Planète Web Sémantique

July 07, 2014

Karl Dubost

Les arbres apocalyptiques

Arbres poussant à travers le béton Fujisawa, Japon, 28 juin 2014

I will start out this evening with an assertion: fantasy is a place where it rains.

Italo Calvino, Six Memos for the Next Millennium.

La circulation des humains au premier étage, celle des voitures et des bus juste en dessous, quelques aménagements ont été réalisés afin de laisser les arbres grandir à travers le béton. Je ne peux m'empêcher d'aimer cet espace. Et si notre humanité s'évanouissait laissant les paysages de Tokyo Genso se réaliser.

Paysage envahi Tokyo Genso

July 07, 2014 02:47 PM

July 06, 2014

Karl Dubost

Umeshu, le temps de l'envie

deux pots en verre avec des prunes Tsujido, Japon, 27 juin 2014

Is it legitimate to turn to scientific discourse to find an image of the world that suits my view? If what I am at- tempting here attracts me, it is because I feel it might connect with a very old thread in the history of poetry.

Italo Calvino, Six Memos for the Next Millennium.

Les traditions suivent les saisons. La nature rythme le cycle des productions et des humains. Partout dans les magasins, les tas de prune s'accumulent. Partout, nous pouvons voir fleurir les pots en verre, les bouteilles d'alcool et le sucre crystal. Alors dans le même mouvement naturel, nous avons préparé les prunes dans un pot. Et puis pour ne pas oublier d'ouvrir le pot dans un an, j'ai dessiné des prunes sur des étiquettes et j'ai écrit la date. Nous avons placé les pots dans un placard sombre.

Le goût prends du temps, le temps de l'envie.

deux pots en verre avec étiquettes Tsujido, Japon, 29 juin 2014

July 06, 2014 11:14 PM

Tanabata à Hiratsuka

enfants courant Hiratsuka, Japon, 4 juillet 2014

Beauty of woman and wise of hearts, and gentle knights in armor; the song of birds and the discourse of love; bright ships moving swiftly on the sea; clear air when the dawn appears, and white snow falling without wind; stream of water and meadow with every flower; gold, silver, azure in ornaments.

Italo Calvino, Six Memos for the Next Millennium.

C'est le temps de Tanabata à Hiratsuka pour les trois prochains jours. Les enfants courrent. En famille, en couple, seul, tous se pressent dans les rues. La musique, les marchands hèlent du trottoir pour vendre les grillades, les pommes de terre au beurre, les saucisses sur un baton. Rires et yeux grands ouverts, tous regardent les banderoles pendues au-dessus des rues.

trois obi de yukata Hiratsuka, Japon, 4 juillet 2014

Les jeunes femmes et les pas encore tout à fait femme ont mis leur yukata fleuris. Pas toutes. Les couronnes de fleurs dans les cheveux, ou une simple pince avec quelques couleurs. On s'assoie ensemble, on se retrouve. On se complimente sur le kimono, le obi, la coiffure ou le maquillage. La fête des amoureux et pourtant, comme d'habitude, on s'observe entre groupes de jeunes hommes et groupes de jeunes femmes. Les contacts seront souvent fugaces.

bandelettes de papier accrochées à une corde Hiratsuka, Japon, 4 juillet 2014

Les uns et les autres écrivent leur souhait sur des bandelettes de papier. Des souhaits dramatiques, des souhaits simples, une femme souhaite d'avoir un enfant et qu'elle ne sera pas trompée. Pas uniquement de l'amour, du succès dans le travail, des rentrées d'argent, une meilleure santé, tout ce qui est notre humanité se décline sur ces bandelettes.

Jambes et pomme de terre Hiratsuka, Japon, 4 juillet 2014

Le téléphone dans une main, la pomme de terre dans l'autre, les cheveux en chute libre par dessus l'épaule, elles discutent de leur plan pour cette nuit. C'est un défilé de style, bigarré comme toujours dans les fêtes populaires, mais avec partout une innocence et une ambiance bon enfant.

lampions et tori Hiratsuka, Japon, 4 juillet 2014

Il faudra terminer en passant par le temple pour y laisser quelques souhaits. Quelques souhaits de plus pour se donner du courage.

July 06, 2014 09:00 AM

July 05, 2014

Karl Dubost

Trouver sa racine avec python

Hortensias Tsujido, Japon, 5 juillet 2014

The images of lightness that I seek should not fade away like dreams dissolved by the realities of the present and future…

Italo Calvino, Six Memos for the Next Millennium.

Lorsque je traite les fichiers de La Grange, je suis dépendant d'un fichier de configuration où je dois donner au moins le chemin de départ, c'est à dire la racine. Je me suis demandé si cela ne serait pas plus intéressant de donner un peu de souplesse au programme en lui donnant une certaine indépendance sur sa localisation dans le système de fichiers.

Mes requis pour le programme

  • La racine du site Web est déterminée par un objet unique dans toute l'arborescence, comme un nom de fichier.
  • Peu importe la localisation du fichier à l'intérieur de l'arborescence du site, il doit être capable de trouver la racine du site Web.
  • Lorsque le répertoire n'existe pas, le programme renvoie None.
  • Lorsque la racine n'existe pas, le programme renvoie None.
  • Lorsque la racine est trouvée, le programme renvoie le chemin absolu de la racine.

Récursion

Typiquement, le programme prend le chemin initial, vérifie s'il contient le fichier recherché et s'il ne le contient pas répète la même opération dans le répertoire supérieur de l'arborescence. Ainsi de suite, jusqu'au résultat final qui est soit le répertoire racine du système de fichiers ou la racine du site Web. Voici le programme final que j'ai obtenu après quelques maux de têtes. J'ai finalement trouvé une solution, que je n'ai pas comprise tout de suite, mais David m'a donné la clé de l'explication. À chaque exécution de la récursion, il faut assigner une variable afin que la valeur puisse sortir à la fin de cette récursion, les variables étant toutes locales dans chacune de leur fonction propre.

from os.path import realpath, isfile, join

def find_root(directory, token):
    """Find the root of a directory tree based on a token"""
    # Make sure we have a full path instead of a relative path
    if directory.startswith('.'):
       directory = realpath(directory)
    # Create a list of the files in the current directory
    # If it fails the path doesn't exist
    try:
        files_only = [ f for f in os.listdir(directory) if isfile(join(directory, f)) ]
    except:
        return None
    # Check if the token is not among the files
    if token not in files_only:
        # if '/', we are at the filesystem root
        if directory == '/':
            return None
        # Recursion with the upper directory
        newpath = realpath(directory + '/../')
        directory = find_root(newpath, token)
    return directory

Et les résultats en questions :


>>> # Requesting a directory which doesn't exist
>>>print find_root('bar', 'feed.atom')
None
>>> # Outside of the Web site tree
>>> print find_root('/Users', 'feed.atom')
None
>>> # At the root of the filesystem
>>> print find_root('/', 'feed.atom')
None
>>> find_root('/', 'feed.atom')
>>> # In the Web site tree, input upper directory
>>> find_root('../', 'feed.atom')
'/Users/karl/Sites/la-grange.net'
>>> # In the Web site tree, input local directory
>>> find_root('.', 'feed.atom')
'/Users/karl/Sites/la-grange.net'
>>> # In the Web site tree, a relative path
>>> find_root('../../02/', 'feed.atom')
'/Users/karl/Sites/la-grange.net'

Ça marche ! J'ai rendu mon programme (un client) un peu plus indépendant de la documentation extérieur, il peut maintenant découvrir par lui-même la racine du site Web. Cela peut devenir pratique si je transportais le site Web sur une clé USB par exemple. Ce n'est qu'une première étape.

July 05, 2014 01:34 PM

July 03, 2014

Karl Dubost

Les bains en musique

Image projetée sur un mur Tsujido, Japon, 17 avril 2014

Il semble que les images jouent ici dans les deux sens : l’être vent s’enfouir dans la fange et il veut s’enfouir « dans sa propre masse ».

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Nous avons pris le projecteur. Et puis choisis de la musique. Et nous avons projeté sur le carrelage de la salle de bain les images. Féérie des images, plaisir d'enfants de voir les formes dans la vapeur.

Image projetée sur un mur Tsujido, Japon, 17 avril 2014
Image à travers une vitre Tsujido, Japon, 18 avril 2014

July 03, 2014 02:21 PM

L'absence

Manteau sur une chaise Séoul, Corée du Sud, 12 avril 2014

Et tout le drame se développe en s’engageant dans un symbolisme du haut et du bas, du métaphoriquement haut et du métaphoriquement bas. L’abîme est une matière d’enlisement.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Parfois, elle s'absente. Alors il y a toujours cette petite angoisse « Va-t-elle revenir ? » Puis le bonheur, simple, fragrant, celui de son retour. Certaines minutes sont longues.

July 03, 2014 02:11 PM

July 02, 2014

Karl Dubost

Les dates au format RFC3339

lacets de route et colline Kamakura, Japon, 21 juin 2014

Whenever humanity seems condemned to heaviness, I think I should fly like Perseus into a different space. I don’t mean escaping into dreams or into the irrational. I mean that I have to change my approach, look at the world from a different perspective, with a different logic and with fresh methods of cognition and verification.

Italo Calvino, Six Memos for the Next Millennium.

Hier, je mentionnais les dates au format RFC3339 et le manque cruel dans la bibliothèque python. Je ne recommande pas ce qui suit mais c'est la solution que j'ai adoptée pour mon besoin très spécifique. Reprenons les deux formats de date :


2014-04-15T20:34:00+09:00
2014-06-30T12:04:00Z

La première date signifie 15 avril 2014 à 20h34 (heure du fuseau horaire +9 heures). Cela correspond au fuseau horaire du Japon, des deux Corée, d'une partie de la Russie, de l'Indonésie, du Timor oriental et de Palaos. Cela ne donne aucune information sur la localisation réelle. Cela donne juste l'heure à ce moment dans ce fuseau horaire.

DST (Changement d'heure saisonnier)

Être dans un fuseau horaire particulier ne signifie pas que tous les pays partagent la même heure. Certains pays appliquent un changement d'heure saisonnier. En France, par exemple, l'heure est avancée d'une heure sur l'heure solaire pendant l'hiver (CET) et deux heures pendant l'été (CEST). Ainsi cette date (15 juin 2014) signifie que l'heure sur le méridien de Greenwhich est en fait 21h30. Mais ceci ne dit pas où vous êtes, ni si vous êtes en période de changement d'heures.

2014-06-15T22:30:00+01:00

Certains pays n'ont pas d'heures saisonnières, c'est le cas du Japon où nous somme beaucoup plus proches de l'heure solaire.

Géographie des fuseaux horaires

Autre chose troublante, la luminosité et l'heure locale. Dire « le soleil se couche à telle heure » est très dépendant du lieu géographique. La France métropolitaine est constituée d'un seul fuseau horaire et pourtant l'heure du coucher de soleil entre la Bretagne et Strasbourg n'est pas la même. De mémoire si je me souviens bien, il y a un décalage de 15 minutes. Mais ce qui est encore plus amusant est que les fuseaux horaires sont parfois distribués sur de grandes zones géographiques.

Carte de fuseaux horaires Fuseau horaire +09:00

Le fuseau horaire du Japon, Corée, Russie (+09:00) s'étale sur un grand intervalle de latitudes. La tâche jaune à l'ouest de la ligne des 9 heures est la Russie… soit un décalage de près de deux heures en heure solaire. On peut remarquer que le Japon lui-même s'étale sur un peu plus d'une heure.

Les fuseaux horaires en heures

Les fuseaux horaires ne se déclinent pas uniquement en heures fixes. Par exemple, le fuseau horaire de l'Inde n'est ni +05:00, ni +06:00 mais +05:30. Certaines îles dans le Pacifique sont à +13:45.

Pour toutes ces discussions et explorations, vous pouvez aller lire et jouer avec la section Fuseau horaire de Timeanddate.

Mon bout de python

Je dois le re-travailler, tout cela n'est pas très optimisé. Et surtout ne pas réutiliser dans un code générique.


import datetime, timedelta

def rfc3339_to_date(date_time):
    """Simple rfc3339 converter. Incomplete because I know my format.
    Do not reuse elsewhere.
    2014-04-04T23:59:00+09:00
    2014-04-04T23:59:00Z"""
    # Extraire la date et le temps sans le fuseau
    # 2014-04-04T23:59:00+09:00 -> 2014-04-04T23:59:00
    partial_date_time = date_time[:19]
    # convertir en objet datetime
    date_obj = datetime.strptime(partial_date_time, "%Y-%m-%dT%H:%M:%S")
    # extraire le fuseau horaire
    # 2014-04-04T23:59:00+09:00 -> +09:00
    # 2014-04-04T23:59:00Z      -> Z
    time_offset = date_time[19:]
    # Si Z, on est déjà en UTC.
    if 'Z' in time_offset:
        final_date = date_obj
    # si + on doit déduire le temps pour obtenir l'heure en UTC
    elif '+' in time_offset:
        tz_hours = int(time_offset[1:3])
        tz_minutes = int(time_offset[4:6])
        final_date = date_obj - timedelta(hours=tz_hours, minutes=tz_minutes)
    # si - on doit ajouter le temps pour obtenir l'heure en UTC
    elif '-' in time_offset:
        tz_hours = int(time_offset[1:3])
        tz_minutes = int(time_offset[4:6])
        final_date = date_obj + timedelta(hours=tz_hours, minutes=tz_minutes)
    return final_date

Mise à jour du 2 juillet 2014.

Et bien sûr un meilleur code fourni par David. Merci. Je laisse mon code, de façon à montrer l'amélioration.


import datetime, timedelta

def rfc3339_to_datetime(rfc3339_date_time):
    """Simple rfc3339 converter. Incomplete because I know my format.
    Do not reuse elsewhere.
    2014-04-04T23:59:00+09:00
    2014-04-04T23:59:00Z"""
    # Extraire la date et le temps sans le fuseau
    # 2014-04-04T23:59:00+09:00 -> 2014-04-04T23:59:00
    date_time, offset = rfc3339_date_time[:19], rfc3339_date_time[19:]
    # convertir en objet datetime
    date_time = datetime.strptime(date_time, "%Y-%m-%dT%H:%M:%S")
    # extraire le fuseau horaire
    # 2014-04-04T23:59:00+09:00 -> +09:00
    # 2014-04-04T23:59:00Z      -> Z
    # Si Z, on est déjà en UTC.
    if 'Z' not in offset:
        tz_hours, tz_minutes = int(offset[1:3]), int(offset[4:6])
        if '+' in offset:
            # si + on doit déduire le temps pour obtenir l'heure en UTC
            date_time -= timedelta(hours=tz_hours, minutes=tz_minutes)
        else:
            # si - on doit ajouter le temps pour obtenir l'heure en UTC
            date_time += timedelta(hours=tz_hours, minutes=tz_minutes)
    return date_time

July 02, 2014 02:39 AM

June 30, 2014

Karl Dubost

Python et les dates au format RFC3339

palissade rouillée et arbres Tsujido, Japon, 22 juin 2014

I will devote my first lecture to the opposition between lightness and weight, and will uphold the values of lightness. This does not mean that I consider the virtues of weight any less compelling, but simply that I have more to say about lightness.

Italo Calvino, Six Memos for the Next Millennium.

Hier, dans un désir de rendre la vie un peu plus facile aux lecteurs du site, je me décidais enfin à coder une fonction pour créer automatiquement un index des dernières mises à jour du site. Pour cela il me suffisait de prendre le contenu du flux Atom et de transformer le titre et les dates en contenu HTML. Les dates dans le contenu Atom sont au format RFC 3339.


<published>2014-04-15T23:59:00+09:00</published>
<updated>2014-06-30T00:04:00Z</updated>

La bibliothèque par défaut de python n'a pas d'options pour lire ce format de date. Cela semble relativement incroyable et pourtant c'est bien le cas. Il existe un bug ouvert à ce propos. Comme je n'ai pas envie d'ajouter trop de dépendance à mon script initial, j'ai défini ma propre solution (fragile), il me faudra la rendre plus solide (ou comme dirait David en réaliser la maintenance). Donc de fil en aiguille, je pensais finir en deux ou trois heures et j'ai passé plus de six heures sur le code afin de créer un système qui soit plus cohérent.

Pour ceux qui ne veulent pas créer leur propre solution, il existe un petit bout de code qui prend la date au format RFC3339 et permet de produit un objet python datetime. Je vous recommande donc chaudement python-rfc3339.

Et si vous pensez que c'est un problème simple à régler, pensez fuseau horaire et heure d'été. Cela vous ajoute déjà deux variables essentielles, saupoudrez par dessus cela, ce qui constitue votre date de publication : le lieu où vous êtes, le lieu où le serveur est hébergé ?

Coder cet art entre la légèreté et l'épaisseur.

June 30, 2014 11:08 AM

L'espace de la floraison

Fleurs de magnolia Tsujido, Japon, 15 avril 2014

La fleur est sans doute une image princeps, mais celte image est dynamisée pour celui qui a manié le terreau. Si nous aidons au mystérieux travail des terres noires, nous comprenons mieux la rêverie de la volonté jardinière qui s’attache à l’acte de fleurir, à l’acte d’embaumer, à produire la lumière du lis avec la boue ténébreuse.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Deux événements heureux aujourd'hui. Le magnolia a fleuri. Une fleur unique d'un beau violet sombre sur les branches dénudées. L'arrivée du bureau. Je travaillais jusqu'à maintenant sur une petite table. Ces deux floraisons me donnent le sourire et l'envie de l'espace.

Bureau de travail Tsujido, Japon, 15 avril 2014

June 30, 2014 12:04 AM

June 29, 2014

Karl Dubost

Je, Eux, Selfies

Personnes dans un restaurant Séoul, Corée du Sud, 12 avril 2014

Nous nous débarrasserons mieux de telles censures si nous comprenons que toute valeur côtoie son anti-valeur et qu’il est des âmes qui ne peuvent concevoir une valeur sans la polémique des images qui l’attaquent.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Le Japon est souvent mentionné comme un pays où les relations humaines sont soumises à des pressions insurmontables. Les personnes épuisées, démoralisées, vivant dans la honte se suicident. Et pourtant… Bien que le Japon n'est que le dixième pays en nombre de suicides par habitant. Devant…

  1. Groënland
  2. Lithuanie
  3. Corée du Sud
  4. Guyane
  5. Kazakhstan
  6. Pologne
  7. Chine
  8. Slovénie
  9. Hongrie
  10. Japon

La France occupe la 26eme place sur une centaine de pays. Bien sûr tout dépend des sources que l'on utilise. Mais comme d'habitude avec tous les clichés, nous avons tendance à valider ce que nous avons été entraîné à reconnaître. La croyance populaire (les medias) nous ont enseigné que le taux de suicide au Japon était une catastrophe, nous validons la catastrophe à chaque nouveau cas. Le problème est bien plus général que celui d'un fantasme lointain.

La Corée du Sud est donc un autre pays avec un taux de suicide très important. Être « je » dans un grand « nous » est parfois difficile. Quand le « nous » devient inaccessible, le « eux » prend une identité plus facile à gérer et permet de concevoir plus facilement le « je » en opposition.

Dans le train, dans la rue, dans les cafés, j'ai été surpris par le nombre de personnes pratiquement l'autoportrait. Où ai-je validé là un cliché ? La scène la plus extrême m'a été donnée par cette jeune femme assise à côté de moi dans le métro. Elle utilisa la caméra de son téléphone en guise de miroir électronique pour vérifier son maquillage, sa coiffure pendant quelques cinq minutes. Et puis une fois satisfaite, elle décida de prendre un autoportrait. Elle feuilleta ensuite les autoportraits déjà pris. Par centaine, ils déroulaient les uns après les autres. Son visage avec presque toujours la même expression. J'ai aimé que la surface de l'écran de son téléphone soit brisé. Il y avait là l'ajout d'un élément esthétique supplémentaire.

Et lorsque nous adoptons tous l'autoportrait massif, faisons nous partie d'un « nous » ? Ou si « je » décide de rejeter l'autoportrait, deviennent-ils un « eux » ? Et si le « nous » ne se réalise pas dans l'éxécution de notre individualité, comment définissons-nous ce « nous » ? Comment le construisons-nous ? Rejetter les « selfies » ne me fait ni « je » ni « nous » surtout lorsque l'on publie un carnet Web. Adopter non plus.

Note de dédramatisation : Je ne suis pas déprimé. J'observe et je m'interroge seulement sur l'environnement et nos actions. Le monde est une source inépuisable d'émerveillement.

June 29, 2014 11:31 PM

Voyager léger

Rue et miroir Séoul, Corée du Sud, 13 avril 2014

L’imagination n’a que faire du goût qui n’est qu’une censure.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Nous repartons. Un hôtel, une ville, un métro, un aéroport, un avion, un train, un aéroport, une ville, la maison. À chaque fois que nous voyons léger, nous réalisons la mobilité, la flexibilité, la possibilité de réintégrer le déplacement dans le voyage et non comme une contrainte ou un mauvais moment à passer.

C'est ainsi que dans ces limitations choisies, nous ouvrons finalement l'espace. Nous rendons plus vaste notre regard, nos envies. Notre pas s'étend au delà de notre imagination. Simplement.

June 29, 2014 10:27 PM

Christian Fauré

Le secret d’une transformation digitale

Hulk

Le contexte est assez générique quand il s’agit des entreprises que je rencontre sur le sujet de la “transformation digitale” : difficulté à coordonner les projets, les processus budgétaires qui n’arrivent pas à suivre, des phases d’études et de spécifications qui s’éternisent, des infrastructures qui ralentissent tout, un manque de confiance entre les équipes métiers et IT, etc. À ceci se rajoute des pratiques de méthodes agiles qui ne sont pas rigoureuses et qui, de toute façon, ne dépassent pas l’échelle d’un simple projet.

Il n’y a pas de formule magique de la transformation digitale, mais je crois qu’en ce qui concerne l’aspect “delivery” du digital (mise en production de nouveaux services et évolutions des services existants), il y a une façon assez simple de l’énoncer qui serait celle qui suit.

Tout d’abord, le problème est que les projets sont toujours pensés comme des “évènements”, et cela implique que l’organisation se plie au rythme et à la calendarité de cette logique événementielle.  On assiste, tout au long de l’année,  à une succession de rituels de passage : la phase amont, le développement, le pilotage, etc,  jusqu’à la douloureuse mise en production.

Dans tout projet il y a une forme de prétention, un petit côté : “vous allez voir ce que vous allez voir” mais qui, face au principe de réalité de nos organisations, se transforme souvent en douche froide, si ce n’est en frustration et en démotivation pour ceux qui y travaillent et y contribuent.

Face à ce constat, la démarche de transformation digitale vise à détricoter cette logique événementielle qui s’avère douloureuse. Ce qui est douloureux, et bien on va le faire tous les jours – un petit peu, certes –  mais tous les jours, comme par exemple les mises en production :

“Les mises en production des projets sont douloureuses ? Eh bien désormais nous passerons en Continuous Delivery et Continuous Deployment !”

Présenté comme cela, çà fait un peu masochiste comme méthodologie : à savoir faire quotidiennement ce qui nous fait souffrir deux ou trois fois par an. Mais cette quotidienneté a certaines vertus :

  • d’une part, cela élimine la complexité qui s’amoncelle nécessairement au fil des jours et des semaines, et qui paralyse les organisations dans leurs prises de décisions et leur priorisation.
  • d’autre part, à l’échelle de la journée, une grande partie du travail devient automatisable.

Le grand mot est lancé : automatisation. Une transformation digitale produit nécessairement un bond en avant dans l’automatisation des modes de travail, de quelque nature qu’ils soient.

Ces nouveaux automatismes ne sont pas nécessairement des nouveaux algorithmes logiciels, ce sont aussi des routines de travail qui sont pratiquées – et donc incarnées– par ceux qui font vivre la transformation quotidienne de l’entreprise.

Cette manière de travailler avec des routines et des automatismes quotidiens demande de la rigueur car, même si ces démarches ont lieu dans le cadre des méthodes Agiles ou Lean,  travailler en mode Agile demande au moins autant de rigueur que les méthodes de projet séquentielles traditionnelles.

Si les modes de travail en projets classiques promettent le grand soir, au quotidien ils ne génèrent que de la frustration et de la démotivation. Les démarches agiles, elles, ne font plus de grandes promesses mais génèrent une sensation du travail accompli et de progression qui procure une plus grande motivation au quotidien.

De fait, il y a donc une banalisation du projet dans le contexte d’une transformation digitale. Et cela n’est pas sans poser de profondes modifications dans la psychologie des organisations. Le projet était valorisant, c’était quelque chose d’exceptionnel, et pouvoir dire “je suis chef de projet”  comptait beaucoup pour certaines personnes, encore plus si le projet en question est un “gros” projet (parce que stratégique ou parce que nécessitant de gros budget).

La vie et la mort des projets ont introduit dans nos entreprises des rituels et des cultes dont nous avons du mal à nous départir. Tout le monde ne veut plus des dérives des projets que nous connaissons, mais en même temps tout le monde veut faire partie d’un projet ; « projet » fait toujours référence à la conquête spatiale et la découverte de nouveaux horizons.

La réponse de l’Agile et surtout du Lean, avec la banalisation des enjeux, la disparition de grands évènements, l’accent mis sur les pratiques quotidiennes balisées et une plus grande automatisation du travail ne fait pas spontanément rêver. Il n’empêche qu’elle est source de performance et de motivation indéniable, c’est pourquoi qu’une démarche de transformation agile passe par cette refonte de la calendarité du travail.

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by Christian at June 29, 2014 03:21 PM

June 23, 2014

Karl Dubost

Séoul, le long des murs

Panorama de la ville sur les collines Séoul, Corée du Sud, 12 avril 2014

Une fois de plus, les métaphores supplantent la réalité. Une fois de plus, les images cosmiques renversent la perspective des plus élémentaires introversions et libèrent le rêveur.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

L'histoire parfois se dévoile dans la poussière accumulée sur les chaussures.

frigos et vêtement sur une corde dans la rue Séoul, Corée du Sud, 12 avril 2014
Une photo d'identité abandonnée sur un sofa Séoul, Corée du Sud, 12 avril 2014
Une photo d'identité abandonnée sur un sofa Séoul, Corée du Sud, 12 avril 2014

June 23, 2014 01:26 PM

David Larlet

Éducation et informatique

Moins les enfants regarderont les écrans, plus ils développeront leur imagination et leur créativité. Car les écrans contiennent en eux des histoires visuelles et sonores qui empêcheraient les enfants d’imaginer d’autres images et d’autres mondes possibles.

Écran global, reportage de Anne-Sophie Lévy-Chambon

Protéger son enfant des écrans s’avère être une tâche plus difficile que ce que j’imaginais. Le compteur en cumulé doit être aux alentours des 10-15 minutes après 7 mois, ce qui est plutôt dans la limite haute de ce que je m’étais fixé. Et lorsque je vois l’attrait qu’il a pour un écran dès qu’il en croise un, cela me conforte dans l’idée qu’il va falloir attendre qu’il soit en mesure de comprendre un peu ce qu’il y a derrière : une fenêtre déshumanisée sur l’Humanité.

On parle souvent de la limite des 3 ans pour qu’un enfant puisse regarder/interagir avec un écran sans être perturbé par l’absence de retour de sa part. On verra à ce moment là si mon digital native souhaite faire usage de ses doigts.

L’élève sait que les équipements informatiques utilisent une information codée et il est initié au fonctionnement, au processus et aux règles des langages informatiques ; il est capable de réaliser de petites applications utilisant des algorithmes simples.

Socle commun de connaissances, de compétences et de culture

Damien B et Éric D. discutaient ce soir de l’apprentissage du code en primaire sur Twitter. J’ai beaucoup de mal avec cette question car le code constitue une part non négligeable de mon quotidien et de mon métier. Et si je trouve que la connaissance du Web devrait faire partie de l’éducation citoyenne, je suis plus circonspect sur le développement en lui-même. En fait, il s’agit d’une problématique de cohérence. Soit on considère que le codage (sic) est une activité artisanale et dans ce cas il faudrait également enseigner d’autres activités comme le travail du bois en primaire (ce que certaines écoles alternatives font — voir le reportage sus-cité). Soit on considère que l’industrialisation de l’informatique est inévitable et dans ce cas là toute la question algorithmique simple devient inutile puisqu’il s’agira d’empiler les boîtes noires à un autre niveau. Il faut bien définir les objectifs que l’on se fixe avec cet apprentissage du code dès la primaire. Dans quelle mesure permet-il la poursuite d’études, la construction d’un avenir personnel et professionnel et préparer à l’exercice de la citoyenneté ? Tous bidouilleurs, soit, mais que nous laisse-t-on bidouiller par la suite ?

Ce que je vois en filigrane de cette mutation est plus grave, c’est la mise sur un piédestal de ceux qui savent coder par pure incompréhension du changement de paradigme qui est en train de s’effectuer avec le numérique. Ou serait-ce pour pouvoir à terme alimenter plus facilement les canons publicitaires ? La question reste ouverte… jusqu’à la prochaine réforme.

June 23, 2014 11:00 AM

June 22, 2014

Karl Dubost

Séoul, un territoire à explorer

Carte artisanale avec lieux Séoul, Corée du Sud, 11 avril 2014

Alors l’être humain se révèle comme le contre-être des choses. II ne s’agit plus de prendre le parti des choses, mais de prendre les choses à partie.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Après minuit, une partie de la ville s'est déjà assoupie. Il y a déjà plus de deux heures que les lumières du marché de Dongdaemun illuminent la ville. Elle est tout juste arrivée de Tokyo. Nous avons posé son sac à l'hôtel et nous sommes repartis aussitôt.

Repas avec différents plats Séoul, Corée du Sud, 11 avril 2014

Une heure le matin, nous avons faim. Soupe pot au feu et raviolis. Le ventre doit être plein pour résister à la fatiguer de la nuit et aux allées du marché de gros des vêtements. Les provinces, Taiwan, Japon, les acheteurs commandent sur place ou à distance et les sacs s'accumulent un peu partout dans le quartier. Un gardien et son bordereau surveille le tas avant qu'il soit récupéré par son propriétaire ou le livreur suivant. Dans certaines boutiques, les personnent dorment ou mangent attendant la commande.

Homme et pile de sacs sur le trottoir Séoul, Corée du Sud, 11 avril 2014

Les couloirs interminables, ici l'étage des vêtements de cuir, là celui des chaussures, cet autre bâtiment dans l'autre rue est spécialisé pour les vêtements d'homme. Oh… et là bas ce sont les chapeaux qui se déclinent dans des dizaines de boutiques. Le quartier tout comme Tsukiji ou Rungis vibre au rythme des négociations et livraisons. Dans les boutiques et les immeubles dédiés à la mode des jeunes, c'est un défilé extravagant de styles.

Couloir étroit avec boutique de vêtements Séoul, Corée du Sud, 11 avril 2014

Épuisés, nous rentrons à l'hôtel entre 4 et 5 heures du matin. 11h après un sommeil en paranthèse, nous repartons. Il y a un restaurant caché que nous voulons découvrir qui sert des nouilles froides. Tous les lieux que nous voulons explorer, je les ai dessinés approximativement sur un papier. Nous trouvons le lieu. Quelle délice, quelle richesse dans les textures et les parfums.

Repas avec quelques plats et des nouilles Séoul, Corée du Sud, 11 avril 2014

Séoul est une ville qui possède encore de nombreux marchés et quartiers dédiés à chaque spécialité, tout comme à Bangkok ou Hanoï. Il y a aussi de nombreux vendeurs de cuisine. Un vendeur de chausson au sucre et noix pose la pâte sur la plaque. J'en commande un. Une fois chaud, le sucre mélangé aux noix est fondu. Le chausson extérieur est onctueux.

Cuisson de pâtes sur une plaque Séoul, Corée du Sud, 11 avril 2014

Une journée avec tant de saveurs, tant d'entrain, il me fallait sauter.

Homme suspendu Séoul, Corée du Sud, 11 avril 2014

21h, un dernier repas avant de retourner se coucher. Deux hommes coréens nous encouragent à commander la soupe d'intestin de porc. Délicieux. Doux et parfumé comme les tripes. Demain, un autre jour à Séoul.

Ensemble de plats Séoul, Corée du Sud, 11 avril 2014

June 22, 2014 11:27 PM

Il aura fallu se perdre

route bordée d'arbres et de fleurs Kamakura, Japon, 21 juin 2014

Errants sans chemin,
en haut des marches, l'ombre
ouvre l'horizon.

Le vélo étend le pas. Nous quittons le littoral et l'océan pour tenter de retourner à la maison par les petites routes. C'est une promesse toujours périlleuse. Nombreuses sont les routes en cul de sac. Nombreux sont les lacets qui vous lient d'un sommet à un autre. La forêt vous absorbe, les hortensias vous séduisent et en quelques coups de moulinet, vous vous trouvez loin de votre objectif sans vraiment savoir où vous êtes.

Sur le haut d'une longue pente en sens unique où nous poussons nos vélos à bout de bras pratiquement sur la pointe des pieds, elle remarque un panneau. Je n'aurais pas sû le voir. Tout autour des maisons avec une vue sur l'océan lointain que nous avons quitté. Le signe invite à prendre une route perpendiculaire en courbe. Un hochement mutuel sans mots, nous avons échangé un « pourquoi pas ? » Nous sommes perdus de toutes façons.

escalier et tori dans la végétation Kamakura, Japon, 21 juin 2014

Dans l'élan de la colline à travers les feuillages, un escalier monte droit. À mi-chemin, un tori se cache entre les arbres. La respiration est calme. Serein et grandi, le regard lent parcourt les marches, les mousses, les écorces. Une hésitation tremble sur le temps. Monter maintenant ou se bercer encore profondément au creux de cette intimité. Le premier pas, la lumière s'assoupit. Un second pas, le corps se réjouit de l'ombre. Quelques pas de plus, l'être s'incline devant le tori. Les derniers pas, l'osmose est complète.

sanctuaire dans la forêt Kamakura, Japon, 21 juin 2014

Les arbres entourent le sanctuaire. À travers la canopée, on aperçoit l'océan. Le site a été créé en 1935. La divinité, le regard large, face aux éléments, veille au bien-être des pêcheurs.

tas de feuilles et arbres Kamakura, Japon, 21 juin 2014

Au sol, un tas de feuille reflète l'existence des arbres. Dans la verticalité, le corps bascule et se propulse dans l'espace végétal. L'élégance pénètre chaque instant. Les pensées légères et complètes se déploient dans la totalité. Le désir de revenir grandit. Un livre de poésie dans les mains, quelques crayons pour dessiner et l'immensité du temps sont tout ce que nous avons besoin. Vivre.

Escalier entre les arbres Kamakura, Japon, 21 juin 2014

Le départ, un dernier consentement à la beauté du monde, chaque pas plus lent que le précédent, nous redescendons l'escalier. Déjà la route, reprendre le vélo, l'horizon orné d'un dernier panache subjugue.

Il aura fallu se perdre.

Vélo et paysage forestier Kamakura, Japon, 21 juin 2014

June 22, 2014 02:17 PM

June 21, 2014

Christian Fauré

Langage, parole et écriture

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Que la parole et le chant relèvent du domaine de l’audition, cela va de soi. Mais ces mêmes paroles et chants relèvent également d’un autre régime qui est celui de l’écriture et, donc, également de la vision.

La parole s’entend et se voit certes, mais alors il faut également rajouter qu’elle se sent et se touche aussi, comme avec l’écriture en braille.

Il y a un type de parole en particulier qui est la parole de celui qui lit.

Pour Saussure, les mots ne relèvent pas directement du son, et l’on se souvient de la surprise d’Augustin qui aperçu à Milan au IV° siècle, à sa grande stupéfaction, qu’Ambroise pouvait lire sans émettre aucun son :

“sa voix et sa langue se tenaient au repos”.

Plutôt qu’au registre sonore strict, le linguiste suisse associe les mots à des “images acoustiques” qui sont à ses yeux comme des traces et des empreintes que le son initial du mot a produit sur la surface de l’esprit.

Pour rendre compte de cette tendance à rattacher les mots du langage non plus aux facultés auditives mais visuelles, Walter Ong avance l’hypothèse que de telles expressions : “image acoustique” et “empreintes psychologique”, ne peuvent être prononcées que par quelqu’un qui est déjà fréquemment confronté à des textes imprimés et qui, d’une manière générale, a l’habitude de voir des mots écrits pour pouvoir en avoir une représentation imagée.

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Voici donc la question que se pose Tim Ingold au premier chapitre de sa Brève histoire des lignes : pourquoi et comment la distinction moderne entre le langage et le chant est-elle articulée autour de la trace et de l’écriture ? Comment l’écriture de la musique et l’écriture de la parole à la fois divergent et convergent ?

“En comparant le langage et la musique, on s’aperçoit que le mouvement de la signification est inverse. La lecture d’un texte est un exemple de cognition qui intériorise [taking in] les significations inscrites dans le texte ; la lecture d’un partition musicale est un exemple d’exécution [acting out] qui se conforme aux instructions inscrites sur la partition.” p. 20.

Se dégage ainsi l’idée d’une distinction entre des notations qui ne sont pas des oeuvres en soi mais qui n’existent que pour être exécutées (la partition du musicien). Ingold reprend ainsi la conclusion de Nelson Goodman :

“une partition musicale fonctionne dans une notation et définit une oeuvre … un script littéraire [texte] à la fois fonctionne dans une notation et est lui-même une oeuvre.” (Goodman, 1990, p. 249)

La partition est là pour être exécutée et la seule oeuvre qui soit réside dans l’exécution (vivante, si l’on peut dire) là ou le texte fait oeuvre à lui seul et doit être interprété : exécution d’un côté [acting out] et cognition de l’autre [taking in].

On peut donc produire une matrice des différences entre l’écriture littéraire, la partition, le dessin, et la gravure (je modifie les termes de Ingold) :

Notationnel

Non-notationnel

L’oeuvre

écriture littéraire

Dessin

L’oeuvre comme exécution

écriture de partition

Gravure / impression

Ce n’est qu’à la fin du XVIII° siècle, quand la notation musicale s’autonomise des écritures textuelles que l’oeuvre musicale peut être attribuée à une composition au préalable, car aurapavant :

“l’idée qu’une interprétation doive se conformer à des spécifications détaillées, fixées à l’avance dans la notation, n’existait tout simplement pas” Ingold, p.22

Là où je ne peux pas suivre Ingold c’est précisément quand lui-même reprend Goodman, selon lequel l’écriture littéraire serait forcément distincte de l’écriture comme “simple exécution”. Et je pense à Simondon qui reprend ce thème de l’écriture comme explicitation des savoirs et des actions (mode d’emploi, explicitation d’un savoir faire).

Ainsi, si l’on en croit Éric Havelock, les premières inscriptions avaient la qualité d’énoncés oraux retranscris, par exemple sur ce vase où l’on peut lire :  » celui qui me vole sera frappé de cécité « . la première fonction de l’écriture serait donc celle d’un enregistrement de la voix et on d’une pensée, ce qui ferait pencher pour l’interprétation selon laquelle l’écriture était d’abord faite pour être lue à haute voix.

Dans le tableau ci-après que propose Ingold, l’opposition classique entre parole et écriture est enrichie au travers de quatre dimensions : d’un côté le geste et l’inscription . De l’autre côté on a les deux dimensions correspondantes aux deux modes de perceptions que sont l’ouïe et la vision.

 

Geste

Inscription

Auditif

Parole

Dictée

Visuel

Geste manuel

Écriture

Signaler sur Twitter

by Christian at June 21, 2014 02:44 PM

June 20, 2014

Karl Dubost

Rendre concret

barge à conteneurs sur une rivière Ho Chi Minh, Vietnam, 15 juin 2014

On ne veut bien que ce qu’on imagine richement, ce qu’on couvre de beautés projetées. Ainsi le travail énergique des dures matières et des pâtes malaxées patiemment s’anime par des beautés promises. On voit apparaître un pancalisme actif, un pancalisme qui doit promettre, qui doit projeter le beau au-delà de l’utile, donc un pancalisme qui doit parler.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Cette semaine, j'ai assemblé deux meubles qui nous avaient été livrés. Prendre le temps d'identifier tous les morceaux. Assembler un à un par geste lent et précis. Et au final réaliser que le produit a été assemblé par nos soins et qu'il sera utile à nous deux, qu'il aura une histoire à part entière. Ce sentiment d'accomplissement m'habite à chaque fois que je réalise quelque chose qui aura son propre futur en dehors de mon intervention. Il en va de même pour la menthe et la coriandre que j'ai plantées dans le jardin. Quel bonheur de les voir changer, évoluer et de comprendre leurs rythmes. Quelle satisfaction de se sentir utile.

June 20, 2014 12:50 PM

Nous, les crapules

femme marchant sur un trottoir de dos Ho Chi Minh, Vietnam, 13 juin 2014

Le féminisme n’est pas un gros mot. Le féminisme, c’est cette notion radicale selon laquelle les femmes sont des humains à part entière, et par là méritent d’être traitées en égales. Ne laissons personne prétendre qu’il en est autrement.

Sara, Ellen, Sabrina, Kat, Joanne, Angelina, Jessica, Jennifer, Divya, About Feminism.

Ce soir, elle sort avec ses amies. Je décide donc de me laisser glisser tendrement dans la foule de Tokyo, le train de Fujisawa à Shinagawa. Et puis dans la Yamanote bondée comme à son habitude aux heures de pointes. Un groupe de salarymen (employés) dans la trentaine, cinq hommes et une femme discutent en anglais. Après quelques temps, je finis par comprendre que l'un d'eux est coréen.

Mais je tente d'ignorer la discussion en cours et je me replonge dans ma lecture, l'interview de Ayaka Shiomura, élue à l'assemblée métropolitaine de Tokyo. Mecredi dernier, dans cette assemblée, elle présentait un texte afin de permettre aux mères actives et aux femmes infertiles d'obtenir des aides plus importantes. Dès le début de son discours, nous, les crapules, les hommes de l'assemblée de Tokyo ont commencé à la railler. Un premier a lancé « Tu es celle qui devrait se marier le plus tôt possible. » À 25 ans, si une jeune femme n'est pas mariée, il y a des doutes. À 30 ans, elle commence à avoir raté sa vie. Ayaka Shiomura a 35 ans. Une grande partie de l'assemblée a commencé à rire à la remarque. Lorsqu'elle continua son discours à propos des femmes infertiles, un autre homme a lancé « Es-tu seulement capable d'être enceinte ? » Hilarité suivante dans la salle du conseil. L'article donne un peu plus de contexte, mais je fus interrompu malgré moi par « nous, les crapules » cette fois-ci dans le train.

Le groupe qui était entré dans le train et parlait anglais ont commencé à parler de leurs femmes respectives, comme elles étaient de « bonnes femmes au foyer » et qu'elles préparaient leur boîte repas du midi avec talent. J'avais envie de leur jeter l'article sous les yeux. J'avais envie de leur dire combien déplorable leur attitude était. J'avais aussi beaucoup de mal pour la femme active du groupe qui souriait légèrement tout en restant silencieuse. Je suis une crapule. Je n'ai rien fait. Nous sommes des crapules quand nous n'aidons pas, quand nous restons en dehors de peur de changer les choses et les comportements. Nous ne sommes pas mieux malgré nos idéaux.

June 20, 2014 12:05 PM

David Larlet

Écriture et bonheur

Difficile d’écrire sur le bonheur. Sans faire dans le mièvre. Sans tomber dans les clichés. Sans craindre d’attiser les convoitises et jalousies. Sans avoir peur surtout de briser cet instant en tentant de le décrire. Sans mentir.

6 mois de vie. De survie. De co-vie. Je ne sais pas trop comment appeler cela, ni de quel point de vue. Toujours est-il que ça semble fonctionner. Des doutes, des essais, des désespoirs, des soulagements. Des moments spéciaux. Inattendus. Intimes.

Apprendre à flâner avec une poussette. Se défendre des fumées et des bruits de la ville. Réduire son exposition aux écrans. Se nourrir plus sainement. Sourire très souvent. Apprécier ce rythme plus lent qui contribue au bien-être. Et au bonheur.

Songer à cette question de l’héritage. Vouloir léguer des valeurs et une culture plus que des biens. Amasser du temps de vivre ensemble. Donner son attention avant tout. Et sentir qu’il s’agit d’un échange. Réciproque et gratuit.

Rire et s’émerveiller des nouveautés. Se demander qui éduque qui. S’endormir épuisé mais heureux. Se réveiller sur un simple sourire. Apprendre à se connaître, à apprécier des rituels. À cohabiter.

Et au milieu de tout cela des questionnements. Pourquoi est-ce que j’ai choisi de passer autant de temps avec mon fils ? Comment lui transmettre des valeurs sans ressentir la pression de l’exemplarité ? Quel enseignement lui proposer avant qu’il ne puisse choisir par lui-même ? Quels « effets papillons » lui permettront à terme de battre de ses propres ailes ? Quelle image va-t-il me renvoyer de moi-même ? Que ressent-il vraiment ? Et tant d’autres.

Fermer les yeux. Respirer. Faire le vide. Sourire. Se sentir bien.

June 20, 2014 11:00 AM

June 17, 2014

Karl Dubost

Un moment pour réfléchir

Deux mannequins dans une vitrine avec des robes Séoul, Corée du Sud, 10 avril 2014

Il ne faut jamais perdre de vue que les rêveries substantialistes sont toujours des convergences de fonctions, des sommes de valeurs utiles. Le levain mis dans la pâte aide à la digestion. Cette digestion est une cuisson. Le levain qui fermente commence une cuisson.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Après la catastrophe d'hier, il me fallait trouver un autre angle. Hier je parlais d'un produit. Aujourd'hui, j'ai donc parlé d'un métier et des erreurs de développement Web. J'ai ainsi pu articuler comment inspecter, comment débusquer les erreurs communes (en utilisant le produit) que nous réalisons lors de la création de sites Web. Et ceci finalement prenait beaucoup plus de sens. Que ce soit les outils de Chrome, Opera, Firefox ou IE, on se moque bien de la marque, mais bien de la réalisation d'une tâche. Ceci dit autant j'ai eu beaucoup de plaisir à présenter la rouille du Web avec Olivier à Paris Web en 2013 (sujet d'ailleurs qui mérite d'être exploré encore un peu plus), autant cette conférence m'a laissé un mauvais goût de ne pas traiter de ce qui est important pour le Web.

Ce fût définitivement un bon exercice de réflexion personnelle et une possibilité de regarder sa propre réalité, de découvrir ses muses.

June 17, 2014 10:21 AM

Le temps d'un précipice

Homme devant une affiche Séoul, Corée du Sud, 9 avril 2014

Remarquons en effet que pour le travailleur le visqueux ne caractérise qu’un temps du travail. Il sait que ce visqueux passera, qu’il en triomphera. Il ne peut absorber une existence dans un incident, dans un accident. Il existe d’ailleurs des substances-temps qui viennent modifier la temporalité d’une substance donnée.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Je suis à Séoul. Je suis là pour présenter les nouveaux outils développeurs de Firefox. Une conférence se prépare toujours longtemps en amont, surtout si c'est le sujet qui nous concerne directement. En fait, une conférence est la remise en forme d'une pratique. Dans ce cas là, ma proximité géographique m'a incité à être volontaire. Et plus j'avançais dans la préparation, plus je trouvais le sujet gluant, difficile à traiter et pas tout à fait intéressant. Décrire les qualités d'un produit tient à peu près du parcours de la documentation. J'avais le sentiment au début de la journée d'être en chute libre dans le mauvais lieu. Mon sentiment s'est confirmé lorsque la personne de Microsoft a présenté avec talents les outils de développement de Internet Explorer. Nous avions la même présentation. Ils nous fallait juste changer le logo, le nom des outils mais typiquement c'était similaire. Demain, je dois redonner la même présentation, je la changerais. Travail de dernière minute, modifier le verre pendant qu'il est chaud, lui donner une forme différente.

Et je dis cela parce qu'en tant que conférencier, on partage souvent nos bonnes expériences, mais rarement ce que nous ressentons qui était mauvais. Un conférencier se met en danger, pas pour sa réputation, mais bien par la conscience de ne pas délivrer quelque chose qui représente une matière que l'on peut transmettre et qui évoluera au delà de ce que l'on peut imaginer. Les échecs sont un bon moyen de se rappeler d'être au plus proche de son sujet. Que ce sujet soit utile d'abord à l'audience.

écran de laptop Séoul, Corée du Sud, 9 avril 2014

June 17, 2014 09:59 AM

June 15, 2014

Karl Dubost

Débordements intimes

Chaussures à l'entrée d'une maison Séoul, Corée du Sud, 8 avril 2014

Devant ces ruptures d’échelle que la « surveillance » des yeux interdirait, on a bien l’impression que le rêveur qui modèle suit mieux les intérêts de la rêverie intime que le rêveur qui contemple.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

L'intimité prend souvent les allures d'un secret. Mais pour la réaliser, il faut qu'elle déborde de son jardin clos afin que nous puissions la percevoir et l'envisager. L'intimité ne se donne pas, elle se vole presque toujours. Mais de plus en plus dans nos modes de vie, nous cloisonnons de plus en plus notre quotidien. Aseptisé, sous-verre et scellé, notre intimité ne participe plus à la société et à sa cohésion.

Intérieur de maison Séoul, Corée du Sud, 8 avril 2014

June 15, 2014 03:56 PM

Concret

Ombre d'un arbre Tsujido, Japon, 5 avril 2014

Dès qu’on a prise sur leur substance, les objets les plus inertes appellent des rêves.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Les jours de printemps, le bitume fleurit, la floraison se concrétise.

June 15, 2014 03:35 PM

Le long de la rivière

Panorama d'une rivière Tsujido, Japon, 5 avril 2014

L’imagination terrestre vit ce temps enfoui. On pourrait le suivre, ce temps de lente et notoire intimité, depuis la pâte fluide jusqu’à la pâte épaisse, jusqu’à la pâte qui, solidifiée, garde tout son passé.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Le long de la rivière avec elle tout semble s'allonger en de lentes courbes. Et on aimerait que le temps de la rivière soit celui des siècles.

June 15, 2014 03:17 PM

Les femmes de la nuit

femme assise sur un scooter la nuit Ho Chi Minh, Vietnam, 14 juin 2014

Les gens qu'on rencontre dans ces chemins d'ombre sont tous beaux, calmes, nobles, avec de grands yeux de velours, — de ces yeux de l'Inde au mystérieux charme noir! Le torse à demi nu, ils sont drapés à l'antique dans leurs mousselines blanches ou rouges. Les femmes, aux allures de déesse, montrant d'admirables gorges fauves qui semblent des copies en bronze, presque exagérées, des marbres grecs. Les hommes, la poitrine bombée et la taille mince comme elles; seulement les épaules plus larges ; la barbe d'un noir bleu, frisée à l'antique.

Pierre Loti, Propos d'exil.

Samedi soir, les chevauchées n'ont rien à envier à la tradition équestre. Femmes et hommes défilent sans arrêt, le scooter est roi. Les poses sont multiples. Nous passons encore une bonne partie de la soirée assis au bord d'un trottoir pour photographier les scooters, sans pluie cette fois-ci. Les femmes de la nuit ont de nombreuses postures mais celle avec les jambes de côté a gagné notre prix d'élégance et de légèreté.

femme assise sur un scooter la nuit Ho Chi Minh, Vietnam, 14 juin 2014
femme assise sur un scooter la nuit Ho Chi Minh, Vietnam, 14 juin 2014
femme assise sur un scooter la nuit Ho Chi Minh, Vietnam, 14 juin 2014

June 15, 2014 11:20 AM

Musée des beaux-carrelages

Collection de carrelages Ho Chi Minh, Vietnam, 13 juin 2014

Un groupe de Chinois, d'un air cauteleux, se faufile au premier rang jusqu'à nous, — reconnaissables ceux-ci à leur peau plus pâle, leur mine plus efféminée, leur longue queue et la belle soie de leur robe; mauvaises gens, d'ailleurs, ferments de sédition en Annam. Derrière toutes ces figures d'Asie on distingue de plus en plus nettement, dans les fonds, les choses caduques et bizarres qui sont partout pendues, les tam-tams, les bardes en guenille, les palanquins jadis somptueux ornés de monstres d'or et tout rongés de poussière. — Et mes matelots, toujours assis avec une nonchalance de conquête, semblent plus vivants, plus larges et plus désinvoltes, au milieu de ces vieilles poupées d'un monde mort.

Pierre Loti, Propos d'exil.

Dans le musée des beaux-arts de Ho Chi Minh, il y a bien sûr de magnifiques tableaux. Tout comme celui de Hanoi, la guerre y est abondamment traitée par les artistes locaux, parfois simplement brutal et poignant. Le bâtiment du musée a été construit pendant la période coloniale française. C'était le siège de la société Immobilière Hui Bon Hoa et également la résidence de la famille. L'espace est un mélange d'architecture Art Déco et d'influence asiatique. Dans une étude dans un magazine jésuite tentant de justifier la présence coloniale française au Vietnam après la reddition des japonais, on peut y trouver une mention de la famille et un peu de prose anti-communiste au passage :

Or le Viet-Nam est avant tout un pays agricole et l'on peut dire que plus des trois quarts de la main-d'œuvre annamite est directement exploitée par les Annamites eux-mêmes.

Par ailleurs, la plus grande partie du commerce et de la petite industrie de transformation est aux mains des Chinois. Les communautés chinoises d'Indochine sont nombreuses et puissantes. Nombreux sont les Chinois « valant » plus d'un milliard de piastres : les Ong-Tich, les Chan-Ky, les Hui Bon Hoa.

[…]

Nous voyons donc que pour vaincre les « deux cents familles » d'Indochine, les communistes ont fort à faire et que, s'ils réussissent à expulser les Français, ils n'auront cependant fait qu'entamer la besogne.

En fait, pour supprimer toute opposition au communisme, il leur faut :

  1. Mettre les Français à la porte ;
  2. Faire une révolution agraire et supprimer les propriétaires fonciers annamites ;
  3. Éliminer les commerçants chinois et hindous.

En réalité, ils ont donc trois révolutions à faire. Si l'on en juge d'après les réactions de la France, on conçoit que le travail qui restera à faire sera considérable.

Jacques Fano, Tableau des partis en Indochine.

À noter dans cet article aussi la reprise d'une citation inversée par un auteur jésuite afin de l'opposer à la fameuse citation de Marx : La misère religieuse est tout à la fois l’expression de la misère réelle et la protestation contre la misère réelle. La religion est le soupir de la créature accablée, l'âme d'un monde sans cœur, de même qu'elle est l'esprit d'un état de choses où il n'est point d'esprit. Elle est l’opium du peuple.

Ils profiteront de toutes les misères pour gagner la sympathie des masses, ils laisseront les forces traditionalistes se discréditer au pouvoir et enfin -ils pourront faire rêver des millions de malheureux en leur promettant le merveilleux avenir communiste, car ils savent qu'aujourd'hui la révolution est l'opium du peuple.

Jacques Fano, Tableau des partis en Indochine.

Ces proses d'un autre temps que ce soit Loti ou Fano, il est bon de les relire pour comprendre le dédain, le manque de respect et la haine communiquée d'autres cultures. Il s'agit là de ce que d'autres liront, il s'agit là du véhicule définissant une idée du monde. Il est aussi bon de se rappeler cette rhétorique et de la mettre en perspective avec nos rhétoriques occidentales contemporaines sur l'Islam et nations vivant sous la domination politique ou économique d'autres nations. La lecture de ces « vieux » textes n'est pourtant pas facile par la charge émotionnelle qu'ils provoquent.

Mais ce qui m'a surtout retenu, en dehors des œuvres picturales, dans ce musée est la variété des carrelages dans chacun des espaces. J'ai sûrement dû en manquer certains. Je me suis souvenu de la variété des carrelages de Penang.

Collection de carrelages Ho Chi Minh, Vietnam, 13 juin 2014

June 15, 2014 10:56 AM

June 14, 2014

Karl Dubost

Banh Mi de minuit

File d'attente avec scooter Ho Chi Minh, Vietnam, 11 juin 2014

Le chemin était bien solitaire. Mais voici, du bout de la voûte de branches, les lanternes de plusieurs voitures qui arrivent grand train, sans le moindre bruit de chevaux.

Pierre Loti, Propos d'exil.

Devant la boutique, le défilé des scooters n'arrête pas. Nous sommes là pour sa réputation. Nous observons pour comprendre et puis finalement par plaisir. La joie de voir les commandes volées au dessus de nos têtes, de voir le manège incessant, l'activité et la production en grand nombre mais artisanale.

Pains dans un four Ho Chi Minh, Vietnam, 11 juin 2014

Nous commandons deux sandwichs, l'un épicé pour moi, l'autre non-épicé pour elle. Avoir son argent dans la main pour accélérer la commande. Il n'y a pas vraiment de ligne de file visible et pourtant tout semble se dérouler dans l'ordre. 30,000 dongs pour un sandwich. Et finalement oui, il s'agissait bien du meilleur endroit, du vrai premier banh mi de notre séjour. Aucune sophistication, juste le sandwich comme il se doit. Il m'aura arracher quelques larmes. Plus épicé que je ne m'y attendais. Il faudra revenir pendant les quelques jours qui nous restent.

Banh Mi Ho Chi Minh, Vietnam, 11 juin 2014

June 14, 2014 12:30 PM

Hommes, femmes et conversations

2 militaires en conversation Ho Chi Minh, Vietnam, 12 juin 2014

Les couples se tiennent par la main, ou par la ceinture, enlacés ; on les dirait ivres d'ardeur amoureuse, ivres aussi de cris et de musique. Ils chantent avec frénésie ; les tètes sont renversées en arrière, les bouches grandes ouvertes.

Pierre Loti, Propos d'exil.

Être deux est une conversation. Les corps parallèles déterminés à commenter le monde se lient. Quand ils se font face, ils s'effacent dans leur intimité. La troisième posture est les deux corps fusionnés l'un contre l'autre sur la moto à travers la nuit. Les bras autour de la taille ou du cou, les jambes nues collées contre les siennes. La pointe de ses seins touchant la peau de son dos. Les scènes du quotidien donnent l'envie de rêveries, l'envie de conversation.

2 femmes en conversation à un comptoir Ho Chi Minh, Vietnam, 12 juin 2014

June 14, 2014 12:03 PM

Un recyclage contraint

4 paquets en face d'un mur Tsujido, Japon, 4 avril 2014

Comment alors ne retrouverait-on pas dans cette industrie perméable aux légendes, les antiques rêveries de la vie minérale, vie lente entre toutes, vie qui veut la lenteur, vie qu’il ne faut pas brusquer si l’on veut en recueillir toute la fécondité.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Recycler n'est pas le fait de jeter, mais de préparer les déchets afin de leur réutilisation. Il me faudra écrire un billet plus complet sur le sujet avec toutes les tâches que nous devons accomplir avant de transmettre les matériaux pour les étapes du recyclage. Ces paquets au bord de la route sont des prospectus, des journaux. Ils sont d'abord empilés, puis enveloppés dans un sac de papier et finalement ficelés afin de conserver leur forme pendant le transport. Le ramassage pour cet élément est toutes les deux semaines.

Il y a un grand nombre de contraintes dans la réalisation de cette préparation. L'interaction est loin d'être sans frictions. Elle prend aussi beaucoup de temps. Il y a dans chaque geste un mouvement de la lenteur et de la réflexion. Et pourtant la majorité se plie à ce processus, qui est soutenu par un grande nombre d'étapes. Quels sont les processus dans nos sociétés que nous acceptons de suivre, quels sont ceux que nous refusons et surtout pourquoi ?

June 14, 2014 11:26 AM

June 13, 2014

Karl Dubost

Rêveries hors-bord

Autoroutes et Passerelles piétons Yokohama, Japon, 3 avril 2014

La prise de caractère se fait surtout dans la patience des longues journées, et la réalité ne nous permet pas de nous leurrer sur nos puissances, sur notre courage.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Croisements sans rencontre, rythmes cycliques des hommes en noir, dans leur silence, ils abattent toutes les envies. Et pourtant, une rêverie ne connaît pas de bords. Le secret est peut-être là.

June 13, 2014 04:38 PM

Le lieu de l'oiseau

Autoroutes superposées Yokohama, Japon, 3 avril 2014

C’est parce que la pâte est exactement délayée que le tableau est si exactement dessiné ; l’eau tombe dans le pétrin en une courbe de géomètre. Les beautés matérielles et les beautés des formes s’attirent.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

La ville fluide s'écoule le long des artères. Vue du lieu de l'oiseau, la légèreté et l'élégance définissent l'espace. Aucune opression dans la ville du haut. Rien ne pèse sur le regard, tout s'y déroule en équilibre.

June 13, 2014 10:14 AM

Floraisons électriques

Cerisiers en fleurs Tsujido, Japon, 2 avril 2014

Dans l’imagination de chacun de nous existe l’image matérielle d’une pâte idéale, une parfaite synthèse de résistance et de souplesse, un merveilleux équilibre des forces qui acceptent et des forces qui refusent. À partir de cet état d’équilibre qui donne une immédiate alacrité à la main travailleuse, les jugements péjoratifs inverses du trop mou et du trop dur prennent naissance. On dira aussi bien qu’au centre de ces deux excès contraires, la main connaît d’instinct la pâte parfaite. Une imagination matérielle normale tient tout de suite cette pâte optima dans la main rêveuse. Tout rêveur de la pâte connaît cette pâte parfaite aussi évidente à la main que le solide parfait l’est aux yeux du géomètre.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Avril, la saison des cerisiers en fleurs dans la région de Tokyo, Le temps de la délicatesse, de la fragilité et de l'ébahissement renouvelé de tous. Il est presque de rigueur, la télévision bombarde chaque jour des annonces de lieux où la floraison a commencé, où elle s'achève. Et spontanément, nous nous joignons à l'ensemble et nous nous laissons bercer à l'enchantement naïf. Loin des parcs et des images parfaites, je trouve mon petit pré de bonheur dans les fractures. Il y a ce que nous croyons être laid, et ce que nous croyons être beau. Et il y a cet élément du possible, ce lieu où il n'est pas nécessaire de décider. C'est cette rupture qui m'enthousiasme.

June 13, 2014 10:01 AM

Incertain temps

Grande peinture murale Tsujido, Japon, 29 mars 2014

Dans ce champ d’imagination sensibilisée, on peut considérer une sorte de principe d’indétermination de l’affectivité dans le sens même où la microphysique propose un principe d’incertitude qui limite la détermination simultanée des descriptions statiques et des descriptions dynamiques.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

En mai 2001, lors de mon premier voyage au Japon, j'ai habité un hôtel à Tsujido. Je prenais le bus tous les matins pour me rendre au W3C à l'université de Keio. Tous les matins, je pouvais observer un grand mur peint en couleur avec des personnages.

Je me souviens que la première fois, je n'avais pas eu le temps de prendre la photo, mais le deuxième jour, j'étais prêt et je capturais l'image depuis le bus. Il y a quelques jours, je suis passé de nouveau devant mais cette fois-ci à vélo. Il s'agit du mur d'une école. Je n'avais pas remarqué avant l'écriture de ce billet que le mur avait changé. Et pourtant, de 2001 à 2008, je suis passé de nombreuses fois devant ce mur, toujours en bus. Ce n'est que près de 13 ans après, que je découvre le changement.

Je vis maintenant à Tsujido, chose que je n'aurais jamais soupçonnée, il y a 13 ans. Je me demande souvent si nous nous sommes croisés par chance sans se rencontrer en 2001.

Grande peinture murale Tsujido, Japon, 10 mai 2001

June 13, 2014 09:44 AM

Bribes de vie dans la citadelle

Piments dans une assiette sur des pierres Hué, Vietnam, 10 juin 2014

Les soleils dévorants, les brumes salées de la mer, les grands souffles destructeurs des typhons, ont eu beau effriter toutes ces choses, les craqueler, les disjoindre, elles ont conservé, sous la poudre grise des siècles, un air de vie intense; elles se dressent, se cambrent, se hérissent, et regardent en louchant du côté de l'entrée, comme prêtes à sauter, dans un paroxysme de fureur, sur qui oserait venir.

Pierre Loti, Propos d'exil.

Dans les sites historiques, les musées, les parcs, il existe des signes de vie. Les éléments d'une activité sociale, d'un investissement du quotidien. Ces espaces là sont tout aussi riches d'émoi, de découverte, de sourires et de tendresse. Dans la citadelle de Hué, les siècles ont peu de prise sur le lieu du quotidien.

Thermos et chaises Hué, Vietnam, 10 juin 2014

June 13, 2014 09:09 AM

June 11, 2014

Karl Dubost

Un parfum de riz dans le musée

Bureau avec trois cahiers rouges Hanoi, Vietnam, 9 juin 2014

Toujours les longues plumes noires des palmiers se découpent sur le ciel de la nuit où les teinles rouges finissent de mourir ; une vapeur fraîche se lève de la rizière et s'étend sur toute l'avenue comme une fumée blanche qui flotterait au ras du sol sur les herbages.

Pierre Loti, Propos d'exil.

Au musée des beaux-arts de Hanoi, la lumière pénètre souvent dans les couloirs par les persiennes. Moment insolite, nous entrons dans l'œuvre lorsque nous sortons des salles d'exposition. Suspension. Et pourtant un parfum de riz envahit l'un des couloirs, l'heure du repas est proche. Un des gardiens du musée a cuisiné du riz. J'imagine la vapeur de l'autocuiseur, les papilles éveillées.

Bureau avec cahier et téléphone Hanoi, Vietnam, 9 juin 2014

June 11, 2014 04:02 PM

Le sens du goût

Galettes de riz et bols sur une table rouge Hanoi, Vietnam, 8 juin 2014

En ce moment, les gens sont occupés à prendre, avec leurs dents teintes en noir, leur premier repas du matin : riz et poisson toujours, dans des jattes de porcelaine sur lesquelles sont peintes des diableries bleues.

Pierre Loti, Propos d'exil.

Les tables sont basses, les sièges aussi, trois jeunes femmes roulent la viande de porc et les herbes dans des crêpes de riz. À chaque coin de la rue un restaurant servant le même met. De jeunes garçons hèlent les passants à pied ou à motocyclette afin qu'ils choisissent une table dans leur restaurant. La lutte est féroce. Ils portent des tee-shirts aux couleurs de leur équipe. À l'entrée du restaurant, un autel et le carrelage usé sous les nombreux passages, le travail quotidien a gravé le temps.

Ce voyage est sous le signe du palais. Il nous faudra suivre le sens du goût.

carrelage et autel dans une entrée de maison Hanoi, Vietnam, 8 juin 2014

June 11, 2014 10:57 AM

June 08, 2014

Karl Dubost

Propos de la fuite

Mosaïques de motocyclistes Hanoi, Vietnam, 7 juin 2014

C'est le soir, quand la nuit tombe, qu'on se sent perdu ici, et comme exilé à jamais. Que c'est loin, le reste du monde !

Pierre Loti, Propos d'exil.

Sous les averses d'orage, les motocyclistes filent au grand galop sur leur monture. Il n'y a bien que le conducteur de rickshaw qui prend le temps de sourire. Dans son temps, la pluie semble être une amie.

conducteur de rickshaw Hanoi, Vietnam, 7 juin 2014

June 08, 2014 11:12 PM

Cimetière de l'internet

Immeubles et cimetière Tsujido, Japon, 29 mars 2014

N’est-ce point, en effet, en suivant les papillotements de l’ambivalence qu’on peut sentir le dynamisme qui s’établit entre une image attirante et une image répulsive ?

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Il est souvent plus utile de lire la prose des rapports annuels des grandes entreprises. Bien qu'il s'agisse de convaincre et séduire, ils sont souvent beaucoup plus proche de la réalité d'une entreprise et de ses objectifs, car ils s'adressent à ceux qui investissent et en bénéficient. La FAQ de Google destinée aux investisseurs est remarquable d'une simplicité efficace. Elle permet aussi de détruire toutes les illusions des discours marketings destinés cette fois-ci à nous les esclaves numériques.

Qui sont nos clients ?
Nos clients sont les plus de un million de fournisseurs de publicité, allant des petites entreprises visant le marché local aux grandes entreprises multinationales, qui utilisent Google Adwords pour atteindre des millions d'utilisateurs à travers le monde.

Google, FAQ.

Nous ne sommes pas le client. Nous sommes bien le produit.

June 08, 2014 09:53 AM

Fuji de nuit, Pacifique de nuit

plage et littoral la nuit avec quelques nuages Tsujido, Japon, 30 mars 2014

Ainsi l’intérêt qu’un rêveur porte aux luttes de deux matières désigne une véritable ambivalence matérielle. On ne peut vivre l’ambivalence matérielle qu’en donnant tour à tour la victoire aux deux éléments. Si l’on pouvait caractériser l’ambivalence d’une âme dans les plus simples de ses images, loin des déchirements de la passion humaine, comme l’on ferait comprendre le caractère fondamental de l’ambivalence !

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Précisément caché dans les nuages à l'horizon, je peux le voir. Son sommet émerge tout juste. Il ne se distingue pas, il est à l'affût, prêt à bondir. Peine perdue, je connais précisément ta cache. Sous les nuages et le ciel étoilé, le volcan est bien un mont.

L'océan, la nuit, est bien plus vocal. Tout autour dans la pénombre, le fracas des vagues déborde de la plage et s'écoule dans chaque recoin, ceux du cœur d'abord, les émotions ensuite. Une suspension entre fascination et inquiétude donne l'hésitation du prochain pas.

Le vertige et la papiltation. L'oscillation et l'ivresse.

June 08, 2014 09:36 AM

Les chemins de campagne

route de campagne avec miroir et Tori Tsujido, Japon, 29 mars 2014

On mesurera la puissance des petites images si on réalise l’image suivante de Sartre : se perdre dans le monde c’est se « faire boire par les choses comme l’encre par un buvard » (L’Etre et le Néant, p. 317).

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Nous avons pris nos vélos. Sur les chemins de campagne, un peu au hasard, nous avons exploré. Sur le talus au long de la route, un tori rouge, un tori gris et un camélia dont les fleurs lourdement s'écrase sur la pente. Le vent dans son manteau, elle dévalle la sinuosité de la route enfoncée entre les arbres. Il y a là à ce moment précis une impression d'un humide bocage, d'une rivière qui croise la route et des haies touffues où se cachent les belettes. La vallée de la Risle suit son cours jusqu'au Japon.

June 08, 2014 09:18 AM

Le lieu de la gouaille

Fenêtre et balai dans une rue Pékin, Chine, 21 mars 2014

Et sans fin, l’écolier assis à son banc, mais parti cependant pour l’école buissonnière, pour les voyages de la géographie dynamique, pour celle géographie rêvée qui le console de la géographie récitée, l’écolier rêvant travaille à la limite de deux univers : l’univers de l’eau et l’univers de la terre. Le rêve fait ainsi des eaux-fortes sur du papier mâché.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Dans un café, un groupe de femmes s'exprime avec emphase et volume. C'est le rire et la gestuelle qui envahit le lieu, loin du cliché que l'on se fabrique du Japon. Mes pensées cheminent non planifiées. Quelques pas de plus, et c'est Elbeuf en Normandie qui vient se poser en juxtaposition à cette scène. Le souvenir familier de l'environnement et des modes d'expression s'installe et me donne de la joie. Déjà une semaine depuis le retour de Pékin, et tout s'assemble dans une forme vernaculaire transfrontalière. L'expression humaine joyeuse et sans compromis bouscule tous nos compromis.

June 08, 2014 09:04 AM

June 06, 2014

Karl Dubost

Hanoï, humide langueur

Cage d'oiseau et bambous Hanoi, Vietnam, 6 juin 2014

Une porte irrégulière, frangée de stalactites, s'ouvre devant nous, donnant à mi-hauteur d'édifice dans le sanctuaire. C'est le cœur même de la montagne, haute et profonde aux parois de marbre vert. Les bas-fonds sont noyés dans une espèce de pénombre transparente qui ressemble à de l'eau marine, et d'en haut, d'une trouée par où les grands singes nous regardent, tombe un éblouissement de lumière d'une teinte inexplicable : on dirait qu'on entre dans une immense émeraude que traverserait un rayon de la lune. El les pagodes, les dieux, lès monstres, sont là, dans cette buée souterraine, dans ce mystérieux resplendissement vert d'apothéose, ont des couleurs éclatantes de choses surnaturelles.

Pierre Loti, Propos d'exil.

Le souffle de vapeur emporte ; le pas transporte. Saveurs mélangées au désir de la lenteur, il est nécessaire d'apprendre le temps. Il est requis de prendre le temps.

Mur vert et affiches publicitaires Hanoi, Vietnam, 6 juin 2014

June 06, 2014 11:46 PM

L'homme courbé

chef penché derrière son comptoir Fujisawa, Tokyo, 5 juin 2014

En fait, les rêves sont plus grands : ils dépassent les raisons et les symboles. Les rêves sont immenses. Ils ont, par une fatalité de grandeur, une cosmicité.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

L'homme professionnel se penche sur son comptoir. Un peu partout dans le restaurant, il y a des images et des cartes de Nagasaki et ses environs. Nous avons passé la commande. Il est 20h30. Nos sacs légers comme si nous partions pour une fin de semaine en randonnée sont posés contre le mur. Lorsqu'il déploie de nouveau son dos courbe, ce sont chirashi, sashimi, chawamushi, tofu, omelette, soupe au miso et tempura qui sont posés en face de nous. Nous pouvons nous rendre à l'aéroport pour dormir. Demain, nous prenons l'avion. Nous rêvons déjà de là-bas avec le goût d'ici.

plats de cuisine japonaise Fujisawa, Tokyo, 5 juin 2014

June 06, 2014 12:12 AM

June 03, 2014

Karl Dubost

La rouille du Web en cinq minutes

Groupe de personnes discutant Azabu, Japon, 27 mars 2014

On peut, en effet, saisir une sorte de coopération de deux éléments imaginaires, coopération pleine d’incidents, de contrariétés selon que l’eau adoucit la terre ou que la terre apporte à l’eau sa consistance.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Ce soir j'avais cinq minutes pour présenter la rouille du Web. L'audience était constituée principalement de designers, personnes faisant du UX et développeurs Web. Une expérience intéressante suivie de quelques 10 minutes de discussions. Les périodes de discussions sont généralement les plus intéressantes par la friction qu'elles apportent que ce soit dans la contradiction ou le développement du sujet en question. Merci à AQ pour m'avoir invité.

J'y ai principalement traité de l'information et des circonstances de sa mémoire sur le Web. Il y aurait tant d'autres sujets à développer. Peut-être un autre morceau sur la licence comme outil d'articulations de la pérennité.

June 03, 2014 02:21 PM

Avoir soif

Une rigole de graviers blancs Takadanobaba todaimae, Japon, 23 mars 2014

Ainsi recommence la vie dynamique, la vie qui rêve d’intervenir dans le monde résistant.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Une ligne de gravier blanc sur le sol, légèrement en retrait de la surface de matières minérales, et c'est déjà l'idée de l'eau qui avale les pensées. Le flux d'une séquence, de la goutte à la canalisation, humidifie les pensées d'un après-midi ensolleillé. J'ai soif.

June 03, 2014 02:09 PM

L'abandon de l'objet

Un porte monnaie et un sac à main abandonnés Takadanobaba todaimae, Japon, 23 mars 2014

Les objets, tous les objets ont des ressorts. Ils nous rendent l’énergie imaginaire que nous leur offrons par nos images dynamiques.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Les circonstances de l'abandon d'un objet sont toujours fascinantes. À qui appartient-il ? Pourquoi a-t-il été abandonné ? Quel est le sens de cet abandon dans un univers de consommation frénétique ? Par qui a-t-il été fabriqué ? Quand et où ? L'abandon d'un objet dans la rue est le début d'une histoire.

June 03, 2014 01:58 PM

June 02, 2014

Karl Dubost

Le tremblement du sens

Ombre d'arbre sur un mur Takadanobaba todaimae, Japon, 23 mars 2014

Comme nous le disions jadis, confessant notre tempérament onirique : on ne dort bien que dans l’eau, que dans une grande eau tiède.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Les objets du thé conservés par Soetsu Yanagi sont exposés au musée Mingei. L'or entre les fragments ; les objets qui sont utiles sont réparés, conservés. Je sors du musée et c'est l'ombre qui m'invite au thé. Déjà le contour des feuilles infuse, la matière enveloppe et sur mes lèvres, la chaleur de l'eau. Que le monde tremble de sens pour les rêveries du poète.

June 02, 2014 01:45 PM

L'envie de la nuit

Couloir et enseigne de restaurants Tokyo, Japon, 31 mai 2014

L’être qui vit ses images dans leur force première sent bien qu’aucune image n’est occasionnelle, que toute image rendue à sa réalité psychique a une racine profonde — c’est la perception qui est une occasion —, sur l’invite de cette perception occasionnelle, l’imagination revient à ses images fondamentales pourvues, chacune, de leur dynamique propre.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Le train vient de passer. Sous la voie, les restaurants sont silencieux. La chaleur s'assoupit un peu. Entre Tokyo et Yurakucho, les couloirs attendent la nuit.

June 02, 2014 01:23 PM

Un brouillard de sel

Brouillard sur la ville Tsujido, Japon, 1er juin 2014

Débarrassé du souci de signifier, il découvre toutes les possibilités d’imaginer.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Cette nuit, l'océan Pacifique avait largué l'encre noire au cœur de la ville. Le brouillard dépose ses mots de sels sur les lèvres, ennivre et subjugue le promeneur.

June 02, 2014 08:06 AM

June 01, 2014

Karl Dubost

Le train tranquille de Enoden

Quai de gare Fujisawa, Japon, 30 mai 2014

Le rêveur a ainsi bénéficié de la solidité de l’arbre dans la plaine aux moissons ondulantes ; le tronc robuste, — la racine dure, voilà un centre fixe autour duquel s’organise le paysage, autour duquel se tisse la toile du tableau littéraire, d’un monde commenté.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Pendant les fins de semaine, les quais de la ligne Enoden sont bondés, surtout à Fujisawa, Enoshima et Kamakura. Un mélange de touristes de Tokyo et d'ailleurs s'amoncellent en grand nombre pour pouvoir parcourir le trajet de Fujisawa à Kamakura. Le train de Shinjuku (Ligne Odakyu) ou celui de Tokyo (Ligne Tokaido) déversent à Fujisawa un flot incessant de personnes se précipitant aussitôt vers la petite station de Enoden. Peu restent découvrir Fujisawa. Ils descendent généralement à Enoshima ou à Kamakura.

Du lundi au vendredi, c'est une histoire différente qui s'écrie. Surtout le matin de bonheur et tard le soir. Il y a ceux qui travaillent, ceux qui reviennent des classes complémentaires (l'étude du soir), ainsi que les personnes du voisinage. Un peu plus d'espace, de respiration, de possibilité d'errance, nous prenons un banc et nous discutons sans précipitation. Des mots ronds, des mots tendres, des phrases qui s'assoupissent. L'air un peu frais, le vent du Pacifique souffle. Nous nous rapprochons.

train au quai Fujisawa, Japon, 30 mai 2014

June 01, 2014 11:11 PM

Les chemins ouverts

porte ouverte et chemin verdoyant Tokyo, Japon, 27 mai 2014

Dans un monde actif, dans un monde résistant, dans un monde à transformer par la force humaine. Ce monde actif est une transcendance du monde au repos. L’homme qui y participe connaît, au-dessus de l’être, l’émergence de l’énergie.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

La communication entre humains prend du temps. Cette communication qui nous fait échanger un sourire complice, rire ensemble sans se moquer. La confiance est nécessaire. Elle se teste par l'observation, par les tentatives mineures. Hier soir, pendant le basket-ball, il y a cette personne qui m'invite à réaliser les exercices d'échauffement avec elle. Il y a cette autre personne qui après les matchs me donne un « high-five » pour remercier pour le jeu. Petits détails, petits moments de tendresse, toutes ces ouvertures qui dévoilent notre humanité. Cela aura pris uniquement quatre mois. C'est peu. Je me souviens avoir construit des complicités après un ou deux ans à Shimokitazawa. Explorer lentement les chemins ouverts sans les forcer, c'est prendre le temps de l'amitié.

June 01, 2014 10:46 PM

May 28, 2014

Karl Dubost

Le lieu du travail

Mannequins en groupe dans un garage Tokyo, Japon, 27 mai 2014

Et, tout compte fait, la leçon philosophique est grande, car elle montre que toute contemplation est une vue superficielle, une attitude qui nous empêche de comprendre activement l’univers. L’action, sous ses formes prolongées, apporte de plus importantes leçons que la contemplation. D’une manière plus particulière : la philosophie du contre doit avoir le pas sur la philosophie du vers, car c’et le contre qui finit par désigner l’homme dans son instance de vie heureuse.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Point de forge au vacarme assourdissant, d'atelier où les copeaux jonchent le sol en boucles blondes, aucun champ où le pied lourd s'enfonce dans le sillon sous la pluie, point de caisse enregistreuse où l'obésite et le déchet s'annoncent, point de cabines de camion où les gaz asphyxient l'ennui, point de bureau à cloisons où le néon blafard évapore les couleurs. Rien de tout cela.

Autour de moi, des hommes d'affaires remplissent des papiers sur une large table collective. Formulaires, ciseaux et colle à papier, il est nécessaire d'ajuster la photographie aux dimensions exactes. Nous attendons l'ouverture du guichet. D'autres consultent déjà les réunions qu'ils auront à réaliser dans leur journée. Un autre prépare une présentation en manipulant les tableaux de données et les graphes sur son portable. De l'autre côté du comptoir, deux hommes en chemises se préparent à la routine quotidienne, la réception des formulaires, leur vérification et la délivrance des visas. Ils trient, alignent, marquent les erreurs. Ils tamponnent aussi. Le matin pour les demandes, l'après-midi pour la délivrance, je crois reconnaître l'un des employés par l'une de ses caractéristiques physiques visibles. Je compte les années de routine depuis mon dernier passage.

Mon ordinateur est ouvert. Je lis les messages de la journée précédente. Je trie, je range, je note les erreurs. Je réponds aussi. Un rapport d'anomalie, un site Web à tester, une analyse un peu plus compliqué, j'exécute. Rouage de la grande machine industrielle du Web, et toujours cette question en suspens, quel est le sens de mon action ? Collaborateur de la grande pompe à fric publicitaire ou résistant au nom d'un mode d'expression.

Je travaille. Ils travaillent. Nous travaillons. Le non-lieu du travail est un privilège. Est-il ? Où est-ce une liberté qui nous emprisonne un peu plus dans un espace large mais contrôlé ? Peut-être que le lieu n'est pas le critère. Quel est le contrôle que nous avons sur nos temps d'éxécution ? Quelle est l'ampleur de la maîtrise de nos réalisations ?

Mon visa est délivré. Je dois changer de lieu.

May 28, 2014 11:19 PM

Ceci n'est pas un hamburger

deux icônes de caractères Céleste hamburger

Le créateur ☰ est le ciel, il est rond, il est le prince, il est le père, le jade, le métal, le froid, la glace, le rouge sombre; c'est un bon cheval, un vieux cheval, un cheval maigre, un cheval sauvage; c'est le fruit d'un arbre.

Yi King, le Livre des Mutations.

Une question sur la vieille liste webdesign-l (oui, je suis toujours abonné) montre comment les gens empruntent des raccourcis sémantiques et s'approprient l'univers des mots et des images. La question était In an HTML5 document, I'm trying to use this: &#9776; which displays a hamburger icon - except in IE8. Is there a way to get that to work in 8? I looked for some kind of conversion tool but didn't see anything.

Le caractère dont la personne parle est en fait ☰, l'un des huit trigrammes du Chinois. Il est l'image du ciel et est décrit comme tel dans Unicode. Le manque de support n'est pas dû à IE8 mais à l'absence certains appareils de la police de caractères adéquate pour afficher ce caractère chinois.

Il existe bien un caractère pour les hamburgers dans Unicode.

TRIGRAM FOR HEAVEN. Unicode: U+2630, UTF-8: E2 98 B0
🍔
HAMBURGER. Unicode: U+1F354 (U+D83C U+DF54), UTF-8: F0 9F 8D 94

Bien sûr, il ne s'agit pas du type de « hamburger » dont la personne parlait. Cette tendance des concepteurs Web que l'on voit fleurir sur tous les sites depuis quelques années est une icône pour représenter un menu de navigation. Il est préférable d'utiliser SVG et/ou un fichier PNG dans le cas où le support de SVG n'est pas possible. Et ce menu a une origine beaucoup plus lointaine qu'on ne le pense. Elle existait déjà chez Xerox Park en… 1981. Norm Cox est le créateur de ce menu compact contextuel en trois lignes.

La beauté de la transformation des sens est d'autant plus merveilleuse que le caractère ☰ est définie par le Yi Jing qui est le Traité canonique des mutations.

May 28, 2014 12:50 AM

May 26, 2014

Karl Dubost

L'évanoui

Maison en cours de destruction Tsujido, Japon, 26 mai 2014

The air was soft, the stars so fine, the promise of every cobbled alley so great, that I thought I was in a dream.

Jack Kerouac, On The Road.

Ce soir, c'est le vent et la pluie. Les volets coulissants vibrent entre les parois. Les gouttes crépîtent sur les murs. La maison de bois s'exprime. Les rafales de vent donnent la mémoire du ressac. Sur la table, la misère dans un verre de confiture fait des racines. Presque minuit, On The Road dans les pupilles sur le grand mur blanc, le voyage s'impatiente déjà.

Ce matin, tristesse oblige, la démolition d'une maison près de la gare. Cette maison, celle de l'entrée romantique et végétale, celle d'une idée, d'un poème. Je n'ai plus que la photo de cette entrée prise au printemps dernier. Ce mois de mai 2013, Olivier et moi préparions la rouille du Web.

La pluie sur les murs, le cœur en voyage, tout semble frêle et lié. Des boutures de mots sur lèvre à nuit, tout disparaît.

May 26, 2014 02:25 PM

May 25, 2014

Karl Dubost

Tokyo des villes, Tokyo des champs

Boutique de fruits et légumes Tokyo, Japon, 23 mai 2014

Alors, brusquement, le soleil écarta les brouillards ; — d'abord, derrière ces fumées, il apparut tel qu'un pain à cacheter, blanc, sur le fond gris des nuages; "puis, les chauds rayons ayant dispersé les brumes, vers huit heures du matin, le ciel tout entier se déploya, comme un pavillon et tendre azur, où de lointaines nuées mettaient un frisson léger…

Jules Boissière, Propos d'un intoxiqué.

Une exploration courte à Takadanobaba, au nord de Shinjuku, après la station de Shin-Okubo et c'est une rue simple avec une boutique de fruits et légumes. C'est l'heure du repas. Les propriétaires mangent une soupe de nouilles.

Ensemble de tours et passerelles Tokyo, Japon, 23 mai 2014

Poursuivre à Shinjuku et se retrouver entouré de la ville, du sens de l'urbanité, du béton et des passerelles. Tokyo des villes, Tokyo des champs. Tokyo multiple.

Mais nous étions venus pour découvrir ce que Tokyo saveur avait à offrir en terme de Bánh mì.

Sandwich : Bánh mì Tokyo, Japon, 23 mai 2014

May 25, 2014 11:39 PM

Vivre les pieds dans le sable

Pieds dans le sable Tsujido, Japon, 24 mai 2014

Mobile et brillante ceinture

De notre terrestre univers,
Vieil Océan ! que ta peinture
Soit ici l'objet de mes vers.

Antoine Cunyngham, Ode à l'Océan.

Je suis un enfant de la ville et de la forêt. Ce sont les deux milieux que je « maîtrise » le mieux, ceux avec lesquelles j'ai une familiarité intime. Le sol, les plantes, les parfums et les essences, je les ai ressentis, appris. J'ai senti la brûlure de l'ortie, le relief des écorces, la coupure des fougères. J'ai appris à traverser les routes dangereuses, à jouer dans les caves des immeubles, à se faire peur. J'ai appris la cabane faite de bois mort, le renard dans le brouillard du matin.

Depuis plus de 5 mois, je vis maintenant près de l'océan. Le son des vagues est un compagnon tendre au rythme des doigts sur le clavier. Ce matin nous sommes allés prendre le petit déjeuner au bord de la plage, pain et salade dans le sac. La lumière n'y est pas trop forte, la chaleur tendre. Les surfeurs depuis le lever du soleil attendrent les maigres vagues. Un père et ses deux enfants en combinaison de néoprène. Il leur apprend à s'échauffer et puis après quelques minutes, chacun avec leur propre planche de surf, ils vont à l'assaut des vagues. Ils tombent et répètent les mouvements. Ils apprennent. Le père donne à ses enfants les ajustements à réaliser pour dominer les vagues. L'océan est leur environnement. Ils sont des enfants de l'océan.

Quand à Montréal, elle me parlait de la lumière du ciel, je ne comprenais pas vraiment. Je pouvais imaginer, mais je n'avais ni le feu, ni l'éblouissement, ni l'azur, ni l'indigo. Lentement, chaque élément prend sa place. À chaque pas, je sens les grains de sable couler sur ma peau. À chaque pas, j'appartiens un peu plus à la dune.

May 25, 2014 11:02 PM

Un banc, un laptop et la plage

banc sur la plage et île dans le fond Tsujido, Japon, 25 avril 2014

En juger ainsi, c’est être victime d’un réflexe né dans la passivité. Il suffit d’être acteur, de prendre la lime en main, de grincer soi-même des dents comme il convient dans la colère travailleuse, dans la colère active, pour ne plus être blessé par les grincements de la matière dure. Le travail est un inverseur d’hostilité. Le bruit qui blessait excite. L’ouvrier multiplie les coups de lime, il a conscience que c’est lui qui fait grincer la matière.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Aujourd'hui, je suis allé à la plage. L'ordinateur dans le sac. Un banc, le seul de ce coin de plage s'est libéré. Je suis alors allé m'assoir et j'ai travaillé sur les bugs courants de mon travail à Mozilla. Le son des vagues comme fond musical audio était parfait pour se concentrer. Et pourtant, il y a toujours ce sentiment de culpabilité. La plage est le lieu balnéaire et ne fait pas partie de ma chimie. Alors j'apprends à faire grincer le lieu.

May 25, 2014 10:38 PM

Une madeleine et des chaussures

Paire de chaussures en suède bleu ciel Adidas Tobacco

A qui donc parles-tu, flocon lointain qui passes ?
A peine entendons-nous ta voix dans les espaces.
Nous ne te distinguons que comme un nimbe obscur
Au coin le plus perdu du plus nocturne azur.
Laisse-nous luire en paix, nous, blancheurs des ténèbres,
Mondes spectres éclos dans les chaos funèbres,
N'ayant ni pôle austral ni pôle boréal :
Nous, les réalités vivant dans l'idéal,
Les univers, d'où sort l'immense essaim des rêves,
Dispersés dans l'éther, cet océan sans grèves
Dont le flot à son bord n'est jamais revenu ;
Nous les créations, îles de l'inconnu !

Victor Hugo, Abîme - La Voie Lactée.

Les « madeleines » ne se préparent jamais. Elles viennent vous saisir sans annonces. Elles émergent de l'ordinaire, d'un objet commun et viennent réveiller toute une série de sentiments, de souvenir. Vous tirez le coin d'une image dans votre mémoire et soudainement, c'est tout l'album qui vous éblouie. En voyant ces Adidas bleu suède dans les magasins, je me souviens d'une paire de chaussures dans les mêmes tons. Peut-être celles-ci même dans les années 70. Elles n'étaient pas miennes. C'était celles de mon père. Je les ai toujours trouvées belles. Et en cascade, c'est une barbe généreuse, une pipe, une 2CV orange, un maillot de rugby en coton qui apparaissent comme si on ouvrait la porte d'un vieux placard où tout a été entassé sans ordre précis.

May 25, 2014 06:02 AM

May 20, 2014

Karl Dubost

Créature océane

Poisson mort sur la plage Tsujido, Japon, 18 mai 2014

Routes terrestres ct maritimes existent depuis les temps anciens mais la mer est toujours dangereuse et, dans les zones montagneuses qui constituent une part importante du territoire, les communications restent malaisées et le peuplement très espacé. Les spécialistes de la démographie historique ont tenté de mesurer le nombre des hommes.

Souyri Pierre-François, Histoire du Japon médiéval.

Ce moment étrange de la rencontre avec une créature océane morte sur la plage. Un bec avec des dents, un corps d'anguille provoquent l'interrogation, l'appel de l'inconnu. Famille des aiguillettes ? Peut-être. D'où vient-il ? J'imagine toujours la surprise des anciens avec les phénomènes rares, avec les manifestations aléatoires d'une chose à laquelle nous ne sommes pas habitués. Pour ce qui est de cette aiguillette, il semble que ce soit un poisson « dangereux » qui aime sauter à la surface de l'océan et malencontreusement blesse les pêcheurs.

May 20, 2014 11:44 PM

May 18, 2014

Karl Dubost

Cookies humains

Poteau planté dans la plage Tsujido, Japon, 18 mai 2014

La culture du Moyen Age finissant atteint sa plénitude dans la première moitié du XVIe siècle : notions esthétiques de sabi (beauté triste, patine du temps), de wabi (simplicité et solitude) de seijaku (sérénité dans la simplicité).

Souyri Pierre-François, Histoire du Japon médiéval.

Les « Cookies » sont ses marqueurs que les sites Web plantent dans votre navigateur à votre première visite et qu'ils utilisent pour créer un profil commercial au fur et à mesure de vos visites.

Depuis quatre mois, je me rends dans le même café tous les matins à partir de sept heures. Ce matin, pour la première fois, une des employées ne m'a pas demandé ce que je voulais mais a juste confirmé ce que j'allais prendre. Il y a le sentiment de complicité, de compréhension, de reconnaissance et de confiance. Une partie importante de ces sentiments est dans la possibilité de changer le cours des choses très facilement. Cette préférence ne sera pas partagée avec une autre entreprise commerciale autour de ce café. La presse papier que je lis ne comprend pas de publicité ciblée autour du même produit que je consomme dans ce café. Cette préférence est pour l'instant le résultat d'un seul humain employé. Si je ne suis pas satisfait, je peux me rendre ailleurs ou changer mes habitudes sans conséquences. Je serais oublié. Je ne me sens pas prisonnier.

Il aura fallu quatre mois pour obtenir ce cookie humain. C'est agréable.

May 18, 2014 10:51 PM

Christian Fauré

Publication du « Simondon » de Jean-Hugues Barthélémy

Disponible le 14 Juin.
simondon

TABLE DES MATIÈRES

Repères chronologiques……………………………………….…..13

Liste des abréviations utilisées…………………………..…23

Introduction………………………………………………….25

I. Penser au « milieu » : l’individu et son milieu associé………………..35

« Individuation », « transduction », « ontogenèse » :

du vocabulaire aux enjeux conceptuels…………………………….…..37

La question générale de l’individuation :

relations, ordres de grandeur et « phases »……………………………46

Du physique au biologique :

polarisation, individualisation, « sujet »……………………59

Le transindividuel :

collectif réel, personnalité, spiritualité………..……..67

L’objet technique :

concrétisation, individualisation, naturalisation……………79

 

II. Penser « au milieu » : partir du centre de l’être…….95

Sujet et objet : Simondon dans le XXe siècle…………97

Matière et forme :

Simondon versus Aristote et Kant………………..…103

Mécanisme et vitalisme :

Simondon par-delà Bergson et Canguilhem…………….113

Psychologisme et sociologisme :

Simondon entre Freud et Durkheim……………..…121

Humanisme et technicisme :

Simondon ailleurs que Marx et Heidegger………….127

 

III. Interpréter autrement la crise du sens :

la « Cybernétique universelle » et ses postérités……………141

Le dialogue central avec Wiener :

de la question de l’information au « sens du devenir »………144

Déterminisme technique et « phases de la culture » :

deux points de doctrine restés incompris ?….…………154

L’apport des Cours de 1964-1966 :

perception, imagination, invention………………..170

Postérités et actualité de Simondon…………………..180

 

Conclusion………………………………………201

Glossaire………………………………………205

Notices………………………………231

Bibliographie……………………………….243

Textes de Simondon……………………………………..243

Travaux sur Simondon…………………………245

Bibliographie générale complémentaire…………………251

Index nominum…………………………257

Index rerum………………………………261

 

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by Christian at May 18, 2014 08:33 AM

May 17, 2014

Karl Dubost

Contraste, traces

Rideaux de bois sur mur de béton Shimokitazawa, Japon, 23 mars 2014

Comme le disait à Daniel Halévy un tonnelier : « Le bois n’est pas comme le fer, chaque morceau, il faut le juger. » Si l’on juge mal, le bois trahira.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Quels sont les éléments culturels que nous entraînons dans le courant de notre modernité ?

May 17, 2014 12:01 PM

Ne reviens pas vivre à Shimokita

Devanture de magasin fermé Shimokitazawa, Japon, 22 mars 2014

Ce gestaltisme dynamique de l’imagination matérielle qui joint une intensité substantielle à une forme ne sera nié que par ceux qui n’ont pas le sens du chêne. Si l’imagination matérielle est parfois si faible, ne faut-il pas incriminer tous ces meubles ripolinés qui nous frustrent des rêveries en profondeur ? Tant d’objets qui ne sont plus que des surfaces ! Tant de matières dépersonnalisées par d’indigents vernis !

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Quand je suis venu vivre au Japon en 2005, les guides touristiques balbutiaient du bout des lèvres Shimokitazawa. Le flot des touristes se concentraient autour de Shibuya, Harajuku et Shinjuku. Et puis petit à petit, j'ai vu apparaître le quartier comme un endroit à visite. Scène rock, scène de friperie, scène théâtre, Shimokitazawa était un lieu qu'il fallait découvrir. Le charme de Shimokitazawa qui était déjà bien entamé lorsque j'y vivais (en partie à cause de ma présence même) a pris ces trois dernières années un très grand coup. La rénovation de la ligne Odakyu, la démolition des magasins qui vivaient sous la station, l'élargissement de certains lieux et l'arrivée massive de touristes entraînent en partie la fermeture des anciennes boutiques. Cafés tendances et boutiques des grandes chaînes de distribution s'installent. L'an dernier, mon ex-coiffeur m'avait dit « ne reviens pas vivre à Shimokita. C'est fini. » Les associations qui luttaient pour la préservation du centre ont échoué.

May 17, 2014 11:42 AM

Pékin mou, Pékin dur

ruelles avec un futon et des piétons Pékin, Chine, 21 mars 2014

Ainsi l’imagination matérielle nous engage dynamiquement. Dans l’ordre de la matière imaginée tout s’anime : la matière n’est pas inerte et la pantomime qui la traduit ne peut rester superficielle. Celui qui aime les substances, en les désignant, déjà il les travaille.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Voilà il faut déjà partir. Il fait chaud ce matin. Le bruit, la foule, les voitures. Le rythme. Il faut être fluide pour évoluer avec la foule, pour ne pas subir le choc du mur. Et puis là juste avant de partir avant de prendre le train express pour l'aéroport. Un dernier regard, j'achète des beignets au mouton. Difficile de savoir d'où vient la viande ? Mais se pose-t-on la question ? Pékin dur. Je m'assoie. Une bouchée de beignet, un regard sur le flux, des hommes et des femmes assis aussi tout comme moi, ils regardent. Pékin mou. Dernière bouchée, police à peine secrète sur le trottoir, policiers et militaires, espacés. Pékin dur. Ils plaisantent. Pékin Mou. Au revoir… peut-être. La ville est matière.

May 17, 2014 11:20 AM

Christian Fauré

Notes sur « La domestication de l’Être » de Peter Sloterdijk

“La domestication de l’être humain constitue le grand impensé face auquel l’humanisme a détourné les yeux depuis l’antiquité”, note Peter Sloterdijk dans “Règles pour le parc humain”, discours prononcé en Juillet 1999 qui déclencha une polémique notamment par l’utilisation du mot “sélection” qui renvoyait l’Allemagne à son passé nazi.

Dans le discours “La domestication de l’Être”, prononcé quelques mois plus tard à Paris, Sloterdijk développe la question de la domestication dans une perspective anthropologique qu’il nomme “anthropotechnique”.

sloterdijk.jpg

L’enjeu est le suivant : comment penser l’homme comme un produit, certes ouvert et non fermé ou fini, mais sans pour autant s’en remettre au terme vague d’évolution qui désigne, depuis la fin du XVIII° siècle, l’idée d’une production sans auteur.

Selon Sloterdijk, quatre “mécanismes” peuvent rendre compte du mystère de l’irruption de l’humanité :

  1. Le mécanisme de l’insulation ;

  2. Le mécanisme de la suppression des corps ;

  3. Le mécanisme de la néoténie ;

  4. Le mécanisme de la transposition ;

 

1. Le mécanisme de l’insulation

 

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C’est Hugh Miller, dans “Progress and decline” qui a parlé d’une “insulation contre la pression de la sélection” (quel dommage ne pas pouvoir accéder en français à l’ouvrage de référence Das Konkrete und das Abstrakte (1980), de Dieter Claessens , dont Sloterdijk souligne l’importance)

Par “insulation” il faut entendre la capacité qu’a un ensemble d’individus de former un groupe dont la périphérie forme une sorte de membrane qui l’isole en partie de son environnement.

Pensez à un troupeau de bisons ou à un banc de poisson comme la manifestation animale de ce phénomène et vous concevrez effectivement que, à l’intérieur du groupe, les conditions climatiques ne sont pas les mêmes qu’à la périphérie.

Là où la sélection naturelle règne à la périphérie du groupe, en son centre se développe d’autres logiques de sélection qui ne sont plus naturelles mais relèvent de l’artificialité d’une couveuse ; c’est là où la mère va pouvoir prendre soin de son enfant.

Les lois naturelles de Darwin butent contre cette membrane de groupe ; le multiple des individus s’agrège pour former un groupe qui fait régner en son centre des lois qui sont, au sens strict, monstrueuses. Monstruosité des animaux dits sociaux.

2. Le mécanisme de la suppression des corps.

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L’expression “suppression des corps” provient de Paul Alsberg ["L'énigme de l’humanité", 1922] et désigne l’extension de la couveuse insulaire animale grâce à l’usage de l’outil  “d’abord spontané, puis élaboré et chronique” :

“ Le pré-homme, qui est tout de même déjà un coureur de steppes curieux, produit les premiers trous et déchirures  dans l’anneau de l’environnement en devenant, par ses coups et ses jets, l’auteur d’une technique d’action à distance qui produit sur lui-même des effets rétroactifs inouïs.” p.125 Sloterdijk.

“La suppression des corps”, c’est pouvoir étendre sa capacité d’action en pouvant agir à distance comme avec un jet de pierre. Entre le corps et l’environnement, il y a à présent l’outil qui requiert des savoir-faire et des techniques (de coupe, de lancé, etc.) autour duquel un monde s’ouvre, celui d’un vaste champ d’expérimentations.

Avec les premières pratiques de ce qui deviendra l’écriture, il y a en plus une mise en réserve (une poche culturelle) des autres pratiques et qui éloignera encore plus la pression du monde naturel sur le proto-homme.

 

3. Le mécanisme de la néoténie

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Détournons notre regard contemplatif de la trajectoire du jet de pierre pour nous tourner vers cette serre artificielle qui protège à présent les individus de la dureté de l’environnement.

Là, de nouveaux processus de sélection, sur des critères qui ne sont pas “naturels”, vont émerger. Au sens strict du mot, le proto homo-sapiens devient “monstrueux”, c’est à dire contre nature.

Ainsi le petit de l’homme peut se permettre le luxe de naître sans être fini. Cette naissance prématurée, que l’on désigne sous le terme de néoténie, fait que le petit devient un enfant qui ne gagne sa maturité biologique qu’après de nombreuses années.

Monstreux nous le sommes aussi en ce sens que nous conservons jusqu’à notre maturité des caractéristiques foetales que la “nature” n’auraient jamais laissé se développer. A commencé par notre visage :

“Chaque visage est une formation de museau qui n’a pas eu lieu”.p.137

La technique, à ce stade, doit donc être pensée comme une création d’espace artificiel, mais d’autres animaux peuvent présenter ces caractéristiques ; il faut donc un quatrième mécanisme pour « enfoncer le clou » de l’humanité.

4. Le mécanisme de la transposition

 

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Paradoxalement, l’ouverture de ce nouveau monde qui tend à produire des monstres néoténiques dans un environnement artificiel, rend en même temps la situation de l’homme très critique. L’implacable loi du vivant est certes mise à distance, mais il y a toujours des moments d’irruption qui peuvent s’avérer catastrophiques.

Plus la différence entre le milieu naturel extérieur et le milieu artificiel intérieur se creuse –plus cette différence de potentiel augmente – d’autant plus violente et destructrice sera la décharge lors d’une brèche.

L’intrusion d’un prédateur, une catastrophe naturelle ou même une attaque humaine ennemie peuvent s’avérer fatales pour ce vivant qui a pris ses marques et ses habitudes dans sa cage dorée en se payant le luxe d’un raffinement biologique.

Comment faire face à ces moments critiques d’irruption de la menace externe ? Et surtout, comment se remettre de ces crises ?  “La résilience” répondrait Boris Cyrulnick. Plus précisément, Sloterdijk dit qu’il faut un “réservoir de souvenirs et de routines” pour pouvoir reconstruire son environnement protecteur, et d’enchaîner avec une fulgurance dont il a le secret dans une proposition comme celle-ci :

“La reprise des souvenirs datant de la période précédant les catastrophes est le point de départ de la naissance des religions”

La transposition est donc le mécanisme qui reproduit des habitudes et des routines dans de nouveaux espaces et de nouvelles situations ; une façon de maintenir à distance l’étrangeté et la nouveauté. Mais le mécanisme de la transposition est aussi et en même temps “un certain renoncement à la transposition, afin que l’on soit capable d’accueillir la nouveauté en tant que telle”. Et l’on pense évidement aux relation sexuelles adultes et aux systèmes de parentés.

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by Christian at May 17, 2014 10:02 AM

May 14, 2014

Karl Dubost

Embourgeoisement

rue de nuit, entrée avec des lampions Pékin, Chine, 25 mai 2006

La résistance du monde n’est qu’une métaphore, elle n’est guère plus qu’une « obscurité, » guère plus qu’une irrationalité. Le mot contre n’a alors qu’un aspect de topologie : le portrait est contre le mur. Le mot contre n’a aucune vertu dynamique : l’imagination dynamique ne l’anime pas, ne le différencie pas.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

2006, 2008 et 2014. Nanluogu Xiang était une petite rue avec une poignée de cafés à l'ambiance décontractée où les étrangers installés à Pékin croisaient les étudiants, plutôt dans le domaine artistique. C'était le début de l'embourgeoisement. En 2006, j'y avais rencontré une étudiante de cinéma et découvert un café. En 2008, je sentais déjà les frémissements d'un changement avec l'ouverture de quelques boutiques de tee-shirts et galleries. Mais je n'en avais pas parlé. Je pourrais écrire à rebours, un peu comme on retourne la housse que l'on vient de finir de coudre. Aujourd'hui, la rue n'est plus que l'ombre d'un passé effacé. Les boutiques s'alignent sur toute la longueur de la rue. Les anciens cafés de 2006 y sont toujours là mais plus aucune maison ne persiste entre les deux. On peut y retrouver des galleries, des objets de la consommation pop art en grande séries, des enseignes de grandes chaînes commerciales et une foule de touristes interminables autant chinois qu'étrangers. Les guides de touristes « hipster » du type routard et lonely planet ont fait leur œuvres.

rue avec piétons Chine, Pékin, 23 avril 2008

Alors je me souviens, en janvier 2007, un programmeur d'émission de télévision française m'avait demandé si je pouvais parler des « villages de Tokyo » pour l'émission « Echappées belles » sur France 5. La personne m'avait entre autre dit Le but est de proposer une découverte de l'autre Tokyo, loin du cliché de la ville verticale, grouillante et tentaculaire. Nous essayons donc d'identifier le quartier idéal pour réaliser ce reportage. Ambiance provinciale, vie de quartier, personnage charismatique… Selon vous, quel serait l'endroit le plus approprié à ce tournage?

Je lui avais répondu que je ne souhaitais pas répondre à sa demande. Ceci m'embête. Mon carnet Web a une audience limité, ou au moins une audience d'un ordre de magnitude bien inférieur à celui de la télévision. Faire découvrir ce genre de quartiers à la télévision, c'est inviter au tourisme de masse, c'est inviter à ce que la prochaine vague de tourismes envahissent les rues. Je ne prône pas l'élitisme, mais plutôt la préservation. Ces milieux sociaux sont fragiles, ces environnements vivent et existent parce qu'un étranger semble s'être égarer le long de rues anonymes une fois par an. Mais si toutes les semaines, de nouvelles personnes parcourent les rues, le contact avec la population locale changera. C'est déjà visible dans certains endroits..

Il existe des lieux dans mes voyages dont je ne parle jamais, ou que je ne localise pas, pour éviter cette massification. Non pas que je veuille les garder pour moi, je n'y retournerai probablement pas, mais juste pour donner aux autres l'opportunité de pouvoir les découvrir par hasard comme j'ai pu le faire.

rue avec piétons Chine, Pékin, 20 mars 2014

May 14, 2014 11:30 PM

May 13, 2014

Karl Dubost

Un parcours serein

Bambous Kamakura, Japon, 16 mars 2014

De toute manière, en marge de la réalité sociale, avant même que les matières soient désignées par les métiers instaurés dans la société, il nous faut considérer les réalités matérielles vraiment premières, telles qu’elles sont offertes par la nature, comme autant d’invites à exercer nos forces. Alors, seulement, on remonte aux fonctions dynamiques des mains, loin, profondément, dans l’inconscient de l’énergie humaine, avant les refoulements de la raison prudente. L’imagination est alors brisante ou liante, elle arrache ou elle soude. Il suffit de donner à un enfant des substances assez variées pour voir se présenter les puissances dialectiques du travail manuel. Il faut connaître ces forces premières dans les muscles du travail pour mesurer ensuite leur économie dans les œuvres réfléchies.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Un parcours serein n'est pas un parcours sans incidents, sans peines, ni drames, sans joie ou bonheur. Un parcours serein est celui que nous reconnaissons dans la matière première de notre corps. J'ouvre les yeux et le monde se façonne. Éveillé à l'envie d'explorer, à la pause choisie, à l'effort voulu, je suis cet élan. 45 ans.

bol de thé vert dans les mains Kamakura, Japon, 16 mars 2014

May 13, 2014 11:07 PM

Bricolage informatique pour le bureau

abat-jour percé Yokohama, Japon, 14 mars 2014

Alors l’homme n’est plus un simple philosophe devant l’univers, il est une force infatigable contre l’univers, contre la substance des choses.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Je cherchais un simple bureau pour mon nouveau bureau à la maison. Après avoir arpenté magasins de bricolage, magasins de meubles, antiquaires, l'élément qui semblait convenir le mieux à mes besoins se trouvait chez… Ikea. C'est donc avec peine que je me plie à l'empire marchand. Cependant Ikea à Yokohama ne fait pas de commandes à distance et se trouve à deux heures porte à porte. Comme j'avais déjà réalisé le trajet une fois pour rien, soit quatre heures de transport. Je me suis demandé s'il n'y avait pas un meilleur moyen.

Sur la page du produit. Il existe une section pour vérifier si le produit est en stock. Il existe même un lien vers une page dédiée pour les stocks. Mais celle-ci fonctionne avec un cookie définissant le lieu où l'on désire acheter. Que cela ne tienne, je lance les outils développeurs pour inspecter le contenu.

fenêtre de l'activité réseau Les ressources HTTP

Je remarque un script stockInfo.js qui comprend un parseur traitant du XML. Dans le formulaire je note également ce bout de code :

<input type="hidden"
    name="localStores"
    value="189|fukuoka:447|funabashi:486|kobe:448|kohoku:887|shinmisato:496|tsuruhama"/>

Ceci associe un code numérique et le lieu des magasins ikea au Japon. Je décide donc de récupérer le fichier XML.

http GET http://www.ikea.com/jp/en/iows/catalog/availability/30162246

qui me donne un joli fichier XML

<?xml version="1.0" ?>
<ir:ikea-rest xmlns:ir="http://www.ikea.com/v1.0" xmlns:xsi="http://www.w3.org/2001/XMLSchema-instance" xsi:schemaLocation="http://www.ikea.com/ikea-rest.xsd">
    <header>
        <requestCommand>IrwWSGetStockAvailability</requestCommand>
        <responseType>xml</responseType>
    </header>
    <actionResponse>
        <code>0</code>
        <msg>OK</msg>
    </actionResponse>
    <availability>
        <localStore buCode="448" timeZoneOffsetInMillis="32400000">
            <stock>
                <partNumber>30162246</partNumber>
                <isMultiProduct>false</isMultiProduct>
                <isSoldInStore>true</isSoldInStore>
                <isInStoreRange>true</isInStoreRange>
                <restockDate>2014-05-27</restockDate>
                <isValidForNotification>true</isValidForNotification>
                <availableStock>0</availableStock>
                <inStockProbabilityCode>LOW</inStockProbabilityCode>
                <validDate>2014-05-13</validDate>
                <forecasts>
                    <forcast>
                        <validDate>2014-05-14</validDate>
                        <dayOffset>1</dayOffset>
                        <availableStock>0</availableStock>
                        <inStockProbabilityCode>LOW</inStockProbabilityCode>
                    </forcast>
… etc.

Après inspection, je remarque que je ne suis intéressé que par le magasin de Yokohama 448|kohoku (buCode), la date du stock (validdate) et le stock disponible (availablestock).

Un script plus tard, je peux extraire les valeurs quotidiennement afin de ne pas rater le stock quand il est disponible et de prendre le premier train pour acheter l'objet voulu et payer ma rente au capitalisme.

Réflexions

Encore un moment d'amour pour le Web et me permettre de bricoler ma solution pour obtenir les données.

Encore un moment de tristesse en me disant que tout ceci est bien trop difficile pour le commun des mortels. Les données plus facilement accessibles, la possibilité de créer des points d'attaches pour permettre aux gens d'explorer visuellement les données. Par exemple, pouvoir construire un système de notifications par courrier ou message privé sans avoir à donner ses propres coordonnées au site Web.

May 13, 2014 10:10 AM

May 12, 2014

Karl Dubost

Robinson des villes

Piétons dans une rue Yokohama, Japon, 14 mars 2014

Le caractère se confirme dans des heures de solitude si favorables aux exploits imaginaires. Ces heures de totale solitude sont automatiquement des heures d’univers. L’être humain, qui quitte les hommes jusqu’au fond de ses rêveries, regarde enfin les choses. Rendu ainsi à la nature, l’homme est rendu à ses puissances transformantes, à sa fonction de transformation matérielle, si seulement il vient à la solitude non comme à une retraite loin des hommes, mais avec les forces mêmes du travail. Un des plus grands attraits du roman Robinson Crusoé c’est qu’il est le récit d’une vie laborieuse, d’une vie industrieuse.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Perdu dans l'espace de la ville, je cherche son littoral. Je veux la circonscrire, et puis y parcourir tous ses chemins. Il y a là, à ce moment même, une île où je peux déplier l'imagination, les rêveries d'une déambulation improvisée. S'enfoncer un peu plus, se perdre, comprendre et se tromper. Quelle aventure.

May 12, 2014 10:46 PM

Salade de mots

Deux produits écrits en français et anglais Tsujido, Japon, 9 mars 2014

Toujours l’imagination veut commander. Elle ne saurait se soumettre à l’être des choses. Si elle en accepte les premières images, c’est pour les modifier, les exagérer.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Le mot lointain est un mot exotique. Son contexte est défini par l'imaginaire local et non pas par l'usage distant. Ainsi les langues sont mélangées. Et cette sauce de salade est « japonaise » mais l'assaisonnement est « French. » Magie des mots et de leurs symbolismes, signes véhicule d'émotions entretenues par les clichés culturels.

May 12, 2014 01:14 PM

Une paresse voulue

Ombre de l'arbre Tsujido, Japon, 12 mars 2014

Il suffit de trouver la pâte qui substantialise cette lenteur voulue, celte lenteur rêvée, pour en exagérer encore la mollesse. L’ouvrier, poète à la main pétrissante, travaille doucement cette matière de l’élasticité paresseuse jusqu’au moment où il y découvre cette activité extraordinaire de fine liaison, cette joie tout intime des tout petits fils de matière.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Midi. Le soleil. Je prends l'assiette et les baguettes dans ma main. Je sors et ferme derrière moi la moustiquaire. Je m'assoie sur l'engawa. Je place mon visage dans l'épaisseur du soleil, lentement. Au sol, je me perds dans le méandre des ombres. Le pin tisse mon calme.

May 12, 2014 12:59 PM

May 11, 2014

Karl Dubost

L'éveil

Floraison d'arbre au dessus d'un toit Tsujido, Japon, 11 mars 2014

Alors tout est positif. Le lent n’est pas du rapide freiné. Le lent imaginé veut aussi son excès. Le lent est imaginé dans une exagération de la lenteur et l’être imaginant jouit non pas de la lenteur, mais de l’exagération du ralentissement.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Ce moment de l'année chuchotte, dans le vent, le printemps. L'éveil appelle l'envie de la précipitation lente. Une dilatation fragile et subite de l'espace et du temps dont on veut retenir l'effondrement.

May 11, 2014 11:22 PM

Le chemin à parcourir

Ruelle, la nuit avec quelques points de lumière Tsujido, Japon, 8 mars 2014

Dans ce règne, tout est acquisition, toute image est une accélération, autrement dit, l’imagination est « l’accélérateur » du psychisme. L’imagination va, systématiquement, trop vite. C’est là un caractère bien banal, si banal qu’on oublie de le signaler comme essentiel. Si l’on considérait mieux cette frange mobile des images autour de la réalité et, corrélativement, ce dépassement d’être qu’implique l’activité imaginante, on compren- drait que le psychisme humain se spécifie comme une force d’entraînement. La simple existence est alors comme en retrait, elle n’est qu’une inertie, qu’une lourdeur, qu’un résidu de passé et la fonction positive de l’imagination revient à dissiper cette somme d’habitudes inertes, à réveiller celte masse lourde, à ouvrir l’être pour de nouvelles nourritures. L’imagination est un principe de multiplication des attributs pour l’intimité des substances. Elle est aussi volonté de plus être, non point évasive, mais prodigue, non point contradictoire, mais ivre d’opposition. L’image, c’est l’être qui se différencie pour être sûr de devenir. Et c’est avec l’imagination littéraire que cette différenciation est tout de suite nette. Une image littéraire détruit les images paresseuses de la perception. L’imagination littéraire désimagine pour mieux réimaginer.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

La nuit, mes pensées marchent plus vite que mon corps. La propulsion dans l'espace est accélérée. Je suis là. Je suis là-bas. Étrange dualité.

May 11, 2014 12:46 AM

L'idée de la boue

Planches au sol sur les graviers Chigasaki, Japon, 8 mars 2014

Mais, bien entendu, la réalité matérielle nous instruit. À force de manier des matières très diverses et bien individualisées, nous pou- vons acquérir des types individualisés de souplesse et de décision. Non seulement nous devenons adroits dans la facture des formes, mais nous devenons matériellement habiles en agissant au point d’équilibrede notre force et de la résistance de la matière.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

De simples planches posées sur le sol sec, et déjà les pluies de juin s'invitent à mon chemin. Un futur humide, j'avance prudemment, l'idée de la boue sous mes pas.

May 11, 2014 12:32 AM

Parkings en commun

Vélos alignés dans un parking dédié Chigasaki, Japon, 8 mars 2014

Mais nul besoin de donner l’initiative à l’imaginant com- me le fait l’idéalisme magique. Qu’importe en effet qui commence les luttes et les dialogues, quand ces luttes et ces dialogues trouvent leur force et leur vivacité dans leur dialectique multipliée, dans leur conti- nuel rebondissement. Et notre tâche, beaucoup plus simple, consistera à montrer la joie des images dépassant la réalité.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Plutôt que les programmes dispendieux de partage de vélo organisés dans toutes les grandes villes. Je préfèrerai comme il existe au Japon des systèmes de parking à vélos. Ces parkings sont tous payants, mais aucun abonnement n'est requis. Ils sont généralement placés autour des stations de train et permettent à chacun de laisser son vélo pour la journée que l'on utilise le train ou pas. Petits, grands, à étages, avec abonnement pour les réguliers, ils permettent une beaucoup plus grande liberté de déplacement.

Quelque part, cela tient beaucoup plus d'une notion de protocole standardisé où chaque individu peut avoir le vélo de son choix et a accès quelques services de parking en bénéficiant d'un système universel. Alors que les programmes de partage de vélos sont une privatisation complète du système de vélo sous l'égide d'une marque unique. Pas de marché. Pas d'interopérabilité. Une monoculture complète.

May 11, 2014 12:18 AM

May 10, 2014

Karl Dubost

L'idée de l'océan

Panneau d'avertissement de tsunami Tokyo, Japon, 6 mars 2014

Qu’on ne s’étonne donc pas que rêver d’images matérielles — oui, simplement les rêver — c’est aussitôt tonifier la volonté. Impossible d’être distrait, absent, indifférent, quand on rêve d’une matière résistante nettement désignée. On ne saurait imaginer gratuitement une résistance.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Hier, dans les rues de Nishi-Azabu, je me dirige vers l'ambassade de Chine pour déposer une demande de visa. Sur le mur d'une école, un panneau d'avertissement donne, pour les cas de tsunami, l'altitude du lieu, environ 20 mètres. Autour de moi, ce ne sont que les immeubles et les maisons qui flottent à la surface de cette colline. Et pourtant… c'est l'idée de l'océan qui submerge.

May 10, 2014 10:55 PM

May 07, 2014

Karl Dubost

Sémantique et catégories de développeurs

mural robot avec ramen Kugennuma, Japon, 4 mai 2014

Si elle avait, déclara-t-il, composé un poème, c'eût été fort ordinaire. Mais trouver quelque chose qui convînt bien aux circonstances ! Voilà qui était difficile !

Sei Shonagon, Notes de chevet.

Hier dans le billet sur les carnets Web statiques, je mentionnais je me demande d'ailleurs si cela représente des catégories de développeurs pour la compréhension et la bonne utilisation de REST et du Web sémantique. Ce qui en retour provoqua une question sur IRC afin que je précise ma pensée. Rien de bien magique cependant.

Prenons Chisel, celui-ci n'a pas de class mais une liste de fonctions. On remarque que l'intérêt est la mécanique de gestion du carnet.

→ egrep "^\s*def|^\s*class" ./chisel/chisel.py
def step(func):
    def wrapper(*args, **kwargs):
def get_tree(source):
def compare_entries(x, y):
def write_file(url, data):
def generate_homepage(f, e):
def generate_rss(f, e):
def master_archive(f, e):
def detail_pages(f, e):
def main():

Un autre ? reprise

→ egrep "^\s*def|^\s*class" ./reprise/reprise.py
def _markdown(content):
def read_and_parse_entries():
def generate_index(entries, template):
def generate_tag_indices(entries, template):
def generate_details(entries, template):
def generate_404(template):
def generate_style(css):
def generate_atom(entries, feed_url):
def write_file(file_name, contents):
def slugify(str):
def atom_id(entry=None):
def rfc3339(date):
def get_templates():

Anatolik

→ egrep "^\s*def|^\s*class" ./anatolik/anatolik/anatolik.py
def parse_files():
def parse_posts():
def parse_layouts():
def render():
def create_output():
def usage():
def main():

Frozn

→ egrep "^\s*def|^\s*class" ./frozn/frozn/builder/*.py
./frozn/frozn/builder/exceptions.py:class NoRootDirectory(Exception):
./frozn/frozn/builder/extensions.py:class CodeBlock(Extension):
./frozn/frozn/builder/extensions.py:    def parse(self, parser):
./frozn/frozn/builder/extensions.py:class MarkDown(Extension):
./frozn/frozn/builder/extensions.py:    def parse(self, parser):
./frozn/frozn/builder/site.py:class FroznBase(object):
./frozn/frozn/builder/site.py:    def __init__(self,
./frozn/frozn/builder/site.py:class Site(FroznBase):
./frozn/frozn/builder/site.py:    def _load_config(self):
./frozn/frozn/builder/site.py:    def _initialize_environment(self):
./frozn/frozn/builder/site.py:    def _get_content(self):
./frozn/frozn/builder/site.py:    def _render(self):
./frozn/frozn/builder/site.py:    def _write(self):
./frozn/frozn/builder/site.py:    def _write_file(self, file_object, directory):
./frozn/frozn/builder/site.py:    def build(self):
./frozn/frozn/builder/site.py:class Create(FroznBase):
./frozn/frozn/builder/site.py:    def post(self,
./frozn/frozn/builder/site.py:class Directory(object):
./frozn/frozn/builder/site.py:    def reset_deploy_directory(self):
./frozn/frozn/builder/utils.py:def slugify(value):

Ghostwriter

→ egrep "^\s*def|^\s*class" ./GhostWriter/blog.py
class GhostWriter(object):
    def __init__(self):
    def load(self, stored, location):
    def gen_page(self, templateName, outputName, content):
    def gen_pages(self, templateName, outputName, items):

jasmine

→ egrep "^\s*def|^\s*class" ./jasmine/main.py
def init_jinja_env(*dirs):
def init_global_render_params(infos):
def get_global_render_params():
def write_file(fpath, data):
def collect_blog_infos(input_dir):
def render_jinja(template, data={}):
def render_content(fpath):
def create_blogs(posts, output_dir):
def parse_tags(infos):
def create_tags(infos, output_dir):
def parse_archives(infos):
def create_archives(infos, output_dir):
def create_index(infos, output_dir):
def create_about(output_dir):
def copy_static(input_dir, output_dir):
def main(input_dir, output_dir):
def get_optparse():

Dans cb5, on peut voir émerger la notion de sémantique du carnet par l'introduction d'un class Post.

→ egrep "^\s*def|^\s*class" ./cb5/cb5
class Post(object):
    def __init__(self, filename, mtime):
    def rel_url(self, datadir):
    def get_mtime(self):
    def gen_markup(self):
class Cb5(object):
    def __init__(self, config_file):
    def load_posts(self):
    def gen_rss(self):
    def gen_html(self):
    def gen_archives(self):
    def gen(self):
def main():

Et igor semble beaucoup plus proche de la description d'un carnet Web avec une mise en pratique de la sémantique.

./igor/igor/config.py:class Config(object):
./igor/igor/config.py:    defaults = {
./igor/igor/config.py:    def __init__(self, source, destination=""):
./igor/igor/config.py:    def data(self):
./igor/igor/config.py:    def abspath(self, p):
./igor/igor/config.py:    def read(self, filename):
./igor/igor/config.py:    def write(self, filename):
./igor/igor/documents.py:def find_document(docs, slug):
./igor/igor/documents.py:class Document(object):
./igor/igor/documents.py:    def __init__(self, slug):
./igor/igor/documents.py:    def publish_directory(self):
./igor/igor/documents.py:    def __repr__(self):
./igor/igor/documents.py:class TextFile(object):
./igor/igor/documents.py:    def __init__(self, file_path):
./igor/igor/documents.py:    def pop_section(self, lines):
./igor/igor/documents.py:    def parse_time(self, time):
./igor/igor/documents.py:    def parse_headers(self, header):
./igor/igor/documents.py:    def parse(self, contents):
./igor/igor/documents.py:    def read(self, file_path, force=False):
./igor/igor/documents.py:    def write(self):
./igor/igor/documents.py:def make_post(file_path, project_path, vcs_type=None):
./igor/igor/documents.py:class Post(Document):
./igor/igor/documents.py:    def __init__(self, file_path, extra_data={}):
./igor/igor/documents.py:    def markup(self):
./igor/igor/documents.py:    def summary(self, length):
./igor/igor/documents.py:    def date(self):
./igor/igor/documents.py:    def author(self):
./igor/igor/documents.py:    def author_email(self):
./igor/igor/documents.py:    def publish_directory(self, date_format = "%Y/%m/%d"):
./igor/igor/documents.py:    def __cmp__(self, p2):
./igor/igor/documents.py:class Collection(Document):
./igor/igor/documents.py:    def __init__(self, posts):
./igor/igor/documents.py:class HomePage(Collection):
./igor/igor/documents.py:class Feed(Collection):
./igor/igor/documents.py:class Archive(Collection):
./igor/igor/documents.py:    def __init__(self, posts):
./igor/igor/documents.py:    def publish_directory(self):
./igor/igor/documents.py:    def organize_by_date(self, posts):
./igor/igor/documents.py:    def flatten_org(self):
./igor/igor/markup.py:def register(cls, extensions):
./igor/igor/markup.py:class MarkupProcessor(object):
./igor/igor/markup.py:    def __init__(self, content):
./igor/igor/markup.py:    def process(self):
./igor/igor/markup.py:class NullProcessor(MarkupProcessor):
./igor/igor/markup.py:    def process(self):
./igor/igor/markup.py:class MarkdownProcessor(MarkupProcessor):
./igor/igor/markup.py:    def process(self):
./igor/igor/markup.py:class TextileProcessor(MarkupProcessor):
./igor/igor/markup.py:    def process(self):
./igor/igor/markup.py:def markup(extension):
./igor/igor/markup.py:    def process(content):
./igor/igor/markup.py:def extensions():
./igor/igor/publisher.py:class Publisher(object):
./igor/igor/publisher.py:    def __init__(self, documents, destination, templates_dir, context={}):
./igor/igor/publisher.py:    def prepare_dir(self, dir, rebuild=False):
./igor/igor/publisher.py:    def environment(self, functions=[], filters=[], context={}):
./igor/igor/publisher.py:    def publish_document(self, doc):
./igor/igor/publisher.py:    def publish(self):
./igor/igor/rfc3339.py:def _timezone(utcoffset):
./igor/igor/rfc3339.py:def _timedelta_to_seconds(timedelta):
./igor/igor/rfc3339.py:def _utc_offset(date, use_system_timezone):
./igor/igor/rfc3339.py:def _utc_string(d):
./igor/igor/rfc3339.py:def rfc3339(date, utc=False, use_system_timezone=True):
./igor/igor/rfc3339.py:class LocalTimeTestCase(unittest.TestCase):
./igor/igor/rfc3339.py:    def setUp(self):
./igor/igor/rfc3339.py:    def test_datetime(self):
./igor/igor/rfc3339.py:    def test_datetime_timezone(self):
./igor/igor/rfc3339.py:        class FixedNoDst(datetime.tzinfo):
./igor/igor/rfc3339.py:            def utcoffset(self, dt):
./igor/igor/rfc3339.py:            def dst(self, dt):
./igor/igor/rfc3339.py:        class Fixed(FixedNoDst):
./igor/igor/rfc3339.py:            def dst(self, dt):
./igor/igor/rfc3339.py:    def test_datetime_utc(self):
./igor/igor/rfc3339.py:    def test_date(self):
./igor/igor/rfc3339.py:    def test_date_utc(self):
./igor/igor/rfc3339.py:    def test_timestamp(self):
./igor/igor/rfc3339.py:    def test_timestamp_utc(self):
./igor/igor/template_tools.py:def date(value, format='%H:%M / %d-%m-%Y'):
./igor/igor/template_tools.py:def rfc_date(value):
./igor/igor/template_tools.py:def join(base, ext):
./igor/igor/template_tools.py:def link_to(env, slug):
./igor/igor/template_tools.py:def now():
./igor/igor/template_tools.py:def tag_uri(env, post):
./igor/igor/template_tools.py:def render_template(env, template_path, context={}):
./igor/igor/tools.py:def find_files(start_path, extensions=[".txt"]):
./igor/igor/tools.py:def make_posts(start_path, prefix, extensions=[".txt"]):
./igor/igor/tools.py:    def make_post(f):
./igor/igor/tools.py:def copy_supporting_files(start_path, destination):
./igor/igor/tools.py:def publish(source, destination=""):
./igor/igor/tools.py:def init(destination):
./igor/igor/tools.py:                                default_flow_style=False)
./igor/igor/utils.py:def slugify(string):
./igor/igor/utils.py:def hidden(p):
./igor/igor/utils.py:def relpath(long_path, base_path):
./igor/igor/utils.py:def copy_tree(source, destination):
./igor/igor/utils.py:def copy_file(source, destination):
./igor/igor/utils.py:def filter_dirs(source, filter):
./igor/igor/utils.py:def list_dirs(source):
./igor/igor/utils.py:def list_files(source):

lilac, un autre clairement orienté vers la sémantique d'un carnet.

→ egrep "^\s*def|^\s*class" ./lilac/lilac/*.py
./lilac/lilac/cli.py:def task(task_func):
./lilac/lilac/cli.py:    def wrapper(*args, **kwargs):
./lilac/lilac/cli.py:def deploy():
./lilac/lilac/cli.py:def clean():
./lilac/lilac/cli.py:def main():
./lilac/lilac/config.py:class Config(object):
./lilac/lilac/config.py:    default = {
./lilac/lilac/config.py:    def read(self):
./lilac/lilac/daemon.py:class Daemon(object):
./lilac/lilac/daemon.py:    def __init__(self, pidfile, stdin=os.devnull, stdout=os.devnull, stderr=os.devnull, home_dir='.', umask=022, verbose=1):
./lilac/lilac/daemon.py:    def daemonize(self):
./lilac/lilac/daemon.py:        def sigtermhandler(signum, frame):
./lilac/lilac/daemon.py:    def delpid(self):
./lilac/lilac/daemon.py:    def start(self, *args, **kwargs):
./lilac/lilac/daemon.py:    def stop(self):
./lilac/lilac/daemon.py:    def restart(self):
./lilac/lilac/daemon.py:    def status(self):
./lilac/lilac/daemon.py:    def run(self):
./lilac/lilac/daemon.py:class LilacDaemon(Daemon):
./lilac/lilac/daemon.py:    def run(self):
./lilac/lilac/exceptions.py:class LilacException(Exception):
./lilac/lilac/exceptions.py:class SourceDirectoryNotFound(LilacException):
./lilac/lilac/exceptions.py:class ParseException(LilacException):
./lilac/lilac/exceptions.py:class RenderException(LilacException):
./lilac/lilac/exceptions.py:class SeparatorNotFound(ParseException):
./lilac/lilac/exceptions.py:class PostDateTimeNotFound(ParseException):
./lilac/lilac/exceptions.py:class PostTitleNotFound(ParseException):
./lilac/lilac/exceptions.py:class PostDateTimeInvalid(ParseException):
./lilac/lilac/exceptions.py:class PostTagsTypeInvalid(ParseException):
./lilac/lilac/exceptions.py:class PostHeaderSyntaxError(ParseException):
./lilac/lilac/exceptions.py:class ConfigSyntaxError(LilacException):
./lilac/lilac/exceptions.py:class JinjaTemplateNotFound(RenderException):
./lilac/lilac/generator.py:class Generator(object):
./lilac/lilac/generator.py:    def __init__(self):
./lilac/lilac/generator.py:    def reset(self):
./lilac/lilac/generator.py:    def register_signals(self):
./lilac/lilac/generator.py:    def step(step_method):
./lilac/lilac/generator.py:        def wrapper(self, *args, **kwargs):
./lilac/lilac/generator.py:    def initialize(self, localhost):
./lilac/lilac/generator.py:    def re_generate(self, localhost):
./lilac/lilac/generator.py:    def parse_posts(self, sender):
./lilac/lilac/generator.py:    def extract_tags(self, sender):
./lilac/lilac/generator.py:    def compose_pages(self, sender):
./lilac/lilac/generator.py:    def render_to(self, path, template, **data):
./lilac/lilac/generator.py:    def render_posts(self, sender):
./lilac/lilac/generator.py:    def render_tags(self, sender):
./lilac/lilac/generator.py:    def render_pages(self, sender):
./lilac/lilac/generator.py:    def render_archives(self, sender):
./lilac/lilac/generator.py:    def render_about_page(self, sender):
./lilac/lilac/generator.py:    def generate_feed(self, sender):
./lilac/lilac/generator.py:    def render_page_404(self, sender):
./lilac/lilac/logger.py:class ColoredFormatter(Formatter):
./lilac/lilac/logger.py:    def format(self, record):
./lilac/lilac/models.py:class Blog(object):
./lilac/lilac/models.py:    def __init__(self, name=None, description=None, url=None, theme=None):
./lilac/lilac/models.py:class Author(object):
./lilac/lilac/models.py:    def __init__(self, name=None, email=None):
./lilac/lilac/models.py:    def gravatar_id(self):
./lilac/lilac/models.py:class Post(object):
./lilac/lilac/models.py:    def __init__(
./lilac/lilac/models.py:    def html(self):
./lilac/lilac/models.py:    def __getattr__(self, key):
./lilac/lilac/models.py:    def slice(self, start=0, end=200):
./lilac/lilac/models.py:    def src(self):
./lilac/lilac/models.py:    def out(self):
./lilac/lilac/models.py:    def glob_src_files(cls):
./lilac/lilac/models.py:class Tag(object):
./lilac/lilac/models.py:    def __init__(self, name=None, posts=None):
./lilac/lilac/models.py:    def out(self):
./lilac/lilac/models.py:class Page(object):
./lilac/lilac/models.py:    def __init__(self, number=1, posts=None, first=False, last=False):
./lilac/lilac/models.py:    def out(self):
./lilac/lilac/models.py:class About(object):
./lilac/lilac/models.py:    def __init__(self, markdown=None):
./lilac/lilac/models.py:    def html(self):
./lilac/lilac/models.py:    def content(self):
./lilac/lilac/models.py:class Tags(object):
./lilac/lilac/models.py:    def __init__(self):
./lilac/lilac/models.py:class Archives(object):
./lilac/lilac/models.py:    def __init__(self):
./lilac/lilac/models.py:class Feed(object):
./lilac/lilac/models.py:    def __init__(self, feed=None):
./lilac/lilac/models.py:    def write(self):
./lilac/lilac/models.py:class Page404(object):
./lilac/lilac/models.py:    def __init__(self):
./lilac/lilac/parser.py:class ColorRender(HtmlRenderer, SmartyPants):
./lilac/lilac/parser.py:    def _code_no_lexer(self, text):
./lilac/lilac/parser.py:    def block_code(self, text, lang):
./lilac/lilac/parser.py:class Parser(object):
./lilac/lilac/parser.py:    def __init__(self):
./lilac/lilac/parser.py:    def parse(self, source):
./lilac/lilac/parser.py:    def parse_from(self, filepath):
./lilac/lilac/renderer.py:class Renderer(object):
./lilac/lilac/renderer.py:    def initialize(self, templates_path, global_data):
./lilac/lilac/renderer.py:    def render(self, template, **data):
./lilac/lilac/renderer.py:    def render_to(self, path, template, **data):
./lilac/lilac/server.py:class Handler(SimpleHTTPRequestHandler):
./lilac/lilac/server.py:    def log_message(self, format, *args):
./lilac/lilac/server.py:class MultiThreadedHTTPServer(ThreadingMixIn, HTTPServer):
./lilac/lilac/server.py:class Server(object):
./lilac/lilac/server.py:    def __init__(self):
./lilac/lilac/server.py:    def run_server(self, port=8888):
./lilac/lilac/server.py:    def get_files_stat(self):
./lilac/lilac/server.py:    def watch_files(self):
./lilac/lilac/server.py:    def run(self, watch=False, port=8888):
./lilac/lilac/server.py:    def shutdown_server(self):
./lilac/lilac/server.py:    def shutdown_watcher(self):
./lilac/lilac/utils.py:def chunks(lst, number):
./lilac/lilac/utils.py:def update_nested_dict(a, b):
./lilac/lilac/utils.py:def mkdir_p(path):
./lilac/lilac/utils.py:def join(*p):
./lilac/lilac/utils.py:class Color(object):
./lilac/lilac/utils.py:    def colored(self, text, color=None):

Ce que je voulais exprimer hier, c'est que certains conceptualisent leur outil comme un gestionnaire des actions pour générer et gérer des fichiers dans des répertoires, alors que d'autres gèrent en plus de la mécanique, la partie conceptuelle (sémantique) de ce que représente un carnet Web : site, billet, auteur.

Ma question maladroite d'hier est de savoir si les développeurs dont le code est plus riche en sémantique ont plus de chances de concevoir des APIs hypermedias et/ou de mieux comprendre les notions du Web sémantique.

May 07, 2014 11:35 PM

May 06, 2014

Karl Dubost

Carnets Web, fait-maison

intérieur de maison japonaise Oiso, Japon, 26 avril 2014

La maison était rustique et très simple.

Sei Shonagon, Notes de chevet.

De nombreux développeurs aiment utiliser leur propre système pour gérer leur contenu. Il y a surement quelque chose qui tient de ces jardins individuels où l'on définit ses propres contraintes. Le carnet Web de La Grange n'échappe pas à la règle. La recherche blog static pour python donne de nombreux résultats. Certaines caractérisques de ces résultats une fois que l'on soustrait toutes les personnes qui utilisent Pelican et même juste leur code en ligne.

  • Markdown est le format le plus courant pour tous ces systèmes.
  • Jinja2 est souvent utilisé pour le format de gabarit.
  • Pygment est souvent utilisé pour la mise en forme de la syntaxe des éléments de code dans les billets.
  • Ils utilisent tous un système « brutal » de génération totale du site à chaque mise à jour (à la place de ne générer que les pages mises à jour).
  • Ils ne séparent pas la gestion du contenu et la gestion du temps : gabarit global, http cache non géré proprement.
  • Deux grandes catégories dans le code utilisé pour définir les class (si défini) :
    • La sémantique (carnet, billet, auteur, etc.) : Les objets manipulés ont un sens proche du contenu.
    • La mécanique (site, page, publication) : Le code ne gère que la mécanique de gestion de publication sur la génération.
    Hors sujet pour ce billet, je me demande d'ailleurs si cela représente des catégories de développeurs pour la compréhension et la bonne utilisation de REST et du Web sémantique.
  • La volonté exprimée d'être court et simple, une fierté sur la compacité du code.
  • Certains projets embarquent un serveur local pour tester le site avant de placer les pages Web sur un serveur.

Pour la plupart des projets, le code ne sert qu'au créateur du code. Mais certains projets sont populaires et utilisés par une communauté : Pelican (celui que j'utilise pour Otsukare et je regrette), Nikola, Blogofile (abandonné ?), Liquidluck (abandonné ?), rux, acrylamid. Mais ces projets ne sont pas toujours les plus intéressants. Et comme ils sont devenus populaires, ils sont devenus plus complexes et ont perdu leur simplicité.

May 06, 2014 11:20 PM

Christian Fauré

Sur l’intelligence artificielle

Dans une tribune publiée sur le site de The Independent, Stephen Hawking se demande si nous prenons suffisamment au sérieux l’intelligence artificielle.

stephen-hawking

Il y souligne le caractère pharmacologique des nouvelles techniques d’automatisation et déplore un manque de sérieux et d’investissement en matière de recherche sur les impacts de ce qu’il appelle l’intelligence artificielle : les voitures intelligentes, SIRI, jusqu’à des exemples plus futuristes.

On ne peut qu’aller dans le sens de l’appel de Hawking, mais à condition toutefois de rappeler quelque chose d’essentiel pour ne pas passer à côté du sujet, à savoir que la seule intelligence artificielle qui existe est celle des hommes. Je veux dire par là qu’il n’y a pas d’intelligence naturelle ; notre intelligence est toujours artefactuelle, et donc artificielle.

Croire que nous sommes dotés d’une intelligence naturelle qui produirait une intelligence artificielle – celle qui anime les fameux objets intelligents – n’est pas la bonne façon de poser le problème. En fait, c’est une hypothèse qui est erronée car elle est darwinienne ; or, Stiegler a parfaitement montré que l’homme est précisément ce vivant qui n’est pas soumis à sélection naturelle mais au contraire à la sélection artificielle : Stephen Hawking est bien placé pour savoir cela, lui qui ne vit, pense et communique que grâce aux machines.

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by Christian at May 06, 2014 09:18 AM

Karl Dubost

De l'esclave 2.0 à l'autoproduit

Opacité de silhouette à travers des murs dépolis Tokyo, Japon, 6 mars 2014

Le projet empenné par une jeune énergie se fiche droit dans l’objet, il s’y accroche, il s’y attache. Aussi le projet en voie d’exécution (le projet matériel) a, tout compte fait, une autre structure temporelle que le projet intellectuel. Le projet intellectuel, bien souvent, se distingue trop de l’exécution. Il reste le projet d’un chef qui commande à des exécutants. Il répète souvent la dialectique hégélienne du maître et de l’esclave, sans bénéficier de la synthèse qu’est la maîtrise du travail acquise dans le travail contre la matière.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

donnée
Élément d’information.
personnel
Qui concerne une personne en propre.
vendre
Céder la propriété d’un bien pour un certain prix.

Dans Esclavage 2.0 : Eux, nous et moi, je dénonçais les compagnies commerciales qui pronaient un message centré sur l'utilisateur et son intérêt. Nous savons depuis que l'intérêt est du côté de la maximisation du profit pour l'entreprise. Plus personne n'est dupe sur la proposition commercialisée du « Web 2.0 » Elle se décline avec un modèle établi où l'accès à un service est autorisée en échange d'un paiment sous la forme d'une exploitation détaillée de vos activités publiques et semi-privées.

Nos données personnelles sont constitués par de nombreux signaux comprenant en partie nos mouvements physiques (lieux), nos habitudes (rythmes de vie), nos achats quotidiens, nos qualité physique (age, taille, etc), nos profils psychologiques (comportement, mots que nous utilisons, personnes avec qui nous interagissons), etc. Ces données sont consciemment et inconsciemment générées. Certaines peuvent être et sont collectées avec un minimum de friction de nos rythmes quotidiens. En revanche, l'effort (la friction) pour contrôler l'opacité à propos de ces données ou de conserver le secret devient de plus en plus grand. En ce moment, le pouvoir est donc du côté du collecteur, plutôt que de l'émetteur de données. Si vous désirez ne pas être tracé par votre téléphone portable, il vous faudra l'éteindre complètement. Si vous ne voulez pas que vos achats soient tracés, il vous faudra payer en argent liquide. Si vous ne voulez pas vos messages électroniques lus, indexés par un tiers, il vous faudra les chiffrer.

Dans une pure mécanisation des échanges commerciaux, certains commencent à argumenter la proposition suivante. « Si une compagnie tire un profit par la vente de données personnelles, il est alors normal que j'exige en retour une part de ce profit. » Passons sur l'anomalie première, où l'échange bien-service est déjà réalisé par l'accès au service et concentrons-nous sur l'opportunité de vendre ses données personnelles.

Par la vente de nos données personnelles, nous acceptons de nous transformer en bien de consommation. Ainsi nous soumettons notre propre existence aux lois du marché. Notre valeur dépend alors de l'intérêt que nous représentons pour ces compagnies. Le profit réalisé par la vente du flux de nos activités sera fortement dépendant du détail et de la qualité des données que nous partageons. Puisque nous sommes produits, nous transformons notre existence comme un produit à améliorer. Nous sommes définitivement devenus le produit. Nous pouvons facilement imaginer que certains utilisateurs deviennent des produits luxueux et d'autres des objets jetables sans grandes valeurs.

Pour l'instant, il ne s'agit que d'un mouvement mineur, mais soyez sûr s'il existe dans ce paradigme une possibilité pour les entreprises de réaliser un profit plus important, nous allons voir l'émergence de propositions de rétributions monétaires pour nos activités en ligne.

Alors que préférrons-nous ? Des produits et des services à acheter ou bien la transformation de ce qui nous fait humain en simple produit ?

Les mots en français présentent un tour ironique au contexte socio-culturel de cette utilisation. Nos activités seront devenues un bien que les compagnies achèteront en pensant « À ce prix, c'est donné ! » Nous serons plus que des humains bon marché. Ce que nous ne partagions pas, car c'était personnel, sera uniquement un point de valeur monétisable. Finalement, nous ne serons plus que des vendus, trahison totale de notre humanité, des autoproduits.

May 06, 2014 12:08 AM

May 05, 2014

del.icio.us

May 04, 2014

Karl Dubost

Apprendre à travailler avec le mail

Boîtes aux lettres Tsujido, Japon, 3 mars 2014

Dès qu’on rêve en travaillant, dès qu’on vit une rêverie de la volonté, le temps prend une réalité matérielle.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Il y a quelques années, lorsque je travaillais pour l'agence pheromone à Montréal, j'avais donné une présentation sur l'utilisation du courrier électronique dans le cadre du travail. Elle est malheureusement toujours d'actualité. Cela fait partie des petites choses qui ne sont pas enseignées.

Diapo nº 01 - voir texte You Got Mail

Bien travailler avec le mail est essentiel pour de nombreuses raisons :

  • réduire son stress au travail
  • apprendre à ne pas lire les emails
  • apprendre à travailler ensemble avec des règles communes
  • rendre plus fluide votre travail
Diapo nº 02 - voir texte 02 : Volume du courrier

Le volume de courrier reçu tous les mois peut être intimidant. De nombreuses personnes mentionnent que l'un des objectifs de la semaine est d'avoir une "INBOX à zéro". C'est à dire qu'ils ont traités tous les courriers reçus. Ne serait ce pas préférable de se fixer comme objectif de finir la semaine par la connaissance de son avancement dans le travail et d'avoir une idée de ce qui a été fini et de ce qui reste à faire pour le travail. Les courriers ne sont qu'un outil pour parvenir à cela. Ils peuvent être diablement efficaces lorsqu'on les utilise correctement. C'est le but de ces quelques recommandations, faciles à mettre en œuvre dans une petite structure ainsi qu'avec vos clients.

Diapo nº 03 - voir texte 03 : La composition d'un courrier

Le courrier électronique est très simple. Il existe un expéditeur (From), un ou plusieurs destinataires (To, Bcc, Cc), un sujet ((Subject)), un texte. Lorsque chacun de ces champs est utilisé correctement, de nombreux problèmes sont résolus.

À propos du sujet

Diapo nº 04 - voir texte 04 : Des exemples de sujets

Le sujet est surement le premier écueil des pertes de temps dans la réalisation et le traitement des courriers par vos collègues. Voici une liste de quelques sujets inspirés de situations réelles rencontrées au cours de mon travail :

  1. Réunion de direction. Demain mercredi. 14h
  2. Évaluation approximate du projet de commentaires de la section vidéo
  3. Martin et Fils
  4. Amour toujours - Microsite Islande - Démarrage
  5. carte conceptuelle

Savez-vous identifier les sujets qui sont pertinents de ceux qui sont catastrophiques ?

Diapo nº 05 - voir texte 05 : Les sujets évalués

Bien sûr, notre réponse immédiate dépend beaucoup de notre propre connaissance du sujet.

  1. Bon : « Réunion de direction. Demain mercredi. 14h »

    Les courriers sont datés naturellement. Le « Demain » me permet de comprendre qu'il s'agit de cette semaine et mercredi est le jour de la semaine. Ils donnent de nombreuses informations déjà et permet de savoir si je dois le lire ou pas. Une petite précaution dans le cadre d'une équipe internationale distribuée, soyez prudent sur les dates contextuelles. À noter qu'il manque peut-être un [Agenda] dans le sujet si c'est bien le cas. Je l'écrirais probablement ainsi : [Agenda] Réunion Direction - Mercredi 18 Mars 2009 ou [Agenda] Réunion Direction - 2009-03-18. La logistique complète du meeting étant dans le corps du message.

  2. Peut-être : « Évaluation approximate du projet de commentaires de la section vidéo »

     

    Ce message dépend beaucoup du contexte des personnes qui reçoivent ce message. Il deviendra très difficile à comprendre lorsqu'un nouvel employé joindra l'équipe ou bien lorsque vous le relirez dans 3 ans. Il n'y a aucune mention du projet en question.

  3. Mauvais : Martin et Fils

    Celui-ci est très mauvais. Il ne donne aucun contexte sur le contenu et ne m'aide pas du tout à savoir si je dois le lire ou l'ignorer pour concentrer mon activité sur les choses utiles.

  4. Bon : Amour toujours - Microsite Islande - Démarrage

    J'ai le nom du projet « Amour toujours », que c'est un Microsite pour l'Islande et que c'est probablement le courrier pour expliquer le contexte de départ du projet.

  5. Mauvais : carte conceptuelle

    Même commentaire que pour Martin et Fils, le contenu est probablement à propos de carte conceptuelle, mais pourquoi, dans quel cadre. Au delà de quelques mois, l'information sera plus génératrice de bruit.

Diapo nº 06 - voir texte 06 : Les sujets comme filtre

Le sujet est un filtre. Il vous permet :

  • de connaître le niveau d'attention requis (si vous êtes le destinataire)
  • de signaler à vos collègues s'ils doivent lire (si vous êtes l'expéditeur)
  • de permettre une meilleure ancre pour le futur lorsque le mail est devenu un élément d'archives ou de mémoires.

À propos du ou des destinataires

Diapo nº 07 - voir texte 07 : Un courrier pour travailler

Un autre écueil des courriers électroniques dans le milieu du travail est la mauvaise utilisation des destinataires. Combien de fois nous recevons des courriers qui ne sont pas directement utiles à l'éxécution de notre tâche. Dans le champ To (ou À), vous devez placer la personne qui est responsable de l'action à exécuter ou de la personne qui doit absolument lire le message. Plus vous ajoutez de personnes dans ce champs et plus vous diminuez les chances que votre message soit efficace. Il est toujours préférable d'avoir un et seul porteur de tâches même si cette personne travaille en équipe avec une autre personne sur cette tâche. Le travail sera possiblement exécuté mais une personne et une seule est responsable de son éxécution. Pour les messages qui sont plus contextuels que exécutables, nous allons voir ultérieurement.

Pourquoi est-ce important ? Cela permet à chacun des membres de l'équipe de créer une boite aux lettres dynamiques montrant tous les courriers où ils sont directement concernés. Ces messages là sont prioritaires pour l'avancement du travail.

Diapo nº 08 - voir texte 08 : Les personnes faisant partie du contexte

Nous avons choisi la personne à qui s'adressait le message mais nous avons besoin d'informer une autre personne qui n'est pas directement impliquée dans l'éxécution mais qui a besoin de savoir que les progrès sont en cours. Le champ Cc (ou Copie à) sont là pour cela.

Diapo nº 09 - voir texte 09 : Les listes d'archives

Les listes de courrier électroniques archivées sur le Web (privé ou public) sont un élément essentiel du travail par courrier électronique dans une entreprise. Si vous travaillez pour une entreprise qui travaille beaucoup avec le courrier et que cela n'existe pas, mettez le à l'agenda comme un requis de travail.

Les listes avec archives Web permettent de justement se débarasser de la surcharge cognitive et du stress du INBOX à zéro. Elles vous permettent d'éviter de tout lire ou même d'effacer vos courriers si vous ne désirez pas les conserver vous-mêmes.

Elles permettent d'archiver automatiquement l'information à peu de frais, de conserver le contexte, de permettre la continuité de l'histoire de l'entreprise sans votre présence. Une entreprise a dans la plupart des cas existé avant votre période d'emploi et existera encore après votre départ. Chaque message et/ou discussion ayant une adresse Web unique (URL), il devient possible de rappeler le contexte d'une discussion, décision ou action sans avoir à renvoyer une horeur de courriers avec 20 messages accumulés tous en top-posting.

Vous pouvez créer des listes par département d'entreprises, par projets, avec ou sans vos clients (je recommande d'inclure vos clients sur les listes projets).

Tout message de travail doit être en copie Cc à la liste relative au travail en cours. Les messages de personnes à personne ne sont utiles que dans des circonstances très particulières du type ressource humaine ou extrême confidentialité. Tout le reste du travail doit pouvoir être partagé. Si ce n'est pas le cas, c'est qu'il y a un problème plus grave à régler dans l'organisation du travail au sein de votre entreprise.

Diapo nº 10 - voir texte 10 : Avancer sur le projet

Donc nous avons vu les destinataires potentiels d'un message. L'objectif est de permettre à chacun d'avancer le travail et d'enlever les sources de distraction tout en gardant le contexte en fond. Un message reçu n'est pas forcément un message à lire, tout dépend des éléments qui y sont inclus.

Le corps du message

Diapo nº 11 - voir texte 11 : À qui parlez-vous ?

Vous devez envoyer un message afin que Paul réalise une tâche précise. Vous avez précisé le destinataire, le contexte et la liste de discussion. Le titre est bon. N'oubliez pas de commencer le texte de votre message par le nom de la personne à qui vous vous adressez. Pensez à une réunion collective avec plusieurs personnes autour de la table. Quand vous parlez à une personne, il y a un langage physique et verbal qui accompagne le fait que vous communiquez avec cette personne afin de donner une instruction et/ou d'obtenir une réponse à une question. Même chose dans le courrier, nommez votre interlocuteur.

Diapo nº 12 - voir texte 12 : Donnez du contexte

Il est probable que la personne est besoin de contextes. Une discussion précédente archivée 6 mois avant, le nom du projet en question, etc. Typiquement tentez d'être bref mais également de permettre à la personne de comprendre ce qui va être demandé.

Diapo nº 13 - voir texte 13 : Posez des questions

Si le courrier a pour but d'obtenir une réponse, il vous faudra poser une question. Votre destinataire n'est pas censé deviner si c'est une information, une tâche d'exécution ou bien une question.

Diapo nº 14 - voir texte 14 : Nous voulons travailler efficacement

Quel est le résultat désiré à ce courrier, quelle est l'instruction qui va permettre d'atteindre ce résultat ? Nous voulons juste maximiser l'efficacité et faire gagner du temps à tout le monde dans l'échange d'informations.

Un exemple et son amélioration

Diapo nº 15 - voir texte 15 : courrier à améliorer

Un courrier reçu indiquant qu'il s'agit d'un rapport sur la mise en production de la semaine dernière. Le courrier comprends des interlocuteurs, un objet. Le contenu est bref, peut-être trop bref. Il est déjà bien fait. Peut-on encore améliorer ?

Diapo nº 16 - voir texte 16 : Le courrier une fois amélioré

L'objet peut être amélioré en ayant décidé (collectivement) d'une convention pour les messages [mobile-matcha]. Au premier coup d'œil, on peut savoir dans quelle catégorie, projet, le message tombe. Les personnes voulant créer des filtres peuvent automatiquement classifier le message.

L'objet donne le statut à Janvier 2014. Dans ce projet, il y a un statut par mois. Après quelques mois, on peut commencer à obtenir une image globale de l'évolution du projet. On peut noter qu'il s'agissait d'une réponse à un autre message dont l'objet était moins pertinent.

Nous avons un interlocuteur principal. C'est une question à la personne qui peut donner cette information, probablement le développeur principal. En copie, on trouve la liste de discussion à propos des projets de ce client où le reste des membres de l'équipe sont inscrits et en copie une autre personne qui n'est pas sur la liste mais qui doit être au courant de l'évolution du projet, peut-être l'interlocuteur principal chez le client.

Le corps du message commence par le nom de la personne à qui l'on s'adresse. Il pose des questions précises et donne en référence le contexte grâce à l'information du projet déjà sur le Web. Il termine par un remerciement.

Avancer le travail dans une communication saine

Diapo nº 17 - voir texte 17 : exemple d'insultes

Parfois, dans une relation de travail, le courrier est l'occasion pour les individus de « se lâcher. » Ce n'est pas professionnel. Un autre avantage d'inclure les clients dans les discussions est que cela permet de réduire ces dérapages de langage dans la communication.

Diapo nº 18 - voir texte 18 : Résultat des insultes

Une insulte, un langage déplacé, un troll est la meilleure façon de mettre des bâtons dans les roues de votre projet et de ne pas avancer. Si vous êtes énervé parce que le projet ne progresse pas comme vous le voulez, une insulte est le meilleur moyen de permettre au projet de déraper un peu plus. Soyez polis, cela fait gagner du temps et de l'efficacité.

Vers une conclusion

Diapo nº 19 - voir texte 19 : des règles simples

Ce sont des règles simples, très simples. Elles vous permettront de traiter avec paix la plupart de vos messages. Elles ne couvrent pas tout. Il y a de nombreuses autres petites choses qui pourraient faire l'objet d'une autre présentation plus complète.

Diapo nº 20 - voir texte 20 : Quelques règles supplémentaires
  1. Utiliser des filtres dynamiques vous permettant de reconstruire et détruire des contextes de travail sans se préoccuper comment classer vos messages.
  2. Utiliser le texte pour vos messages, pas de HTML et de couleurs. Vous ne savez si vos interlocteurs ont un client de messagerie qui acceptera le HTML comme vous l'avez conçu. Si vos couleurs disparaissent et que le message devient incompréhensible, vous allez perdre du temps.
  3. Ne pas envoyer de documents Word contenant ce que vous vouliez dire. Si c'est un message, tapez le directement dans le corps de votre message en texte.
  4. Si le document est gros, si il est destiné à être une pièce de référence dans le projet, ne pas l'envoyer pas courrier, mais le mettre en ligne dans un contexte controllé et partagé par l'entreprise et placer un lien dans votre message vers ce document.
  5. Les archives Web de vos messages sont là pour conserver la mémoire du projet. Elles permettent de repartager le contexte d'un vieux message en envoyant l'URL. Ne répondez pas en haut du message, coupez tout ce qui n'est pas nécessaire et répondez en contexte.
Diapo nº 21 - voir texte 21 : Une dernière petite chose
Diapo nº 22 - voir texte 22 : Vous avez encore reçu du courrier

May 04, 2014 11:51 PM

La secousse du matin

Panneau rouillé ensoleillé Tsujido, Japon, 25 avril 2014

Tout ce qui est petit provoque une affection mêlée d’un sentiment protecteur.

Sei Shonagon, Notes de chevet.

La secousse dans le demi-sommeil, je suis en cours de réveil. La maison de bois commence à trembler. Je lui tape vigoureusement l'épaule, nous sortons aussitôt de la maison pour nous « réfugier » dans le jardin. Les aiguilles de pin frissonnent. Voilà, c'est déjà fini. Nous pouvons retourner à l'intérieur. Je partage un message. Je recherche les informations sur l'intensité et la probabilité d'un tsunami.

  • 35.0 Nord 139.4 Est (Izu-ohshima Kinkai)
  • 6.2

Pas de tsunami. Préparons-nous pour la journée de travail. Nous plaisantons. De toutes façons, je me lève déjà entre 5h et 6h ces jours ci (sans réveil).

Moment à ranger dans la boîte à chaussure des petites choses du matin ?

May 04, 2014 10:56 PM

May 02, 2014

Karl Dubost

Au dessus du mur

Arbre fleuri et mur en gros plan Tsujido, Japon, 3 mars 2014

La dialectique du dur et du mou commande toutes les images que nous nous faisons de la matière intime des choses. Cette dialectique anime — car elle n’a son véritable sens que dans une animation — toutes les images par lesquelles nous participons activement, ardem- ment, à l’intimité des substances. Dur et mou sont les premiers quali- ficatifs que reçoit la résistance de la matière, la première existence dynamique du monde résistant.

Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté.

Les murs d'un autre temps construits pour des humains de 1m50 ne protègent plus des indiscrétions des humains de 1m90.Le matériel technologique est conçu dans un contexte social particulier. Ajoutons à cela la rupture de l'horizontalité par la naissance de l'observation verticale (drone et satellite). La surveillance massive d'Internet tient de cette friction entre la fabrication d'un matériel technologique et son utilisation dans un nouveau contexte social.

May 02, 2014 12:29 AM

May 01, 2014

Karl Dubost

La Grange : une palpitation

céramiques bleues sur un mur Tokyo, Japon, 9 avril 2004

Qu’on se rende donc compte que l’expérience immédiate du temps, ce n’est pas l’expérience si fugace, si difficile, si savante, de la durée, mais bien l’expérience nonchalante de l’instant, saisi toujours comme immobile. Tout ce qui est simple, tout ce qui est fort en nous, tout ce qui est durable même, est le don de l’instant.

Gaston Bachelard, L'intuition de l'instant.

2014-04-14 04:21:53-05:00 shutdown

2014-04-29 14:14:47-05:00 reboot

Le souffle de HTTP, les vagues de SMTP. De nouveau vivant.

May 01, 2014 11:33 PM

La Grange : ni temps, ni argent

Montréal, Canada, 25 avril 2004

Le temps n'a qu'une réalité, celle de l'Instant. Autrement dit, le temps est une réalité resserrée sur l'instant et suspendue entre deux néants. Le temps pourra sans doute renaître, mais il lui faudra d'abord mourir. Il ne pourra pas transporter son être d'un instant sur un autre pour en faire une durée. L'instant c'est déjà la solitude. C'est la solitude dans sa valeur métaphysique la plus dépouillée. Mais une solitude d'un ordre plus sentimental confirme le tragique isolement de l'instant : par une sorte de violence créatrice, le temps limité à l'instant nous isole non seulement des autres mais de nous-mêmes, puisqu'il rompt avec notre passé le plus cher.

Gaston Bachelard, L'intuition de l'instant.

La Grange est absente du réseau depuis maintenant deux semaines. La machine démarre mais ne se reconnecte pas à internet alors que la carte réseau fonctionne. La difficulté tient à plusieurs éléments :

  • Le décalage horaire (Difficile de coordonner des actions entre Boston - Tokyo avec un décalage jour-nuit pratiquement parfait)
  • L'hébergement non contractuel (Je dépends de la gentillesse des personnes qui peuvent sans occuper et je ne veux pas abuser)
  • la distance physique (Je ne peux pas régler moi-même le problème puisque la machine n'est pas connectée)

On m'a gentiment proposé de payer un hébergement à OVH. Cela ne résoud pas plus mes problèmes, mais c'est gentil. Ce n'est ni une question d'argent, ni une question de temps. C'est aussi le luxe de l'indépendance et des petites catastrophes qui ont un impact direct auprès de quelques personnes. Cet incident me renforce dans l'idée de la décentralisation des services. L'indisponibilité d'une machine ne met pas en péril des millions d'utilisateurs.

Il y a plusieurs options.

  • Remettre en route la machine en état de fonctionner sans perdre les données
  • Faire une image du disque, reformater la machine et reconfigurer à zéro et puis réimporter les données (ce qui pourrait être une bonne idée)
  • Envoyer la machine au Japon par courrier et trouver un hébergeur pour une machine 1U à Tokyo

Pour ceux qui se posent la question du temps. Ce n'est pas si grave. Le plus grave est le serveur de mail qui gère les adresses de courriers d'autres personnes que moi. Ça, c'est vraiment l'ennui. À part cela tout le reste peut attendre et j'ai des backups locaux de tout les sites Web. En fait le contraire, les serveurs Web ne sont que des backups en ligne de ce que j'ai localement chez moi.

Les choses vont rentrer dans l'ordre à un moment ou un autre.

May 01, 2014 11:00 PM

April 28, 2014

Christian Fauré

Parution du livre « Digital Studies »

Les éditions FYP viennent de publier « Digital Studies« , sous la direction de Bernard Stiegler et dont je suis un des nombreux co-auteurs.

PlatdeCouv-DigitalStudies 2_Plat de couv INNO

 

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by Christian at April 28, 2014 09:45 AM

April 25, 2014

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April 24, 2014

David Larlet

OpenData et évaluation

[De mémoire] J’aurais aimé que vous soyez là hier lorsque nous avons discuté, en partant de banalités jusqu’aux points de crispation très précis liés à l’OpenData.

Marylise Lebranchu, Ministre de la Décentralisation, de la Réforme de l’État et de la Fonction Publique lors de la Conférence de Paris

Il est peut-être temps d’initier notre gouvernement aux formats ouverts comme les Barcamps ou les OpenSpaces et ainsi que la parole publique cesse d’être une langue morte pour beaucoup de nos concitoyens comme le souhaite si candidement notre ministre. Mais les fauteuils de l’estrade de la Cour des Comptes semblent tellement confortables… et puis il faudrait rester plus d’une heure au contact des citoyens et réutilisateurs de données.

Ce n’est pourtant pas la partie de son discours qui m’a choqué. Alors que ses homologues anglais (Francis Maude) ou irlandais (Brendan Howlin T.D.) évoquaient l’importance de la transparence pour rétablir la confiance, Marylise Lebranchu a bien insisté sur le fait que l’OpenData est également un outil de mesure et d’évaluation pour pouvoir analyser la performance et l’efficacité de l’administration. Et je doute sincèrement que cet angle d’attaque permette d’avoir une approche sincère de la part des services de la puissance publique pour co-construire avec les citoyens.

En fixant des critères d’évaluation, on oriente complètement la réponse qui ne peut plus être innovante. C’est ce qui arrive avec l’école qui tue la créativité par la notation. C’est ce qui arrive avec la compétition sportive qui détruit le plaisir par les classements. C’est ce qui arrivera avec l’OpenData public qui ne pourra plus prendre le risque d’innover, de défricher ce terreau fertile avec les citoyens et se contentera de copier ce qui est considéré comme une réussite, bien souvent à l’étranger. En évaluant, on sanctionne l’échec ce qui crée de la peur et de la frustration. Je rêve d’un OpenData qui commence par rétablir la confiance au sein même de l’administration. Ce n’est qu’en rétablissant cette confiance en interne qu’elle pourra ensuite être transmise aux citoyens. Ce n’est qu’en embrassant une culture (de la donnée) que l’on peut la propager.

Aujourd’hui on n’a pas beaucoup entendu de citoyens.

Rolf Alter, Directeur de la Gouvernance publique et du Développement territorial, OCDE

April 24, 2014 11:00 AM

Création de coopératives

Coopératives. Le mot semblerait presque désuet. À l’heure où l’économie est aux mains d’une finance high-tech, le mot sonne comme l’écho d’une vision vieillote, celle des utopies fouriéristes et d’un capitalisme soucieux de la condition ouvrière. La première coopérative a en effet vu le jour dans la ville minière du Rochdale, au Royaume-Uni, en 1844. Mais, en dépit de cette origine lointaine, le modèle coopératif n’a rien perdu de sa pertinence et il démontre tous les jours sa modernité.

Une coopérative est une structure de production de biens et de services dans laquelle les salariés sont copropriétaires du capital, codécisionnaires (« un membre, une voix ») et coélecteurs des dirigeants, ces derniers étant responsables devant eux. Une partie des bénéfices est obligatoirement réinvestie dans le développement de la coopérative et une autre est distribuée aux membres associés, sous forme de bénéfices sociaux. Avec l’accord des membres, la coopérative soutient aussi des activités extérieures, dans un esprit d’engagement envers la communauté. Le modèle coopératif est donc une forme d’organisation tournée vers l’intérêt collectif — c’est d’ailleurs à ce titre que l’Onu le défend (2012 Année internationale des coopératives) —, mais son dynamisme, ses capacités entrepreneuriales et ses résultats en font un substitut crédible au capitalisme financier.

Les coopératives emploient aujourd’hui 100 millions de salariés dans le monde, soit 20% de plus que les multinationales. […]

Ce modèle florissant vaut donc la peine d’être examiné. D’autant qu’il donne aux citoyens des leviers d’action sur l’économie, qu’il constitue un puissant outil de redistribution sociale et qu’il résiste mieux aux crises que les autres.

un million de révolutions tranquilles, Bénédicte Manier

Dans la perspective d’une refonte du site internet de scopyleft je m’interroge sur la pertinence d’avoir une partie dédiée à la création d’une SCOP (Société Coopérative et Participative). Il y aurait de la matière à partager sur ce que cela demande en termes administratif, comptable et stratégique. Mais aussi sur notre expérience.

Il y a des personnes qui nous ont contacté individuellement au cours de cette année, comme les happyculteurs, pour répondre ponctuellement à des questions précises relatives à la création et peut-être que cela suffit. Ou peut-être que cette partie du site serait aussi un acte de partage militant. Ou peut-être que cela nécessite un site dédié qui puisse être facilement enrichi par tous ?

Je suis prêt à passer un peu de temps là-dessus mais j’ai besoin de savoir si ça intéresse 2, 20 ou 200 personnes de façon à pouvoir trouver le support approprié. Quelles seraient vos attentes sur la création d’une telle ressource ?

April 24, 2014 11:00 AM

April 17, 2014

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April 15, 2014

Christian Fauré

Les lignes directrices

Jruskin

En 1857, dans son traité The Elements of Drawing, John Ruskin insiste sur l’importance de saisir les lignes directrices des choses. Mais cela vaut aussi en dehors du dessin.

Ces lignes directrices ne sont pas figées en ce sens qu’elles concentrent à la fois la rétention de se qui s’est passé, l’attention à l’action présente et les protentions qui désignent le potentiel futur d’une chose.

« Le cancre pense qu’elles sont immobiles, et les dessine toutes figées ; le sage perçoit le changement ou ce qui change en elles, et les dessine ainsi – l’animal en mouvement, l’arbre en train de croître, le nuage dans sa course, la montagne en train de s’éroder.

Lorsque vous regardez une forme, essayez toujours de voir ses lignes, celles qui ont une influence sur son avenir. Ces sont des lignes terribles : assurez-vous de les saisir, même si vous manquez le reste » Ruskin.

Ruskin illustre son propos par un dessin représentant le feuillage qui pousse autour de la racine d’un pin.

ruskin

 

Tim Inglod – qui reprend Ruskin – précise :

Jaillissant de la racine, les jeunes branchent poussent comme de l’eau qui éclabousse sous l’impact d’une pierre, avant de se ressaisir et retrouver leur orientation vers le ciel. » Ingold, Une brève histoire des lignes, p.170.

 

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by Christian at April 15, 2014 07:57 AM

April 12, 2014

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