avoir eu envie de reprendre ce code pour la suite (voir plus bas) au lieu de partir sur quelque chose de neuf.

Transmission

Une Startup d’État est un service public numérique développé par une équipe autonome pour répondre à un problème lié à une politique publique, financée par une administration porteuse. Elle n’a pas pour objectif de faire du profit et n’a le plus souvent pas de personnalité juridique propre au moment de son lancement (même si elle peut devenir par la suite un service national au sein d’une administration ou au sein d’un GIP autonome). Sa vocation est de maximiser son impact social en répondant aux besoins de ses utilisateurs.

À propos - beta.gouv.fr (cache)

Au bout d’un moment, lorsqu’on s’est prouvé que le produit conçu a de la valeur pour des personnes grâce à leurs retours récurrents, on songe à décliner le service à plus large échelle. C’est ce qui s’est passé pour Zam avec une généralisation de l’outil numérique de gestion des amendements pour l’ensemble des administrations au début de l’année 2020.

Je vais être honnête, ça s’est (pas) fait dans la douleur.

Nous étions dans une optique de transmission là où la direction qui devait dorénavant assurer la continuité de ce service s’attendait à un produit fini qu’il suffirait de brancher comme on peut le faire avec de l’électroménager. Autant dire que le choc des cultures a été assez violent… et le résultat relativement frustrant.

Le service est officiellement arrêté depuis le 1er janvier et nous avons tout de même maintenu une instance afin d’en assurer la continuité malgré tout, estimant qu’il était important pour nos utilisateur·ice·s de continuer à disposer d’un outil qui leur facilitait la vie au quotidien. D’autant plus lorsqu’un projet de loi comme celui des retraites s’en vient et que l’on pense pouvoir éviter l’abattage d’une forêt en rendant inutile l’impression multiple de 42 000 amendements !

Bref, ça ressemble à un loupé. Mais l’essentiel n’était peut-être pas là :-).

Entracte

Il existe deux types de tir.

Le premier est celui que l’on fait avec précision mais sans âme. Dans ce cas, l’archer, bien qu’il possède une grande maîtrise de la technique, s’est exclusivement concentré sur la cible — et il n’a donc pas évolué, il a machinalement répété un geste, il n’a pas réussi à grandir, et il abandonnera un jour la voie de l’archer parce qu’il trouvera que tout est devenu routine.

Le second tir est celui que l’on fait de toute son âme. Lorsque l’intention de l’archer se transforme pour devenir le vol de la flèche, ses doigts s’ouvrent au bon moment, le son de la corde fait chanter les oiseaux et le fait de tirer en direction de quelque chose au loin provoque — paradoxalement — un retour sur soi, une rencontre avec soi-même.

La Voie de l’Archer, Paulo Coelho

Des archers en position. Kamakura, avril 2012.

Satisfactions

Je vais me concentrer sur trois satisfactions importantes au cours de ces deux dernières années :

  1. Être suffisamment à l’écoute des utilisateur·ice·s pour que cela crée un climat de confiance et que ces personnes prennent part à l’aventure, aboutir à une telle proximité est vraiment crucial pour concevoir un produit pertinent qui soit adopté. Cela a changé ma façon d’appréhender les problèmes en passant de la théorie à la pratique.
  2. Faire équipe, je me suis déjà longuement exprimé sur le sujet et cette tension positive entre ses membres transforme la qualité et la pertinence du produit.
  3. Collaborer à distance, pas seulement en pensant à distance mais en apprenant et en grandissant à distance. Je mesure d’autant plus aujourd’hui — lorsque cette distance est imposée — à quel point c’est un avantage comparé à d’autres équipes qui se retrouvent désemparées. Non seulement pour être efficaces mais aussi et surtout pour continuer à avoir le sentiment d’être ensemble dans des moments d’incertitudes.

D’un point de vue plus personnel, j’apprécie le fait de garder l’enthousiasme de travailler sur un même produit et avec une même équipe dans la durée. Au point de vouloir continuer à faire des choses avec l’un et l’autre. C’est assez rare pour que je m’en réjouisse :-).

Regrets

Je vais en garder trois aussi pour équilibrer :

  1. La frustration de ne pas réussir à transmettre un produit et, peut-être pire, une façon de le produire. Cela remet en question pas mal de choses au sujet de mon implication dans des initiatives comme betagouv. C’est un regret qui est encore aujourd’hui assez difficile à digérer.
  2. La souffrance d’avoir construit un groupe de travail autour d’un produit qui va être ignoré alors qu’il est la clé de sa réussite auprès des utilisateur·ice·s actuel·le·s. Avoir un sentiment de gâchis d’énergie (et d’argent public).
  3. La peine d’avoir voulu essayer de transmettre le produit à une autre entité pour vérifier si cela était faisable alors qu’une externalisation au sein d’un GIP ou autre aurait probablement été possible à un moment donné. J’espère que notre retour permettra aux autres équipes de ne pas faire la même erreur.

Il y en aurait un autre de regret un peu meta qui est la prise de conscience que l’appareil démocratique de la Cinquième République est complètement défaillant lorsqu’il y a une majorité. J’aurais pu m’en rendre compte depuis l’extérieur mais avoir les mains dans ces données permet de constater à quel point les séances à l’Assemblée Nationale ou au Sénat peuvent être inutiles dans les faits. C’est bien triste car il s’agit ici du contre-pouvoir nécessaire à l’exécutif.

Suite

Ce qui est réjouissant dans tout ça, c’est qu’il y a une saison 2 qui se prépare, nom de code : Visam !

On reprend l’équipe, une partie du code et on va rencontrer les personnes en souffrance pour proposer une solution adaptée. Ou du moins c’était le plan, et vu qu’il ne se déroule pas tout à fait comme prévu à cause d’un petit bout d’ARN plutôt résistant, on s’adapte.

L’avantage d’être une équipe distribuée, c’est d’a priori être à même de pouvoir proposer des usages qui correspondent à la situation actuelle. La suite au prochain épisode…

Ailleurs

Le code source de Zam est disponible depuis le début sous licence AGPL 3.

Maïtané a écrit une série d’articles sur le sujet, pour l’instant il y en a 9 de publiés mais 19 sont prévus (!!!). Cela permet de suivre l’évolution du produit dans le temps, c’est trop bien.

Une émission de radio a été réalisée par DaScritch.

Il y a eu au moins un article dans la presse (cache), en tout cas c’est le seul dont j’ai connaissance.

On réfléchit à d’autres formes de transmissions/interactions, notamment orales, potentiellement en visio, bref si vous avez des idées et/ou questions on est super ouvert·e·s.

Épilogue

Une fois que la flèche a été décochée, l’archer ne peut plus rien faire, si ce n’est suivre des yeux son trajet vers la cible. Dès lors, la tension nécessaire au tir n’a plus de raison d’être.

L’archer garde alors les yeux fixés sur le vol de la flèche, mais son cœur se repose, et il sourit.

La Voie de l’Archer, Paulo Coelho

Un archer en train de tirer. Kamakura, avril 2012.

P.S.: le Japon me manque.

Mise à jour quelques heures après publication : Karl répond en parlant de poisson (cache) et ne sait pas à quel point il tombe juste :-).

April 18, 2020 11:00 AM

April 17, 2020

Karl Dubost

de la lecture à l'écriture

fleur du jardin

Dans son cours sinueux le ruisseau murmure, la nuit il baigne mes rêves. — En longeant la mer de Kyoto à Kamakura, anonyme, urn:isbn:978-22358731232

Se lever avec le soleil, même quand le soleil est absent et que la pluie polit la terrasse, autour de 5 heures le matin, afin de pouvoir tracer d'une ligne noire le vol d'un corbeau, voila la première respiration, les yeux ouverts et le monde en éveil.

Achevé ce midi la lecture de « En longeant la mer de Kyoto à Kamakura » à propos d'un voyage en 1223 (ère 貞応)), probablement publié quelques années plus tard. J'y ai découvert notamment le terme 紀行 (きこう) (journal de voyage). Je me dis que je devrais réutiliser le terme dans mon prochain script de publication : kiko.

J'ai repris la lecture, et ainsi j'ai repris l'écriture.


Ce midi, nous mangeons des ramens avec un œuf préparé selon la recette de Hitonari Tsuji. Elle se délecte régulièrement de son carnet et elle réinvente ses recettes de cuisine. Il vît à Paris. Sur mes étagères dans la section japonaise, je regarde. Trois livres : En attendant le soleil, </cite>L'arbre du voyageur</cite> et Objectif. Nous décidons d'appeler nos ramens : « les ramens d'hitonari. »

bol de ramens


Les fleurs sauvages du jardin ne lassent pas de m'interroger. Que de délicatesses invisibles. Il faut accroupir tout son corps dans la masse du sol, d'être soi-même et de laisser prendre le temps au regard de découvrir les élégances végétales. On ne se sent proche de la nature, que lorsque le parfum de la terre domine celui de la hauteur.


Dans une discussion courte à propos de la technologie, un ami dit : « This is why Facebook won and blogs lost. » C'est systématique d'un abus de langage courant. Je réponds : « Facebook didn’t kill blogs. Blogs didn’t take over the world. »

Il est important de ne pas oublier que l'espace des blogs est bien vivant. Le monde autour s'est étendu, mais quiconque peut toujours publier à l'envie à destination de milliers ou bien d'une personne, si ce n'est que soi-même. C'est important, cette distinction. Nous ne devons pas abandonner, ni se soumettre au discours de la disparition ou de la défaite. L'objectif du blog n'a jamais été de conquérir le monde, mais bien de donner un espace d'expression à ceux qui le désiraient. Cet espace est réel. Il existe et est accessible.

sur le bord du chemin

April 17, 2020 02:59 PM

April 16, 2020

Karl Dubost

Sans peur, sans reproches.

plante au creux d'un rocher

Les traces de mes pas d'hier sont aujourd'hui un rêve ; ce jour qui me voit passer ici, en quel lieu dirai-je demain qu'il fut hier ? En vérité, mois et années que j'ai laissés derrière moi, de rêve se sont mués en rêve ; sentiers de montagne d'hier et d'aujourd'hui, sortis des nuées entrent dans les nuées. — En longeant la mer de Kyoto à Kamakura, anonyme, urn:isbn:978-22358731232

j'épuisais mon voisinage, il me faudra maintenant épuiser mon jardin. Le double confinement : virus et convalescence m'invite à explorer la vaste immensité de l'intime.


As-tu eu peur ? C'est une question que l'on m'a posée et je la trouve intéressante. Elle demande un ébauchage dans le creux du bois. Nous devons pouvoir y trouver la ligne d'un ébéniste et suivre son chemin interminable. La culpabilité de l'autolyse est inexistante, si ce n'est que celle de la douleur. La peur de mourir ne se manifeste pas dans l'auto-portait de mon existence. Non, celle-ci est nulle et vaine. Je n'ai ni dieux, ni maître et en retournant poussières, ce sera d'étoiles. La mort est la fin de tous et donc de la souffrance, de l'effort, de l'envie, du désir, etc. Elle n'a aucune conséquence, puisqu'elle est la fin des conséquences pour les individus. en revanche, la peur de la détresse et de la tristesse causée aux autres, la peur d'abandonner ceux qui ont encore besoin de moi, la peur de ne pas être capable d'offrir la solidité d'une épaule, la tendresse d'un regard, un mot chaleureux à ceux qui vous aime et que l'on aime. Donc je me suis résolu à gagner le combat de la chirurgie. Non pas pour moi, mais pour ne pas abandonner les autres.


L'importance du commerce local et de son accessibilité dans les moments de crise où la densité humaine est un ennemi. Les concentrations capitalistes de nos consommations sont une source toxique de nos humanités.

sur le bord du chemin

  • accompagnement pédagogique d'un projet python, plutôt que d'un outil réalisant tout. je préfère cette méthode.
  • Le chemin sera long. Cet article, Our Pandemic Summer, suit tout à fait ma ligne de pensée.

    “I think people haven’t understood that this isn’t about the next couple of weeks,” said Michael Osterholm, an infectious-disease epidemiologist at the University of Minnesota. “This is about the next two years.”

    “Everyone wants to know when this will end,” said Devi Sridhar, a public-health expert at the University of Edinburgh. “That’s not the right question. The right question is: How do we continue?”

    La plupart des gens ne comprennent pas parce-que changer de vie ne faisait pas partie de leurs objectifs initiaux. Ils recherchent à tout pris à retourner dans leur zone de confort. Nous ne pouvons les blâmer, mais nous pouvons regretter qu'il y a là en cet instant un univers de plis à déployer afin de réinventer nos quotidiens.

  • Japan virus deaths could top 420,000 without social distancing, panel says

April 16, 2020 02:59 PM

April 15, 2020

Karl Dubost

Les herbes collées

dune de sable proche de l'océan

L'émotion que l'on ressent à promener au loin les yeux vous transporte. — En longeant la mer de Kyoto à Kamakura, anonyme, urn:isbn:978-22358731232

La presse depuis quelques semaines hurle. Ouvrir un site Web de journal comme The Guardian, NY Times, Washington Post est un déluge d'alertes scintillantes et destructives du besoin de sérénité nécessaire pour avoir le geste élégant et la pensée prolongée. Nous avons besoin de réflexion, pas d'agitation.

La frustration : Les préfectures de Tokyo, Kanagawa et quelques autres sont en état d'urgence. L'objectif est de permettre la distance physique entre tous afin de ralentir la propagation. Les parents des enfants de notre voisinage immédiat semblent ignorer les recommendations. Les enfants jouent tous ensemble. Interdire à notre enfant lui crée de la tristesse et de la colère. Beaucoup de temps à expliquer encore et encore pourquoi, accepter sa tristesse tout en interdisant la proximité physique.

Aujourd'hui nous avons finalement pu planter ensemble les graines de légumes achetées, il y a quelques semaines : carottes, haricots verts, mini-tomates, okura, oignons verts. C'est une première ! J'avais construit un bac, il y a quelques semaines avec les chutes de bois abandonnées par l'agence de rénovation de la maison, il y a quelques années. Place à la patience et aux surprises.

Bac de jardins

Ce matin, il me dit « Prends des ciseaux, deux papiers et un bâton de colle. » Je me demande ce qu'il a en tête. Il commence à couper des morceaux d'herbes et les coller, il me dit de dessiner sur ma feuille. Et il dessine sur la sienne. Je comprends. Il a fini la sienne et il me dit : « rivière. » Formidable. J'aime l'expressionnisme de son dessin. C'est le flot poétique.

dessin de rivière

Je n'ai pas encore fini le mien. J'accélère. Bien sûr, je tente une représentation de La Grange. Je regrette presque d'avoir été aussi figuratif. J'admire sa liberté de cours d'eau. Nous sommes heureux. Nous sourions ensemble.

dessin de la grange

sur le bord du chemin

April 15, 2020 02:59 PM

April 14, 2020

Karl Dubost

fertile pensée du sous-bois

Une fleur d'azalées

Monté sur un nuage flottant, je m'égare dans le ciel du voyage ; ma vie rosée du matin, je la confie au vent qui me pousse dans mon errance. — En longeant la mer de Kyoto à Kamakura, anonyme, urn:isbn:978-22358731232

Je cherche le repos des montagnes et l'intelligence des ruisseaux. Voilà l’équilibre que l’homme sage doit chercher. Arbre aux branches étendues, aux racines aventurières, je veux le vent, le soleil et l'humus. Je veux la mousse et la fertile pensée du sous bois.

Aujourd'hui, il m'apporte une fleur d'azalée du jardin et une pierre posée sur le pétale, le tout dans le creux de sa main encore potelée. C'est son offrande, c'est son amour.

Aujourd'hui ils ont enlevé la fermeture éclair que j'avais sur la boîte crânienne. Et déjà évanoui, le souvenir de personnages dans le magazine Métal hurlant de mon adolescence.

Couvertures du magazine métal hurlant

sur le bord du chemin

April 14, 2020 02:59 PM

April 13, 2020

Karl Dubost

Une rosée de pensées

Couverture du livre savoir revivre sur une étagère

Moi, tel la rosée de l'aube et du crépuscule, je puis me poser dans les herbes à l'ombre des montagnes, mais tel la brume du matin, l'espoir de m'élever dans le monde s'est dissipé ; — En longeant la mer de Kyoto à Kamakura, anonyme, urn:isbn:978-22358731232

Elle m'accompagne toujours sur les chemins des pensées heureuses et tendres. Je lui parle de la citation dans le livre. Elle ouvre alors une nouvelle randonnée poétique en me donnant les clés de la rosée. 雨 est la pluie, en lui ajoutant le caractère vers le bas 下, nous avons une goutte d'eau 雫, mais si on lui ajoute le chemin 路, on obtient… la rosée : 露.

Souvent je me dis que les investisseurs financiers de projet internet ne sont pas conçus pour permettre la réalisation de petites communautés. Tout le monde parie sur la poule aux œufs d'or, plutôt que sur la possibilité de développer du tissu social et de la micro-rentabilité.

Je suis de plus en plus partisan de vouloir héberger mon serveur à la maison et de ne pas dépendre d'une infrastructure et contraintes techniques à quelques milliers de kilomètres de mois. En cette période de pandémie, l'option me semble encore plus pertinente. Je veux confiner mon serveur à la maison. Et si il est hors réseau pour quelques jours, quelle importance cela a-t-il ? Donc j'y pense de plus en plus.

Je crois que je capitule face à homebrew. Pendant très longtemps, j'ai résisté, mais de plus en plus de projets dépendent directement de homebrew, comme par exemple, l'installation des outils de mozilla-central.

Il y a tout juste une semaine, sous le bistouri. Ne pas trop en faire. Se reposer beaucoup. S'assoir sur le talus et regarder le vent.

sur le bord du chemin

  • David à propos de jardin

    On ne gagne de toute façon pas une guerre, on compte ses morts et on fait germer des idées libératrices dessus à partir d’une colère collective accumulée. Transformée.

  • PDF minimal

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      trailer<</Root<</Pages<</Kids[<</MediaBox[0 0 3 3]>>]>>>>>>
    
  • ordinateur minimal

  • deux trucs utiles pour markdown dans visual studio code. Ne pas effacer les espaces de fin de ligne et permettre le word wrapping à la largeur de son choix. allez, un troisième, rendre visible les espaces aux limites.

      "[markdown]": {
          "files.trimTrailingWhitespace": false,
          "editor.wordWrap": "wordWrapColumn",
          "editor.wordWrapColumn": 78
          },
      "editor.renderWhitespace": "boundary",
    
  • macos 10.15.4 casse ssh
    Copie d'écran de l'éditeur

April 13, 2020 02:59 PM

April 12, 2020

Karl Dubost

20 ans de carnets

Portrait de Karl

J’ai perdu le regret du mal passé les ans. J’ai gagné la sympathie des poissons. Plein d’algues, le palais qui abrite mes rêves est un récif et aussi un territoire du ciel d’orage et non du ciel trop pâle de la mélancolique divinité. J’ai perdu tout de même la gloire que je méprise. J’ai tout perdu hormis l’amour, l’amour de l’amour, l’amour des algues, l’amour de la reine des catastrophes. Une étoile me parle à l’oreille : Croyez-moi, c’est une belle dame Les algues lui obéissent et la mer elle-même se transforme en robe de cristal quand elle paraît sur la plage. Belle robe de cristal tu résonnes à mon nom. Les vibrations, ô cloche surnaturelle, se perpétuent dans sa chair Les seins en frémissent. La robe de cristal sait mon nom La robe de cristal m’a dit : « Fureur en toi, amour en toi Enfant des étoiles sans nombre Maître du seul vent et du seul sable Maître des carillons de la destinée et de l’éternité Maître de tout enfin hormis de l’amour de sa belle Maître de tout ce qu’il a perdu et esclave de ce qu’il garde encore. Tu seras le dernier convive à la table ronde de l’amour Les convives, les autres larrons ont emporté les couverts d’argent. Le bois se fend, la neige fond. Maître de tout hormis de l’amour de sa dame. Toi qui commandes aux dieux ridicules de l’humanité et ne te sers pas de leur pouvoir qui t’es soumis. Toi, maître, maître de tout hormis de l’amour de ta belle » Voilà ce que m’a dit la robe de cristal. — Trois étoiles, Robert Desnos, urn:isbn:978-2070300853

Vingt années que cette randonnée de chemin creux a commencé. Imparfaite, désordonnée, trébuchante, mélangée, ébouriffée, irrégulière.

Cet anniversaire là est un peu particulier.

Il a failli ne pas avoir lieu.

Je suis sorti de l'hôpital hier. Les scientifiques m'on trouvé une mandarine de 5cm de diamètre jouant des coudes avec mes lobes cérébraux, après avoir été emporté aux urgences pour des troubles du rythme cardiaque. « Urgences ! » m'ont-ils dit, « il faut de suite l'enlever. » Ce fût donc réalisé, lundi 6 avril 2020.

Maintenant, il faudra être patient avec son corps et l'inviter à résoudre ces petits défauts. Nous travaillons ensemble. C'est un dialogue à trois. Mon corps, mon cerveau et moi. Pour l'instant, cela se passe plutôt bien puisque je peux écrire ce billet. Lentement, certes, mais je peux le faire.

Les azalées, le magnolia et les genêts ont débuté leur floraison dans le jardin. La biologie donne le goût de l'effusion poétique, assouvit les besoins de beauté.

S'il y a un arbre près de chez vous, dites lui merci.

Avec amour. À vous. Debout. Je continue ce chemin creux.

April 12, 2020 02:59 PM

April 10, 2020

David Larlet

Résistance

Contre un virus ou un système ?

Humeur

J’ai appartenu à cette génération qui, en occident, serrait des mains et faisait des bises.

Christian Fauré sur Twitter

J’accepte que nous soyons impuissants face à un virus qui :

  1. peut rester en suspension (cache) plusieurs heures selon les environnements (notamment les commerces climatisés)
  2. peut rester sur des surfaces plusieurs heures aussi
  3. prend plusieurs jours à se manifester ce qui rend quasi-impossible la pertinence de la traçabilité des contacts des individus
  4. ne se manifeste pas toujours, potentiellement sur 25 % de la population

J’accepte d’être surpris par la résilience d’un système que je pensais plus fragile. Je suis encore plus surpris par la continuité de nombreux services qui est symptomatique de la pression que le capitalisme peut avoir sur la base de la pyramide. En fait, je ne suis pas surpris, je suis triste. Triste que cet esclavage moderne soit encore et toujours silencieux.

J’accepte que le fameux pic que l’on tente d’atteindre soit un élément de langage, de temporisation, de discussion, d’occupation car on n’a que ça à faire pendant un confinement. Occuper l’attention d’un côté pour préparer un panoptique numérique de l’autre. Exercice de prestidigitalisation facile. Mains propres, doigts sales. Probablement des doigts de services numériques nationaux.

J’accepte aussi malgré moi et avec un certain soulagement de ne pas avoir été totalement dans le faux ces dernières années. J’essaye de prendre cela du bon côté en espérant un changement, qui ne peut être que radical.

Grand soir

Même lorsqu’il est présenté comme une « chance » ou une « opportunité », le souhait d’un basculement provoqué par l’épidémie reste excessivement fataliste sur l’état de nos forces pour changer la société. Seul un virus en serait capable, négligeant la colère politique légitime qui fonde tous les mouvements sociaux. Compter sur la performativité des rhétoriques de rupture dissimule le travail d’auto-organisation nécessaire aux basculements politiques tant souhaités, qui ne verront jamais le jour tous seuls. Il n’y aura pas de Grand Soir, mais bien différents niveaux au sein desquels il est possible de construire les bases de notre future société écologique. Il importe de (re)trouver les moyens d’agir sur ces différents niveaux, afin de préparer le passage vers cette nouvelle société. Le syndicalisme est l’un d’entre eux, les occupations contre les Grands Projets Inutiles et Imposés, l’engagement associatif et la construction d’institutions alternatives aussi. Ce sont ces luttes, portées sincèrement au quotidien avec nos camarades, qui permettront de construire la société écologique nécessaire.

Le virus n’est pas une vengeance (cache)

Peut-être pas de Grand Soir donc, et les appels à faire des grandes manifestations à la fin me semble être lancés par des personnes qui sont dans le déni de ce qu’est une épidémie. Ou alors dans cinq ans peut-être…

Par contre des initiatives locales, à une échelle adaptée, restent possibles même en période de confinement pour construire (avec un sous-)ensemble de personnes un récit qui décrive non pas un après enthousiasmant mais déjà un pendant !

Surveillance

Et nous nous adapterons à ces mesures. Nous les accepterons, comme nous avons accepté les contrôles de sécurité de plus en plus stricts dans les aéroports après les attaques terroristes. La surveillance intrusive de nos vies sera considérée comme un prix acceptable à payer pour jouir en sécurité de la liberté d’être avec d’autres personnes (saines).

Mais comme toujours, le coût réel de cette surveillance sera supporté par les plus pauvres et les plus fragiles.

Il n’y aura pas de retour à la normale (cache)

Si les mesures qui vont être prises pendant cette période sont là pour durer alors créons nos propres mesures. C’est maintenant qu’il faut proposer de nouvelles choses avant qu’elles nous soient imposées.

Les espaces confinés sont propices à la propagation ? Est-ce que nous sommes prêt·e·s à libérer suffisamment d’espace public pour des marchés en plein air permettant de respecter les distances ?

La contamination de ses proches est problématique ? Est-ce que l’on aménage des endroits où se mettre en confinement individuel et volontaire en cas de déclaration de symptômes ?

La technologie fait peur ? Est-ce que l’on est prêts à consigner tous nos contacts par écrit pour pouvoir remonter et informer sur la douzaine de jours écoulés ?

Tous ces choix politiques sont relativement low-tech.

Tracking

But let’s think for a moment what is actually necessary to achieve our goal: it turns out we could largely achieve what we want without a centralized infrastructure. […]

Either way the central authority would not know who you are. Your only point of contact would be when you become a covid case. Most importantly this system could be created in a way where it’s completely useless for tracking people but still be useful for contact tracing.

App Assisted Contact Tracing (cache)

Bon, il semblerait que nous ne puissions éviter le solutionnisme technologique qui arrive à la rescousse et qui donne l’illusion de pouvoir isoler des cas de manière pertinente (mais combien ? et où ?!). Même avec une telle approche, il nous est possible de rester relativement légers en terme d’atteinte à la vie privée des citoyens.

Armin nous donne des clés techniques pour cela. En remet une couche (cache). Et c’est même brillamment illustré (cache). Mais la technique (cache), c’est généralement la partie facile. Cela ne pourra pas être efficace — si tant est que ça le soit (cache) — tant qu’un tel dispositif ne sera pas adopté par une très large proportion de la population mondiale.

Ou alors nous allons devoir passer du confinement au cloisonnement. Par quartier, par ville, par région, des barrages avec des infrastructures permettant de rester confiné·e·s 15 jours en cas de dépistage positif.

Le temps de coudre quelques masques.

Préparer

Il s’agit de faire la liste des activités dont vous vous sentez privées par la crise actuelle et qui vous donne la sensation d’une atteinte à vos conditions essentielles de subsistance. Pour chaque activité, pouvez-vous indiquer si vous aimeriez que celles-ci reprennent à l’identique (comme avant), mieux, ou qu’elles ne reprennent pas du tout.

Exercice pour préparer l’après crise sanitaire pour être sûr que tout ne reprenne pas comme avant (cache)

J’aime beaucoup la transformation en rétrospective (cache) proposée par Claude Aubry. Devenons des interrupteurs de globalisation comme le dit Bruno Latour dans son article : PDF complet, 136 Ko (cache).

Un exercice à faire en famille, en quartier, à l’école ? Encore une question d’échelle. Redessiner des communautés locales et distribuées.

Mise à jour : Claude m’a permis de générer une version haute définition de l’image de la rétro-confinement.

Degrowth

Historically, people have fought for more—more bread, more rights, more wealth. Deliberately deciding to have less, albeit a radically more equal distribution of a smaller overall pie, will not be easy nor will it be an overnight transition. However, forming plans for a materially credible, ecologically sustainable, post-capitalist future is absolutely necessary if we are to avoid the likelihood of a future where the rich fortify themselves in relatively safe, highly militarized zones within temperate regions while most people are left in ruined ecologies located in sacrifice zones, existing well below the social foundation.

Ecological crises and equitable futures (cache)

Et puis il y a nos aspirations à plus long terme. Réduire les chaînes d’approvisionnement, réduire notre consommation d’énergie, repenser un système moins inégalitaire. Tout cela est lié et va probablement me faire revoir des choses à titre personnel déjà.

Revoir peut-être aussi aux côtés de quelles personnes est-ce que je souhaite aborder cette descente énergétique inévitable. Quelles relations est-ce que je détériore au profit de liens différents ? Quel réseau est-ce que je peux vraiment considérer comme étant solidaire ? Quel milieu créer qui soit propice à un apaisement en dépit de la situation ?

Salaire

Nos personnes doivent être libérées de cet aléa et reconnues, de 18 ans à la mort, par un salaire posé comme un droit politique et qu’il serait raisonnable d’inscrire dans une fourchette de 1 à 3. Chacun·e, à sa majorité, quels que soient son passé scolaire et son handicap, est doté·e du premier niveau de qualification, et donc des 1700 euros nets du Smic revendiqué, et peut, par des épreuves de qualification, progresser jusqu’à un salaire plafond de 5000 euros nets : au-delà, les rémunérations n’ont aucun sens. Droit politique de tout adulte vivant sur le territoire national, le salaire peut stagner, mais jamais diminuer ou être supprimé.

COVID-19, l’ami des dominants (cache)

Franck Lepage avec L’ardeur nous propose une autre vision de ce que l’on peut lire/voir dans les media traditionnels avec une vision plus historique des changements. Des pistes pour comprendre la situation actuelle et notamment identifier pourquoi est-ce qu’elle pourrait aller vers une domination encore plus importante des personnes oppressées. Voir aussi la vidéo (sur invidio.us) réalisée suite à l’article.

Cela n’est pas très enthousiasmant mais autant ne pas se mettre un masque sur les yeux en ce moment… et peut-être démasquer les réel·le·s coupables. Sans jeux de maux.

Jardins

Instaurer les Jardins de la Victoire : cultiver partout où c’est possible

Québec solidaire propose un Plan d’indépendance alimentaire pour subvenir aux besoins du Québec (cache)

Revenu universel, production locale, effort de guerre on connait les solutions pour sortir d’une crise. Mais gagner une guerre contre qui, contre quoi ? Un virus ? Lorsqu’on s’en sortira, si la seule chose qui change est de ne pas oublier son masque pour aller faire ses courses, on aura probablement gagné un combat mais sûrement pas la guerre.

On ne gagne de toute façon pas une guerre, on compte ses morts et on fait germer des idées libératrices dessus à partir d’une colère collective accumulée. Transformée.

Une route ?

À mes yeux la route à choisir est celle qui parait la plus longue et complexe, parce que c’est la voie la plus humaine. C’est pas une solution, hein : c’est une route. On va trébucher, on va se paumer et on va fatiguer. Mais avec un peu de jugeote, on peut cheminer en bonne compagnie, réaliser bien plus et aller un peu plus loin que les ignares qui se prennent pour des puissants.

Il n’y a pas de solution, il n’y a que nous (cache)

Nous sommes à un carrefour, plusieurs sentiers se présentent à nous. Nous, humanité. Nous, groupes. Nous, familles. J’espère que nous n’irons pas tou·te·s dans la même direction tout de suite mais que nous nous donnerons les occasions d’explorer tout un arbre de possibles avant de choisir — peut-être collectivement — d’emprunter des chemins qui nous semblent être plus sains.


Note : je suis vraiment admiratif du travail qu’arrivent à produire les personnes qui constituent Framasoft en ces temps difficiles. Chapeau bas.

April 10, 2020 11:00 AM

April 03, 2020

David Larlet

Patience

Quand tout va trop vite, ralentir.

Croire

I can’t do much to change the situation on a large scale. But this is what I will do. I will limit my internet intake and pay attention when it starts making me irritable or depressed. I will be deliberate in the messages I put out on the internet. When I write my email newsletters, I’ll mean them. I’ll post my own thoughts on my own website, whether or not anyone takes the time to read them. And I’ll keep believing in this imperfect tool as a way to connect with other people, open their communication and expand their world. Sometimes, I will have to take breaks. But it’s not because I hate the internet. It’s because that’s the only way to keep believing in it.

How To Keep Believing in the Internet (cache)

Après une période de boulimie d’information, un moment de repos s’impose. Penser à autre chose pour être en mesure de trouver de nouveaux angles d’approche plus enthousiasmants. Faire un pas de côté, à la fois pour esquiver et pour se pencher sur le travail du voisin inspirant.

Remote

This also isn’t a time to try to simulate the office. Working from home is not working from the office. Working remotely is not working locally. Don’t try to make one the other. If you have meetings all day at the office, don’t simply simulate those meetings via video. This is an opportunity not to have those meetings. Write it up instead, disseminate the information that way. Let people absorb it on their own time. Protect their time and attention. Improve the way you communicate.

Ultimately this major upheaval is an opportunity. This is a chance for your company, your teams, and individuals to learn a new skill. Working remotely is a skill. When this is all over, everyone should have a new skill.

Working remotely builds organizational resiliency (cache)

J’aimerais pouvoir parfois donner davantage de conseils sur le sujet mais je sais que l’expérience est nécessaire pour éprouver le besoin d’évoluer. C’est terriblement frustrant car cela prend du temps, mais le résultat est probablement plus efficace à moyen terme.

Avec la vieillesse vient le besoin de se rassurer sur la pertinence de son inaction.

Dessin

Les carnets se suivent, se multiplient. Dessiner n’est pas vital, dessiner était une contrainte et devient une obligation. Peut-être par nécessité de produire, quel que soit le résultat et sa qualité. Un dessin raté c’est mieux que pas de dessin.

Épuiser la pratique (cache)

Superbe texte d’Antoine. En copier le code source m’a permis d’en apprécier pleinement le rythme. Peut-être qu’il mériterait un enregistrement audio de sa lecture ?

Minimum

Le Minimum pourrait être défini comme la perfection atteinte par un artefact lorsqu’il ne peut plus être amélioré par soustraction. C’est la qualité que possède un objet lorsque chaque composante, chaque détail, et chaque jointure a été réduit ou condensé à l’essentiel. Il résulte de l’omission de l’inessentiel.

John Pawson

Minimum (cache)

Merci Louis-Olivier Brassard. Cela me donne envie de jouer avec ce concept et des citations célèbres :

In anything at all, perfection is finally attained not when there is no longer anything to add, but when there is no longer anything to take away, when a body has been stripped down to its nakedness.

Antoine de Saint-Exupéry

Tell me and I forget. Teach me and I remember. Involve me and I learn.

Benjamin Franklin

Do not go where the path may lead, go instead where there is no path and leave a trail.

Ralph Waldo Emerson

Life is made of ever so many partings welded together.

Charles Dickens

Jusqu’au déclin

J’avais besoin de me changer les idées alors pourquoi pas un film sur le survivalisme qui allait forcément être caricatural ?

Et puis finalement, pas pire. J’ai apprécié le contexte vu que je vois peu de films québécois. Le scenario comporte des rebondissements assez inattendus ce qui rend le truc difficilement crédible mais c’est ce dont j’avais besoin.

Cerise sur le gâteau, je me rends compte que j’étais sur le pont de la dernière scène il y a un mois (4 mars).

La forêt me manque.

Vue depuis le pont qui enjambe la rivière Ouareau. Photo prise depuis le pont.

Good intent

In that context, people telling you to ‘assume good intent’ sounds like they’re really telling you to shut up. That your feelings about getting stomped on all the time don’t matter. That no matter how sore your foot is, how much money you’ve spent replacing ruined shoes, how many times you’ve limped on broken toes, you still have a responsibility to worry about the feelings of the people who are hurting you. Because they don’t mean it. As if that makes a difference.

How “Good Intent” Undermines Diversity and Inclusion (cache)

Même avec la meilleure intention du monde, on passe parfois complètement à côté de la souffrance. J’ai toujours ce tiraillement entre l’écoute (plus ou mois active) et l’action (plus ou moins délétère). La solution facile serait d’aller s’isoler mais je ne me sens pas encore assez fatigué de jongler avec des émotions pour cela.

Maître

Il y a quelques minutes, tu as affirmé que j’étais un maître. Mais qu’est-ce qu’un maître ? Je vais te le dire : ce n’est pas celui qui enseigne quelque chose, c’est celui qui incite le disciple à donner le meilleur de lui-même pour qu’il découvre une connaissance déjà présente en lui, au creux se son âme.

La Voie de l’Archer, Paulo Coelho

J’ai parfois l’impression d’asséner mes vérités à longueur d’articles. D’avoir une position haute (hautaine ?) qui ne me convient pas et que j’ai du mal à assumer. Et d’un autre côté, sans cela, je n’aurais probablement pas la prétention de publier des pensées.

Mais serait-ce vraiment une mauvaise chose ?

April 03, 2020 11:00 AM

March 27, 2020

David Larlet

Exutoire

Au sujet de ce brin d’ARN qui fait parler de lui.

Éponge

Dans une situation que j’estime être chaotique, j’ai besoin de m’abreuver du plus d’informations possibles pour réussir à me faire mon propre avis. Pouvoir me reposer sur quelques éléments tangibles. Cela m’a pris une cinquantaine de jours cette fois-ci vu l’enjeu.

J’ai lu des sources plus ou moins scientifiques, plus ou moins confidentielles, plus ou moins fiables. J’ai aussi vu de très nombreuses vidéos à ce sujet par des personnes plus ou moins connues, des scientifiques aux philosophes, des anti-capitalistes aux économistes.

J’ai observé aussi, la réaction des pairs, les comportements familiaux, les réponses gouvernementales, les discussions des voisins, les stocks de ma supérette locale, etc.

Et puis toute ces données forment un trop plein. J’éprouve alors le besoin de faire sortir ma synthèse de tout cela. Elle n’est pas objective, elle n’est pas scientifique, elle est une base de réflexion personnelle.

Note : si vous êtes durement affecté·e par ce qui est en train de se passer et n’avez pas encore atteint une stabilité émotionnelle suffisante, ça n’est peut-être pas le bon moment de lire la suite de cette page.

Le capital

Le capital doit tendre à abattre toute barrière locale au trafic, c’est-à-dire à l’échange, pour conquérir le monde entier et en faire un marché, il doit tendre, d’autre part, à détruire l’espace grâce au temps, c’est-à-dire réduire au minimum le temps que coûte le mouvement d’un lieu à un autre. Plus le capital est développé, plus vaste est donc le marché où il circule ; or plus est grande la trajectoire spatiale de sa circulation, plus il tendra à une extension spatiale du marché, et donc à une destruction de l’espace grâce au temps.

Fondements de la critique de l’économie politique, Karl Marx

Relire ce passage en remplaçant « capital » par « virus ». Oups. En privilégiant la performance à la résilience pour maximiser les revenus des 1 %, en allongeant les chaîne d’approvisionnement pour délocaliser notre esclavage moderne, en renommant le néo-colonialisme en tourisme de riche (on dit bien « faire l’Argentine », le vocabulaire ne trompe pas), on a rendu notre espèce extrêmement vulnérable.

La bonne nouvelle, c’est que cela signifie qu’il ne tient qu’à nous d’inverser cette tendance mortifère en réinventant le temps et l’espace qui nous semblent sains. Mon plus grand espoir est que l’on arrive à le faire suffisamment tôt pour que j’ai le temps d’y participer. La lecture d’Écotopia est pour le moins inspirante à ce niveau.

Stratégies

Nos choix sont restreints faute d’avoir réussi à mettre sous cloche le virus en raison de sa durée d’incubation (plusieurs jours), de sa rapidité de propagation, de sa durée de (sur)vie sur des surfaces inertes et… de sa faible mortalité. Ce qui est aussi une chance selon le pays où l’on se trouve.

En gros, il nous reste :

  1. L’immunité collective
  2. La distanciation sociale

L’Europe a opté pour la distanciation sociale imposée qui est en fait une immunité collective diffuse dans le temps pour ne pas surcharger les services de santé (le fameux écrasement de la courbe) et ainsi réduire la mortalité qui n’est pas imputable directement au virus SARS-CoV-2 mais à l’incapacité de pouvoir gérer les cas de Covid-19 pas encore trop critiques et l’ensemble des autres urgences qui ont encore lieues (je n’ose imaginer le pic d’accidents domestiques suite au confinement…).

Le Royaume-Uni avait choisi l’immunité collective pour des raisons vraisemblablement économiques mais a dû faire machine arrière pour des raisons économiques aussi sous la vindicte populaire la pression économique de l’Europe. Bad timing pour un Brexit.

Les États-Unis ont aussi fini par partir sur la distanciation sociale mais ils ont beaucoup moins de marge de manœuvre car ils étaient déjà en limite de rupture économique (et qu’ils sont de plus en plus armés), qu’ils n’ont pas de couverture sociale et qu’une bonne partie de la population est endettée ne serait-ce que pour pouvoir faire des études. Autant dire que c’est une poudrière qui ne va pouvoir être confinée bien longtemps… les enjeux éthiques dont je parle plus bas sont dès à présent les leurs.

Et la Chine pendant ce temps ? Elle se frotte les mains. Bien lavées. Si l’économie repart, elle sera dans une situation idéale pour avancer des pièces géopolitiques majeures au même titre que les États-Unis à la fin de la seconde guerre mondiale. Aucun complot là-dedans, business as usual.

Je termine par le Canada, proximité oblige. Pour l’instant c’est la distanciation sociale qui est très vivement suggérée. Grâce à la chance d’être relativement éloignés, il y avait la possibilité de prendre un peu de recul sur la situation européenne et d’anticiper un minimum. C’est ce qui a été fait avec la fermeture des écoles et des lieux publics confinés dès le vendredi 13 mars (avant la France donc qui a entre 15 et 20 jours d’avance) puis celle des commerces non essentiels. Cela permettait aussi d’anticiper sur le plan sanitaire en (re)lançant la production de produits médicaux lorsqu’ils n’étaient pas délocalisés. Le pays est assez pauvre en nombre de lits par habitants, le personnel éducatif pourrait être réaffecté au cours de la crise pour aider au moins d’un point de vue logistique.

Je regrette que l’on n’ait pas entamé un dépistage systématique de la population, probablement la faute au trio compétences/personnels/ressources.

L’essentiel

L’essentiel ? Ne pas peser trop sur la surface du globe. Enfermé dans son cube de rondins, l’ermite ne souille pas la Terre. Au seuil de son isba, il regarde les saisons danser la gigue de l’éternel retour. Privé de machine, il entretient son corps. Coupé de toute communication, il déchiffre la langue des arbres. Libéré de la télévision, il découvre qu’une fenêtre est plus transparente qu’un écran. Sa cabane égaie la rive et pourvoit au confort. Un jour, on est las de parler de « décroissance » et d’amour de la nature. L’envie nous prend d’aligner nos actes et nos idées. Il est temps de quitter la ville et de tirer sur les discours le rideau des forêts.

Dans les forêts de Sibérie, Sylvain Tesson

Clap clap clap. De l’inutilité des applaudissements, de l’indécence de journaux de confinement, de la perte du faire et de l’avoir il ne reste que l’être. Lettre sans destinataire autre que notre propre culpabilité qui se reflète dans chacun de nos écrans quotidiens. Lettres amères que l’on se surprend parfois à noyer dans une bouteille. Sans espoir de retour, il ne reste que le détour. Détourner les yeux — encore une fois — d’inégalités de traitements manifestes. Espérer être en mesure de pouvoir encore manifester son dégoût. Plus tard.

Du sentiment d’inutilité de l’individu lorsqu’il faut avoir une réponse collective à la menace. De l’invisibilité à l’héroïsation, un besoin de nouvelles capes. Citoyen·ne·s déboussolé·e·s en quête de directions, navire à la dérive cherchant un nouveau cap. Slow clap.

Pistes

Bon c’est bien beau de rester confinés deux (?) mois mais quand est-ce qu’il est possible de sortir ?

Ici la question est d’ordre moral pour chacun·e d’entre nous : jusqu’à quand allons nous supporter l’isolement de 100 % de la population pour en épargner 20 % ? Ou si l’on veut une formulation plus engagée : est-ce que l’on veut protéger des boomers qui ont déjà bien profité et qui ont indirectement mené à la situation actuelle avec un néo-libéralisme décadent et assumé ? Pour l’instant, la réponse semble être unanime mais qu’en sera-t-il dans 6 mois ? Et dans un an ? Et plus ?

Merci à Jean-Marc Jancovici pour ses réflexions sur le sujet.

Les options que j’ai identifiées pour allonger ce temps de réflexion sont :

  • avoir une stratégie on-off vis-à-vis du confinement (hypothèse venant du Royaume-Uni), en le réactivant à chaque fois qu’on atteint un certain pourcentage de lits occupés ce qui permettrait d’essuyer plusieurs vagues successives tout en bénéficiant de périodes intermédiaires de non-confinement ;
  • tester l’ensemble de la population afin de pouvoir isoler les cas infectés et réussir progressivement à éradiquer le virus — attention — cela nécessite une fermeture stricte des frontières, c’est ce qui a été possible pour la Corée du Sud ou Taiwan avec une préparation efficace mais ce sont (presque) des îles ;
  • trouver une molécule qui permette d’annuler tout ou partie des effets engendrés par le virus parasite qu’est le SARS-CoV-2, il n’y aura pas de solution miracle et probablement des compromis à faire en matière d’effets secondaires.

En parlant d’effets secondaires, j’espère qu’il y aura aussi des initiatives citoyennes qui émergeront de cette pandémie et pas seulement des… victimes.

Victimes

Avant la Seconde Guerre mondiale, bombardements aériens et occupation étaient expérimentés en contexte colonial, si bien que la véritable matrice des NG [Nouvelles Guerres] est sans doute à trouver dans les guerres coloniales. Au début du XXe siècle, 90 % des victimes des guerres sont des militaires. Lors de la Seconde Guerre mondiale, ce pourcentage passe à 50 %. À la fin des années 1990, 80 % des victimes sont des civils.

La nature est un champ de bataille, Razmig Keucheyan

Cette guerre — puisque le mot a été lâché — va a priori ne faire que des victimes civiles. Au moins dans un premier temps, avant que le nationalisme ne prenne le pas sur la raison et que la confrontation se trouve être exacerbée par les changements climatiques, les famines à venir et/ou tout simplement la récession inéluctable.

Tout cela est bien évidemment complexe et inter-connecté. Il faut bien être conscient que ce coronavirus n’est qu’une première étape dans la longue descente énergétique qui nous attend. Je préfère le voir et l’accepter avec lucidité aujourd’hui. Le monde de la génération qui s’en vient sera bien différent de celui dans lequel j’ai vécu. Pas forcément pour le pire, mais assurément avec une moindre abondance.

Privilèges

Les privilèges ont une influence sur le nombre de mort·e·s, la culture a une influence sur le nombre de contaminé·e·s.

Auto-citation sur mastodon

Le confinement est un révélateur flagrant des privilèges dont dispose une partie de la population (la mienne). Il est facile pour moi d’écrire ce texte depuis un appartement confortable où l’on vit à trois. Je souffre peu du manque d’interactions sociales, je travaille déjà depuis chez moi depuis 15 ans. Côté enseignement, on a longtemps hésité pour de l’instruction en famille. J’ai choisi aussi d’habiter au Canada pour sa distance avec le trio famine/guerre/pandémie.

Bref, je suis loin d’être à plaindre dans la situation actuelle. Il y a bien le stress d’être éloigné de personnes qui peuvent être affectées par une complication de la maladie mais en même temps j’ai l’impression qu’il serait encore plus frustrant d’être proche et de ne pas pouvoir non plus être présent en raison du confinement.

Il y a par contre une anxiété plus insidieuse à voir arriver la vague depuis longtemps à l’horizon tout en se sentant relativement démuni. J’ai parfois le sentiment étrange de faire le deuil d’un monde alors que tout les autres font encore la fête car on a trouvé un respirateur artificiel. Difficile de savoir qui est lucide dans l’histoire, celles et ceux qui dansent sont probablement plus heureu·ses… j’en suis à cultiver des roses dans mon microcosme. Et je sens bien que cela ne serait pas mon rôle de privilégié que celui de m’isoler dans un confort satisfaisant.

Dictature bienveillante

Le philosophe Hans Jonas, élève de Martin Heidegger et auteur du Principe responsabilité (1979), soutient que l’humanité devra peut-être à l’avenir « accepter comme prix nécessaire pour le salut physique une pause de la liberté […] ». En liberté, l’humanité court à sa perte, car elle ne peut s’empêcher d’infliger des dommages irréparables à son milieu. Seule une « dictature bienveillante » est à même de prendre les mesures qui s’imposent pour que son « salut physique » soit assuré. C’est ce que Jonas appelle « la tyrannie comme alternative à l’anéantissement physique ». Rien n’indique a priori que cette tyrannie sera militaire. Mais le degré de préparation des armées face à la crise écologique laisse supposer qu’elles pourraient être de sérieux candidats pour en prendre la tête. L’adaptation au changement environnemental, en tous les cas, comportera une dimension militaire décisive.

La nature est un champ de bataille, Razmig Keucheyan

C’est une option de sortie de crise, si tant est que cela ne soit pas une catastrophe (cache). Quels seront nos niveaux d’acceptation d’un solutionnisme nationaliste après quelques mois de confinement ? Quel·le·s opportunistes vont profiter de la situation de faiblesse populaire ? C’est vraiment très difficile à prédire et cela dépend de trop de facteurs géo-politiques pour que j’ai un soupçon de croyance pour la suite sur ce plan là.

Le pire et le mieux sont possibles. Le statu quo est à craindre et les personnes au pouvoir feront tout pour le maintenir quitte à sortir la carte facile de la sécurité. Les prochains mois vont être critiques et je trouve cela enthousiasmant d’avoir une voix à ce moment là.

Coopération

Toute coopération humaine à grande échelle — qu’il s’agisse d’un État moderne, d’une Église médiévale, d’une cité antique ou d’une tribu archaïque — s’enracine dans des mythes communs qui n’existent que dans l’imagination collective.

Sapiens, Yuval Noah Harari

Comment réussir à se raconter un nouveau mythe commun qui irait vers davantage de frugalité et moins d’inégalités ? J’ai un programme :

  1. accès aux ressources essentielles pour tou·te·s ;
  2. abolition de l’héritage ;
  3. municipalisation des biens immobiliers ;
  4. appropriation des entreprises par ses membres via des coopératives ;
  5. traçabilité fine de la consommation carbonnée pour et par chaque individu.

Le nouveau est simple à construire mais l’ancien sera long à déconstruire, notamment en regard des expériences passées. À moins d’un évènement brutal qui permette à chacun·e de rester chez soi pour réfléchir au sens de la vie et à sa place dans le monde tout en offrant une prise de recul salutaire sur la société et sa gouvernance.

Oh wait!

Réparation

J’ai néanmoins remarqué que les Écotopiens réparent bel et bien leurs objets personnels. En fait, il n’y a pas de magasins de réparation dans les rues. Curieux corollaire, les garanties sont ici inexistantes. Les gens trouvent normal que les produits manufacturés soient costauds, durables et réparables — moyennant quoi ils sont aussi frustes, comparés aux nôtres. Cette petite révolution n’a pas été facile : j’ai entendu maintes anecdotes comiques sur des objets au design ridicule produits juste après l’Indépendance, les procès intentés à leurs fabricants et autres tribulations. Une loi impose aujourd’hui de soumettre tous les prototypes de nouveaux objets à un jury de dix citoyens ordinaires (on n’utilise pas le terme de « consommateur » dans une conversation polie). L’autorisation de fabriquer tel ou tel produit est seulement accordée si tous les jurés peuvent réparer les pannes probables avec des outils de base.

Écotopia, Ernest Callenbach

En parlant de résilience, il est intéressant lors d’une période de confinement plus ou moins longue de voir quels outils sont employés et s’ils sont réparables. Si tout cela a des allures de début d’effondrement, c’est une bonne opportunité de vérifier ses propres choix en amont d’une telle descente énergétique.

Je pense que l’on va rapidement tous devenir des preppers option collapso. Difficile de trouver l’échelle adaptée à une résilience locale dans un contexte de pandémie. Une famille ? Un immeuble ? Un bloc de maisons ? Un quartier ? Un village ?

La réparation physique est une chose, quid de la réparation psychologique au sein du groupe ? Quelles cellules mettre en place dans un organisme malade ?

Quel avenir commun se raconter pour entretenir l’espoir ?

Contagion

Visionner ce film de 2011 en plein début de crise du Coronavirus (25 mars) rend cette fiction un peu trop réaliste à mon goût ! Pourtant tout y est : la propagation rapide depuis l’Asie, la transmission depuis une chauve-souris (!), les loupés/mensonges de l’administration, le besoin d’un vaccin, les complots faciles sur Internet, le souvenir de la non-panique du H1N1, etc.

Divulgâcheur

Ils finissent par trouver un vaccin, ce qui pose un autre problème qui est celui de sa diffusion sans panique/émeute. On aurait peut-être des choses à apprendre sur le sujet…

Imagination

— C’est quoi un figurant ?
[Longue explication à base de films.]
— J’ai pas tout compris mais t’as l’air de bien t’éclater avec ton imagination Papa.

Un bon rappel que la réalité est notre réalité. Que l’imagination est importante. Que le rire est communicatif.

Et qu’un enfant m’est nécessaire.

March 27, 2020 11:00 AM

March 20, 2020

David Larlet

Rédemption

Apprendre à vivre avec ses remords et ses regrets.

Capitalisme

L’impossibilité de fonctionnement du capitalisme quand les corps qu’il soumet ne sont plus fonctionnels (au sens capitaliste) révèle le darwinisme social sur lequel il s’appuie en permanence. Rappeler ces éléments semble extrêmement futile, alors que cela permet d’empiéter sur les récits hégémoniques qui gomment consciemment certains enjeux politiques fondamentaux de l’épidémie. Cette réintroduction de la dimension humaine dans la production de biens et services éclaire ce qu’il faut entraver si l’on se soucie vraiment de la « planète » : les intérêts du capitalisme fossile et de l’habiter colonial de la Terre qu’il perpétue.

L’épidémie n’a pas de vertus (cache)

Une prise de recul sensée sur les réelles origines du (corona)virus qui va au-delà de la dimension écologique seule mais s’inscrit dans un projet politique de pouvoir et d’inégalités sociales.

Tout est quand même lié : plus de végétariens, moins de (mono)cultures, moins de déforestation, moins de pollution de l’eau, plus de distance entre les virus et les humains.

Souvenir

Les loleurs ont passé des années à pratiquer ce qui était des non-évènements pour eux mais qui étaient autant d’évènements pour celles et ceux qui les recevaient. Ils les ont oubliés. Nous nous en souvenons.

C’est là toute la différence entre les oppresseurs et les opprimés : les oppresseurs aimeraient se souvenir mais ils continuent d’oublier, les opprimés aimeraient oublier mais ils continuent de se souvenir.

L’affaire de la Ligue du LOL, ou la fabrique de l’oubli (cache)

J’avais déjà lu le (long !) article de Vincent Glad (cache) qui fait une rétrospective de ce qu’il a vécu au cours de l’année passée. Au-delà du fait que ces deux publications sont sur Medium qui produit du HTML de plus en plus dégueulasse (ce que je trouve triste et embarrassant lorsqu’on évoque des publications qui ont été plus ou moins pérennes), je trouve cela intéressant à plus d’un titre d’avoir les deux points de vue.

J’en retiens deux choses :

  1. l’oppression est forcément une interprétation et à ce titre ne peut se réduire qu’en établissant un échange entre l’oppreseur·se et l’oppressé·e
  2. notre cerveau essaye de nous protéger de ce que l’on a subi et/ou fait subir dans notre vie en altérant notre souvenance de ces moments là

Si l’on combine ces deux axiomes, j’ai probablement eu des comportements — dont je n’ai pas forcément souvenir ou conscience — qui ont pu être oppressifs. Si vous vous en êtes senti·e victime, je vous invite à engager le dialogue.

Techbro

The prodigal tech bro doesn’t so much take an off-ramp from the relatively high status and well-paid job he left when the scales fell from his eyes, as zoom up an on-ramp into a new sector that accepts the reputational currency he has accumulated. He’s not joining the resistance. He’s launching a new kind of start-up using his industry contacts for seed-funding in return for some reputation-laundering.

The Prodigal Techbro (cache)

Cet article est d’une grande justesse. Je n’oublie pas que j’ai participé à l’immonde en travaillant — brièvement — pour la haute finance et — moins brièvement — pour le jeu en ligne. Je n’ai de leçons à donner à personne en terme d’éthique, surtout dans un domaine qui laisse une relative liberté quant au choix des missions choisies.

Le chemin était sans doute nécessaire pour en arriver là où j’en suis mais ce n’est en aucun cas une justification pour avoir fait ces choix pour le moins douteux précédemment.

Panic

But ultimately, I think I’m telling this story so I can close this panic episode with integrity and honesty. I think I want to tell myself that it’s okay to be weak and imperfect. That it was okay for me to be defensive. That it was okay for me to be angry.

And it’s okay to let the anger go now. Nobody out there is trying to harm me. Nobody out there is trying to force me to admit to mistakes I didn’t make. Nobody out there is trying to make me “wrong”.

Overcoming my panic towards accessibility (cache)

Je crois pouvoir comprendre ce sentiment, au moins à mon échelle. Par exemple, lorsque je publie un bout de CSS pour le surlignage et que je me rends compte ensuite qu’avec un peu de curry (cache) je pourrais arriver à une situation plus élégante (?) utilisant des variables qui ressemblerait à :

mark {
 background: LightGoldenRodYellow;
}
mark::before,
mark::after {
  clip-path: inset(100%);
  clip: rect(1px, 1px, 1px, 1px);
  height: 1px;
  overflow: hidden;
  position: absolute;
  white-space: nowrap;
  width: 1px;
}
:root,
[lang=en] {
  --mark-start: " [highlight start] ";
  --mark-end: " [highlight end] ";
}
[lang=fr] {
  --mark-start: " [début du surlignage] ";
  --mark-end: " [fin du surlignage] ";
}
mark::before {
  content: var(--mark-start);
}
mark::after {
  content: var(--mark-end);
}

Et là je réalise après quelques échanges sur ##openweb (merci Anthony !) que je ne fais pas la distinction de langue entre les citations (souvent en anglais) et le texte (souvent en français). Mince.

En voulant améliorer l’accessibilité de mes productions, cela a peut être eu l’effet inverse… en tout cas cela m’aura au moins permis d’en prendre conscience. Don’t panic.

Renonciation

Nous disons : « Pas à pas, j’arrête le murmure du ruisseau. » En vous promenant le long du ruisseau, vous entendrez l’eau couler. Le son est continu, mais vous devez pouvoir l’arrêter si vous voulez l’arrêter. C’est cela la renonciation. Différentes pensées l’une après l’autre se succèdent dans votre esprit, mais si vous voulez arrêter votre pensée, vous le pouvez. Quand vous serez capable d’arrêter le murmure du ruisseau, vous apprécierez la sensation de votre travail. Mais tant que vous avez quelque idée fixe, ou que vous êtes pris par une certaine routine de comportement, vous ne pouvez apprécier le vrai sens des choses.

Esprit zen, esprit neuf, Shunryu Suzuki

Comment faire pour arrêter une rivière en crue ?

March 20, 2020 11:00 AM

March 13, 2020

David Larlet

Technique

Cette fois promis c’est l’album de la maturité.

Une suite ?

Vous avez été nombreux (comprendre, environ deux) à me demander s’il y avait une suite à Minimalisme et esthétique puis Simplicité par défaut et comme les trilogies vont toujours mieux par trois, vous pouvez considérer ce qui suit comme mon cheminement personnel ces quatre dernières années.

L’état de l’art en matière de développement web n’a pas vraiment l’air d’être allé vers davantage de simplicité, de minimalisme et encore moins d’esthétisme au cours de cet intervalle. C’est peu de le dire, enfin l’écrire. Ce qui a changé par contre, c’est mon expérience — d’aucuns appelleraient ça vieillesse — et mon envie d’échapper à cela en fuyant les produits et donc équipes qui mettent la technique avant les utilisateur·ice·s.

Je vous divulgâche le résultat tout de suite : je me sens plus apaisé sur ce plan là. La présence de Ronan dans mon équipe actuelle n’est pas étrangère à ce sentiment mais le choix des technologies employées me donne aussi un sentiment de contrôle salutaire.


En guise d’introduction aussi, j’ai conscience d’être dans un environnement extrêmement privilégié me permettant d’avoir la liberté suffisante pour être en capacité de faire ces choix. C’est loin d’être anodin dans l’exploration qui suit.

Le problème

Eventually, I settled on a list of questions I would ask myself for each problem as it arose. I found that asking these questions, in order, helped me make the best decision possible:

  1. Is this really a problem?
  2. Does the problem need to be solved?
  3. Does the problem need to be solved now?
  4. Does the problem need to be solved by me?
  5. Is there a simpler problem I can solve instead?

Each question is designed to reveal something about the problem that allows you to go to the next step, or if you’re lucky, just avoid the problem altogether.

How I think about solving problems (cache)

C’est le principal fléau de notre industrie : tenter de résoudre des problèmes là où il n’y a pas de besoin. Le solutionnisme technologique ne devrait être que la dernière option mais cela serait mauvais pour le business. Alors on met des paillettes pour faire passer la pilule et encaisser le chèque en fin de mois.

Vous connaissez le fameux « Je vous écris une longue lettre parce que je n’ai pas le temps d’en écrire une courte » de Blaise Pascal, il se trouve que cela s’applique aussi à l’élaboration d’un produit. Les solutions frugales coûtent parfois autant (si ce n’est plus !) que les usines à gaz. Cela prend du temps de comprendre une problématique, cela prend du temps d’échanger avec des utilisateur·ice·s, cela prend du temps de déterminer quelles sont les fonctionnalités qui ne sont pas/plus utiles. Cela prend du temps de produire des choses im·pertinentes.

En contrepartie, elles permettent d’économiser sur le long terme en réduisant la maintenance, le périmètre de support et l’exploitation du produit. En se focalisant sur la pertinence, on conserve une application à échelle humaine. Autant dans l’usage que dans la conception.


Mon contentement est grand lorsque je suis surpris par la résilience du code auquel je contribue. J’ai soudain l’impression d’avoir pas trop mal fait les choses. C’est assez rare pour être célébré comme il se doit.

JavaScript

The performance tradeoff isn’t about where the bottleneck is. It’s about who has to carry the burden. It’s one thing for a developer to push the burden onto a server they control. It’s another thing entirely to expect visitors to carry that load when connectivity and device performance isn’t a constant.

Developer productivity is a great metric, but it can’t be isolated from the larger ecosystem. With Ruby, the tradeoff works because nothing is externalized, and it’s barely even a tradeoff these days. But with large front-end JavaScript frameworks, things aren’t just slow. If that JavaScript isn’t able to be loaded for a variety of reasons, sites don’t just become a little slower. They break entirely.

Visitors, Developers, or Machines (cache)

Je ne peux pas parler de technique et de Web sans parler de JavaScript et de ce que l’on fait subir à chaque personne qui visite une page. Les compromis qui sont fait actuellement sont propres à un contexte qui donne une ascendance aux riches développeurs et développeuses qui peuvent se permettre avec leur matériel récent (cache) de faire des pages tout saufs réactives pour le reste du monde. Ma machine a bientôt cinq ans et se trouve être limite inutilisable pour du développement web, comment ose-t-on ?

Je trouve cela terrible, autant en terme de (non)empathie que de consommation de ressources si l’on considère les coûts de manière globale et transverse. Cela a de quoi m’empêcher de dormir aussi (cache), déporter une grande partie de la complexité et du calcul du côté du navigateur s’avère être contre-productif dans une majorité des cas.

HTTP 262 JAVASCRIPT UNNECESSARILY REQUIRED; the content is available but you’d better have a good CPU and 15 seconds of free time before the first pixel gets painted

Taudry Hepburn sur Twitter

On ne peut pas non plus parler de technologie sans son usage et ce n’est pas tant JavaScript que ce qui est fait avec qui m’importune. En tant que développeur, c’est mon quotidien d’apprendre à m’adapter et je sens bien que je pourrais devenir un peu moins incompétent sur le sujet mais c’est en tant qu’usager que je n’en peux plus. Manque de résilience, réduction des performances, tentative de prise de contrôle de mon navigateur et je n’évoque même pas tout ce qui essaye de consigner mes moindres clics.

Heureusement que les navigateurs implémentent un mode lecteur qui rend certains sites juste… lisibles. Je ne compte plus le nombre de fois où je suis carrément obligé d’aller supprimer un nœud du DOM à la main (!) pour pouvoir afficher une page web. Fâcheux.


Aujourd’hui, lorsque la vanille ne me suffit plus, j’utilise StimulusJS que je trouve être la moins mauvaise solution. On garde du HTML propre et interprétable ce qui facilite l’amélioration progressive. C’est relativement léger compte tenu de l’aide que ça m’apporte pour structurer mon code. Et c’est suffisamment limité pour me permettre de prendre conscience de mon erreur lorsque j’essaye de mettre trop de logique dans le navigateur.

Transmission

Aucun code n’a changé ma vie.

via Mastodon, publication privée

On touche ici du doigt une chose qui me semble être essentielle, le fait de savoir écouter et aussi de prendre la parole pour accompagner et montrer avec une petite lanterne que d’autres voies sont possibles. Qu’il y a un autre niveau de plaisir à rendre disponibles des outils utiles et relativement frugaux.

Aucun code n’a changé ma vie mais le fait de partager mes réflexions dessus a eu des conséquences non négligeables. Que ce soit sur cet espace ou lors de conférences ou par courriel ou en échangeant avec des collègues ou autres. Chaque échange est une occasion de me faire changer et en même temps de faire changer mon interlocuteur·ice.

Sans l’imposer, raconter une voie qui pourrait résonner chez l’autre. Sans prétention autre que celle de dire que cela existe, que certaines utopies ne sont pas si inaccessibles.

L’avan­tage c’est qu’a­vec l’ex­pé­rience, norma­le­ment, vous pouvez appor­ter plus que votre code. Le péri­mètre n’a aucune raison d’être iden­tique avec les années.

Vieux développeur, pas manager (cache)

Exactement, vous pouvez accompagner d’autres personnes, participer à la conception du produit, interviewer des utilisateur·ice·s, et pleins d’autres trucs auxquels je ne pense pas. Si ça se trouve, vous commencez à suffisamment vous connaître pour prendre du recul au bon moment afin de ne pas devenir un goulot d’étranglement ou tout simplement vous protéger.

Tout cela a de la valeur.

Tendance

tiens, une question pour les vieux réacs : quelle est la dernière chose tendance que vous trouvez utile ?

via IRC

Alléger. Proposer un web de documents (cache) lorsqu’il est possible. Fuir ce qui ressemble à de l’hydratation (?!) (cache) ou toute autre fausse bonne idée réduisant l’accessibilité (et les performances mais c’est pour moi un pléonasme).

Prendre le temps d’expliquer pourquoi vous avez fait ces choix dans ce contexte particulier. Partager le fait que l’on peut faire des choses chouettes en utilisant des « boring technologies (cache) », que la valeur n’est pas forcément là. Se méfier aussi de ce qui semble boring mais n’est pas pour autant trivial (cache) ou bien toujours incompris par beaucoup (cache).

On peut courir après la technologie, c’est plaisant une heure par-ci par-là pour découvrir de nouveaux paysages. De temps en temps même un petit marathon pour rester en forme. Mais à force d’être focalisé sur les prochains pas, j’en étais arrivé à perdre de vue l’intérêt du chemin. Un périple au service de ma vision de l’utilité.


Je suis conscient que je me tire peut-être une balle dans le pied en énonçant toutes ces frustrations publiquement. Ou peut-être que cela me permettra au contraire d’entrer en contact avec des personnes qui partagent cette approche. On verra bien, n’hésitez pas à me contacter pour échanger là-dessus.

Docker

Code must run behind at least three levels of virtualization now. Code that runs on bare metal is unnecessarily performant.

How is computer programming different today than 20 years ago? (cache)

La critique est acerbe et juste. J’en suis à refuser des projets car l’empilement de technologies me semble être trop bancal pour ne pas risquer de faire tout tomber sans comprendre ce qu’il s’est passé.

Et je ne parle même pas de la charge mentale associée à toute cette pile technique qui détourne de l’intérêt principal d’un produit. Ni du surcoût pour chaque nouvelle personne souhaitant participer (en dépit de la promesse inverse !). Ou du besoin d’avoir une machine récente pour que tout puisse tourner tellement il y a de couches accumulées.

So here’s the counterargument: Integrated systems are good. Integrated developers are good. Being able to wrap your mind around the whole application, and have developers who are able to make whole features, is good! The road to madness and despair lays in specialization and compartmentalization.

Integrated systems for integrated programmers (cache)

Je ne veux pas que ma connaissance soit « virtualisée », je ne veux pas que mon application devienne une boîte noire, je ne produis pas de l’électroménager. J’ai parfois l’impression de me battre contre ma propre prolétarisation. Suis-je un Luddite moderne de penser cela ?

Mudita

What enough means for me, only concerns me, and should only be compared to myself: where I’m actually at versus where I’m working to get to. As in, am I presently happy or do I assume I’ll be happier in the future, and if so, why?

Enough is the antithesis of unchecked growth because growth encourages mindless consumption and enough requires constant questioning and awareness. Enough is when we reach the upper bound of what’s required.

Enough (cache)

Toutes ces réflexions sont très personnelles. Vous pouvez être à un niveau différent de prise de conscience — et c’est très sain. Vous pouvez aussi avoir des contraintes beaucoup plus fortes où d’autres choix seraient beaucoup plus valides. Pour ma part, je pense avoir assez d’outils pour continuer des expériences utiles où le facteur limitant n’est pas technique. Et si jamais il le devient, je serais ravi de savoir qu’il y a des personnes différentes qui sont prêtes à relever ces défis.

In Sanskrit, there’s a term called mudita, and there’s no equivalent word in English. Essentially, it means to have sympathetic or unselfish joy for others—regardless of where they’re at in their own lives. Really, if we spend less time envying or assuming that others think less of us because they’re in a different place than we are, then it becomes easier to focus on what’s important to ourselves.

Ibid.

Chacun sa route, chacun son chemin. Passe le flux RSS à ton voisin (ou ta voisine).

March 13, 2020 11:00 AM

February 21, 2020

David Larlet

Service

À quoi consacrer mon temps ?

Vivre avec

Les termes par lesquels les langues modernes expriment en général la contrainte, observe-t-elle [Dorothy Lee], se retrouvent chez les Wintu en des tournures qui dénotent la coopération. C’est ainsi qu’une mère n’« emmène » pas son bébé à l’ombre ; elle y « va avec lui ». Un chef ne « dirige » pas son peuple ; il « se tient à ses côtés ». De toute façon, il n’est jamais plus qu’un conseiller et ne dispose d’aucun moyen de contrainte pour faire prévaloir ses vues. Les Wintu, note encore Dorothy Lee « ne disent jamais, et en fait ne pourraient pas dire, comme nous, “j’ai une sœur” ou “un fils” ou “un mari”. “Vivre avec” est l’expression qui leur sert habituellement à traduire ce que nous appelons la possession, et ils l’emploient pour tout ce qu’ils respectent ; si bien que l’on dira d’un homme qu’il vit avec son arc et ses flèches ».

Entretien dans la revue Philosophica, vol XIII en 1974, extrait de Pouvoir de détruire, pouvoir de créer, Murray Bookchin

Cela résonne fort avec le fait de me sentir père et d’essayer de faire famille ou de faire équipe. Une question de posture, à la fois apaisée et apaisante. Lorsqu’il n’y a plus rien à imposer, il reste à faire ensemble.

Et c’est là où je trouve mon contentement actuel.

Environnementalisme

J’emploie le mot « environnementalisme » pour l’opposer à celui d’« écologie », et en particulier à l’écologie sociale. Alors que l’écologie sociale, de mon point de vue, cherche à éliminer la domination de l’humain sur l’humain, l’environnementalisme dénote une mentalité « instrumentale », ou technique, dans laquelle la nature est conçue simplement comme un habitat passif, un agrégat d’objets et de forces externes, qu’il s’agit de rendre plus « utilisables » par les humains, quelle que soit la nature des usages en question. En fait, l’environnementalisme, c’est simplement la gestion technique de la nature.

Lettre ouverte au mouvement écologiste, février 1980, extrait de Pouvoir de détruire, pouvoir de créer, Murray Bookchin

Cette distinction me parle, notamment car je me trouve actuellement dans une position où j’essaye de régler des problèmes techniques (cache) pour des fonctionnaires au service d’un gouvernement qui est loin de vouloir éliminer la domination de l’humain sur l’humain, bien au contraire…

Vouloir protéger les faibles en aidant — à l’insu de mon plein gré — les forts, ça fait pas très Robin des bois.

Webmasters

For better or worse, I am a document lover. All of my best intentions to try new digital tools eventually devolve to their most stable ur-forms of text files and spreadsheets. I think back to what hooked me on the web in 1996—our expectations are so often defined by our first loves. The primitive parts of me will always want websites to be editable documents with legible, marked up text on servers. I began making websites when mastery seemed so possible that people called themselves “webmasters.” Those expectations are laughable now.

Redesign: Wants and Needs (cache)

Un entretien récent me faisait prendre conscience du fait que j’aligne des balises HTML depuis deux décennies. J’ai l’impression d’être passé du statut de webmaster à celui de webservant : ne plus maîtriser mais essayer de faire le moins de dégâts possible en publiant des pages. Avec j’espère moins d’arrogance, moins de choses à me prouver.

Une documentation personnelle et sans prétention mais partagée qui pourrait parfois servir à d’autres.

Hire good writers

If you are trying to decide between a few people to fill a position, always hire the better writer. It doesn’t matter if that person is a designer, programmer, marketer, salesperson, or whatever, the writing skills will pay off. Effective, concise writing and editing leads to effective, concise code, design, emails, instant messages, and more.

That’s because being a good writer is about more than words. Good writers know how to communicate. They make things easy to understand. They can put themselves in someone else’s shoes. They know what to omit. They think clearly. And those are the qualities you need.

Wordsmiths | Getting Real (cache)

C’est assez vertigineux de se considérer comme étant un auteur. Je ne crois pas avoir ce sentiment. Je publie à voix haute des embryons d’idées tout au plus. Mais peut-être que c’est déjà beaucoup. En tout cas, si je n’étais plus en capacité de le faire, je me sentirais probablement frustré au point de vouloir le faire via un autre support.

C’est peut-être cela « être auteur » finalement ?

Unlocking the commons

I call this “unlocking the commons,” and it’s the same approach I’ve taken with my Patreon and newsletter. Fans support the person and the work. But it’s not a transaction, a fee for service. It’s a contribution that benefits everyone. Free-riders aren’t just welcome; free-riding is the point. This, I think, is key to understanding the psychology of patronage. […]

This is one of the weird things about patronage. As a consumer, your first thought is to your own benefit. As a patron, it’s to the good of your beneficiary. Likewise, as an artisan supported by patronage, you tend to think more about what’s best for your patrons and audience than you do yourself. […]

The most powerful and interesting media model will remain raising money from members who don’t just permit but insist that the product be given away for free. The value comes not just what they’re buying, but who they’re buying it from and who gets to enjoy it.

Unlocking the commons (cache)

C’est une chose que j’aimerais explorer (cache) à un moment de la vie de ces contenus. Je ne sais pas du tout quelle forme est-ce que cela pourrait prendre. S’il y a de l’argent en jeu, j’aimerais que ça ne devienne pas un club de riches/privilégiés. Ni avoir une position ascendante sur le groupe.

C’est peut-être pour cela que je ne le fais pas en premier lieu :D. Mais quand même ça manque d’échanges. Tout cela en ayant du mal à répondre aux courriels intéressants… incohérences tenaces et gestion du temps compliquée en ce moment.

Merci à toutes les personnes qui me font des retours sur ces publications ! 🙇

Dix pour cent

C’est ce dont s’inquiète une série d’articles parus dans le Armed Forces Journal, le mensuel des officiers de l’armée américaine. 80 % du pétrole consommé par l’État américain l’est par les forces armées. Chaque jour, celles-ci requièrent 130 millions de barils pour leur fonctionnement. Le pétrole représente aujourd’hui 77 % des carburants employés par l’armée. 70 % du tonnage déplacé chaque jour sur les champs de bataille est du pétrole. Si l’on y ajoute l’eau, on atteint 90 %. Les munitions, en comparaison, représentent un tonnage relativement modeste. Plus généralement, 10 % des émissions de carbone annuelles à l’échelle globale proviennent de l’activité militaire (toutes armées confondues).

La nature est un champ de bataille, Razmig Keucheyan

C’est un fait que je vois très rarement discuté ou pointé du doigt. Un tabou de la défense (et de l’attaque !) qui est loin d’être négligeable. Lorsque le prix du baril de pétrole augmente, la facture des armées devient d’autant plus salée. Pour un service (?) équivalent.

Je serais curieux de savoir sur ces 10 %, combien concernent uniquement l’entrainement. Et combien sont gaspillés en simple déplacement continu des effectifs/équipements.

Surlignage

J’ai cédé aux sirènes du surlignage avec l’élément HTML mark lors de la dernière publication, c’est un élément qui a l’air d’être populaire auprès des personnes que je suis en ce moment. Il y a des modes comme ça, l’année dernière c’était plutôt hr (j’avais cédé aussi !).

Je me suis rendu compte en voulant le styler qu’il pouvait poser des problèmes d’accessibilité, aussi je suis arrivé à la CSS suivante :

mark {
 background: LightGoldenRodYellow;
}
mark::before,
mark::after {
  clip-path: inset(100%);
  clip: rect(1px, 1px, 1px, 1px);
  height: 1px;
  overflow: hidden;
  position: absolute;
  white-space: nowrap;
  width: 1px;
}
mark::before {
  content: " [highlight start] ";
}
mark::after {
  content: " [highlight end] ";
}
*[lang=fr] mark::before {
  content: " [début du surlignage] ";
}
*[lang=fr] mark::after {
  content: " [fin du surlignage] ";
}

En espérant que cela puisse servir à d’autres. Si vous utilisez un lecteur d’écran je serais curieux de savoir si cela vous est utile.


Note : je trouve que la balise mark est pertinente pour pointer un court passage dans une citation plus longue, et comme je fais pas mal de citations je compte m’en servir par la suite. J’espère que les styles par défaut de votre agrégateur ne sont pas trop agressifs…

Consentement

[Discussion après avoir vu un clip d’Angèle chez des amis, en particulier cette partie]
— Mais alors dans La Belle au Bois Dormant, le Prince il devrait demander à la Princesse avant de l’embrasser ?

#BalanceTonDisney

(Il n’a jamais vu le dessin animé, on le lui a raconté.)

February 21, 2020 11:00 AM

February 14, 2020

David Larlet

Espoirs

Quelques pistes pour un monde qui (me) serait meilleur.

Ambivalence

Comme l’a montré Gramsci, les crises sont toujours des moments ambivalents pour le capitalisme. D’un côté, elles représentent un risque pour la survie du système. Mais, de l’autre, elles sont aussi des occasions de générer de nouvelles opportunités de profits. La crise environnementale n’échappe pas à cette ambivalence. L’ouragan Katrina a par exemple détruit des volumes colossaux de capital. Mais il a aussi permis l’expulsion et la rentabilisation de quartiers jusque-là populaires et donc peu rentables, ainsi que la privatisation massive des services publics, notamment les écoles. Il en va de même du tsunami de 2004 en Asie, qui a conduit à l’enclosure de nombreuses régions côtières et suscité l’installation de chaînes internationales d’hôtellerie et de restauration.

La nature est un champ de bataille, Razmig Keucheyan

Après avoir dépeint un univers numérique relativement triste, j’aimerais rappeler que des technologies sont porteuses d’espoirs. Le choix dépend de nous, de nos usages, de ce que l’on promeut à nos proches, des possibilités que l’on est capable de montrer.

Neutral data

“‘The map is not the territory ... but another version of reality,’ Wreckert said, quoting semanticist Alfred Korzybski, one of William S. Burroughs’ biggest influences. “Data is always translated to what they might be presented. The images, lists, graphs, and maps that represent those data are all interpretations, and there is no such thing as neutral data. Data is always collected for a specific purpose, by a combination of people, technology, money, commerce, and government.”

How to Fake a Traffic Jam on Google Maps (cache)

Rien n’est neutre mais tout est relativement hackable. Le manque de résilience d’un système fortement couplé a cette défaillance qu’il suffit d’un petit grain de sable pour que la machine ne sache quoi en faire.

J’imagine un business qui créerait un faux embouteillage le matin pour faire passer plus rapidement les personnes à l’origine de celui-ci par ce même endroit. Puis un concurrent qui rendrait inopérant le raccourci. Quitte à marcher sur la tête, autant que ça soit avec du fun !

RSS

J’ai posé la question suivante sur Mastodon :

Si vous n’utilisez pas de lecteur de flux RSS, pourquoi ?

Et j’ai eu pas mal de réponses que je souhaite consigner ici, si vous voulez connaître les auteur·ice·s, il·le·s sont lié·e·s sur la page originale.

J’utilisais miniflux, mais j’ai arrêté, trop de flux, je n’arrivais pas à tout lire, je trouvais que je tombais en pleine FOMO :p

J’en utilisais vers 2010 puis j’ai progressivement arrêté, Twitter et la gestion des listes fait le taff pour moi. Sinon j’ai l’impression d’avoir une boîte mail à devoir vider et je prends pas plaisir à lire les derniers articles

Parce que j’ai trop de trucs à suivre, et du coup j’en perd. Et heureusement, sinon je ne ferais que ça ^^. Donc ne pas utiliser de flux RSS est une technique de tri simple et efficace…

Une professionnelle m’a assuré que je n’étais pas cliniquement dangereux pour les autres.

Je peux répondre à la place de mon collègue avec qui j’en parlais il y a peu : « Parce que les réseaux sociaux me fournissent toute l’actu que je veux »

Ignorance, quand tu nous tiens

J’ai l’impression que je vais devoir bidouiller un truc perso pour en profiter. je me trompe sûrement mais je ne connais pas les services qui permettent d’utiliser le rss. Et comme de toutes façons j’ai pas le temps de lire ce que je suis déjà, je ne cherche pas plus loin que ça.

J’avais arrêté au profit de twitter (sélection de compte suivi) J’ai récemment remis en place FreshRSS car je trouve qu’il y a trop de bruit parasites sur TW. Et j’ai arrêté les flux RSS généralistes qui polluent trop pour me concentrer sur quelques flux intéressant : l’idée étant de ne pas être submergé d’articles Ensuite je survole régulièrement et je marque "comme lu" (sans les lire) ceux qui ne m’intéressent pas; je lis ceux qui m’intéressent quand j’ai le temps; j’en enregistre certain dans Wallabag/Shaarli pour ne pas les perdre

J’ai toujours utilisé les flux RSS, mais mon usage s’est intensifié dans le cadre de ma dégafamisation. On croise les doigts que les flux RSS des chaînes Youtube restent en place :)

Je m’en sers, mais ça demande un peu de discipline : t’as tendances à ajouter tout et n’importe quoi jusqu’à le rendre illisible/inutilisable. Je comprends que ça puisse décourager ou fatiguer certains/certaines : ça demande un peu de rigueur !

J’utilise mais probablement mal. Principalement probablement par méconnaissance des outils. Je ne trouve pas notamment de clients qui me satisfasse pleinement que ce soit sur Debian ou Android. Mais j’utilise de plus en plus oui !

Merci pour toutes ces réponses, ça me donne du grain à moudre pour un vaporware qui a au moins 15 ans.

Confuse trackers

Each time she refreshed the Explore tab, it was a completely different topic, none of which she was interested in. That’s because Mosley wasn’t the only person using this account -- it belonged to a group of her friends, at least five of whom could be on at any given time. Maybe they couldn’t hide their data footprints, but they could at least leave hundreds behind to confuse trackers.

These teenagers are relying on a sophisticated network of trusted Instagram users to post content from multiple different devices, from multiple different locations.

If you wanted to confuse Instagram, here’s how.

Teens have figured out how to mess with Instagram’s tracking algorithm (cache)

C’est une somme de petits actes de résistance qui donnent de l’espoir, en particulier venant des jeunes générations. Je suis encore trop dans l’exclusion élitiste (ne pas aller sur Facebook) et pas assez dans le hack collectif (y aller et participer au bruit alternatif pour se protéger… et protéger les autres ?).

Note: le contenu de l’article est plein de liens avec des attributs du type data-link-tracker-options="{&quot;action&quot;:&quot;inline-annotation|Mobile Apps|CNET_CAT_TOPIC|450&quot;}", c’est assez succulent vu le contenu…

Écologie sociale

Dans mon esprit, écologie a toujours signifié écologie sociale : la conviction que l’idée même de dominer la nature découle de la domination de l’humain par l’humain, que ces soit des femmes par les hommes, des jeunes par leurs aînés, d’un groupe ethnique par un autre, de la société par l’État, de l’individu par la bureaucratie, aussi bien que d’une classe économique par une autre ou d’un peuple colonisé par une puissance coloniale.

[…]

Aussi longtemps que persistera la hiérarchie, aussi longtemps que la domination imposera un système d’organisation élitiste à l’humanité, le projet de dominer la nature se perpétuera et conduira inévitablement notre planète vers l’extinction écologique.

Lettre ouverte au mouvement écologiste, février 1980, extrait de Pouvoir de détruire, pouvoir de créer, Murray Bookchin

Ce que je trouve intéressant dans cette réflexion, c’est qu’il existe de très nombreuses formes de luttes qui permettraient d’aboutir (?) à un résultat proche et enthousiasmant. Chacun·e peut avoir son propre cheval de bataille plus ou moins léger s’ils finissent par converger, voire s’émuler. En ayant l’esprit souple, on peut potentiellement imaginer être sur plusieurs chevaux à la fois. Ou séquentiellement.

Quel cirque.

Alternumérisme

Il me semble que nous pouvons peut-être encore être pour l’alternumérisme. Mais ce qui tenait de l’affirmation devient chaque jour un peu plus une interrogation, tant ce que nous prônons, finalement n’arrive pas à devenir autre chose qu’un instrument, un argument même pour permettre aux excès du numérisme de devenir toujours plus excessifs.

De l’alternumérisme : d’autres numériques sont-ils possibles ? (cache)

Pour un autre numérique.

J’aime ce double sens. À quel point est-ce qu’un autre numérique passe par une dé-numérisation de l’autre ? Ne plus communiquer par un biais numérique, ne plus partager des photos par un biais numérique, ne plus transmettre une émotion par un émoji, ne plus être informé que par des personnes physiquement proches.

Je doute que ce soit via le numérique que l’on réussira à inventer un autre numérique.

🤖

Sagesse

Il n’est pas nécessaire de faire un effort pour penser d’une manière particulière. Votre pensée ne devrait pas être partiale. Nous pensons simplement avec notre esprit intégral, et voyons sans un effort les choses telles qu’elles sont. Simplement voir, et être prêt à voir les choses avec notre esprit intégral, c’est cela la pratique de zazen. Si nous sommes prêts à penser, nous n’avons pas besoin de faire un effort pour penser. C’est ce qu’on appelle la conscience présente. La conscience présente est en même temps la sagesse. Par sagesse, nous n’entendons pas une faculté ou une philosophie particulières. Avoir l’esprit prêt, cette qualité est la sagesse. Divers enseignements et philosophies, diverses formes d’études et de recherche, pourraient donc être la sagesse. Mais nous ne devrions pas nous attacher à une sagesse particulière, telle celle enseignée par Bouddha. La sagesse n’est pas quelque chose qui s’apprend. La sagesse viendra de votre conscience présente. Il s’agit donc d’être prêt à voir, et d’être prêt à penser. C’est ce qu’on appelle la vacuité de votre esprit. La vacuité n’est autre que la pratique de zazen.

Esprit zen, esprit neuf, Shunryu Suzuki

Et si l’espoir était une pratique ? Un petit feu à alimenter régulièrement pour réchauffer notre cœur. Et pour éclairer les sourires des autres.

Une même flamme peut se partager à l’infini.

(Il y a des chances de finir sur un tas de cendres par contre.)

Empathie

— Tu vois si tu m’expliques ça me permet d’avoir de l’empathie pour toi.
— C’est quoi l’empathie ?
— C’est essayer de ressentir ce que ressentent les autres.
[Lâche un gros pet.]
— Mais c’est pour t’aider papa !

:facepalm:

February 14, 2020 11:00 AM

February 07, 2020

David Larlet

GAFAM+

(Savoir) vivre dans un panoptique numérique.

Make them dance

Unequal knowledge about us produces unequal power over us, and so epistemic inequality widens to include the distance between what we can do and what can be done to us. Data scientists describe this as the shift from monitoring to actuation, in which a critical mass of knowledge about a machine system enables the remote control of that system. Now people have become targets for remote control, as surveillance capitalists discovered that the most predictive data come from intervening in behavior to tune, herd and modify action in the direction of commercial objectives. This third imperative, “economies of action,” has become an arena of intense experimentation. “We are learning how to write the music,” one scientist said, “and then we let the music make them dance.”

You Are Now Remotely Controlled (cache)

Le plus triste est peut-être d’avoir réussi à compiler tous ces liens sur les GAFAM+ en moins d’un mois. Et je ne parle même pas des failles de sécurité qui sont toutes plus cocasses les unes (cache) que les autres (cache).

Evil

The tech industry doesn’t intoxicate us like it did just a few years ago. Keeping up with its problems—and its fixes, and its fixes that cause new problems—is dizzying. Separating out the meaningful threats from the noise is hard. Is Facebook really the danger to democracy it looks like? Is Uber really worse than the system it replaced? Isn’t Amazon’s same-day delivery worth it? Which harms are real and which are hypothetical? Has the techlash gotten it right? And which of these companies is really the worst? Which ones might be, well, evil?

Which tech companies are doing the most harm? (cache)

On en est là : essayer de savoir qui est pire que l’autre. Et l’on appelle encore cela des services. C’est assez fou quand on y pense. C’est aussi ce à quoi cette industrie est très bonne : nous occuper de façon à ne pas trop penser.

J’ai envie de travailler sur des produits qui nous aident à panser les maux des inégalités. J’ai le sentiment que cela ne pourra passer que par plus d’autonomie et de décentralisation. J’ai la conviction qu’une seule génération suffit.

Mood

But a more careful look into Spotify’s history shows that the decision to define audiences by their moods was part of a strategic push to grow Spotify’s advertising business in the years leading up to its IPO—and today, Spotify’s enormous access to mood-based data is a pillar of its value to brands and advertisers, allowing them to target ads on Spotify by moods and emotions. Further, since 2016, Spotify has shared this mood data directly with the world’s biggest marketing and advertising firms.

Big Mood Machine (cache)

Donne moi ton historique d’écoute et je te dirais le traitement dont tu as besoin pour te sentir mieux ; ou je t’enlèverai la possibilité de bénéficier d’une assurance. J’imagine une société où tu laisserais tourner en fond une liste de lecture douce, bienveillante et motivante pour montrer ta conformité et ton bonheur.

Le seul terme de streaming surveillance me fait frissonner. Et cela ne se limite pas à la musique, c’est probablement encore pire avec la vidéo. Oups (cache).

Normalized

Luckily as the year comes to a close, the music streaming platform Spotify provides its users with a tantalizing (and ready to share) glimpse of their listening habits. It’s fun! It’s shareable! And it’s a troubling reminder that being “fun” and “shareable” is one of the primary ways by which rampant surveillance becomes normalized.

Who Listens to the Listeners? (cache)

Pratique que je dénonçais il y a déjà quatre ans. Nos voisins numériques sont extrêmement nombreux, il ne s’agit plus des individus physiquement suffisamment proches pour vous écouter. Il y a les personnes qui sont directement sur le réseau, les personnes qui sont au niveau du service en lui-même, les personnes avec lesquelles ces données sont partagées à des fins de recherche, les personnes qui sont en charge des services de sauvegarde, les personnes à qui ces données sont vendues. Sans compter les personnes qui ont réussi à récupérer ces données depuis les machines des personnes du premier niveau. Si vous deviez les visualiser vous seriez au stade de France au moment d’appuyer sur Play !

Lorsque vous lancez une lecture sur Spotify/Youtube/Etc, il y a potentiellement des milliers de personnes qui savent dans quel état d’esprit est-ce que vous êtes à ce moment précis, à quel moment vous faites une pause, quels enchaînements vous semblent pertinents. Est-ce que vous êtes à l’aise avec ça ?

Open book

The data reviewed by Times Opinion didn’t come from a telecom or giant tech company, nor did it come from a governmental surveillance operation. It originated from a location data company, one of dozens quietly collecting precise movements using software slipped onto mobile phone apps. You’ve probably never heard of most of the companies — and yet to anyone who has access to this data, your life is an open book. They can see the places you go every moment of the day, whom you meet with or spend the night with, where you pray, whether you visit a methadone clinic, a psychiatrist’s office or a massage parlor. Twelve Million Phones, One Dataset, Zero Privacy (cache)

Et il n’y a pas que notre humeur qui est analysable, mais aussi l’endroit où nous sommes lorsque nous sommes dans cet état. Il n’a pas fallu attendre le « Temps d’écran » d’Apple pour réaliser la quantité de données historisées et localisées disponibles dans un téléphone et dans toute la chaîne de traitement et d’analyse de cette information.

Ce n’est pas tant d’être un livre ouvert que de l’être pour de très nombreuses personnes. Et je ne parle même pas de celles à un niveau supérieur qui se mettent à croiser toutes ces données.

Notre téléphone indispensable (traduction de smartphone locale que je trouve pertinente) est un confessionnal avec des milliers d’oreilles.

Téléphone

Le processus est simple, le téléphone est connecté à l’ordinateur ou la tablette. Ensuite, l’Ufed utilise les failles de sécurité des téléphones portables pour réaliser une copie du disque dur. Tout y passe : les photos, les vidéos, les emails, l’historique des navigations internet ou de la géolocalisation, les historiques de mots de passe, le carnet d’adresse, les données, les notes et les message des applis comme Snapchat, Facebook – même ceux des apps réputées « chiffrées » comme Signal ou Telegram…

Bientôt dans presque tous les commissariats, un logiciel pour fouiller dans vos portables (cache)

Il serait peut être temps de revenir à un dumbphone, d’autant qu’Apple a fini par plier aussi (cache). Encore une fois se marginaliser pour garder un semblant de consistance.

Je comprends de plus en plus ceux qui arrêtent tout pour faire du pain ou de la bière

Cars

On a recent drive, a 2017 Chevrolet collected my precise location. It stored my phone’s ID and the people I called. It judged my acceleration and braking style, beaming back reports to its maker General Motors over an always-on Internet connection.

Cars have become the most sophisticated computers many of us own, filled with hundreds of sensors. Even older models know an awful lot about you. Many copy over personal data as soon as you plug in a smartphone.

But for the thousands you spend to buy a car, the data it produces doesn’t belong to you.

Driving surveillance: What does your car know about you? We hacked a 2017 Chevy to find out. (cache)

Je sais que je ne pourrais probablement plus acheter de voiture récente non plus. Ce qui n’est pas plus mal. J’ose à peine imaginer la quantité d’informations stockée dans une voiture de location. Il faut que je fasse plus attention à cela.

Automakers haven’t had a data reckoning yet, but they’re due for one. GM ran an experiment in which it tracked the radio music tastes of 90,000 volunteer drivers to look for patterns with where they traveled. According to the Detroit Free Press, GM told marketers that the data might help them persuade a country music fan who normally stopped at Tim Horton’s to go to McDonald’s instead.

Ibid.

Ceci n’est pas de la science-fiction, il y a aussi une intersectionnalité dans la surveillance et la manipulation. Joie.

Sonos

Courriel envoyé par Sonos pour des enceintes achetées il y a moins de trois ans. PAS Merci Sonos pour ce bel exemple d’obsolescence programmée.

Lorsque Sonos s’est mis à faire des enceintes connectées, je me suis empressé d’acheter les derniers modèles qui n’envoient pas un enregistrement continu de mon environnement (du moins je ne peux que l’espérer). Rétrospectivement, c’était une erreur (cache) et j’aurais dû m’en tenir à des enceintes low-tech qui ne sont pas des ordinateurs à part entière.

Ban technology

“I’ve come to the conclusion that because information constantly increases, there’s never going to be privacy,” Mr. Scalzo said. “Laws have to determine what’s legal, but you can’t ban technology. Sure, that might lead to a dystopian future or something, but you can’t ban it.”

The Secretive Company That Might End Privacy as We Know It (cache)

Vous avez bien joué avec toutes ces apps qui vous rendent plus jeune/vieux/ridicule/whatever ? Et bien ces images sont maintenant utilisées pour vous reconnaitre avec précision. Vous n’avez peut-être rien à cacher mais vous avez quand même mis en danger celles et ceux qui ont justement quelque chose à cacher, c’est la base de l’intelligence « artificielle » : avoir un jeux de données suffisamment large pour apprendre avec pertinence.

The reality for the foreseeable future is that the people who control and deploy facial recognition technology at any consequential scale will predominantly be our oppressors. Why should we desire our faces to be legible for efficient automated processing by systems of their design?

Against Black Inclusion in Facial Recognition (cache)

Les exemples ne manquent pas, on en vient même à parler (cache) d’algorithmic fairness. C’est dire à quel point on est actuellement bien biaisés.

The New York Daily News reported on Wednesday that a staffing agency hired by Google had sent its contractors to numerous American cities to target black people for facial scans. One unnamed former worker told the newspaper that in Atlanta, the effort included finding those who were homeless because they were less likely to speak to the media.

Atlanta Asks Google Whether It Targeted Black Homeless People (cache)

Les paumes-de-mains-sur-le-visage ne manquent pas non plus. Pour des articles en français, je vous recommande la section reconnaissance faciale alimentée par Hubert Guillaud.

Endlessness

On the demand side, too, TikTok achieves endlessness. It is endless horizontally, each video an infinitely looping GIF, and it is endless vertically, the videos stacked up in an infinite scroll. There is no exit from TikTok’s cinema. One college student I know, having recently downloaded the app, told me that she now finds herself watching TikToks until her iPhone battery dies. She can’t pull her eyes away from the screen, but she is still able to withstand the temptation to recharge her phone while the app’s running. Electrical failure is the last defense against infinite media.

TikTok and the coming of infinite media (cache)

Jusqu’où peut aller la captation de l’attention ? Je crois que l’on commence à avoir des réponses : il n’y a pas de limites. On croyait la main du marché invisible, c’est en fait une œillère bien opaque pour nous faire aller de l’avant.

Newsletters

Je pense que je vais arrêter de faire la promotion des listes de diffusion qui ne sont pas vierges de traçabilité. Si tu rédiges sur un espace qui est contrôlé par une entité qui transforme tous les liens que tu partages afin de voir qui est intéressé par quoi, tu contribues à un système (centralisé) même si tu ne vas pas toi-même consulter ces statistiques. Je sais que c’est élitiste de procéder ainsi et j’imagine que s’il y a suffisamment de demandes de la part des utilisateur·ice·s, des services seront proposés qui soient un peu plus respectueux de la confidentialité de mes explorations.

À ma connaissance, il n’y a qu’Anselm Hannemann qui propose une liste hebdomadaire libre de tout traqueur. Et il y a Patrick Tanguay qui (re)publie ses archives chez lui sans traçabilité une fois le courriel envoyé. Ça fait peu…

Hyper

Nous vivons aujourd’hui dans une société d’hypermnésie, d’hyperscopie, et d’hyperacousie. Nos habitus, nos « morales » individuelles et nos « endroits » […] sont surveillés, entendus et enregistrés, le plus souvent avec notre consentement paresseux. De la même manière que sont surveillés, entendus et enregistrés les comportements, les habitus, les morales et les endroits où nous faisons ensemble et où nous sommes société.

Une société dans laquelle, à la fois des états, des sociétés privés monopolistiques ou oligopolistiques, et des entités collaborationnistes réunissant les deux, disposent donc de la capacité à se souvenir de tout (hypermnésie), comme de celle de tout voir (hyperscopie) et de tout entendre (hyperacousie).

Un pédophile est un client Apple comme les autres. (cache)

Il pourrait être pertinent de documenter le chemin qui nous a permis d’en arriver là, au moins pour que les futures générations en aient conscience avant de potentiellement reproduire une telle structure. De mettre bout à bout les petites choses que l’on perd au fil du temps (cache). À force de documenter, on arrivera peut-être à rompre le cycle ?

Il suffit d’une seule génération pour en sortir mais il n’a suffit que d’une seule génération pour y entrer aussi.

Ma génération.

Crédibilité

Dépendances externes du site affordance.info par l’extension uMatrix C’est bien la peine de se plaindre des GAFAM+…

J’évoquais précédemment ma frustration vis-à-vis des situations incohérentes, on en a un bel exemple ici avec l’article sus-cité. Quelle est la crédibilité d’un site dénonçant manifestement l’emprise des GAFAM+ sur nos vies et qui n’a pas moins de 24 dépendances externes incluant les services de Google ?

Dépendances externes du site scinfolex.com par l’extension uMatrix Notez que le cas n’est malheureusement pas isolé dans la blogosphère, loin de là.
Dépendances externes du site monidenum.fr par l’extension uMatrix Ça marche aussi avec les sites gouvernementaux (qui gèrent l’identité des citoyens sinon c’est pas drôle).
Dépendances externes du site theintercept.com par l’extension uMatrix Et puis les journaux indépendants qui parlent de mass surveillance à longueur d’articles.

Hyperconfort, incompétence ou inculture ?


Parenthèse : je me demande parfois si des lecteur·ice·s préfèrent cliquer sur les liens en cache sur cet espace pour bénéficier d’une autre expérience de lecture (rapidité, vie privée et contenu lisible). Votre retour m’intéresse à ce sujet.

Surprise

What hasn’t been clear until recently is how Google is using the Chrome web browser to track individuals, even when ad blocking and in-built tracking prevention is enabled.

“Hey Google, stop tracking me” (cache)

En parlant de navigation un tant soit peu privée, il peut être utile de rappeler qu’utiliser Google Chrome donne des informations à Google sur votre navigation. Dans la même veine, Facebook Instagram donne des informations à Facebook sur votre localisation et Amazon commence à pouvoir recréer avec une certaine confiance l’historique de votre navigation compte-tenu de sa main-mise sur l’hébergement mondial de sites et d’applications. #CaptainObvious

Et pendant ce temps là, un petit navigateur résiste encore et toujours…

OK Google

[Un matin après avoir traîné dans le lit]
— OK Google, lève-toi !
— Gni ?!

Ce matin là, j’ai appris que les enfants de six ans canadiens ne jouent plus à « Jacques à dit ».

Je ne m’en suis toujours pas remis…

February 07, 2020 11:00 AM

January 31, 2020

David Larlet

Intentions

Les traditionnelles résolutions (?) de début d’année.

S’implanter

Après trois ans sur le territoire canadien, il est temps de faire des choses localement. Découvrir davantage de personnes, m’impliquer dans la vie de quartier. Peut-être même trouver de quoi accompagner professionnellement avec proximité. J’espère un jour pouvoir enseigner à nouveau également, même si (car ?) je ne sais toujours pas ce que ça veut dire.

Il y aurait potentiellement des choses à transmettre autour de la forêt aussi, pas sûr encore de savoir sous quelle forme pour que cela reste gérable en terme de sécurité. Peut-être commencer par des balades à la journée ?

N’hésitez pas à me contacter si vous avez des pistes pour chacun de ces axes.

American Dream

Dans ce documentaire Noam Chomsky décrit les 10 principes de la concentration de la richesse et du pouvoir :

  1. Réduire la démocratie
  2. Former l’idéologie
  3. Redessiner l’économie
  4. Déplacer le fardeau
  5. Attaquer la solidarité
  6. Gérer les législateurs
  7. Manipuler les élections
  8. Maîtriser la populace
  9. Fabriquer le consentement
  10. Marginaliser la population

Requiem for the American Dream, Noam Chomsky

Je retiens notamment de ce documentaire — monté un peu trop lent à mon goût mais le contenu est éclairant — que l’on subit encore le retour de flamme des efforts démocratiques des années 60 qui ont été à l’origine d’une énorme offensive coordonnée du monde des affaires.

Sous cet angle, je comprends un peu mieux les ficelles ayant pu mener à la situation actuelle. On pourrait facilement crier au complotisme et en même temps, en prenant un peu de recul, ça semble si facile à mettre en place lorsqu’on est un minimum privilégié.

J’ai apprécié aussi le fait d’énoncer que la société actuelle ne soit pas capitaliste, auquel cas ce ne seraient pas les contribuables qui renfloueraient les banques en cas de krach boursier.

Comprendre

Un besoin de comprendre comment est-ce que l’on a pu en arriver là collectivement. Chercher les biais du système, mes propres œillères, réinterroger les croyances populaires. Trouver peut-être un sens à tout cela ou au moins me sentir moins démuni. Tenter de rationaliser mon anxiété quitte à prendre des décisions radicales. Entre marginalisation active et acceptation passive, des choix pas évidents à faire en famille.

En 2019, j’aurais compris au moins une chose : le corps et l’esprit sont extrêmement liés. Il faut apprendre à écouter les deux ainsi que leur dialogue interne.

J’ai commencé à recenser les livres et vidéos qui me permette(ro)nt de faire évoluer ma pensée en 2020.

Écoute

Lorsque vous écoutez quelqu’un, abandonnez toute idée préconçue et toute opinion subjective ; vous devriez juste l’écouter, juste observer sa manière d’être. Nous nous occupons très peu de l’idée de bien et de mal, ou de bon et mauvais. Nous voyons seulement les choses telles qu’elles sont pour lui, et nous les acceptons. Voilà comment nous communiquons l’un avec l’autre.

Lorsque vous écoutez quelqu’un, vous entendez souvent ses paroles un peu comme un écho de vous-même. Vous écoutez en fait votre propre opinion. Si cela correspond à votre opinion, vous l’accepterez sans doute, sinon vous le rejetterez ou même, peut-être, ne l’entendrez-vous pas vraiment. C’est un des dangers lorsqu’on écoute.

L’autre danger est de rester accroché aux paroles exprimées. Si vous ne comprenez pas le vrai sens des paroles de votre maître, vous risquez fort de rester accroché à quelque chose qui touche votre opinion subjective, ou à la formulation particulière de ces paroles, sans comprendre l’esprit derrière la lettre. Ce danger est toujours présent.

Esprit zen, esprit neuf, Shunryu Suzuki

Je relis ce passage en essayant de l’appliquer à ma propre écoute. J’aimerais apprendre à mieux m’écouter, cela m’aiderait peut-être à mieux écouter les autres.

Proposer

Envie de proposer des outils techniques pour personnes pas forcément techniques. De petites briques simples qui facilitent la vie, en étant à l’écoute des utilisateur·ice·s. Probablement avec une touche de pérennité. Je me demande dans quelle mesure cela pourrait être et rester à coût marginal une fois le don (initial ?) de développement effectué. J’ai de plus en plus de craintes sur le fait que ce soit encore légalement possible (cache).

À force de raconter ma vie ici, j’ai bien envie de proposer d’aider à compiler des récits communs. J’ai commencé à le faire et je compte bien continuer. Encore une fois, rien de bien précis, j’aimerais que cela se définisse au cours des expériences.

Car là réside la valeur, lorsqu’on fait des choses ensemble.

Power imbalance

The first step to tackle this is for the person on the upward side of the power dynamic to acknowledge and admit to themselves their position. Only then can you honestly reflect on interactions you have with your pairing partner, and how power dynamics impact them. Try to think about your own positionality and situatedness. What can you actively do to neutralize power imbalance?

Recognizing these types of differences and adapting our behaviour to improve collaboration can be hard. It requires a lot of self reflection.

On Pair Programming (cache)

Continuer à explorer ce que ça veut dire d’être un privilégié et comment faire le moins de dégâts possibles dans cette position. Au quotidien, à travers mes choix d’interactions et d’attentions, mes maladresses et mes prises de conscience.

January 31, 2020 11:00 AM

January 29, 2020

David Larlet

Sortie ski

Réflexions poudreuses.

Ski de fond

Des skis et une piste à travers la forêt. J’ai croisé trois personnes en trente heures, bon ratio.

Je crois que je ne pourrais plus faire de sports qui nécessitent une autre énergie que la mienne. C’est en partie hypocrite vu qu’il m’a fallu un véhicule pour y aller et des machines pour faire la piste.

La lenteur permet d’avoir des réflexions… de fond. Ha ha ha.

Au final, j’aurais fait de l’ordre de 35 kilomètres dont une dizaine avec un sac de plus de 10 kilos. Je le consigne ici pour m’en rappeler lors de la préparation de futures excursions. Au passage, le ski de fond classique ça n’est pas vraiment adapté au transport d’une charge lourde !

Réfugié

Quelqu’un me rejoint au refuge que j’ai réservé en exclusivité. Il est fatigué après avoir suivi une route que j’ai déjà eu l’occasion d’emprunter et dont le souvenir est suffisamment cuisant. Je lui explique que je n’ai l’exclusivité que parce que c’est le choix par défaut sur le site et qu’il faut sinon appeler dans la semaine précédant la sortie (ce qui m’est contraignant).

Il y a bien assez de place pour deux.

On s’est relayé pour maintenir le feu dans le poêle au cours de la nuit. Il faisait -21°C au réveil dehors, 7°C à l’intérieur. Pas pire.

Refuge du Corbeau dans le Parc de la forêt de Ouareau. Refuge du Corbeau.

Migrants

Troisième aspect de la question : faut-il parler de « réfugié » ou de « migrant » climatique ? La différence est de taille. Dans le premier cas, l’individu est considéré comme étant forcé de migrer. Dans le second, il s’agit d’un choix personnel. Lorsque cette notion est apparue, la catégorie de « réfugié » était couramment employée. Depuis les années 1990, une tendance s’est fait jour qui voit l’emploi de plus en plus fréquent de celle de « migrant ». On a pu relever dans cette évolution la montée en puissance d’une approche néolibérale de la gestion de la crise climatique. Les « migrants » tendent à être perçus comme des « entrepreneurs » qui disposent de la maîtrise de leur destin. La migration, dans cette perspective, est une possibilité parmi d’autres qui s’offrent à eux.

La nature est un champ de bataille, Razmig Keucheyan

De l’importance du vocabulaire. Le seul choix (ou non-choix) qui est fait c’est le nôtre. Riches consommateurs.

Poésie

Du temps que la nature en sa verve puissante, concevait chaque jour des enfants monstrueux, j’eus aimé vivre auprès d’une jeune géante, comme à son pied un chat voluptueux. Poésie sauvage et anonyme.

Mise à jour : Ronan m’indique (merci !) qu’il s’agit du poème de Baudelaire « La Géante » :

Du temps que la nature en sa verve puissante
Concevait chaque jour des enfants monstrueux,
J’eusse aimé vivre auprès d’une jeune géante,
Comme aux pieds d’une reine un chat voluptueux.

J’eusse aimé voir son corps fleurir avec son âme
Et grandir librement dans ses terribles jeux ;
Deviner si son cœur couve une sombre flamme
Aux humides brouillards qui nagent dans ses yeux ;

Parcourir à loisir ses magnifiques formes ;
Ramper sur le versant de ses genoux énormes,
Et parfois en été, quand les soleils malsains,

Lasse, la font s’étendre à travers la campagne,
Dormir nonchalamment à l’ombre de ses seins,
Comme un hameau paisible au pied d’une montagne.

Je suis presque déçu qu’une telle beauté ne puisse être le fruit d’une réflexion une nuit froide face à un lac gelé dans un refuge perdu au fin fond du Canada. Lyrisme quand tu nous tiens.

Structureless

Contrary to what we would like to believe, there is no such thing as a structureless group. Any group of people of whatever nature that comes together for any length of time for any purpose will inevitably structure itself in some fashion. The structure may be flexible; it may vary over time; it may evenly or unevenly distribute tasks, power and resources over the members of the group. But it will be formed regardless of the abilities, personalities, or intentions of the people involved.

The Tyranny of Stuctureless (cache)

En m’endormant, je repense à ce qu’il se passe au sein de betagouv. À partir de quelle taille est-ce qu’une communauté n’arrive plus à prétendre à son horizontalité ? Se battre ou battre en retraite ?

Pointe critique

Tableau rendant compte des gains en période de pointe critique par HydroQuébec. 20,83 $CAN depuis le début de l’hiver.

Depuis cette année, Hydro-Québec (équivalent EDF/Enedis local) propose des forfaits qui notifient des périodes dites de « pointe critique » pendant lesquelles on acquiert des crédits si on réduit sa consommation. Je trouve l’initiative intéressante car j’y vois un effort collectif pour lisser les courbes de demande.

Pour remettre en contexte si vous trouvez que les chiffres sont particulièrement élevés, ces périodes correspondent à des températures avoisinant les -20°C et notre chauffage est exclusivement électrique.

Cela permet de reconsidérer l’usage de la bouilloire ou du grille-pain le matin, d’effectuer une cuisson au four avant 16h avec la pierre qui continue de chauffer la cuisine, de se questionner à nouveau sur l’usage du streaming sur ces périodes, de baisser le chauffage d’encore un degré, etc.

SUV

Pour gérer les crises personnelles, celui qui peut se le permettre, celui qui a du courage et celui qui est particulièrement inquiet s’arment d’un véhicule utilitaire sport (VUS). […] Les carrosses géants de l’élite de l’externalisation représentent davantage que l’incarnation du refus de voir les changements climatiques. Ils symbolisent aussi la volonté de s’armer contre l’inondation qui s’annonce pourtant, qu’il s’agisse ici de fortes pluies et d’inondations ou de flux de réfugiés et de vagues migratoires. Dans nos villes, celui qui conduit un VUS éveille l’image d’une personne en route pour se porter à la défense de ses frontières.

À côté de nous le déluge, Stephan Lessenich

Au retour, je me rends compte que je suis entouré de pick-ups sur l’autoroute. Se défendre, mais avec puissance s’il vous plait.

La morphologie de ces véhicules me fait penser aux bisons, je m’imagine être au sein d’un troupeau ignorant et allant de l’avant. Quelle ironie.

Apocalypse

Il serait déplorable de penser qu’une nouvelle simplification remplace celles que j’ai dénoncées ci-dessus — à savoir que nous devons apprendre à accepter la « rareté » et même une rigoureuse « austérité » ainsi qu’un surcroît de travail pénible si nous voulons vivre en harmonie avec la nature. Déjà on entend dire que nous sommes condamnés à un « effondrement écologique » d’ici dix ans, comparable à l’« effondrement économique » prédit par les marxistes pour le début de ce siècle — une sort d’effondrement mécanique, et non la dégradation régulière, l’érosion de l’environnement, qui sont de loin la plus forte et la plus sinistre des probabilités. De même que les environnementalistes du type Zero Population Growth avaient créé naguère un climat de panique à propos de la croissance démographique, de même une nouvelle cuvée d’écologistes « radicaux » risque à présent de susciter l’angoisse à propos de l’abondance et du développement technologique, évacuant ainsi le cœur du problème, c’est-à-dire les rapports sociaux mercantiles, le système bourgeois de production pour la production ainsi que la distorsion des besoins humains qu’engendre la consommation pour la consommation.

[…]

Paniquer face à cette crise, décrire en termes apocalyptiques l’inévitable « effondrement » de l’environnement d’ici quelques dix ans, cela revient à encourager la passivité, un fatalisme mortel, qui favorisent le maintien du pouvoir en place. De plus, toutes les prédictions apocalyptiques sont fausses.

Entretien dans le magazine Win en décembre 1973, extrait de Pouvoir de détruire, pouvoir de créer, Murray Bookchin

C’est la date qui m’intéresse ici. Il y a depuis quand est-ce que l’on sait et depuis quand est-ce que l’on croit savoir.

Et puis il y a quand ça va arriver.

January 29, 2020 11:00 AM

January 22, 2020

David Larlet

Réponses

Les réactions du moment.

Visa

Le régime de liberté de circulation reposant sur l’octroi de visas se révèle ainsi être un système extrêmement complexe doté de différentes « vitesses » et reposant sur des probabilités structurées. Dans ce système, les citoyens des centres démocratiques capitalistes sont pratiquement toujours autorisés à sortir de leur pays et à gagner les destinations de leur choix ; toutefois, parmi les habitants des périphéries du prétendu village global, seuls ceux qui répondent aux critères restrictifs et arbitraires fixés par les gardiens du Graal de la richesse capitaliste ont le droit de gagner le centre, et dans ces cas-là, le plus souvent seulement pour de brefs séjours.

À côté de nous le déluge, Stephan Lessenich

Au moment où mon propre visa vient d’être renouvelé après quelques jours stressants de flottement, il est bon de se rappeler que ce privilège est loin d’être une généralité.

Ce livre appuie vraiment là où ça me gratte. La libre circulation des personnes riches qui consomment la libre circulation des marchandises issues des personnes pauvres.

On encourage ceux qui voyagent pour faire des profits ; on condamne ceux qui voyagent pour survivre.

La société assiégée, Zygmunt Bauman

Végétarien

J’ai l’impression que “manger sans nourrir le système industriel, le plus local et le plus respectueux de la nature” serait une proposition plus en ligne avec mes valeurs.

Je suis curieux de savoir comment tu abordes cette question.

Végétarien carnivore (cache)

J’en arrive un peu au même raisonnement. Sauf qu’ici le local c’est assez compliqué pendant une bonne partie de l’année. Toujours cette notion d’ordre de grandeur qui m’embête.

Par exemple, est-ce qu’il vaut mieux :

  1. consommer des oranges qui viennent du Mexique ;
  2. acheter une bouteille de jus d’orange ;
  3. prendre des compléments en vitamine C ?

Dans mon contexte, je n’arrive toujours pas à trancher. Les trois options présentent des péremptions, des transformations et des modalités de transport très différentes.

Et ce n’est qu’un exemple…

Popularité

Quel est l’intérêt pour un magazine ou un blog de poster la liste des 5 ou 10 articles les plus populaires ?

karlcow sur ##openweb@freenode

Principalement de vérifier que je suis dans la même bulle de filtre que les autres lecteur·ice·s de cet espace, d’avoir le sentiment de faire communauté.

Si je me reconnais dans le choix de la majorité, cela devient réconfortant pour moi de consulter un espace que je vais pouvoir renforcer par ma présence.

Si ce n’est pas le cas, je vais pouvoir me dire que je suis unique et avec cette vision élitiste avoir le sentiment de me démarquer de la masse stupide des autres internautes.

Pour l’auteur, s’en remettre à une éditorialisation par la popularité c’est laisser ce choix au public (en créant immédiatement un biais vu que ces articles sont mis en avant).

Lectures

Je suis très curieuse de savoir si vous gardez une trace de vos lectures ou non. Si vous les partagez et si oui comment ? Quels seraient les critères de votre journal de lecture ?

Garder une trace de ses lectures (cache)

Je découvre la question via Pep (cache) et c’est ce que j’ai commencé à mettre en place pour cette année avec les livres et vidéos qui alimentent ma pensée.

Ce qu’il me manquerait à ce stade ce sont les références croisées pour voir toutes les citations que j’ai utilisé pour un ouvrage depuis la page recensant l’ensemble des lectures par exemple. Et vice et versa.

C’est en cours de réflexion. Toujours intéressé par cette notion de lien bi-directionnel sur le Web. Notamment sur un même espace. Une balise HTML dédiée pour ce genre de relations ?

Python 3

Python 3.0 was released on December 3, 2008. And it took the better part of a decade for the community to embrace it. This should be universally recognized as a failure. While hindsight is 20/20, many of the issues with Python 3 were obvious at the time and could have been mitigated had the language maintainers been more accommodating - and dare I say empathetic - to its users.

Mercurial’s Journey to and Reflections on Python 3 (cache)

La charge est violente et semble être justifiée dans le cas de Mercurial. Je dois avouer que je suis moi-même — en tant que simple utilisateur — assez circonspect des choix qui ont été fait à l’époque. Et rétrospectivement je trouve que cette migration a été un échec mais je vois aussi que Python est plus populaire que jamais malgré/grâce à cela.

Peut-être que c’était un mal nécessaire pour que le langage devienne plus accessible à de nouvelles personnes. Je seconde le fait qu’un post-mortem (migratem ?) assumé de la part de l’équipe Python permettrait de clarifier une position et de rassurer sur de futures intentions.

Un lien

Un lien est une promesse — pas toujours tenue — qu’un contenu va apparaître.

Un lien est un don — pas toujours bienvenu — d’un chemin de pensée différent.

Un lien est la consignation d’un intérêt — potentiellement révolu — qui attend un nouveau regard.

Un lien est une invitation — sans réponse attendue — à parcourir la complexité du monde.

Un lien est un doigt pointé — et une main tendue — vers l’autre.

January 22, 2020 11:00 AM

January 17, 2020

David Larlet

Datagouv

Récit d’une expérimentation lors d’un accompagnement.

Contexte

Nous avions tous les deux — avec Vincent — travaillé sur le site data.gouv.fr qui est la plateforme des données ouvertes françaises pendant quelques années par le passé. Cette collaboration m’avait fait réfléchir au minimalisme et à la simplicité en raison des diverses frustrations plus ou moins techniques que je pouvais avoir sur le produit.

Fin 2019, Vincent m’indique que nous pourrions avoir l’opportunité d’expérimenter des choses de manière relativement frugale, itérative et prenant en compte les besoins des utilisateur·ice·s. Je n’ai pas été bien long à accepter sachant que ça trotte dans un bout de mon cerveau depuis un long moment.

Approche

Nous avons commencé par analyser l’existant, il y avait les précédentes interviews réalisées par Thomas, une équipe d’éditorialisation en interne qui fait état des sorties mensuelles que nous avons interviewée, l’API avec laquelle nous avons commencé à jouer et les statistiques que j’ai toujours du mal à appréhender.

Note : Il peut paraître étonnant de commencer par se soucier des données avant de réinterviewer les utilisateur·ice·s, dans ce cas cela nous a semblé pertinent car nous ne savions pas ce que nous allions être en mesure de pouvoir leur proposer.

À partir de ces différentes sources, on a commencé un prototype sous la forme d’une page statique à ce jour. Le code est bien sûr ouvert si vous voulez aller voir de quoi il retourne. Cette page constitue une base de discussion pour interviewer des utilisateur·ice·s et identifier leurs frustrations actuelles.

L’objectif n’est pas de faire un produit qui nous convienne ou qui soit dirigé par l’équipe d’Etalab mais de proposer une interface qui soit motivée par les besoins des personnes utilisant le site régulièrement.

Et pour cela, il faut déjà les trouver !

Métaphore

Je suis dans la forêt. Je cherche une plante comestible. J’observe et j’espère en trouver une qui me soit suffisamment familière. Par chance, j’ai emporté avec moi un ouvrage permettant d’identifier les plantes. Cinq cent pages de descriptions dans un jargon d’experts qui n’est pas le mien. Je me risque à utiliser l’index, mais celui-ci est agencé d’une manière qui n’est techniquement compréhensible que pour un latiniste. Pas pour le promeneur que je suis. Je me couche le ventre creux.

Si cette situation vous évoque une frustration que vous avez pu avoir en consultant le site data.gouv.fr, manifestez-vous ! Nous sommes en train de travailler sur un outil qui présélectionne quelques plantes comestibles et vous permettra de nourrir vos scripts, de cuisiner vos bases de données et de partager vos recettes autour d’un feu de camp.

Mais pour cela nous avons besoin d’interviewer des personnes qui aiment se promener dans les données ouvertes. Vous ?

Contactez-moi directement.

Interviews

Nous avons échangé avec deux personnes pour le moment. C’est peu mais cela nous a déjà permis de favoriser certaines pistes au détriment d’autres. L’intérêt d’itérer au cours des interviews est de pouvoir réajuster en direct pour pouvoir essayer une nouvelle approche d’un entretien sur les suivants. Même avec un très faible panel, certaines choses qui peuvent sembler acquises ou évidentes ressortent rapidement comme étant des points de friction plus ou moins bloquants.

À ce stade, nous aimerions avoir des retours de personnes qui ne sont pas forcément expertes de la donnée mais qui ont déjà eues à effectuer quelques recherches sur le site data.gouv.fr. Si vous avez été dans cette situation par le passé ou si vous êtes en train de chercher des choses, votre avis nous intéresse pour tenter d’améliorer cette plateforme et que cela profite à toutes et tous.

Pivot

Après cinq interviews, on décide de prendre un peu de recul sur les retours que l’on a pu écouter et discuter. Il s’avère que le problème se situe potentiellement en amont même de la recherche dans la façon de découvrir les données. Nous décidons d’explorer un nouvel angle qui consisterait à proposer des choix pertinents par défaut.

Pour cela nous allons nous concentrer sur le moment où l’utilisateur·ice initie une recherche en cliquant dans le champ dédié. Avant même de proposer des suggestions relatives aux termes saisis, il pourrait être pertinent de proposer une autre forme d’exploration des données.

Drapeau

Le 22 avril, après quelques itérations internes, le code est déployé en production mais restreint à une partie des utilisateur·ice·s via un feature flag. Il faut connaître l’URL, à savoir https://www.data.gouv.fr/fr/?flag=recherche pour avoir accès à une nouvelle interface lorsqu’on s’apprête à effectuer une recherche. Les outils sont en place pour pouvoir mesurer les différences de comportements lorsqu’on active ou désactive ce petit drapeau.

Voilà ce que ça donne lorsqu’on focus sur l’input de recherche :

Capture d’écran de la page d’accueil de data.gouv.fr avec les cartes par défaut. Les 6 jeux de données les plus populaires sont affichés par défaut.

Et voilà ce qui apparait dynamiquement lorsqu’on renseigne le champ avec un mot-clé particulèrement populaire sans qu’aucune requête ne soit faite vers le serveur (une centaine de cartes est pré-chargée par défaut) :

Capture d’écran de la page d’accueil de data.gouv.fr avec une recherche en cours. Cette fois avec les résultats sur le mot-clé covid.

Il y a des faux positifs car la recherche est assez fuzzy mais dans l’ensemble ça remonte ce qui est pertinent et sur d’autres mots-clés moins normalisés c’est davantage pertinent.


Bientôt les résultats :-).

January 17, 2020 11:00 AM

January 15, 2020

David Larlet

Futurs

Quelques liens et réflexions liés à un arbre des possibles.

Topia

It’s true that we’re not going to get utopia. The planet has already warmed by one degree Celsius. Most of the coral reefs are going to die, and many of the glaciers will melt. Climate change is here, leaving grubby human fingerprints on parched, burned, flooded and melted landscapes. But we don’t have to settle for dystopia. It’s going to be worse, but it doesn’t have to be bleak. We can have a “topia,” an ordinary future where we go about ordinary lives in cities on stilts, missing what we’ve lost but looking forward to better things. There is light in the future that doesn’t come from burning.

Thinking about Climate on a Dark, Dismal Morning (cache)

Tout dépend de ce que l’on considère avoir perdu. Plus on est privilégié et plus cette topia sera difficile à vivre. Ce qui serait peut-être plus juste ?

Je lisais aussi un article sur le triptyque guerres-famines-épidémies qui nous pend au nez avec la raréfaction de l’énergie. Cela commencera probablement par toucher les plus pauvres.

Un peu moins juste.

Dépression

depression has a set of causes and a concrete context that transcend any diagnostic manual, as well as the neoliberal ideology of focusing on subjects, not structures; personal responsibilities, not collective ones; chemistry, not capital.

[…]

Maybe a good place to start, then, with regards to the politics of depression, is to collectivize suffering, externalize blame, communize care. At this point, the question of responsibility returns in all its force. The neoliberal responsibilization of the depressed subject must be rejected, and, also, replaced by an idea of collective responsibility.

A Future with No Future: Depression, the Left, and the Politics of Mental Health (cache)

Ne pas pouvoir extraire le politique de la rémission. Un esprit sain dans un corps sain et dans une société saine. Repenser à la citation de Krishnamurti :

Ce n’est pas un signe de bonne santé que d’être bien adapté à une société profondément malade.

Rich will win

Most of the time, when a system is truly open, it’s open to being taken over by the powerful and the rich. The rest of us will never have the resources to protect the commons so any time the playing field is even, the rich will win.

Thinking about the past, present, and future of web development (cache)

Cela alimente ma réflexion sur les communs et l’open-source. J’associe souvent les communs à une licence MIT (c’est peut-être une fausse idée), est-ce qu’il serait préférable de les envisager sous une licence proche de la Peer Production License (cache) ?

Et de relire le travail de Maïa sur la Licence Contributive Commons (cache) et ce que j’en disais à l’époque. Cette production mérite vraiment d’être mise en avant, je me demande si elle a été testée depuis ? Sachant que j’ai toujours des questionnements sur la réciprocité et la dissolution.

Maximalist assemblage

Similarly, we might be able to hold the iPhone in our hands, but we should also be aware that the network of its consequences is vast: server farms absorbing massive amounts of electricity, Chinese factories where workers die by suicide, devastated mud pit mines that produce tin. It is easy to feel like a minimalist when you can order food, summon a car or rent a room using a single brick of steel and silicon. But in reality, it is the opposite. We are taking advantage of a maximalist assemblage. Just because something looks simple does not mean it is; the aesthetics of simplicity cloak artifice, or even unsustainable excess.

The empty promises of Marie Kondo and the craze for minimalism (cache)

Cela résonne fort avec À côté de nous le déluge où il est question d’externalisation du travail et de pillage des ressources. Facile d’avoir bonne conscience avec une écologie de privilégié·e lorsqu’on réduit en esclavage une bonne partie de la planète.

Improbablocène

Anthropocène, Occidentalocène, Capitalocène, d’un point de vue biologique j’ai l’impression qu’il serait plus adapté d’appeler cette période l’Improbablocène. Le fait qu’une espèce — qui plus est dominante — soit responsable de sa propre extinction me semble être assez peu courant, même à l’échelle des temps géologiques.

Stupidité, arrogance, inconscience ? Un peu des trois semble-t-il. Il y a un moment où le plus improbable serait que l’on arrive quand même à survivre.

Vous pouvez revoir les films de science-fiction autour de l’arrivée d’aliens qui colonisent et épuisent les ressources de notre planète. Heureusement que nos technologies spatiales sont si peu avancées…

Vieillir

C’est peut-être ça, vieillir : passer de l’envie que le monde change à l’angoisse que ça arrive ?

L’humain du futur (cache)

La petite phrase qui fait mal.

January 15, 2020 11:00 AM

January 10, 2020

David Larlet

Travail

Quelques bribes décousues d’un travail qui l’est tout autant. C’est probablement ce qui fait son intérêt.

Souvenance

En ce moment, on tente de se rappeler collectivement de ce qui a fait Zam. À la fois pour essayer de comprendre ce qui a pu nous permettre de faire équipe, mais aussi pour être en capacité de raconter notre chemin. En décrivant ce qu’il y avait dans nos sacs respectifs, les passages difficilement franchissables, les coups de bol de météo, etc. Baliser un sentier afin que d’autres puissent y initier leur propre aventure. Et ouvrir une autre voie.

Métaphore

Je suis dans la forêt. Je cherche une plante comestible. J’observe et j’espère en trouver une qui me soit suffisamment familière. Par chance, j’ai emporté avec moi un ouvrage permettant d’identifier les plantes. Cinq cent pages de descriptions dans un jargon d’experts qui n’est pas le mien. Je me risque à utiliser l’index, mais celui-ci est agencé d’une manière qui n’est techniquement compréhensible que pour un latiniste. Pas pour le promeneur que je suis. Je me couche le ventre creux.

Si cette situation vous évoque une frustration que vous avez pu avoir en consultant le site data.gouv.fr, manifestez-vous ! Nous sommes en train de travailler sur un outil qui présélectionne quelques plantes comestibles et vous permettra de nourrir vos scripts, de cuisiner vos bases de données et de partager vos recettes autour d’un feu de camp.

Mais pour cela nous avons besoin d’interviewer des personnes qui aiment se promener dans les données ouvertes. Vous ?

Contactez-moi directement.

Décompte

Le petit bout de code JavaScript que j’utilise pour compter le nombre de jours travaillés/facturables à partir de mon journal :

;(function displayTotalNumberOfBillableDays() {
    const details = document.querySelectorAll('details')
    Array.from(details).forEach(details => {
        const summary = details.querySelector('summary')
        const articles = details.querySelectorAll('article[data-days]')
        const daysCount = Array.from(articles)
            .map(item => parseFloat(item.getAttribute('data-days')))
            .reduce((a, b) => a + b, 0)
            .toString()
            .replace('.', ',')
        summary.innerHTML = `${summary.innerHTML} (${daysCount} jours)`
    })
})()

Cela présuppose une structure du HTML qui ressemble à :

<details>
    <summary>Janvier 2020</summary>
    <article data-days="1">
        <p>Cher journal,</p>
    </article>
</details>

Demi-vie

Scopyleft a eu sept ans (cache). Je nous revois à Clapiers en train de nous attaquer à cette face nord. Pas de premier de cordée, pas vraiment de corde en fait. La motivation de créer des liens tout de même. De donner du sens à notre force de travail. Avec l’intention initiale de transformer la coopérative en collaborative.

Remettre en questions beaucoup de choses sans pour autant trouver de réponses universelles. Se planter, continuer à germer, sans se presser. Partager des choses, inspirer parfois, épauler quand on peut. Une autre façon d’envisager son activité, de manière plus apaisée d’un côté, avec des tiraillements plus profonds de l’autre.

J’ai passé plus de temps au sein de scopyleft que dans l’ensemble des structures professionnelles par lesquelles je suis précédemment passé. Un quotidien de privilégié qui semble me convenir. En tout cas, cela m’a permis d’en prendre conscience. Merci les scopains.

Environnement

Environnement de travail, 2019-12-31 Mon open-space actuel.

January 10, 2020 11:00 AM

January 06, 2020

David Larlet

Écriture

De l’importance d’écrire au quotidien. Pour pratiquer, pour soi, pour les autres.

Page blanche

Il y a un plaisir certain à repartir d’une page blanche. Je remarque que j’ai souvent envie d’une nouvelle façon d’agencer mes idées sur cet espace en début d’année. Probablement forcé par le besoin car il faut de toute façon adapter l’outil de l’année précédente. Parfois, cela se solde aussi par un nouveau « design » lorsque j’atteins mon propre point de rupture (cache).

Ce qui me fait penser qu’il faudra que je parle de saisonnalité à un moment.

J’avais commencé à me rapprocher d’un rendu proche de CommonMark sur mon profil pro et je m’y suis finalement attaché au point de vouloir le décliner ici. J’apprécie ce côté relativement minimaliste qui se rapproche de l’expérience d’écriture que j’ai. Un grand merci à Florens pour remarkdown dont la documentation est remarkable :-).

Writing > *

Writing solidifies, chat dissolves. Substantial decisions start and end with an exchange of complete thoughts, not one-line-at-a-time jousts. If it's important, critical, or fundamental, write it up, don't chat it down.

[…]

Five people in a room for an hour isn't a one hour meeting, it's a five hour meeting. Be mindful of the tradeoffs.

Guide to Internal Communication, the Basecamp Way (cache)

De l’importance de l’écriture dans une organisation. Une culture asynchrone et distribuée ne peut pas passer par l’oralité uniquement. Les personnes localisées au même endroit ont du mal à se rendre compte de ce problème. À part peut-être lors du départ d’un·e collègue, ce qui est déjà trop tard.

Speaking only helps who’s in the room, writing helps everyone. This includes people who's couldn't make it, or future employees who join years from now.

Ibid.

J’accorde de plus en plus d’importance aux traces écrites qui accompagnent la vie d’un produit. Peut-être depuis que j’ai pris conscience du fait que Je produis du jetable qui peut accidentellement durer longtemps.

Ce qu’il en reste : l’expérience vécue et l’histoire que l’on a pu écrire ensemble le long du chemin. On en revient à l’importance d’un journal pour consigner ces épisodes de vie.

RSS readers

I think it would be reasonable to guess that the number of people who use an RSS reader is probably greater than a million, and could be several million people.

Estimating NetNewsWire for iOS Demand (cache)

En tant que personne produisant un flux RSS, cela me réjouis. En tant que personne motivée par un Web acentré, cela me réjouis. En tant que lecteur, cela me réjouis.

Si vous produisez du contenu sur une plateforme ne produisant pas de RSS, cela m’attriste. Peut-être est-ce même la définition d’une plateforme…

Meditation

Meditation teaches humility and patience, because you must constantly confront that most disappointing person: yourself.

[…]

Of those who practice meditation, some give up, because trying to still the mind is futile and absurd. Others continue meditating, because trying to still the mind is futile and absurd, but they have a taste for absurdity.

Sparrow’s Guide To Meditation (cache)

Ce guide me donne envie de tenter la méditation. Ou l’écriture caustique. Les deux vont peut-être de pair ?

La méditation serait probablement pour moi une anti-écriture, un moment où je n’essaye plus de recoller les morceaux. Il me semble que c’est un état auquel j’arrive lorsque je suis dans un flow sportif. Épuiser le corps pour apaiser l’esprit.

Impermanence

Si nous n’acceptons pas le fait que tout change, nous ne pouvons trouver la parfaite sérénité. C’est la vérité, mais nous avons malheureusement du mal à l’accepter. Comme nous ne pouvons accepter la vérité de l’impermanence, nous souffrons. La cause de la souffrance est donc notre refus d’accepter la vérité.

[…]

C’est l’enseignement fondamental du bouddhisme. Le plaisir n’est pas différent de la difficulté. Le bon n’est pas différent du mauvais. Mauvais est bon ; bon est mauvais. Ce sont les deux côtés d’une même pièce. L’illumination devrait donc être dans la pratique. C’est cela, bien comprendre la pratique, et bien comprendre notre vie. Trouver le plaisir au milieu de la souffrance est donc la seule manière d’accepter la vérité et l’impermanence. Si vous ne comprenez pas comment accepter cette vérité, nous ne pouvez vivre dans ce monde.

Esprit Zen, esprit neuf, Shunryu Suzuki

Il est beaucoup question de pratique dans ce livre sur le bouddhisme. Et de son lien étroit avec la posture et la respiration qui sont les deux axes d’amélioration dans ma pratique sportive. J’ai parfois l’impression de faire zazen en mouvement, je ne sais pas si cela est possible et/ou si je n’ai rien compris en fait.

January 06, 2020 11:00 AM

January 03, 2020

David Larlet

Briques

Expérience d’agrégation de poussières d’idées.

2020-01-01

Je réfléchis à une nouvelle façon de publier des données. Horodatée, transverse, enrichissable. C’est peut-être ce qui me frustre le plus dans le système actuel : ne pas faire le travail de recoupement, de synthèse a posteriori. Et en même temps c’est dans le chemin tortueux des pensées que réside peut-être la valeur ? (au moins pour moi)

Je reviens à mes considérations de notifications de mise à jour. Qui rejoignent des réflexions sur l’agrégation adéquate de ces publications pour leur donner une consistance. Peut-être qu’elles pourraient apparaitre dans un flux avant même d’avoir une URI ?

Je ne sauve pas encore ce fichier, ce serait déjà choisir une orientation. Je ne suis pas pressé.

Fragments

J’imagine des publications sous forme d’agrégation de blocs ou fragments. Cela me permettrait d’écrire en continu et de ne publier qu’aux moments opportuns. Peut-être que je joue trop aux Lego ces temps-ci.

Je regarde du côté de mistune, j’aime bien leurs directives permettant l’inclusion et le fait que ça soit extensible. La documentation est faible et je sens que je pourrais participer à un moment, et puis il me suffit de lire le code :-).

iAWriter (mon éditeur actuel) propose aussi les Content Blocks qui permettent d’insérer des ressources externes dans du markdown. Est-ce que combiner les deux serait souhaitable ? Je ne voudrais surtout pas introduire une dépendance à l’éditeur qui doit rester un outil annexe dans mon flux.

Ancres

J’aimerais que chacun des blocs puisse être identifié par une ancre, je vais commencer à jouer avec du code pour voir si c’est possible en étendant mistune.

Est-ce que je veux que mes fragments soient horodatés finalement ? La difficulté s’ils deviennent nombreux va être de les retrouver. Pas sûr qu’une date soit une aide dans ce contexte. Peut-être m’afficher une liste des blocs qui n’ont jamais été intégrés à une publication ?

Illusion

Parce que vous vous perdez, votre problème en sera un pour vous. Si vous ne vous perdez pas, même si vous avez des difficultés, il n’existe en fait aucun problème. Vous êtes simplement assis en zazen au milieu de votre problème ; quand vous faites partie du problème, ou quand le problème fait partie de vous, il n’existe pas de problème, parce que vous êtes le problème même. Le problème est vous. S’il en est ainsi, il n’existe pas de problème.

Quand votre vie fait constamment partie de ce qui vous entoure — en d’autres termes, quand vous êtes rappelé à vous-même au moment présent —, il n’existe alors pas de problème. Quand vous commencez à errer dans quelque illusion, ceci est quelque chose de séparé de vous-même, ce qui vous entoure alors n’est plus réel, et votre esprit n’est plus réel. Si vous-même êtes dans l’illusion, ce qui vous entoure est aussi une confuse et brumeuse illusion. Une fois que vous êtes immergé dans l’illusion, l’illusion est sans fin. Vous serez pris dans une suite ininterrompue d’idées tissées d’illusion.

La plupart des gens vivent dans l’illusion, pris dans leur problème, essayant de résoudre leur problème. Mais le simple fait de vivre est vivre dans des problèmes. Et résoudre le problème, c’est en faire partie, faire un avec lui.

Esprit Zen, esprit neuf, Shunryu Suzuki

January 03, 2020 11:00 AM

Briques

Expérience d’agrégation de poussières d’idées.

2020-01-01

Je réfléchis à une nouvelle façon de publier des données. Horodatée, transverse, enrichissable. C’est peut-être ce qui me frustre le plus dans le système actuel : ne pas faire le travail de recoupement, de synthèse a posteriori. Et en même temps c’est dans le chemin tortueux des pensées que réside peut-être la valeur ? (au moins pour moi)

Je reviens à mes considérations de notifications de mise à jour. Qui rejoignent des réflexions sur l’agrégation adéquate de ces publications pour leur donner une consistance. Peut-être qu’elles pourraient apparaitre dans un flux avant même d’avoir une URI ?

Je ne sauve pas encore ce fichier, ce serait déjà choisir une orientation. Je ne suis pas pressé.

Fragments

J’imagine des publications sous forme d’agrégation de blocs ou fragments. Cela me permettrait d’écrire en continu et de ne publier qu’aux moments opportuns. Peut-être que je joue trop aux Lego ces temps-ci.

Je regarde du côté de mistune, j’aime bien leurs directives permettant l’inclusion et le fait que ça soit extensible. La documentation est faible et je sens que je pourrais participer à un moment, et puis il me suffit de lire le code :-).

iAWriter (mon éditeur actuel) propose aussi les Content Blocks qui permettent d’insérer des ressources externes dans du markdown. Est-ce que combiner les deux serait souhaitable ? Je ne voudrais surtout pas introduire une dépendance à l’éditeur qui doit rester un outil annexe dans mon flux.

Ancres

J’aimerais que chacun des blocs puisse être identifié par une ancre, je vais commencer à jouer avec du code pour voir si c’est possible en étendant mistune.

Est-ce que je veux que mes fragments soient horodatés finalement ? La difficulté s’ils deviennent nombreux va être de les retrouver. Pas sûr qu’une date soit une aide dans ce contexte. Peut-être m’afficher une liste des blocs qui n’ont jamais été intégrés à une publication ?

Illusion

Parce que vous vous perdez, votre problème en sera un pour vous. Si vous ne vous perdez pas, même si vous avez des difficultés, il n’existe en fait aucun problème. Vous êtes simplement assis en zazen au milieu de votre problème ; quand vous faites partie du problème, ou quand le problème fait partie de vous, il n’existe pas de problème, parce que vous êtes le problème même. Le problème est vous. S’il en est ainsi, il n’existe pas de problème.

Quand votre vie fait constamment partie de ce qui vous entoure — en d’autres termes, quand vous êtes rappelé à vous-même au moment présent —, il n’existe alors pas de problème. Quand vous commencez à errer dans quelque illusion, ceci est quelque chose de séparé de vous-même, ce qui vous entoure alors n’est plus réel, et votre esprit n’est plus réel. Si vous-même êtes dans l’illusion, ce qui vous entoure est aussi une confuse et brumeuse illusion. Une fois que vous êtes immergé dans l’illusion, l’illusion est sans fin. Vous serez pris dans une suite ininterrompue d’idées tissées d’illusion.

La plupart des gens vivent dans l’illusion, pris dans leur problème, essayant de résoudre leur problème. Mais le simple fait de vivre est vivre dans des problèmes. Et résoudre le problème, c’est en faire partie, faire un avec lui.

Esprit Zen, esprit neuf, Shunryu Suzuki

Arborescence

Après réflexion, je ne vais plus distinguer stream et blog, notamment dans l’URL. La distinction se fera dorénavant en fonction de l’année.

La source du présent article est une suite d’inclusions que vous pouvez retrouver ici.

Pieces of content

When I’ve used static site generators in the past ten years, there were a few pain points like lacking documentation and strange and incompatible conventions. But the nail in the coffin was always that it’s either impossible or way too hard to build a single page from several pieces of content.

About static site generators (cache)

Je découvre cet article après avoir appliqué le style de Florens ici même. C’est « marrant » de lire qu’une partie de sa frustration ressemble à celle que j’ai éprouvée en construisant l’outil de cette année.

Beaucoup de bonnes choses dans ces réflexions. Merci.

January 03, 2020 11:00 AM

December 31, 2019

David Larlet

☕︎ Merci

Combien de mots cette année, combien de liens ? Assez pour me sentir bien (mieux).

Merci d’avoir été là pour une année qui a été compliquée de mon côté. Conserver cet espace comme exutoire à mon mal-être m’a été il me semble bénéfique. Mais comment cela pourrait-il être votre cas ?

Merci d’avoir passé du temps à lire mes productions, d’avoir suivi une forme d’éditorialisation différente. Subjective mais au moins vous savez quel est l’individu derrière cet algorithme.

Merci à celles et ceux qui m’inspirent par leurs propres analyses, partages et révoltes. J’apprécie de voir qu’il n’y a pas un unique chemin pour tisser sa toile. J’espère que cela sera encore le cas longtemps.

Merci aux individus et collectifs qui me semblent être dans un archipel proche (cache) et qui alimentent mes réflexions sur le travail et la collaboration.

Merci aux personnes qui ont pris le temps de démarrer un échange au cours de cette année. N’étant plus sur les réseaux sociaux, c’est vraiment appréciable d’avoir des (allers-)retours qui gagnent en consistance.

Merci à tou·te·s les inconnu·e·s qui passent sur la pointe des pieds et dont je n’ai pas conscience. Cela me soulage d’un poids certain.

Merci à celle et celui qui me supportent au quotidien.

Nous pensons souvent que ce que nous avons fait est bien, mais en fait cela peut ne pas l’être. En vieillissant, nous sommes souvent très fiers de ce que nous avons fait. Ceux qui écoutent quelqu’un raconter avec fierté ce qu’il a fait ressentent une impression bizarre, sachant que ce souvenir est partial. On sait que ce qu’il dit n’est pas exactement ce qu’il a fait. De plus, s’il est fier de ce qu’il a fait, cette fierté lui créera un problème. À force d’évoquer ainsi ses souvenirs, il déformera de plus en plus sa personnalité et finira par devenir quelqu’un d’assez désagréable et obstiné.

C’est un exemple de ce que notre pensée peut laisser comme trace. Il ne faut pas oublier ce que nous avons fait, mais ce devrait être sans trace superflue. Ce n’est pas pareil de laisser une trace ou de se rappeler quelque chose. Il est nécessaire de nous rappeler ce que nous avons fait, mais nous ne devrions pas nous y attacher d’une manière particulière. Ce que nous appelons « attachement » est simplement cette trace de notre pensée et de notre activité.

Afin de ne laisser aucune trace, quand vous agissez, vous devriez le faire de tout votre corps et de tout votre esprit, vous concentrer sur ce que vous faites. Vous devriez le faire à fond, comme un bon feu de joie. Vous ne devriez pas être un feu qui fume. Vous devriez vous consumer totalement. Si vous ne vous consumez pas totalement, une trace de vous-même restera dans votre activité. Il vous restera quelque chose de non totalement consumée. L’activité zen est l’activité totalement consumée, sans autre reste que des cendres.

Esprit Zen, esprit neuf, Shunryu Suzuki

December 31, 2019 11:00 AM

December 27, 2019

David Larlet

☕︎ Intemporels

Une liste d’articles qui ne prennent pas trop de rides. J’aime beaucoup ce qu’a fait Anselm Hannemann alors voici un espace que je vais mettre à jour au gré de mes lectures. Ça me permettra aussi de lier des références mises en cache dans le futur. L’ordre n’est pas significatif.

Bonne lecture !


⚓︎

User experience design has led us to use a certain vocabulary: Instead of seeing human beings with goals and attitudes, we see users. We use words like subscribers, subs, visitors, spenders, whales or even just “traffic” or “installs” to refer to them. We assign a role to them. UX design dehumanizes people.

Humans, not Users (cache)


⚓︎

In UX, empathy enables us to understand not only our users’ immediate frustrations, but also their hopes, fears, abilities, limitations, reasoning, and goals. It allows us to dig deep into our understanding of the user and create solutions that will not only solve a need, but effectively improve our users’ lives by removing unnecessary pain or friction. Instead of just designing an accessible website, practicing empathy is using a screen reader, blindfolded, in order to complete a task on your own website.

Sympathy vs. Empathy in UX (cache)


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You want your customers to be talking to you. You want them sharing ideas and experiences with you. Instead of a no-reply, set it to your support email address. Make sure someone will see any replies that a customer sends. Sure, you’re going to get lots of auto-responders. That’s why your email app has filter and rules you can set up.

No Reply Addresses (cache)


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In everyday language, the word “ethics” is used as a synonym for morals. And in everyday discussions that is just fine. Morals sounds old fashioned, conservative, unscientific. We say “ethics” even though, strictly speaking, we mean morals. When it comes to discussing the “ethics” or the morality of our industry, we need to understand our basic moral beliefs.

“Ethics” and Ethics (cache)


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This is, by the way, the dirty secret of the machine learning movement: almost everything produced by ML could have been produced, more cheaply, using a very dumb heuristic you coded up by hand, because mostly the ML is trained by feeding it examples of what humans did while following a very dumb heuristic. There’s no magic here.

Forget privacy: you’re terrible at targeting anyway (cache)


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Les personnes chargées de créer des formulaires, des bases de données ou des ontologies ignorent souvent la façon dont les noms changent d’un pays à l’autre. Elles conçoivent leurs formulaires et leurs bases de données sans se rendre compte de l’effort demandé pour un utilisateur étranger. Cet article vous présentera d’abord les différents styles utilisés pour un nom de personne, puis détaillera quelques incidences possibles pour les gérer au mieux sur le Web.

Noms de personnes à travers le monde (cache)

Voir aussi (cache).


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Communities prior to the advent of coinage didn’t seek to settle their trades on the spot, at least not within those communities. They relied on much more egalitarian long-running concepts of reciprocity. Forms much closer to the communist slogans of “from each according to his ability, to each according to his needs” than the quid pro quo paradigm we all take for granted in today’s market-based societies.

Open source beyond the market (cache)


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Search is a deceptively complex field, where competence is hard-won through training, practice, and experience. The list stands at a total of 105 falsehoods. I couldn’t mash up the ole 99-problems meme with this to cull 6 unworthy items, because they are all worthy.

Falsehoods Programmers Believe About Search (cache)


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There really is very little reason to leave your static assets on anyone else’s infrastructure. The perceived benefits are often a myth, and even if they weren’t, the trade-offs simply aren’t worth it. Loading assets from multiple origins is demonstrably slower. Take ten minutes over the next few days to audit your projects, and fetch any off-site static assets under your own control.

Self-Host Your Static Assets (cache)


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The Projector Test is my favorite “gut check” manual UI test, and I encourage you to use it early, often, and especially when ironing out final visual specs. It doesn’t substitute for testing out a functional version of your site in a variety of environments — browsers, form factors, screen resolutions, operating systems, screen orientations, screen readers, etc. — but it’s a good place to start. Embrace your conference room’s projector and challenge yourself to make your designs look stellar on even the fuzziest, most washed-out of screens.

Projectors don’t lie. (cache)


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You know what’s better than perceived performance? Actual performance. Avoid techniques that merely provide a mirage of speed.

Instead, declutter and optimise the foundations of your design system which will result in less weight, less complexity, less distraction, less hassle and ultimately, less bull shit.

Designing for actual performance (cache)


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Ultimately, in email, less is more.

This can be a tough pill for marketers to swallow (myself included) because we’re naturally driven to be creative. But data repeatedly shows plain-text email wins, so it’s up to us to decide whether or not we want to make the switch.

Plain Text vs. HTML Emails: Which Is Better? (cache)


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You want to avoid branching for this work if at all possible, based on previous painful experiences of merging long-lived branches in the past. Instead, you decide that the entire team will continue to work on trunk, but the developers working on the Spline Reticulation improvements will use a Feature Toggle to prevent their work from impacting the rest of the team or destabilizing the codebase.

Feature Toggles (aka Feature Flags) (cache)


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Always measure and store time in UTC. If you need to record where the time was taken, store that separately. Do not store the local time + timezone information!

“Eppur si muove!” – Dealing with Timezones in Python (cache)


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This script doesn’t actually do any of the steps of the procedure. That’s why it’s called a do-nothing script. It feeds the user a step at a time and waits for them to complete each step manually.

At first glance, it might not be obvious that this script provides value. Maybe it looks like all we’ve done is make the instructions harder to read. But the value of a do-nothing script is immense

Do-nothing scripting: the key to gradual automation (cache)


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When I started as a professional UX designer, I was shocked how many times my clients would hand me the initial wireframes (or the living, breathing, in-browser MVP) and there’d be completely obvious UX mistakes all over them. I’m not talking about things you need hours of research and A/B testing to discover. I’m talking, like, dead simple mistakes.

4 Rules for Intuitive UX (cache)


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So, if I was designing a new form, I’d want to know how to avoid the common issues. And to use my time to solve newer and perhaps more difficult problems.

Seriously, who wants to spend time solving something that’s already been solved?

Form design: from zero to hero all in one blog post (cache)


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Vous voulez que votre mot de passe résiste à un voisin malveillant prêt à mettre plus de 10 € sur la table ? Prévoyez au moins 10 carac­tères.

Et là, seconde magie : Si vous mettez 10 carac­tères on se moque de savoir si vous y avez mis des chiffres ou symboles. La longueur a bien plus d’im­por­tance que l’éven­tail de carac­tères utilisé.

Développeurs, vous devriez avoir honte (cache)


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Say you’re trying to test whether people like pizza. If you serve them burnt pizza, you’re not getting feedback on whether they like pizza. You only know that they don’t like burnt pizza. Similarly, when you’re only relying on the MVP, the fastest and cheapest functional prototype, you risk not actually testing your product, but rather a poor or flawed version of it.

Don’t Serve Burnt Pizza (And Other Lessons in Building Minimum Lovable Products) (cache)


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In 2018 $273bn was spent on digital ads globally. We delve into the world of clicks, banners and keywords to find out if any of it is real. What do we really know about the effectiveness of digital advertising?

The new dot com bubble is here: it’s called online advertising (cache)


Est-ce qu’il y aurait des publications de cet espace que vous mettriez dans une telle liste ? Je fais ma propre liste en pied de page et je serais curieux de savoir si elle diffère de la vôtre :-).

December 27, 2019 11:00 AM

December 24, 2019

David Larlet

☕︎ Outils

Pas mal de trucs perso cette semaine, c’est pas pire d’avoir du temps hors boulot aussi. Ça me laisse le temps de coder un peu. Oh wait.

Et la première chose c’est d’avoir enfin rendu publiques les lignes de code qui construisent ce site. Et en fait ça n’est pas tant de l’acte de publication mais celui de l’avoir recodé en Python 3 et avec des outils que j’affectionne. Et aussi découpé car je ne souhaitais pas que tout devienne accessible. Et aussi migrer des journaux privés. Et aussi revoir le déploiement pour recoller tous les morceaux.

Bref, c’était en chantier depuis un moment et ça fait du bien quand ça sort !


I frequently wonder if the people who love Lisp or Smalltalk fall into that same broad category: that they don’t “love Lisp” so much as they love their Lisp, the Howl’s Moving Memory Palaces they’ve built for themselves, tailored to the precise cut of their own idiosyncracies. That if you really dig in and ask them you’ll find that other people’s Lisp, obviously, sucks.

Poor Craft (cache)

Merci Karl pour ce petit lien qui pique au niveau du tempo :-). Je plaide à moitié coupable, je trouve qu’une certaine émulation est saine et on a tous des motivations différentes qui aboutissent à des outils différents. Et en même temps je vois le gaspillage, l’égoïsme et le manque d’accessibilité technique de ces outils.

Lorsque je mange mes céréales avec une cuillère que j’ai sculptée, elles ont un autre goût.


So my proposal is seven unconventional guidelines in how we handle websites designed to be informative, to make them easy to maintain and preserve. The guiding intention is that the maintainer will try to keep the website up for at least 10 years, maybe even 20 or 30 years. These are not controversial views necessarily, but are aspirations that are not mainstream—a manifesto for a long-lasting website.

A Manifesto for Preserving Content on the Web (cache)

Après 15 ans à essayer de conserver mes publications dans le temps, je ne peux qu’acquiescer. Réduire les dépendances au maximum et comprendre chaque étape de la chaîne depuis vos doigts jusqu’à la publication du HTML.

Je me demande encore si je vais pousser ces sources sur Microsoft Github™ le temps qu’elles aillent se les geler en Arctique.

Pari facile : que le lien ci-dessus soit un jour une 404. #ironie


Here I aim to show how these different disciplinary approaches converge across four scales of maintenance. In “Rust,” we’ll look at the repair of large urban infrastructures, from transportation systems to social networks. In “Dust,” we consider architectural maintenance alongside housework and other forms of caretaking in the domestic and interior realms. In “Cracks,” we study the repair of objects, from television sets to subway signs to cell phones. Finally, in “Corruption,” we turn to the curators who clean and maintain data — a resource that fuels the operation of our digital objects, our networked architectures, and our intelligent cities.

[…]

Across the many scales and dimensions of this problem, we are never far from three enduring truths: (1) Maintainers require care; (2) caregiving requires maintenance; and (3) the distinctions between these practices are shaped by race, gender, class, and other political, economic, and cultural forces. Who gets to organize the maintenance of infrastructure, and who then executes the work? Who gets cared for at home, and who does that tending and mending? Agreements about what things deserve repair — and what “good repair” entails — are always contingent and contextual. If we wish to better support the critical work performed by the world’s maintainers, we must recognize that maintenance encompasses a world of standards, tools, practices, and wisdom. Sometimes it deploys machine learning; other times, a mop.

Maintenance and Care (cache)

J’ai ce lien depuis un moment dans mon navigateur et il me fournit des clés de lecture lorsqu’on parle de maintenance, à l’intersection entre les privilèges et la technique. Conserver ses privilèges c’est faire aspirer — de moins privilégiés — à une technique dont ils n’auront pas/plus la maîtrise. Se libérer de cette dépendance devient alors un obstacle infranchissable lorsqu’elle est associée à une certaine idée du confort.

Au passage, je trouve le terme de sustainer assez équivoque (PDF, 400Ko (cache)).

This world-wide crisis of world-wide institutions can lead to a new consciousness about the nature of tools and to majority action for their control. If tools are not controlled politically, they will be managed in a belated technocratic response to disaster. Freedom and dignity will continue to dissolve into an unprecedented enslavement of man to his tools.

Tools for Conviviality, Ivan Illich (1973)

Voir aussi : calmtech (cache).


Ainsi, celui qui occupe une position défavorable à l’intérieur de la structure inégalitaire s’efforcera d’échapper à celle-ci et d’en trouver une autre plus favorable en adoptant l’habitus d’un « gagnant ». À moins que la situation défavorable ne semble si inébranlable et si désespérée, que la position sociale des mieux lotis ne paraisse si inattaignable et si inaccessible, que s’installe un habitus fataliste et que l’action ne vise plus qu’à assurer le strict nécessaire à la survie.

Par ailleurs, la personne qui occupe dans la société une position plus avantageuse veille à maintenir son état relativement privilégié et s’efforce donc, par réflexe d’habitus, de se démarquer des moins bien nantis tout en jetant un coup d’œil vers le haut ou vers les endroits qui, selon la perception sociale généralement admise, promettent une vie (encore) meilleure ou même la meilleure qui soit.

Dans les zones privilégiées de la structure sociale, du point de vue tant objectif que subjectif, se développe alors chez les happy few un habitus de l’évidence ou bien de la supériorité, éventuellement aussi un habitus de l’exclusion et du mépris, lequel s’exprimera dans des comportements quotidiens à l’avenant, allant de l’attitude confiante et naturelle devant sa propre situation de privilégié jusqu’à l’ostentation arrogante et la justification aggressive.

À côté de nous le déluge, Stephan Lessenich

Il faudrait que je prenne le temps de lire Bourdieu un de ces jours quand même. Je disais la même chose il y a cinq ans. Parfois la spirale tourne en rond.

Tiens un des effets de bord des sources publiques, c’est qu’il devrait vous être plus facile de faire des recherches dedans. Ou peut-être que je suis le seul à en avoir besoin afin de réinternaliser un peu de mémoire des fois.

Autre externalité potentiellement positive, j’ai bien envie de jouer avec ma façon de publier des choses l’année prochaine.

Un autre rythme ? Un autre format d’exploration des contenus ?

December 24, 2019 11:00 AM

December 17, 2019

David Larlet

☕︎ Origines

Essayer de comprendre le passé pour envisager un meilleur avenir. Le défi de chaque être pensant. Pansant ? Passant.


Cette semaine, le truc cool c’est d’avoir participé à pyrates. Revenir à la base : des petits outils qui fonctionnent. Réduire les dépendances et essayer de comprendre ce qu’il se passe sous le capot.

Aussi, j’ai rencontré des gens biens.

Enfin, j’ai fait un peu d’archéologie dans mes sauvegardes, c’est toujours intéressant de voir ce que l’on a pu garder, ce qui a été à la source de notre travail actuel, ce qui nous fait aujourd’hui sourire.


La notion de « chaînon manquant » est apparue au XIXe siècle. Elle a été utilisée pour qualifier l’absence de fossiles susceptibles d’expliquer le passage d’une forme à l’autre, par exemple entre « le singe » et l’Homme. Le pithécanthrope d’Eugène Dubois, devenu Homo erectus, aurait pu faire office de chaînon manquant, comme son nom l’indiquait (singe-homme), mais il était trop différent de ce que les préhistoriens imaginaient à l’époque.

Aujourd’hui, cette notion est devenue totalement obsolète. D’une part, l’évolution n’est plus comparée à une chaîne dont les espèces seraient les maillons, mais plutôt à un arbre portant de multiples ramifications. D’autre part, si l’on ne considère qu’une seule lignée (un rameau isolé de ce buisson), on sait qu’il manquera toujours des chaînons, des étapes du processus de transformation d’une espèce en une autre. En effet, comme la fossilisation est un phénomène rare, les formes intermédiaires n’ont certainement pas toutes été conservées, surtout si l’évolution a été très rapide (à l’échelle des temps géologiques).

Sapiens à la plage, Jean-Baptiste de Panafieu

Je trouve fascinante cette notion de « buisson des australopithèques » pour reprendre les termes de l’auteur. On ne sait pas vraiment d’où on vient, ni pourquoi des cousins ont disparu. Est-ce qu’une espèce peut avoir conscience de sa propre extinction ? Est-ce que ces cousins ont été dans l’acceptation ou dans la lutte ?

On ne saura probablement jamais.


Whereas chimpanzees spend 5 hours a day chewing raw food, a single hour suffices for people eating cooked food. The advent of cooking enabled humans to eat more kinds of food, to devote less time to eating, and to make do with smaller teeth and shorter intestines. Some scholars believe there is a direct link between the advent of cooking, the shortening of the human intestinal track, and the growth of the human brain. Since long intestines and large brains are both massive energy consumers, it’s hard to have both. By shortening the intestines and decreasing their energy consumption, cooking inadvertently opened the way to the jumbo brains.

If Sapiens were a blog post (cache)

Est-ce qu’en passant à un régime hyper-contrôlé on arrive à laisser encore davantage d’énergie à notre cerveau ? Quid de manger le même repas chaque jour (cache) ?

Il reste tellement de choses à explorer. Je me demande comment est-ce que l’on peut avoir envie d’aller sur d’autres planètes alors qu’il y a un territoire inconnu en chacun de nous.

La clé de la coopération est peut-être dans notre assiette :

Pour les australopithèques confrontés au milieu ouvert, peut-être plus dangereux encore que la forêt, la vie en communauté offrait une garantie de plus grande sécurité. Un cerveau plus gros peut alors présenter un avantage, en permettant une coopération plus poussée entre les membres du groupe.

Mais la sécurité a un coût ! Ce cerveau surdéveloppé demande une nourriture plus riche, donc d’origine animale, qui est généralement plus digeste. Son assimilation demandera moins d’efforts à l’intestin qui consommera moins d’énergie, une économie dont le cerveau pourra tirer profit. Et si ce dernier est plus efficace, il sera capable de trouver plus de sources de nourriture ou de fabriquer les outils aidant à s’en procurer. C’est le cercle vertueux de l’encéphalisation ! Deuxième cercle vertueux : si un gros cerveau facilite les relations sociales, celles-ci vont en retour permettre une meilleure exploitation du milieu, par exemple par la mise en commun des nouvelles ressources.

Sapiens à la plage, Jean-Baptiste de Panafieu


Why didn’t humans abandon farming when the plan backfired? Partly because it took generations for the small changes to accumulate and transform society and, by then, nobody remembered that they had ever lived differently. And partly because population growth burned humanity’s boats. If the adoption of ploughing increased a village’s population from a hundred to 110, which ten people would have volunteered to starve so that the others could go back to the good old times? There was no going back. The trap snapped shut.

If Sapiens were a blog post (cache)

Nous sommes probablement encore aujourd’hui prisonniers de ce cycle, qui a pu s’accélérer avec les énergies non-renouvelables. Ce qui a permis son emballement va probablement permettre d’en sortir, dans la douleur, comme une seconde naissance ? Le recul des survivants sera-t-il suffisant pour ne pas retomber dans le même cercle non vertueux ?


Ce que les médias occidentaux appellent « Arabes », ce sont le plus souvent les anciens nomades, alors qu’« Africains » désigne les tribus sédentaires. La présence musulmane dans la région remonte au VIIIe siècle, c’est-à-dire aux premières décennies de l’expansion de l’islam. L’idée que le conflit du Darfour résulterait de l’intrusion exogène d’Arabes musulmans dans une région jusque-là intacte au plan ethnico-religieux est donc fausse.

Il n’est bien entendu pas question de soutenir que la dimension « ethnique » du conflit est une pure invention des médias. Au Darfour, les ethnies existent bel et bien, et ce pour une raison simple : elles ont été créées par les colons britanniques. Un sultanat existe au Darfour depuis le milieu du XVIIe siècle. Les Britanniques prennent possession de la région à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, la période coloniale au Soudan durant de 1916 à 1956. En arrivant, les Britanniques instaurent un système de droits de propriété du sol, qui attribue des portions de terre à certaines ethnies et non à d’autres. Ce système permet, d’une part, de contrôler la population locale — les tribus du Darfour s’étaient opposées à la conquête britannique avec détermination. Il permet d’autre part d’en tirer un profit économique, par l’entremise de l’impôt notamment. Une première cristallisation des « ethnies » se fait sur la base de la propriété foncière (une base de classe, donc), qui opposera désormais les nomades aux sédentaires, ceux qui se sont vu attribuer une terre et les autres, sous l’impulsion du colonialisme anglais. Le conflit actuel est une lointaine conséquence de ce système de propriété. De la part des impérialistes, cette façon de procéder est courante à l’époque. C’est que ce que Mahmood Mamdani appelle la stratégie de re-define and rule, « re-catégoriser et dominer ». L’opposition entre Hutus et Tutsis au Rwanda a une généalogie comparable.

La nature est un champ de bataille (cache), Razmig Keucheyan

Voilà une chose que l’on a oublié de m’enseigner en cours d’histoire. C’est fâcheux.


The state and the market approached people with an offer that could not be refused. ‘Become individuals,’ they said. ‘Marry whomever you desire, without asking permission from your parents. Take up whatever job suits you, even if community elders frown. Live wherever you wish, even if you cannot make it every week to the family dinner. You are no longer dependent on your family or your community. We, the state and the market, will take care of you instead. We will provide food, shelter, education, health, welfare and employment. We will provide pensions, insurance and protection.’

If Sapiens were a blog post (cache)

Je n’avais jamais envisagé ce changement de culture sous cet angle. Encourager l’individualité pour bénéficier de sa précarité. Voilà qui ne va pas améliorer ma misanthropie.


J’ai pris une résolution avant l’heure suite à deux réunions qui m’ont placé dans cette situation :

Lorsque j’estime être le plus privilégié dans un groupe, je me mets en mode écoute uniquement.

En conservant mon énergie pour transmettre ces retours d’expériences à mes semblables.

L’allié est un messager.

December 17, 2019 11:00 AM

December 12, 2019

Gautier Poupeau

Why I don’t use Semantic Web technologies anymore, even if they still influence me ?

Avant-propos : ce texte en anglais est celui de la keynote que j’ai eu le grand plaisir d’assurer le 12 décembre 2019 à l’invitation de Vincent Razanajao et Alberto Dalla Rosa lors de la conférence « Linked Pasts V » qui a eu lieu à Bordeaux (11-13 décembre 2019). Il a été traduit par Emmanuelle Bermès que je remercie encore énormément pour ce travail. Il reprend en grande partie des billets déjà publiés sur ce blog. Vous trouverez avant le texte en lui-même les slides qui accompagnaient mon intervention.

Introduction

I started to be interested in Semantic Web technologies in 2005. My first talk on this topic was in 2006 at the Digital Humanities conference in Paris. Then, I had the opportunity to test them life-size in 2007 for a project conducted by the CCH of King's College. But, it was during the SPAR project of the National Library of France, started in 2008, that I really started to touch the tremendous promise of these technologies and their limits, already. Between 2008 and 2014, I had the opportunity to deploy them in different contexts, in order to address different use cases: data publication, harvesting of data embedded within web pages, bridging internal silos and data consistency, data enrichment and mashups... I would like to share this experience with you today, with two objectives:

  • show in what contexts and how we can use Semantic Web technologies;
  • take a comprehensive look at these technologies and explain how they have impacted my thinking in the field of data management, even if I don’t use them anymore.

But first, I'd like to go back to the history of these technologies: after all history is a great way to put things into perspective ....

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A quick history of the Semantic Web

The initial purpose of the Web was to enable CERN researchers in Geneva and affiliated laboratories to grant quick and easy access to the elements contained in their computers, in order to exchange them with their peers. What did the researchers' machines contain?

  • First, documents: experiences protocols and reports, scientific papers, monographs... that is, a set of finite, organized and coherent information intended for humans
  • But also, data: tables and databases containing research results, that is, information in a standardized form aimed at being used by machines.
  • Therefore, the Web has been designed, from its origin, to allow the linking and exchange of documents and data in a global interoperability space.

The pioneers of the Web, led by Tim Berners-Lee, focused first on developing building blocks for the exchange and linking of documents. To do so, they relied on a mature set of technologies and principles:

  • A communication protocol, HTTP, based on the TCP / IP protocol, also known as the Internet;
  • An identification mechanism, the URLs, which makes it possible to access a document on a distributed network of machines;
  • A principle for linking documents, the hypertext, created at the end of the Second World War by Vanevar Bush and adapted to computer science by Ted Nelson in the mid-1960s;
  • A document encoding language, HTML, based on SGML, a standard for hierarchical description of information.

The success of the Web of documents is due to several factors:

  • Web standards are open and free: anybody can implement them without having to pay;
  • Web standards are robust: they do not contain any SPOF, Single Point Of Failure. The Web can be extended without limits, you just need a web server connected to the Internet. There is no centralized directory. Furthermore, linking to another page is not subject to any authorization or verification
  • Web standards are easy to implement: you can learn HTML in one or two hours. The hypertext is natural because it is based on the principle of the association of ideas, just like human thinking.

So, the development of standards for the web of documents and their appropriation by a large community were quite simple. However, the situation when it comes to data was much more complex. In the 90s, there wasn’t any technological consensus to implement in this field. In September 1994, at the 1st WWW conference, Tim Berners-Lee draws the future directions of the W3C and demonstrates the "need for semantics for the Web". Today, we no longer speak about semantic web but about knowledge graphs. In between, these technologies have been redefined several times while keeping their technological base.

We can identify 3 periods:

Semantic Web era : from 1994 to 2004, a first period was dedicated to the development of major Semantic Web standards like RDF and OWL.

Linked Data era : Then from 2006 to 2014, the effort focused on adoption, with a new initiative called Linking Open Data. SPARQL was developed and major industry players like Google, Bing and Yahoo entered the game by releasing the Schema.org vocabulary. Finally, Wikidata was opened to contributors and new versions of RDF, JSON and SPARQL were released.

Knowledge graph era: Today, we can consider that we are in a third period, the knowledge graph era. It started when Google announced the knowledge vault and is characterized by the emergence of new de facto standards for graphs, more fit to be used by the industry.

Three periods, three redefenitions of what the semantic web technologies are but same technologies, Isn’t it the indication of a problem with them?

Feedback

To illustrate my point, I would like to provide some feedback on some projects I’ve been involved in. I will focus on the reasons that led us to choose semantic Web technologies, the limits we faced and the lessons learnt.

The SPAR project / Flexibility and linking of heterogeneous data

The National Library of France’s project for a “Scalable Preservation and Archiving Repository” (SPAR) aims to ensure the long-term continuity of access to its digital collections. The system strictly follows the principles of the OAIS model (Open Archival Information System), including in its architecture. Indeed, each functional entity of the OAIS model is implemented as an application module: Ingest, Data Management, Storage, Access and Administration.

  • The Ingest module enables the control and enrichment of information packages and the transformation of submission information packages into archival information packages
  • The Data Management module provides storage, indexing and querying of all metadata: reference data and information packages
  • The storage module provides secure storage of all packages
  • The Access module retrieves information packages
  • Finally the Administration module is used to manage the system.

The "Data Management" module, in charge of storing and querying metadata, had to answer various problems:

  • all metadata needed to be searchable without any preconceived idea of how to query them;
  • the data was heterogeneous and included semi-structured data;
  • the metadata from the information packages was to be queried along with the reference data;
  • we needed a powerful query language, preferably a standard, accessible to non-IT staff like preservation experts;
  • the system had to be flexible and standard, independent of any software implementation in order to ensure evolutivity and reversibility in the long term.

At the time (that is, in 2008), it turned out that the RDF model and the SPARQL query language were the most appropriate answer to all these issues:

  • Relational databases seemed too rigid and software-dependent;
  • Search engines did not allow indexing in real time and were also problematic because they limited the query to a single entity and made fine querying of structured data difficult;
  • As for document databases, they were still in their infancy and even today, they do not offer the same query flexibility as SPARQL.

So we decided to implement the whole "Data Management" module with the RDF model and to expose a sparql endpoint as an API. To do this, we deployed the Virtuoso software, already in use since two years within Dbpedia.

As a result, this is how metadata is handled within SPAR. The submission information package is a zip archive that contains:

  • all files to be preserved;
  • an XML file using METS and Dublin Core to describe the list of files, their structure and the descriptive metadata.

The ingest module checks the package against reference data (agents, formats, etc.). At the end of the ingest process, the files are stored in the Storage module while the metadata is transformed into RDF to be indexed within the Data Management module.

The ontology used for this RDF transformation was created ad hoc based on existing models: Dublin Core, OAI-ORE and home-made ontologies.

The first problems appeared when we ran performance tests. The model proved to be as flexible as expected and the query language was expressive enough. But the system was lacking performance and scalability.

We had to adapt the architecture. So, we created multiple instances of Virtuoso, containing different metadata sets based on usage, including an instance with all the metadata. The result was much more complex than initially planned. We also worked on the volume of indexed metadata by excluding redundant information. Last but not least, it is worth noting that the instance containing all the metadata has a very limited number of users (roughly counted on the fingers of both hands).

Ten years later, the system is still in place. The BnF has gone from the open (and free) version of Virtuoso to the paid version to ensure scalability. As far as I know, they remains convinced of this choice. As for myself, I’ll remember this experience as a crazy bet (a few of us have spent restless nights asking ourselves if it was the right solution...). Fortunately, speed of response and number of users were not an issue on this project. I remain convinced that it would be difficult to build a production service with a large number of users and / or data, directly on a searchable RDF database with SPARQL.

The Isidore project / Data retrieval and exposure

Isidore is a project led by the research infrastructure Huma-Num, started in 2008. Since 2010, it provides an online platform for searching open access resources in humanities and social sciences. Today, almost 6 million resources from more than 6,400 data sources are aggregated.

The architecture of Isidore is composed of three parts:

  • Back office applications for managing data sources and repositories;
  • A data pipeline system responsible for retrieving data sources, controlling them, enriching them and indexing them in a search engine;
  • Two storage systems to request and publish the data: a search engine that publishes the data through a specific API and a triple store providing a SPARQL endpoint.

Semantic Web technologies are involved in several ways in this project:

Isidore harvests metadata and content in three different ways, one of which is RDFa. RDF statements are embedded in Web pages using RDFa, thus allowing to retrieve metadata from those web pages listed via the Sitemap protocol. At that time, we were convinced that the OAI-PMH protocol, often used to expose the data, presented major drawbacks:

  • it was impossible to express different granularity levels, because disparate entities were described at the same level;
  • the description was limited to simple Dublin Core;
  • the HTTP protocol was used correctly (the error mechanism does not use the appropriate error codes, mechanism of the hypermedia is unused...).

In our view, RDFa was a simple way to lead producers towards Semantic Web technologies and to go beyond the limits of OAI-PMH. With a supposedly limited investment, it provided a greater capacity for description using OAI-ORE, an RDF vocabulary created in 2008 to address the limitations of OAI-PMH, and Dublin Core terms.

In Isidore, the reference data used to carry out the enrichments is expressed in RDF, connected with links;

All metadata retrieved from data sources or obtained from Isidore's enrichment mechanisms are converted to RDF and stored in an RDF database. They are published according to Linked Data principles.

Inspired by the emerging initiatives around Open Data, we felt it was essential to make the data available in return. Several objectives were targeted:

  • as a public initiative, be transparent about the data used to build the search engine;
  • make available to producers (and, by extension, to everyone) the enrichments produced from their data (generation of a unique Handle identifier, classification of resources, automatic annotation with reference systems...) in a logic of counter-gift;
  • help SHS academics get acquainted with semantic Web technologies.

I am not in the best place to draw conclusions from these different initiatives. With the perspective of time but also of my current position, I have the impression that the challenge was half met. The choices were certainly good at the time. They served as an example to help us progress when it came to the reuse of exposed data, the use of semantic Web technologies and, more generally, the interoperability of research data.

However, actual reuse of these data remain scarce. Maybe this kind of data is not necessarily amenable to reuse, but furthermore, their exploitation requires a challenging learning curve. Researchers want simple, accessible things. During a study day organized in 2017 around the relationship between research and heritage institutions, Raphaëlle Lapotre, product manager of data.bnf.fr, confirmed:

"We mostly get in touch with the researchers when things go wrong with the data. And it often goes wrong for several reasons. But, indeed, there was the question of these standards giving the researchers a hard time [...] they tell us: but why don’t you just use csv rather than bother with your semantic web business? "

This is a general finding in the world of Open Data: the more complex the data, the less reused they are.

As for RDFa, this formalism proved to be much more complex than expected to handle. There was no initiative or vocabulary at the time to structure this data in a consistent manner. We advocated the Dublin Core terms because it seemed most appropriate for this type of data. Since then, Schema.org has come forth and gradually, RDFa has given way to Json-LD. Obviously, I would focus towards this couple today. Finally, it should be noted that, despite its shortcomings, the OAI-PMH protocol remains the main channel for Isidore to retrieve data... victory of simplicity over expressivity? Whatever, this is a lesson to remember while OAI-ORE celebrates its 10 years.

From mashups to Linked enterprise Data: breaking silos / linking and bringing consistency to heterogeneous data

In their founding paper published in 2001 in the journal Scientifc American, Tim Berners-Lee, Ora Lassila and James Hendler illustrate their proposal with a concrete example. A software agent searches various sources of available data on the web and combines them in real time to arrange a medical appointment. This use case is supposed to demonstrate the possibilities of data publication and how Semantic Web technologies can connect heterogeneous data to deduce information. Decentralization, interoperability and inference are ultimately the three main objectives of the Semantic Web.

Following the same principles, we could mix several sources of heterogeneous data exposed in RDF (or another way) to create new applications with real time updated data from different sources. That's the whole principle of data mashups.

However, from theory to practice, there is a gap.

In the different mashups that we have developed, like this one on historical monuments, the general principle and the place of Semantic Web technologies are the same. We used them in two different ways:

  • to recover the published data sources according to the principles of Linked Data or through a sparql endpoint;
  • to make the "glue" between heterogeneous data sources by building a graph itself stored in an RDF database and from which we built the XML files to index in the search engine.

The first obvious difference with the use case outlined in the 2001 paper is data retrieval. With the current state of the art and taking into account the problems of network resilience, building a fast and scalable application requires to recover the data asynchronously, process it and then store it in a local database. This requires putting in place heavy mechanisms to update the data that can not be done in real time, thus questioning the idea of decentralization.

In this kind of exercise, preparing a consistent dataset is complex in itself, regardless of whether or not Semantic Web technologies are at play. In addition, two other challenges have to be faced:

  • the mapping of all data sources to RDF and the development of a data model that can describe all the harvested data;
  • the conversion of the stored data back into a search engine-readable formalism (Json or XML), the capabilities of the RDF database being limited from this point of view.

Is the conversion and storage in RDF step really useful? We could go directly from the retrieval phase to the storage in the search engine via data processing. The main interest of this choice is to separate the data and its logic from the way of exploiting it. In this way, it is possible, simple and fast to create different views focused on the different entities of the model. We could invent new ways to navigate the data depending on how to browse the graph. Obviously, this supposes that the reusers know perfectly the structure of the graph and master Semantic Web technologies...

Yes, flexible it is. But in the end, when you compare the time spent developing and automating the mapping and RDF storage and the time gained in the exploitation of data, there is almost no immediate advantage in using these technologies; it may even be the contrary. Such an effort will be justified (perhaps) only with time (without guarantee ...) and the actual creation of different uses or views on the data.

The Linked Enterprise Data, a concept that we tried to push at Antidot, could be compared to a data mashup of the legacy information systems of organizations. The idea is to free data from existing silos, separate data from usage, link and create consistency between all data sources, in order to propose new uses and a new way of exploiting / exploring the data assets of the organization.

In the case of Electre, a company specializing in the supply of bibliographic data, the implementation of Linked Enterprise Data made it possible to recentralize all the data dispersed in different silos, to make them consistent and link them via a common model, and to enrich them. The goal was to simplify the reuse of data.

As in the case of mashups, the goal is achieved. But at what cost ? It was necessary to convert all data sources into RDF and ensure consistency within a triple store in near real-time with every change in the system. This proved to be very complex to supervise and maintain over time. In this case, the actual benefit of the RDF mapping isn’t obvious. The construction of a new data silo in RDF may be actually revealing a wider architecture problem in the information system, and even worse, a way to avoid seeing it completely.

We only had a few opportunities to develop this vision for organizations. Indeed, we ran into different problems. Beyond technical issues like scalability, performance, data retrieval from silos, RDF mapping and issues with contextualization of RDF triples, there are organizational issues. Organizations lack interest in managing their own data, especially when the return on investment is not obvious. Sometimes the IT isn’t legitimate to take a transversal vision inside the organization.

  • issue of scalability and performance;
  • complexity in moving data out of silos and mapping it to RDF;
  • disinterest of organizations for the data itself and its logic;
  • real or supposed illegitimacy of IT units to take a transversal vision in the organization;
  • limit of the RDF model to express the source of the information and, more generally, difficulty to contextualize the triple;
  • inability to guarantee a return on investment;
  • lack of skills of developers in the field.

Finally, lack of skills of developers in the field is an important flaw, because it conditions the realization, the supervision and the maintainability of such systems. The IT staff will never move towards a solution that they are not sure to be able to sustain over time.

Conclusions and perspectives

These different experiences demonstrate the benefits offered by semantic Web technologies regarding two elements:

  • The flexibility of the graph at the core of the RDF model;
  • The possibilities offered by these technologies in terms of data publication, interoperability and decentralization.

For each of these topics, I will now show the contribution of Semantic Web technologies, but also their limits and the means to overcome them.

The flexibility of the graph model

Benefits of Semantic Web technologies

Compared with the rigidity of relational databases - be it a reality or just an impression - the RDF graph appears like absolute freedom:

  • the data structure is no longer separated but part of the data itself.
  • where relationship tables sometimes had an approximate typology, the graph model makes things explicit and the logic model has never been closer to the conceptual model and real-world logic.
  • No more local entity identifiers, URIs make universal resource identification.
  • the data is structured according to the logic of the data and not the use that is made of it.

It makes possible what the tabular model has never been able to solve: the linking of heterogeneous entities easily, either directly by typed links or via reference data, also including the structure of the data as part of the data itself.

The graph can evolve over time and its growth is potentially infinite without needing to edit the entire logic model.

Yes, all these promises are held by the Semantic Web technologies, RDF and SPARQL in particular.

However, the very structure of the RDF model has revealed limitations on the management of the provenance of the various pieces of information and the contextualization of the triple. And this point, already present in Tim Berners-Lee's Semantic Web, is still not really resolved. Solutions have appeared but they are not entirely satisfactory. From this point of view, RDF 1.1 is a missed appointment.

Meanwhile, another model called "property graph" has emerged. It proposes a response to this limit. This model is today at the heart of all graph database technologies proposed by the major players in the sector: IBM, Microsoft, Amazon (based in principle on the Blazegraph product whose company seems to have been bought by Amazon), Google, not to mention the new ones: Huawei, Datastax, Neo4j or OrientDB.

Thus, the graph model is doing well and for a good reason. It offers unparalleled flexibility in the manipulation of structured data and in the cross-query of heterogeneous data. But, most industry players made the choice to implement the property graph model and they all adopted the Apache Tinkerpop framework and the Gremlin query language to interact with the storage system, making it a de facto standard.

Maintainability and management of data in a graph system

Beyond the limits

Acknowledging the limits of RDF doesn’t mean to renounce everything that Semantic Web technologies have brought over these years. In particular, a reconciliation remains possible between property graph and RDF with RDF * / SPARQL *. If there is no need to publish the data on the Web, the use of property graphs seems to me a good idea.

Working with these technologies also led us to think about data governance. Creating a global map of all your data seems a good starting point. You should also focus on conceptual modeling as the first stage of your project and all along the development.

Finally, when getting started, ask yourself: do you really need the graph model? We shouldn’t just use Semantic Web technologies just because they are fashionable. As Dan Brickley says: you do what you want inside your own system. RDF is to be seen as a tool to exchange data, not as a mandatory standard to be used at the core of your architecture.

Data publication / Interoperability / Decentralisation

Contributions of semantic Web technologies

Indeed, the main strength and interest of Semantic Web technologies (maybe the only one?) is to ensure the interoperability of structured data by offering a common model (the triple). From this point of view, the promise is perfectly kept. If we design data-level interoperability, Semantic Web technologies are at the moment the best solution, and they have deeply influenced our thinking on this matter.

Although it was not enough for these technologies to be widely adopted, they accelerated the reflexion on interoperability by opening up unexplored technical possibilities. They allowed us to better understand the conditions required for linking heterogeneous data and to create bridges between worlds that seemed remote or even impossible to reconcile (see also the presentation). Semantic Web technologies have made it possible to consider new ways of conceiving interoperability.

Moreover, as it is the case with Wikidata, SPARQL is a powerful tool for querying data, regardless of RDF being used as a model.

Limitations of Semantic Web Technologies

However, there are major shortcomings in this area as well:

  • Network performance and resiliency issue still require asynchronous data retrieval.
  • Maintainability over time of the infrastructure implies important costs and technological complexity, without providing any solution to deal with the problem of error 404, just like for the web pages.
  • The level of knowledge required for the exploitation is also important, and today, another issue has arisen: to interrogate Wikidata is not to interrogate any sparql endpoint, the appropriation of the model finally takes as much time as to appropriate a new proprietary API.
  • All queries are not possible, the full text search is very limited or impossible because the technologies are not designed in this perspective.
  • Structural interoperability doesn't actually work, because not everyone uses the same ontology and even when they do, these ontologies are not necessarily used homogeneously.

Overcoming the limits

The data actually needs to be published according to its own nature, the possible uses and the intended users:

  • Simple CSV or Json / XML dumps
  • A simple API
  • A sparql end-point for the most advanced uses if resources are available to maintain it.

We should focus on simple and easy-to-use ontologies: in short schema.org to expose the data. Who has never wasted time trying to get their heads around the data.bnf.fr model, or getting lost in the maze of the british museum sparql endpoint with its data model strictly following the CIDOC-CRM?

Do we need this level of interoperability? We must face the facts: faced with an increasing mass of data, we must give up the idea of syntactical or structural interoperability through the use of a single model, be it for production, storage or exploitation within an Information System. However, it is still possible to provide some linking of the different bits of information, for example through the use of independent identifiers that are common to the whole information system. It does not mean that interoperability between organizations is a utopia, but it relies rather on interoperability of systems end-to-end via data processing, than on global interoperability in the storage of data.

Data management at the National Audiovisual Institute

It is still possible to envisage a global consistency of the different data of an organization without using semantic Web technologies, by deploying transverse data governance and designing the data models based on the logic of the data itself rather than on their use. In short, it is a matter of properly managing the data. The answer to this question is not only technical... This observation, along with this year-long experience with Semantic Web technologies, led us to the way we finally designed the new information system of the french national institute of audiovisual.

The main directions of our project are as follows:

  • Technically separate data from their usage by setting up a technical data storage and processing infrastructure independent of the business applications that use them;
  • Functionally separate data from their usage by managing all types of data handled by the institution, rethinking data models in relation to their logic and not their use and acknowledging that some data models are dedicated to production and storage while several other models are designed specifically for data publication.
  • Five types of databases are used in order to meet the storage needs of all types of data (structured, semi-structured and unstructured) and their exploitation:
    • A relational database
    • A document database
    • A graph database
    • A search engine.
    • A column store
  • A single, centralized infrastructure includes the five storage systems, the layer for processing and synchronizing data (the real core of the system and what actually ensures interoperability), and a dissemination layer in order to abstract the architecture from the business applications that use the data.

So currently, Semantic Web technologies are only used to retrieve and process the data from Wikidata so as to enrich our reference vocabularies for people and places. If the need arises and / or if there is a political intent, we can still consider exposing all or part of our data as Linked Data and through a sparql endpoint, but otherwise, we will prefer dumps in simple formats, to ensure greater data reuse. Thus, while being impregnated with all the reflection and the contributions resulting from the Semantic Web technologies, our project does not use them any more.

by got at December 12, 2019 09:51 PM

December 10, 2019

David Larlet

☕︎ Publier

Sur le web, on peut distinguer public et lier. Transmettre une URL publique sans pour autant la lier. Publier un flux sans qu’il soit définitif. Je joue beaucoup avec cela ces derniers temps.

Trucs importants cette semaine : publier des journaux, beaucoup de journaux. Autant d’un point de vue personnel que professionnel. Un truc pour les grands (cache). Yannick et Ronan m’ont beaucoup inspiré dans cette pratique, autant dans le recul quotidien qu’elle procure que dans l’histoire qu’elle raconte au fil du temps.

Au passage, j’ai enfin terminé d’extraire les journaux privés de cet espace afin de pouvoir pousser le code et le contenu à un endroit que je peux pérenniser. Lorsqu’une dépendance de longue date permet de reprendre le contrôle suite à une exclusion.


Valoriser le brouillon – la recherche en train de se faire – mêlé aux publications des circuits conventionnels comme les revues et les monographies. Les carnets font partie, pour certain·e·s, d’une même démarche d’écriture que les articles ou les communications, valorisons ces espaces de publication !

Publier les carnets, éloge du brouillon (cache)

Coïncidence marrante, c’est ce que j’ai essayé de faire pour la publication de la semaine dernière. Vous n’avez peut-être pas lu la fin si votre agrégateur ne vous averti·e pas des mises à jour des contenus eux-mêmes. Et c’est là où la publication du brouillon est difficile, il faut adapter/recréer l’ensemble des outils qui ont été développés pour une publication à un instant donné.

À quel moment prévenir le lecteur ou la lectrice qu’une publication a été amendée ? De quelle manière ? Ce ne sont pas des questions techniques mais de design.

Si tant est que les deux puissent être séparés.


Je suis de plus en plus attiré par les petits incréments indiscernables de notre quotidien, mais qui nous entraîne inconsciemment vers la réalisation d’un chemin. Personne n’a voulu la patine, mais elle est tout de même le résultat d’habitudes et de fréquences. Elle est l’histoire d’une invisibilité, de frictions, contacts, mouvements qui lui donnent naissance.

Carnets Web de La Grange (cache)

La Grange se réveille doucement, en ayant laissé le temps à la patine de s’installer, loin des lecteurs et lectrices. C’est une chose qui m’a souvent tenté (notamment dans mes pires cauchemars lorsque j’imagine monétiser cet endroit sur sa fraîcheur), tout en sachant que la publication est pour moi une libération qui peut difficilement attendre. Il est rare que je passe par un brouillon ou que je ne rédige pas en un seul jet, publié dans la foulée. J’ai déjà du mal à attendre le lendemain pour une publication comme celle-ci.

J’aurais certainement des choses à apprendre d’une telle pratique. Sur mon rapport au partage et à l’importance de mon image.

Casser le miroir pour mieux se réparer.


Many—usually cis, white, heterosexual—people in the tech industry believe that this “privacy tradeoff” is worthwhile. While they have a financial incentive in the continuation of this model, and are not necessarily the worst harmed when their privacy is weakened, their privilege has made them short-sighted.

It’s Time to Get Personal (cache)

J’apprécie beaucoup le travail de Laura Kalbag. Je continue de travailler ma compréhension des privilèges et de ce que ça peut signifier pour mon entourage. Publier sur son espace est élitiste et publier sur une plateforme soulève d’autres problèmes. Deux formes de dominations, l’une par la technique, l’autre par la pression sociale/culturelle. Une piste est de proposer des outils conviviaux — et c’est ce que s’attèlent à faire Laura et Aral. J’aimerais poursuivre une piste parallèle.

J’apprécie beaucoup leur travail (bis).


Guess what? It’s not about reaching as many people as possible with your content. If you can do that, great, remember me when you’re famous. But chances are that by far the biggest beneficiary of you trying to help past you is future you. If others benefit, that’s icing.

Learn In Public (cache)

Parfois, en relisant un vieux billet, j’ai le sourire comme celui que l’on peut avoir lorsqu’on retrouve une photographie. Avec une peu de nostalgie mais aussi d’accomplissement suite au chemin parcouru depuis. En se sentant un peu coupable d’avoir été bien différent, d’avoir osé immortaliser des états et les publier. En ayant conscience que l’acte de publication rend caduque ces mots, ces images, ces pensées. Qui continuent leurs chemins dans ma tête… et parfois dans les vôtres.

Ce web-log n’est finalement qu’un très long change-log.


I know the anxiety of sharing something with the world. I know there is a pressure to match the quality we see elsewhere on the web. But maybe we should stop trying to live up to somebody else’s standards and focus on just getting stuff out there instead. Maybe our “imperfect” things are already helpful to someone. Maybe this shouldn’t be so hard.

Good Enough (cache)

Il y a le karaoké des plateformes, des lieux suffisamment bruyants pour que la médiocrité ne semble pas visible. Il y a les cours de chant qui doivent se faire en des lieux prestigieux, des noms de domaines mélodieux. Et puis, il y a chanter sous la douche ou siffloter sur son vélo, publier chez soi ce qui semble sonner vrai. Transmettre son humeur aux autres, son tempo du moment, ses dissonances aussi, ça soulage et c’est déjà pas mal.

fab stream2019.publish

December 10, 2019 11:00 AM

December 03, 2019

David Larlet

☕︎ En forêt

Quelques jours en forêt. Pour soigner mon asocialité en étant seul. Pour bien en suer aussi. Pour jouer une partie d’échecs sans avoir droit à l’échec.


Les enfants d’aujourd’hui deviennent beaucoup plus dépendants qu’ils ne le croient des mille et une technologies de leur quotidien. Et bientôt, nul de s’aventurera dans la forêt sans une panoplie du parfait explorateur. Et l’on continuera d’appeler ça : l’aventure.

L’apprenti sage, Gilles Vigneault

Le matériel. Comment passer outre lorsqu’on va dormir par -20°C ? L’aventure n’est alors pas dans ce que l’on a mais de sa façon de l’utiliser, d’enchaîner les adaptations dans le bon ordre pour continuer à se sentir tout petit et tout vivant. Savoir que rien n’est acquis dans ces conditions là, qu’une petite erreur peut tout changer, que la confiance en soi doit être reconstruite à chaque sortie. Et puis, il y a le chant des loups…

L’avoir comme pré-requis, l’expérience comme capacité à (sur)vivre.


De génération en génération, les dégradations de l’environnement augmentent, mais chaque génération considère le niveau dégradé dans lequel elle grandit comme un niveau non dégradé - comme un niveau normal. Résultat : une relation à la nature de plus en plus instrumentale, déconnectée, consumériste, et empêchant une vision élargie de l’éthique, au sens où celle-ci est indissociable du lien avec le vivant dans son ensemble.

Or, plus le cercle de l’éthique est restreint, plus nos choix en matière de politiques publiques, de comportements citoyens, de solidarité sont régressifs et chosifient les êtres avec lesquels nous interagissons.

Ecologie : la (très) longue marche (cache)

Suivi de :

une population peut continuer d’être alarmée contre les inégalités alors qu’elles peuvent avoir été aplanies depuis longtemps. Au contraire, nous pouvons observer des situations paradoxales où la majorité croit que les inégalités diminuent, alors que les barrières sociales se reconstituent. Il peut en résulter, notamment pour les nouvelles générations qui subissent cette nouvelle dynamique paradoxale, où les faits et les représentations divergent, un risque majeur de dyssocialisation: une contradiction violente entre les valeurs, les représentations et l’identité transmises par la génération précédente et les conditions et situations objectivement vécues par la génération émergente.

Louis Chauvel, le sociologue qui a vu notre lose dans ses graphes (cache)

La convergence des luttes est plus que jamais sur le point d’avoir lieue, je doute qu’il faille s’en réjouir cela dit… Aujourd’hui tous précaires (cache), demain tous soli(d|t)aires ?


The collaboration between Big Tech and Big Oil might seem counterintuitive. Culturally, who could be further apart? Moreover, many tech companies portray themselves as leaders in corporate sustainability. They try to out-do each other in their support for green initiatives. But in reality, Big Tech and Big Oil are closely linked, and only getting closer.

The foundation of their partnership is the cloud. […]

On the surface, then, Microsoft appears to be committed to fighting climate change. Google has constructed a similar reputation. But in reality, these companies are doing just enough to keep their critics distracted while teaming up with the industry that is at the root of the climate crisis. Why go through the effort of using clean energy to power your data centers when those same data centers are being used by companies like Chevron to produce more oil?

Oil is the New Data (cache)

Tiens c’est la première fois que je vois ce lien aussi clairement décrit dans un article. N’hésitez pas à le partager avec votre compte Google Mail pendant que je m’empresse de le commit-pusher sur Microsoft Github.


Citation de la semaine :

Plusieurs sourds de naissance, une fois appareillés, ont été déçus de constater que le soleil ne faisait pas de bruit.

Via notoriousbigre (cache), je n’écouterai plus jamais le soleil de la même manière.

December 03, 2019 11:00 AM

December 02, 2019

David Larlet

★ Into the sled

Résumé en français

Le traîneau c’est sûrement pratique mais il ne faut pas oublier les caribous volants qui vont avec. Voir aussi.

Once in a while, I’m trying something new. This time again, it was somehow a failure new learning! I wanted to try out the sled we have for having family fun in the snow for a very long time. Two ropes, two PVC tubes and a belt later, there we are, super cheap (see post’s picture). So I went for two nights in the forest with all my equipment behind me, it was super cold and I still enjoyed the moment… despite the sled in itself.

Earn or learn

  • earn : I went to a place I saw during a previous spotting trip wondering if that would be a nice winter camp, and it was.
  • learn : In my memory, it was relatively flat to go there, a few hills in the forest but nothing crazy. Well, when you are hauling a sled, you better stay on a frozen lake. For the record, here is what my track looked like:
Path with dead trees and uphill And I am not even mentioning when the path in itself is not flat (in cant?).
  • earn : I kept all my fingers. It was below -20°C that night, my sleeping bag was full of ice around my head (or what was left of it still outside) due to my breathing when I woke up. The interior of my tipi was super icy too. Still I felt warm with the strategy to put a boiling water bottle when I went sleeping in the sleeping bag plus a thermos (still warm in the morning!).
  • learn : once you break the ice around the zipper of your sleeping bag to be able to open it, put your gloves before rushing out of it (because you did not pee for the last twelve hours and you are close to your 40 :-P), at that temperature your fingers full of moisture will freeze in a breath. And you still have to make a fire…
A fire in front of a tipi with the sun rising. A fire, a tipi, now time for a hot tea!
  • earn : I tried to make a fire which would last the whole night and keep some embers for the morning, you can achieve that with a parallel log fire (same principle as a Swedish torch) and it kind of worked. I was not able to get the fire going without a lighter but it surely helped given the temperature to still have dry and hot wood around.
  • learn : I spent the whole day trying to figure out a way to get back in time to the rented car with the sled and the two bags on the next morning. I trimmed down my poles and put one of the two backpacks directly on my back. It was still better but I had to double-carry for more than half of my way back. Not ideal. Hopefully I woke up at 5 that morning.
A cold sunrise in the forest full of snow. One of these magical moments.
  • earn : I was able to eat correctly, even when all was frozen (olive oil, camembert, you name it). When it is cold, eating fat makes you hot. Especially prior to go to bed. Keeping a fire running is really a matter of enjoying the trip or not (to be soft).
  • learn : every drop of water will freeze, your saw is hot don’t put it in the snow, a few drips of water are running out of your thermos don’t put it on clothes, the snow is melting besides you when you sleep don’t forget to turn your sleeping bag when you wake up, and so on.
A stream in the forest, totally iced. Can I have tap water please?
  • earn : by chance, I was very close to a stream still not frozen the first day, I just had to break the ice on the morning. It is really a game changer to be able to boil down water instead of (so much) snow!
  • learn : I brought too much food and I did not use my wood stove, a lot of extra weight. Same with the wool blanket which was super heavy and useless. Without these extra items, maybe the sled would have been easier to deal with…
  • earn : I was able to fall asleep while wolves were still howling in the background, it was almost pleasant given the estimated distance. Next morning, there were tracks everywhere not far (enough) from the camp!

It was probably my last time in the woods this year. This trip gave me a lot of confidence in my abilities and my knowledge, that was fun to some extent besides the struggle with the ride. Best of all, I did not break the sled and avoid a family drama, yay!

Winter camping is (c|g)old.

December 02, 2019 11:00 AM

November 27, 2019

David Larlet

★ Faire famille

Premier territoire des irremplaçables donc, les parents. Pas nécessairement le père ou la mère. Mais celui qui incarne ou permet de concevoir l’histoire originelle. Celui qui n’est pas simplement la figure de lui-même, mais celle d’où vient l’enfant. « Faire famille » est souvent l’anti-chambre de « faire société », dans la mesure où même profondément, dissemblables, ils posent, respectivement, pour advenir durablement, une dialectique commune. « Faire famille », plus encore qu’avoir une famille. Qu’est-ce que « faire famille » ? « Faire famille » a subi autant de transformations que « faire société ». Et a révélé sa plasticité potentielle. L’invariant de la structure familiale n’est pas uniquement la copulation d’un homme et d’une femme mais l’agencement de leurs volontés créatrices et de leur ambition symbolique commune. « Faire famille », c’est entrer dans le symbolique. À la différence de la notion plus institutionnelle de famille, le « faire famille » stipule qu’il est toujours de l’ordre de la dynamique et de l’inachevé. La famille est une institution, certes. Mais le « faire famille » est la réalité dynamique, vitale, productrice, de cette institution. Il est ce qui préserve la durabilité de l’institution famille. « Faire famille », c’est faire de l’attention l’écosystème de l’individuation. C’est le lieu de la coproduction avec l’autre. Quel que soit le sexe des parents, ils sont, l’un et l’autre, garants de la préservation de la place de la différence, dans l’avénement de la structure familiale comme dans celle de sa consolidation symbolique. Les présents sont garants des absents. Si le « faire famille » s’invente, il le fait selon cette conditionnalité : être garant du respect de la place de ce que l’on n’est pas. Car le « faire famille » est par essence un mode de véridiction du manque originel. Seul on ne fait pas famille. Faire famille, c’est reconnaître que l’on ne fait pas seul unité. Que l’autre est nécessaire. « Faire famille », ce sera alors faire nécessairement récit de cela. Si l’autre manque dans la réalité quotidienne de la famille, il faut veiller à ménager ses réitérations. On « faire famille » autant avec les présents qu’avec les absents, on fait famille avec tous ceux qui ont inventé symboliquement et physiquement cette ambition de faire famille. Les fondations du devenir psychique de l’enfant sont directement liées aux interactions précoces qu’il a eues avec les adultes l’entourant, et notamment ses parents. La qualité de développement de l’enfant, sa vigueur, est le fruit de cette implication inaugurale. Si la notion de vulnérabilité est juste pour décrire l’insuffisance originelle et persistante de l’individu, elle insiste néanmoins trop sur la dimension négative de cette situation première. Être apte à construire son individuation grâce à l’attention reçue d’autrui et portée en retour ne se réduit pas à la notion de dépendance. Avoir eu besoin des autres pour grandir constitue une dépendance, une dette même. Mais c’est manquer la réalité féconde de l’enfant, de ce qu’il donne spontanément à ses parents, de la part vitale qu’il vient consolider. Le don rappelle que la vulnérabilité initiale ne peut s’assimiler à une faiblesse. Par la suite, se souvenir symboliquement de la dette, ce sera aussi grandir. Non pas la payer, mais s’en acquitter symboliquement, en assumant à son tour l’enjeu de transmission.

[…]

Éduquer, c’est toujours donner ce qu’on n’a pas reçu. Pallier l’insuffisance de sa propre enfance. Toujours l’ambition du pas de plus.

Les irremplaçables, Cynthia Fleury

Trois ans, six ans, des jalons indirectement inspirés du travail de Maria Montessori. Le sentiment de « faire famille » tout en essayant de laisser la place de s’ouvrir aux autres. Se protéger sans se renfermer tout en préservant nos atypies. Un grand écart dissonant, notre histoire.

Expérience

[à la table du petit déjeuner, 4 ans]
— Arrête de renifler s’il te plaît
— Pourquoi ?
— Parce que ça fait remonter le mucus et ton rhume va se transformer en sinusite ou en otite.
— Tu as déjà eu ça ?
— Oui.
— Est-ce que Mamouchka [ma mère] t’avait dit de ne pas le faire ?
— …

Bon ça s’est soldé par une double otite mais ça m’a tout de même bien secoué le raisonnement de me prouver que je n’ai moi-même pu expérimenter cela qu’en n’écoutant pas un conseil parental.

Est-on condamnés à reproduire les erreurs de ses parents ? Le curseur entre l’expérience et le conseil est en mouvement constant. Sans parler de la patience nécessaire à toute forme d’apprentissage et de transmission.

Sexualité

[en marchant, 5 ans]
— Est-ce que tu montes sur maman pour faire des bébés ?
[what!] Euh, mmh, oui ça arrive ?!
— Maman doit être très forte alors car tu es gros et lourd.
— …

Il semblerait que la réflexion ait été inspirée par un livre sur les dinosaures. Presque rassurant :D.

Toujours est-il que j’ai souvent été désarçonné par des réflexions sur la sexualité que je n’anticipais pas avoir à détailler dès maintenant. J’espère être un peu mieux préparé maintenant. J’espère être toujours désarçonné aussi.

Séduction

[vient de tomber de l’escabeau, 5 ans]
— Papa, est-ce que je vais avoir un bleu ?
— Oui, probablement.
— Cool, je vais pouvoir séduire les femelles avec !
— …

Il y a parfois des connexions qui laissent sans voix. Je suis bien content de prendre des notes pour me rappeler de ces moments. Il faudrait que je te demande ton consentement avant de les publier, je ne suis pas vraiment à l’aise avec cela et en même temps c’est une des façons les plus pérennes que j’ai de conserver ces traces.

J’appréhende un peu le moment où l’on va regarder Avatar.

Mort

[en allant faire des courses, 5 ans]
— Papa, j’aimerais être du plastique.
— ?!
— J’aimerais ne pas être vivant.
— Ah…
— Parce que j’ai peur de mourir, je ne sais pas ce que ça fait.

C’est aussi la période d’une prise de conscience de l’impermanence, de soi, de ses parents surtout. Cette peur qui ne te quittera pas de si tôt. Je ne pensais pas que tu perdrais cette forme d’innocence si rapidement. Et qu’elle serait si douloureuse.

Autonomie

[5 ans]
— Est-ce que des fois je peux avoir ma vie solitaire ?

La naissance d’une personnalité est fascinante. Je suis vraiment heureux de pouvoir assister (à) cela au quotidien. J’aimerais trouver une implication qui nous corresponde. Et en même temps ça n’est pas quelque chose qui se trouve mais qui se vit.

Exemplarité

[Après avoir trouvé une pièce de puzzle manquante]
— T’es un génie papa, sans toi je ne pourrais pas vivre.
[Un autre jour]
— J’aime tout l’univers sauf toi papa.

Parfois, la parentalité est difficile à supporter. Parfois, ça fait du bien. Souvent, c’est très surprenant. J’ai l’impression que l’on assemble un puzzle ensemble, chacun y allant de sa pièce en encourageant l’autre à mettre la suivante. On ne sait pas trop ce que l’on essaye de représenter et c’est peut-être le plus important.

Compréhension

[Après une accolade nord-américaine]
— Pourquoi Vince et Papa ils se tapent pour se dire au revoir ?

J’aime cette réflexion car elle me fait prendre conscience du peu de violences physiques qu’il y a dans notre famille et notre entourage.

J’espère pouvoir conserver cela.

École

[Après deux semaines d’école]
— Il y a un ami qui s’appelle Ethan.
— Et ?
— Seitan !

C’est un euphémisme d’écrire que de t’accompagner à l’école n’est pas une partie de plaisir. J’aurais aimé trouver une option plus adaptée aux défis qui t’attendent. Une façon d’appréhender le monde qui soit éloignée de la compétition et de la discrimination.

Et en même temps, quoi de mieux que l’immersion dans un monde de diversité. Pouvoir expérimenter l’altérité au quotidien me semble être la seule façon de développer une empathie pour son prochain. Il n’y a qu’en vivant avec la différence que l’on arrive à la comprendre et à ne plus en avoir peur.

[Ton enseignante il y a quelques jours]
— Votre enfant est une perle, il est la force tranquille de la classe.

Excuses

[Avant de s’endormir]
— Pourquoi ils ne se sont pas excusés de s’être moqué de moi alors que j’avais mal ?

Difficile de parfois t’expliquer qu’il y a d’autres façons d’interagir et de penser. Que la bienveillance et la bien-traitance dépendent des personne qui pensent les appliquer à bon escient.

Difficile de comprendre qu’il puisse y avoir de l’humour dans de telles circonstances… et encore plus difficile de t’expliquer des comportements que je ne comprends pas moi-même.

Je n’ai pas beaucoup dormi cette nuit là.

Jeu

[Quatre ans]
— Papa, maman, quand est-ce que vous avez appris à ne plus jouer ?

J’ai commencé à te montrer que la forêt est un terrain de jeu et je suis très content de pouvoir commencer à te transmettre des choses dans ce contexte aussi. On a encore de nombreuses choses à explorer ensemble dans ce domaine.

Personne n’a envie que l’on détériore son terrain de jeu.

Expatriation

— Je suis arlésien !

Tu as passé plus de la moitié de ta vie sur le sol canadien. Et pourtant tu t’identifies souvent comme étant arlésien. Un besoin de racines à défaut de pouvoir te sentir « de souche ».

Vivre aussi éloignés des grands-parents est difficile et en même temps permet de savourer chaque instant à leurs côtés. C’est l’un des choix qui est très compliqué à faire pour nous.

Lecture

— Simon Paris Chèvre !
[Il fallait lire « Maison des Pâtes Fraîches »]

L’apprentissage de la lecture en se servant de ta mémoire a été assez marrante. Je ne sais pas si on peut dire que tu as appris à lire tout seul. Tu avais énormément de matériel à disposition et on t’a lu des milliers de (fois les mêmes) livres. C’est peut-être la frustration des fois où on saturait un peu qui a fait naître cette motivation.

Les bandes dessinées (Yakari, les Shtroumphs) ont eu un gros impact sur ton attrait pour la lecture. D’aucun·e·s pourraient y voir des intérêts spécifiques… les chats ne font pas des chiens.

Potentiel

Avec la science, l’homme pourrait faire de sa planète le paradis mais il est en train de mettre la science au service du profit d’aujourd’hui en créant l’enfer de demain.

L’apprenti sage, Gilles Vigneault

Nous sommes allés voir il y a quelques jours si un établissement plus stimulant serait approprié. Il y a déjà tellement à déconstruire lorsque tu reviens de l’école, je ne sais pas trop quoi en penser. Peut-être les premiers pas d’un nouveau chemin. La suite au prochain épisode !

Inné et acquis

Je constate chaque jour à quel point l’inné est mince face à l’acquis. La co-évolution culture-génome théorique me semble être clairement déséquilibrée en pratique et ce déséquilibre tend à s’accentuer. Cela donne une incroyable responsabilité à l’accompagnant qui en vient à guider quasi malgré lui. Partager ses expériences sans orienter est un vrai challenge. Faire s’épanouir un libre arbitre et un esprit critique qui ne soient pas les nôtres.

Accompagner un enfant

J’écrivais ceci il y a trois ans et j’ai depuis évolué dans ma réflexion. Si l’on considère sa famille comme étant finalement de l’inné, à ce moment cela réajuste ma perception. On n’est plus dans un équilibrage mais dans un état symbiotique d’enrichissements mutuels.

Et c’est peut-être finalement ça « faire famille ».


La vie c’est comme une kuksa remplie de bleuets, il y en a des gros, des petits, des moisis, des acides, des bien mûrs. Ce qui compte c’est de les avoir ramassés ensemble.

November 27, 2019 11:00 AM

November 26, 2019

David Larlet

☕︎ Ecocentric

Une semaine en dent de scie avec pas mal de stress. Mais aussi d’appels d’air ! Tout en étant le sujet de mes propres contradictions. Ma vie, mon désenchantement.


Truc chouettes :

  • Finir de rédiger un long billet qui me tient à cœur.
  • Recoder ce qui génère ces pages en Python moderne.
  • Réussir en partie à décrocher du boulot lorsque je n’étais pas à l’aise avec la situation.
  • Repartir sur une initiative qui me tient à cœur.

It could be all that, but it probably isn’t. It’s probably me. I am 37 now. The world is smaller, more tired, more fragile, more horribly complex and full of troubles. Or, rather: the world is the same as it ever was, but I am more aware of it and of the reality of my place within it. I have grown up, and there is nothing to be done about it. The worst part of it is that I can’t seem to look without thinking anymore. And now I know far more about what we are doing. We: the people. I know what we are doing, all over the world, to everything, all of the time. I know why the magic is dying. It’s me. It’s us.

[…]

Now I declared, to myself if no one else, that I was ‘ecocentric’ too. This was not the same as being egocentric, though some disagreed, and though it sounded a bit too much like ‘eccentric’ this was also a distraction. I was ecocentric because I did not believe – had never believed, I didn’t think – that humans were the centre of the world, that the Earth was their playground, that they had the right to do what they liked or even that what they did was that important.

[…]

I am leaving on a pilgrimage to find what I left behind in the jungles and by the cold campfires and in the parts of my head and my heart that I have been skirting around because I have been busy fragmenting the world in order to save it; busy believing it is mine to save.

Confessions of a recovering environmentalist (cache)

Parfois j’aimerais me sentir trop vieux pour penser être capable de changer des choses. Plus que quelques années j’espère.

It turns out that very few people give a fuck about anything outside of their own heads, let alone what you are doing. Anxiety is often caused by our perceptions of what other’s think about us, or will think if the worst happens, whatever that may be.

When we obsess over that perception and worry ourselves into panic, it’s a form of narcissism. Your narrative becomes 100% about you.

Radical Acceptance (cache)

J’aimerais pouvoir accepter cela dès maintenant. Tant qu’il y a de la frustration il y a de l’espoir.


“At the start of the 21st century, one of the questions that excited me most about access to the Internet was the possibility of producing infinite copies of books and sharing knowledge. That idea of an Internet that was going to be a tool for integration and access to knowledge has shattered into smithereens. It was a booby trap. We are working as the unpaid slaves of the new digital world. I feel that it’s like when the Spanish colonisers reached Latin America. We believed the story of ‘a new world’. And we were in a box, controlled by the most powerful country in the world. We should have regulated a long time before. And we should have said: ‘I will share my photo, but how are you benefitting and how am I?’ Because what we are doing today is work for free; with our time, creativity and energy we are paying these empires. We are giving them everything”.

And she rounds off her speech by ensuring that not only are our lands at their mercy, like in the past, but the most private, most vulnerable part of each of us. “We are totally predictable and controllable. And that means easily manipulated. This really worries me”.

Renata Ávila: “The Internet of creation disappeared. Now we have the Internet of surveillance and control” (cache)

Où il est question de colonialisme numérique, de surveillance généralisée et d’alternatives à proposer en tant qu’européens.

Peut-être qu’il faudrait que j’ouvre un compte sur Facebook histoire d’être suffisamment manipulé pour oublier tout ça. Et le reste.

Génie.


Notre cerveau est un organe formidable, malheureusement il est loin d’être parfait et les études sur son fonctionnement (sciences cognitives) le démontrent à foison. Confronté à des problèmes, il a mis en place des stratégies pour les résoudre, notamment des raccourcis de pensée qui sont spontanés et inconscients. Souvent très utiles, ces raccourcis peuvent parfois nous faire mal interpréter les choses. Ils sont également des leviers privilégiés pour ceux qui voudraient orienter notre interprétation.

En résumé :

  1. Le trop-plein d’information est nocif, donc on filtre en masse.
  2. Ça ne va pas en s’arrangeant, alors on ne s’encombre que du strict nécessaire.
  3. Il faut agir vite pour ne pas rater son tour, alors nous sautons directement aux conclusions.
  4. Le manque d’information rend confus, donc on remplit les trous.

Mais les solutions que nous avons trouvées pour régler les problèmes peuvent nous jouer des tours :

  1. Nous ne voyons pas tout. Et certaines des informations que nous écartons/filtrons sont en fait utiles et importantes.
  2. Notre mémoire renforce les erreurs. Une partie des choses dont nous nous rappelons le plus tard rendent les systèmes cités ci-dessus encore plus biaisés et plus dommageables pour nos processus de pensée.
  3. Les décisions rapides peuvent être complètement nulles. Certaines des conclusions auxquelles nous sautons sont injustes, égoïstes et contre-productives.
  4. Notre quête de sens peut générer des illusions. Nous imaginons parfois des détails qui ont été placés là par nos suppositions et construisons des intentions et des histoires qui n’existent pas vraiment.

Codex des biais cognitifs, 2016 (cache, PDF, 855 Ko)

Il est difficile d’avoir conscience d’être la solution à son propre mal-être. Sans pour autant réussir à y faire grand chose…

Maudit cerveau.


Je crois qu’il n’y a pas de problème d’addiction au Like mais que nous avons un problème de diction qui naît de l’absence de frictions. Qu’il nous faut parvenir à "dire", à rendre explicite et public ce qui nous émeut, ce qui nous révolte, ce qui nous attendrit, ce qui nous blesse, ce qui nous choque, ce qui nous intéresse, ce qui nous informe, et plus que tout ce qui nous lie. Et que cette "diction" est une friction ; que le prix à payer pour cette diction est celui d’une friction ; que cette diction a un coût et ce que coût n’est ni nul ni entièrement substituable ou déléguable à des entreprises

La fin du like ? (cache)

J’en suis arrivé à la même conclusion et j’essaye de dés-émojis-er mes écrits ici et là. C’est difficile tellement il est aisé de cliquer sur une réaction proposée. Un émoji vaut mille mots et c’est justement ce qui prête à confusion, l’interprétation des émotions étant très complexe et culturelle.

Sans compter leur biais et leur instabilité.

🤷‍♂️


Citation de la semaine :

Vous prévoyez écouter des séries en rafale pendant les Fêtes ? Saviez‑vous que regarder neuf heures d’épisodes correspond à une consommation de 1 kWh au coût d’environ 7 ¢ ? En effet, vous bénéficiez des plus bas tarifs résidentiels de l’Amérique du Nord. Bon visionnement !

Dans l’infolettre d’Hydro-Québec

Netflix, Disney+, AppleTV++, toujours plus d’abrutissement.

Je suis sans voix.


Manifestement je suis en manque de forêt.

November 26, 2019 11:00 AM

November 19, 2019

David Larlet

☕︎ Se livrer

Je n’avais plus mal au dos. Et puis j’ai maintenant une nécessité de prendre l’avion en 2020, probablement deux fois de suite. J’ai de nouveau mal au dos. Il y a peut-être un lien. Peut-être.


Cette semaine :

  1. J’ai résisté à la tentation d’acheter des choses (j’aimerais pouvoir écrire cette ligne chaque semaine).
  2. J’ai commencé à mettre au clair mes journaux liés à des projets/produits professionnels, il faudrait que je documente cela. Très meta.
  3. J’ai fait des pizzas et elles ont été appréciées.
  4. Je suis en train de planifier ma prochaine sortie dans les bois.

Ne reste pas assis à t’étudier. C’est assommant. Il n’y a que des peluches dans ton nombril. Il faut te propulser dehors, jeune auteur-e. Pense aux autres, à un ailleurs, à une distance qui te ramènera, au bout du compte, chez toi.

La seule véritable façon de développer son univers consiste à se fondre dans l’altérité. Un mot simple désigne cela : empathie. Mais ne te laisse pas berner. L’empathie est dure, violente, elle peut te modifier profondément. Te lacérer. Soit averti(e) : on te traitera de sentimental(e). En vérité, les vrais sentimentaux sont les cyniques. Ils vivent dans les nuages d’une nostalgie bornée. N’ont aucune musculature. Ne se déplacent jamais. Se retiennent à une idée qui n’éveille plus rien. Rappelle-toi que le monde ne se limite pas à une histoire. Nous trouvons dans les autres un prolongement de nous-mêmes.

Alors, laisse les cyniques tranquilles. Coiffe-les au poteau. Entre dans l’inconnu. Admets que ton récit soit plus grand que toi.

Lettres à un jeune auteur, Colum McCann

Mais alors, peut-on écrire un livre si l’on est cynique ? Au moment où je me disais qu’écrire sur un truc auto-centré pourrait avoir de la valeur, ça m’a à la fois encouragé et découragé.

Bon en même temps, j’ai un blog pour ça.

Écrire un livre m’est quelque chose de beaucoup trop définitif et incontrôlable. Il s’agit de figer le temps en une œuvre unique et immuable, destinée à être léguée au monde dans l’espoir qu’elle ne s’y fanera pas, en espérant que les autres se souviendront de l’arroser de temps en temps. Pour ma part, je n’ai rien à foutre que mes mots disparaissent avec moi lorsque je serai morte. Je n’ai aucune prétention de vouloir laisser un témoignage qui me survivra et qui sera lu par le plus grand nombre ; Hypothermia n’est pas un héritage absolu. Il m’est un travail d’écriture qui évolue avec le temps, et que je tiens à modeler au fil des billets. Le blog me permet de récupérer les lambeaux des jours passés et de les assembler, les scotcher ensemble, article après article, pour éviter qu’ils se perdent trop vite.

Je n’écris pas pour qu’on se souvienne de moi après ma mort. J’écris pour me rappeler au fait que je suis bien vivante.

Plutôt écrire que mourir (cache)


I suspect most folks reading this would not want to self-identify as an Instagram hope-to-be-influencer or Twitter combatant or Netflix binger. But most wouldn’t shy from self-identifying as, say, a reader.

We’re amicable to calling ourselves readers for the same reason we want to identify as rock climbers or marathon runners or exceptional parents or selfless children or humanitarians or folks who’ve written thoughtful and considered books — because these activities carry with them an implicit sense of self-betterment, typified by being active (as opposed to passive).

Stab a Book, the Book Won’t Die (cache)

Actif ou passif, choix conscient ou algorithmique, dégustation ou consommation, une question de point de vue. De ce qu’est le produit, de quel est le producteur, de ce qu’est le déchet, de se sentir unique tout en faisant la même chose.

Ni trop similaire, ni trop différent. Trop condescendant alors ?


Mais, en fin de compte, ce n’est pas le caractère extraordinaire du maître qui laisse le disciple perplexe, l’intrigue et rend son esprit plus profond, c’est le caractère parfaitement ordinaire du maître. Parce qu’il n’est que lui-même, il est miroir pour ses disciples. Quand nous sommes avec lui, nous sentons nos propres forces et nos faiblesses sans qu’émane de lui aucune impression d’éloge ou de critique. En sa présence nous voyons notre visage originel, et ce que nous voyons d’extraordinaire n’est que notre propre nature véritable. Lorsque nous apprenons à laisser libre notre propre nature, ce qui sépare le maitre et le disciple disparaît en un profond courant d’être et de joie dans l’épanouissement de l’esprit de Bouddha.

Préface de « Esprit Zen, esprit neuf », Richard Baker

J’ai commencé un livre sur le bouddhisme et le zen. Je ne sais pas où cela va me mener.

Merci Emmanuel.


Voici la contradiction profonde de cette structure sociale : il est impossible, dans cette société d’externalisation, de donner accès à tous au confort matériel des pays riches, car cela supposerait qu’il n’y ait plus d’extérieur où exploiter des travailleurs à la chaîne, où sous-traiter l’accueil des migrants, où ponctionner les sols pour en récolter le soja et l’huile de palme, où déverser les déchets électroniques. L’inégalité structurelle de la société d’externalisation en fait une société non universalisable.

Cela permet d’ailleurs de comprendre combien cher vaut alors la citoyenneté d’un pays comme l’Allemagne, le Canada ou la France, parmi d’autres. Naître au Nord constitue un privilège exclusif : une espérance de vie plus élevée, un revenu plus élevé, un environnement plus sain et une liberté de circuler interdite à la plus grande partie de l’humanité. Par conséquent, chercher à universaliser une vie digne de ce nom suppose une remise en question de cette structure même. Cela suppose de mettre à bas les principes structurants de l’économie capitaliste (propriété privée, marché, exploitation, surproduction, surconsommation, etc.) et de son organisation internationale fondée sur des échanges économiques et écologiques inégaux.

Préface de « À côté de nous le déluge », Arnaud Theurillat-Clouturier

Ce livre ne va pas arranger mon mal de dos, et pourtant il est difficile de faire l’autruche alors que les coïncidences sont de plus en plus visibles :

On October 22nd, the day of the Bolivian election, Tesla’s stock price skyrocketed. Coincidence?

Half of the planet’s lithium is in Bolivia. Lithium is necessary for high-tech batteries. With Evo gone, companies like Tesla will be able to strip mine Bolivia for dirt-cheap.

Samuel D. Finkelstein II sur Twitter


Citation de la semaine :

Nous sommes entourés par l’océan. Il n’y a nulle part où se cacher.

Canada climate change: Quebec’s islands are crumbling (cache)

Ne pas oublier que nous sommes tous entourés par l’océan.


Depuis que j’ai quitté le plateau et ses montréalisiens, j’ai l’impression d’habiter en province. Les « amis » viennent nous voir, une fois, pour vérifier qu’ils ne pourront jamais quitter cet intra-muros élitiste. Ils s’indignent sur des murs Facebook sans voir ceux qu’ils ont in·consciemment érigés autour d’eux.

November 19, 2019 11:00 AM

November 12, 2019

David Larlet

☕︎ Dépendances

Un jour férié en France, c’est souvent une journée tranquille pour moi. L’occasion de creuser davantage de liens et de réflexions. Et de fermer des onglets après avoir partagé quelques connexions neuronales.


Trucs enthousiasmants cette semaine :

  1. Faire du ménage numérique sur cet espace et préparer un dépôt chez moi pour stocker tout cela et probablement ouvrir un peu de code.
  2. Arriver à la page 100 de la numérisation de l’histoire d’une partie de ma famille.
  3. Aller gambader dans la neige comme deux petits chiens fous avec mon fils.
  4. Tenter d’établir des ponts locaux.

The other day, I came across a website I’d written over two decades ago. I double-clicked the file, and it opened and ran perfectly. Then I tried to run a website I’d written 18 months ago and found I couldn’t run it without firing up a web server, and when I ran NPM install, one or two of those 65,000 files had issues that meant node failed to install them and the website didn’t run. When I did get it working, it needed a database. And then it relied on some third-party APIs and there was an issue with CORS because I hadn’t whitelisted localhost.

My website made of files carried on, chugging along. This isn’t me saying that things were better in the old days. I’m just saying that years ago websites were made of files; now they are made of dependencies.

Computer Files Are Going Extinct (cache)

Un peu forcé, je suis en train de revoir comment publier ce qui stocké ici. En réduisant les dépendances à la fois pour le code et pour l’écriture. C’est un long chemin que je prends plaisir à parcourir.

Il fait appel aux différents sens du mot « accessibilité ».


Look, all technology breaks sometimes. I’m not saying that new is bad because it’s buggy; I promise you, the old stuff broke too. You probably do not want to go back. But there’s a difference between “the car broke down” and “the car got lost”. One is a fragility of things: if you drive a car, you need to take responsibility for keeping it in good shape. It’s a scarcity problem. But the latter feels more like an abundance problem: it’s fragility of something, I just couldn’t put my finger on what.

Everything is Amazing, But Nothing is Ours (cache)

La fragilité de la connaissance. Ne plus avoir conscience de l’espace et du temps dans lequel on vit. D’où la perte de repères.

En l’occurence, ça n’est pas la voiture qui s’est perdue. Mais le code de quelqu’un d’autre dans sa voiture.


Autre façon de voir les choses : Jusqu’où vouloir filtrer le néga­tif et encou­ra­ger le posi­tif revient à se mettre la tête dans le sable pour ne pas voir la réalité ?

À quel point filtrer ce côté sombre, même partiel­le­ment, n’est pas une posture de privi­lé­gié qui n’est pas impacté aussi direc­te­ment que d’autres ?

Dépeindre un monde trop sombre (cache)

Si je me morfonds dans la négativité, cela finit par affecter ma santé et j’ai l’impression que les causes que je pourrais soutenir perdent un allié. C’est assez arrogant de penser cela et pourtant c’est le seul moyen que j’ai trouvé de (sur)vivre pour l’instant.


And even if humanity really is doomed, there’s always the hope that someday a hyperintelligent species of cockroach will inherit the Earth. And when cockroach archaeologists try to reconstruct our history, I would like them to be able to say, loosely translated from their complex pheromone-and-dancing system of communication: “These meatsacks may not have been as good at surviving as us cockroaches—but at least they tried!”

What can a software developer do about climate change? (cache)

Réflexion de la semaine : en utilisant les énergies fossiles, on consomme un héritage que nos ancêtres sur des millions de génération ont réussi à préserver. Le meilleur moyen de ne pas avoir d’héritage est de ne plus rien avoir à partager. Une situation de crise — à moyen terme — ne peut que réduire les inégalités.

Lorsqu’il ne reste que quelques gouttes au fond du verre, on ne se demande plus s’il est à moitié vide ou à moitié plein.

On économise notre salive.


Often consumers don’t have much power of selection at all. Those who run small businesses find it nearly impossible to walk away from Facebook, Instagram, Yelp, Etsy, even Amazon. Employers often mandate that their workers use certain apps or systems like Zoom, Slack, and Google Docs. “It is only the hyper-privileged who are now saying, ‘I’m not going to give my kids this,’ or, ‘I’m not on social media,’” says Rumman Chowdhury, a data scientist at Accenture. “You actually have to be so comfortable in your privilege that you can opt out of things.”

Tech issues: The myth of inevitable technological progress (cache)

Dis-moi de combien de dépendances est-ce que tu peux te passer et je te dirai à quel point tu es privilégié. La capitalisme consiste à rendre dépendants ceux qui ont moins.

Quid des privilégiés qui tentent de montrer un autre chemin ? À quel moment la marginalisation ne peut plus en être une ?


The main thing I discovered was that the snippets.db database file in the Suggestions folder stored my emails. And on top of that, I found that it stored my S/MIME encrypted emails completely UNENCRYPTED. Even with Siri disabled on the Mac, it still stores unencrypted messages in this database!

This is definitely not the expected behavior and can be considered an inadvertent information exposure.

Apple Mail Stores Encrypted Emails in Plain Text Database, fix included! (cache)

Au moment où je galère en attendant une mise à jour des GPGTools pour ne serait-ce que lire mes courriels chiffrés, j’apprends qu’ils sont en fait lisibles en clair sur ma machine… quelle blague. Lorsqu’une dépendance en combat une autre.

Restez patients si vous attendez une réponse chiffrée de ma part. Peut-être qu’il faut que je change de stratégie à ce sujet (ça serait pas mal des ancres plus précises, en attendant mieux). Et en même temps le courriel est une des technologies la plus proche de mes valeurs qui soit, ce serait dommage d’avoir recours à une autre infrastructure et un autre outil pour pouvoir s’échanger des données chiffrées.


Citation de la semaine :

Il est trop tard pour être pessimiste.

Gilles Boeuf au sujet de « Envers les animaux, une responsabilité globale »

Il y a tellement de sens possibles à cette citation <3. Il est probablement trop tard pour être in-dépendant également.

Merci Aurélien.

November 12, 2019 11:00 AM

November 05, 2019

David Larlet

☕︎ Positif

Envie de choses motivantes et enthousiasmantes. Il y a une notion importante en survie qui peut changer le déroulé d’une situation critique : l’espoir.


En prenant aujourd’hui du recul, les réseaux sociaux en général m’ennuient de plus en plus. Pendant longtemps j’ai apprécié Mastodon car je considère que j’ai des interactions de qualité sur ce réseau. Généralement j’ai toujours des réactions intéressantes à mes messages et je consulte du contenu de qualité. J’ai pu apprendre et découvrir beaucoup de choses grâce à Mastodon.

Mon souci, étant donné les comptes que je suis, est que le fil d’actualité est rempli d’informations et de messages plutôt critiques à propos de la société dépeignant un monde sombre. Avant je considérais ces messages intéressants, aujourd’hui je trouve que la balance penche trop vers le négatif et ça a un impact émotionnel. Je souhaiterais également trouver des messages positifs pour conserver mon bien-être.

Ma lassitude des réseaux sociaux aujourd’hui (cache)

C’est également ma conclusion après quelques mois de diète. J’ai manifestement choisi d’accorder — intentionnellement ou pas — trop d’attention à des personnes qui accroissent mon anxiété. Il est temps de changer.

Je vais essayer de partager de mon côté davantage de choses positives. J’aimais bien mes WeeklyPositiveThings d’il y a cinq ans.

Cette semaine :

  1. Faire de balades en forêt en famille
  2. Reprendre la numérisation d’une partie de l’histoire de ma famille
  3. Discuter de la suite de ce que l’on pourrait faire en tant qu’équipe

Une autre option serait de faire une carte carbone encore plus low-tech, sur des carnets à souche imprimés avec du papier sécurisé, à l’image des tickets restaurant. Ce format aurait l’avantage de permettre des échanges d’unités de carbone sans que ce soit enregistré par une autorité centrale, et sans même devoir passer par des machines.

Carte carbone : plutôt qu’une taxe, un quota pour chaque citoyen ? (cache)

J’aime bien l’idée d’avoir des tickets carbone, c’est un peu l’idée que j’explore en ce moment pour réduire à une échelle personnelle.

Malheureusement j’ai de gros doutes sur sa mise en application au vu des conséquences :

La bourse d’échange de carbone ouvre une possibilité de redistribution des plus riches vers les plus pauvres.

Ibid.

Via Un moment de bascule (cache).

J’ai calculé à la louche qu’en demandant le feu rouge piéton pour pouvoir traverser (et me rendre à l’école de l’autre côté de la deux fois trois voies), je fais (sur)consommer environ un demi-litre d’essence. Ce qui à raison de quatre passages par jour porte le bilan carbone à deux litres.

Sans même avoir de véhicule motorisé…


Citation de la semaine :

Le ralentissement autorise le silence, le recueillement. La lenteur permet d’honorer la beauté. Imaginez-vous un instant que vous traversiez un jardin. Placer son nez dans une fleur pour en sentir le parfum nécessite de s’arrêter de se pencher, de respirer. Cette célébration de la vie se passe avec de la lenteur. Elle permet de capter les détails. Goûter la vie est un viatique pour en saisir le sens.

Ralentir pour apprendre (cache)

Au début, la peur des ours/loups me faisait être bruyant (et chargé), l’envie me faisait aller vite et loin. Aujourd’hui, j’accorde du temps au chemin que j’effectue dans un relatif silence. La seule rencontre non fortuite que je puisse faire est avec le canon d’un chasseur.

Lorsque je suis en forêt, je réalise que je chuchote dans ma tête.

November 05, 2019 11:00 AM

October 29, 2019

David Larlet

☕︎ Dettes

Une semaine de repos tout relatif. Un bon moment pour prendre du recul et construire des projets enthousiasmants. Je suis presque impatient de l’arrivée de la neige !


None of our old infrastructure was built with planetary management in mind, and very little is even now. What we’re dealing with is hundreds of years of something that software world calls technical debt. Technical debt is the shortcuts and trade-offs engineers use to get something done either cheaper or in less time, which inevitably creates the need to fix systems later, often at great cost or difficulty.

Some technical debt is understood up front, some comes from builders being ignorant of the system they are working in. Most of our planet’s infrastructure is mired in huge amounts of technical debt, most of which we didn’t know we were signing up for at the time, some of which we’re just incurring recklessly as we go along, unable to face the scale of the problem and pushing it off on the next generation.

A World We Built to Burn (cache)

La grosse réécriture (cache) c’est d’aller coloniser une autre planète. Ce qu’il ne faut presque (cache) jamais faire (cache).

Ne laissez pas des techniciens aux manettes.


This approach to discovery—answers first, explanations later—accrues what I call intellectual debt. It’s possible to discover what works without knowing why it works, and then to put that insight to use immediately, assuming that the underlying mechanism will be figured out later. In some cases, we pay off this intellectual debt quickly. But, in others, we let it compound, relying, for decades, on knowledge that’s not fully known.

[…]

Building and maintaining a society-wide intellectual-debt balance sheet would probably require refining our approach to trade secrets and other intellectual property. In cities, building codes ask building owners to publicly disclose their renovation plans. Similarly, we might explore asking libraries or universities to accept, in escrow, otherwise hidden data sets and algorithms that have found a certain measure of public use. That would allow researchers to begin probing the models and underlying data on which we’re coming to depend, and—by building theories—make payments on our intellectual debt before it becomes due in the form of errors and vulnerabilities.

The Hidden Costs of Automated Thinking (cache)

Le biais introduit n’est pas nouveau, il prend une nouvelle importance en raison de l’échelle à laquelle il s’applique et des conséquences que l’on veut bien accepter en tant que société/humanité. Le risque est dans notre incapacité à pouvoir mettre en défaut une machine qui aurait appris sur des données incomplètes/erronées/biaisées.


Les individualités ressortent, les personnes viennent nous parler de leurs parcours, de leurs doutes et de leurs espoirs, de la dissonance cognitive qu’elles ressentent au quotidien, sans trop savoir vers où se tourner, quelles actions mettre en œuvre. Elles nous parlent des changements qu’elles ont mis en place, même quand elles travaillent dans des domaines a priori très durs à faire bouger. Elles relatent leurs cheminements intimes de reconnexion à ce qui se passe autour d’elles, à la "nature" et à ce qui a plus de sens.

Avec le temps et le recul, j’ai l’impression que c’est de cette dissonance et de l’incapacité des êtres à vivre avec elle trop longtemps que va émerger la force du changement. Comme le burnout est le symptôme positif qui montre la maladie de la société et du travail, la dissonance et la vitalité individuelle aideraient les personnes à refuser l’injustice de la situation.

Faire atterrir le design (cache)

On discutait hier de la conquête spatiale vs. le « problème » de la faim de dans le monde. Aucun programme politique ne propose de changer cela, l’injustice de la répartition de la richesse étant à prise de conscience variable en fonction de la distance.

Chacun·e essayant de vivre avec ses propres dissonances.


Je rends visite aux vieilles personnes, aux aînés. On parle du temps, on rigole un peu, on se transmet des nouvelles, puis ils racontent comment étaient les choses jadis. Ils nous racontent une légende. C’est une longue conversation décousue. Mais les choses qui reviennent encore et encore dans la conversation sont importantes et on sait qu’elles sont importantes. Ils ne nous disent pas qu’il faut faire ceci ou cela. Ils nous racontent une histoire. On rentre à la maison et on y repense, et on sait qu’ils nous ont dit une vérité.

Blake Debassige, cité dans Mary E. Southcott, Anashnaabe of Manitoulin Island, au musée canadien de l’histoire

Comment interpréter ces légendes et/ou histoires lorsqu’elles racontent un endettement ? Quelle confiance avoir dans une expérience qui nous a mené à une impasse ? Comment éviter de reproduire ces récits pour en inventer de nouveaux ?

Our memory is our coherence, our reason, our feeling, even our action. Without it, we are nothing.

Louis Bunuel quoted in Time, Self, and Remembering Online (cache)


J’écrivais récemment :

Et en même temps si notre échange d’il y a 12 ans avait été chiffré, il y a peu de chances que j’en ai eu encore les clés pour le retrouver…

C’est la seconde fois que je suis coincé par GPGTools pour pouvoir répondre à des courriels chiffrés suite à une mise à jour de macOS. La complexité technique introduit une dépendance à l’outil. Une forme de dette pour l’archiviste que j’aspire parfois à être.

October 29, 2019 11:00 AM

October 22, 2019

David Larlet

☕︎ Privilèges

Une nuit en forêt avec pour challenge de ne pas faire de feu. S’adapter petit à petit au manque de luminosité, décider de dormir à la belle étoile même avec des températures négatives. Se sentir chanceux.


Mes privilèges sont nombreux et me permettent d’apprécier ma vie, de mieux comprendre ce que peut être la vie des autres, et de relativiser les quelques épreuves qui j’ai pu rencontrer jusqu’ici ainsi que le mérite que je pourrais penser avoir en les ayant dépassées.

Mes privilèges (cache)

Merci Boris de partager cette liste, je ne me sens pas suffisamment stable émotionnellement pour assumer une telle liste pour l’instant. J’aime prendre connaissance des sommets que je pourrais gravir ultérieurement. J’apprécie les personnes qui me montrent l’un des chemins possibles pour y accéder.

Les montagnes techniques ne m’intéressent plus.


I prefer coding everything by hand, because I don’t like the huge piles of garbage that the automated generators create. These programs that generate a website, app, or file for you spit out thousands of lines of unnecessary junk when really only 10 lines are needed. Then people wonder why their site is so slow, and they think it’s their phone or connection’s fault.

Digital pollution (cache)

Je réfléchis beaucoup à ce que signifie l’auto-suffisance en matière de développement (web). La différence entre aller cueillir des poires dans le verger du voisin et en acheter une caisse chez Monsanto.

Une excellente façon de prendre conscience du coût caché de l’open-source.


Wendat jette un regard tout aussi critique sur les habitudes de conversation des Français. Sagard a été surpris et impressionné par l’éloquence et la capacité de raisonnement de ses hôtes, des compétences affinées par des discussions quasi quotidiennes sur les affaires communes ; ses hôtes, en revanche, lorsqu’ils ont pu voir un groupe de Français réunis, ont souvent remarqué la façon dont ils semblaient constamment se bousculer les uns les autres et s’entretuer dans la conversation, utilisant des arguments faibles, et surtout (le sous-texte semblait être), ne se montrant pas très intelligents. Ceux qui essayaient de s’emparer de la scène, refusant aux autres les moyens de présenter leurs arguments, agissaient à peu près de la même manière que ceux qui s’emparaient des moyens matériels de subsistance et refusaient de les partager ; on a l’impression que les Américains considéraient les Français comme vivant dans une sorte de guerre hobbésienne de tous contre tous.

La sagesse de Kandiaronk : la critique indigène, le mythe du progrès et la naissance de la Gauche (cache)

Peut-être que les européens ont décimé une vérité qui leur était trop insupportable à admettre ?

Cet article est incroyable.


Citation de la semaine :

Ton écran peut être selon ton vouloir ou bien ta fenêtre ou bien ton miroir !

L’apprenti sage, Gilles Vigneault


L’un de mes nombreux privilèges est de pouvoir échanger avec des personnes qui alimentent ma façon de pousser. Merci à vous.

October 22, 2019 11:00 AM

October 15, 2019

David Larlet

☕︎ Discrétion

Une semaine très chaotique. Je me demande souvent si je devrais pas me faire plus discret lorsque mon attention se trouve être sollicitée de manière non soutenable. Ou au moins ne pas avoir d’opinions trop tranchées. Et en même temps, c’est ce qui me permet de vider un trop plein.


La discrétion, que Benoît appelait la « mère des vertus », est le discernement mesuré des situations uniques, qui fait de notre obéissance le contraire même de l’enrégimentement. La réflexion que je souhaite encourager requiert de la discrétion de la part du lecteur, sans qu’elle en devienne privée pour autant. L’intimité est une construction sociale toute moderne. Elle relève de l’individualisme possessif qui forme les opinions semeuses de discorde. Ce que je souhaite vous voir partager avec moi, ce n’est pas une opinion, mais une angoisse presque insupportable face à […].

La perte des sens, Ivan Illich

J’avais déjà lu que pour d’autres cultures/civilisations, l’intimité n’existait pas forcément. Est-ce que l’intimité est nécessaire à la création de rareté, de capital personnel ? Peut-il y avoir capitalisme sans intimité ?

Vous avez une semaine.


“What if we were to take advantage of all these incredible solutions that have been developed and driven by people who have nothing to do with the federal government?” he asked during his speech to the packed ballroom. “What if we were to unlock those capabilities to do the mission of national defense? What if we were to take advantage of the long-tail marketplaces that have developed in the commercial cloud industries? That’s what JEDI is.”

Meet America’s newest military giant: Amazon (cache)

Vous pourriez être tenté de participer à une bibliothèque comme boto à un moment dans votre vie. Puis apprendre bien plus tard qu’elle pourrait être utilisée par le Pentagon pour des objectifs qui vous semblent en désaccord avec ce qui est bien ou mal. Ce n’est pas forcément une question de valeurs mais de temporalité.

Les développeurs sont les forgerons des temps modernes et ils sont en train de se rendre compte qu’une hache ne sert pas qu’à fendre du bois.

The Open Source movement has always been focused on code. The result is a system that sadly neglects people. Many maintainers find themselves in a curious place. On one hand, we have people who regret seeing their code used for unethical purposes, but, because of the Open Source values they previously embraced, are unable to do anything except watch their code become weaponized.

Open Source is Broken (cache)


This project is only relevant if the collapse is of a specific magnitude. A weak-enough collapse and it’s useless (just a few fabs that close down, a few wars here and there, hunger, disease, but people are nevertheless able to maintain current technology levels). A big enough collapse and it’s even more useless (who needs microcontrollers when you’re running away from cannibals).

But if the collapse magnitude is right, then this project will change the course of our history, which makes it worth trying.

Collapse OS - Why? (cache)

C’est la beauté de tout ce qui est entrepris relativement à un effondrement prochain : l’inconnu. On ne peut se préparer qu’à un certain ordre de magnitude pour un certain contexte. Pour les autres cas, il vaut mieux en rire.

Je salue l’initiative cela dit.


  1. Connaître l’impact de nos trajets en avion
  2. Comparer plus justement les différentes options
  3. Penser le trajet comme un voyage
  4. Profiter au mieux du spectacle par la fenêtre
  5. Rester connecté pendant le voyage
  6. Explorer de nouvelles villes pendant les correspondances
  7. Profiter et se laisser inspirer par le voyage

Et si demain on ne prenait plus l’avion ? (cache)

En ce moment, je me sens surtout responsable de faire prendre l’avion aux autres pour venir me voir. Ce qui est à double tranchant.

Les dissonances de l’expatriation trans-atlantique.


Tout va dans le même sens : Les héri­tages béné­fi­cient prin­ci­pa­le­ment aux plus favo­ri­sés. On ne parle pas de soli­da­rité inter­gé­né­ra­tion­nelle mais de perpé­tua­tion de la richesse par droit de nais­sance.

Quelques chiffres sur l’héritage (cache)

Merci Éric de faire ce travail, chiffres à l’appui. Et concernant les taxes appliquées :

Alors 16 % pour quelqu’un qui reçoit magiquement de quoi être dans les plus riches sans rien avoir fait pour, comparé à la taxation du travail… moi je dis que c’est insignifiant.

Si ça avait du sens, je proposerais même d’inverser (plus taxer l’héritage, moins taxer le travail)

Commentaire sur « Quelques chiffres sur l’héritage » (cache)

Si seulement tout cela avait un sens. L’héritage financier est une vaste blague.


Citation de la semaine :

Quand le passé est pris pour un gouvernail, le navire marche à reculons.

L’apprenti sage, Gilles Vigneault


Je me rends compte que je n’écris plus en anglais ici et ça a changé ma façon de penser. Ou plutôt ma faculté à pouvoir communiquer mes pensées en anglais plus rapidement. Peut-être quelque chose à prendre en considération pour la suite.

October 15, 2019 11:00 AM

October 08, 2019

David Larlet

☕︎ Désespérance

J’aime le rythme des saisons, je me demande ce que cela fait de vivre proche de l’équateur. L’impression que chaque jour se répète inlassablement. Dans quelle mesure la saisonnalité encourage la prise de recul ?


Ernst Bloch avait identifié le « principe espérance » comme cette force dynamique qui fait avancer l’humanité en quête de progrès. Ce n’est alors pas sans raison, peut-être, que Bakhtine indiquait que les carnavals permettent l’expression des « espérances populaires ». Mais y a-t-il aussi, du côté des rebelles d’aujourd’hui, un « principe désespérance » qui pousse à agir même lorsque l’action paraît vaine, lorsque le rapport de force est si défavorablement asymétrique que la révolution est plus que jamais nécessaire, mais parait plus que jamais improbable, pour reprendre les mots du pamphlet L’insurrection qui vient, du Comité Invisible ?

[…]

Aujourd’hui, l’humanité est totalement étatisée, pour reprendre l’expression de Thomas Bernard. Résultat : une bonne partie des forces progressistes est incapable de penser l’« efficacité » politique autrement qu’en des termes étatiques : nombres de sièges au parlement, nouvelles politiques publiques, etc. Quant au capitalisme mondialisé, il s’insinue partout et ne se limite plus à l’exploitation du salariat, à la production de faux besoins et à l’intoxication de la vie intime. Il menace la vie sur terre, avec la complicité des gouvernements qui feignent de s’en émouvoir.

Devant pareille catastrophe, l’espérance n’est plus de mise, mais la désespérance n’est pas nécessairement synonyme d’apathie. D’où l’expression : la rage du désespoir. D’où l’expression, également, de « pessimisme combatif » […]

Les nouveaux anarchistes, Francis Dupuis-Déri

Pessimisme combatif. J’ai l’impression d’avoir le choix d’un peu trop de combats ces jours-ci.

Niveau pessimisme ça devrait aller.


Although I was intellectually quite well prepared for the birth of my first child, I was stunned by the degree of randomness that this event created in my life. It took me a while to understand that it was pointless to plan my days the way I used to. This did not mean that I didn’t plan or prearrange, but that I needed different schemes to deal with the unplannable.

Women in particular have developed such schemes over the centuries—arrangements that are not a surrender to randomness, but an allotment of time and resources based on situational judgements. … What makes them so different is that holistic strategies are, more often than not, intended to minimize disaster rather than to maximize gain. (80)

A crucial distinction here is the place of context. Attempts to minimize disaster require recognition and a profound understanding of context. Context is not considered as stable and invariant; on the contrary, every response induces a counter-response which changes the situation so that the next steps and decisions are taken within an altered context. Traditional planning, on the other hand, assumes a stable context and predictable responses. (81)

Production and growth (cache)

Je ne connaissais Ursula Franklin que de nom et elle a l’avantage d’avoir une page wikipedia bien détaillée. Merci Lucas ! (cache)

Limiter les dégâts plutôt que de gagner davantage que son prochain. Il y aurait un parallèle à faire autour de l’agilité et de ma génération de développeurs et développeuses qui est devenue parent.

Coïncidence ?


Ensuite que le travail de ces réseaux que l’on dit sociaux est avant tout de produire de la norme et de faire en sorte que ladite norme satisfasse au modèle économique de régie publicitaire qui est le leur. Et que tout le reste n’est que littérature.

Or, à l’échelle d’une société, il existe plein de manières différentes de produire de la norme, de fabriquer des référents légitimes et d’en rendre d’autres illégitimes. La manière dont les réseaux sociaux fonctionnent aujourd’hui dès lors qu’ils ont à traiter de questions liées aux corps et à leur représentation dans l’espace public qu’ils circonscrivent au sein de leurs audiences plus ou moins captives, cette manière repose sur des effets de stigmatisation et de désignation (body shaming) qui hystérisent la visibilité de certains traits. Mais elle repose également de manière bien plus insidieuse, sournoise et, hélas efficace, sur notre besoin d’identification et d’appartenance sociale qui nous rend dociles à des effets d’invisibilisation toujours plus prégnants.

Cheveux longs et algos courts. (cache)

Produire de la norme, c’était l’objectif de la religion avant d’être celui de l’État. Seule une homogénéité est contrôlable (aujourd’hui on dit « influençable »).

Fausses nouvelles, vraies vieilleries.


The above quote yields a glimpse into my position on the entire matter: stop focusing on the solution, and start focusing on the problem. You probably know more about your specific problem than the people behind your “found” solutions do. It’s a reasonable approach to give this knowledge precedence over the unknown data that influenced the design decisions of others.

Thinking vs Choosing (cache)

Devenir la nouvelle mode sans être radicalement différent. Prendre le risque de perdre l’utilisateur·ice ou de guider une nouvelle tendance. L’arête est escarpée.

Designer c’est douter.


Some years ago I contacted them because a flaw had been found in TLS encryption that might be dangerous for them, and to my surprise no one there cared. They had been assuming their Internet traffic was being spied upon anyhow, and it turns they were right.

Later they told me “we all use VPNs” and was impressed how privacy conscious they were. But no they told me, everyone does that, because without a VPN the internet here is too slow, they suspected the spying machinery was generally overloaded. The VPN was for speed. It was not assumed to deliver privacy, on which point they were also proven right (most VPN providers are pretty shady).

I mention these two stories to show that our assumptions on oppressive regimes may be wildly off, and not represent the reality on the ground in China, Russia, Iran, Indonesia and Turkey. It is a lot of fun being an armchair imaginary political activist, but things are remarkably different if you actually live there.

Centralised DoH is bad for privacy, in 2019 and beyond (cache)

Lorsque la réalité est fantasmée.


L’engagement c’est comme le thé : quand il est trop fort, le veilleur perd sommeil ; et quand il est trop faible, il s’endort.

L’apprenti sage II, Gilles Vigneault

J’aimerais parfois pouvoir m’arrêter de veiller. Est-ce qu’il suffit d’arrêter de boire du thé ?


La Nature n’est ni un allié, ni un ennemi… Je me protégerai du vent, de la pluie et de la neige et j’allumerai un feu pour me réchauffer. Je ne laisserai ni la peur, ni la panique conquérir mon esprit car là se trouve le véritable ennemi. — Mors Kochanski

Survie 101: Initiation au bushcraft et à la survie (cache)

J’ai participé à un atelier de (sur)vie en forêt. Avec des personnes qui ont une approche qui m’intéresse. Cela m’a permis de prendre conscience des connaissances/expériences accumulées dans le domaine. Peut-être qu’il serait temps que je tente de transmettre cela ? Je ne sais pas encore quelle forme est-ce que cela pourrait prendre. J’ai l’impression qu’il y a un intérêt croissant pour le domaine, un peu comme l’auto-défense fut un temps.

Emblématique des peurs d’une époque donnée.

If you have some power, then your job is to empower somebody else.

Toni Morrison cité dans « The Weight of the WWWorld is Up to Us by Patty Toland » (cache)


In June 2014, Apple announced that development of Aperture has been discontinued. Since then, Apple has released six major macOS upgrades. For technical reasons, macOS Mojave is the last version of macOS to run Aperture. Starting with macOS Catalina, Aperture is no longer compatible with macOS.

Migrate Aperture libraries to the Photos app or Adobe Lightroom Classic (cache)

Apple m’indique qu’Aperture ne se lancera même plus à la prochaine version de macOS. Je procrastine depuis cinq ans sur le sujet sans trouver d’alternative valable (et je voulais bien sûr faire un tri avant…). Quand je vois les bugs de iCloud + Photos.app par ailleurs je ne peux considérer cette option comme étant (v|f)iable. J’hésite à tout exporter en jpeg dans un coin en attendant mieux, c’est peut-être le format qui sera le plus longtemps supporté.

Il y a déjà deux autres outils que j’utilise qui mentionnent une migration potentiellement difficile. Plus grande sera la friction, plus motivé je serai à aller voir ailleurs.

Ravi.

October 08, 2019 11:00 AM

October 01, 2019

David Larlet

☕︎ Présent

Être moins soucieux pour l’avenir en ayant des actions au présent. S’occuper, se résigner, suivre le flux présent en croyant à une certaine conscience collective. Fermer les yeux.


Il y a une grosse insistance dans le livre sur l’anarchisme que je lis à vivre cette révolte au présent à travers le « socialisme utopique » (en opposition au « socialisme scientifique » issu du marxisme qui aspire à de meilleurs lendemains). Je n’avais pas envisagé cela sous cet angle auparavant.

Or les expériences temporaires nous encouragent aussi à (re)penser notre rapport au politique et au temps.

E. Armand (Milieux de vie en commun et colonies) minimisait au début du XXe siècle l’importance de s’inscrire dans la longue durée. Selon l’expérience des colonies libertaires, la durée est en fait « un signe infaillible d’amollissement et de relâchement ». Il faut d’ailleurs se demander ce que signifierait une expérience anarchiste se coagulant dans la durée : quelle liberté resterait à ceux et celles y participant, qui ne feraient que répéter et mimer des pratiques définies par d’autres et depuis longtemps stabilisées ?

[…]

Ces expériences temporaires temporaires restent significatives pour qui y participent. Pourquoi évaluer uniquement la pertinence politique d’une action à sa capacité à faire advenir plus rapidement une Révolution ? Pourquoi tout de suite se demander comment gérer l’avenir ? L’autogestion se vit au quotidien, et se conjugue donc toujours au présent.

Les nouveaux anarchistes, Francis Dupuis-Déri

Je suis finalement allé faire acte de présence auprès de 500 000 autres personnes à Montréal. Une collection d’individus anxieux qui s’extériorisent (littéralement). Je n’ai jamais aussi peu vu de policiers à une manifestation. C’est peut-être ce qui m’a le plus impressionné.

Cela représente un·e montréalais·e sur quatre.


Les tribus de la Zomia, incroyablement hétérogènes, ont multiplié les stratégies pour contourner l’État et échapper à son pouvoir. Tout ce qui, de manière classique, est mis sur le compte de la barbarie, d’une incapacité à rejoindre la civilisation – définie par la sédentarité, l’écriture, la distinction entre État et société, la fixité des identités, etc. –, découle pour Scott de choix conscients et délibérés des peuples des collines pour éviter l’État, à défaut de pouvoir le défier ou le renverser. […]

La première de ces stratégies repose sur l’adoption d’un mode de vie itinérant. Pour Scott, la culture sur brûlis et la cueillette n’ont rien d’archaïques mais procèdent d’une volonté d’opposer la mobilité à tous les efforts que l’État déploie pour borner les propriétés, les privatiser et les consigner dans les registres du cadastre. Que peut prélever le fisc si l’agriculture n’est pas concentrée ? […]

Plus fondamentalement, Scott considère que l’absence d’écriture, traditionnellement associée à une incapacité à entrer dans l’histoire, est en fait un choix volontaire des tribus, qui privilégient la culture orale par opposition aux logiques scripturales de l’État. […] Sans écriture, les montagnards sont aussi sans histoire, ce qui les préserverait du fléau de l’identité et de la fixité.

Zomia, là où l’État n’est pas (cache)

J’aime beaucoup le parallèle avec les riches actuels qui font transiter leur argent de paradis fiscaux en paradis fiscaux en tentant d’effacer des lignes d’écriture comptable.

Pendant des siècles, les faibles si bien étudiés par Scott ont résisté par les vertus du nomadisme, de la fluidité et du jeu avec les identités. Ne sont-ce pas là les armes modernes qu’utilisent les plus puissants pour échapper aujourd’hui aux contraintes de la souveraineté ou aux exigences de la solidarité ?

Ibid.

Là où seule la distance géographique (temporelle) permettait d’échapper à l’État, c’est dorénavant une distance pécuniaire qui autorise à s’y soustraire.

Les riches sont-ils les nouveaux rebelles ? ©LePoint


notre communauté ne veut pas la révolution ; elle est la révolution. Mais elle a surmonté le vieux sens négatif de la révolution ; pour nous la révolution, ce n’est pas renverser de vieilles choses, c’est vivre de nouvelles choses. Ce n’est pas l’esprit de destruction qui nous anime, mais un enthousiasme créateur. Ce qui fait le caractère de notre révolution, c’est que, en petit groupe, dans une pure communauté, nous faisons naître une vie nouvelle.

Communauté, Martin Buber

Peut-être que je me sens prêt à aller vers un regroupement plus communautaire malgré mon aversion pour certaines relations sociales. Tenter de créer de nouvelles choses, un peu à la marge et enthousiasmantes.

Et accepter mon prochain ?


L’obéissance, au sens biblique, est l’épitomé d’audire, « entendre ». Il s’agit d’une écoute que rien ne contrarie, d’une disposition inconditionnelle à entendre, d’une inclination sans mélange à se laisser surprendre. Elle n’a rien à voir avec ce que l’on appelle l’obéissance aujourd’hui, quelque chose qui implique toujours la soumission et connote vaguement notre rapport avec nos chiens. Quand je me soumets, mon cœur, mon esprit et mon corps passent au-dessous de l’autre.

Quand mon écoute est inconditionnelle, respectueuse, courageuse, quand je suis disposé à recevoir autrui comme une surprise radicale, je fais autre chose. Je m’incline, je me penche vers l’altérité radicale de quelqu’un. Je renonce à chercher des ponts entre l’autre et moi-même, reconnaissant le gouffre qui nous sépare. Paradoxalement, pourtant, renonçant à un lien, j’amorce entre nous une relation libre pour laquelle nous ne disposons que d’un mot malmené, le « prochain ».

Me penchant au-dessus de cette béance, je prends conscience de la profondeur de ma solitude ; mais je puis la supporter à la lumière de la ressemblance substantielle entre l’autre et moi. La seule chose qui m’atteigne, c’est l’autre dans sa parole, que j’accepte en confiance. Par la force de cette parole, je puis être maintenant assez confiant pour marcher en surface sans être englouti par la puissance institutionnelle. […]

Cette espèce de confiance docile est la substance de l’Évangile ; le pouvoir institutionnel d’enseigner en est l’antipode. La docilité est une réponse aimante à l’incarnation d’une parole aimante. Ce que nous appelons aujourd’hui les systèmes éducatifs, c’est la matérialisation de l’ennemi, du pouvoir. Son rejet du pouvoir — en Grec, son an-archie — trouble le monde du pouvoir parce que Jésus se soumet totalement à lui sans jamais y prendre part. Sa soumission même est d’amour. C’est une relation d’un nouveau genre […]

La perte des sens, Ivan Illich

La lecture d’Ivan Illich me donne à nouveau envie de m’intéresser à la religion. Je repense à nos échanges sur le sujet avec Aurélien. J’aimerais prendre le temps d’en discuter avec Stéphane.

Un bon moment pour remettre un peu de sel dans ma vie.

Thomas rebondit (cache).


Sans compter que… ce n’est pas sain ! On le sait, c’est hyper pratique de pouvoir dire « tu veux une alternative, va voir les Framachins ! ». C’est rassurant d’avoir tout dans un même endroit, sous un même nom… On le sait, et c’est même pour cela qu’on a utilisé cette technique de la marque « frama », qui pourtant, n’est vraiment pas notre tasse de thé.

Mais centraliser des trucs sur Internet, ce n’est pas une bonne idée : non seulement ce réseau n’a pas été pensé pour créer des points de centralisation, mais surtout c’est en mettant toutes nos données dans le même panier que l’on concentre les pouvoirs entre les mains des personnes qui gèrent les serveurs, et c’est sur cette pente glissante que se sont créés des géants du web tels que Google ou Facebook.

Il faut donc nous déframasoftiser.

Déframasoftisons Internet ! (cache)

Saine décision. Framasoft nous a montré que ces services étaient utiles et utilisables. À nous de prendre le relais en ajoutant de la diversité et de la décentralisation.

J’utilise Framagit et Framaboard au quotidien. Merci de m’avoir prêté vos machines.


To decarbonize, we need to decomputerize.

This proposal will no doubt be met with charges of Luddism. Good: Luddism is a label to embrace. The Luddites were heroic figures and acute technological thinkers. They smashed textile machinery in 19th-century England because they had the capacity to perceive technology “in the present tense”, in the words of the historian David F Noble. They didn’t wait patiently for the glorious future promised by the gospel of progress. They saw what certain machines were doing to them in the present tense – endangering their livelihoods – and dismantled them.

To decarbonize we must decomputerize: why we need a Luddite revolution (cache)

Ce n’est pas la première fois que je vois passer une ode au Luddites. Ou du moins que cette approche m’attire, celle de prendre conscience de ce que la technique quotidienne implique.

Il faudrait que je creuse un peu ce sujet.


Citation de la semaine :

Respecter, c’est regarder une deuxième fois. Avec plus d’intérêt que la première.

L’apprenti sage II, Gilles Vigneault

Pas mal de lectures hors écrans cette semaine. Les effets à moyen terme d’un arrêt de lecture de timelines commencent à se faire ressentir. Pas pire.

October 01, 2019 11:00 AM

September 24, 2019

David Larlet

☕︎ Manifester

Je me rends compte que je raconte souvent mes balades en forêt mais rarement lorsque c’est en famille. Comme si ces sorties étaient plus intimes, ou moins portées sur la réflexion. L’expérience acquise seul me permet d’être en confiance une fois à plusieurs.


Je vais manifester pour dire que ce sujet est important. Comme le dit Alex Steffen, une personne qui n’a pas démérité depuis 15 ans pour faire avancer les choses, “The climate emergency is not an issue, it’s an era.” C’est notre ère, c’est notre vie. Nous devons être là pour demander des gestes dont nous savons qu’ils seront désagréables, dans un premier temps. J’irai manifester pour dire que je suis prêt aux changements nécessaires pour être en phase avec notre ère; que certes, il y aura des conséquences à ces changements, mais que les conséquences de l’inaction seront de loin plus lourdes. Il est temps d’agir.

Pourquoi je vais manifester vendredi (cache)

Y aller ou ne pas y aller. Avec violence ou pas. Déguisé en clown ?

Les clowns rebelles adoptent une position en rupture avec cette attitude jugée inutilement sérieuse, voire puriste : « Nous sommes des clowns, car que peut-on être d’autre dans un tel monde stupide. Parce qu’à l’intérieur de toute personne se trouve un clown sans loi qui essaie de s’évader. Parce que rien ne mine l’autorité comme de révéler son ridicule. »

[…]

L’approche des clowns permettrait de « rester imprévisible. À la confrontation et à la négociation, les clowns choisissent d’opposer la confusion. »

Les nouveaux anarchistes, Francis Dupuis-Déri

Toujours empli de doutes quant à la radicalisation.


Alors nous ne ferons pas barrage. L’histoire jugera. « Antifasciste pour antifasciste, un jour on comptera les points », disait François Bégaudeau, sommé sur France Culture de se prononcer sur le fameux barrage. L’histoire nous jugera, oui, et surtout l’histoire vous jugera. Elle jugera quelles étaient les puissances à l’œuvre, quels étaient les rapports de force de l’époque, qui avait le pouvoir d’agir dessus, qui ne l’a pas fait et, surtout, qui l’a fait pour favoriser le désastre. Nous ne transpirons pas à cette idée. Et vous ?

Nous ne ferons pas barrage (cache)

Les cartes locales sont constellées d’initiales B.C. pour Barrage Castor. Manifestement rien à voir, sauf qu’il s’agit d’une piste : troquer un gros barrage quinquennal contre une multitude de barrages au quotidien.

Il manque un emoji de castor.


However, it is clear that checks and balances have not provided relief to the fundamental issues of the policies in question. Chef, as well as other companies, can take stronger positions against these policies that violate basic human rights. Over the past year, many of our employees have constructively advocated for a change in our position, and I want to thank them.

After deep introspection and dialog within Chef, we will not renew our current contracts with ICE and CBP when they expire over the next year. Chef will fulfill our full obligations under the current contracts.

An Important Update from Chef (cache)

Que faire lorsqu’on collabore avec un exécutif qui semble très éloigné de ses valeurs ? Je me suis beaucoup posé cette question ces dernières années.

Je lisais aussi par ailleurs :

The software may not be used by individuals, corporations, governments, or other groups for systems or activities that actively and knowingly endanger, harm, or otherwise threaten the physical, mental, economic, or general well-being of underprivileged individuals or groups.

The Hippocratic License (cache)

Non seulement son application me semble impossible à tenir mais je suppose qu’il y a beaucoup de produits où la limite est bien plus grise que ça.

À rapprocher de :

The canonical horrible, no good, very bad example of this is the JSON license, an MIT-family license plus “The Software shall be used for Good, not Evil.”. This kind of thing might be “very Crockford”. It is definitely a pain in the ass. Maybe the joke was supposed to be on the lawyers. But they laughed all the way to the bank.

The MIT License, Line by Line (cache)


La lecture en arpentage consiste à partager les pages d’un livre et à les distribuer à un collectif. Il s’agit d’une pratique issue de l’éducation populaire et ouvrière qui offre la possibilité de mettre en mouvement l’intelligence d’un groupe. À l’origine, elle a été pratiquée par les ouvriers pour s’approprier des textes législatifs ou politiques. En ce sens, elle représente une forme d’autogestion et d’autodidactie collective qui permet de se passer de la glose de l’expert, quel qu’il soit. C’est une pratique qui vise à l’autonomie du collectif concerné. Dans les maquis du Vercors, les résistants, conscients de la nécessité de lutter aussi par la pensée, ont repris cette pratique de lecture. Elle permet un partage de la culture, « légitime » autant qu’ouvrière. Ce partage prend la forme d’un échange de points de vue et permet aux membres du groupe d’affermir leur pratique argumentative mais aussi de questionner le sens, la structure ou encore la portée de l’œuvre. En somme, c’est un outil d’accès à la culture par le partage et par la réflexion critique.

La culture en partage (cache)

Arpenter des programmes politiques plutôt que de battre le pavé ? Arpenter des publications scientifiques plutôt que de rafraîchir des timelines ?


“The past keeps changing,” the historian Margaret MacMillan has said, “because we keep asking different questions of it.”

post-modern late-capitalism or late-capitalist post-modernism? (cache)

Quelles questions pourra-t-on poser à notre époque ? Quelle est la légitimité des injonctions à avoir des actions historiques en (ne) sachant (pas) cela ?

September 24, 2019 11:00 AM

September 17, 2019

David Larlet

☕︎ Arpenter

Vingt-quatre heures dans la forêt. Un marathon de marche afin d’épuiser le corps et l’esprit. Pour penser, dé-penser, repenser. Panser des blessures profondes, faire le vide, faire le plein. Habiter la forêt comme un lieu accueillant, un refuge aux bruits de ce monde.


La particularité de l’anarchisme réside plutôt dans sa conception radicale des principes de liberté et d’égalité, qui favorise un processus de prise de décision autonome, horizontal, participatif, délibératif et consensuel. L’anarchisme offre ou se présente alors comme une « boussole éthique », comme l’ont suggéré plusieurs anarchistes, puisqu’il offre quelques critères pour évaluer la meilleure direction à prendre, en terme d’organisation collective, de processus de prise de décision, d’action individuelle et collective.

[…]

Or, la dynamique des groupes d’affinité est influencée de façon particulière par l’amitié entre ses membres. En formant ou en joignant un groupe d’affinité, les individus deviennent ce qu’il convient de nommer des amilitantes et amilitants. Ce nouveau concept évoque à la fois un amalgame entre le rôle d’ami et de militant, ainsi qu’une certaine négation du militantisme traditionnel (le préfixe a- pouvant indiquer une négation). C’est ici l’amitié qui influence avant tout le comportement politique, plutôt qu’une doctrine idéologique ou un patriotisme organisationnel, comme dans le cas du militantisme traditionnel ; et cette politique de l’amitié favorise une diffusion — conscience ou non — des principes anarchistes au sein du mouvement altermondialiste. Amilitantes et amilitants sentent que la primauté du lien affinitaire et amical au sein de leur groupe implique presque naturellement un désir et une volonté de rechercher le consensus.

Les nouveaux anarchistes, Francis Dupuis-Déri

Yannick évoquait l’anarchisme il y a quelques temps au sein de scopyleft, je creuse un peu.


Ne faites pas non plus des restrictions personnelles pour sauver la planète : c’est inutile. Pour chaque lumière que vous éteignez, y a un gratte-ciel de bureaux qui laisse sa lumière, son chauffage/sa clim et ses PC, téléphones et photocopieurs allumés toute la nuit et chaque week-end (et pour chaque robinet que vous fermez, il y a une commune qui arrose ses routes pour laver la poussière — riez pas, c’est arrivé pas loin d’ici durant la canicule).

Faites ça pour votre porte-monnaie, et uniquement pour ça. Car au final, c’est vous qui consommez, c’est vous qui payez. Et tout ce que vous ne payez pas en électricité, vous pourrez le dépenser dans ce que vous voulez réellement : un bon restau, une sortie, un cadeau, ou n’importe quoi.

L’électricité verte, c’est quoi ? (cache)

Et si ce que l’on veut réellement c’est justement ne pas dépenser ? Comment rendre montrable — et donc enviable — le fait de ne pas faire quelque chose ? Non pas une vie d’ascète mais une vie décente, en accord avec l’énergie disponible pour tous et pour longtemps.

Au passage, je consultais les données climatiques pour Montréal et il n’y pas grand chose qui ne serait pas relativement enviable pour un autochtone si ce n’est la montée des eaux. Bon soit, l’approvisionnement en nourriture aussi…


Il faut rendre la propriété temporaire : les mêmes personnes ne doivent pas concentrer le capital éternellement. Je propose qu’au-delà d’un certain seuil, chacun redonne à la collectivité une partie de ce qu’il détient. J’imagine un impôt très progressif sur la propriété : il serait très faible (mettons 0,1 %) pour les personnes qui possèdent 100 000 ou 200 000 euros (trois fois moins que l’actuelle taxe foncière), mais pourrait monter jusqu’à 90 % pour ceux ayant au-delà de 10 000 fois le patrimoine moyen, c’est-à-dire plus de 2 milliards d’euros. Dans un tel système, les milliardaires disparaîtraient, de fait. Mais la petite propriété privée, elle, aurait toute sa place, tout comme l’entreprenariat. Car l’idée qu’il est tout à fait naturel que les entrepreneurs soient milliardaires est un mythe absurde, sur lequel repose en partie notre culte de la propriété privée : en réalité, les entrepreneurs qui ont des idées ne gagnent bien souvent pas des fortunes, et le dynamisme économique se nourrit justement de ces petits succès, de ces petites entreprises. L’hyperconcentration du capital entre les mains de quelques personnes n’est pas un modèle efficace ni indépassable.

Thomas Piketty : « Chaque société invente un récit idéologique pour justifier ses inégalités » (cache)

Si vous avez lu mon programme politique, vous savez à quel point j’aime l’héritage (surtout immobilier). Aussi quand je lis une personne, qui me semble être médiatique (en tout cas j’ai déjà entendu son nom), s’exprimer en ces termes je me dis que les propositions finiront bien par germer ici et là. Que proposer comme transition ? Quel est le premier pas acceptable ?


This year I wanted to reduce the volume of races (less traveling and resting) to be able to train more / better and try to give the best in the races I was competing, changing quantity to quality.

Training and Racing Summer 2019 (cache)

Kilian partage ses capacités, entrainements, etc. C’est assez impressionnant. Je lisais par ailleurs qu’il disait récupérer un peu moins bien. Jajaja.


When a society helps people through its shared democratic institutions, it does on behalf of all, and in a context of equality. Those institutions, representing those free and equal citizens, are making a collective choice of whom to help and how. Those who receive help are not only objects of the transaction, but also subjects of it — citizens with agency. When help is moved into a private sphere, no matter how efficient we are told it is, the context of the helping is a relationship of inequality: the giver and the taker, the helper and the helped, the donor and the recipient.

Winners take all, Anand Giridharadas

À rapprocher de :

In this respect, any movement toward a more just and civil society can now be considered a meaningful climate action. Securing fair elections is a climate action. Combatting extreme wealth inequality is a climate action. Shutting down the hate machines on social media is a climate action. Instituting humane immigration policy, advocating for racial and gender equality, promoting respect for laws and their enforcement, supporting a free and independent press, ridding the country of assault weapons—these are all meaningful climate actions. To survive rising temperatures, every system, whether of the natural world or of the human world, will need to be as strong and healthy as we can make it.

What if We Stopped Pretending the Climate Apocalypse Can Be Stopped? (cache)

Lorsque je chemine sur l’arbre des possibles, je vois un retour à l’État et à la religion. Mutualiser d’un côté, faire groupe de l’autre. Comment réussir à morceler cela en minimisant la violence ? Se redéfinir sans avoir besoin d’un bouc-émissaire. Partager sans passer par un système pyramidal.

La protection de la nature, de la variété et de la liberté humaines ne sera assurée que si l’on dissocie l’économie nationale ou multinationale en petites unités autarciques et autogérées

Bernard Charbonneau cité dans « Greta Thunberg, Extinction Rebellion et le mouvement pour le développement durable (cache) »


The pollution caused by an event is part of the hidden costs and we want to ensure that we take responsibility for it.

2019:Carbon offsetting (cache)

Combien de tonnes de carbone économisées pour une annulation de ParisWeb (cache) ?

Note : ce n’est plus le cas, ce billet mériterait d’être édité.


The amount of time and knowledge that you need to have to setup such tools and services and to keep them up and running is insane.

Yes, they save a lot of time once they are working. If you don’t touch them they are probably stable for a while. But I never learned to love them in all those years. It’s more like a love-hate relationship, slightly tilted to hate.

Simplicity (II) (cache)

Je verse une larme de réalité à chaque paragraphe de cet article. L’intégration continue c’est bien, l’intégration soutenue c’est mieux. Il faudrait que j’écrive un billet là-dessus.


Citation de la semaine :

as a programmer and as a parent, I’m always cleaning up shit created by a younger version of myself

Zach Leatherman (qui prend possession de ses archives Twitter (cache))

J’ai ri.

September 17, 2019 11:00 AM

September 10, 2019

David Larlet

☕︎ Nostalgie

Un brin de nostalgie cette semaine lorsque j’ai essayé de retrouver des informations sur mon site au sujet du Canada. Il faudra que je propose une recherche par ici, un jour.

Tout d’abord cette petite pépite d’il y a 12 ans :

Québecois, canadiens, vous avez un merveilleux pays. Ne laissez pas le profit saccager tout ça avec des hordes de français tous plus incorrects les uns que les autres et conservez ce patrimoine. L’eau est la richesse de demain et ce pays va donc devenir une puissance mondiale importante au cours des prochaines décennies, vous n’avez pas besoin d’exploiter au maximum la filière du tourisme comme certains pays.

Le pire, et c’est là où j’ai vraiment eu honte, c’est que vous adorez les français ! Il serait peut-être temps que je déménage moi...

Recette du français en vacances à l’étranger

Lorsque je parle de pépite, il ne s’agit pas forcément d’un contenu que je ne cautionne plus totalement aujourd’hui mais de cette allusion au déménagement. Cela m’a aussi renvoyé à une histoire d’ex-patriation où je me rends compte à quel point les commentaires c’était un autre temps. Et c’était pas mal.

Au passage, je relis Intégrer une équipe qui résonne avec Faire équipe, puis Diète de tweets il y a six ans déjà…

Ce site aura 15 ans dans quelques semaines, ça correspond à la création de Facebook et à la sortie de Firefox 1.0 (cache). Pour la peine j’ai relu le billet des 10 ans mais aussi un web omni-présent. J’aurais du mal à être optimiste sur l’évolution du Web au cours de ces cinq dernières années. Vraiment.

Être humain veut dire connaître le chemin, le pont et la porte.

La perte des sens, Ivan Illich

Il va me falloir du temps pour rééquilibrer cela ayant privilégié le chemin à la porte depuis très longtemps. Ouvrir son esprit à beaucoup plus de choses. Explorer de nouveaux ponts, emprunter ceux proposés par d’autres. Avoir la main sur la poignée sans savoir s’il faut tirer ou pousser. Accueillir ou s’inviter.

non pas comme un antiquaire concerné par son caractère de passé, mais en tant qu’historien qui essaie de faire ressortir ce qui du passé est part de nous-mêmes.

Citation de Paolo Prodi dans la Préface de La perte des sens, Ivan Illich


Panneau dans un parc avec l’interdiction d’avoir un chien, un vélo, des boissons (alcoolisées), de faire du hockey (?), un seul pictogramme autoriser : jeter à la poubelle. Que peut-on faire dans un parc pour enfants ? Jeter uniquement.

Où l’on peut observer une profondeur de champ numérique qui a du mal avec les grillages. Ça donne un certain charme. Et un charme certain lorsque ça deviendra rétro, d’ici quelques années. Les bugs d’aujourd’hui sont les points d’intérêt de demain.

L’envie de (re)faire des photos.


Étudier un jour les similitudes entre le geste de semer et celui d’écrire. Entre le compost et les archives.

L’apprenti sage, Gilles Vigneault

Arrivé·e ici, vous devez en avoir marre de lire des liens auto-centrés. Et ça tombe bien, j’ai commencé à rassembler des articles que je trouve intemporels en date de la dernière semaine de cette année. Contrôler son espace de publication, c’est avoir la liberté de faire des choix sans être limité par les choix qui ont conduit à l’outil d’un·e autre.

Planter des liens et voir pousser un Web.

September 10, 2019 11:00 AM

September 03, 2019

David Larlet

☕︎ Déconstruire

Cette semaine, tentative de reconstruction de mon dos. Trois jours en forêt pour méditer, faire voler des hameçons au-dessus du raft, analyser le poids que j’ai sur les épaules.

Déconstruire l’espoir de pouvoir aller à l’encontre de l’effondrement de cette civilisation. Accepter que les survivants feront au mieux avec ce qu’il leur restera. Accepter d’avoir sa part de responsabilité et d’impuissance. Au même titre que les nouveaux optimistes (cache), ces vieux milliardaires repentis.

Accompagner des enfants.

Déconstruire le fait que la première chose qu’apprenne les enfants en maternelle à l’école publique au Québec en 2019 c’est à se mettre en rang. Les filles d’un côté, les garçons de l’autre.

L’année va être longue.

Déconstruire l’imaginaire que les femmes ne peuvent pas arriver avant les hommes (cache). C’est à la fois triste et ironique. J’ai tout de même un peu de mal à en rire.

Laisser courir.

Déconstruire le fait qu’il ne puisse y avoir un respect de la nature dans nos sociétés actuelles. Que la piste de protection ne peut être économique (cache). Accepter que le Web soit un acteur majeur de cet irrespect (cache). Et que les concepteurs n’aient pas la moindre empathie (cache) alors que les solutions techniques existent (cache).

Construire une cabane. Loin…

Déconstruire les réflexes patriarcaux même et encore plus lorsqu’ils sont liés au capitalisme (cache). Continuer à douter (cache), à écouter, à évoluer, à admettre.

Déconstruire l’immonde pour (re)construire son monde.

September 03, 2019 11:00 AM

August 27, 2019

David Larlet

☕︎ Documenter

Une semaine à notamment s’interroger sur ce qui fait coopérative. Et peut-être qu’il s’agit d’avoir une histoire commune à raconter. Partager non pas ce que l’on a fait ensemble mais ce que l’on a été ensemble. Réflexion à poursuivre… à documenter ?


Ce document est une forme expérimentale de backlog, c’est ici que nous allons écrire, décrire ce que le service fait ou va faire. Peut-être pourrait-on l’appeler documentation vivante, mais n’ayant pas encore lu le livre de Cyrille Martraire Living Documentation, je me garderais bien d’utiliser ce terme.

Les phrases gras qui commence par En attendant correspondent à des choses qui ont été faite rapidement dans l’application en attendant mieux.

Les phrase en italique qui commence par En option et qui utilise le conditionnel, correspondent à des choses qui pourrait être faite plus tard, afin d’améliorer l’utilisation du service.

DaTrust (cache)

Yannick explore des choses et c’est un sujet qui m’intéresse beaucoup (notamment car je participe à des équipes distribuées). Introduire de l’écriture dans le processus de création, non pas a priori mais pendant pour savoir comment est-ce que l’on en est arrivé là a posteriori. Quelles étaient les intentions sous-jacentes ? Dans quel contexte ces choix ont été faits à l’époque ? Etc.

Tout en rendant cette histoire explicite et consultable et pouvant être enrichie par toutes les personnes du produit.


I didn’t know how to write a book. But I did know how to give a workshop. […] The workshop was a prototyping device. It was going to do three things:

  • Force me to come up with a full day’s worth of content that could eventually become a book.
  • Get instant feedback from an audience to learn what’s interesting, what resonates and what doesn’t.
  • Put something out into the world that people could buy, so I could interview them afterward using the jobs-to-be-done approach.

How I Wrote Shape Up (cache)

Ryan Singer explique le processus d’écriture de Shape Up (cache, PDF, 20 Mo), dont je n’ai pas encore pris le temps de parler. J’apprécie beaucoup le partage de ce processus car il m’offre des pistes de réflexion pour documenter ma propre façon de travailler.

Lean Writing?


June 1, 2020: users will not be able to use Mercurial features in Bitbucket or via its API and all Mercurial repositories will be removed.

Sunsetting Mercurial support in Bitbucket (cache)

Git a gagné. Cela me désole qu’il puisse y avoir un monopole de la décentralisation. Enfin encore faudrait-il voir ce que l’on entend par décentralisation lorsqu’il y a un oligopole d’acteurs mais passons.

En voyant le verre à moitié plein, cela va me permettre de faire du ménage dans l’historique de ce qui est publié (actuellement sous mercurial). Et peut-être le rendre public ? Je vois la valeur que cela pourrait avoir. Et en même temps pour moi l’écriture est une pratique relativement intime.

Peut-être que cela me permettrait d’en apprendre davantage sur mon propre processus ?


Many parents and pediatricians speculate about the role that screen time and social media might play in this social deficit. But it’s important to acknowledge that simply taking away or limiting screens is not enough. Children turn to screens because opportunities for real-life human interaction have vanished; the public places and spaces where kids used to learn to be people have been decimated or deemed too dangerous for those under 18.

We Have Ruined Childhood (cache)

No kidding.

Pun intended.


But the real tragedy of modern technology is that it’s turned us into consumers. Our voracious consumption of media parallels our consumption of fossil fuels, corn syrup, and plastic straws. And although we’re starting to worry about our consumption of those physical goods, we seem less concerned about our consumption of information.

We treat information as necessarily good, and comfort ourselves with the feeling that whatever article or newsletter we waste our time with is actually good for us. We equate reading with self improvement, even though we forget most of what we’ve read, and what we remember isn’t useful.

Consume less, create more (cache)

Est-ce que le ratio créateur·ice·s/consommateur·ice·s a évolué au cours du temps ? Est-ce qu’il peut même évoluer compte tenu de l’importance d’avoir des comsommateur·ice·s pour se motiver à créer ?

Le stylo/pinceau/clavier invisible de la création.


Le 18 décembre 2018, cailloux n°18, six minutes et trente-cinq secondes de grâce.

cailloux n°44 : premier anniversaire (cache)

Merci Alexia de ressortir des archives ce petit caillou/bijou que j’avais loupé. Sur un morceau que j’apprécie énormément.

Au passage, Alternate Tube Redirector sauve des ours blancs et réduit votre exposition aux algorithmes de Google.


Today, we are updating our advertising policies with respect to state media. Going forward, we will not accept advertising from state-controlled news media entities. […] We are exploring transparency approaches to keep the public updated on these types of actions going forward.

Updating our advertising policies on state media (cache)

Commencer par documenter pourquoi est-ce que l’on prend une telle décision serait la moindre des choses.

La base en fait.


Citation de la semaine :

Le froid, le silence et la solitude sont les trois produits de luxe du monde contemporain.

Une vie à coucher dehors, Sylvain Tesson

À méditer lors de ma prochaine balade dans les bois. Le froid s’en vient.

P.S. : toujours intéressant de voir à partir de quand est-ce que l’on a les pieds dans l’eau lorsqu’on habite sur une île.

August 27, 2019 11:00 AM

August 26, 2019

David Larlet

★ Faire équipe

Ceci n’est pas une recette, encore moins une méthode. Il s’agit d’un instantané, d’une histoire, d’un témoignage. Le récit d’une année à faire équipe. Faire car il s’agit d’une attention permanente pour réussir à grandir ensemble. Équipe car des liens suffisamment forts se sont formés pour avoir envie de continuer.

Est-ce que le fait qu’on soit une équipe distribuée et asynchrone change quelque chose ? Est-ce que le fait qu’il y ait une certaine diversité dans l’équipe influe sur nos relations ? Est-ce qu’il y aurait des choses à améliorer ? Je n’en ai aucune idée. Et cela ne m’intéresse pas dans ce contexte, car justement il est changeant. Aussi, je vais davantage me concentrer sur le comment… faute d’avoir trouvé un pourquoi.

L’équipe

Nous sommes cinq et aucun de nous n’est à plein temps sur le produit (cache) :

  • Mélodie a la connaissance métier
  • Ronan code avec moi
  • Maïtané rend le produit utilisable
  • Raphael est là en soutien

Les rôles ne sont pas pour autant figés, sur une petite équipe il est de toute façon nécessaire de pouvoir emprunter la casquette de l’autre, ne serait-ce que pendant des vacances.

Les rituels

Une journée type lorsqu’on a six heures de décalage horaire.

Je me lève et je regarde ce qui s’est dit dans la matinée française. Le niveau de stress est assez bas car je sais que Ronan peut être sur le pont avant moi. J’enchaîne en faisant un tour du côté du code pour voir s’il y a de nouvelles propositions et/ou commentaires.

Lorsque je me sens apte à parler (pas évident au réveil), je propose à Ronan ou Maïtané de travailler ensemble sur une fonctionnalité si le contexte et l’enthousiasme s’y prêtent. Sinon, je picore dans la liste des choses à faire.

En fin de matinée (pour moi), on papote avec Mélodie et les présent·e·s, en moyenne autour d’une heure par jour je dirais. C’est un temps important pour s’accorder et transmettre des informations sur la vie du produit, notamment lorsqu’on est à distance. C’est aussi le moment où je discute d’un plus gros morceaux à faire lorsque les autres ont décroché·e·s.

Mon après-midi ou ma soirée (ça dépend de la météo) est généralement consacrée à une tâche demandant une concentration plus profonde, ce qui est l’idéal car je suis moins sollicité. En parallèle, je garde un œil sur le serveur de production si c’est un moment législatif particulier.

Et on recommence le lendemain. Ou presque.

Tous les mois, il y a une démonstration qui nous permet d’échanger avec les utilisateurs et utilisatrices sur ce que nous développons. Ce qui vient ajuster la liste des choses à faire afin d’être plus proche de leurs besoins.

Quand on en ressent le besoin on se fait une rétrospective, à peu près tous les quatre/cinq mois. L’occasion de prendre un peu de recul et de se rappeler qu’on aime bien travailler ensemble.

Lorsqu’il y a un gros morceau qui nécessite d’en discuter de manière plus avancée, on n’hésite pas à prendre le temps de penser à distance. Lorsqu’il y a des petits tracas personnels, on n’hésite pas non plus à panser à distance.

Tous les ans, on se retrouve physiquement. Bon ok, ça n’est arrivé qu’une fois mais statistiquement ça se tient :-).

Les pratiques

Commençons par la technique car c’est plutôt mon domaine.

On passe du temps à coder ensemble avec Ronan. On ne se l’impose pas pour autant, ça dépend beaucoup de la motivation du moment. On écrit des tests, on fait des revues de code, rien d’extravagant.

Ce qui est moins courant, c’est que l’on passe du temps à designer ensemble avec Maïtané aussi. On se partage un écran et on passe en revue ce qui ne va pas afin de corriger cela en direct.

Autant le pair-programming me semble être une pratique relativement courante, autant le pair-designing (?) est moins documenté. Cela apporte pourtant une grande valeur au produit et à la cohérence de ce qui est développé. Sans compter le fait de s’accorder dans l’équipe sur la pertinence de certains éléments.

Mais en fait tout cela n’est rien sans des retours de nos utilisateur·ice·s.

Les démonstrations sont une excuse pour discuter avec les personnes qui utilisent notre outil et savoir comment est-ce qu’elles appréhendent certaines fonctionnalités ou les problèmes qu’elles ont rencontré dans leur cas particulier.

Comme cela ne suffit pas pour identifier tous les irritants, Mélodie et Maïtané vont régulièrement observer sur place comment travaillent en vrai les personnes. Quelles sont leurs habitudes avec les onglets, quels sont les chemins courants qui pourraient être simplifiés, qu’est-ce qui est complètement ignoré dans le feu de l’action, etc.

Les joies

For a long time I believed that a strong team is made of stars — extraordinary world-class individuals who can generate and execute ideas at a level no one else can. These days, I feel that a strong team is the one that feels more like a close family than a constellation of stars. A family where everybody has a sense of predictability, trust and respect for each other. A family which deeply embodies the values the company carries and reflects these values throughout their work. But also a family where everybody feels genuinely valued, happy and ignited to create.

Vitaly Friedman on LinkedIn (cache)

Les rituels, les pratiques, tout cela semble très analytique et pourtant c’est autre chose qui se produit au quotidien. On voit les autres évoluer et on se sent évoluer grâce aux différentes interactions que l’on peut avoir. On partage davantage que du code ou un produit, un bout de chemin que l’on fait ensemble et qui donne envie d’aller de l’avant. En trouvant un équilibre entre monotonie et apprentissage qui satisfasse chacun·e d’entre nous.

Peut-être est-ce cela faire équipe : partager l’enthousiasme de faire des choses ensemble qui permettent de mieux se connaître. Et si je me connais bien davantage aujourd’hui c’est après avoir eu l’occasion d’échanger avec ces personnes bienveillantes. C’est après avoir traversé des périodes anxiogènes en se serrant les coudes. C’est enfin avoir su s’adapter pour communiquer autant au sein de l’équipe qu’avec notre contexte de manière sereine.

L’arithmétique

J’ai déjà parlé du mythe des 10x engineers, je crois de plus en plus en la somme des individus qui forme un tout plus pertinent. Le fameux 1 + 1 = 3 appliqué à un périmètre plus large. Et par pertinent j’entends harmonieux et enthousiasmant plus que productif et efficace. Je vais donner quelques exemples pour préciser.

Je pourrais coder pendant une année complète tout seul sur un produit. Ça m’est arrivé par exemple quand j’étais au Japon. Et je sais que dans ces conditions, la qualité en pâtit. Pas seulement la qualité du code mais la qualité de mon apprentissage autour de celui-ci (qui est relativement lié à ma qualité de vie). Depuis, je fais mon possible pour ne pas me retrouver dans cette situation à nouveau et j’ai du plaisir à pouvoir échanger sur mes pratiques au quotidien. Parenthèse : c’est aussi pour cela que je ne suis plus à mon compte, ce que je (re)trouve dans scopyleft c’est cette capacité à apprendre et réfléchir par l’échange.

Autre exemple, on peut faire une interface peu avenante et fonctionnelle. On peut recruter quelqu’un·e pour faire des maquettes. Mais lorsque toute l’équipe s’y met on a une combinaison de contraintes techniques, de contraintes métiers, de retours utilisateur·ice·s et d’inspirations diverses pour arriver au compromis qui soit satisfaisant pour toutes et tous. Avoir quelqu’un qui tient la barre dans ce domaine est un plus indéniable et quand tout l’équipage est sur le pont pour réussir à garder le cap ça permet d’y aller de manière plus sereine.

Enfin, une personne peut porter un projet toute seule. Mais sans échanges réguliers avec l’équipe, la responsabilité qui lui incombe va finir par altérer son jugement et son humeur. C’est normal, c’est même sain. Il faut un moyen de décharger les frictions et rien ne vaut pour cela le soutien de celles et ceux embarqué·e·s dans la même aventure.

Les mystères

Est-ce que c’est pour autant double rainbow all the way tous les jours ? Non. Est-ce qu’on code tout parfaitement du premier coup ? Encore moins. Est-ce qu’on œuvre pour le bien commun ou pour le gouvernement ? ¡Porque no los dos! Est-ce qu’on s’envoie des gifs et des vidéos toute la journée ? Mème pas.

Plus sérieusement, est-ce que ça va durer et/ou est-ce que c’est reproductible ? Difficile de répondre à ces deux questions aussi je les assimile à des mystères. Et j’arrive plutôt bien à vivre avec ainsi :-).

Conclusion

Au-delà de la notion de faire équipe, il y a celle plus globale de savoir-agir qui vient mettre en pratique des savoir-être et des savoir-faire. Peut-être est-ce qu’il s’agit là de l’un des savoirs essentiels à notre temps et tellement négligé. Au moment où l’on encourage à devenir un consomm’acteur qui s’assimile pour moi à un avoir-agir, il me semblerait pertinent d’essayer d’apprendre à faire ensemble.

Si possible à plus de cinq.


Est-ce que ce témoignage a été utile ? Difficile à évaluer tout seul, on en discute pour essayer de le rendre plus pertinent ?

August 26, 2019 11:00 AM

August 20, 2019

David Larlet

☕︎ Frustration

Une semaine avec l’intention de faire des choses en famille. On a cueilli des bleuets et dormi dans la forêt. Essayé la Rabaska et le kayak de mer. Pêché pas mal d’algues et de boutons de moustiques.


These kinds of violent, spectacular disasters are what the public has come to understand as a technological failure. But most technological failures, especially when dealing with the environment, are decidedly mundane. They often disproportionately affect the poor in ways that are spatially diffuse and take generations to unfold—a kind of “slow violence,” as the scholar Rob Nixon has memorably argued.

[…]

But it also has the outlines of a broader truth: in engineering, the “success” of a technology often has less to do with solving problems than rendering them opaque or distant from our imagination. Like an endless game of whack-a-mole, the problems never truly go away—they come back with a vengeance decades later and miles away in new forms, often made worse by the very infrastructure engineers created.

Engineers Don’t Solve Problems (cache)

J’aime cette idée de transformation du problème plus que de trouver une solution. En ayant conscience que la transformation n’est pas forcément celle que l’on croit (cache).


J’ai découvert une nouvelle technique de pêche appelée Tenkara qui est suffisamment minimaliste pour m’attirer. Quitte à faire tremper des hameçons dans l’eau, autant que ce soit avec style.

Et aussitôt de réaliser que cela requiert encore un équipement dédié. Comment explorer et itérer sans consommer ? Que faire du matériel devenu obsolète lorsque le savoir-faire remplace la technique ?

C’est une réflexion qui me taraude depuis que j’ai commencé à aller en forêt.


la culpabilité sert à maquiller une honte, tu penses que ça maquille la honte de quoi ?

☕️ Journal : En réponse à "Holisme" (cache)

Probablement celle d’un monde dont je fais partie.


Je me demande si les Deux cents familles sont le pendant de nos 1%. Et à quel point il s’agit d’un mythe lorsqu’on arrive à ce type de données relativement sourcées.


Capture d’écran d’un site dont  les contrastes sont mauvais par défaut. Ironie ? Si seulement…

Je ne compte plus le nombre de site de designers avec de bonnes intentions mais des lacunes techniques qui rendent leur message peu crédible à mes yeux. Parler d’effondrement sur un site avec un logo animé qui consomme un CPU à 100% en permanence, parler de low-techs avec plusieurs méga-octets d’images en carousel, publier du contenu inaccessible par défaut lorsqu’on ne veut pas accéder aux ressources distantes (ou lorsqu’elles vont disparaitre), etc.

Comment leur faire prendre conscience de cela sans amener la violence de ma frustration ?


These are powerful moments. You can feel a silence like that. It stretches out—listening, there’s only a sense of expanding space. Straining the ears, the expanding emptiness of the air strikes you. The outside wakes up the inside, and I realize I’m standing alone with my thoughts.

And then I or someone or something moves, intentionally or unintentionally sending out a ripple that disrupts this packet of silence, reconfiguring a quiet geography with some new wave.

A geography of intentional sound (cache)

Silence par défaut. Alors que je suis entouré de cônes oranges, de tondeuses, d’arrosage automatiques, de robots de piscines et autres sources de pollutions pas que sonores, j’aspire au silence.

La technologie et la richesse sont liées au bruit. Plus on en produit, plus on est riche d’énergie.

S’approprier l’espaces sonore afin de réduire les pauvres au silence.


J’ai peut-être enfin trouvé comment transformer la frustration de faire chauffer un four à haute température pour faire cuire un pain sans réutiliser la chaleur produite. Il s’agit de faire chauffer la théière en fonte d’une part et de faire cuire des Onsen tamago d’autre part. La pierre semble transférer l’énergie adéquate pour tenir une température de 70°C pendant la durée nécessaire.

Et quand j’ai du temps ? Pizza !

Une pizza, un pain et de l’huile d’olive. Une pizza, un pain et de l’huile d’olive. Pas pire.

Citation de la semaine :

Vous savez quoi ? J’ai envie d’être dur, mais réaliste, avec nous : si la planète (ou plutôt l’humanité) s’en va actuellement chez le diable, la responsabilité, voire la faute, nous incombe.

Ouais. Parce qu’on tolère ce genre de tricheries, de mensonges et d’indolences de nos gouvernements. Parce qu’on s’évite d’en faire un enjeu primordial, trop occupés à se vautrer dans un confort à la con, à s’acheter un climatiseur alors que la planète est en train de bouillir. Parce que c’est ben le fun, le compost, les bixis et la bouffe bio, mais rien ne suffira en l’absence de politiques macros. Parce qu’on regarde le doigt, comme des idiots, alors que les sages, soit les scientifiques, pointent la lune.

Dérèglements politiques, Frédéric Bérard

Mine de rien, je commence à m’intéresser à la politique québécoise.


Supprimer les réseaux sociaux me fait passer plus de temps sur Wikipedia. Je ne m’y attendais pas vraiment et je trouve ça chouette. Ça n’a pas l’air de me rendre moins aigri par contre.

August 20, 2019 11:00 AM