Planète Web Sémantique

April 15, 2014

Christian Fauré

Les lignes directrices

Jruskin

En 1857, dans son traité The Elements of Drawing, John Ruskin insiste sur l’importance de saisir les lignes directrices des choses. Mais cela vaut aussi en dehors du dessin.

Ces lignes directrices ne sont pas figées en ce sens qu’elles concentrent à la fois la rétention de se qui s’est passé, l’attention à l’action présente et les protentions qui désignent le potentiel futur d’une chose.

« Le cancre pense qu’elles sont immobiles, et les dessine toutes figées ; le sage perçoit le changement ou ce qui change en elles, et les dessine ainsi – l’animal en mouvement, l’arbre en train de croître, le nuage dans sa course, la montagne en train de s’éroder.

Lorsque vous regardez une forme, essayez toujours de voir ses lignes, celles qui ont une influence sur son avenir. Ces sont des lignes terribles : assurez-vous de les saisir, même si vous manquez le reste » Ruskin.

Ruskin illustre son propos par un dessin représentant le feuillage qui pousse autour de la racine d’un pin.

ruskin

 

Tim Inglod – qui reprend Ruskin – précise :

Jaillissant de la racine, les jeunes branchent poussent comme de l’eau qui éclabousse sous l’impact d’une pierre, avant de se ressaisir et retrouver leur orientation vers le ciel. » Ingold, Une brève histoire des lignes, p.170.

 

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by Christian at April 15, 2014 07:57 AM

April 12, 2014

del.icio.us

April 10, 2014

Eric van der Vlist

Enfin réunis

Il n’est pas toujours facile de choisir ses combats et encore moins d’en mener plusieurs de front mais je suis toujours aussi surpris de voir par exemple les militants anti-OGM utiliser des logiciels ou services propriétaires ou des activistes des … Continue reading

by Eric van der Vlist at April 10, 2014 05:52 PM

April 09, 2014

Eric van der Vlist

Encerclés

Notre verger bio et Nature & Progrès fait figure d’îlot de résistance au milieu des cultures “conventionnelles”. Un ami m’envoie, sous le titre “tristes news pour la planète” les liens sur deux articles du Monde: En Europe, le déclin des … Continue reading

by Eric van der Vlist at April 09, 2014 06:20 PM

April 06, 2014

del.icio.us

Karl Dubost

Les messages du matin

Fleur de camélias sur les feuilles mortes Tsujido, Japon, 3 mars 2014

Il n'a pu, par d'amoureux gages,
Absent, consoler mes foyers ;
Pour porter les tendres messages,
La vassale n'a point de pages,
Le vassal n'a pas d'écuyers.

Victor Hugo, La fiancée du timbalier.

🏡 vélo ☕️ 💻 Je lui envoie un message, ce matin. Quelques pictogrammes pour signifier que de la maison, j'ai pris le vélo pour aller prendre un café et écrire sur La Grange et commencer à travailler.

🏡🌅☕️🍞🎎👖💦💻🎥 Sa réponse fût tout aussi essentielle. Elle est à la maison, a pris le petit déjeuner, s'est habillée. Il pleut et commence à travailler sur le contrôle qualité des films pour aujourd'hui.

Nous travaillons tous les deux de la maison, mais nous créons des moments individuels. Après le une chambre à soi de Virginia Woolf, il y a peut-être l'opportunité d'un bureau à soi.

Pour nous deux, ce langage visuel est peut-être l'un des éléments de communication. Notre langue principale de travail et de vie commune est l'anglais, suivi d'un mélange de japonais et de français. Peut-être plus de japonais depuis que nous sommes au Japon de nouveau.

En écrivant, je me demandais aussi qu'elle était la bonne façon de rendre accessible un pictogramme. Je n'ai pas trouvé. Dois je dire pour 💦 ou bien 💦 ? Sans compter tous les ordinateurs ou cela ne s'affichera pas. Cependant, c'est vrai aussi pour un caractère dont la police n'est pas installée comme . Et quel est l'attribut lang pour les pictogrammes ? D'ailleurs le vélo n'a pas passé le test du parseur XML.

April 06, 2014 01:48 AM

April 05, 2014

Karl Dubost

Fujisawa éclatée

Vue de haut d'une ville Fujisawa, Japon, 2 mars 2014

Depuis que je me sens
N'être qu'un merveilleux fragment
Du monde en proie aux géantes métamorphoses,
Le bois, le mont, le sol, le vent, l'air et le ciel
Me deviennent plus fraternels
Et je m'aime moi-même en la splendeur des choses.

Émile Verhaeren, L'orgueil.

Du huitième d'un bâtiment, c'est la ville décomposée, fragmentée et réassemblée. Il y a tant d'histoires sans auteurs, sans lecteurs. Il y a l'agitation du monde et le brouhaha intime de l'urbain.

April 05, 2014 02:33 PM

La ville inversée

Rue sombre avec commerces Kawasaki, Japon, 1er mars 2014

Je viens de revoir le pays,
Le beau domaine imaginaire
Où des horizons éblouis
Me venaient des parfums exquis.
Ces parfums et cette lumière
Je ne les ai pas retrouvés.
Au château s'émiette la pierre.
L'herbe pousse entre les pavés.

Ballade de la ruine, Charle Cros.

La ville fortifiée de Kowloon, la cité disparue, engloutie par le cataclysme des réformes urbaines de Hong-Kong, n'est plus qu'un souvenir ou peut-être une légende que nous communiquons dans un état de fascination. Nous racontons l'histoire, nous donnons des détails. Nous n'avons pas vu Kowloon, mais nous poursuivons la construction de son fantasme au quotidien.

Façade d'immeubles Kawasaki, Japon, 1er mars 2014

Le non-lieu est devenu un canevas pour de nombreuses fictions. Drogues, prostitutions, meurtres, sociétés fermées et secrètes, insalubrité, entre forteresse et bidonville. Inaccessible du temps de sa réalité physique, elle est parcourue inlassablement par nos imaginations.

Pièce avec décor de rue et jeux vidéo Kawasaki, Japon, 1er mars 2014

Elle est devenue à Kawasaki le lieu d'un décor élaboré pour un parc d'attractions sur 3 étages dans la ville de Kawasaki. Contenu dans un immeuble de béton, les entrailles de Kowloon sont reconstituées, exposées, inversées. Et quand comme dans toutes fictions, nous pouvons librement explorer, ressentir et une fois la dernière porte tournée, nous ressortirons du lieu sans s'y être risqué.

April 05, 2014 12:56 PM

CSS break-word et contexte

Balais de jardin en nombre Niigata, Japon, 21 février 2014

Voilà des moucherons de pris.
Une servante vient balayer tout l'ouvrage.
Autre toile tissue, autre coup de balai.
Le pauvre Bestion tous les jours déménage.
Enfin, après un vain essai,
Il va trouver la Goutte. Elle était en campagne,
Plus malheureuse mille fois
Que la plus malheureuse Aragne.

La goutte et l'araignée, Jean de la Fontaine.

Alors que je travaillais sur un site et l'affichage des URLs longs, j'ai remarqué que l'affichage était différent selon le contexte CSS ascendant pour le comportement de break-word. Il est également différent selon le navigateur.

Deux fenêtres côte à côte Comportement différent de break-word selon le contexte CSS

Mise à jour : Pris mon courage à deux mains, et reporté.

April 05, 2014 01:23 AM

TLD et auto-identification des URLs

Toris sous les arbres Tsujido, Japon, 26 février 2014

J'ai contenté
Ma voulenté
Suffisamment,
Car j'ai été
D'amour traité
Différemment.

J'ai contenté, Clément Marot.

Certains URLs sont colorés. Mail.app a un système d'auto-identification des données contenues dans les messages. Ceci permet par exemple de proposer une fonction automatique pour ajouter une date dans un calendrier ou encore automatiquement extraire une adresse postale. Il existe une fonction qui transforme le texte représentant un lien en un lien qui peut-être activé. Cependant, il semble qu'il y ait quelques oublis sur les noms de domaine reconnus.

J'ai envoyé un rapport de bug, je vous invite à faire de même. Plus il y a de plaintes et plus il y a de chances que ce soit résolu. Dans le menu Mail, choisir « Émettre un commentaire sur Mail… » Vous n'êtes pas obligé d'attendre, ni d'envoyer le rapport de votre contenu. Décochez la case « Envoyer les données à Apple » et  cliquez sur « Continuer » Écrire un rapport clair avec une description du problème et puis envoyez.

April 05, 2014 12:35 AM

Lire mon courrier en dégradés de gris

Métal rouillé Tsujido, Japon, 26 février 2014

Grave et mélancolique un clairon sonne au loin…
Cependant par degrés le ciel qui se dégrade
D'ineffables lueurs illumine la rade.
Et mon âme aux couleurs mêlée intimement
Se perd dans les douceurs d'un long enchantement.

Élégie, Albert Samain.

Depuis 2 semaines, j'ai réglé les couleurs de mes fils de discussion dans les courriers électroniques afin que la partie la plus ancienne soit un gris plus pâle que la partie récente.

Cela me permet de réintroduire la notion de temps dans la lecture en comprenant mieux la relation entre les différentes parties du message.

vue d'un message Des dégradés de gris pour les fils de discussion

April 05, 2014 12:07 AM

April 03, 2014

Christian Fauré

Shots that changed my life (43)

Un été avec Monika (Sommaren med Monika) réalisé par Ingmar Bergman, 1953.

Monika va abandonner son mari et son jeune enfant en commençant par se donner à un inconnu dans une taverne.

Dans cette scène, c’est la première fois qu’un(e) acteur (actrice) regarde ainsi l’objectif de la camera, c’est à dire le spectateur ; et c’est pour cela que ce regard restera à jamais mystérieux.

Pierrot le fou de Godard, sera un remake de ce film.

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by Christian at April 03, 2014 11:53 AM

April 02, 2014

Christian Fauré

La part des fonctionnalités business vs maintenance dans les projets IT

Si vous opérez un site web, vient toujours le moment où le Business soupçonne l’IT de passer trop de temps sur des tâches purement techniques, ou de maintenance, et pas assez sur des nouvelles fonctionnalités.
Ce n’est bien sûr pas forcément fondé, et cela repose sur une intuition au doigt mouillé, mais il n’empêche que la balle est dans votre camp et que, en plus des soucis qui sont les vôtres, il va falloir passer du temps à démontrer qu’il n’en est rien,  que la situation est « normale ».
Il vous faut donc lever la tête et trouver des métriques comparables chez d’autres sociétés et essayer de vous positionner par rapport au marché. Mais là – premier écueil – il faut comparer ce qui est comparable : qu’appelle-t-on maintenance par exemple ?

Comme me le rappelait un collègue chez Octo,  Capers Jones , qui étudie l’industrie logicielle depuis plusieurs décennies, n’hésite pas à souligner la plurivocité du terme « maintenance »:

« Nowhere is the software vocabulary more ambiguous than in the domain of « maintenance ». This basic term has more meanings than almost any other word in the software vocabulary. »

(Applied Software Measurement, chap.7 Summary of Problems in Software Measurement)

Vous voilà bien embêté : comment se comparer si personne n’utilise la même catégorisation des tâches techniques et de maintenance ?

Le premier réflexe est de se tourner vers des définition standardisées comme la spécification  ISO/IEC 14764  de l’International Standards Organization and International Electrotechnical Commission qui propose les distinctions suivantes (voir aussi l’article maintenance du logiciel de Wikipedia) :

Maintenance Corrective Maintenance Adaptive Maintenance Perfective Maintenance Preventive
Modification d’un progiciel effectuée après livraison afin de corriger les défauts rencontrés Modification d’un progiciel effectuée après livraison pour qu’il reste utilisable dans un environnement qui change ou a changé Modification d’un progiciel effectuée après livraison pour en améliorer l’efficacité ou la maintenabilité Modification d’un progiciel effectuée après livraison pour en déceler et corriger les défauts latents avant qu’ils ne se manifestent.

Mais si tout cela vous permet de mieux qualifier la natures des travaux de l’IT, cela ne vous donne pas les ratios qui démontreront que vous n’êtes pas isolé dans votre pratique. Capers Jones, encore lui, s’est livré à un petit exercice sur la base des données qu’il a recueilli et propose les ratio maintenance vs new features selon le temps passé à ces tâches, voici ce que cela donne :

ratio

La réponse générique est donc 50/50, mais chacun s’accordera à dire que ce chiffre n’a aucun sens, un projet qui se monte n’aura que très peu de maintenance et trop de facteurs interviennent pour qu’une réponse tendancielle soit satisfaisante.

Le vrai problème, quand ce genre de sujet remonte, est un manque de confiance entre l’IT et le Business, et ce manque de confiance ne peut être traité sans une qualification plus précise des tâches techniques et de maintenance pour les rendre plus visibles.

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by Christian at April 02, 2014 09:12 AM

del.icio.us

March 31, 2014

Karl Dubost

Saba Miso

Morceaux de poissons Tsujido, Japon, 25 février 2014

Les oiseaux sont de la partie,
Car ils défendent les buissons,
Disant à l'eau pour répartie,
Que les maquereaux sont poissons.

Pierre de Marbeuf, Discrétion.

Le sabamiso m'a tant charmé qu'il m'a fallu y goûter. Quoi de mieux alors que de le cuisiner soit même. Il vous faudra acheter un beau morceau de maquerau que vous découperez en larges morceaux après l'avoir lavé.

Ingrédients

  • 1 gousse d'ail finement hâchée
  • 1 morceau de gingembre finement hâché
  • 2 grandes cuillères de sake
  • 2 grandes cuillères de mirin
  • 2 grandes cuillères de shoyu
  • 2 grandes cuillères de miso
  • 2 grandes cuillères de sucre
Ingrédients Tsujido, Japon, 25 février 2014

Préparation

  1. Mettre les morceaux de maquereau dans une assiette après les avoir découper sur la surface
  2. Mélanger tous les ingrédients dans un bol
  3. Les mettre dans une petite poêle et les porter à ébullition
  4. Réduire à feux doux, et ajouter les morceaux de maquereaux en prenant soin d'ajouter le jus sur le dessus
  5. Laisser cuire pendant 15 à 20 minutes. À mi-cuisson, rajouter un peu le jus sur le dessus.
  6. Servir et manger avec du riz
Ingrédients Tsujido, Japon, 25 février 2014

March 31, 2014 02:33 PM

Les architectures familières

muré entre deux maisons Nakajo, Japon, 24 février 2014

Tout le plancher de roseaux
Et de paille ramassée,
De torchis et de tuileaux,
D'herbe sèche entrelacée,

Nicolas Denisot, Cantique.

Les pas dans un village calme, avant de reprendre le train pour Niigata et puis Tokyo. Sans destination, juste la déambulation dans des rues bien silencieuses. Et puis une familiarité se dessine. Un pignon de terre et de bois. Torchis ou pisé ? La main, le travail, les techniques de la paille et de la terre foulée, malaxée, des murs séchés. Quelques milliers de kilomètres et c'est déjà le souvenir proche d'une grange en torchis. Entre les hommes, il existe des axes de vie dont les distances n'existent pas.

pignon de maison Nakajo, Japon, 24 février 2014

Bien sûr la similarité ne s'accentue qu'avec les différences. Un essentage en bois brûlé ici, un pisé là, et une tuile noire avec des motifs, la culture crée son empreinte sur les techniques élémentaires.

maison dans une ruelle Nakajo, Japon, 24 février 2014

March 31, 2014 02:05 PM

Sous les flocons

montagne sous la neige et pins Niigata, Japon, 23 février 2014

Indicibles attraits des abîmes béants !
Imposantes rumeurs que la brise prolonge
Lourds flocons écumeux qui passez comme un songe,
Et que le fleuve emporte aux mornes océans !

Louis-Honoré Fréchette, Le Montmorency.

Quand je ferme les paupières, lourdes des flocons de neige, c'est l'idée de la montagne que je vois.

March 31, 2014 01:43 PM

March 30, 2014

David Larlet

Talents publicitaires

Dans le milieu informatique, les outils et services que nous utilisons sur l’ordinateur et en réseau engagent certaines réactions. Ce qui me paralyse de plus en plus avec les services proposés en ligne, avec les univers policés crées par des armées de designers et de personnes en charge du UX est la contrainte grandissante de l’outil dans un type d’actions très contrôlées. L’optimisation du contrôle afin de rendre « l’expérience plus efficace. » Mais bien souvent, en faisant cela, nous perdons également toutes ces souplesses qui rendent les gens créatifs, qui incitent chacun à s’investir, à s’approprier et à créer les espaces de leur choix.

De nombreux services en ligne ne sont pas là pour maximiser l’appropriation de l’utilisateur, mais bien pour optimiser la rentabilité et la profitabilité du service.

La flexibilité de l’environnement, Karl Dubost

Hypothèse qui se révèle être confirmée dans le cas de Facebook lors d’une refonte récente un peu trop optimisée pour l’utilisateur (et pas assez pour les revenus). Est-ce qu’il faut pour autant penser que la publicité soit le moteur du Web comme l’affirme Christian Heilmann ?

Hang on a second. Whether we like it or not, ads are what makes the current internet work. They are what ensures the “free” we crave and benefit from, and if you dig deep enough you will find that nobody working in web development or design is not in one way or another paid by income stemming from ad sales on the web. Thus, us pretending that ads are for other people is sheer arrogance.

Why “just use Adblock” should never be a professional answer

Ayant pour client Mozilla qui tire une bonne partie de ses revenus de Google, je ne peux malheureusement qu’acquiescer. Et me sentir acteur de ce blanchiment pseudo-éthique d’argent sale. Adworld, cliquez-ici pour acheter un rêve mondialisé.

Car par la même occasion, ces mastodontes nivellent les goûts et le monde ressemble à une banlieue australienne, standardisée for ever, à coup d’adolescents éternels et du divorce des parents : are you up to date ? La mise à jour permanente de nos besoins infinis passe aujourd’hui par l’écoute laconique de nos goûts sans démesure, le goût des autres est aussi le nôtre, et l’on ciblera l’humeur du moment selon que l’on "clique" ici ou là. Quand je pense aux utopies que nous balancions fiers et jeunes au début de ce que l’on croyait être le "web indépendant" : ah les cons ! D’autres ont bien mieux compris ce que l’on pouvait tirer de cette rêverie en termes monétaires : de la bulle financière comme dans un bain moussant.

Tout dans le client !

Quelles options reste-t-il pour passer entre les bulles ? Travailler avec le public est une possibilité, les bulles financières se transformant en savonnettes politiques. Terrain glissant dont les ambitions et les moyens sont limités à 5 ans. Après nous le déluge d’URLs cassées. Sans savon.

The reason why I find business models so fascinating is because your business model is your destiny; newspapers made their bed with advertisers, and when advertisers left for a better product, the newspaper was doomed. To change destiny, journalists need to fundamentally rethink their business

Newspapers Are Dead; Long Live Journalism

Encourager l’innovation est une autre option, en accompagnant des projets depuis leur départ. En brisant trop souvent des rêves impossibles qui ne méritent que de maigrir avec le dernier régime à la mode. Et puis il reste la question du financement. Et des taxes.

Hiring was delayed, partly because of social taxes that companies pay on salaries. In France, the share of nonwage costs for employers to fund unemployment benefits, education, health care and pensions is more than 33 percent. In Britain, it is around 20 percent.

Au Revoir, Entrepreneurs

Quelle honte d’accorder 33% de son revenu à son espace de vie. À l’éducation que l’on a reçu, aux soins dont on bénéficie. Mais rassurez-vous, vous pouvez en être dispensé grâce au fabuleux statut de JEI qui fait pâlir d’envie outre-atlantique :

  • Someone throws a “but what about the high taxes?” at you – you respond with “I subsidize all of my R&D with Government grants (up to €100M/year), and my company has a JEI status which wipes out employment taxes on engineers.“
  • Someone throws a “What about strict employment laws?” at you, and you better be ready with “All our employees start with a legal 6-month trial period which allows me to fire them at a moment’s notice, and most of France’s strict employment laws don’t kick in until you have 50 employees: that’s how many WhatsApp had when it was acquired for $19 Billion.”

Bonjour, Entrepreneurs – Only you can prevent French-Bashing

Et cerise sur le gâteau, on peut virer ses salariés dans les 6 mois sans aucun risque. Sous réserve de rester en-dessous des 50 salariés (excluant les stagiaires bien entendu). Et puis un développeur français est si peu cher, pourquoi s’en priver ?

Voilà, Tariq, les talents français du code sont au mieux de la chair à canons publicitaires US. Ce n’est pas d’un Github à la française dont nous avons besoin, mais d’une multitude de projets citoyens. Pour créer du lien social, du lien inter-générationel, du lien local, du lien politique. Pour se sentir utile en tant que développeur, pour se sentir agile en tant qu’humain.

March 30, 2014 11:00 AM

March 28, 2014

del.icio.us

March 26, 2014

del.icio.us

March 25, 2014

David Larlet

Agilité personnelle

L’agilité est décrite dans un cadre professionnel, bien trop souvent afin d’améliorer les performances d’une entreprise en ignorant les valeurs sous-jacentes. Or lorsqu’on commence à creuser un peu, on découvre des applications qui peuvent être très personnelles.

À titre individuel, je partage mes réussites, mes doutes, mes envies, mes échecs aussi. Ces rétrospectives me permettant d’avancer et d’insuffler parfois un peu d’énergie pour faire avancer les autres. Une fois dépassée la peur de l’échec, l’estime et la passion sont les clés de l’accomplissement de soi.

En tant que parent, je redécouvre chaque jour que rien n’est acquis et qu’il va falloir s’adapter en permanence, non pas dans une démarche d’amélioration continue mais dans une approche d’éducation continue. Mais pour cela il faut créer une boucle de rétro-action familiale, l’attention et l’amour sont les clés de la vie familiale.

En tant que coopérateur, j’ai le courage de débloquer des situations avant qu’elles ne dégénèrent tout en respectant les singularités de chacun. Je suis prêt à accepter des inconforts pour que le commun aille de l’avant. Lorsque l’on partage le même cap, la confiance et l’empathie sont les clés de la vie collaborative.

En tant que citoyen, je fais partie de la même équipe que mon voisin. Il n’y a pas de partis clivants, de campagnes électorales stériles ou de programmes obsolètes. Il y a des humains qui œuvrent ensemble pour pouvoir vivre sur un même territoire. Rien ne sert de stigmatiser une partie de l’équipe par manque de confiance, l’enthousiasme et la bienveillance sont les clés de la vie en communauté.

March 25, 2014 11:00 AM

March 23, 2014

Karl Dubost

Sur le marché de Murakami

Femme vendant sur le marché Murakami, Japon, 22 février 2014

Mais ce n'est qu'un rêve et tu t'en riras !
Allons acheter de la marjolaine,
De la marjolaine et des gobéas
Au marché qu'on tient à la Madeleine !

Catulle Mendès, Le marché de la Madeleine.

Sur le marché de Murakami, on discute du prix du poisson séché et des poireaux avec le poêle entre les jambes. C'est que le vent de la mer du Japon vient vous saisir entre deux rayons de soleil.

Patisseries dans un sac en papier Murakami, Japon, 22 février 2014

Sur le marché de Murakami, on achète des pains tous chauds au sucre roux que l'on s'empresse de manger. C'est que le vent de la mer du Japon vient vous saisir entre deux rayons de soleil.

Saumons salés dans des caisses Murakami, Japon, 22 février 2014

Sur le marché de Murakami, on regarde le prix du saumon salé en pensant qu'il ressemble à un poisson tout juste sorti de la glace. C'est que le vent de la mer du Japon vient vous saisir entre deux rayons de soleil.

March 23, 2014 05:47 AM

De l'océan à la mer

Rizières enneigées Niigata, Japon, 21 février 2014

Garde ton âme ouverte aux parfums d'alentour,
Aux mouvements de l'onde,
Aime l'effort, l'espoir, l'orgueil, aime l'amour,
C'est la chose profonde ;

Anna de Noailles, Le temps de vivre.

Pour se rendre du Pacifique à la mer du Japon, on peut prendre le train. Il faudra alors traverser montagnes et de nombreuses rizières enneigées.

Cheminées et grues Niigata, Japon, 21 février 2014

On pourra apercevoir au loin sur l'horizon les longues cheminées industrielles du port de Niigata et finalement penser au port du Havre un jour d'hiver.

Feuilles enveloppant un dessert Niigata, Japon, 21 février 2014

On s'arrêtera dans un magasin de friandises pour déguster des mochis enveloppés dans une feuille. Et on réveillera ses papilles au goût du grillé aux pommes de la boulangerie des Sapins.

Cimetière et temple dans la neige Niigata, Japon, 21 février 2014

On passera au cimetière des ancêtres pour nettoyer la tombe, brûler de l'encens et y déposer dans le vent de l'hiver un souffle de mémoire. On pense alors à un cimetière où la bruyère envahie les bors de la route d'un petit village au-dessus de la Risle.

Maisons anciennes le long d'une rue Niigata, Japon, 21 février 2014

On passera l'après-midi à discuter d'un village, des histoires de famille transmise de la marque du passé douloureux de l'après-guerre. Et on partagera en retour, les histoires entendues, transmises de la Normandie occupée par les voix qui s'évanouissent.

plage et mer sous les nuages Murakami, Japon, 21 février 2014

On arrivera finalement à la mer du Japon. On regardera la mer bleue et grise longtemps et le vent qui pousse les murmures de la Corée. Et on sentira vibrer les vagues de la Manche et les chuchottements anglais.

De l'océan Pacifique à la mer du Japon, il y a la mémoire de la Normandie.

March 23, 2014 05:22 AM

La rouille du Web

Enseigne de magasins de ramens Kamakura, Japon, 23 février 2014

Déjà la vie ardente incline vers le soir,
Respire ta jeunesse,
Le temps est court qui va de la vigne au pressoir,
De l'aube au jour qui baisse.

Anna de Noailles, Le temps de vivre.

Avant que la patine ne se fasse sur l'objet, il faut d'abord avoir la notion de la maintenance de l'objet. Dans les objets d'antiquité, les vieilles architectures, il y a là devant nous une manifestation de l'entretien. Dans le Web que nous créons aujourd'hui, nous pensons très rarement sur la longueur, sur la pérennité. Combien de fois dans nos projets, nous définissons une stratégie de l'obsolescence, planifiée et non programmée ? La rouille du Web correspond en partie à la mise en place de stratégies afin que l'information est le temps de vivre et vieillir.

March 23, 2014 04:42 AM

March 22, 2014

David Larlet

Éducation citoyenne et Web

Somewhere in the mid 1990s, we lost our way. The education system largely ignored the explosive growth of computing and the internet, instead focusing on teaching students how to write Word documents. Instead of a nation of builders and entrepreneurs, we were content for our children to become also-rans on the technology stage.

We at the Year of Code are going to help change that. The new computing curriculum starts this September, and it puts coding at the heart of IT education. Coding is the art of telling a computer how to perform complex tasks. Once you know how to code, you can create virtual worlds within the computer where the only limit on what is possible is your imagination. We want to put this power into the hands and hearts of every child in Britain.

Why every child should learn to code

Il y a une recrudescence d’organisations de Coding Goûters et c’est une excellente chose, les parents sont ravis et je me sens forcément concerné ces derniers temps. Je ne remets pas du tout en question cette démarche louable sachant qu’il y a eu débat sur la nécessité ou pas d’apprendre à coder à chaque enfant : toutes les énergies sont bonnes à prendre lorsqu’il s’agit d’éducation.

Suite à ces initiatives, je me suis mis à penser qu’il ne fallait peut-être pas restreindre cela aux enfants. Après tout, l’apprentissage est possible tout au long de la vie si l’on arrive à conserver son enthousiasme. Et d’ailleurs pourquoi même se limiter au développement ? Avez-vous demandé à vos proches leur définition du Web ?

Puis je suis allé plus loin dans ma réflexion suite à l’engouement pour horsweb — la conférence des gens du web, sur tout sauf le web — en m’interrogeant sur sa réciproque : des rencontres sur le Web sans gens du Web. Il est certain que nous avons des choses hors web à nous apprendre entre pairs mais nous pourrions aussi vulgariser notre connaissance auprès de citoyens curieux. Quelle forme est-ce que cela pourrait prendre ? Comment toucher/intéresser un public aussi large ? Quel cadre permettrait d’avoir une meilleure fluidité au sein des participants ?

March 22, 2014 11:00 AM

March 20, 2014

Karl Dubost

Un script python sous virtualenv

mur en tôle bleue Kamakura, Japon, 16 février 2014

Le bon maître huchier, pour finir un dressoir, Courbé sur l'établi depuis l'aurore ahane, Maniant tour à tour le rabot, le bédane Et la râpe grinçante ou le dur polissoir.

José Maria de Heredia, Le huchier de Nazareth.

En réorganisant mon espace de travail, je me suis décidé à tenter d'utiliser virtualenv pour le script python qui gère ce site. virtualenv permet d'isoler l'environnement de travail en localisant les modules nécessaires à l'éxécution d'un script. Ainsi le script est protégé contre les évolutions d'un module qui casserait les fonctions du script lui-même. On assure une plus grande stabilité et on évite de casser les autres projets sur lesquels on travaille en parallèle. Comme le système est contraignant, une extension a été crée au-dessus de virtualenv afin de permettre une gestion plus naturelle du projet : virtualenvwrapper. Pour vous aider à démarrer lire les documentations respectives.

Le problème de virtualenv et une solution

virtualenv isole votre projet. Si votre projet est un système de commandes pour gérer des tâches simples, il faudra à chaque fois basculer dans le mode du projet en activant virtualenv, en exécutant les tâches et puis en quittant virtualenv. C'est à dire une série supplémentaires de commandes très contraignantes à la place d'une seule ligne que l'on tapait précédemment.

Pour gérer La Grange, je me contentais de

ymir quelquepart/tartempion.html

J'ai donc créé un alias et une fonction bash pour éviter d'avoir à taper toutes les commandes.

alias ymirpy="/chemin/vers/script/ymir.py"
function ymir() { ymirpath=`pwd` ; longpath="$ymirpath/$@"; workon ymir; ymirpy $longpath ; deactivate; cd $ymirpath ;}

Une explication peut-être ?

alias ymirpy="/chemin/vers/script/ymir.py"

Simple. Un alias classique en shell

function ymir() {
    }

Nous créons une fonction ymir en bash.

function ymir() {
    ymirpath=`pwd` ;
    }

Nous récupérons le répertoire courant pour savoir où nous sommes.

function ymir() {
    ymirpath=`pwd`;
    longpath="$ymirpath/$@";
    }

Nous associons le répertoire courant et le chemin vers le fichier sur la ligne d'argument $@ afin de créer un chemin complet depuis le niveau le plus haut du système.

function ymir() {
    ymirpath=`pwd`;
    longpath="$ymirpath/$@";
    workon ymir;
    }

Nous basculons dans le projet ymir (activation de virtualenv). Ceci basculera le shell à l'endroit de gestion du projet (là où se trouve votre script, mais ce qui n'est pas nécessairement là où se trouve les fichiers à traiter.)

function ymir() {
    ymirpath=`pwd`;
    longpath="$ymirpath/$@";
    workon ymir;
    ymirpy $longpath;
    }

Nous exécutons le script ymir avec le bon chemin vers le fichier.

function ymir() {
    ymirpath=`pwd`;
    longpath="$ymirpath/$@";
    workon ymir;
    ymirpy $longpath;
    deactivate;
    }

Nous sortons du projet ymir (désactivation de virtualenv).

function ymir() {
    ymirpath=`pwd`;
    longpath="$ymirpath/$@";
    workon ymir;
    ymirpy $longpath;
    deactivate;
    cd $ymirpath;
    }

Nous revenons à notre répertoire de départ.

Et voilà, je peux continuer à utiliser

ymir quelquepart/tartempion.html

March 20, 2014 12:15 AM

March 19, 2014

Karl Dubost

La rue et son espace d'échanges

homme cuisinant des pains frits Pékin, Chine, 18 mars 2014

Un rayon de soleil dardé comme une flèche Fait tout à coup chanter une voix claire et fraîche Dans la ruelle obscure ainsi qu'un corridor.

Albert Samain, Paysages.

La ville existe bien souvent dans ce que les urbanistes ne proposent pas et en dehors des législations. La possibilité de cuisiner, d'établir des transactions, de créer de l'échange hors et entre les limites du défini est ce qui créé notre sens d'appartenance. Lorsque l'on réglemente trop, on aseptise.

Ruelle Pékin, Chine, 18 mars 2014

March 19, 2014 11:20 PM

del.icio.us

Karl Dubost

Le bouillonnement de l'obscurité

Deux personnes dans une rue sombre Pékin, Chine, 17 mars 2014

I am getting old, and the capital city is not the city it once was anymore.

Yu Qichang, Xu.

De nouveau ici entre les murs qui n'existent presque plus. Et pourtant, la Chine. C'est la troisième fois à Pékin, mai 2006 et avril 2008. Je retrouve l'hôtel dans un hutong près de la gare de Pékin. Presqu'une habitude, presqu'une familiarité avec les détours des rues.

Et pourtant c'est dans l'obscurité, dans l'entre deux, que se faufilent la vie et les expressions du quotidien.

March 19, 2014 12:21 AM

March 17, 2014

David Larlet

Utiliser NodeJS

Sadly I’m not going to get back where I was, because Javascript is not Python. If there’s a Javascript community I haven’t found it, or it’s at least not a single entity. There is no community that created Javascript like the Python community created Python. Python comes from the internet in a way Javascript does not; Javascript was built for the internet, but Python was built on the internet. And I do miss the Python community, you’re good people.

[…]

I suppose it is the platform that I am drawn to now before language. And the browser seems like the most interesting platform, not because it’s novel (though it is, it’s a runtime like few others), but because of how concrete it is, and of course how relevant it is to… anything. And the browser is no longer just the servant of a server, I prefer now to think of the browser as an independent agent, connecting to services instead of servers. Obviously that doesn’t describe a great number of running web sites, but it’s the model I see for the future, and a better perspective for understanding future architectures.

Saying Goodbye To Python, Ian Bicking

Préambule : il est difficile de comparer Node à Python ou Django car on n’a pas l’équivalent d’une telle plateforme dans l’écosystème Python. Je vais essayer de ne pas comparer des choux et des carottes pour autant.

Thomas demandait sur Twitter « les raisons pour lesquelles vous n’utiliseriez pas Node.js ? » et comme ça a l’air d’être la saison des trolls sur JS, je vais y aller de ma petite expérience. J’ai récemment participé au développement d’une implémentation de référence pour le Marketplace de Mozilla. Comme son nom l’indique, elle n’était pas destinée à être mise en production donc on a eu la liberté d’utiliser la technologie que l’on souhaitait, en l’occurrence : Node.

Confession : je me suis longtemps détourné de JavaScript pour son API DOM que je trouve affreuse, j’aurais mieux fait de coder ces quelques lignes pour ne plus avoir à troller et prendre le temps d’expérimenter

Je vais prendre 3 axes, je pourrais facilement arriver à une telle critique avec Python (packaging, Python 3 et GIL par exemple), il s’agit surtout ici de me rappeler pourquoi est-ce que je n’utilise pas Node aujourd’hui.

  • immaturité : même s’il est plaisant de faire partie de ce bouillonnement qui sort une lib par jour, qui en remet en question une autre par semaine, à la longue c’est épuisant et ça crée un stress dont je ne veux plus. Fatigué de courir après la dernière technologie pour mieux… placer des publicités aux utilisateurs (un billet est à venir là-dessus).
  • documentation : quand je vois une telle page, je me rends compte à quel point la documentation de Django est bien faite. C’est devenu pour moi le niveau de référence que je ne retrouve malheureusement pas ailleurs, à part quelques rares exceptions. D’une manière générale j’ai trouvé les bibliothèques que j’ai eues à utiliser mal documentées dans l’écosystème Node/JS.
  • debugging : je ne compte plus le nombre de fois où le message d’erreur était soit absent, soit une ligne incompréhensible (même après avoir trouvé la solution), soit dépendant de la lib de test que j’utilisais. Ce point est peut-être lié à mes habitudes ou à mon incompétence mais en tout cas pour un débutant c’est très rebutant.

Ces raisons font que je ne partirais pas aujourd’hui sur un projet Node s’il est destiné à être pérenne (un billet est à venir là-dessus aussi) et j’entraînerais encore moins une équipe avec moi. D’un autre côté, je vois très bien que Python s’enlise avec la version 3 et j’ai envie de faire des services pour le Web comme le décrit Ian en introduction. Donc je vais forcément être amené à faire plus de JavaScript, il s’agit avant tout d’une question de tempo. Il y a beaucoup de bonnes choses dans Node, aussi bien au niveau des concepts que de l’universalité. Node n’est juste pas (encore) adapté à l’usage que je souhaite en avoir.

Peut-être que la paternité m’adoucit (sic), peut-être qu’elle me permet de faire la part des choses sur ce que je trouve utile. La réduction de mon temps en ligne le rend plus précieux.

March 17, 2014 11:00 AM

Karl Dubost

Entre artisanat et mécanisation

Herbes entre neige et palissage en métal Kamakura, Japon, 16 février 2014

Le soir, après avoir veillé tard sur un livre,
Quand ma lampe charbonne en son cercle de cuivre,
Quand au loin, dans Paris silencieux et noir,
L'écho des derniers pas meurt le long du trottoir,
Je sors de mon travail fiévreux, comme d'un rêve.

Émile Blémont, Le soir.

David se pose la question de son métiersa pratique en tant que programmeur en informatique. Il y a une intimité que je partage dans ce billet. Je ne suis pas sûr de pouvoir la définir complètement, de même en comprendre tout le périmètre. La programmation n'est pas vraiment mon métier. Je l'ai toujours considérée comme un outil me permettant de résoudre des problèmes ou de m'aider à mieux travailler au long de mon activité principale.

David dit Il s’agit avant tout de revenir à un développement responsable qui donne du sens à notre métier et aux relations que l’on peut avoir avec nos pairs. En quelque sorte, cela me fait penser à l'artisanat dans son éxécution, dans la dé-mécanisation de nos processus (peut-être de façon un peu romantique). La question est source d'ambiguité car toutes nos pratiques informatiques reposent massivement sur l'ultra-mécanisation des processus. L'infrastructure de communication, les ordinateurs que nous utilisons, les matériaux avec lesquels ils sont produits, la démarche commerciale de vente sont des éléments d'un processus fortement industriel qui nous éloignent de cette responsabilité en amont, du cœur de la pratique.

Je ne pense pas que l'on puisse forcément produire plus sans sacrifier cette part d'imperfections humaines qui donne de la qualité à un produit. Sans vouloir trop déformer les mots d'un penseur de l'artisanat, Sōetsu Yanagi, « Il doit être modeste mais non de pacotille, bon marché mais non fragile. La malhonnêteté, la perversité, le luxe, voilà ce que les objets Mingei doivent au plus haut point éviter : ce qui est naturel, sincère, sûr, simple, telles sont les caractéristiques du Mingei. »

March 17, 2014 01:05 AM

March 16, 2014

Karl Dubost

Sous le charme

Devanture fermée de magasin Kamakura, Japon, 16 février 2014

Que tu viennes du ciel ou de l'enfer, qu'importe,
Ô Beauté ! monstre énorme, effrayant, ingénu !
Si ton oeil, ton souris, ton pied, m'ouvrent la porte
D'un Infini que j'aime et n'ai jamais connu ?

Charles Baudelaire, Hymne à la beauté.

Elle danse, elle joue. Tout à la fois ingénue et coquine. Elle a ce charme de la vie qui sautille entre les branches.

March 16, 2014 10:47 PM

Brèche entre le printemps et l'hiver

Fleurs de pruniers et toit de temple Kamakura, Japon, 16 février 2014

Amour mort, tombé de ma boutonnière.
- A moi, plaie ouverte et fleur printanière !
Camélia vivant, de sang panaché !

Tristan Corbière, Duel aux camélias.

Les jours où le printemps flirte avec l'hiver. Les jours de brèches et de l'entre deux où le pas vous balance dans l'envie du chemin.

Fleurs de camelias sur la neige Kamakura, Japon, 16 février 2014

March 16, 2014 10:33 PM

March 12, 2014

David Larlet

Web et Univers

En quelques affirmations simples : l’univers n’est pas statique, il se refroidit et se raréfie. Mais surtout, et c’est pour nous un élément central, la matière s’organise progressivement. Les particules des temps les plus anciens s’associent pour former des structures de plus en plus élaborées. Tel que Lucrèce l’avait deviné, on passe du « simple » au « complexe », du moins efficace au plus efficace. L’histoire de l’univers, c’est l’histoire de la matière qui s’organise.

La plus belle histoire du monde, Hubert Reeves

Je me permets une petite paraphrase pour les 25 ans du Web :

En quelques affirmations simples : le web n’est pas statique, il se privatise et se monétise. Mais surtout, et c’est pour nous un élément central, les contrôles s’organisent progressivement. Les hackers des temps les plus anciens s’associent pour former des agences gouvernementales de plus en plus élaborées. Tel qu’Orwell l’avait imaginé, on passe de la « liberté » au « totalitarisme », du moins marchand au plus espionné. L’histoire du web, c’est l’histoire de la répression qui s’organise.

La plus triste histoire du monde, David Larlet

March 12, 2014 11:00 AM

March 11, 2014

del.icio.us

Karl Dubost

Les petits moments du quotidien

groupe de personnes sur la route enneigée Tsujido, Japon, 15 février 2014

Et l'on entend toujours la plainte de la vie !
Car, malgré notre voeu d'exil, nous nous créons
Une âme solidaire et qui s'identifie
Avec la rue en pleurs dans les accordéons.

Georges Rodenbach, On aura beau s'abstraire en de calmes maisons.

La scène se répète. Elle est simple. Elle se déroule dans chaque allée d'ensemble de maisons, dans chaque rue collective. Un groupe de personnes s'active à déneiger. Les habitants solidaires de chaque portion collective travaillent ensemble à dégager la neige tombée hier. Pelles de chantier, pelles à balayette, les mains, un bout de carton, tout est bon, il s'agit de participer. Ensemble.

À la gare, c'est un employé qui récupère les parapluies oubliés, perdus, cassés du jour précédent.

groupe de personnes sur la route enneigée Tsujido, Japon, 15 février 2014

March 11, 2014 12:09 AM

March 10, 2014

Karl Dubost

Une tempête de sens

pins enneigés Tsujido, Japon, 14 février 2014

Qu'il est doux, à l'abri du toit qui me protège,
De voir à gros flocons s'amonceler la neige !
Leur vue à mon foyer prête un nouvel appas :
L'homme se plaît à voir les maux qu'il ne sent pas.

Jacques Delille, Le coin du feu.

Lorsque que l'on regarde les ukiyo-e de paysages enneigés autour de Tokyo, il y a toujours un moment de doute. L'artiste s'est-il laissé emporter par sa verve lyrique. Après 24 heures de neige, les pins du jardin ont ployé sous les flocons tendres. C'est la poésie du sens qui a tout emporté. Chaque chose prenait sa place. Le trouble aussi.

Temple sous la neige Zōjō-ji sous la neige par Tsuchiya Koitsu, 1933

March 10, 2014 01:15 PM

Futur impressionniste

journaux pliés Tsujido, Japon, 1er janvier 2014

Jeune homme, ainsi le sort nous presse.
Ne joins pas, dans ta folle ivresse,
Les maux du monde à tes malheurs ;

Victor Hugo, Le poète dans les révolutions.

imprimante 3D Dans un centre commercial tout ce qu'il y a de plus normal, un magasin d'électroménager propose les éléments traditionnels de la maison : machine à laver, réfrigérateur, gazinière, etc. Dans le coin électronique, entre les imprimantes et les tablettes, il y a une imprimante pour les objets. Je suppose la Cube2. Voici ce produit présenté au cœur des autres produits de consommation courante. Il arrive très souvent qu'un produit électronique passe de mode, soit un échec et ne rencontre pas son public. Mais il est tout de même significatif que cet élément montre le bout de son nez dans les magasins de grande consommation. En exposition pour les objets imprimés, des pièces d'échec imprimés dans un matériau plastique d'une belle finition. 168000 Yens (1170 euros ou 1806 CAD). Il existe dans ces imprimantes un possible autour de l'objet, de la pensée à sa création, de l'idée au prototype. Je n'ai pas l'impression qu'elle viendra bousculer les modes de production du quotidien des objets communs à moins que le coût de transport devienne vraiment prohibitif ou que le prix d'impression soit vraiment négligeable. En revanche dans tous les lieux, il y a besoin de créer de petits objets faits sur mesure pour un usage unique, il y a beaucoup d'applications possibles.

March 10, 2014 12:48 PM

Une chute céleste

oranges sur le sol
feuillage d'un oranger
cime d'un oranger Mountain View, États-Unis, 2 février 2014

D'autres rêvent d'être flammes
moi j'aspire à l'hibiscus

Georges Friedenkraft, Danse du Têt.

Sur le sol éparpillé, quelques soleils en décomposition. Mon regard dans la verticale, je joignais le grand mouvement du cosmos. Et depuis je tombe vers le haut dans la profondeur de mes rêves.

March 10, 2014 12:18 PM

del.icio.us

March 08, 2014

Karl Dubost

Un repas, deux personnes, trois éléments

Assiettes et plats d'un repas Tsujido, Japon, 11 février 2014

Thé, herbe, foin mêlés, symbolique quiétude.
Te souvient-il du lac où se miraient sept lunes ?
Odeur de mandarine, ivresse de l'instant
J'aime l'aménité de tes yeux en amande
Tant de fleurs d'hibiscus dans tes jupes froissées
Aux portes de la nuit, lumineuses tes jambes
Ta hanche se dénude aux gifles des moussons

Georges Friedenkraft, Monostiches pour l'Asie en rêve.

Nous aimons tous les deux cuisiner. Le repas devient souvent une source d'émulation et de coopération. Faire plaisir à l'autre dans l'excellence et s'accorder dans le choix des éléments. Il n'y a pas d'ordre du repas. Il y a juste trois éléments en complèment du riz. Ce soir, elle prépare une soupe avec daikon, racines de lotus, carottes et champignons. J'ai préparé le poisson et les okuras recouverts de copeaux de katsuo. Le reste… Il n'y a pas de reste après le plaisir.

March 08, 2014 01:17 PM

March 07, 2014

Karl Dubost

Des mots de l'enfance

Livre sur la table, profil de femme Tsujido, Japon, 10 février 2014

Parents are slow in realising how unimportant the learning side of school is. Children, like adults, learn what they want to learn. All the prize-giving and marks and exams side-track proper personality development. Only pedants claim that learning from books is education.

A. S. Neill, Summerhill: A Radical Approach to Child Rearing.

Rencontre dans une librairie de Mountain View avec un souvenir de mon enfance, je ne l'avais lu qu'en français il y a bien longtemps. Étudiant, cela me donna un nouveau regard sur mon éducation et un chant familier venait se poser sur mes souvenirs. Je l'ai pris pour elle. La transmission.

March 07, 2014 11:39 AM

Des flocons de foule

Foule dans un grand hall Aéroport de Narita, Japon, 9 février 2014

J’aurais voulu prendre dès le lendemain le beau train généreux d’une heure vingt-deux dont je ne pouvais jamais sans que mon cœur palpitât lire, dans les réclames des compagnies de chemin de fer, dans les annonces de voyages circulaires, l’heure de départ : elle me semblait inciser à un point précis de l’après-midi une savoureuse entaille, une marque mystérieuse à partir de laquelle les heures déviées conduisaient bien encore au soir, au matin du lendemain, mais qu’on verrait, au lieu de Paris, dans l’une de ces villes par où le train passe et entre lesquelles il nous permettait de choisir ; car il s’arrêtait à Bayeux, à Coutances, à Vitré, à Questambert, à Pontorson, à Balbec, à Lannion, à Lamballe, à Benodet, à Pont-Aven, à Quimperlé, et s’avançait magnifiquement surchargé de noms qu’il m’offrait et entre lesquels je ne savais lequel j’aurais préféré, par impossibilité d’en sacrifier aucun.

Marcel Proust, Du côté de chez Swann.

Des averses de neige exceptionnelles sur l'est du Japon ont recouvert l'aéroport de Narita. Le trafic des avions, des trains et des bus pertubés si ce n'est arrêté. Mon avion vient d'arriver juste après les averses. C'est la première fois que je vois Narita comme cela. Les cartons au sol et les sacs de couchage tous bleu sombre sont fournis par l'aéroport de Narita. C'est un pays avec des potentiels de catastrophes naturelles, l'équipement est donc existant. Au sous-sol, la gare de départ de Keisi et JR, les deux sont fermés. Ce que vous voyez sur la photographie est une longue et *unique* ligne que les personnes ont formée en attente de la réouverture de la ligne de train. Sur la gauche la ligne plus petite est celle de la ligne Keisei qui vient tout juste de réouvrir. Je tente. Je passe avec le reste de la foule. Pas de bousculade, tout le monde en rang, il reste même des places dans le train.

L'ironie ? Je crois que c'est la première fois qu'entre la sortie de l'avion et l'arrivée à la maison, mon trajet a été si court.

March 07, 2014 11:20 AM

Le droit de l'arbre

Bandeau jaune sur le tronc d'un vieil arbre Mountain View, États-Unis, 2 février 2014

Parfois il se disait que c’était un nouveau soir de printemps de plus qui passait, il se contraignait à faire attention aux arbres, au ciel.

Marcel Proust, Du côté de chez Swann.

Il était respecté cet arbre. La ville l'avait distingué. Elle s'était enorgueilli de sa beauté, de sa noblesse et de son allure. Mais voilà l'arbre vieillissant menace de tomber. Il pourrait créer un incident, peut-être même blesser une personne. Les hommes ont alors rangé leur respect, lui ont donné une écharpe jaune. Son dernier honneur ? L'arbre sera coupé. Tous devant et lui au-dessus.

Lui, l'arbre, il ne demandait rien. Juste peut-être l'envie de s'incliner, de tomber un jour sous les coups de vents de l'automne, un matin humide au lever du soleil. Peut-être avait-il envie de pouvoir respirer encore un peu et de se désagréger là où il avait déjà vécu quelques 100 ans. Pourrir et avoir le sens de l'utile, de la biosphère, du droit de la lignée. Mais non, ils ne laisseront que ses racines sous le goudron. Tous au-dessus et lui… dessous.

March 07, 2014 11:02 AM

Instructions asynchrones

Tableau blanc avec l'instruction save Mountain View, États-Unis, 7 février 2014

Et pourtant j’aimerais tant m’instruire, savoir, être initiée.

Marcel Proust, Du côté de chez Swann.

Un tableau blanc avec deux états attachés à l'espace d'écriture permettant de laisser une instruction asynchrone pour une personne venant à un moment ultérieur. Avec l'autorisation en vert (sécurité) sur l'effacement et l'instruction en rouge (danger) sur la conservation.

Tableau blanc avec l'instruction erase Mountain View, États-Unis, 7 février 2014

March 07, 2014 10:38 AM

March 02, 2014

Karl Dubost

Abus de Transparence

Message d'avertissement Mountain View, États-Unis, 6 février 2014

Et cette condition-là est réalisée quand — à ce moment où il nous fait défaut — à la recherche des plaisirs que son agrément nous donnait, s’est brusquement substitué en nous un besoin anxieux qui a pour objet cet être même, un besoin absurde que les lois de ce monde rendent impossible à satisfaire et difficile à guérir — le besoin insensé et douloureux de le posséder.

Marcel Proust, Du côté de chez Swann.

La société étasunienne est légaliste à l'extrême. Une personne à trouver le moyen de poursuivre tous les lieux qui n'affichent pas la présence potentielle de produits chimiques. Ce panneau d'avertissement près de ma chambre dans le couloir affiche « Ce lieu contient des produits chimiques connus par l'état de Californie pour être la cause de cancer, de fausses couches ou autres dommages à la reproduction. Code de santé et sécurité. Section 25249.6 » Ce message se retrouve dans de nombreux lieux publics, les voitures, etc. Un système comme celui-ci favorise son abus, permet l'enrichissement par excès de transparence et finalement n'informe pas vraiment. Le système est la source de destruction du système.

March 02, 2014 11:40 PM

February 27, 2014

Karl Dubost

Un reportage en création

Deux personnes en cours d'entretien Mountain View, États-Unis, 5 février 2014

Et certes, je l’avais tout de suite senti, comme devant les épines blanches mais avec plus d’émerveillement, que ce n’était pas facticement, par un artifice de fabrication humaine, qu’était traduite l’intention de festivité dans les fleurs, mais que c’était la nature qui, spontanément, l’avait exprimée avec la naïveté d’une commerçante de village travaillant pour un reposoir, en surchargeant l’arbuste de ces rosettes d’un ton trop tendre et d’un pompadour provincial.

Marcel Proust, Du côté de chez Swann.

Ne pas choisir les mots, s'exprimer à propos d'une passion et tenter de partager ce que nous connaissons d'un sujet, ce sont les prémices d'un petit reportage en construction. Sera-t-il disponible un jour ? Incertain, mais les processus de fabrication sont toujours intéressants.

February 27, 2014 11:36 PM

Bureaux avec vue

Quai et pont sur fond de baie San Francisco, États-Unis, 4 février 2014

Au moindre mot que lâchait un habitué contre un ennuyeux ou contre un ancien habitué rejeté au camp des ennuyeux — et pour le plus grand désespoir de M. Verdurin qui avait eu longtemps la prétention d’être aussi aimable que sa femme, mais qui riant pour de bon s’essoufflait vite et avait été distancé et vaincu par cette ruse d’une incessante et fictive hilarité — elle poussait un petit cri, fermait entièrement ses yeux d’oiseau qu’une taie commençait à voiler, et brusquement, comme si elle n’eût eu que le temps de cacher un spectacle indécent ou de parer à un accès mortel, plongeant sa figure dans ses mains qui la recouvraient et n’en laissaient plus rien voir, elle avait l’air de s’efforcer de réprimer, d’anéantir un rire qui, si elle s’y fût abandonnée, l’eût conduite à l’évanouissement.

Marcel Proust, Du côté de chez Swann.

Pour la première fois, je découvre les bureaux de Mozilla à San Francisco. De la terrasse, il y a une vue exceptionnelle sur la baie de San Francisco et le « Bay Bridge. » Je me réjouis profondément de l'aspect scénique de cet ensemble. Il y a pourtant une petite voix au fond de moi qui dit que ce n'est pas raisonnable, que le coût de ce genre de lieu s'aligne difficilement avec la mission de Mozilla. Faire la part des choses entre confort de travail, séduction des employés et être en accord avec ses propres principes est un équilibre difficile. Je ne suis pas sûr moi-même de bien maîtriser cet équilibre.

Logo de Firefox et pont San Francisco, États-Unis, 4 février 2014

February 27, 2014 11:25 PM

Travailler en intimité

Personnes et masque de monstres japonais Mountain View, États-Unis, 3 février 2014

Mais, par les intimités déjà anciennes qu’il avait parmi eux, les gens du monde, dans une certaine mesure, faisaient aussi partie de sa maison, de son domestique et de sa famille. Il se sentait, à considérer ses brillantes amitiés, le même appui hors de lui-même, le même confort, qu’à regarder les belles terres, la belle argenterie, le beau linge de table, qui lui venaient des siens.

Marcel Proust, Du côté de chez Swann.

Proche les uns des autres, l'équipe de compatibilité Web travaille aux bureaux de Mozilla à Mountain View pour la semaine. Il s'agit là plus d'une intimité physique que d'un travail local en opposition à travail à distance. Sur cette rangée de personnes, il y a de gauche à droite : Hallvord (ex-Opera), Adam, Mike (ex-Opera), Onni, et moi (ex-Opera) derrière la caméra. Donc vous l'avez bien compris, il y a de l'intimité d'une équipe qui ne s'est pas rencontrée depuis… 1 an et demi lorsqu'elle travaillait encore pour Opera ensemble.

Du Japon, j'ai amené ce masque rouge de monstre que les enfants portent pour jouer à setsubun cette journée particulière. Il s'agit de chasser les mauvais esprits (représenté par ce masque) en leur jetant des haricots. Le mauvais esprit, le monstre de la compatibilité Web, c'est la détection erronée du paramètre User-Agent des navigateurs Web.

February 27, 2014 11:11 PM

February 25, 2014

Karl Dubost

Voyager léger

Linges accrochées aux fenêtres San-Francisco, États-Unis, 1er février 2014

Mais le plus souvent le temps si particulier de sa vie d’où il sortait, quand il faisait effort sinon pour y rester, du moins pour en avoir une vision claire pendant qu’il le pouvait encore, il s’apercevait qu’il ne le pouvait déjà plus ; il aurait voulu apercevoir comme un paysage qui allait disparaître cet amour qu’il venait de quitter ; mais il est si difficile d’être double et de se donner le spectacle véridique d’un sentiment qu’on a cessé de posséder, que bientôt l’obscurité se faisant dans son cerveau, il ne voyait plus rien, renonçait à regarder, retirait son lorgnon, en essuyait les verres ; et il se disait qu’il valait mieux se reposer un peu, qu’il serait encore temps tout à l’heure, et se rencognait, avec l’incuriosité, dans l’engourdissement du voyageur ensommeillé qui rabat son chapeau sur ses yeux pour dormir dans le wagon qu’il sent l’entraîner de plus en plus vite, loin du pays où il a si longtemps vécu et qu’il s’était promis de ne pas laisser fuir sans lui donner un dernier adieu.

Marcel Proust, Du côté de chez Swann.

On ne traverse pas la ligne du temps. On y bascule. Partir le samedi soir de Tokyo et arriver le samedi matin à San Francisco, il me faut recommencer une journée. À l'aéroport, une fois sorti de l'avion, il me faut 20 minutes pour être dans le métro. Je voyage léger. Un sac à dos, l'ordinateur, les chargeurs, trois jours de change dont deux dans le sac, un que je porte, l'appareil photo (Fuji X100), une brosse à dent et dentifrice. Le sac sur les épaules à la sortie du métro, je marche dans les rues de San Francisco.

Poubelle derrière une grille et mots sur le mur San-Francisco, États-Unis, 1er février 2014

La marche est bien ce que je fais de mieux dans la vie. Je ne suis pas payé pour et c'est mieux ainsi. Je ne peux m'empêcher de parcourir à pied les lieux que je traverse. On ne choisit pas ses désirs.

papiers de pétards San-Francisco, États-Unis, 1er février 2014

Je m'arrête au café Trieste. J'y entends parler de Montréal. Je prends un cafe latte. Le soleil derrière la vitre. Le décalage horaire et la non nuit dans le corps. Je laisse la tour Coït derrière moi et je me dirige vers le quartier chinois. Il est déjà près de midi, j'ai faim. Le vent de San-Francisco est frais dans l'ombre des immeubles. Dans les rues calmes, la mémoire d'un bruit en papiers rouges déchiquetés, le nouvel an chinois pétarade dans mes yeux. Je trouve finalement un restaurant qui prépare un bœuf au satay.

Beuf Satay et bol de riz San-Francisco, États-Unis, 1er février 2014

Ça, c'était hier… enfin peut-être. Aujourd'hui, il pleut sur Mountain View et je dors pour récupérer de mes 36h sans sommeil.

February 25, 2014 11:16 PM

La nostalgie d'un temps inconnu

lampes près d'une vitre Fujisawa, Japon, 1er février 2014

Et ma grand’mère les avait achetés de préférence à d’autres, comme elle eût loué plus volontiers une propriété où il y aurait eu un pigeonnier gothique, ou quelqu’une de ces vieilles choses qui exercent sur l’esprit une heureuse influence en lui donnant la nostalgie d’impossibles voyages dans le temps.

Marcel Proust, Du côté de chez Swann.

Une salle dans le sous-bassement d'un vieil immeuble, une décoration des années 50 qui porte son âge, un air de famille entre les employés et des habitués qui ont vieilli avec les lieux, la nostalgie venait même se nicher dans un plat de ramens classique.

bol de ramen et gyoza Fujisawa, Japon, 1er février 2014

February 25, 2014 12:53 PM

Le point d'humanité

Personnes dans les couloirs du métro Tokyo, Japon, 31 janvier 2014

Sans doute si alors j’avais fait moi-même plus attention à ce qu’il y avait dans ma pensée quand je prononçais les mots « aller à Florence, à Parme, à Pise, à Venise », je me serais rendu compte que ce que je voyais n’était nullement une ville, mais quelque chose d’aussi différent de tout ce que je connaissais, d’aussi délicieux, que pourrait être pour une humanité dont la vie se serait toujours écoulée dans des fins d’après-midi d’hiver, cette merveille inconnue : une matinée de printemps.

Marcel Proust, Du côté de chez Swann.

L'humanité s'exclame dans l'anonymat des souterrains de la ville. Simples ponctuations dans le brouhaha quotidien, nous voyageons le long des lignes, nous les rythmons.

Personne derrière un panneau Tokyo, Japon, 31 janvier 2014

February 25, 2014 12:28 PM

Soboro de porc

Plat cuisiné Tsujido, Japon, 30 janvier 2014

Aussi quand tout d’un coup je trouvais de telles phrases dans l’œuvre d’un autre, c’est-à-dire sans plus avoir de scrupules, de sévérité, sans avoir à me tourmenter, je me laissais enfin aller avec délices au goût que j’avais pour elles, comme un cuisinier qui pour une fois où il n’a pas à faire la cuisine trouve enfin le temps d’être gourmand.

Marcel Proust, Du côté de chez Swann.

Cuisiner, ce chemin champêtre d'une exploration aléatoire. Quelques repères, quelques idées et toute la poésie du moment pour le plaisir. Aujourd'hui mon premier Soboro au porc.

February 25, 2014 12:12 PM

David Larlet

Naissance de la peur

Qui ne s’est, un jour, interrogé sur la vie ?
Qui ne s’est, une fois, demandé ce qu’elle est ?
Questions trop ambitieuses.
Et sans réponses.
Mais à qui, plus modestement, demande :
« Où la vie commence-t-elle ? Et quand ? »
Une réponse vient, immédiate, aussi simple qu’évidente :
« La vie commence à la naissance. »
Et toute inquiétude disparait.
Évidence ?
La vie commence à la naissance…
Vraiment ?
Dans le ventre…
Dans le ventre de sa mère, l’enfant n’est-il pas déjà vivant ? Ne bouge-t-il pas ?
Sans doute, il bouge. Mais il n’y a là, disent certains, que simple activité réflexe.
Activité réflexe ! Non !
Nous savons aujourd’hui, que, bien avant d’avoir « vu le jour », l’enfant perçoit de la lumière. Et qu’il entend. Et que, de son obscure retraite, il est à l’écoute du monde.
Nous savons même qu’il passe de la veille au sommeil. Et même qu’il rêve !
En sorte que, faire commencer la vie à la naissance, c’est se tromper grossièrement.
Qu’est-ce donc, alors, qui commence quand l’enfant vient au monde ? Qu’est-ce donc si ce n’est la vie ?

Ce qui commence
c’est la peur.
La peur et l’enfant
naissent ensemble.
Et ne se quitteront jamais.
La peur,
compagne secrète,
discrète comme l’ombre
et, comme elle, fidèle, obstinée.
La peur
qui ne nous lâchera
qu’à la tombe
où fidèlement
elle nous aura mené.

Shantala, un art traditionnel, le massage des enfants, Frédérick Leboyer (1976)

Comment l’aider à apprivoiser cette peur ? Lui apprendre à vivre avec, se laisser traverser par la peur dirait Franck Herbert pour qu’il puisse être lui. Rien que lui.

Ces réflexions m’amènent à penser à mes propres peurs, celles qui font mon quotidien et celles qui font mon histoire. De quelles peurs demain sera-t-il fait ? Et peut-on d’ailleurs se préparer à la peur ? Faut-il partager ses peurs pour les diluer ou se propagent-elles pleinement d’un individu aux autres telles des virus ?

Comment le rassurer sans être soi-même rassuré ? Comment lui transmettre optimisme et espoir dans un monde morose et laid ?

Dehors, dedans…
Voilà le monde coupé en deux.
Dedans, la faim.
Dehors, le lait.
L’espace
est né.

Dedans, la faim
dehors, le lait.
Et, entre eux deux
l’absence,
l’attente
qui est indicible souffrance.
Et qui s’appelle
le temps.

Et c’est ainsi
que, simplement
avec l’appétit
sont nés
l’espace
et la durée.

Ibid.

Après l’espace et la durée, il me reste à faire naître en lui le choix. La notion complexe du libre arbitre qui fait de nous des humains. Construisant du beau dans la confiance, créant de la joie dans la spontanéité. Une feuille d’arbre allant s’ajouter à d’autres pour former un tout, une feuille blanche qui s’écrit au présent dans la magie du quotidien. Lui apprendre à utiliser sa peur comme moteur de son émerveillement.

February 25, 2014 11:00 AM

February 24, 2014

Karl Dubost

Le béton de Tokyo

Arbre entre les murs Tokyo, Japon, 29 janvier 2014

Puis je revenais devant les aubépines comme devant ces chefs-d’œuvre dont on croit qu’on saura mieux les voir quand on a cessé un moment de les regarder, mais j’avais beau me faire un écran de mes mains pour n’avoir qu’elles sous les yeux, le sentiment qu’elles éveillaient en moi restait obscur et vague, cherchant en vain à se dégager, à venir adhérer à leurs fleurs.

Marcel Proust, Du côté de chez Swann.

On m'a souvent dit « Tokyo est une ville de béton. La nature y est absente. » Et pourtant, je la vois partout. À chaque pas, je découvre mousse, lychen et tendresse. Les fleurs y envahissent même parfois le couloir d'un métro ou le dessus d'un urinoir. Et pourtant, ce n'est que l'hiver. Que l'hiver. Et déjà les boutons de prunier appellent en cœur le mois de février et déjà je peux voir parcourir l'humidité sur les murs entre les allées, source du bouillonement.

February 24, 2014 11:23 AM

Le goût du matin

toast Tsujido, Japon, 28 janvier 2014

Formée du plaisir que j’étais sur le point de goûter, je m’imaginais que c’était elle qui me l’offrait.

Marcel Proust, Du côté de chez Swann.

Le goût, celui des papilles, est une éducation. Le matin souvent pour le petit déjeuner, elle prépare un toast avec du fromage fondu, œufs de poisson et des feuilles de nori.

February 24, 2014 10:55 AM

La fabrication de Tokyo

graffiti dans une entrée de garage Shibuya, Japon, 24 janvier 2014

C’est la fable de la ville.

Marcel Proust, Du côté de chez Swann.

Qu'est-ce qui définit une ville ? Son histoire ? son futur réalisé ? son présent imaginé ? Ou… l'évolution du regard, des choses que l'on avait pas su voir. Quelle est l'histoire que nous décidons d'écrire à propos d'une ville.

February 24, 2014 10:46 AM

February 23, 2014

Christian Fauré

Amélioration continue … et discontinue

Dans le développement logiciel, les démarches « Lean » inculquent une culture de l’amélioration continue qui s’articule autour de méthodes et d’outils, parmi lesquels : le kanban, la gestion des flux, le WIP, la taille des lots, la gestion des queues, l’intégration poussée des tests depuis les phases de spécifications, etc.

Mais je remarque que, outre les nombreuses vertus de ces démarches, elles peuvent avoir des effets anesthésiants sur le comportement des équipes et peuvent s’avérer néfastes si l’on n’y prend pas garde.

Car, à force de travailler à petit pas, à flux tendu et dans une perspective systémique ; à force d’être attentif aux petites corrections et optimisations, on devient aveugle aux aspects environnementaux et architecturaux qui rendent possible cette logique de l’amélioration continue.

Quel que soit le périmètre de la démarche Lean, celui-ci pré-suppose un environnement – disons une infrastructure et une architecture – sur la base duquel seulement les logiques d’amélioration continue peuvent oeuvrer.

Une démarche Lean tend,  à force de progresser de manière continue dans un périmètre donné, à vouloir étendre son périmètre aux activités amont et aval du développement.

En amont, on sensibilisera les Business Analysts et les Product Owner sur la nécessité de travailler également selon ces méthodes ; et en aval on tentera d’inculquer cette culture du développement agile et lean à ceux qui, traditionnellement, cherchent à stabiliser les environnement de mise en production du logiciel : les administrateurs systèmes. Contaminés par le virus du Lean, ils s’appellent à présent les DevOps. Mais il n’y a pas que les DevOps, le Lean se décline à toutes les sauces : Lean Architecture, Lean UX, Lean UI, Lean Analytics, Lean Start Up , etc.

Le Lean a une tendance à se propager sur toute la chaîne de valeur de l’entreprise, de proche en proche. Cette propagation de proche en proche a un nom technique : on parle de transduction (pensez au mécanisme de propagation des ondes).

*

Mais pourquoi se plaindre d’une telle propagation du Lean s’il y a des résultats et si, en plus, il est plus motivant de travailler dans cet environnement méthodologique ?

Le problème est que tout ne peut pas être résolu et traité par des améliorations continues : il faut aussi des améliorations discontinues. Ces améliorations discontinues sont celles qui font faire des bonds en avant et qui seules sont capables d’opérer des ruptures.

Ainsi, une équipe de développement focalisée sur le continuous delivery n’aura plus le réflexe de remettre en cause ses architectures parce qu’elle ne les perçoit plus, comme le poison d’Aristote qui ne voit pas l’eau dans laquelle il évolue.

Tout comme la fluidité du fleuve nécessite la relative permanence du lit et des berges pour s’écouler, toutes les activités en flux nécessitent un environnement stable pour opérer.

La nécessité de ces progrès discontinus, ou de rupture, peut se comprendre à l’image des mécanismes d’apprentissage et surtout de compréhension. Je suis convaincu que quand on comprend quelqu’un chose c’est toujours quelque chose comme un “saut quantique” qui se produit ; une étincelle qui embrase tout votre esprit et vous fait voir les choses de manière radicalement différente.

En matière d’apprentissage et de pédagogie, l’exercice, l’entraînement, la répétition, le rythme –  en tant que techniques d’amélioration continue – n’ont de sens que si, à un certain moment, l’apprenant fait un bond en avant en s’écriant : eureka !

Si les démarches d’amélioration continue, à force d’accumuler des succès, ne débouchent pas sur des logiques de rupture, c’est très probablement que le fruit des améliorations cumulées est anesthésiant plutôt que dynamisant : un potentiel homogène plutôt que disparate. Et chacun sait qu’il n’y a pas d’éclair sans une accumulation de potentiels disparates.

Une bonne démarche d’amélioration continue doit donc déboucher sur des ruptures qui, une fois franchies, permettent de repartir sur des démarches d’amélioration continue mais à un tout autre niveau et avec de nouveaux enjeux.

Je pourrai le dire plus vulgairement : une amélioration continue qui ne conduit pas à un changement qualitatif de l’environnement dans lequel elle opère, conduit à “enculer les mouches” : on tourne en rond et la valeur des features mises en production tend a stagner car on tend à maintenir artificiellement la variabilité, c’est à dire la métastabilité,  du système que l’on développe.

Le système de production est alors sur une tendance entropique, et seule une rupture et un changement de palier va pouvoir produire de la néguentropie et une relance de la production de valeur.

Les équipes de développement en mode Lean doivent pouvoir compter sur des architectes qui sont capables de proposer des ruptures : des changements de frameworks, de patterns, de composants applicatifs, etc. Cette activité d’architecture possède une forte composante créative ; à l’image des intermittents du spectacle, ils sont les intermittents du Lean développement : on ne peut pas évaluer leur productivité à l’image du temps passé ou des petites améliorations qu’ils peuvent mettre en place. On attend d’eux qu’il changent la donne et nous fassent passer à un autre niveau.

En ce sens, les architectes sont des ruminants ; je veux dire par là qu’ils doivent habiter le système et en cultiver une représentation mentale qu’ils arpentent continuellement dans l’espoir de trouver une rupture, qui est souvent un raccourci,  et qui va permettre au système d’accéder à un autre niveau de métastabilité.

Ces propos sont une critique du Lean qui, pourtant, est un Lean inspiré des thèses de Donald G. Reinersten (merci Dimitri pour le conseil) et qui a le mérite de penser la spécificité du Lean dans des environnements à forte variabilité comme le développement logiciel, et non pas à partir du Lean des industries de process (semiconducteur, industries chimiques et pharmaceutiques, etc.) ou des industries manufacturière telle que l’automobile. Mais, même dans les travaux de Reinersten la question de la rupture et du discontinue n’est pas traitée en tant que telle parce qu’elle est étouffée dans le  discours sur la variabilité (qui est lui même par ailleurs assez exceptionnel).

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by Christian at February 23, 2014 08:59 AM

February 22, 2014

David Larlet

Sport et plaisir

C’est devenu peu à peu une course à la performance et les seules questions que je me posais étaient mais pourquoi tu te traines autant, allez encore quelques kilomètres, etc. Je me suis mis à souffrir, je me suis blessé, et mon corps a fini par dire stop.

Je n’ai plus couru depuis des mois, et mon bracelet connecté m’indique que je ne pratique plus assez d’activité physique, mon corps se fige peu à peu. Je vais reprendre progressivement la marche et la course, mais uniquement pour le plaisir, pour me sentir vivant et sans me poser de questions.

Commentaire au sujet des pensées de coureur, Franck Taillandier

Mon rapport avec le sport a beaucoup évolué au cours de cette dernière année — notamment avec la préparation pour le Mont Blanc — lorsque je me suis rendu compte qu’au-delà de l’affûtage musculaire, l’entraînement intensif était surtout un moyen d’apprendre à gérer sa douleur. L’identifier, la réduire, l’accepter, l’oublier. Le mois qui a suivi l’arrivée au sommet a d’ailleurs été assez difficile à gérer : perte de motivation et manque d’énergie alors que mon corps était à bloc de globules rouges. Quand le mental prend le pas sur le physique.

J’ai pallié cette baisse de régime par une diversification en faisant du vélo et de l’escalade, découvrant de nouvelles pratiques, de nouvelles communautés aussi. En essayant d’être un peu plus complet en espérant accéder à d’autres courses plus techniques. Le trail est devenu une base pour gambader en nature, sans montre, sans sac, sans eau, libre. À nouveau.

Ces régions non habitées de notre planète ont un point commun : la nature y est grandiose et émouvante. Peut-être parce qu’à force de vivre dans un monde où l’Homme maîtrise tout, il est bon de se sentir à nouveau vulnérables et insignifiants face à un horizon libre de toute trace humaine. Ou au contraire, parce qu’à trop être dilué dans une société où l’individu ne contrôle plus rien à part ce qu’il achète au supermarché, le voyageur nature aime de temps en temps se sentir capable de vivre avec le minimum de technologie et de redevenir ainsi seul maître de son existence.

Edito l’autonomie longue durée - Carnets d’Aventures n°34, Coralie Le Rasle et Alexis Loireau

Et puis il y a eu l’arrivée d’Alexandre et même en essayant de continuer à prendre du plaisir, le muscle a fondu, s’est très vite transformé en graisse. J’ai redécouvert d’anciennes sensations : des muscles et tendons qui avaient su se faire oublier dans l’effort, dans leur routine quotidienne. Il est presque plaisant de se remettre à sentir des douleurs enfouies, de redevenir animal. D’avoir oublié accidentellement la part d’humanité qui me faisait supporter cet inconfort sans m’en rendre compte. De prendre du recul sur ce que ça m’apporte en contrepartie.

Aujourd’hui, je prends du plaisir à être en capacité de porter mon fils en écharpe pour une randonnée de plusieurs heures et à lui faire découvrir le monde à pied, un pas après l’autre. Je prends du plaisir aussi à faire des sorties sportives sans trop me poser de questions sur l’effort à produire car j’ai acquis des techniques qui me permettent d’être serein. Je prends du plaisir enfin à atteindre le flow sportif rapidement, celui où l’esthétique dépasse l’effort, où la méditation prend le pas sur la confusion.

February 22, 2014 11:00 AM

February 19, 2014

Karl Dubost

L'onde et les particules

foule dans le métro Fujisawa, Japon, 26 janvier 2014

Poussé vers la rive, son pédoncule se dépliait, s’allongeait, filait, atteignait l’extrême limite de sa tension jusqu’au bord où le courant le reprenait, le vert cordage se repliait sur lui-même et ramenait la pauvre plante à ce qu’on peut d’autant mieux appeler son point de départ qu’elle n’y restait pas une seconde sans en repartir par une répétition de la même manœuvre.

Marcel Proust, Du côté de chez Swann.

Nous sommes les particules humaines de cette onde dans la ville.

February 19, 2014 02:31 PM

Le photographe dans le café

journal sur un comptoir Tsujido, Japon, 25 janvier 2014

Mais si le photographe avait été écarté de la représentation du chef-d’œuvre ou de la nature et remplacé par un grand artiste, il reprenait ses droits pour reproduire cette interprétation même.

Marcel Proust, Du côté de chez Swann.

Dans le café, il y avait un homme qui jouait quelques notes sur une guitare. Et puis il échange un mot, deux, et puis des phrases. Et finalement à la nuit tombante, il éclos et parle de son métier de photographe. Il est parti à Fukushima et il partage les éléments de son aventure. Il en a fait une impression sur journal. Il m'en donne quelques uns.

February 19, 2014 09:34 AM

February 16, 2014

David Larlet

Manifeste de développeur

Like any experienced engineer, I understand the desire to build the best, most flexible and robust system for every project. I do. But I also understand the common business constraints of every project: time and money. Most projects have a definite deadline and/or a specific budget that must be met and, often times, building something grand is just not feasible within either them. This is where the developer must make a conscious decision to limit creativity to meet the goals. There is no excuse for spending a week to setup a "proper" caching layer for database queries on a 20-row table, that is only used from the administrative panel by three publishers. Understand the use cases. As cool as it may be to build a flexible and expendable XHR framework to support variable simultaneous requests; you don’t need to invest in it if the only feature that will be using it is an update to a visitors counter on one page. Understand the scope. I cannot stress it enough: a good engineer is not the one who knows how to build the most advanced system, but the one who knows when not to build that system.

Your Code May Be Elegant

Il s’agit d’un manifeste engagé qui fait état de mes réflexions actuelles sur le métier de développeur, il est amené à évoluer dans le temps :

De l’utilité plus que de la qualité,
De l’expérimentation plus que du troll,
De la convivialité plus que de l’exhaustivité,
Du partage plus que de la mise en ligne,
De l’inconfort plus que de la sécurité,
De l’économie plus que de la performance,
Du savoir-être plus que du savoir-faire.

Utilité

J’ai eu l’occasion de développer des produits de qualité. J’ai aussi eu l’occasion de développer des produits utiles. Étrange d’opposer les deux et pourtant j’ai rarement pu avoir les deux à la fois. Et rétrospectivement, ce sont clairement les produits utiles qui ont donné du sens à mon savoir-faire. Un code de (sur-)qualité n’aura pas forcément une durée de vie plus longue mais il y a de grande chances qu’il mette beaucoup plus de temps à sortir, ce qui met en péril le projet — aussi utile soit-il.

Expérimentation

Les développeurs passent (perdent ?) beaucoup trop de temps à discuter de technologies sans même les avoir essayées. Prenez React par exemple, il serait facile de troller sur le fait qu’introduire du HTML directement dans du JS est une hérésie et pourtant après quelques heures de pratiques ça devient beaucoup plus pertinent. Et je prends du fun à coder avec ; sans me préoccuper des design patterns et autres best practices, il faut savoir lâcher prise et avancer à son rythme.

Convivialité

J’ai déjà eu l’occasion d’exposer ce que j’entendais par Open-Source conviviale et mon désir de rendre l’informatique plaisante. Je suis fatigué des frameworks que l’on sort systématiquement pour publier une page statique, de ces bibliothèques qui cachent un manque de compréhension du langage et de toute la complexité dans laquelle s’enferme le développement Web sur l’autel de son industrialisation. Il faut savoir revenir à la base : du contenu, des liens et des interactions.

Partage

Le partage va plus loin que de la solidarité entre développeurs, il y a une notion d’apprentissage et de retour d’expérience. Libérer son code est une chose, expliquer ses choix d’implémentation, ses échecs et les leçons apprises est autrement plus intéressant. Github et Stack Overflow sont les fast-foods du code, je veux prendre le temps de raconter ma recette et l’enrichir avec d’autres.

Inconfort

Plus un milieu est changeant, plus il en va de sa survie d’explorer et de s’adapter rapidement ; c’est difficile à accepter mais le confort d’aujourd’hui est la mise au rebut de demain dans un domaine comme le Web. Il ne s’agit pas forcément d’aller dans le sens du courant mais d’avoir la curiosité de découvrir de nouveaux domaines et le goût d’explorer de nouveaux concepts. Sortir de sa zone de confort est ce qui rend ce métier si stimulant.

Économie

La création d’usines à gaz génère forcément un gaspillage numérique non négligeable. On construit des 4x4 numériques dont on essaye d’optimiser la consommation alors que l’on aurait besoin de simples vélos ! De bons défauts sont l’une des conditions pour obtenir un produit minimaliste qui soit pertinent mais ne suffisent pas, il faut avoir une évolution culturelle et une démarche de co-création.

Savoir-être

Enfin, je n’ai pas envie de travailler avec un gourou, un ninja ou une rockstar. J’ai envie de collaborer avec quelqu’un à l’écoute, qui sait faire preuve de diplomatie dans sa critique, qui arrive à me faire douter sans forcément passer par la confrontation. La sur-compétence technique est contre-productive à toute forme d’échanges car elle crée un déséquilibre malsain.

Est-ce que ce manifeste fait pour autant l’apologie du code-poubelle codé à la RACHE™ ? Je ne pense pas. Il s’agit avant tout de revenir à un développement responsable qui donne du sens à notre métier et aux relations que l’on peut avoir avec nos pairs.

February 16, 2014 11:00 AM

February 14, 2014

Christian Fauré

Savoir et industrie

C’est salle Jean-Dame, 17 rue Léopold Bellan, métro Sentier, ligne 3  le Samedi 1er mars 2014 de 14 heures à 17 heure (Entrée libre et gratuite).

La société industrielle qui est apparue à la fin du XVIIIè en Europe Occidentale a modifié en profondeur le statut des savoirs – savoir théorique, savoir faire, savoir vivre.

Jusqu’alors privilège des clercs et d’un pouvoir essentiellement symbolique, les sciences formant le savoir théorique s’émancipant de la philosophie et de la théologie sont devenues le cœur du devenir économique – et, derrière lui, du devenir social qui s’en est trouvé profondément transformé – tout en contribuant à la destruction des savoir faire (comme le montrent les Fondements de la critique de l’économie politique de Marx).

Après que le XXè siècle ait vu naître en Amérique du Nord une nouvelle époque de l’industrie – taylorienne et consumériste, fondée sur le marketing et les industries culturelles, formant des marchés de masse en prenant le contrôle des comportements en court-circuitant les savoir vivre, dominée par le soft power américain – , le XXIè siècle voit la question des savoirs et de leur rapport à l’industrie revenir au premier plan.

Avec cette nouvelle question des savoirs émerge un smart power (c’est à dire une nouvelle stratégie planétaire de l’Amérique du Nord) tandis que de très profondes transformations de l’appareillage industriel se concrétisent à grande vitesse (y compris comme industrie de l’enseignement) à travers les réseaux numériques, les imprimantes 3D et l’automatisation généralisée.

Pour analyser ce contexte émergent, et pour y projeter de nouvelles perspectives, nous vous invitons à participer à la mairie du 2è arrondissement, le samedi 1er mars, à 14 heures, à une rencontre au cours de laquelle nous en débattrons à partir des quatres exposés suivants :

 Jean Paul Karsenty : Performance sans formance n’est que ruine de la responsabilité et de l’engagement.

Gabriel Colletis : L’industrie comme bien commun.

Olivier Landau : L’impression 3D :  ruptures techniques, industrielles et sociales – et dernière brique de la révolution numérique ?

Bernard Stiegler : Savoirs, automatisation et désautomatisation.

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by Christian at February 14, 2014 11:57 AM

February 11, 2014

Karl Dubost

Le soleil dans le jardin

Rayon de soleil dans le jardin Tsujido, Japon, 24 janvier 2014

Souvent le soleil se cachait derrière une nuée qui déformait son ovale et dont il jaunissait la bordure. L’éclat, mais non la clarté, était enlevé à la campagne où toute vie semblait suspendue, tandis que le petit village de Roussainville sculptait sur le ciel le relief de ses arêtes blanches avec une précision et un fini accablants. Un peu de vent faisait envoler un corbeau qui retombait dans le lointain et, contre le ciel blanchissant, le lointain des bois paraissait plus bleu, comme peint dans ces camaïeux qui décorent les trumeaux des anciennes demeures.

Marcel Proust, Du côté de chez Swann.

Sur IRC, il dit qu'il fait froid à Hiroshima. Je regarde par la fenêtre et aujourd'hui le soleil vient baigner le jardin à Tsujido. L'ombre est froide, mais il existe cette petite place sur un balconnet de bois où le soleil vient s'épuiser pendant deux heures. Ce lieu précis est idéal pour se ressourcer quelques minutes en regardant les plantes.

February 11, 2014 01:25 PM

Reflets d'informations

Vitrine de magasin avec affiches Zushi, Japon, 19 janvier 2014

Mais j’avais beau rester devant les aubépines à respirer, à porter devant ma pensée qui ne savait ce qu’elle devait en faire, à perdre, à retrouver leur invisible et fixe odeur, à m’unir au rythme qui jetait leurs fleurs, ici et là, avec une allégresse juvénile et à des intervalles inattendus comme certains intervalles musicaux, elles m’offraient indéfiniment le même charme avec une profusion inépuisable, mais sans me laisser approfondir davantage, comme ces mélodies qu’on rejoue cent fois de suite sans descendre plus avant dans leur secret.

Marcel Proust, Du côté de chez Swann.

Les surdoses d'information ne sont pas toutes identiques. Entre profusion et abondance, il existe ce moment d'aisance où nous chérissons de pouvoir fouiner dans un grenier aux merveilles, une grange aux trouvailles. En reflet, nous pouvons également ressentir cette nausée face aux sollicitations impératives et catégoriques ne nous laissant que peu d'occasions de respirer. L'asphyxie provoque l'étourdissement et la fuite.

February 11, 2014 01:10 PM

February 10, 2014

Karl Dubost

Un penchant pour la femme

statue entre deux immeubles Ebisu, Japon, 18 janvier 2014

Mais tous les sentiments que nous font éprouver la joie ou l’infortune d’un personnage réel ne se produisent en nous que par l’intermédiaire d’une image de cette joie ou de cette infortune ; l’ingéniosité du premier romancier consista à comprendre que dans l’appareil de nos émotions, l’image étant le seul élément essentiel, la simplification qui consisterait à supprimer purement et simplement les personnages réels serait un perfectionnement décisif.

Marcel Proust, Du côté de chez Swann.

Se laisser flotter sur la douceur fabriquée. Se révolter de la douceur imposée. Je choisis la pente, les herbes et la dune, le relief changeant. Être du côté de la femme « indéféménine. »

L'après-midi dans le creux de la forme, en rond, je parcours les couloirs d'une double exposition Ueda-Lartigue. Les deux photographes apprennent, explorent, photographient famille et intimité. Les femmes encore. Renée sublime. Femme des sables.

statue et immeuble Ebisu, Japon, 18 janvier 2014

February 10, 2014 07:27 AM

February 08, 2014

David Larlet

Avenir de Libération

Les actionnaires « regrettent vivement » la grève observée jeudi. Estiment à ce point Libération qu’ils jugent que le journal « ne doit son salut qu’à l’agrégation de subventions de la puissance publique ». […] Annoncent « un déménagement devenu inéluctable » et la transformation de Libération en « un réseau social, créateur de contenus, monétisable sur une large palette de supports multimédias (print, vidéo, TV, digital, forums, événement, radio, etc.) ». Précisent qu’« avec l’aide de Philippe Starck » le siège historique du journal, rue Béranger, deviendra « un espace culturel de conférences comportant un plateau télé, un studio radio, une newsroom digital, un restaurant, un bar, un incubateur de start-up ». […] Cris, hurlements et rires.

Les jours noirs d’un quotidien, Libération

Disclaimer : j’ai travaillé pour Libération lorsque j’étais à mon compte pour les aider dans leur migration sous Django, j’y ai rencontré des personnes que j’estime beaucoup avec lesquelles nous avons aussi eu l’occasion de discuter de l’avenir de Libération. L’avis suivant ne tient pas compte de ces remarques internes, confidentielles et/ou privées.

Le passé et le présent de Libération sont assez emblématiques d’une presse qui n’a pas su s’adapter au Web. Il n’y a finalement que le Canard Enchaîné qui aura réussi cette non-transition avec brio en choisissant délibérément de ne pas y aller. Quelques propositions pour qu’un quotidien devienne pertinent sur Internet :

  • un modèle participatif en ligne avec la création de lieux numériques d’échanges et de débats auxquels les journalistes participent (pour remonter le niveau des commentaires actuels !), les journalistes proposent des thématiques qui permettent une co-rédaction des articles au cours de la journée pour les enrichir des remarques des internautes. Chaque espace daté en ligne devenant un lieu d’échanges pour la journée sur les actualités apportées par le journal. Les visiteurs qui ne sont pas abonnés n’ont accès qu’à une version statique des thématiques du jour J qui ne s’affichent enrichies des commentaires qu’à J+1. La fraicheur des participations fait partie intégrante du modèle économique.
  • un modèle transparent sur le terrain avec la remontée des informations brutes afin que les abonnés puissent les utiliser et réutiliser lors de leurs contributions en ligne. La valeur du quotidien ne se fait plus sur le scoop mais sur le remixage des informations par et pour ses lecteurs. Les internautes peuvent également fournir leurs sources pour enrichir ces données.
  • un modèle collaboratif en présence avec la publication d’un journal papier à J+1 qui fait une synthèse des discussions et des différents éléments publiés pour en faire un journal d’opinion. Réduction de l’instantanéité (facile à trouver par ailleurs) mais amélioration de la pertinence qui devient très rare (et donc chère). Le réaménagement d’une partie des locaux est envisageable pour accueillir des lecteurs/contributeurs lors de cette étape également. L’implication devient la clé de la fidélisation.
  • un modèle coopératif en statut avec la transformation en SCOP incluant l’ensemble des abonnés sur les décisions stratégiques avec « une personne = une voix ». Je ne sais pas dans quelle mesure ce statut serait compatible avec les aides publiques dédiées au journalisme mais ce serait l’occasion de faire bouger les choses dans ce domaine aussi. L’utilisation de la réserve obligatoire permettrait à terme d’assurer une véritable indépendance du journal.

Ces propositions sont naïves car je n’ai pas suffisamment d’éléments pour pouvoir prendre en compte toutes les contraintes. Mais elles ont le mérite de faire un peu plus que crier, hurler ou rire.

February 08, 2014 11:00 AM

Christian Fauré

La comptabilité du développement logiciel

Plan comptable

Le coût d’un développement logiciel est généralement imputé dans les éléments capitalisables qui correspondent à un investissement (CAPEX). Il est donc amortissable sur plusieurs  années, tout comme le montant de la camionnette de l’artisan qui est prise pour exemple dans les cours de comptabilité.

On commence à amortir le coût du logiciel quand il est effectivement mis en production. Et tout cela marche bien avec les modes de développement classiques en cascade : de la conception à la mise en production.

Mais, quand les développements sont faits avec un flux de mise en production quotidienne et que le logiciel est un site web, les choses se compliquent. Si, pour une raison ou une autre, vous souhaitez affecter en CAPEX et non en OPEX les coûts de développement  : vous pouvez toujours effectivement les passer en CAPEX, dans la mesure où c’est toujours  un investissement dont vous espérer tirer des bénéfices ultérieurement.

Seulement voilà :  pour pouvoir les passer en CAPEX il faut pouvoir les amortir, disons sur 3 ans. Or, la plupart des features que vous mettez en production n’ont pas forcément cette espérance de durée de vie. Quel intérêt de mettre en CAPEX du développement de  features qui vont être remplacées par de nouvelles features quelques semaines plus tard ?

Pas encore trouvé de solution pour justifier de bonne foi comment un flux de mise en production quotidienne de features peut être passé en CAPEX quand il a une durée de vie incommensurable avec les délais d’amortissement autorisés. Agile et continuous deployment mettent le plan comptable à rude épreuve.

Signaler sur Twitter

by Christian at February 08, 2014 08:47 AM

February 05, 2014

David Larlet

Expérience et conseils

Being there — in the arena — gives you the clarity of experience; it’s a sixth sense that is the ability to know which pieces of advice are important. Unfortunately, the most important lessons you can learn from people with experience tend to be things you don’t think are important until you have experience.

Startup advice and the clarity of experience, Dustin Curtis

Cela me rappelle ce que l’on a vécu avec mixin il y a 6 ans, on avait tous lu Getting Real peu de temps avant, voire pendant, et pourtant cela ne nous a pas empêché de tomber dans les travers décrits : trop de temps avant de sortir le service, accorder trop d’importance à l’infrastructure technique, attendre le jour J pour un gros lancement, etc.

Est-ce que je réitèrerais ces mêmes erreurs aujourd’hui ? Certainement. Ce qui a changé par contre, c’est que je serais capable (je l’espère !) de réajuster beaucoup plus rapidement. Cette expérience m’aura donné 2 leçons :

  • accorder 100% de son temps et de son argent à de la technique est vain : il faut que les utilisateurs connaissent le service avant de pouvoir l’utiliser, il vaut mieux réduire le périmètre et augmenter la pertinence grâce à des tests utilisateurs, il vaut mieux un site qui ne tient pas la charge plutôt qu’une grappe de serveurs qui s’ennuient !
  • développer un produit sans être dans la même pièce est beaucoup plus compliqué : cela doit être possible lorsque l’équipe se connait bien et/ou qu’elle se réunit à intervalles très réguliers et/ou qu’elle utilise les bons outils. Toujours est-il que c’est source d’incompréhensions et de pertes de temps non négligeables.

Vous allez sûrement sourire en lisant ces conseils qui semblent évidents. Avec le recul, je souris aussi. Un peu jaune.

February 05, 2014 11:00 AM

February 04, 2014

Karl Dubost

L'idée de la saveur

Plat de cuisine avec du riz et okura Tsujido, Japon, 22 janvier 2014

Cette avance du déjeuner donnait d’ailleurs au samedi, pour nous tous, une figure particulière, indulgente, et assez sympathique.

Marcel Proust, Du côté de chez Swann.

Avant d'être goût, le plat est un désir.

February 04, 2014 02:59 PM

February 03, 2014

Karl Dubost

Les objets de la transaction

Objets, stylos et papier sur une table Tsujido, Japon, 21 janvier 2014

Elle était comme toute attitude ou action où se révèle le caractère profond et caché de quelqu’un : elle ne se relie pas à ses paroles antérieures, nous ne pouvons pas la faire confirmer par le témoignage du coupable qui n’avouera pas ; nous en sommes réduits à celui de nos sens dont nous nous demandons, devant ce souvenir isolé et incohérent, s’ils n’ont pas été le jouet d’une illusion ; de sorte que de telles attitudes, les seules qui aient de l’importance, nous laissent souvent quelques doutes.

Marcel Proust, Du côté de chez Swann.

Le propriétaire de ce café reçoit un représentant d'un site Web annuaire pour lieux de restauration. C'est ce que je crois deviner de la situation. Les cartes de visite ont été échangées et posées sur la table en évidence pendant la discussion. Les papiers du dossier et de l'offre commerciale également. Un agenda, le stylo posé à plat sur la page du jour. Ils ont quitté la table pour prendre quelques photographies avec une employée qui a été choisie pour ses attributs physiques. Son sourire est simple. Elle est jolie. Il reste sur la table les outils de leurs affaires, de leur travail. Ils sont les objets qui participent de la fabrication d'une relation commerciale.

February 03, 2014 01:50 AM

L'imagination du hors-champ

Reflet d'un homme dans une vitre Tsujido, Japon, 20 janvier 2014

Déjà moins intérieur à mon corps que cette vie des personnages, venait ensuite, à demi projeté devant moi, le paysage ou se déroulait l’action et qui exerçait sur ma pensée une bien plus grande influence que l’autre, que celui que j’avais sous les yeux quand je les levais du livre.

Marcel Proust, Du côté de chez Swann.

Depuis l'opacité de mon bureau, je peux apercevoir les jardiniers passer. Un à un, furtivement et sans totalité, le détail exprime et appelle l'imagination du hors-champ. Car c'est bien là tout l'espace, l'immensité de ce que l'on a à imaginer et que l'on ne peut saisir ; notre regard est toujours l'infime partie de la multitude.

February 03, 2014 01:15 AM

L'écoute du drame quotidien

Partition de musique sur un banc Ofuna, Japon, 19 janvier 2014

Après cette croyance centrale qui, pendant ma lecture, exécutait d’incessants mouvements du dedans au dehors, vers la découverte de la vérité, venaient les émotions que me donnait l’action à laquelle je prenais part, car ces après-midi-là étaient plus remplis d’événements dramatiques que ne l’est souvent toute une vie.

Marcel Proust, Du côté de chez Swann.

En chemin vers l'exposition Seeking For Utopia au musée d'art moderne de Hayama et Kamakura, à la station de trains de Ofuna, une femme plonge dans les partitions de musique. Elle est agée, petite et recroquevillée. Elle a de la passion dans sa façon de lire la partition. J'aimerais pouvoir écouter sa musique pixellisée.

Partition pixellisée Ofuna, Japon, 19 janvier 2014

Un grand homme japonais les cheveux longs entre dans le train. Immédiatement, je pense à un autotochne du Canada. Est-ce la pagaie qu'il porte avec lui ? Il s'assoie. Il a de l'allure. Il sort un livre et commence à lire. L'image se précise. Maintenant, c'est le personnage indien, un géant, du film Dead Man qui récite la poésie de William Blake. Je peux écouter sa voix mémorisée.

Homme avec livre et pagaie Kamakura, Japon, 19 janvier 2014

February 03, 2014 01:02 AM

February 02, 2014

David Larlet

Refonte 2014

On commence à vieillir quand on finit d’apprendre.

Proverbe japonais

J’ai passé le mois de janvier à améliorer de manière incrémentale le confort de lecture (RX pour Reader eXperience ?) et d’interactions de ce site.

Premier gros changement, j’ai transformé geek en penseur dans mon menu car il n’y a plus vraiment de billets techniques sur le blog et j’ai constaté que ce terme pouvait être rébarbatif. J’aurais pu choisir blogueur (mais ma mère ne sait pas ce que ça veut dire) ou écrivain (mais ça faisait pompeux), finalement (petit) penseur me va mieux et j’ai d’ailleurs expliqué ce que j’entendais par ce terme sur la page d’accueil qui a été quasi-intégralement réécrite.

Concernant les billets, j’ai changé la police de caractères qui passe à quelque chose d’un peu plus fin et j’ai amélioré l’interlignage. J’ai également ajouté un support de la césure suite à l’article publié sur OpenWeb pour les navigateurs le supportant même si le texte n’est pas justifié je trouve que cela apporte un petit plus. J’ai cédé à la tentation de flatifier (sic) en enlevant la texture en background et en affinant le titre. Et enfin j’ai ajouté une image en fin d’article (non, pas en header flou par contre) dans le but avoué de (re)mettre à terme mes propres photos, on se motive comme on peut. Du coup j’en ai profité pour refaire aussi l’accueil du blog. Les images devraient s’afficher dans une qualité suffisante pour les riches possesseurs de terminaux à haute densité de pixels (Retina™) mais tous les autres payent le prix d’un téléchargement un peu plus long en attendant une meilleure solution.

La tête de page n’a pas encore été retouchée mais il faut que je m’en occupe, notamment car la solution responsive actuelle ne me convient pas avec sa spécificité iPhone™. Le pied de page a pas mal bougé avec l’apparition de boutons de partage pour faciliter les interactions en situation mobile (et car copier/coller une URL n’est pas à la portée de tout le monde, même aujourd’hui). J’ai ajouté des icônes en SVG pour voir ce qu’il était possible de faire avec cette technologie. J’ai aussi ajouté des liens pour continuer l’exploration et offrir des portes de sorties (incluant l’ajout d’un formulaire de Webmentions pour faciliter l’ajout de liens externes).

Niveau sémantique, j’ai ajouté le support des cartes Twitter pour un rendu avec extrait qui viennent compléter les informations de Schema.org. J’ai arrêté d’ajouter du RDFa malheureusement inutilisé.

Rien de révolutionnaire, ça reste relativement minimaliste et permet de se concentrer sur le texte. N’hésitez pas à me faire vos retours à ce sujet !

February 02, 2014 11:00 AM

January 31, 2014

David Larlet

Éducation manuelle

Le changement de logique ne peut se réaliser sans que l’on revoie de fond en comble l’éducation des enfants. Celle qui prévaut aujourd’hui est déterminée et inspirée par les priorités de l’idéologie marchande et financière, et l’abandon passif à une caste enseignante. On sait de plus en plus l’importance que revêtent la conception, la gestation et la façon de mettre au monde un enfant. Trêve d’hypocrisie : ce que tout le monde appelle « éducation » est une machine à fabriquer des soldats de la pseudo-économie, et non de futurs êtres humains accomplis, capables de penser, de critiquer, de créer, de maîtriser et de gérer leurs émotions, ainsi que de ce que nous appelons spiritualité ; « éduquer » peut alors se résumer à déformer pour formater et rendre conforme. Le malaise grandissant de toute jeunesse condamnée au naufrage est dès lors que le système ne peut l’intégrer ou la prendre en charge témoigne de cette aliénation. L’équation qui a prévalu, en particulier lors des Trente Glorieuses, selon laquelle faire de bonnes études donnait une qualification garante d’un salaire ne fonctionne plus dans la société de la croissance illimitée. Alors, pourquoi s’obstiner dans cette option déjà obsolète ?

Dans le nouveau paradigme, il faut être en priorité attentif à l’enfant, en développant une pédagogie de l’être qui permette avant toute chose de le faire naître à lui-même, c’est-à-dire de l’aider à révéler sa personnalité unique, ses talents propres, pour répondre à la vocation que lui inspire sa présence au monde et à la société. C’est le doter d’une cohérence intérieure qui lui donnera le sentiment d’être à sa véritable place dans la diversité du monde. Pour que cette naissance à soi-même advienne réellement, il est indispensable d’abolir ce terrible climat de compétition qui donne à l’enfant l’impression que le monde est une arène, physique et psychique, produisant de l’angoisse d’échouer au détriment de l’enthousiasme d’apprendre.

La prépondérance donnée à l’intellect au détriment de l’intelligence des mains, auxquelles nous devons pourtant notre évolution, est une catastrophe qui fait de nous des infirmes sans que nous en ayons conscience ; elle a créé une sorte de hiérarchie arbitraire offrant aux concepts la clé d’un processus décisionnel que l’expérience tangible ne peut valider. Le rapport concret à la nature est également indispensable, car c’est à elle que l’enfant doit la vie, toute son existence durant ; tirer parti d’un principe vital sans le connaître est une lacune fondamentale.

L’éducation doit restaurer la complémentarité des aptitudes. Les établissements éducatifs devraient tous proposer de la terre à cultiver, des ateliers d’initiation manuelle, artistique… Des jardins biologiques permettraient de faire l’expérience tangible des lois intangibles du vivant : la fécondité de la terre, sa générosité à nous offrir les aliments qui nous font vivre, le mystère et la beauté des phénomènes qui régissent l’immense complexité de ce que nous appelons écologie. L’école doit être également le lieu privilégié de l’initiation à la complémentarité féminin/masculin et, bien entendu, celui d’une éducation à la sobriété peut-être décisive pour la vie entière. Car l’enfant, ignorant tout, en amont, du processus de production des biens dont il use abondamment dans la civilisation de la surabondance, ainsi que du devenir des déchets qu’il induit en aval, en est réduit à une stricte, et triste, fonction de petit consommateur gaspilleur. Il est inconscient de sa participation à l’outrance collective des nantis et des privilèges sans joie, alors que tant d’enfants vivent dans des pays où le quotidien est fait de frugalité — quand ce n’est pas de misère. Paradoxalement, j’ai souvent observé dans les yeux de ces derniers une étincelle encore ardente, comme lorsque l’espérance demeure vivante en dépit de tout. L’initiation à la modération est source de joie, car elle rend plus accessible la satisfaction, abolissant la frustration que produit le toujours-plus, entretenue en permanence par une publicité au talent pernicieux, dont tous les enfants devraient être protégés. Cette prise en otage produit des enfants blasés, désabusés, et, avec le « tout, tout de suite », c’en est fini de ce désir auquel la patience donne tant de saveur et de valeur. Dans le même ordre d’idées, on constate que l’industrie du jouet participe à l’ingérence de l’adulte dans l’imaginaire de l’enfant. Saturé d’outils ludiques prêts à la consommation, celui-ci est détourné de cette capacité naturelle commune à tous les enfants du monde de créer par eux-mêmes, et avec une fraîcheur incomparable, les objets nécessaires à leur amusement. Cette créativité, ennoblie de leur candeur, participerait très fortement à la sobriété par le fait qu’elle rend inutile la prolifération extravagante d’objets dont la fabrication est très dispendieuse en matières premières, souvent dérivées du pétrole, en énergie, en pollution, en recyclage, etc. Par ailleurs, on ne peut que déplorer le nombre de plus en plus exorbitant de jouets qui véhiculent des symboles pernicieux et pervers de la société contemporaine. Ils instillent dans des âmes innocentes les toxines de toutes les turpitudes : violence, meurtre, pornographie, etc. Il est du devoir urgent des Etats, et des parents, d’édicter des règles strictes pour protéger l’enfant, si vulnérable et manipulable, de toutes les convoitises qui portent atteinte à son intégrité. Il ne s’agit pas de traiter cette question avec un moralisme ou un manichéisme de circonstance, mais de donner à des faits objectifs des réponses objectives, qui doivent être apportées par les adultes, responsables du devenir des générations que la vie leur a confiées. Il ne suffit pas de se demander : « Quelle planète laisserons-nous à nos enfants ? » ; il faut également se poser la question : « Quels enfants laisserons-nous à notre planète ? »

Vers la sobriété heureuse, Pierre Rabhi.

Je m’interroge beaucoup sur l’éducation manuelle que je pourrais partager avec mon fils sachant le peu de savoir-faire que j’ai dans ce domaine. Comment faciliter sa découverte d’activités que je n’ai pas moi-même pratiquées ? Dans quelle mesure est-ce que l’on peut découvrir ensemble de nouvelles pratiques ? Comment attiser sa curiosité sur un domaine qui ne m’a pas déjà attiré ? Quelle part d’inné pourrait l’amener à emprunter les chemins non balisés de sa singularité ?

Il y a bien des écoles « permettant aux enfants d’apprendre à vivre ensemble » et qui doivent inclure l’agroécologie dans leur enseignement vu le lieu mais elles sont très rares. Il y a la famille ou les amis mais on reste dans des cercles relativement fermés. Il y a le Web mais ça reste trop théorique. Il y a les stages mais il faut avoir un certain âge. Il reste les camps/colonies/centres aérés qui sont peut-être la manière la plus simple de découvrir un nouveau domaine de manière candide. En voyez-vous d’autres ?

January 31, 2014 11:00 AM

January 28, 2014

David Larlet

Diversion numérique

En cette journée de la protection des données, je souhaitais revenir sur cet article :

Je voudrais ici oser une hypothèse. Une thèse même. Cette thèse serait ceci : la surveillance arachnéenne des citoyens-clients par ceux qui nous gouvernent « verticalement » (pouvoirs d’État tout autant que pouvoirs libéraux des multinationales des réseaux) n’est si étonnamment tolérée que parce qu’elle s’ancre, « horizontalement » sur des pratiques sociales de contrôles mutuels — quotidiennes, familières, devenues naturelles. Autrement dit : la NSA pousse sur un terreau sociétal qui a fait du contrôle de soi, des autres et du monde, par la technologie, une évidence du lien, un ethos, une manière de vivre. La tige croît sur des rhizomes.

[…]

Ce désir de contrôle, cette pulsion de surveillance et de sécurité frénétique, elle passe désormais par chacun d’entre nous. Elle prend corps et fait fibre dans nos nerfs. Chacun s’en fait le relai, le colporteur, la conduction jouissive et peureuse. Chacun y trouve son petit plaisir de flic, de gestionnaire en maîtrise, de voyeur à deux balles. Tu contrôles ta maison, ta voiture, tes achats ; il surveille les mails de sa femme, géolocalise sa fille, budgétise le temps de connexion de son fils. Elle contrôle son pouls, sa tension, compte ses calories et ses pas. Vous filtrez vos appels, cherchez votre ex sur Facebook, googueulisez la fille que vous avez rencontrée au bar hier plutôt que de la découvrir telle qu’elle se révèle. Et l’on vous offre tous les outils personnels et paresseux pour ça. Toutes les applis. Toute la quincaillerie clinquante du geek à portée de clics et de bips.

[…]

Vous avez remarqué ceci ? La pub ne vend plus rien au nom de la liberté. Mais tout, ou presque, au nom du confort et de la sécurité. Changement d’ethos majeur.

701 000 heures de garde-à-vue, Alain Damasio

Plus je réfléchis à ces histoires de confort et de sécurité, plus j’ai envie de dévier plutôt que de résister. Si le fond du problème est un désir de contrôle au niveau de la société, cela ne risque pas de s’arranger en ajoutant encore du contrôle au niveau personnel pour se cacher, hacker, etc. Ma stratégie (sur le long terme donc, vs. tactique) est de lâcher-prise sur le global et prendre soin du local.

It’s all about metadata after all. By itself, on one single website, this may seem harmless. But by collecting and merging the metadata of several websites comprehensive tracking becomes possible.

Google Webfonts, The Spy Inside?

Que les états, les renseignements généraux ou les multinationales puissent me profiler grossièrement n’est pas nouveau et je n’ai pas l’énergie pour lutter contre, même collectivement. Cela ne pourrait changer radicalement que par une révolution et nous en sommes encore assez éloignés, bien trop contents de notre confort.

En revanche, que mes voisins, ma famille ou mes collaborateurs aient accès à des informations que j’estime être personnelles et/ou confidentielles pourrait altérer des cercles de confiance qui me sont très chers. Ces données locales qui relèvent de l’intimité constituent une base de mes relations et des liens qui unissent les différents cercles de ma personnalité. Protéger ce maillage très fin me semble être beaucoup plus important d’autant qu’il est encore protégé par nos limitations techniques (mais plus pour longtemps).

L’opacité ou la transparence, propriétés équivalentes d’un même phénomène, n’exigent pas la totalité. La gradation est en fait leur atout le plus important.

Gestion de l’opacité, Karl Dubost

Comment y pallier alors ? En introduisant du bruit numérique, de l’entropie brouillant les pistes pour que ces micro-interactions restent floues, noyées dans la masse. Chiffrer, multiplier les identités, générer des traces numériques incohérentes. Tester des outils comme BitMessage ou Twister (qui consomment encore beaucoup trop de CPU pour mon usage mais j’espère que ça s’améliorera).

Mais en parallèle également, ne pas hésiter à chuchoter numériquement. Revenir à des outils moins intelligents, conserver certains cercles complètement déconnectés, discuter de visu et en pleine nature pour ne pas avoir l’impression d’être épié par un quelconque périphérique. Réduire son empreinte numérique pour privilégier les échanges de qualité, réduire le nombre de services dans le cloud qui enregistrent chacune de nos actions et de nos interactions, éduquer ses concitoyens sur ce que signifie le stockage illimité de nos échanges et de nos relations.

La frugalité numérique me semble être la meilleure amie de notre opacité, monter le son d’un côté pour pouvoir évoluer sur la pointe des pieds par ailleurs. Tromper les algorithmes en faisant diversion.

January 28, 2014 11:00 AM

Karl Dubost

La silhouette entre les doigts

Objets à travers une vitre dépolie Tsujido, Japon, 6 janvier 2014

« Mais, comme je le lui disais à cet artiste qui semble du reste très poli, qui est, paraît-il, un véritable virtuose du pinceau, que lui trouvez-vous donc d’extraordinaire à ce vitrail, qui est encore un peu plus sombre que les autres ? »

Marcel Proust, Du côté de chez Swann.

La nuit dans les rues tortueuses, je respire. Mes doigts abandonnés sur les ombres, le corps silencieux dessine l'envie du parcours. J'imagine plus que je ne devine. La rue est la gallerie des artistes anonymes.

January 28, 2014 08:40 AM

Du café latte au thé vert

Thé vert Chigasaki, Japon, 11 janvier 2014

Je trouvais tout cela contradictoire.

Marcel Proust, Du côté de chez Swann.

Devrais-je publier l'ensemble de mes chroniques courtes « #cafelatte » de Montréal ? Sous quelle forme ?

January 28, 2014 08:19 AM

Une société de vélo

Velo sur le trottoir Kamakura, Japon, 13 janvier 2014

— Voyez-vous, Françoise, disait le jardinier, la révolution vaudrait mieux, parce que quand on la déclare il n’y a que ceux qui veulent partir qui y vont.

Marcel Proust, Du côté de chez Swann.

Penser au vélo dans la ville a de nombreuses dimensions. Chaque ville définit sa propre pratique de la gestion. Certains vont créer des systèmes de partage de vélo non rentables et coûteux. D'autres vont modifier la ville pour la rendre plus utilisable par l'introduction de pistes cyclables. Ici les trottoirs quand ils existent sont partagés par les piétons et les vélos. À ce propos, il y a une forme d'insouciance intéressante dans la circulation mais ce sera pour une autre fois. Les systèmes de parking payant pour les vélos sont nombreux. La plupart du temps, ils permettent d'accéder à la gare ferroviaire locale et laisser ainsi son vélo à la journée.

Celui de cette image, au centre commercial de Tsujido, offre trois heures gratuites. Les heures suivantes sont payantes.

bornes de paiement pour le vélo Tsujido, Japon, 13 janvier 2014

January 28, 2014 08:03 AM

Glissement

homme lisant un journal Tsujido, Japon, 14 janvier 2014

Après cette croyance centrale qui, pendant ma lecture, exécutait d’incessants mouvements du dedans au dehors, vers la découverte de la vérité, venaient les émotions que me donnait l’action à laquelle je prenais part, car ces après-midi-là étaient plus remplis d’événements dramatiques que ne l’est souvent toute une vie.

Marcel Proust, Du côté de chez Swann.

Le temps qui n'a pas de compte à rendre s'égrenne. Un café et quelques mots dans l'interstice suffisent à la réalisation du monde. L'homme agité ne lit pas son journal. Il feuillette sans attention mais avec la volonté certaine de rester occupé, de ne pas être là-bas, ni vraiment ici. Le gourou de la secte Aum continue son drame. Il plombe encore le papier du journal.

January 28, 2014 07:02 AM

January 26, 2014

David Larlet

Demain j’arrête

Je suis donc devenu un sale con méprisant plutôt qu’un introverti refoulé. Victoire.

Demain j’arrête de parler aux gens

Je lis les planches de STPo depuis quelques années et je ne suis jamais déçu par son trait, son humour… son aigreur. Il a décidé de publier un livre de qualité en ayant le courage de s’auto-éditer grâce au crowdfunding.

Même si la plupart des histoires sont déjà disponibles en ligne, le support papier donne assurément une autre dimension et permet de décrocher un peu l’écran le temps d’une soirée, de le prêter, de l’offrir ou au pire d’allumer la cheminée (ouais je suis pas mauvais en comm).

Demain j’arrête les billets même pas sponsorisés.

January 26, 2014 11:00 AM

January 21, 2014

Karl Dubost

Gestion de l'opacité

Vitre et passant derrière Kugenuma, Japon, 13 janvier 2014

Et ma pensée n’était-elle pas aussi comme une autre crèche au fond de laquelle je sentais que je restais enfoncé, même pour regarder ce qui se passait au dehors ? Quand je voyais un objet extérieur, la conscience que je le voyais restait entre moi et lui, le bordait d’un mince liséré spirituel qui m’empêchait de jamais toucher directement sa matière ; elle se volatilisait en quelque sorte avant que je prisse contact avec elle, comme un corps incandescent qu’on approche d’un objet mouillé ne touche pas son humidité parce qu’il se fait toujours précéder d’une zone d’évaporation. Dans l’espèce d’écran diapré d’états différents que, tandis que je lisais, déployait simultanément ma conscience, et qui allaient des aspirations les plus profondément cachées en moi-même jusqu’à la vision tout extérieure de l’horizon que j’avais, au bout du jardin, sous les yeux, ce qu’il y avait d’abord en moi de plus intime, la poignée sans cesse en mouvement qui gouvernait le reste, c’était ma croyance en la richesse philosophique, en la beauté du livre que je lisais, et mon désir de me les approprier, quel que fût ce livre.

Marcel Proust, Du côté de chez Swann.

Le monde physique nous permet d'apercevoir des fractures subtiles et essentielles à notre quotidien. Nous étions dans ce restaurant chinois dont les vitres donnent sur la rue semi-piétonne, une autre shotengai. À mi-hauteur, un papier collant pixellise le regard et préserve tout.

De l'intérieur, assis à notre table, nous pouvons voir une silhouette se déplacer pour chaque passant. Il est impossible de déterminer s'il s'agit d'un homme ou d'une femme, sauf si nous observons les chaussures. Les visages sont opacifiés.

De l'extérieur, nous pouvons voir les plats sur la table mais impossible de savoir quels sont les visages qui dégustent ces plats. Les clients ne sont pas pertubés par les regards envieux et c'est une bonne publicité pour le restaurant affichant ainsi les plats préparés.

L'opacité ou la transparence, propriétés équivalentes d'un même phénomène, n'exigent pas la totalité. La gradation est en fait leur atout le plus important. Elle profite d'ailleurs de mon regard plongé dans l'opacité pour subtiliser mon appareil photo et ajouter de la transparence sur mes réflexions.

Portrait d'homme Kugenuma, Japon, 13 janvier 2014

D'ailleurs non content de la longue aventure et l'épuisement d'hier, j'ai repris « mousse » et nous sommes allés faire un tour à Kamakura.

vélos dans une ruelle Kamakura, Japon, 13 janvier 2014

January 21, 2014 08:48 AM

January 20, 2014

Eric van der Vlist

Objets connectés

Il ne vous a certainement pas échappé que Google s’intéresse aux objets connectés, en vrac : Google planche sur une API pour les objets connectés (clubic) Google rachète Nest Labs (01net) DSI@HOME: Ces objets qui vont vous hyper-connecter (ZDNet.fr) Le … Continue reading

by Eric van der Vlist at January 20, 2014 02:31 PM

Karl Dubost

Mousse, la nouvelle amie

De la fenêtre du train, la ville Setagaya, Japon, 12 janvier 2014

Cette obscure fraîcheur de ma chambre était au plein soleil de la rue ce que l’ombre est au rayon, c’est-à-dire aussi lumineuse que lui et offrait à mon imagination le spectacle total de l’été dont mes sens, si j’avais été en promenade, n’auraient pu jouir que par morceaux ; et ainsi elle s’accordait bien à mon repos qui (grâce aux aventures racontées par mes livres et qui venaient l’émouvoir) supportait, pareil au repos d’une main immobile au milieu d’une eau courante, le choc et l’animation d’un torrent d’activité.

Marcel Proust, Du côté de chez Swann.

À la fin de l'année 2013 je méditais sur une nouvelle amitié Il y a quelquechose qui tient de l'amitié future, du voyage, de l'envie de découvrir ensemble, dans l'achat d'un vélo. Notre visite de Koenji n'était pas innocente. Mais comme toute nouvelle âme dans votre vie, il faut laisser la place au temps pour que l'intimité se construise, que la patience soit troublée par l'envie.

Magasin de vélos Koenji, Japon, 12 janvier 2014

Je me suis habillé chaudement, mais léger. J'ai pris le bus vers Fujisawa, puis le train vers Shinjuku, puis à nouveau le train vers Koenji. Presque un rituel. Et puis j'ai marché vers la boutique. Mousse était là, fringante, prête. On me fait toutes les recommandations d'usage. Nous ne pouvons nous empêcher de nous lancer des œillades de temps en temps. C'est que nous sommes impatients. Elle est tout juste sortie de l'atelier. Nous nous connaissons à peine. Mais nous savons dèjà que la route sera longue.

Tori Setagaya, Japon, 12 janvier 2014

Une bonne façon de découvrir l'osmose dans un couple est de partir ensemble, de se laisser aller aux incommensurables des voyages, des aléas des catastrophes du quotidien. Sous le regard amusé des employés du magasin, qui me prennent pour un gentil fou, nous partons ensemble. Au devant de nous, le soleil, il est midi passé. Plein sud est notre destination ensemble pour les prochains 50 kilomètres. J'ai regardé le parcours avant de partir mais finalement je ne l'utiliserai pas. Laissons nous partir à la dérive.

Rues Setagaya, Japon, 12 janvier 2014

Nous sommes partis en voyage ensemble. Le charme des nouveautés, des lieux intimes. Et puis notre fatigue ensemble, le froid qui saisit lors des pauses, le besoin de regrouper son corps, nos corps afin de pouvoir repartir sur le chemin. Quelle aventure. Les hésitations que nous nous posons « Est-ce le bon chemin ?  Trop à l'est ou à l'ouest ? » Avons nous dévié de notre trajectoire idéale ?

Je lui chuchotte que c'est le pont pour aller à Machida et qui passe au dessus de la Tamagawa. « Tu vois ce train là-bas, c'est la ligne Odakyu. Nous sommes sur la bonne route.

Tamagawa Tamagawa, Japon, 12 janvier 2014

À Machida, nous prenons une pause. Le vent nous refroidit. L'heure s'écoule. Nous savons qu'il nous faut pas trop tarder pour éviter de trop rouler la nuit dans le vent glacial. Il nous reste encore beaucoup de chemin.

Tamagawa Machida, Japon, 12 janvier 2014

Finalement, elle est en bien plus grande forme que moi. Toujours droite, fière et volontaire sur le chemin. Machida est terrible. Collines après collines, long plateau, beaucoup de circulations, peu de petites rues. Je souffre. Elle comprends. Elle m'encourage. J'active les jambes pour me réchauffer. J'en oublie les photos de notre aventure.

À un moment nous découvrons que notre élan nous a emmené loin de notre route initiale. Il ne faut pas se décourager. Le soleil s'approche de l'horizon encore 1h ou 1h30 de soleil. Zama, ce n'était pas le lieu industriel qu'il fallait pour cette fatigue. Mais nous changeons l'objectif. Il nous faudra arriver à Shonandai avant le coucher du soleil. Alors je pousse de plus en plus fort sur les jambes douloureuses. Promesse réussie. Nous décidons de nous arrêter, de manger et de décider si nous allons continuer plus tard. Shonandai, c'est le lieu où je prenais le bus pour aller à l'université de Keio quand je travaillais au W3C. Je connais bien. Finalement, le corps n'est plus vraiment sensible à la douleur. Épuisés, nous décidons après le repas de reprendre la route.

Quelle joie d'atteindre la maison, de célébrer cette nouvelle amitié. De se débarasser de ses vêtements. De se plonger dans le bain chaud. De regarder la route sur une carte et de comprendre que nous avons parcouru 65 kilomètres, peut-être 70 à la place des 50 prévus.

Que du bonheur avec Mousse découverte à tokyobike.

January 20, 2014 08:28 AM

Un cinéma étendu

Image projetée sur un mur Tsujido, Japon, 11 janvier 2014

Mais plus tard j’ai compris que l’étrangeté saisissante, la beauté spéciale de ces fresques tenait à la grande place que le symbole y occupait, et que le fait qu’il fût présenté, non comme un symbole puisque la pensée symbolisée n’était pas exprimée, mais comme réel, comme effectivement subi ou matériellement manié, donnait à la signification de l’œuvre quelque chose de plus littéral et de plus précis, à son enseignement quelque chose de plus concret et de plus frappant.

Marcel Proust, Du côté de chez Swann.

Je n'avais pas encore sorti le vidéoprojecteur des cartons. Laurent a publié sur son site le petit film Shinjuku de l'artiste Adam Magyar. Subjugué en face de l'écran de mon ordinateur, j'ai pensé immédiatement pour comprendre, ressentir, explorer le temps de ce film, il me fallait le projeter en grand sur un mur.

Nous sommes dans la cuisine et nous avons ouvert les portes coulissantes, le mur est dans la pièce tatami. Il y a une barre verticale sur le mur, il nous faudra trouver une meilleure organisation. Le projecteur dans l'interestice dans l'entre deux. Le frisson de l'espace-temps parcourt les pièces.

January 20, 2014 07:25 AM

January 18, 2014

del.icio.us

January 17, 2014

Karl Dubost

Un carnet de notes pour les réunions

Gabarit de réunions Tsujido, Japon, 10 janvier 2014

Je ne savais pas ce que c’était qu’un « bleu ». Je ne comprenais pas la moitié des mots que disait la dame, mais la crainte que n’y fut cachée quelque question à laquelle il eût été impoli de ne pas répondre, m’empêchait de cesser de les écouter avec attention, et j’en éprouvais une grande fatigue.

Marcel Proust, Du côté de chez Swann.

Carnet de notes dans une main Ayant passé nombre de mes années dans l'organisation de réunions dans un objectif d'articulation du travail, je suis toujours intéressé de voir, d'observer les techniques que chacun emploie à la réalisation de cet art souvent en désamour. J'avais le sourire ce soir, lorsque dans les rayons d'une librairie, je trouvais un carnet de notes dédié aux réunions. Les éléments distincts de chaque page :

Titre de la réunion
Important pour les archives et pour retrouver plus tard surtout lors de la construction d'un index
Date et heure (début et fin prévus)
Il est important de toujours commencer la réunion à l'heure précise, même si tous les participants ne sont pas là. Petites astuces : la durée d'une réunion de 10h à 11h est une mauvaise idée. Faire plutôt 10h à 10h50. Le temps que les gens puissent changer de salle, prendre une pause pipi, etc. Il est probable que certains auront une autre réunion dans la foulée. Il n'est pas obligatoire de finir à l'heure prévue. Une réunion plus courte sera appréciée de tous. Lors de réunions internationales, indiquer les heures locales (et jours) dans les différentes zones horaires.
Lieu
Le lieu exact (physique ou électronique) où se déroule la réunion permet d'éviter aux personnes la perte de temps sur « La réunion machin tu sais dans quelle salle ? »
Participants
Dans le futur, il sera important de se souvenir qui était à la réunion. Avant la réunion, il est parfois important de savoir qu'elles seront les parties représentées. Mais je complèterai cela sur l'agenda.
Agenda/Ordre du jour
C'est un élément essentiel d'une réunion trop souvent négligé. Créer un ordre du jour avec une liste de sujets à discuter. N'y placer que les sujets qui ont besoin d'être discutés et nécessitent une conversation. Par exemple, un statut sur un projet est inutile, autant envoyer un message électronique archivé, publié un billet quelque part, etc. La réunion, c'est à dire l'union de personnes pour une discussion est un travail ensemble. Pour chaque sujet, faire une description courte et nommer qui est le porteur de la discussion. Cela permet aux gens de savoir s'ils sont essentiels à cette discussion et aux autres de savoir s'ils doivent participer à la réunion.
Décision
L'enregistrement formel des décisions prises sur un sujet est important. Cela permet de valider dans le futur que nous avons collectivement décidé d'avancer sur un sujet précis. Cela peut toujours être remis en cause par l'apport de nouveau matériel. Mais on sait au moins quand la décision précédente a été prise. Si cette décision est une action, il faut définir une date de livraison de cette action afin de permettre aux participants de s'organiser.

Certaines choses ne sont pas présentes dans ce carnet qui est un outil personnel plus que partagé. Je ne parle pas des « stand ups » Agile.

  • Envoyer à l'avance l'agenda au moins 24h jour ouvert
  • Déterminer à l'avance un gestionnaire de la réunion
  • Déterminer à l'avance une personne pour prendre les notes. Un outil qui permet à tous de voir la prise de notes en direct est utile. Écran partagé ou retour sur son propre écran (etherpad, irc, etc.)
  • Envoyer les notes de la réunion moins de 24h après cette réunion.
  • Réunions régulières (hebdomadaires, etc) Ne pas maintenir une réunion, s'il n'y a rien à discuter. Le temps gagné pour chaque personne permettra de se concentrer sur le travail.

January 17, 2014 12:20 AM

January 16, 2014

Karl Dubost

La flexibilité de l'environnement

Pots à épices groupés Tsujido, Japon, 9 janvier 2014

Et, d’après ce que l’on m’avait dit d’eux, je les classais par ordre de talent, dans des listes que je me récitais toute la journée, et qui avaient fini par durcir dans mon cerveau et par le gêner de leur inamovibilité.

Marcel Proust, Du côté de chez Swann.

Dans un restaurant de ramen, les pots traditionnels pour les épices s'étalent. Sur chacun d'eux, une étiquette a été collée pour désigner le contenu. Au dessus de la décoration du pot, écrit à la main ou mécaniquement, l'humanité s'exprime au-dessus de la perfection.

Nous retrouvons cette appropriation de l'espace un peu partout dans le monde physique. À votre prochaine sortie dans une rue commerçante, remarquez comment les vitrines ont été transformées par l'ajout d'affiches, d'autocollants, de signes. L'un pour le système de sécurité, l'autre pour les heures d'ouvertures, plusieurs autres pour les promotions du moment, un autre pour signifier une fermeture temporaire ou la liste des cartes bancaires acceptées. Les avertissements sont multiples, rarement élégants et modifient la nature policée de la vitrine originale.

L'esthète a toujours un petit pincement de cœur face à la destruction de la régulière propreté envisagée. Il se dit qu'en termes d'organisation des espaces, tout ceci aurait dû être prévu, envisagé et contrôlé. Le sociologue observe l'espace et les agencements, les parties communes entre les différentes vitrines, redéfinit l'évolution de ces traces à travers l'histoire du magasin. Il va aussi observer, demander, questionner par quel processus, quelle motivation, tout ceci a été ajouté. L'humain, le rêveur, le poète s'extasient de l'humanité qui prend en main son environnement, l'investit, le transforme. Il y a dans ces agencements la trace d'un possible sur un environnement, une histoire qui tient de l'intrication entre matériaux et usages. Je suis les trois à la fois.

Dépendant du moment ou de la circonstance, mon cerveau commandera l'un des rôles. Dans le milieu informatique, les outils et services que nous utilisons sur l'ordinateur et en réseau engagent certaines réactions. Ce qui me paralyse de plus en plus avec les services proposés en ligne, avec les univers policés crées par des armées de designers et de personnes en charge du UX est la contrainte grandissante de l'outil dans un type d'actions très contrôlées. L'optimisation du contrôle afin de rendre « l'expérience plus efficace. » Mais bien souvent, en faisant cela, nous perdons également toutes ces souplesses qui rendent les gens créatifs, qui incitent chacun à s'investir, à s'approprier et à créer les espaces de leur choix.

De nombreux services en ligne ne sont pas là pour maximiser l'appropriation de l'utilisateur, mais bien pour optimiser la rentabilité et la profitabilité du service.

January 16, 2014 11:39 PM

January 15, 2014

David Larlet

Dogmatiques défauts

Préambule : je n’ai pas trouvé de meilleure traduction à opinionated qui est tout de même assez différent.

To understand the Zen principles, a good starting point is shibumi. It is an overarching concept, an ideal. It has no precise definition in Japanese, but its meaning is reserved for objects and experiences that exhibit in paradox and all at once the very best of everything and nothing: Elegant simplicity. Effortless effectiveness. Understated excellence. Beautiful imperfection.

7 Design Principles, Inspired By Zen Wisdom

J’annonçais récemment sur Twitter qu’il existait un marché pour les sites comme Medium ou Exposure en version facilement installable chez soi. Ce à quoi Nicolas me rétorquait que n’importe quel CMS pourrait convenir. Maurice et Michel surenchérissaient en rappelant l’importance prépondérante du marketing sur ce type de projets. Je pense pour ma part qu’il s’agit d’une histoire de défauts : proposer un design suffisamment engagé pour qu’il puisse créer une tendance.

C’est bien sûr reproductible, il n’y a qu’à voir le nombre de sites qui arborent une énorme photo floue en tête de page avec un titre en 50px. Et je suis d’accord qu’il est possible de faire ça assez facilement avec un Wordpress ou un Dotclear. Tout est dans le « assez ». À la limite, distribuer officiellement l’un de ces outils avec un thème par défaut s’en approchant pourrait avoir un impact sur la communauté mais sinon il faut bien réaliser que la modification d’un outil web par des utilisateurs non techniciens tient de l’épiphénomène.

En fait la communauté des Logiciels Libres est tellement peu consciente des problématiques d’expérience utilisateur qu’il y aurait un marché pour n’importe quel outil Open-source dont l’ergonomie et le design seraient retravaillés. Peut-être qu’il s’agit de fainéantise de ma part de vouloir quelque chose qui fonctionne du premier coup, pire j’encourage ainsi la stupidité et chaque citoyen/enfant devrait apprendre à coder pour bidouiller son propre outil. Dans ce monde de Bisounours, plus personne n’aurait le temps de bloguer par contre :-).

January 15, 2014 11:00 AM