Planète Web Sémantique

May 22, 2013

del.icio.us

May 18, 2013

David Larlet

Une quête de sens

Je suis (non-)intervenu à SudWeb 2013 pour animer un débat sur le sens de notre implication dans notre métier suite à une informelle donnée à ParisWeb 2012. J'avais choisi des thématiques très larges telles que l'argent, l'utilité, la reconnaissance, l'adrénaline, le partage, la santé, l'écologie ou le fun. L'objectif était d'avoir un débat non technique et de faire se poser quelques questions à l'auditoire sur les choix qu'ils font professionnellement (et finalement personnellement aussi) au cours de leur vie. Petite rétrospective sur cette heure d'échanges à plus de 100.

Ce qui a bien marché

  • le fait d'énoncer des règles claires en début de session a permis de ne pas avoir de monopolisation de la parole par un seul petit groupe de personnes (après discussion avec le staff de SudWeb, ils faisaient attention dans la distribution des micros à répartir équitablement la parole donc cela ne se faisait pas tout seul non plus ;-)) ;
  • la disposition de la salle a beaucoup fait pour que le débat soit possible et qu'une dynamique de communication en face-à-face se mette en place ;
  • la participation a été assez exceptionnelle avec un démarrage immédiat du débat (je stressais un peu de me retrouver avec une salle muette) et un engagement qui n'a pas faibli au cours de la session ;
  • la variabilité dans les points de vues et les niveaux de recul des participants, c'était à titre personnel assez rafraichissant d'avoir des remarques qui partaient un peu dans tous les sens sans forcément suivre les thématiques proposées ;
  • mon silence, j'ai réussi à me retenir plusieurs fois d'intervenir pour laisser la parole à la salle, c'est extrêmement frustrant mais je pense que cela a été bénéfique au débat ;
  • les discussions que cela a produit au cours des jours suivants, je n'avais jamais eu autant de retours suite à une intervention et au-delà des retours personnels j'ai pu observer de nombreux échanges — en périphérie des sessions — relatifs au débat ce qui ne peut que me ravir.

Ce qui pourrait être amélioré

  • beaucoup de consensualité dans les échanges et j'ai du mal à trouver comment est-ce que cela pourrait évoluer, ni même si ça doit l'être. Ma crainte est plus dans le mode « bisounours » activé par la prise de parole en public ;
  • l'introduction des thèmes à partir de questions focalisait la salle sur les questions et peu sur la thématique au sens large, c'est dommage mais je n'ai pas trouvé mieux pour lancer les sujets ;
  • le sujet sur l'adrénaline n'a pas été compris par tout le monde et j'ai eu des retours très contrastés par la suite (certains ne s'y retrouvant pas du tout et d'autres à fond), l'objectif était surtout de faire une pause dans les sujets plutôt lourds qui étaient discutés avant et après ;
  • le sentiment de frustration vu le nombre de personnes qui souhaitent s'exprimer mais c'est le jeu, on avait 60 minutes pour une centaine de personnes ça fait quelques secondes seulement par participant…

Et la suite ?

Une question ouverte en guise de conclusion sans avoir vraiment de proposition technique concrète pour continuer le débat. Après réflexion (et de nombreuses discussions), je ne pense pas qu'il soit pertinent de continuer en ligne par contre je serais ravi que les discussions continuent ici ou ailleurs en espérant avoir semé quelques graines qui pourront germer de proche en proche.

May 18, 2013 11:00 PM

May 14, 2013

Karl Dubost

Données ouvertes, données glanées

plantes aquatiques 3 juin 2006, Tokyo, Japon

Avec la vogue du pèlerinage qui justifiait tout, beaucoup voyagèrent au mépris des règles. Ils agitaient des talismans glanés dans les temples en disant qu’ils allaient à un service religieux. La circulation s’intensifia dans le pays.

Ihara Saikaku, L’homme qui ne vécut que pour aimer.

Il y a quelques années, les débuts des services Web font rage. Nous devons inclure les cartes dynamiques, les informations du site Gloubi avec celui du site Boulga. C'est l'ère du mashup. Tout cela n'a pas disparu bien sûr. Cela s'est juste régularisé. Les gros ont mangé les petits. Les services plus ou moins rentables ont survécu et les autres ont laissé des trous dans des pages Web non maintenues. Une API pour accéder aux données, une API pour inclure ceci ou cela sans jamais vraiment se poser la question de la pérennité ni de la pertinence. Mais on expérimente. C'est déjà cela.

Depuis les 4 dernières années, l'expression brûlante sur toutes les lèvres est opendata (données ouvertes). Bien sûr, comme le sujet n'avance pas assez vite. On glane (to scrap) ici et là les données dont nous avons besoin. Parfois avec de nombreux efforts, de regex, de requêtes HTTP, on arrive à extraire les données des pages Web, même en tordant le bras aux licences du site Web en question.

Alors bien sûr dès qu'il y a un besoin et un problème technique difficile à régler, un service émerge afin de créer des connexions. Le but de import.io est de démocratiser l'accès des données en ligne. Cela ressemble à un recyclage du vénérable Yahoo! Pipes. Ce qui semble intéressant, je ne peux pas encore le tester directement, c'est que l'outil semble apprendre de la structure de données du site et de proposer des interfaces pour mieux extraire les données.

Dans ma réflexion sur les APIs hypermédias qui accompagne une autre sur les commentaires distribués, je me dis que des vocabulaires génériques (rel/meta/etc) pourraient décoller s'il y avait plus d'outils d'aggrégations utilisant le glanage des données. Pourquoi par exemple donner un accès à un feed au format atom, si nous avons des outils comme webmention et hAtom pour déjà y répondre.

En passant, il y a un événement EcoHack à Montréal bientôt.

May 14, 2013 07:24 PM

May 12, 2013

Karl Dubost

HTTP API, hypermedia et le besoin du marché

Marché de légumes 12 juillet 2008, Katsura, Japon

Par nuit de tourmente, les roseaux communs bruissaient près des avant-toits, le matin les vendeurs de tôfu eux-mêmes se faisaient rares, son ventre pâtissait tristement du végétalisme obligé.

Ihara Saikaku, L’homme qui ne vécut que pour aimer.

Hier, j'ai mentionné qu'il fallait se poser les bonnes questions avant de choisir le style et la technologie de son API (XML-RPC, HTTP, HATEOAS, etc). L'une de ses questions est essentielle, à mon avis, dans le choix d'une API hypermedia (HATEOAS). Cependant cette question est rarement abordée. Aujourd'hui l'argument principal pour promouvoir HATEOAS est celle de rendre l'API explorable par le client (logiciel) lui-même et donc que la construction des URIs de l'interface est beaucoup moins dépendante d'un fort couplage entre le client et le serveur.

Les APIs HTTP d'aujourd'hui

Aujourd'hui, de nombreuses APIs HTTP, qui se disent REST et ne le sont pas, s'appuient sur la construction prédéterminée des URIs. Typiquement, le développeur d'un client lira la documentation sur le serveur et sait que certaines formes d'URI permettent d'obtenir certaines données. Cela permet au développeur de créer très rapidement un client qui à l'avance peut traiter les données. En revanche, cela entraîne un couplage très fort entre le client et le serveur. Le serveur devient victime de ce couplage par rapport aux évolutions futures sur le schéma d'URI choisi—Je ne parle pas de vocabulaire de l'API. Si le serveur change, les clients doivent changer.

Mais est-ce bien grave ? Je vais y revenir.

HATEOAS

Donc souvent, face aux interfaces HTTP à fort couplage, il est souvent recommandé un style légèrement différent : Hypermedia ou HATEOAS. Le client ayant une interface hypermedia générique (comme la connaissance du format HTML et de ses a/href/rel), il peut explorer l'API (soit suivre les liens et les valeurs de rel) afin de construire les URIs dynamiquement plutôt que codés apriori. L'avantage pour le serveur et le client est que cela permet de mettre de l'huile dans les rouages en rendant indépendant du choix de schéma d'URI.

Vocabulaire d'API

Chaque API est composée d'un certain vocabulaire, des requêtes spécifiques auront des réponses spécifiques. Dans le cas d'une API HTTP, le vocabulaire est très fortement couplé avec le schéma d'URI. Dans le cas de HATEOAS, le vocabulaire est très fortement couplé avec la sémantique du document. Dans les deux cas, il s'agira de connaître le vocabulaire pour pouvoir créer un client efficace.

La bonne question

La bonne question dans le choix de HATEOAS vs une API plus couplée n'est pas tant l'évolutivité de l'API au niveau de son vocabulaire mais bien celle de l'évolutivité du schéma d'URI. Donc oui HATEOAS ajoute de la robustesse mais pas celle qui est souvent vendue, promue. Il est ceci dit possible de définir son API de façon à ce que l'évolution du vocabulaire soit aussi explorable dynamiquement, mais cela se réfléchit en amont. Viens alors la réelle question…

Le service : est-il générique (plusieurs entreprises se partageant le marché) ?

L'enjeu pour avoir des outils génériques capables de fonctionner de façon autonome face à une API dépend du besoin du marché avant tout. C'est à dire que si je conçois un service qui est utilisé par deux/trois personnes. Mon API peut avoir un fort couplage sans aucun problème. Si en revanche, j'ai besoin de parler à un grand nombre de clients différents déployés en grands nombres, l'évolutivité et la flexibilité devient un avantage pour le futur si mon API s'inscrit dans le long terme. Mais finalement, encore plus important est lorsque je conçois mon service Web comme un service générique faisant partie d'un large marché de services similaires (exemple tous les serveurs de mails implémentant IMAP). Cette fois-ci, l'intérêt est de permettre aux personnes qui ont des clients logiciels d'utiliser mon service ainsi que celui des autres par une interface uniforme et non couplée.

Et c'est bien pour cela que les APIs hypermedia ont dû mal à décoller. Les acteurs actuels ont beaucoup d'intérêts d'affaires (API pour silos) et très peu d'intérêts de marché (API génériques).

May 12, 2013 03:07 PM

Les systèmes et leurs échecs

Panneau de chute de rochers 12 juillet 2008, Chiba, Japon

A fortiori, les hommes n’atteignaient pas à cette sagesse.

Ihara Saikaku, L’homme qui ne vécut que pour aimer.

Il a fallu un rat pour détruire un cable d'alimentation électrique du système de refroidissement de la centrale nucléaire de Fukushima. L'innocence d'un rat pour mettre en péril l'équilibre fragile d'un système complexe et instable. Les estimations actuelles donnent 40 ans avant d'avoir démonté la centrale, environ une génération et demie de temps humain.

L'enjeu de l'énergie nucléaire n'est pas tant dans le danger léthal de la radioactivité—le nucléaire lui-même—mais bien la centrale nucléaire. À la création de nouveaux systèmes, nous créons de nouveaux enjeux, de nouveaux problèmes. Les systèmes crées pour le fonctionnement d'une centrale nucléaire sont très complexes. John Gall dans son essai sur les systèmes, Systemantics, mentionne que Tout grand système va fonctionner la plupart du temps en mode d'échec. En effet ce qui est intéressant dans la création du système n'est pas tant les modes de succès, ce qui généralement fait l'objet de la concentration de nos efforts, mais bien comment ce système va échouer. Cependant il ne faut pas avoir l'illusion que nous pourrions tout prévoir car comme le pose John Gall Un système peut échouer de façon infinie.

Nous savons donc que le système va échouer et nous savons que nous ne pouvons pas prédire l'ensemble des possibles de l'échec. La conception d'un système robuste devient alors une recherche de la flexibilité face à l'échec, face à l'imprévisible. L'enjeu d'une centrale nucléaire est que certains de ces modes d'échecs ont des conséquences difficilement contrôlables à de très larges échelles de temps et d'espace.

May 12, 2013 12:24 PM

CCA, Archéologie du numérique

Série de 4 images de visualisations Archéologie du numérique, CCA

Des maisons miteuses, en ce temps de moisson, s’échappait le seul bruit du fléau. Avec de la paille de blé, les enfants du village faisaient des cages en forme de cône torsadé pour enfermer des rainettes.

Ihara Saikaku, L’homme qui ne vécut que pour aimer.

L'exposition archéologie du numérique au CCA du 7 mai au 13 octobre 2013 présente quatre projets d'architecture des années 80-90. Sous l'angle de l'utilisation des logiciels de conception, on nous invite comment l'utilisation de ces nouveaux outils a modifié la forme de la conception. La salle du centre présente une maquette pour chacun des quatre projets que l'on peut retrouver dans les salles adjacentes un peu à la façon d'un arbre dont les portes sont les liens entre la salle sommaire à l'entrée.

Voilà cependant l'exposition ne va pas plus loin et plutôt qu'une archéologie du numérique, on se retrouve coincé dans une réflexion plutôt succinte sur comment les automates de programmation, les capacités de calcul ont permis d'explorer les formes sur l'écran et donc de dévelloper de nouvelles formes physiques. Quelques vestiges du passé de l'informatique, des outils sur lesquels j'ai moi-même travaillés, quelques copies imprimées de brevets, quelques maquettes automatisées, … et c'est tout. La réflexion ne va pas plus loin et le terme « archéologie du numérique » devient soudainement une tromperie ou au moins une ébauche du sujet à traiter.

Les conséquences du numérique ne se définissent pas seulement dans la forme, mais également dans la modification de nombreux autres éléments de l'environnement. Dans les idées de pistes à explorer pour une archéologie du numérique dans le domaine de l'architecture :

  • La modification des studios d'architecture avec l'arrivée de l'ordinateur
  • Les changements sociaux induits entre les employés
  • Les coûts d'investissement relatifs pour les concours
  • L'accélération du temps
  • La simulation des espaces par les flux
  • La détérioration de la mémoire des objets numériques dans le quotidien
  • La modification de la théorisation architecturale par la destruction du physique pour élaborer le physique.

Et de nombreux autres sûrement à explorer. Je vous recommande tout de même d'y aller mais sans espoir de révélations intenses.

May 12, 2013 01:55 AM

May 10, 2013

Christian Fauré

« Théorie du drone », de Grégoire Chamayou : la guerre est finie

4082804241C’est un travail remarquable – et remarqué – que vient de publier Grégoire Chamayou avec sa « Théorie du drone ».

La théorie est en retard sur la pratique, rappelle l’auteur en début d’ouvrage. À cela rien de nouveau : la théorie est toujours et systématiquement en retard sur la pratique. Mais quand la distance devient trop grande, on s’en laisse trop facilement compter par ceux qui sont aux commandes de la pratique. En ce sens, l’objectif de « Théorie du drone » est pleinement atteint : il y a une re-problématisation des enjeux ainsi qu’un travail critique qui s’avère, le livre lu, non seulement utile et intéressant, mais nécessaire.

Nécessaire car l’auteur procède à une re-qualification et une re-catégorisation des activités belliqueuses à la lumière des évolutions technologiques, et notamment de ces fameux drones qui font l’actualité : depuis les fuites de Wikileaks, jusqu’aux documentaires vidéos en passant par les journaux télévisés et autres jeux vidéos.

J’insiste sur les termes de re-qualification et re-catégorisation : c’est un travail sur les catégories qui est ici proposé avec le postulat suivant : les catégories procèdent fondamentalement des techniques ; elles sont fondamentalement techniques. Ce qui signifie que l’évolution des techniques et des technologies nécessite une réactualisation permanente des catégories. Le travail que fait ici Chamayou, d’autres le font dans d’autres domaines : dans la fiscalité, dans le commerce, dans le travail, dans l’économie, etc. et tous ont une visée politique, en ce sens que la politique – le lieu ou les décisions se prennent – doit être éclairée par les bonnes catégories pour pouvoir prendre les meilleures décisions. Les catégories sont les lunettes à travers lesquels ont perçoit le réel (les catégories sont des instruments) : un mauvais réglage, de mauvais verres, et les choix seront biaisés.

Le livre de Chamayou est en ce sens un livre de philosophique car il éclaire le politique (et nul doute qu’il aura de nombreux lecteurs attentifs dans les états majors de l’armée française, puis ailleurs une fois traduit, ce qui ne devrait pas tarder).

La principale re-catégorisation – et qui est la thèse du livre – est la suivante : ce que l’on appelle la guerre n’est plus la guerre, c’est une « chasse l’homme », pour reprendre le titre du précédent ouvrage de l’auteur. Thèse en vertu de laquelle je peux me permette de donner le sous-titre suivant « la guerre est finie ».

Mais est-ce pour autant une bonne nouvelle que de dire que « la guerre est finie » ? Certainement pas après avoir lu le livre, et voici ci-après quelques éléments du travail sur les catégories qui ne permettent pas de se réjouir.

Tout d’abord, la guerre suppose une confrontation entre des combattants. Or, avec le drone qui opère depuis le ciel tel l’œil de Dieu qui voit tout et frappe sans réciprocité possible, on se retrouve dans une asymétrie telle entre les forces en présence qu’il n’y a plus d’affrontement possible.

On pourrait se réjouir d’une telle impunité comme le font les services de communication des militaires américains en avançant que cela soustrait toute possibilité de pertes de vies humaines parmi les soldats américains, élément si sensible dans l’opinion. Mais ce serait aller trop vite, et cela pour plusieurs raisons :

  • D’abord parce que les frappes des drones ont tendance à être des frappes probabilistes : en fonction des comportement observés, le tir se fait quand il y a une forte probabilité que les personnes visées soit des « ennemis ». On ne tire pas sur des hommes en uniforme, voire même sur des cibles identifiées en tant que telle : tout est potentiellement cible, en acceptant une « marge d’erreur ».
  • L’effet psychologique sur les populations civiles qui vivent sous la menace permanente du bourdonnement des drones au dessus de leur tête est dévastateur pour gagner les cœurs de la population. Combiné aux erreurs de frappes qui ne sont plus « collatérales » mais « statistiques », on constate alors que les drones sont les meilleurs agents recruteurs des talibans, comme le souligne un dirigeant taliban pakistanais : « en une seule attaque américaine j’ai eu 150 volontaires ».
  • L’opérateur de drone qui se trouve au Nevada peut frapper à distance, mais il le fait depuis un territoire pacifique, hors du théâtre des opérations, ce qui ne correspond plus aux critères de définition de la guerre et des soldats ; preuve en est qu’une partie des « pilotes de drones » sont des civils et plus des militaires. De plus, mes valeurs militaires : courage, virilité, sens du sacrifice, etc. deviennent totalement caduques. Ce qui n’est pas sans provoquer des troubles au sein même des troupes « conventionnelles » américaines.
  • Etc.

On l’aura compris, à la lecture des arguments de Grégoire Chamayou, ce que l’on entend par « guerre », aussi bien dans l’acceptation courante que dans les textes juridiques relatifs à la guerre et aux conventions internationales, ne correspond absolument plus à ce qui se pratique avec les drones. Débarrassées des sophismes du pentagone et de l’industrie militaires, il ne reste plus qu’un terme pour qualifier ces pratiques : une gigantesque chasse à l’homme à l’échelle du globe dont la meilleure description a peut-être été faite par Poutine lorsqu’il déclarait à propos des terroristes tchétchènes qu’ils les traquerai et les poursuivrai « jusque dans les chiottes » s’il le fallait. « License to kill » précise Chamayou.

Et quand on songe que ces technologies sont en réalité  « low-cost », on devine déjà que ce qui s’expérimente en Afghanistan, au Pakistan ou au Yémen va nécessairement se multiplier, et pas seulement en  « territoire ennemi lointain » mais dans nos propres pays occidentaux, soit sous l’étiquette policière soit sous l’étiquette terroriste.

Mais si cette guerre n’en est plus une, s’il s’agit effectivement, de missions policières extra-territoriale et si l’on est en droit de penser qu’elle ne permettent pas de gagner sur le seul terrain qui compte, celui de la contre-insurrection visant à gagner l’adhésion des populations civiles, alors pourquoi est-ce que cela continu ?

 

Certainement parce que ce qui se met en place, au travers ces technologies qui permettent d’opérer à distance et de manière de plus en plus automatisée, est une logique de déresponsabilisation de toute la chaîne de prise de décision et de commandement. Le paradoxe étant qu’avec l’autonomisation et l’automatisation des engins de guerre et de la décision létale :

«  … le seul agent humain directement identifiable comme étant la cause efficiente de la mort serait la victime elle-même qui aura eu le malheur, par les mouvements inappropriés de son corps, comme c’est déjà le cas avec les mines antipersonnel, d’enclencher à elle seule le mécanisme automatique de sa propre élimination »

 

Nous sommes donc face à ce que Grégoire Chamayou appelle « un dispositif typique de fabrique de l’irresponsabilité » et qui rappelle bien évidemment ce qui se passe dans l’automatisation des systèmes financiers : ce livre a donc une réelle portée paradigmatique de notre époque technologique, bien au-delà des questions militaires.

 

*

 

 

Cependant, il m’est difficile de passer sous silence le travail d’édition de ce texte qui, à l’image d’une pratique toujours trop répandue, s’entête à proposer les notes de bas de page … en fin de volume !

On a l’impression de lire un livre « dont vous êtes le héros » à force de renvois à un système de classification des notes classées d’abord par pages puis par numéros en fin de volume. Ces éditeurs sont tellement crétins qu’ils ont intériorisés le fait que ce n’est pas possible, que c’est mieux pour le lecteur,  que çà coûte trop cher ou que sais-je encore : exactement le genre d’argument qui justifie le passage au numérique et qui nous rappelle que ce sont d’abord les pratiques de l’édition papier qui sont les meilleurs arguments pour préférer les éditions numériques (qui ont par ailleurs elles-mêmes leurs propres tares, je ne les idéalise pas). Toujours est-il qu’on en vient à souhaiter que la totalité des drones soient déployés au dessus des maisons d’éditions qui continuent ainsi à mépriser aussi bien les auteurs que les lecteurs.

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by Christian at May 10, 2013 09:49 AM

May 08, 2013

del.icio.us

May 07, 2013

Karl Dubost

API, se poser de bonnes questions

Assemblage en bois 14 octobre 2006, Takao-san, Japon

Dans le travail, il leur accorde d’aller avec les meilleurs clients mais contrôle strictement toutes les autres relations.

Ihara Saikaku, L’homme qui ne vécut que pour aimer.

API, API, API. Il est impossible d'avoir une conversation à propos du Web sans en parler généreusement que ce soit entre développeurs, architectes de solutions, mais également marketing, business, etc. Le terme a pénétré un peu partout.

Comme tout sujet largement evoqué, il existe de nombreux écoles de pensée sur la manière de créer de une bonne API. Au sein même du Web, il existe plusieurs niveaux d'API. Le code lui-même et ses interactions entre ses différentes composantes (opaque pour ce qui est du Web mais permettant le Web) est constitué d'API. L'exposition de la communication entre le client et le serveur constitue une ou des APIs. Ainsi qu'au niveau du client lui-même, les APIs permettant de manipuler les données du document (partiellement opaques pour le Web).

Le marteau de Maslow

Christian a dit il y a quelques jours

Je ne comprends pas le choix systématique de JSON comme MediaType pour les APIs ; HTML5 me semble tellement plus simple.

Christian exprime là une différence d'écoles de pensée. Elle illustre peut-être aussi l'intérêt ou l'influence de sa conception des interactions sur le Web. Cela tient en partie à la loi de l'instrument ou le marteau de Maslow :

Je suppose qu'il est tentant, si le seul outil en votre possession est un marteau, de tout traiter comme s'il s'agissait d'un clou.

Nous avons tendance à utiliser notre bagage culturel (nos outils) pour résoudre les problèmes, enjeux, questions que nous croisons. Il est directement accessible, nous aide à démarrer très rapidement à résoudre le début du problème.

Bataille d'acronymes

JSON, HTML5, REST, SOAP, XML-RPC, HATEOAS, … Nous nous engageons dans des batailles d'acronymes sur la pertinence d'une école, d'un style, d'un format et en mélangeant souvent au passage les domaines d'applications. À se demander parfois, si cela nous permet d'éviter de résoudre le véritable enjeu. Voir les échanges d'ébats, les débats que nous avons avec David et Eric et quelques autres.

Et en effet, il est difficile de ne pas s'engager dans une bataille conceptuelle sur la bonne méthode à utiliser, mais finalement admettons que nos batailles sont bien futiles tant que nous nous ne concentrons pas sur la résolution d'un enjeu particulier.

Un enjeu à résoudre

Avant toutes discussions sur la pertinence d'un choix stylistique ou technologique, il est nécessaire de poser clairement quel est l'enjeu à résoudre. Il est tout à fait possible d'avoir plus d'un enjeu avec des priorités et des domaines d'applications très différents. Ce matin, en marchant pour aller boire un café au lait, je me disais que finalement ce qui manquait dans nos discussions est une liste de questions préliminaires. Si nous prenons le cas d'un service exposé sur le Web, il existe de nombreux questions intéressantes que l'on se pose rarement comme :

  • Le service : peut-il exister dans ses interactions sans utiliser le Web (HTTP) ?
  • Le service : doit/peut-il être unique (une seule entreprise offrant ce service) ?
  • Le service : est-il générique (plusieurs entreprises se partageant le marché) ?
  • Le service : doit-il interagir avec un unique logiciel client ?
  • Le service : doit-il interagir avec de nombreux logiciels clients créés indépendamment les uns des autres ?

Il y a sûrement de nombreuses autres questions. Mais répondre à ces questions déjà va vous permettre non seulement de comprendre un peu mieux l'écosystème de votre service, les technologies à explorer pour résoudre le problème, ainsi que les efforts nécessaires en termes de coopération et d'innovation.

Il pourrait être intéressant de développer les questions ci-dessus. Dites-le moi si vous êtes intéressés.

May 07, 2013 08:53 PM

May 06, 2013

Karl Dubost

Le jour de la mort des montagnes russes

Entrée d'un parc avec grand visage 23 avril 2002, Melbourne, Australie

Le temps va tout s’en va, mais qu’y a-t-il de plus radical que ce changement ? Rien n’avait pu le faire bien augurer de l’au-delà.

Ihara Saikaku, L’homme qui ne vécut que pour aimer.

homme avec casqueLe professeur Joon-Young a créé un appareil révolutionnaire d'immersion totale des expériences sensorielles. Sa première expérience fût de recréer les impressions sensorielles que nous avons lors d'un tour de montagnes russes. À l'aide des transmetteurs localisés près de la boite crânienne, l'appareil reproduit les sensations de la chute, du vent dans les cheveux, ainsi que les stimulations rétiniennes à la perfection. L'accélération du rythme cardiaque, les sentiments de peur et d'excitation se recomposent alors naturellement. Le prototype, pour l'instant encore un objet imposant, n'aura pas de difficulté à être miniaturisé et pour un prix modique. « Nous travaillons déjà avec une usine de Shenzhen pour produire l'exemplaire à quelques milliers d'exemplaires par jour. » nous a dit le professeur « C'est excitant ! L'entrée d'un parc est de quelques dizaines de dollars et il faut attendre bien souvent une heure ou deux entre chaque tour. Avec mon appareil, il sera possible pour quelques dollars de le faire de son salon mais aussi n'importe où et surtout nous avons prévu un module pour concevoir vous-même vos parcours. »

Le syndicat international des parcs d'attractions mondiaux a lancé depuis quelques semaines un groupe de pression afin de modifier auprès de l'ONU la législation internationale pour interdire le nouvel appareil du professeur Joon-Young. Ils avancent notamment qu'il est important que les visiteurs des parcs continuent de pouvoir sentir le vent dans les cheveux et la gravité de manière naturelle. Ils ont également lancé un mois de promotion à tarifs réduits pour toutes les montagnes russes. Ils essaient également en second recours de prévoir une taxe spécifique sur chaque appareil vendu versée à l'association de gestion des droits des parcs d'attractions mondiaux. C'est donc une affaire à suivre de très près, l'industrie des parcs d'attractions n'est pas en reste et comptent lancer une grande campagne d'information sur la réalité physique de la montagne russe afin de combattre « la perversion de la dématérialisation » selon les mots du président Mr Layssekur.

May 06, 2013 06:03 PM

May 05, 2013

Karl Dubost

Les carpes flottent

Mobile de carpes en papier 5 mai 2013, Montréal, Canada

Pour finir, la fête se déchaîna dans l’inextricable mêlée des pleurs, des rires et des cris de joie.

Ihara Saikaku, L’homme qui ne vécut que pour aimer.

Ce moment de l'année, où nous ouvrons la boîte de carpes achetée dans un magasin de Sendagi. Faute de banderoles, nous avons un mobile pour koinobori. Les carpes flottent au dessus de mon plaisir.

May 05, 2013 10:48 PM

Petits bonheurs

Sandwich de smoked meat 4 mai 2013, Montréal, Canada

Aux cris des vendeurs : « Eventails ! Eventails ! » et « Dieux du bonheur ! Dieux du bonheur ! », il sentit un peu le printemps dans son cœur. Le premier jour de l’année exhalait paix et plénitude.

Ihara Saikaku, L’homme qui ne vécut que pour aimer.

Sortir finalement les vélos, regonfler les pneus après les 6 mois. Mettre un grand morceau de tissus dans le sac et remplir une gourde d'eau. Se diriger vers le canal de Lachine et s'arrêter au magasin Les produits du Québec Smoked Meat Inc.. Commander deux sandwich à la viande fumée avec fromage et se rendre au bord du canal. Étaler le tissu et enlever ses chaussures. Voilà c'est le moment du plaisir, de la bouchée, un des meilleurs de Montréal. Une fois fini, faites une sieste. Et puis un peu plus tard, se rendre au marché Atwater et acheter des légumes frais. Faire une salade le soir avec des concombres, tomates, avocats, coriandre et une sauce au vinaigre de cidre et échalotes.

Variations possibles et sans contraintes.

Bol de salade 4 mai 2013, Montréal, Canada

May 05, 2013 10:03 PM

Le souvenir éclos

Fleur de magnolias la nuit 1er mai 2013, Montréal, Canada

Jamais je n’oublierai cette nuit.

Ihara Saikaku, L’homme qui ne vécut que pour aimer.

Le magnolia dans ses cheveux sombres, c'est le souvenir que je souhaite garder.

May 05, 2013 09:41 PM

May 04, 2013

Christian Fauré

Sur le livre « Pharmacologie du Front National » de Bernard Stiegler

Pour qualifier le dernier livre de Bernard Stiegler, “Pharmacologie du Front National”, peut-être peut on commencer par citer les premiers mots de la préface :

“Cet ouvrage est un instrument. Il a été conçu comme tel – et en vue de mener des luttes. Comme tout instrument, il faut le pratiquer. Et comme tout instrument, il devrait instruire ceux qui le pratiquent : à travers leurs pratiques, l’instrument tend à instruire un aspect du monde que ses praticiens ont en commun et surtout font en commun.”

Le texte sera difficile et exigeant pour ceux qui ne connaissent pas déjà les travaux de Stiegler : il ressemble à une pelote de liens qui renvoient vers d’autres textes, livres, articles, conférences, sans compter vers le vocabulaire d’Ars Industrialis, rédigé par Victor Petit, proposé en fin d’ouvrage. Ce qui donne l’impression d’un texte décentré, en perpétuel renvoi : un hyper-texte sans hypertexte. L’ouvrage aurait toute sa place sur le web plutôt que dans l’édition papier traditionnelle.

Cette forme d’inadéquation du texte à son support génère de nombreuses redites – mais à mon sens toujours judicieuses et ne produisant pas de sensation de redondance inutile – qui donnent à l’ouvrage un style psalmodique et une dimension liturgique. Si le livre est un instrument, il l’est au sens d’un manuel de catéchisme des enjeux économiques et politiques au XXI° siècle.

Je suis persuadé que certains seront agacés par le ton « donneur de leçon », surtout s’ils n’aiment pas qu’on leur donne des leçons : mais ils y en a, dont je fais partie, qui apprécient qu’on leur donne des leçons, qui aiment bien apprendre sans qu’on ne les prenne pour des crétins.

*

Dans une perspective narrative, l’histoire est la suivante : les sympathisants du Front National sont malades et il faut les soigner. Si on le peut, c’est d’abord parce que nous sommes tous, à des degrés divers, victimes de ce malaise. Ceux qui condamnent les sympathisants du Front National et qui les stigmatisent, jusqu’à en faire un fond de commerce, sont le vrai problème. On retrouve ici un thème abordé il y a une dizaine d’années dans “Aimer, s’aimer, nous aimer” qui s’ouvrait par ces mots qui en ont stupéfié plus d’un :

“Je dédie cette conférence aux électeurs du Front National dont je me sens proche. Je me sens proche d’eux parce que ce sont des gens qui souffrent et qui me font souffrir.”

Dès lors, comment “prendre soin” des électeurs et des sympathisants du Front National ? En bon pharmacologue, il faut identifier les symptômes, faire des diagnostics et proposer enfin des thérapeutiques. Précisément ce que la gauche – et notamment les intellectuels et les penseurs de gauche – a été incapable de penser et de faire depuis 30 ans.

Ce livre est donc une charge sans concession contre la misère de la pensée dite « de gauche », celle du post-structuralisme depuis Foucault jusqu’à Rancière et Badiou en passant par Althusser. Cette gauche qui a été incapable de repenser l’économie politique, prisonnière d’une certaine conception de l’idéologie, c’est à dire, selon Stiegler, de la bêtise.

*

Des bêtises, nous en faisons tous, c’est d’ailleurs comme çà qu’on apprend, en “faisant des bêtises”. Mais lorsque la bêtise devient systématique et systémique, lorsque l’on devient incapable d’apprendre de ses bêtises, on cultive la bêtise pour elle-même comme sait si bien le faire Badiou (répétition sans différence).

L’histoire de la philosophie est d’ailleurs en elle-même une histoire de la bêtise, comme le rappelle régulièrement Stiegler avec la figure d’Épiméthée, celui qui fait la gaffe dans sa distribution des qualités aux animaux en oubliant d’en garder une pour les hommes. De cette bêtise qui nous fait prendre des vessie pour des lanternes, notamment en inversant les liens de causalité : c’est à dire en prenant les effets pour les causes, notamment en croyant que les idées sont premières alors qu’elles sont toujours conditionnées par les supports matériels (les rétentions tertiaires de Stiegler) qui en permettent leur production et leur diffusion ; supports matériels qui font précisément l’objet premier de l’économie, surtout avec les industries culturelles comme industries de captation de l’attention.

Alors comment, et pourquoi, le post-structuralisme et les penseurs qui ont fait leurs classes dans la mouvance de la philosophie marxienne (qui mettait en avant l’économie, les conditions de production et la technique) ont-ils pu se laisser berner par l’idéologie, c’est à dire par la bêtise ? Pourquoi ont-ils pu se comporter comme la blanche colombe de Kant qui s’imagine qu’elle volerait plus vite si elle n’avait pas la résistance de l’air ? Comment ont-ils pu ainsi négliger et mécomprendre ce qui est dit par Marx dans l’Idéologie allemande ? Stiegler insiste :

“Dans L’idéologie allemande, c’est l’idéalisme comme dénégation des conditions techniques et organologiques de production des idées qui donne son contenu au concept d’idéologie” p. 189

Se méprenant sur le statut de l’idéologie, ces penseurs se sont vautrés dans la marre à idéologie devenant oublieux et inattentionnés, y compris et surtout à l’égard des sympathisants du Front National qu’il est si facile de dénoncer et stigmatiser sans même imaginer qu’ils sont en souffrance.

C’est ce qui a conduit Badiou a écrire  De quoi Sarkozy est-il le nom ?, ouvrage au titre malicieux qui connaîtra un vif succès d’édition mais dont le contenu est consternant tant il montre à quel point Badiou n’a rien compris à Sarkozy en le comparant à Pétain, alors que c’est à Bush Junior et son côté va-t-en-guerre et néolibéral qu’il aurait fallu le rapprocher : Pétain, lui, était un lâche, pas Sarkozy.

Bref, tout est fait de sorte à ce que, systématiquement, ces “penseurs” en reviennent sans cesse à la seconde guerre mondiale, en affirmant que “tout se répète” (surtout eux). Prisonniers de leur propre bêtise, ils n’abordent la question actuelle du Front National (en ce souvenant que JM Le Pen se présentait dans les années 80 comme le Reagan français), et donc des maux dont nous souffrons tous plus moins gravement, que comme résurgence des démons, soit du nazisme soit du stalinisme, sans même se rendre compte que, depuis la révolution conservatrice de Thatcher et Reagan du début des années 1980, la situation économique et politique a radicalement changé la donne.

Toujours hantés par les idéologies des états totalitaires du milieu de la première moitié du XX° siècle, ces penseurs de gauche ont paradoxalement totalement cautionné l’instauration du néolibéralisme et son slogan : “l’état n’est pas la solution c’est le problème”. N’imaginant même pas qu’il puisse y avoir une différence entre État et Puissance publique (la faute à Foucault qui n’entrevoyait le pouvoir que comme l’exercice de l’Etat, mais il est vrai qu’il est parti trop tôt pour ajuster ses thèses).

Ce sont ainsi ceux qui aujourd’hui aiment à se plaindre de la financiarisation de l’économie et de ses dérives spéculatives qui ont totalement approuvé la liquidation de la puissance publique et n’ont rien vu venir de la montée en puissance du Marketing Stratégique à présent seul réel pouvoir (le pouvoir politique n’est aujourd’hui que de facade).

Ce sont ces anachronismes et autres inversions de causalité qui ont leurs racines dans la bêtise – toujours bien incarnée dans l’intelligentsia de gauche –  que Stiegler analyse avec fougue et énergie dans Pharmacologie du Front National.

Les deux derniers chapitres proposent une véritable feuille de route des transformations économiques, industrielles et éducationnelles nécessaires, et à initier de toute urgence, afin que l’inévitable – Marine Le Pen au gouvernement en 2017 – soit évité.

François Hollande porte une très lourde responsabilité ; lui, le tard venu au pouvoir politique, qui doit faire avec 30 années d’incurie politique et intellectuelle.

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by Christian at May 04, 2013 12:59 PM

May 03, 2013

Christian Fauré

Traitement des causes ou exploitation des effets ?

C’est un sentiment que j’ai très fréquemment dans le conseil et les services informatiques : bien qu’on ne fasse que parler de “solutions” à des problèmes, la plupart du temps cela se manifeste par une exploitation des effets de ces problèmes, plus qu’une résolution.

Un marché ne résout rien, ce n’est pas son intérêt, il s’attache à exploiter – le plus longtemps possible – un problème.

Prenons un autre sujet, par exemple les procédures administratives, et peut-être plus précisément les règles fiscales. Vous pouvez juger qu’elles sont trop complexes ou absconses. Mais il se trouve que c’est cette complexité qui justifie que des sociétés puissent en faire un marché (par exemple en faisant du conseil en optimisation fiscale) : si c’était soit simple soit automatique, il n’y aurait pas de marché basé sur les défauts et la complexité du système fiscal.

Encore un fois : la création d’un marché ne résout pas le problème du système incriminé (contrairement à ce que peuvent affirmer certains discours publicitaires) : il l’exploite. S’il le résolvait il n’aurait plus lieu d’être, il n’y aurait plus de marché.

*

Un syndicaliste qui passe son temps à dénoncer le taylorisme et à se battre contre ce système en vient à se constituer par rapport à cette opposition qui, au final, le structure et le fait retenir debout. Supprimez le système que dénonce le syndicaliste et il tombera. Pour reprendre le mot de Guitry, il était contre le système : “tout contre”.

Ce genre de comportement est très marqué dans le milieu militant. Le militantisme trouve ses repères et son orientation dans des figures auxquelles il s’oppose ( en politique les gens de gauche passent leur temps à parler des gens de droite, et inversement ). En se construisant dans l’opposition à quelque chose, on épouse ce quelque chose plus qu’on ne l’imagine : on ne peut plus s’en passer. On ressasse jusqu’à faire figure d’ancien combattant.

Je prends à présent un exemple volontairement provocateur : La Quadrature du Net est une association militante qui promeut un internet libre. Mais la majorité des propos tenus sont des oppositions à des groupes d’intérêts ou des positions qui sont contraires aux thèses que défend l’association. Ils ont épousé leurs oppositions et sont condamnés à n’exister que comme opposants (on dit souvent « ils sont dans leur rôle »), c’est à dire que ce sont les moins à même de supprimer les causes du problème puisqu’ils ne doivent leur existence et leur reconnaissance que dans leur combat sans fin contre les effets. Paradoxalement, on peut donc présumer que la Quadrature du Net n’est certainement pas la meilleure approche pour apporter des solutions à ce contre quoi ils s’opposent ou veulent trouver des solutions (c’est certainement ce qui fait qu’ils sont absents du Conseil National du Numérique, là où, pourtant, on les attendait).

Tous ces exemples, quoi que disparates, ressemblent au comportement d’un médecin qui ne chercherait plus à guérir son patient mais à le maintenir dans la maladie, sans les effets (les désagréments) de la maladie. C’est pour cela que les maladies chroniques qui nécessitent en permanence des médicaments sont le graal de l’industrie pharmaceutique : ce sont des clients “à vie”.

*

Tout individu et toute organisation qui oeuvrent à dépasser une contrainte ou un défaut, génèrent une forme d’adhérence à l’objet dont ils proposent une solution et dont, en apparence, ils s’opposent. La solution serait de supprimer l’origine du problème, mais comme l’individu veut perdurer il n’en traite que les effets, se gardant bien de supprimer la racine du problème.

S’opposer, c’est épouser. C’est avoir abordé la question soit en combattant (champ politique) soit en solutionnant (champ économique) mais, dans tous les cas, en ayant confondu les effets et les causes.

Il y a toujours une question de causalité qui est en jeu et c’est précisément cette confusion et cette inversion des causes et des effets qui produit des idéologies. Or les idéologies ne réalisent que le contraire de ce qu’elles annoncent.

Aujourd’hui on veut – et on va – changer ; mais comment faire des transitions avec tout un système politique et économique qui repose sur des rentes de situations nées de l’exploitation des effets dont nous souffrons et voulons nous défaire ?

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by Christian at May 03, 2013 01:53 PM

May 02, 2013

Karl Dubost

Le marché de la catastrophe

Signe d'urgence en bois 6 janvier 2013, Tokyo, Japon

A droite, à l’ombre des saules et des micocouliers, subsistait une misérable hutte où, dit-on, vécut la courtisane d’Eguchi qu’évoque Saigyô dans son poème « L’abri éphémère ».

Ihara Saikaku, L’homme qui ne vécut que pour aimer.

Voici un peu plus de deux ans que le tremblement de terre et le raz de marée ont détruit une partie du Japon. Dans certains journaux du Japon, il existe encore des sections consacrées à l'événement. Lors de ma dernière visite au Japon au début de l'année, j'ai été surpris par le magasin Tokyu Hands qui avait créé une section complètement dédiée aux catastrophes à venir.

La population japonaise est formée aux tremblements de terre. Les enfants ont des exercices réguliers dans les écoles. Il existe des lieux d'évacuation d'urgence et les cartes dans les administrations. Il existe des kits de première urgence disponible dans toutes les maisons. Les maisons neuves sont construites aux normes anti-sismiques et même parfois démolies quand elles ne le sont pas. Cependant, la section du Tokyu Hands de Shinjuku était bien différente, mettant en avant bien plus qu'à l'ordinaire la notion d'être prêt pour les catastrophes à venir.

objets dans un magasin 6 janvier 2013, Tokyo, Japon

Des valises étanches, des abris d'urgence pour les tsunamis, comme cette boule rose—Je me demande ce qui se passe quand on se retrouve au milieu de l'océan dans sa boule rose. Même les réchauds de camping et les panneaux solaires ont été sémantisés dans une optique de l'urgence.

réchaud à gaz 6 janvier 2013, Tokyo, Japon

Tout ce qui était objet de loisirs, du plaisir de découvrir la nature et de partir ailleurs, devient l'objet de la crainte de la nature, d'être prêt au cas où… sans bien sûr savoir quand ce cas arrivera. Je ne peux m'empêcher qu'il y a un enjeu légèrement cynique de la part des études de marché où il est surement plus facile de vendre des objets anodins pour une future catastrophe plutôt que pour aller s'extasier sur les chemins de forêt. La possible catastrophe touchant plus de monde et ne donnant que peu de choix.

May 02, 2013 08:11 PM

May 01, 2013

Karl Dubost

Le chant de la soupe miso

Ingrédients dans des assiettes 29 avril 2013, Montréal, Canada

L’eau du thé frémissait dans la bouilloire, Myôju frotta bien les bols et dit : « Je ne sais s’il y aura quelque chose à votre goût. »

Ihara Saikaku, L’homme qui ne vécut que pour aimer.

« Tu es dorénavant en charge de la soupe miso ! » De nos gestes coulent les habitudes à venir. Elle avait aimé la semaine passée, le goût de la courge dans la soupe. De ce succès me voilà nominé maître ès soupe miso. De nouveau, je me prépare à préparer la soupe. Je choisis les ingrédients et je procède. Ce soir, ce sera okura. Il faut d'abord laisser suer les morceaux de Tofu frit dans l'eau bouillante pendant quelques secondes pour enlever l'huile. Je jette l'eau et prends de l'eau fraîche pour la porter de nouveau à ébulition. J'ajoute le dashi et l'oignon coupé. Et puis finalement à la fin j'ajoute le okura coupé en tranche, peu de temps. Le feu coupé, je prends le bouillon et juste le bouillon pour diluer le miso dans les bols. Finalement, j'ajoute le okura et l'oignon dans les bols ainsi que le tofu frit coupé en deux.

C'est maintenant la soupe qui me possède, et déjà je m'interroge sur la prochaine variation.

soupe miso 29 avril 2013, Montréal, Canada

May 01, 2013 07:02 PM

Les notes de chapitre dans un ePub

Ombres d'herbes 22 avril 2013, Mountain View, États-Unis

Nul besoin d’en écrire trop. Ceux qui savent, savent de quoi.

Ihara Saikaku, L’homme qui ne vécut que pour aimer.

Je suis en cours de lecture de L’homme qui ne vécut que pour aimer. Le traducteur a amplement documenté sa traduction avec des notes en fin de chapitres. L'objet livre permet un accès dans le volume en plus de celui de la linéarité du texte. C'est essentiel dans le cas des notes en fin de chapitres. Typiquement le lecteur placera un doit à la fin du chapitre ou bien un marque page spécifique afin de pouvoir faire des aller-retours rapides entre le texte et les notes. Il y a une bi-directionnalité de l'action.

Dans le cas d'un texte au format numérique et des outils associés comme une liseuse, cette métaphore d'interaction ne fonctionne plus. En effet, les notes numérotées apparaissent dans le texte afin de renvoyer à la référence numérotée en fin de chapitre. Mais il est impossible d'y accéder sans faire défiler toutes les pages du chapitre en question. Il serait envisageable de « sauter » à la page en question lorsque l'on connaît le numéro précis. Il faudra l'avoir découvrir par avant.

schéma Le texte et les notes en fin de chapitre

Dans le fichier ePub, le markup est présent et organisé de la façon suivante :

<p class="texte">Un jour qu’il s’était rendu chez
une relation aux environs du mont Kurabu
<span class="appel-note">
   <a id="footnote-225-142-backlink"
      class="footnote-link"
      href="#footnote-225-142">142</a>
</span>, il effraya les oiseaux

[… texte …]

<div class="footnote">
   <p class="notes">
       <a id="footnote-225-149"
          class="footnote-anchor"
          href="#footnote-225-149-backlink">149</a>
          Certainement Washu-Nakazawa, sis en Yamato et mentionné
          en IV, 3.</p>
</div>

La référence à la note est bien présente. Le lien de retour également. La liseuse Kobo Touch ne prend pas avantage de ce markup afin de rendre la lecture plus fluide. Existe-t-il un markup normalisé pour les notes de texte ?

La spécification ePub3

La spécification ePub3 pour le contenu définit un attribut type permettant d'élargir la sémantique des éléments. Une phrase surprenante de la spécification est The epub:type attribute is intended to be functionally equivalent to the W3C Role Attribute [Role], but with restrictions as specified in Vocabulary Association. Il est assez difficile de comprendre pourquoi ne pas avoir repris l'attribut role plutôt que d'inventer un nouvel attribut. La spécification nous dit ensuite que la valeur de type est une liste de property séparés par des espaces, mais lorsque l'on clique sur le mot property, nous sommes renvoyés sur la définition de l'attribute property.

Dans la section suivante sur les associations de vocabulaire, nous pouvons remarquer un exemple de markup.

<html … xmlns:epub="http://www.idpf.org/2007/ops">
       …
       <p> … <a epub:type="noteref" href="#n1">1</a> … </p>
       …
       <aside epub:type="footnote" id="n1">
           …
       </aside>
       …
   </html>

La légende de l'exemple nous dit que le vocabulaire est défini dans un autre document : EPUB 3 Structural Semantics Vocabulary. La valeur noteref est définie comme une référence vers une note, apparaissant typiquement avec symbole en exposant dans le corps du texte. La valeur de footnote est définie comme une note apparaissant au bas de la page. Dans la même section sont définies note, rearnote, footnotes (pluriel), rearnotes (pluriel). RhahahhahhhhaaaaaaRHHHHAAAAA. Pourquoi tant de haine ? Je m'égare. Nous avons donc là des propriétés avec une sémantique très similaire et qui signifient à peu près la même chose, mais qui sont identifiées à cause de leur héritage du monde du livre papier. Je pense… ePub4, version simplifiée de Epub3 ?

Mon désir de lecteur pour les annotations

Dans la lecture des œuvres au format numérique, je veux pouvoir avoir les notes en contexte. Structurellement qu'elle soit à la fin du fichier HTML ou en son cœur, ce n'est pas très important. (Je pense que les notes in-situ font beaucoup plus de sens pour l'auteur et la gestion de ses notes sur le long terme).

schéma Le texte et les notes au cœur du texte

En revanche en tant que lecteur, je veux que les notes soient incluses dans le flot du texte. Que ce soit en pop-up ou au sein du texte avec une fonctionnalité pour les cacher ou les montrer. J'ose à peine imaginer comment Pale Fire est illisible sur une liseuse.

May 01, 2013 06:25 PM

Christian Fauré

Votre travail est-il « scalable » ?

Cal signed my fish book

Dans son Cygne Noir, Nassim Nicholas Taleb se souvient du conseil que lui donna un étudiant, lors de ses études supérieures à Wharton : de “choisir une activité professionnelle “scalable” (ou sans plafonnement visible)”.

“Scalable” est un terme décidément étrange et plus que jamais d’actualité à l’heure du numérique en réseau. « Scalable » signifie “qui peut passer à de très grandes échelles” mais aussi “qui peut bénéficier d’un effet de levier important”.

L’eldorado : un effort minimal pour un bénéfice maximal, et pas de limites structurelles sur de très grandes échelles. Plus on gagne : plus on gagne encore plus. Un tourbillon ascendant qui nous enivre tant il nous fait tourner la tête.

Ceux d’entre nous qui ont des métiers non “scalables” sont ceux qui sont payés, directement ou indirectement, de leur temps : ils ne peuvent pas passer à des échelles supérieures car leur temps – plus précisément celui qu’ils consacrent à leur activité professionnelle – est limité.

Un très bon chirurgien, boulanger, consultant, ouvrier, enseignant, etc., peuvent certes très bien gagner leur vie, mais ils ne peuvent pas  bénéficier des logiques du passage à l’échelle, de la “scalabilité” ; ils doivent donner de leur temps et être présent chaque fois qu’ils veulent facturer leur travail ou le fruit de leur travail.

A l’inverse, une romancière comme J.K Rowling a un métier qui peut “scaler”, de même que ceux qui font du cinéma, les traders, et d’une manière générale ceux qui sont dans le design et la conception. Les rentrées d’argent sont dé-corrélées du temps de travail : que l’on vende un livre ou des millions de livres, la quantité de travail reste la même.

On sait également que les métiers “scalables” sont ceux où il y a une disparité des rémunérations les plus importantes : les 0,1 % qui ont du succès ne masquent pas la misère des 99,9 % autres.

Ces métiers “scalables” le sont parce qu’ils s’inscrivent dans le processus de grammatisation, processus qui discrétise et découpe le temps (celui de la parole, des gestes et des comportements) pour le mettre en réserve dans des écritures (littérales, analogiques, numériques). Tous les métiers « scalables » sont des métiers qui reposent sur des techniques d’écritures. Ce sont des jeux d’écritures :

  • jeux d’écritures comptables et financiers ;

  • jeux d’écritures romanesques ;

  • Jeux d’écritures cinématographiques ;

  • Jeux d’écritures audiograhiques ;

  • etc.

L’industrie est née avec l’automatisation des écritures, quand la technique est devenue technologie. “Çà tourne tout seul” veut dire “çà écrit tout seul”.

Les pratiques industrielles sont des techniques d’écriture automatiques qui peuvent passer  à l’échelle, et nous sommes toujours plus nombreux à être employés pour ce secteur, mais sans pour autant avoir des métiers « scalables« . Pour la bonne raison que cette industrie qui tend à automatiser de plus en plus les écritures a encore besoin de travailleurs qui produisent de manière répétitive soit ces systèmes technologiques eux-mêmes, soit ce qui ne peut pas – encore – l’être.

*

C’est aujourd’hui la fête du travail : ré-inventons le travail à l’heure des techniques d’écriture automatiques et oublions pour un jour ceux qui nous rabâchent la tête à longueur d’année avec leurs discours désuets sur l’emploi.

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by Christian at May 01, 2013 01:59 PM

Karl Dubost

Le désir du travail

main sur le front 27 avril 2013, Montréal, Canada

À tout âge de la vie, il n’est rien – rite, foi, deuil, maladie, mariage, paternité, pauvreté, richesse – qui ne soit ramené à la chose obsédante, à l’envie de la connaître en soi, et sans considération majeure d’éthique ou d’esthétique.

Gérard Siary (Ihara Saikaku), Introduction (L’homme qui ne vécut que pour aimer).

Depuis janvier 2013, je cherche à décrocher (comme de nombreuses autres personnes) un nouveau job. Je n'ai pas encore trouvé.

Quelques entretiens déjà passés, le dernier en date était avec Mozilla pour le poste de Mozilla Web Compatibility Engineer (un rôle équivalent à la mission de l'équipe Open the Web à Opera). Je crois savoir la/les personnes recrutées et je pense que j'aurais choisi les mêmes. Mozilla fait partie de ces entreprises d'une certaine éthique que j'apprécie.

La dynamique lors des entretiens est intéressante car en fonction des différentes annonces pour différentes organisations ou entreprises, j'ai obtenu des commentaires différents et parfois contradictoires : « pas assez technique, » « trop technique, » « trop évangéliste, » « trop Open Web, » « sympathique, » etc. Une recherche de job est toujours angoissante. Et pourtant, elle ne devrait pas tant l'être. Il s'agit de faire correspondre deux affinités : celles des besoins d'une entreprise et celles des besoins, désirs d'une personne.

Freelance

Plusieurs fois, les amis m'ont demandé, pourquoi ne pas me mettre à mon compte (freelance). J'aime beaucoup travailler pour les autres. Être freelance est un double job. Pour pouvoir assurer les contrats, il faut tout d'abord partir à la chasse de ces contrats et gérer la partie administrative de ces contrats. Cette partie plus administrative et hors-travail m'intéresse moins. Me mettre à mon compte, c'est la garantie pour moi de n'avoir pratiquement aucun revenu.

Ouverture

L'ouverture dans le dialogue est un art difficile. Comme le dit l'adage « Ma liberté me coûtera tout. » Je ne me suis jamais vraiment senti contraint dans mes paroles. Je veux croire et faire confiance à mon interlocuteur, que mes mots ne soient pas perçus comme une critique sévère mais comme une mise en contexte. J'exprime une pensée affirmée, mais ouverte au débat. Il faut que j'apprenne à « mettre de l'eau dans mon calva. » (sacrilège normand)

Manager

Au nombre de mes défauts, ne pas accepter que je peux encadrer une équipe. J'ai une sérieuse tendance à fuir les annonces de jobs de manager. Je suis parfois perçu trop vieux (âge) et trop junior pour des jobs de développeur pur. Cornélien. Ma répulsion du job de manager tient sûrement en partie à conception des pouvoirs et des attentes face à ces pouvoirs. Quand je suis dans une position hiérarchique, le changement de comportement des individus me coûte énormément. J'aime permettre aux gens de comprendre, de s'épanouir, de s'extasier. J'aime pouvoir apprendre avec eux et leur donner ou construire ensemble les outils d'organisations, les pistes de recherche pour qu'ils puissent réaliser leur travail convenablement. Mais la docilité ou le respect que les autres attachent parfois à la position hiérarchique me rend triste. Il faut que j'apprenne à « mettre de l'eau dans mon calva. »

Le futur ?

Je n'ai pas de pistes pour l'instant. Je dois annuler ma présence à SudWeb 2013, ce qui me peine beaucoup, car je dois me concentrer sur le fait de trouver un emploi. Je recherche toujours. Mozilla fait partie des endroits où j'aimerais travailler tout en étant critique, mais n'est pas le seul endroit où il est possible de s'épanouir. Il me faut juste trouver le bon endroit et surtout la bonne équipe.

Petit rappel : Je suis prêt à me déplacer. Je peux légalement travailler au Canada, en France et au Japon. Je peux travailler à distance aussi. Nous aimerions quitter Montréal pour le Japon ou la France, mais c'est négociable. Pour le reste.

May 01, 2013 10:19 AM

April 30, 2013

Karl Dubost

Un petit coin d'Asie à Montréal

livre ouvert 29 avril 2013, Montréal, Canada

Le vent souffle, mais la montagne ne bouge pas.

, Japanese proverbs and proverbial phrases.

Elle m'a dit : « Tu dois prendre le bus pour aller sur Côte des Neiges. Une fois là bas, tu entres au 3744, rue Jean-Brillant. L'ascenseur vers le quatrième étage. Quand tu sors de l'ascenseur, il y a une porte avec la notice Centre d'études de l'Asie de l'Est. » J'ai alors suivi les instructions et je me suis rendu au quatrième étage, un peu intimidé par les lieux que l'on découvre, la peur d'être inopportun.

J'ouvre la porte et je débouche dans un étroit couloir avec des portes de salles et bureaux sur la gauche et un long mur sur la droite. Les épaules rentrées, le souffle presque coupé, je me fais discret. Sur le mur à droite, une exposition magnifique de photographies de la Chine, une dizaine seulement, des scènes de rue. J'ai oublié de prendre le nom de l'artiste.

J'entends des personnes parlées chinois, du mandarin par la porte ouverte d'une salle de classe. Au fond à droite du couloir, il y a la destination qu'elle m'avait recommandée de visiter : Le Centre de documentation Robert-Garry. Une bibliothèque dédiée avec de nombreux ouvrages en trois sections principales : Chine, Japon et Corée. Quand j'entre, j'aperçois une machine de typographie chinoise. Je m'évade entre les falaises du Japon. La littérature, la photographie, l'architecture, les traditions artisinales, je pourrais rester quelques jours dans ce lieu à lire, partager avec les autres, mais cela ne me donnerait toujours pas un job.

Machine de composition typographique 29 avril 2013, Montréal, Canada

Au moment de partir du lieu, une femme m'interpelle :

— Vous êtes souvent au café […]

— Oui ?!

— Je vous vois de temps en temps. Êtes-vous étudiant en études asiatiques.

— Non, juste un curieux et amoureux des cultures d'Asie.

— Vous savez, c'est un peu compliqué mais même sans être étudiant vous pourriez emprunter les livres par accord de prêts entre les bibliothèques.

(Je souris et hôche la tête. Elle continue)

— C'est vraiment dommage. Certains de ces livres ne sont pas empruntés pendant des dizaines d'années. Mais maintenant… il faut dire… tout est accessible de manière électronique.

— Oui et le lieu est difficile à trouver. Vous devriez créer un blog en plongeant dans les fiches des livres les moins empruntés afin d'en parler en ligne.

Nous échangeons quelques mots de plus. Et puis je repars la tête plein de rêves. Il y a déjà deux sites pour les études japonaises et un pour les études chinoises, ainsi qu'un portail de veille sur le domaine. Allez au moins voir l'exposition dans le couloir et les deux machines de composition typographique.

Étagères de livres 29 avril 2013, Montréal, Canada

April 30, 2013 11:54 AM

April 29, 2013

Christian Fauré

Shots that changed my life (40)

Drive (USA, 2011) réalisé par Nicolas Winding Refn.

Il s’agit du générique du film, un clip vidéo sur la chanson Nightcall de Kavinsky.

drive

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by Christian at April 29, 2013 12:55 PM

del.icio.us

April 27, 2013

del.icio.us

April 25, 2013

Eric van der Vlist

Ittoqqortoormiit

Ittoqqortoormiit, Juillet 2058

La Gazette d’Ittoqqortoormiit : Professeur Sean Lafontaine, vous êtes responsable du laboratoire de technicologie de l’université d’Ittoqqortoormiit. Pouvez vous nous expliquer en quoi consiste votre activité et quelles sont ses particularités ?

Sean Lafontaine : La technicologie est la branche de l’archéologie consacrée à la civilisation technicienne. Bien que cette civilisation soit beaucoup plus récente que celles qui sont étudiées par les autres branches de l’archéologie les matériaux disponibles posent de tels problèmes d’interprétation qu’une véritable approche scientifique de type archéologique est nécessaire.

LGI : Quel type de problèmes ?

SL : À la fin du siècle dernier cette civilisation a amorcé un processus de « dématérialisation » de sa production intellectuelle. Cette dématérialisation se traduisait par un stockage dit « électronique » des documents (écrits, photos, sons, films, …). Les technologies employées pour ce stockage étaient variées mais dans tous les cas il était nécessaire de disposer de compétences technologiques et d’énergie électrique pour accéder aux informations « dématérialisées ».

LGI : Autant dire en effet que l’accès à ces ressources est désormais réservé à des spécialistes ! Comment faites vous pour résoudre ces problèmes ?

SL : Notre laboratoire a l’autorisation de produire, de manière strictement contrôlée bien entendu, l’énergie électrique dont il a besoin pour poursuivre ses recherches. En ce qui concerne les connaissances technologiques, c’est une discipline à part entière, au même titre que la sigillographie ou l’épigraphie pour prendre deux exemples plus connus. En technicologie nous avons la chance de pouvoir nous appuyer sur des témoins vivants ayant utilisé ces technologies. Ces survivants sont peu nombreux mais leurs témoignages ont été précieux pour établir les bases de notre discipline.

LGI : Parlez nous de cette mystérieuse boîte noire découverte le mois dernier…

SL : Nous avons découvert une petite boîte parallélépipédique, de 101 mm de largeur, 115 mm de longueur et 27 mm d’épaisseur, pesant moins de 400g dans une ruine située en zone rurale au nord ouest de la diagonale sèche. Cette boîte métallique portait des signes suggérant une utilisation de type « dématérialisation ».

LGI : Pouvez vous préciser quels sont ces signes pour que nos lecteurs puissent vous alerter s’ils trouvaient des objets de ce type ?

SL : Les zones que nous habitons maintenant étaient quasiment désertes avant le changement climatique et il est peu probable d’y trouver de tels objets, mais il peut tout de même être utile que vos lecteurs sachent reconnaître ces objets… Leur formes et leur dimensions sont très variées et la manière la plus fiable de les identifier est la présence de « connecteurs » . Les connecteurs sont de petits trous souvent rectangles ou ronds et dans lesquels on distingue parfois des éléments en cuivre.

LGI : Merci professeur. Je peux maintenant vous poser la question qui me brûle les lèvres… Cette boîte noire livrera t-elle ses secrets ?

SL : Oui, et ils sont fabuleux ! Hier notre équipe a enfin réussi à la faire parler. Il nous faudra plusieurs mois pour exploiter les documents qui nous sont dévoilés. Nous avons déjà identifié plus de 100 000 lettres électroniques, 50 000 photos, plusieurs heures de films mais ce n’est qu’une infime partie du contenu de la boîte et il y a beaucoup documents dont nous ne comprenons pas encore la nature.

LGI : Autant de documents dans un si faible volume !

SL : Oui, nous estimons que l’on pouvait stocker plus de mille milliards de caractères dans cette boîte.

LGI : Les prouesses techniques de cette civilisation sont vraiment surprenantes, quel dommage qu’elle n’ai pas su maîtriser les utilisations de ses technologies !

SL : L’historien que je suis se garde bien de porter un jugement de valeur sur l’objet de ses recherches, mais je dois avouer que je suis effectivement souvent surpris par les performances des objets que j’étudie.

LGI : Pour obtenir de telles prouesses, cette boîte noire devait produire beaucoup de CO2 !

SL : Pas de manière directe, non. Nos mesures montrent qu’elle consomme moins de 10W, ce qui représente, même avec un mode de production d’électricité à forte émission en CO2, moins de 250 g de CO2 par jour (quatre fois moins que la respiration humaine). Par contre pour être utile cette boîte a besoin d’être connectée à un ensemble d’équipements (pour visualiser les informations, les échanger avec d’autres machines, …). Si l’on considère l’ensemble de ces équipements, la production de CO2 est considérable.

LGI : Sait on à quoi servait cette boîte noire ?

SL : Nous pensons qu’elle servait d’archive. Les données matérialisées devaient être dupliquées et entreposées dans plusieurs équipements pour survivre à la destruction de l’un d’entre eux.

LGI : Dans ce cas, c’est un peu comme les livres dont la pérennité est assurée par la dissémination ! Que faisait cette boîte dans une zone rurale ?

SL : Nous pensons que son propriétaire avait deux résidences, une en ville et une à la campagne et qu’il avait des archives dans chacune de ses résidences.

LGI : Malin… Mais vous avez donc pu identifier son propriétaire ?

SL : Il s’appelait Éric van der Vlist et nous cherchons à cerner ses habitudes et sa personnalité.

LGI : Vous avez donc suffisamment d’informations pour cela ?

SL : Oui, nous avons retrouvé beaucoup de messages dont certains sont très personnels ainsi que des photos.

LGI : Quel était son métier ?

SL : Il travaillait dans le domaine de la dématérialisation de l’information. Les machines avaient pris une telle importance que les documents étaient écrits de manière à être compréhensibles par les machines avant de l’être par l’homme ce qui complique d’ailleurs notablement leur compréhension. Pour cela il existait plusieurs vocabulaires concurrents. Eric van der Vlist était spécialiste d’un de ces vocabulaires appelé XML. Son activité professionnelle principale était de conseiller des entreprises dans l’utilisation de ce vocabulaire. C’était un expert reconnu et il se déplaçait en avion pour rencontrer ses pairs lors de grandes réunions appelées conférences.

LGI : En avion ? Pour un motif aussi futile ? Il n’avait donc aucune conscience des enjeux environnementaux ?

SL : Effectivement, il faisait chaque année un voyage à Montréal (1400 kg de CO2) et un à Prague (300 kg de CO2) mais c’était une pratique courante à l’époque et ces réunions regroupaient des centaines de personnes. Pour en revenir à votre question, ce qui rend notre découverte particulièrement intéressante, c’est que contrairement à ce que vous pouvez penser, Eric avait un niveau de conscience des enjeux environnementaux plutôt élevé par rapport à ses contemporains.

LGI: Ce niveau de conscience ne le rend il pas d’autant plus coupable ?

SL : Mon activité est une activité d’historien et il ne m’appartient pas de juger les comportements. Par contre l’étude de sa personnalité peut nous aider à comprendre pourquoi cette civilisation a été incapable de stopper et même de freiner la catastrophe écologique qu’elle alimentait et dont elle avait conscience.

LGI : Et ce van der Vlist vous semble donc un sujet intéressant de ce point de vue ?

SL : Indéniablement. Notamment parce qu’il est né en 1958, au moment charnière où la civilisation technicienne a semblé perdre le contrôle de sa propre évolution. Sa vie coïncide avec le dernier acte de cette civilisation.

LGI : Si je comprend bien, c’est un témoin privilégié de la chute de la civilisation technicienne.

SL : Oui, mais malheureusement il semble avoir laissé peu de textes liés à l’environnement et son journal contient surtout des textes liés à son activité technicienne.

LGI : Comment savez vous qu’il avait conscience des enjeux environnementaux ?

SL :Il a tout de même laissé quelques textes sur ce thème ainsi qu’une courte auto biographie écrite à l’occasion de ses cinquante ans. Il y explique notamment qu’il a été impliqué dès 1981 à un programme de mesure du taux de CO2 dans l’atmosphère et qu’il a pris conscience des risques de réchauffement climatique dès cette période.

LGI:Le milieu scientifique était donc au courant dès 1981 ?

SL : Bien entendu. Si nous disposons de peu de documents de la période de dématérialisation massive, nous avons paradoxalement beaucoup plus de documents des périodes plus anciennes et nous avons retrouvé des travaux datant de 1895 établissant un lien entre la température moyenne sur notre planète et la concentration en C02 de son atmosphère.

LGI:1895 ? Vous voulez dire 1985 ?

SL : Non, c’est bien à la fin du dix neuvième siècle, en 1895 que ces travaux ont été publiés. Ils sont probablement passés quelque peu inaperçus et ce ne sont pas ces travaux qui ont valu son prix Nobel de Chimie à Svante Arrhenius.

LGI: Nos prédécesseurs connaissaient donc parfaitement les risques qu’ils courraient ?

SL : Dans les milieux scientifiques concernés, incontestablement. Il faudra pourtant attendre 2001 et le rapport du GIEC pour que ce sujet soit réellement porté à l’attention du grand public.

LGI : 2001 ! Que de temps perdu ! Plus d’un siècle après la découverte de l’influence de l’effet de serre sur le climat ! Vingt ans après que ce van der Vlist ait fait ses mesures de CO2 ! Qu’a t-il fait pendant ces vingt années pour prévenir ses contemporains ?

SL : Il explique dans son autobiographie qu’il a hésité mais qu’il a abandonné sa carrière de chercheur pour une activité technique mieux rémunérée. Il s’est également marié et au eu quatre enfants.

LGI : Quatre enfants ! N’avait il pas conscience du niveau de surpopulation de l’époque ? Combien d’habitants comptait notre planète à ce moment ?

SL : Environ cinq milliards et demi lorsqu’ils ont eu leur dernier enfant. Pour comprendre son comportement, il faut savoir que le monde était divisé en « pays » qui se concurrençaient. Eric vivait dans un pays à la population vieillissante qui encourageait les naissances pour conserver un niveau de population stable.

LGI : Eric van der Vlist fait donc des mesures de CO2 et prend conscience des risques de réchauffement climatique en 1981 sans que cela ne change son comportement ? C’est invraisemblable !

SL : Son comportement a été influencé par cette prise de conscience mais dans des proportions qui sont restées limitées.

LGI : Que faisait-il ?

SL : Quand il a quitté institut de recherche où il travaillait sur le CO2, il a rejoint une société pour travailler dans le domaine de la téléphonie mobile.

LGI : Une société ? Vous voulez dire qu’avant cela il était resté en marge de la société ?

SL : Non, les techniciens étaient organisés en groupements appelés « sociétés » ou « personnes morales » dont le but était de grossir et de gagner de l’argent et Eric a rejoint un de ces groupements.

LGI: Ces sociétés devaient être soumises à des impératifs moraux très forts pour mériter le nom de personne morale !

SL : Au contraire… Elles échappaient à tous les principes moraux ou religieux et leurs seules règles étaient d’obéir aux lois en vigueur et de gagner plus d’argent qu’elles n’en dépensaient.

LGI : Pouvez vous nous expliquer ce qu’était la téléphonie mobile ?

SL : Les techniciens avaient développé un besoin irraisonné de rester « connectés » les uns aux autres par l’intermédiaire de téléphones mobiles, qui étaient des petits boîtiers transmettant sons et images au moyen d’ondes électromagnétiques et fonctionnant à l’électricité.

LGI : Encore l’électricité… Ce besoin de se sentir connecté me semble être une curieuse manie ! Eric van der Vlist en était donc à la fois un des initiateurs et un adepte ?

SL : Avant d’en souligner les effets pervers, oui. Mais il ne faut pas exagérer son rôle dans le développement de cette technologie. Il a en effet changé de domaine d’activité alors qu’elle était encore balbutiante.

LGI : Il a donc rapidement perçu le caractère pathologique de ce type de comportement ?

SL : Non, son texte sur les effets pervers du téléphone mobile est assez tardif et date de 2011. Il a changé de domaine d’activité parce que le téléphone mobile était développé par des sociétés multinationales de taille importante dans lesquelles il ne se sentait pas à l’aise.

LGI : Vous nous avez expliqué que le but de ces sociétés était de grossir, les grosses sociétés devaient donc être les meilleures d’entre elles, pourquoi vouloir en partir ?

SL : La plupart des sociétés étaient des structures très hiérarchisées dans lesquelles l’initiative personnelle n’était pas encouragée et dans lesquelles la compétition était fortement encouragée.

LGI : Je pensais que la civilisation technicienne était organisée suivant des principes démocratiques, ce n’était pas le cas ?

SL : Certains pays étaient gouvernés suivant des principes démocratiques mais les sociétés n’étaient pas soumises à cette règle.

LGI : Votre homme a t-il pu échapper à leur contrôle ?

SL : Il a travaillé dans des sociétés de plus en plus petites avant créer une société uni-personnelle pour vendre le résultat de son travail. C’est à ce moment qu’il s’est spécialisé dans ce XML qui permettait d’écrire des textes compréhensibles par les machines.

LGI : Pourquoi ce choix ?

SL : Je suppose que cela devait correspondre à un sujet en vogue à cette époque. Il faut également dire que c’était un sujet « ouvert » dans lequel les contributions de petites structures indépendantes étaient bienvenues.

LGI : Il n’avait pas conscience de la fragilité des documents dématérialisés ?

SL : Si et il a même lancé un projet d’archivage de ces documents. Malheureusement, les archives étaient elles aussi dématérialisées ce qui réduit leur pérennité.

LGI : Je dirais même que ça les rend inutiles, non ?

SL : Non, pas totalement. La boite que nous venons de retrouver contient à la fois les textes d’Eric van der Vlist mais également les archives des documents auxquels il faisait référence ce qui s’avère très précieux à leur compréhension.

LGI : En tout cas, je ne vois pas ce qui évoque une conscience des problèmes environnementaux dans tout cela !

SL : En 1994 il acheté la ferme dans laquelle nous avons retrouvé la boîte noire et a tenté de vivre plus proche de la nature et de réduire son empreinte écologique.

LGI : Ce n’était pas trop tôt pour s’apercevoir qu’il fallait changer de vie !

SL : Non, mais ce changement a été partiel et il a commencé à mener une double vie : la semaine en ville consacrée à des activités techniques et les samedi et dimanche à la campagne à cultiver son jardin.

LGI : J’espère qu’il essayait au moins de minimiser le bilan carbone de ses transhumances hebdomadaires !

SL : Il n’en dit pas grand chose. D’après nos recherches, il utilisait un véhicule appelé « Renault Espace » qui rejetait près de 200g de CO2 par kilomètre et parcourait environ 350 km par semaine, soit 3500 kg de CO2 par an…

LGI : Et à part cela ?

SL : En 2007 et surtout en 2008 il a étendu son activité agricole en achetant un nouveau terrain et en plantant des arbres fruitiers. Il privilégié les variétés anciennes menacées de disparition à court terme. Il a également introduit des moutons et des oies de races à faible effectif pour entretenir ses terrains.

LGI : Cela aurait sans doute été très utile s’il s’était également préoccupé d’atténuer le changement climatique qui allait détruire ces arbres et ces animaux. Est-ce que ses arbres compensait ses émissions de CO2 ?

SL : Non. Il a planté 400 arbres pouvant capter chacun 5kg de CO2, cela ne fait guère que 2000 kg de CO2 par an, ce qui couvre juste 1700 kg de voyages en avion..

LGI : Son engagement s’arrêtait là ?

SL : Il a aussi aidé sa femme Catherine à créer deux magasins de produits dits « biologiques » cultivés et produits sans produits chimiques et avec un impact réduit sur l’environnement. Ces magasins appelés « le Retour à la Terre » essayaient de sensibiliser leurs clients et organisaient des réunions pour débattre de thèmes liés à l’environnement.

LGI : Tout cela semble ridiculement insuffisant ! On a l’impression d’une erreur d’analyse : ses archives sont dématérialisées sans qu’il ne s’interroge sur la pérennité des ressources électriques qui leur sont nécessaires de la même manière qu’il veut sauvegarder des espèces animales et végétales sans s’interroger sur la pérennité de leur écosystème dans son ensemble.

SL : Vous avez mis le doigt sur le cœur du problème et c’est ce que nous aimerions comprendre !

LGI : N’a t-il pas laissé d’indications à ce sujet ?

SL : Si, mais dans un texte difficile à analyser.

LGI : Que voulez vous dire ?

SL : Début 2013, il a écrit un texte atypique, présenté comme une fiction dans lequel il imaginait qu’on retrouve ses écrits après une catastrophe environnementale majeure.

LGI : Tient donc, il avait donc conscience du risque ! Et pourquoi ce texte est-il difficile à interpréter ?

SL : Comment distinguer la fiction du réel ?

LGI : Essayons tout de même ! Sait on ce qui a pu se passer début 2013 pour le pousser à écrire cette « fiction » ?

SL : Au tout début du vingt-et-unième siècle on a pu espérer que la raréfaction des ressources pétrolières allait contraindre la civilisation technicienne à limiter de manière drastique sa consommation d’hydrocarbures et donc sa génération de gaz à effet de serre.

LGI : Et c’est en 2013 qu’on s’est aperçu que ce ne serait pas le cas ?

SL : En tout cas, c’est fin 2012 qu’Éric van der Vlist semble en avoir pris conscience.

LGI : Que c’est il passé ?

SL : Il devenait de plus en plus évident que la civilisation technicienne allait régler, à son habitude, la raréfaction des ressources en hydrocarbures de manière purement technique sans se soucier des conséquences de cette décision.

LGI : Comment cela ? Quand il n’y a plus d’hydrocarbures il n’y en a plus !

SL : Sauf si on va chercher la moindre goutte là où elle se trouve quelque soient les conséquences. Seuls les gisements relativement faciles à exploiter l’avaient été et les techniciens ont développé des technologies permettant d’exploiter des gisements de gaz et de pétrole plus difficiles à exploiter et qualifiés de non conventionnels.

LGI : C’était possible ?

SL : Quand on est prêt à extraire du pétrole en forant le sol à plus de 1500 m sous le niveau de la mer à partir d’énormes radeaux ou à fracturer les roches jusqu’à provoquer des séismes il est toujours possible se trouver des hydrocarbures.

LGI : Ils étaient donc prêts à prendre tous les risques pour prolonger un mode de vie favorisant la production de gaz à effet de serre ?

SL : J’en ai bien l’impression, oui.

LGI : Eric van der Vlist était il isolé dans sa prise de conscience ?

SL : Pas vraiment. L’imminence d’un changement climatique était même assez généralement admise dans les pays européens.

LGI : Si c’est le cas, vu l’importance des enjeux, les hommes et femmes conscients de cette catastrophe imminente n’avaient ils pas de moyens d’actions plus efficaces ?

SL : Beaucoup de gens se sentaient impuissants à faire changer les choses.

LGI : Leur société n’était elle pas organisée de manière démocratique ?

SL : De nombreux pays étaient effectivement régis suivant des principes démocratiques, mais leur mode d’organisation ne semble pas lui avoir permis de prendre les mesures nécessaires.

LGI : Pourquoi ?

SL : C’est un sujet complexe sur lequel nous ne pouvons émettre que des hypothèses.

LGI : Lesquelles ?

SL : Les « sociétés » dont le seul but était de gagner de l’argent dont nous avons déjà parlé ont indéniablement été un des facteurs. Leur développement était tel qu’elles étaient devenues de véritables contre pouvoirs. Les plus grosses d’entre elles étaient « multinationales » et étendaient leur champ d’action sur toute la planète. Leur développement reposait sur la croissance de l’économie elle même liée à l’utilisation de ressources non renouvelables entraînant la production de gaz à effet de serre. Leur importance leur permettait d’exercer des pressions sur toutes les structures scientifiques et politiques et de bloquer les décisions qui leur étaient défavorables.

LGI : Les structures démocratiques ne donnaient elles pas suffisamment de pouvoir aux peuples pour contrer cela ?

SL : Si, mais à condition qu’ils soient correctement informés et que les choix qui leur soient présentés soient réellement ouverts.

LGI : Correctement informés ?

SL : Les sociétés contrôlaient partiellement la recherche scientifique et alimentaient des études dont le but étaient de brouiller les cartes en niant les effets de certains développements technologiques et parfois même la réalité de l’effet de serre et du réchauffement climatique.

LGI : Vous laissez entendre que les options proposées aux peuples n’étaient pas vraiment ouvertes, pourquoi ?

SL : Le pouvoir politique était exercé par une caste de professionnels dont un des buts était de se maintenir au pouvoir. Étant élus, ils ne pouvaient pas se permettre de prendre des décisions impopulaires et ceux d’entre eux qui remettaient en cause la poursuite de la « croissance » économique, nécessairement plus ou moins liée à une croissance des gaz à effet de serre étaient considérés comme des utopistes et leurs propositions écartées d’office.

LGI : Cette société est donc sciemment allé à la catastrophe pour pouvoir continuer à sur-exploiter la planète, cela semble hallucinant !

SL : C’est difficile à comprendre mais les faits sont pourtant là.

LGI : Merci Professeur. Je rappelle que cette semaine nous recevions le Professeur Sean Lafontaine, responsable du laboratoire de technicologie de l’université d’Ittoqqortoormiit.

by Eric van der Vlist at April 25, 2013 07:13 PM

Karl Dubost

La rencontre

figurine de tigre 22 avril 2013, Mountain View, États-Unis

Mouillé de rosée, il semble sourire à la folie de la vie.

Kakuzô Okakura, Le livre du thé.

Le matin, un tigre qu'elle a glissé dans mon sac. Une table en terrasse, un café au lait et le livre du thé pour attendre le moment de la rencontre. L'appaisement, l'oubli de soi et l'ouverture des idées échangées.

April 25, 2013 11:02 AM

April 24, 2013

David Larlet

Des API et des hommes

Les API actuelles — s'auto-proclamant RESTful — nécessitent bien souvent de développer un client qui leur est propre pour accéder aux données en raison de leurs spécificités. Au mieux, ces API utilisent HTTP à bon escient et font transiter du JSON à partir d'URL « propres ».

Cela semble bien éloigné de la vision de Roy T. Fielding (qui a défini REST en 2000 dans sa thèse) et qui a écrit un billet on ne peut plus clair en 2008 :

A truly RESTful API looks like hypertext. Every addressable unit of information carries an address.

Puis surenchérit en commentaire :

Think of it in terms of the Web. How many Web browsers are aware of the distinction between an online-banking resource and a wiki resource? None of them.

5 ans plus tard, on en est encore à réécrire un client pour chaque API ce qui équivaudrait à écrire un navigateur propre à chaque site web visité ! Comment y remédier facilement ? Revenir à la partie oubliée de REST : les liens.

Si votre API devient navigable, en liant chaque ressource présentée depuis sa racine, un client générique va pouvoir la parcourir de proche en proche en suivant les liens comme un utilisateur le fait sur le Web.

Cela résout énormément de problématiques à la fois lorsque l'on prend cette approche :

  • versionnement : est-ce qu'un utilisateur se soucie de la version du site qu'il consulte ? Non. Il suit les liens et si la migration a bien été effectuée il y a des redirections et les codes HTTP appropriées pour gérer ses anciens favoris. Les formulaires ont été mis à jour avec le site et il suffit qu'il remplisse correctement ceux qui lui sont dorénavant présentés.
  • URL propres : est-ce qu'un utilisateur se soucie de la beauté des URL qu'il parcoure ? Quand je vois la tête de celles produites par Google ou Amazon j'en doute. Un développeur ne devrait pas avoir à se soucier de cela si le client suit les liens qui lui sont proposés.
  • documentation : est-ce qu'un utilisateur a besoin d'une documentation pour naviguer sur votre site ? De toute façon, il y a peu de chance qu'il la lise, en revanche il est utile de lui formuler des messages d'erreurs intelligibles lorsqu'il se trompe de chemin. Il peut être intéressant de faire un rappel sur le métier et les concepts abordés car le développeur — à la différence du visiteur — n'est peut-être pas concerné par le sujet de l'API en question.
  • pagination : en utilisant les attributs permettant de typer la relation entre les liens, il est possible de fournir les liens vers la page suivante et précédente explicitement.

Ces questions se sont posées pour les sites Web également il y a des années : souvenez-vous des sites avec un /v4/ dans l'URL ou d'une page d'accueil expliquant comment accéder aux différentes parties du site en « cliquant ici ».

Bien sûr tout cela implique d'avoir un format qui soit hypertexte (pas JSON donc) comme XHTML ou Atom. Si vous voulez vraiment adapter votre JSON actuel il existe 4 implémentations tentant d'introduire des liens typés :

  • JSON-LD (LD pour Linked Data), proche des concepts du Web Sémantique ;
  • HAL JSON le plus simple, peut-être un peu trop ;
  • JSON Collections que je n'ai pas essayé ;
  • Siren le plus récent qui est en train de monter rapidement.

Lorsque vous voulez fournir un moyen d'accéder à vos données via une API hypermedia, mettez vous à la place du développeur et demandez vous si votre API est navigable, fait partie intégrante du Web et nécessite une documentation.

Ce billet fait suite à mon intervention à Mix-IT lors d'un lightning talk dont vous pourrez retrouver le support sur la partie dédiée.

April 24, 2013 11:00 PM

Karl Dubost

Le courage et la peur

sandale et pieds dans un escalier 15 septembre 2008, Tokyo, Japon

L’allée du jardin elle-même est censée conduire à un univers sis au-delà de notre vie temporelle. D’où le premier geste accompli ici par l’hôte et l’invité : se purifier de la poussière du monde. Cette allée est appelée « sol de rosée » (roji), même si à l’origine, les caractères composant ce mot signifiaient simplement « passage » ou « chemin ». Dans une parabole du Soûtra du Lotus, un père prie ses enfants égarés dans une maison en flammes de trouver refuge dans le roji. La maison en flammes symbolise l’existence douloureuse que conditionnent l’ignorance et l’attachement au moi. Et les pratiquants du cha-no-yu considèrent précisément le roji comme le lieu où ils abandonnent les fardeaux de ce monde.

Kakuzô Okakura, Le livre du thé.

Le compte-rendu de la rencontre entre Julian Assange (Wikileaks) et Eric Schmidt (Google) est à lire en détail. Il y a de nombreux points sujets à discussions. J'ai cependant retenu un thème que j'ai croisé dans un contexte complètement différent très récemment.

Courage is not the absence of fear. Only fools have no fear. Rather courage is the intellectual mastery of fear by understanding the true risks and opportunities of the situation. And in keeping these things in balance. And not simply having prejudice about what the risks are. But actually testing them.

Julian Assange, rencontre entre Julian Assange et Eric Schmidt.

À se demander si le réalisateur du film After Earth est en contact avec Julian Assange. Bande annonce. Je n'ai pas vu le film.

April 24, 2013 07:20 PM

Des feeds plus efficaces

Voie rapide avec voitures 21 avril 2013, Moutain View, États-Unis

L’harmonie, vertu confucéenne par excellence, évoque clairement une atmosphère d’accord. Accéder à l’harmonie, telle est sans doute, et par-dessus tout, la raison pour laquelle le cha-no-yu insiste tant sur l’attention méticuleuse qu’il convient d’apporter à tous les gestes de l’échange.

Kakuzô Okakura, Le livre du thé.

Je suis un grand consommateur de feeds (atom, rss, etc). Ils me permettent de suivre un bon nombre de sites Web. Russel Beatie a récemment publié un billet à propos de l'écosystème des feeds avec une orientation très économique. Il remarque qu'il est difficile d'établir une rentabilité autour des feeds que l'on soit producteur de contenu ou bien créateurs d'outils pour traiter ces feeds.

Avoir une opinion sur un sujet essentiellement orientée dans un contexte de rentabilité est une attitude qui me dérange beaucoup. Non pas à cause de la tentative de création d'un revenu, mais en éliminant de fait d'autres modèles sociaux d'existence et de partage.

Dans son billet il identifie quatre enjeux particuliers :

  • Droits sur le contenu : Entendre ici l'éternel sérénade sur la protection du contenu et sa monétisation. Pas un enjeu unique aux feeds.
  • Autorisation d'accès : Dans le cadre des outils Web, la délégation de son autorisation à un service en ligne. Pas un enjeu unique aux feeds.
  • La taille du marché : Le marché est bien plus petit que d'autres technologies. Pas un enjeu unique aux feeds.

Ce n'est finalement pas très convaincant comme argument. L'autre enjeu est celui de la technologie. Mais une fois de plus son argument est faible. Reprenons un peu ce qu'il entend dans cet enjeu.

Formats nuls ?

RSS and Atom are really crappy formats to deliver web content updates. XML is brittle and bloated, parsing is painful, … : RSS 2.0 et Atom (RFC4287) sont des formats XML. RSS 1.0 est un format XML avec un modèle de données RDF. Les formats ne sont pas plus nuls que tout autre format. Ils sont juste à prendre dans le contexte social du Web où les formats sont torturés par les outils, les auteurs, etc. Rien de nouveau et vrai peu importe la technologie. Dès qu'un format n'est pas respecté, le parsing devient un enjeu.

Cependant un des enjeux propes à Atom et RSS est celui du mélange de contenu. D'un côté l'enveloppe qui sert à l'information de mise à jour et de l'autre le contenu du billet. Il y a une petite notion de XML-RPC qui rend certainement plus difficile l'échange des données.

Plus loin dans son billet, il propose : My best guess would be to replace polling RSS for updates with JSON API calls, but it doesn't necessarily have to be that radical. A model to look towards would be Facebook's Open Graph API. Après la poudre de perlimpinpin, et l'eau bénite, l'arme ultime du moment sont Saint JSON et Saint API, deux sauveurs miraculeux de tous les troubles de l'humanité. Ce qui est oublié à chaque fois dans cette rhétorique, c'est que ces APIs sont « plus stables » car elles sont contrôlées par une seule source. Dès qu'elles deviennent des formats libremement implémentables et largement implémentées, les erreurs feront partie du jeu. En revanche, trouver un moyen d'avoir une mise à jour plus atomique est intéressante mais complètement orthogonale au format.

Normalisation des meta-data

Il poursuit : … meta-data standardization is minimal … . Les efforts d'extensions normalisés et communautaires ne sont pas un problème de technologie, mais bien un enjeu d'effort collectif pour étendre Atom ou RSS. Rien n'empêche de le faire, mais les acteurs n'ont pas su trouver de consensus ou d'intérêts autour d'extensions largement partagées. Encore une fois je ne pense pas que ce soit un véritable enjeu.

Mises à jour

Et puis … updates are all or nothing. Celui-ci est un véritable enjeu du format. Un feed contient un certain nombre d'éléments. À chaque fois qu'une mise à jour est réalisée, l'information la plus ancienne est enlevée, et la nouvelle est ajoutée. Pour obtenir le feed mis à jour, il faut demander la ressource au complet. Imaginons un feed avec 20 informations, si l'une est changée, il faut télécharger l'ensemble du feed pour seulement environ 1/20 qui a réellement changé. Ce n'est pas une bonne utilisation de la bande passante.

Je me demande souvent ce qui aurait été plus efficace. On peut imaginer un feed maître contenant juste l'information de statut et pointant ensuite vers les conteneurs individuels des billets. C'est à dire deux requêtes HTTP au lieu d'une mais moins de bonne passante consommée. Ce serait à tester en termes d'efficacité. Bande passante ou latence ?

Réaliser un diff est un peu plus complexe car cela signifie que le client est capable de gérer les différentes versions de diff et a une sorte de diff original.

Les utilisateurs ne comprennent pas

Again, regular users have never, ever understood the concept of newsfeeds, … Difficile. Les gens ne comprennent pas mieux les sites Web. Je pense plutôt que l'outil feed n'a jamais été vraiment un outil de travail pour nombre de personnes et donc il n'y a que peu de nécessité d'apprendre à utiliser un outil spécifique pour. D'autant plus que ces mêmes utilisateurs comprennent très bien la notion de statut des réseaux sociaux. Il y a peu de différences entre les deux. Si tous les clients mails avaient eu des fonctions de lecture de feed, peut-être l'histoire aurait été différente. Peut-être.

… and the browser makers have never agreed on how to handle them, leading to general chaos and confusion for everyone involved. Oui. Il n'y a pas réellement d'interfaces par défaut dans les navigateurs pour gérer les flux de manière utile. Opera avait quelque chose d'intéressant mais pas assez fini.

Coût de maintenance

Servers (or cloud services) are expensive, and RSS/Atom feeds are incredibly inefficient, making bandwidth and storage costs non-trivial (though, admittedly, a lot less expensive than it used to be).. C'est à peu près le même point que précédemment. Au final quand on dissèque un peu le billet de Russel Beatie, on se rend compte qu'il fait finalement peu de points utiles.

April 24, 2013 06:51 PM

April 22, 2013

Christian Fauré

L’instrumentation de la dette publique

Dans l’émission radiophonique Tire ta langue, Alfred Gilde (auteur de : Oui, l’économie en français, c’est plus clair , France Empire, 2013) rappelait que l’expression traditionnelle de “Dette Publique” était peut-être plus judicieuse que celle de “Dette Souveraine” empruntée au monde anglo-saxon .

Qui plus est, si la dette est qualifiée de “souveraine” elle montre du doigt que la puissance publique est endettée et que, donc, elle perd économiquement sa souveraineté.

Paradoxe : la dette dite “souveraine” ne fait qu’exprimer et mesurer l’importance de la perte de souveraineté.

Après, il faut bien sûr distinguer la dette extérieure (dette contractée auprès d’organisations étrangères) de la dette intérieure (dette détenue par les ménages et les résidents) : les japonais sont les plus endettés mais la quasi totalité de leur dette est une dette intérieure. C’est donc plutôt de la “bonne dette”, comme on parle de “bon cholestérol”.

On pourrait penser que c’est toujours mieux de ne pas avoir de dette, mais c’est oublier qu’il n’y a que ceux qui investissent pour se choisir un avenir souhaitable qui ont des dettes (sauf exception de type manne pétrolière).



Au montant de la dette, il faut également prendre en compte  un indicateur qui influe sur l’interprétation de la dette : le taux d’épargne des ménages. Un pays comme la France est certes endetté, mais on sait que le montant de l’épargne des citoyens est du même ordre que celui de la dette.

Implicitement, cela veut dire que les détenteurs de la dette française savent qu’en cas de “force majeure” la puissance publique pourra toujours, autoritairement, s’approprier l’épargne des ménages et des particuliers : c’est l’expérimentation qui a eu lieu en grandeur nature à Chypre.

Dans cette logique, la dette est un instrument de requalification de la puissance publique. Cette dernière n’est pas l’expression d’un pouvoir au service d’un bien commun et public mais le moyen de “socialiser les pertes” pour garantir les profits d’intérêts privés.

Quand Ars Industrialis en appelle à une “nouvelle puissance publique” c’est très précisément pour condamner la tendance actuelle – malheureusement pleinement cautionnée par le président de la république actuel dans son allocution télévisuelle du 28 Mars 2013 –  celle d’une puissance publique comme moyen de remboursement de la dette dans la perspective de pouvoir ensuite recommencer “comme avant”.

Le président dit “mon cap c’est la croissance”, mais de quelle croissance parle-t-il ? De cette croissance qui nous a conduit à cette dette ? à ces millions de chômeurs ? De cette croissance qui pousse l’Espagne a esclavagiser sa jeunesse ? de celle qui force les jeunes italien à émigrer ?

On ne peut plus aujourd’hui en appeler au “retour de la croissance” en espérant un consensus sur le mot croissance, et que cela passe comme une “lettre à la poste” : c’est cette croissance qui nous a amené dans le mur.

Cette croissance tant invoquée, dont le retour est attendu comme le printemps, a été une mécroissance, une mauvaise croissance. C’est parce qu’il y a des bonnes et des mauvaises croissances que le politique doit s’exprimer sur les modèles économiques et industriels qui doivent constituer l’épine dorsale d’une bonne croissance, ce qu’il a cessé de faire depuis qu’il s’est enfermé dans un rôle de chamane invoquant avec impuissance le retour de la consommation comme d’autres le retour de la pluie.

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by Christian at April 22, 2013 09:37 AM

April 18, 2013

David Larlet

Passage à l'échelle

Je m'interroge de plus en plus sur cette notion de passage à l'échelle que l'on nous encourage à anticiper avec le Cloud. J'ai de plus en plus l'impression qu'elle est liée à des business models déficients qui misent sur la masse d'utilisateurs pour avoir une chance à terme de monétiser le service. Je comprends que l'on puisse avoir des investissements à rentabiliser et qu'en visant haut, malléable, on pense pouvoir retrouver un équilibre financier plus rapidement. Pourquoi placer des paliers financiers aussi élevés ?

Avoir l'ambition d'un service mondial avec des millions d'utilisateurs est finalement aller à l'encontre du Web en centralisant des données et des usages. Il y a de la place pour plusieurs services, pour de la diversité, pour des motivations et des valeurs différentes, pour des communautés complémentaires. Pourquoi vouloir devenir le TF1 du Web ?

Quelles sont les relations que vous pouvez entretenir avec des millions d'usagers ? Sont-elles sincères ? Automatisées ? Avez-vous délégué ces relations ? La reconnaissance de l'utilité d'un service passe par ces retours, c'est une forme de motivation qui s'inscrit dans la durée. On ne vend pas un service au plus offrant lorsque l'on a établi ces relations. Pourquoi chercher à ne plus être en mesure de gérer ces liens ?

Le passage à l'échelle est emblématique d'une croissance effrénée et malsaine.

April 18, 2013 11:00 PM

Karl Dubost

Ici ou ailleurs

tabouret en face d'un mur 8 avril 2006, Tokyo, Japon

La voie du thé est un culte fondé sur l’adoration du beau jusque dans les occupations les plus triviales de la vie quotidienne. Elle enseigne la pureté et l’harmonie, le mystère de la compassion réciproque et la dimension romantique inhérente à l’ordre social.

Kakuzô Okakura, Le livre du thé.

Les mots que j'entends, que je lis autour de moi.

« Appelle moi quand tu arrives ? »

« J'arrive dans 5 minutes. »

« Je suis dans le train. »

« Nous embarquons dans l'avion. »

« Je suis dans le café X. »

Je me dis que parfois il devrait y avoir des messages dans les lieux rappelant « Ont-ils vraiment besoin de savoir où vous êtes ? »

April 18, 2013 09:07 PM

ⅩⅢ, toujours un mystère

objets en transparence 9 avril 2006, Tokyo, Japon

Elle est, par essence, un culte de l’Imparfait, en ce qu’elle vise – avec quelle délicatesse ! – au possible dans une vie vouée, comme nous le savons, à l’impossible.

Kakuzô Okakura, Le livre du thé.

13 ans que cela dure.

April 18, 2013 08:53 PM

Les clichés

thé et sucrerie 17 avril 2013, Montréal, Canada

A dire vrai, ceux qui se révèlent incapables de sentir en eux-mêmes la petitesse des grandes choses ne sauraient reconnaître chez les autres la grandeur des petites choses. L’Occidental moyen, livré à sa complaisance mielleuse, ne discernera au mieux dans la cérémonie du thé qu’une des mille et une bizarreries réservées, selon lui, à un Orient affecté et puéril. Celui-là s’était habitué à considérer le Japon comme une contrée barbare tant qu’il se consacrait aux arts délicats de la paix ; il le tient aujourd’hui pour un pays civilisé depuis qu’il massacre allégrement sur les champs de bataille de Mandchourie. Combien de commentaires n’a-t-on pas consacrés au code des samouraïs, à cet art de la Mort pour lequel nos guerriers se sacrifient avec tant d’exaltation ! Alors que la voie du thé, laquelle incarne au mieux notre art de la Vie, n’a guère suscité d’intérêt. Pour tout dire, nous resterions volontiers des barbares, si notre prétention à la civilisation devait reposer uniquement sur l’horrible gloire de la guerre. Nous préférons, en effet, attendre que vienne le temps où notre art comme nos idéaux recevront le respect qu’ils méritent.

Kakuzô Okakura, Le livre du thé.

Okakura a publié Le livre du thé en 1906 en langue anglaise afin de faire découvrir la cérémonie du thé. Il en profite pour situer le contexte entre les civilisations réciproques. Deux passages sur les clichés de l'occident à cette époque à propos du Japon ainsi que des japonais à propos des occidentaux.

Pourquoi ne pas vous amuser à nos dépens ? L’Asie vous retourne le compliment. Vous vous divertiriez plus encore si vous saviez tout ce que nous avons imaginé et écrit à votre propos. Vous y découvririez pêle-mêle l’enchantement propre à la perspective, l’hommage inconscient rendu au merveilleux et le ressentiment silencieux à l’égard du nouveau et de l’indéfini. On vous a chargés de vertus trop raffinées pour être enviées, et accusés de crimes trop insolites pour être condamnés. Nos écrivains de jadis – combien sages et savants ! – nous ont appris que vous portiez des queues broussailleuses cachées sous vos vêtements, et dîniez souvent d’une fricassée de nouveau-nés ! Mais il y a bien pis : nous avions coutume de vous tenir pour le peuple le plus théorique de la terre, puisque, nous disait-on, vous prêchiez à l’envi ce que vous ne pratiquiez jamais.

Kakuzô Okakura, Le livre du thé.

Sans commentaires.

April 18, 2013 08:34 PM

Christian Fauré

Quatre visages des data

A l’heure où tout est data, je propose quatre visages des data selon une perspective généalogique de ce terme d’origine latine.

Les données immédiates de l’expérience

On traduit datum – le singulier de data – par donné(e). Et le mot dérive effectivement du verbe do / dare auquel l’ensemble des traductions suivantes se rattachent : donner, offrir, confier, remettre, admettre, accorder, permettre, concéder, présenter (source wiktionary).

Parler de data n’a de sens que dans le cadre de l’avènement du sujet dans la philosophie moderne Cartésienne, ce sujet qui reçoit les données du “monde extérieur”. C’est d’ailleurs en débat avec Descartes que Locke rejettera la notion “d’idée innée” en prônant un empirisme selon lequel nos idées ne sont pas déjà là, a priori, mais proviennent des données immédiates de l’expérience.

Le mot a ensuite pris un sens particulier au début du 20° siècle avec les débats des philosophes anglo-saxons autour des “sense data”. Les “sense data” sont ce qui nous est donné au travers de la perception (on retrouve les “données immédiates de l’expérience de Locke). Tout un débat a eu lieu pour savoir quelle interprétation donner à ses “sense data” dans la mesure où l’on peut poser que notre rapport au monde et à la réalité est toujours médiatisée par ce que nous en percevons aux travers de nos sens.

Les data comme informations faisant l’objet d’un calcul

En tant que “matériau brut” fourni par nos sens, les data ont ce caractère de matière première de la perception en attente d’être traitée par l’esprit. Se met ainsi en place l’idée que l’esprit procède par calcul (approche cognitive de l’esprit), une computation sur la base des data que nous percevons.

Si, au début, les data relevaient du don ou de l’offrande, leur emploi dans les théories de la perception va les inscrire dans le champ sémantique du calcul : comme matière première de l’usine à calcul qu’est l’esprit cognitif.

C’est sur la base de ces débats que la philosophie analytique, autrichienne puis anglo-saxonne, va populariser une définition fort utile des data : les data sont des informations qui peuvent faire l’objet d’une production ou d’une manipulation par le calcul.

Les data comme information stockée

Avec le développement de l’informatique de la seconde partie du XX° siècle, les data vont être associées, en plus du calcul, à celui du stockage. La chose était relativement inédite car jusqu’alors les data étaient toujours se qui se donnait sans pouvoir faire l’objet d’une mise en réserve : la data était reçu puis traitée, mais elle était évanescente.

A partir du moment où nous sommes mis à écrire pour les machines, il a bien fallu masser et stocker cette information qui doit être donnée à la machine.

Avec le développement du Software, il a fallu se rendre à l’évidence : les programmes n’étant plus des configurations Hardware, il existe donc des données qui sont des programmes, c’est à dire qui sont les écritures électroniques du calcul, de l’algorithme. Tous les programmes sont à présent des data, même si toutes les datas ne sont pas pour autant des programmes.

Les data comme objet de transfert

Après avoir été associées au calcul et au stockage, les data vont être associées, à la fin des années 90, au transfert ; renouant par certains aspects avec la définition latine originelle.

Regardons ainsi la définition que donne Roy Fielding dans sa thèse et qui est assez surprenante :

“A datum is an element of information that is transfered from a component, or received by a component, via a connector.” p. 11

Fielding précise :

“ this do not include information that is permanently resident or hidden within a component”.

Selon cette définition, si l’information ne fait pas l’objet d’un transfert entre différents composants d’une architecture logicielle, alors on ne peut pas parler de data.

Il faut que l’information « sorte du bois », qu’il y ait un transfert pour qu’elle puisse être qualifiée de data. La dimension de calculabilité et de stockage n’est plus ici déterminante.

A partir de ce moment, on peut dire que les questions de transfert sont des questions de data et, inversement, les questions de data sont des questions de transfert.

Les data dans l’écologie relationnelle des metadata

Il se trouve qu’une quatrième compréhension des data émerge au même moment que celle du transfert, il s’agit du discours sur les metadata en vertu duquel une data n’existe, et ne peut être utilisée, que pour autant qu’elle est qualifiée et catégorisée (elle a une signification explicite) par d’autres data, ces dernières étant explicitement qualifiées de metadata, c’est à dire des data de data.

C’est tout le discours et les débats autour des standards du web sémantique et du web de données qui a porté et continue de porter ce visage des data compris à partir de la question des metadata.

Les deux approches –  les data comme objet de transfert d’un côté et les data dans la perspective des metadata d’un autre côté – ne sont ni opposées ni incompatibles. C’est d’ailleurs ce que j’ai essayé de montrer en distinguant, mais sans les opposer, les démarches OpenAPI des démarches OpenData dans ApiCulture & DataCulture.

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by Christian at April 18, 2013 08:20 AM

April 17, 2013

Karl Dubost

Visualiser un processus

affiche déchirée 3 mars 2013, Montréal, Canada

Les affaires qui durent plusieurs jours.

Sei Shonagon, Choses fatigantes, notes de chevet.

Nous avons travaillé ensemble à la formalisation d'un processus pour son travail. La démarche fût intéressante pour moi beaucoup plus que la réalisation du processus final. Dans nos lieux de travail, nous avons de nombreux processus de travail qui sont non documentés. Ils sont parfois appelés expertise, expérience, automatisme, etc. Il n'est pas toujours nécessaire de les formaliser par écrit. Il y a un coût à la formalisation que l'on oublie souvent. La formalisation d'un processus s'accompagne souvent d'une solidification et rend plus difficile l'évolution du processus. Parfois pour garder de la flexibilité, il est mieux de garder la culture orale, tout dépend du contexte bien sûr. Les processus documentés émergent souvent quand il y a des problèmes coûteux qui ne doivent pas être reproduits.

De la patience et de la persévérance sont nécessaires. La documentation du processus est un long travail ingrat.

Démarche de documentation du processus

Post it sur un mur 25 mars 2013, Montréal, Canada

Ceci pour ce cas-ci, nous sommes allés à travers plusieurs étapes.

  1. Une narration libre sans questions de ma part du travail effectué. J'ai pris des notes de ce que je comprenais.
  2. Une narration libre avec questions. Mes notes se sont affublés de numéros et de flèches, ainsi que d'identifications d'incohérences. Les incohérences ne sont pas forcément des incohérences de processus. Ils peuvent être dû à des oublis dans la narration. C'est pour cela qu'il est nécessaire parfois de raconter l'histoire plusieurs fois.
  3. Une narration avec mes notes. Utilisation de post-it collés sur le mur avec des couleurs différentes en fonction de types pré-identifiés. Les notes sur le mur permettant de créer deux axes d'organisation et la troisième avec la couleur.
  4. Finalement différents essais de représentation en utilisant organigramme, timeline, etc. afin de savoir ce qui semble le plus cohérent, logique pour le problème en cours.
Papiers de graphes 26 mars 2013, Montréal, Canada

April 17, 2013 08:11 PM

Documenter HTTP/1.1 par le code

Sardine 24 mars 2013, Montréal, Canada

Plutôt que de penser à des choses
Sans importance
Mieux vaut boire
Une coupe
De saké, même trouble.

Tabibito, Éloge du saké.

Lors que j'ai commencé à comprendre HTTP par la programmation, j'ai réalisé une copie de l'ensemble du texte dans un fichier texte python en le mettant en commentaire. Ceci me permet de traiter le code au fur et à mesure et de transformer les requis de la spécification en code. De cette manière :


#!/usr/bin/env python3.3
# encoding: utf-8
"""
http/message.py

Created by Karl Dubost on 2013-03-11.
Copyright (c) 2013 Grange. All rights reserved.
see LICENSE
"""

"""1. Introduction


   The Hypertext Transfer Protocol (HTTP) is an application-level
   request/response protocol that uses extensible semantics and self-
   descriptive message payloads for flexible interaction with network-
   based hypertext information systems.  This document is the first in a
   series of documents that collectively form the HTTP/1.1
   specification:

[…]
"""

Puis j'ai finalement abandonné l'idée assez vite en faisant des aller-retours entre la spécification et le code de test.

pycco demande du Markdown

J'ai découvert en cours Pycco qui est une implémentation python de Docco, un générateur de documentation. Le programme extrait les éléments en commentaires dans le programme afin de créer une documentation montrant en parallèle le code et les commentaires. La présentation est bien faite et assez élégante.

Je pourrais de nouveau me conformer à ce style. Cependant, la documentation doit être au format Markdown, ce qui n'est pas tout à fait le cas des spécifications IETF. Il existe un pseudo HTML, une version texte, une version HTML, une version XML.

Documentation multi-langage de programmation

Mais cela semble être une solution de bonne fortune et privilégier de dupliquer le travail dans chaque langage de programmation. Il serait peut-être plus intéressant de pouvoir documenter la spécification au sein du code HTML (par exemple) avec des <code class="docspec python">. Il serait ainsi possible de créer des bouts au sein de la spécification pour différents langages de programmation et de permettre des vues en fonction du langage de programmation. La documentation de Selenium donne des exemples d'utilisation de son API en différents langages—pas tout à fait la même chose. Par exemple la documentation de Selenium Webdriver offre des boutons en haut pour activer certains langages.

April 17, 2013 07:31 PM

Comprendre en programmant HTTP

Sardine 24 mars 2013, Montréal, Canada

Je sais la réputation
Des vagues légères
Du rivage de Takashi.
Je n'en approcherai pas : mes manches
En seraient mouillées !

Ki, Amour, Kinnyoshou.

Pour mieux comprendre une spécification, il est parfois utile de tenter de programmer les requis de cette technologie. Il n'est pas toujours nécessaire de programmer un ensemble complet, cohérent et fonctionnel, mais juste des morceaux. Depuis quelques semaines, en lisant les modules de HTTP/1.1 bis, je tente parfois et non de façon continue de mieux comprendre les contraintes de la spécification.

Une mise en pratique : Start Line

La spécification HTTP/1.1 définit ainsi la première ligne d'un message HTTP.

3. Message Format

All HTTP/1.1 messages consist of a start-line followed by a sequence of octets in a format similar to the Internet Message Format [RFC5322]: zero or more header fields (collectively referred to as the "headers" or the "header section"), an empty line indicating the end of the header section, and an optional message body.

HTTP-message   = start-line
                  *( header-field CRLF )
                  CRLF
                  [ message-body ]

The normal procedure for parsing an HTTP message is to read the start-line into a structure, read each header field into a hash table by field name until the empty line, and then use the parsed data to determine if a message body is expected. If a message body has been indicated, then it is read as a stream until an amount of octets equal to the message body length is read or the connection is closed.

C'est donc très simple. La structure start-line est la première ligne du message. Plus loin la spécification donne quels sont les types de start-line, celle du client (request-line) et celle du serveur (status-line). Nous allons utiliser python pour cela. Il suffit de créer des tests afin de mieux comprendre. Nous importons les librairies nécessaires : unittest ainsi que celle qui comprend votre code.

import unittest
from http import message

Puis on définit un message type envoyé par un serveur

SERVER_MSG = """HTTP/1.1 200 OK
Date: Mon, 11 Mar 2013 16:40:51 GMT
Server: Barn
Content-Type: text/plain; charset=utf-8

Vague but interesting."""

Ainsi qu'un message type envoyé par un client

CLIENT_MSG = """GET /love HTTP/1.1
Host: example.org"""

Nous pouvons commencer nos tests réels. Nous créons une class pour les tests relatifs au message.

class HTTPMessageTests(unittest.TestCase):
    """Tests for HTTPMessage"""

Et créer un test pour la première ligne d'un message émis par le serveur.

    def test_start_line_server(self):
        """Server startline extraction.
        http://tools.ietf.org/html/draft-ietf-httpbis-p1-messaging-22#section-3.1
        """
        msg = message.Message()
        msg.fullmessage = SERVER_MSG
        actual = msg.startline()
        expected = "HTTP/1.1 200 OK"
        self.assertEqual(actual, expected)

Et le test équivalent pour le client

    def test_start_line_client(self):
        "Client startline extraction."
        msg = message.Message()
        msg.fullmessage = CLIENT_MSG
        actual = msg.startline()
        expected = "GET /love HTTP/1.1"
        self.assertEqual(actual, expected)

Bien sûr si nous testons maintenant, les tests échouent puisque nous n'avons pas encore défini ce que signifie message.Message() ainsi que startline(). Dans le programme principal, nous pouvons maintenant procéder à la définition de l'extraction.

#!/usr/bin/env python3.3
# encoding: utf-8
"""
http/message.py

Created by Karl Dubost on 2013-03-11.
Copyright (c) 2013 Grange. All rights reserved.
see LICENSE
"""

class Message():
    """HTTP Message basic Structure:
    * start-line
    * headers
    * body

    HTTP-message = start-line
                   *( header-field CRLF )
                   CRLF
                   [ message-body ]

"""

    def __init__(self, message_body=None, message_headers=None, message_startline=None):
        self.fullmessage = ""
        self.message_body = message_body
        self.message_headers = message_headers
        self.message_startline = message_startline

    def startline(self):
        "return the startline of an HTTP message."
        startline = self.fullmessage.splitlines()[0]
        return startline

Cette fois, nous pouvons éxécuter les tests et obtenir la première ligne du message. On peut ainsi au fur et à mesure explorer les contraintes de la spécification ligne par ligne. Ainsi il est mentionné que

A sender MUST NOT send whitespace between the start-line and the first header field. The presence of such whitespace in a request might be an attempt to trick a server into ignoring that field or processing the line after it as a new request, either of which might result in a security vulnerability if other implementations within the request chain interpret the same message differently. Likewise, the presence of such whitespace in a response might be ignored by some clients or cause others to cease parsing.

Nous pouvons créer quelques tests pour ceci. Dans le programme de tests, j'ajoute

import os

et je définis une « constante » pour le caractère de séparations de lignes qui est différent en unix, macos et windows. Ainsi je rend le programme indépendant de la plateforme.

CRLF = os.linesep

Et le test supplémentaire pour tester la présence de l'espace au début ou à la fin de la première ligne du message.

    def test_no_whitespace_startline(self):
        """Is there a whitespace at the end of startline.
        A sender MUST NOT send whitespace between the start-line
        and the first header field.
        """
        expected = "GET /love HTTP/1.1"
        msg = message.Message()
        msg.fullmessage = "GET /love HTTP/1.1 %sHost: example.org" % (CRLF)
        actual = msg.startline()
        self.assertEqual(actual, expected)
        msg.fullmessage = " GET /love HTTP/1.1%sHost: example.org" % (CRLF)
        actual = msg.startline()
        self.assertEqual(actual, expected)

Dans le code lui-même, je change startline

    def startline(self):
        "return the startline of an HTTP message."
        startline = self.fullmessage.splitlines()[0]
        # remove any spaces before and after
        startline = startline.strip()
        return startline

Et voilà j'en ai fait quelques autres, je ne sais pas si c'est intéressant pour vous, ou si vous pensez que je devrais le mettre en ligne. Certains ne sont pas complets, juste des tests à écrire.

def test_parsing_ascii_superset(self):
def test_startline_type(self):
def test_start_line_server(self):
def test_start_line_client(self):
def test_no_whitespace_startline(self):
def test_parsing_reject(self):
def test_request_line_single_SP_after_method(self):
def test_request_line_SP_end(self):
def test_request_line_ends_CRLF(self):
def test_request_method_case(self):
def test_request_special_method(self):
def test_request_target_with_SP(self):
def test_parsing_request_line_in_component(self):
def test_response_to_invalid_requestline(self):
def test_recipients_redirect_invalid_requestline(self):
def test_method_too_long_501(self):
def test_server_uri_too_long(self):
def test_8000_octets_mini_requestline_length(self):
def test_status_code_is_digits(self):
def test_status_code_is_len_3(self):
def test_reason_phrase_parsing(self):
def test_reason_phrase_valid_char_only(self):

April 17, 2013 03:07 PM

April 14, 2013

David Larlet

Être geek

Si j'en crois les récents et moins récents billets, le geek serait un paralytique. Doublé d'un perfectionniste à la limite de l'autisme. Dur.

Difficile pour moi car c'est justement ce que je considère être la définition du geek : non pas celle de la paralysie mais celle de la curiosité (maladive parfois, soit). Pour moi le terme « geek » n'est plus du tout connoté informatique et encore moins lié à une culture, c'est le fait de pouvoir se renseigner dans un domaine particulier de façon efficace et rationnelle.

Cette faculté se développe souvent au service de la consommation car cela permet de croiser facilement des données tangibles mais pas uniquement. Il y a des geeks dans tous les domaines qui vont être à la recherche de la rareté, de la qualité, de l'esthétique dans leurs professions et/ou dans leurs loisirs. Qui vont se réaliser dans l'apprentissage de nouveaux métiers qui ne leur serviront parfois qu'une fois dans leur vie mais ils auront au moins eu le sentiment d'avoir essayé de bien le faire (de façon insatisfaisante d'après eux mais c'est un autre débat).

Revenons à l'informatique, connaissez-vous un autre métier qui génère autant de diversité ? On pourrait y voir un manque de maturité du domaine tout jeune, j'y vois plutôt cette approche geek poussée à l'extrême : creuser tout ce qui peut l'être, faire pousser l'arbre des possibles autant que cela est faisable, rejoindre un horizon qui en ouvre tant d'autres. La chance de l'informatique ce n'est pas d'être un secteur encore à défricher mais un catalyseur à personnes curieuses. Et c'est la raison pour laquelle j'aime mon métier, en mouvement :-).

April 14, 2013 11:00 PM

April 13, 2013

Karl Dubost

Le partage n'est pas inné

Personnes dans la rue la nuit Tokyo, Japon, 27 mai 2003

La grande nuit terrienne n'est pas faite de terriers, mais de malentendus éparpillés. Batailler contre l'absolu de s'enfouir et de se taire.

René Char, Recherche de la base et du sommet.

Lorsque nous sommes baignés depuis longtemps dans un mode de pensée, nous avons tendance à oublier que ce qui participe d'une évidence ou au moins d'un naturel ne l'est probablement pas pour les autres. La culture du partage s'apprend ; elle n'est pas innée.

Lorsque j'ai commencé ce site Web et avant cela la photographie, j'avais une notion commune de la propriété intellectuelle, celle que tout le monde nous enseigne dans la presse, à l'école, dans les livres, dans les mots du quotidien. Notre idée de l'artiste, de l'auteur, du créateur est un concept fabriqué comme tout ce qui participe à notre culture. Nous pensons au créateur parce qu'on nous a appris à penser au créateur. Comme dans tout système culturel validé par une communauté suffisamment importante, un appareil législatif, structurel, commercial se met en place au sein du système. Le code de la propriété intellectuelle fait partie de ce système articulant et reconnaissant le travail du créateur dans nos sociétés.

Donner des nuances à un système culturel dominant est un exercice douloureux pour chacun. Que ce soit en tant que créateur, nous devons alors combattre notre réflexe naturel de la propriété de notre création. Que ce soit lorsque nous dialoguons avec les autres de leurs créations. Je me souviens que sur ce site même, lorsque les personnes faisaient des liens directs sur mes images (« hotlinking ») sans mentionner mon nom ou l'origine de l'image, j'adoptais une attidude défensive à la fois technique et humaine. Je n'admettais pas que l'on utilise mon travail sans même un remerciement.

Ce n'est qu'après un long travail sur soi de quelques années, que progressivement, je suis devenu de plus en plus flexible. En enlevant les anti-hotlinking, en faisant évoluer la licence du site, en arrêtant de me soucier si mes images étaient utilisées ailleurs. La démarche de partage et la possibilité de création ou d'expression des autres sont devenues plus importantes pour moi que celle de la propriété de la création. Ce n'est plus ce que j'ai créé qui m'importe, mais bien ce que je peux et vais créer dans le futur qui est mon moteur. D'autant plus que ma capacité à créer est liée à l'ensemble des cultures et des œuvres partagées avant moi.

April 13, 2013 04:59 PM

Les technologies disparaissent aussi

Site Web sur téléphone mobile Boston, États-Unis, 3 mars 2003

J'ai cherché dans mon encre ce qui ne pouvait être quèté : la tâche pure au-delà de l'écriture souillée.

René Char, Recherche de la base et du sommet.

La conquête de l'espace aérien débute à la fin du XIXe siècle, les technologies et leurs dénominations émergent rapidement. Certaines survivent, d'autres s'éteignent. Dans ce cas ci, les termes d'aéroplane et dirigeable ont disparu du discours principal en 30 ou 40 ans.

graphe de fréquence Recherche des termes aéroplane, dirigeable, avion

Quels seront les technologies dont nous parlons tant aujourd'hui et qui auront complètement disparu du haut de l'affiche d'ici 30 ans. Le DVD va probablement connaître son extinction. La K7 audio a pratiquement disparu. Les VHS… sont en cours de disparition.

Les salles de cinéma ? Les livres au format papier ? Les livres au format ePub ? (Mon impression est que l'ePub va disparaître beaucoup plus vite que le papier). L'automobile à essence ? Le téléphone mobile ? La première image de ce billet est le site Web du W3C sur un téléphone Ericsson dans Opera 6, il y a tout juste 10 ans.

April 13, 2013 04:25 PM

April 12, 2013

del.icio.us

Karl Dubost

L'hôtel particulier de Mozilla

salle avec dorures Salle intérieure de l'hôtel Mercy d’Argenteau

Our mission is to promote openness, innovation & opportunity on the Web.

Mozilla, Mission.

Mozilla France a déménagé dans de nouveaux locaux au 16, rue boulevard Montmartre à Paris. Comme le bâtiment de style 18eme siècle est particulièrement remarquable (bien que pas très à mon goût), la presse en parle. Laurent a écrit un billet sur le lieu, ce qui en retour a piqué ma curiosité pour en savoir un peu plus. Laurent et moi échangeons des informations dans les commentaires de son billet.

Le propriétaire en 2013 de l'ensemble de l'immeuble, dont Mozilla ne loue qu'une partie, est Gecina.

Les personnes

Portrait de Jean-Joseph de LabordeL'hôtel particulier a été construit en 1778. Firmin Perlin est l'architecte. Il avait alors 31 ans. Il est mort à l'âge de 36 ans de turberculose.

Le client Jean-Joseph de Laborde (sur la droite) réalise sa fortune sur le commerce des biens rares tels que les fruits et les essences d'arbres tropicaux. Il participe à la traite des esclaves également. Il semble posséder de nombreuses propriétés. Il sera guillotiné en 1794. Sur Gallica, on peut trouver les listes des guillotinés par le tribunal révolutionnaire. Ces listes sont terrifiantes. Elles énumèrent des personnes de toutes conditions sociales jugées et exécutées aussitôt.

liste de noms Salle intérieure de l'hôtel Mercy d’Argenteau

Portrait de Florimond de Mercy-ArgenteauJean-Joseph ne semble ne pas avoir gardé le bâtiment longtemps qui est aussitôt revendu ou cédé au comte de Mercy-Argenteau, alors ambassadeur d'Autriche. Mais ce n'est pas si clair. Toutes les sources d'information sur wikipedia semblent répéter la même histoire. Les deux personnes semblent avoir été proches et leurs maisons étaient proches selon l'introduction de ce livre publié en 1889, Correspondance secrète du comte de Mercy-Argenteau avec l'Empereur Joseph II et le prince de Kaunitz.

M. de Mercy était surtout très étroitement lié avec le grand banquier Jean-Joseph de Laborde, un des hommes qui honorèrent le plus la nation française à la fin de l'ancien régime.

L'origine de leurs relations se devine aisément. En 1760, M. de Laborde avait épousé une des filles de Mme Nettine, qui dirigeait à Bruxelles la grande maison de banque, chargée des affaires de la cour de Vienne aux Pays-Bas. Cette dame était en outre l'amie intime du comte de Cobenzl, le ministre qui était à la tête de l'administration des Pays-Bas autrichiens et elle avait toute la confiance de l'Impératrice et du prince de Kaunitz qui avait les Pays-Bas dans ses attributions. Comme M. de Laborde était à Paris le représentant de sa belle-mère, il avait forcément des relations avec les ambassadeurs impériaux, qui devaient être trop heureux de pouvoir fréquenter une maison agréable, où la meilleure société de Paris se donnait rendez-vous. On y rencontrait entre autres le prince de Conti, Mme de Brionne, le duc de Gontaut, la duchesse de Gramont et son frère le duc de Choiseul, qui donnait en toute occasion les preuves de la plus vive amitié à M. de Laborde, qui de son côté lui rendait les plus grands services. Aussi lorsque M. de Mercy fut admis dans l'intimité de la famille de Choiseul, à la fin de l'année 1768, il devint en même temps l'ami de M. de Laborde, qui dès lors est souvent nommé dans les dépêches de l'ambassadeur. Cette intimité s'accrut encore, en 1778, quand M. de Mercy fut venu habiter son hôtel sur le boulevard, qui était tout à côté de l'hôtel de M. de Laborde, situé rue Grange-Batelière W. M. de Mercy devint alors l'un des familiers les plus assidus de la maison de Laborde. Non seulement il y trouvait des amis sûrs et dévoués, un homme du plus grand mérite et une femme de premier ordre, qui savaient attirer chez eux la meilleure société de Paris, mais il recueillait dans ce salon des mieux informés les plus précieux renseignements sur les affaires d'Etat comme sur celles des particuliers et il en profitait pour augmenter l'intérêt de ses dépêches. En outre, M. de Laborde par sa position pouvait lui fournir les notions les plus certaines sur les intrigues de cour, sur l'état du Trésor royal, sur la situation économique de la France, etc.

Arneth, Alfred von., Correspondance secrète du comte de Mercy-Argenteau avec l'Empereur Joseph II et le prince de Kaunitz.

Une note de pied de page précise

M. de Laborde, qui possédait presque tout ce quartier qu'il avait complètement transformé en y perçant des rues et en y bâtissant un grand nombre de maisons, avait sans doute cédé à M. de Mercy un terrain pour y bâtir son hôtel. Nous savons que M. de Laborde, qui s'occupait de la fortune de ses amis, prenait soin des affaires de M. de Mercy comme des affaires du duc de Choiseul. C'est en l'hôtel de M. de Laborde que fut signé le 26 septembre 1775 le contrat passé entre le comte de Mercy et le marquis de Castellane pour la baronnie de Conflans.

Arneth, Alfred von., Correspondance secrète du comte de Mercy-Argenteau avec l'Empereur Joseph II et le prince de Kaunitz.

Difficile de savoir donc pour qui Firmin Perlin a vraiment construit l'hôtel particulier du boulevard Montmartre et avec quel argent. Cependant on trouve aussi dans le texte, la mention suivante à la page XXVI

En quittant son palais de la rive gauche, M. de Mercy alla habiter le superbe hôtel qu'il venait de se faire bâtir sur le boulevard Richelieu, aujourd'hui des Italiens, vis-à-vis la rue de Richelieu. Cette maison était assez remarquable pour que les guides de ce temps la signalassent à l'attention des provinciaux et des étrangers.

Arneth, Alfred von., Correspondance secrète du comte de Mercy-Argenteau avec l'Empereur Joseph II et le prince de Kaunitz.

Et une autre note de pied de page

Voici ce que nous en dit Hardy à la date du 9 juin 1778 : « Ce jour, me promenant sur les boulevards anciens, depuis la porte Saint-Martin jusqu'à la place Louis XV, je remarque… que depuis trois ou quatre ans on avait élevé de droite et de gauche, jusqu'à l'entrée du faubourg Saint-Honoré, de superbes maisons dans la construction desquelles on voyait briller et les talents de nos modernes artistes et le goût actuellement décidé des Parisiens pour le luxe et la décoration. Le comte de Mercy, ambassadeur de l'Empereur à la cour de France, originaire d'Italie et l'un des plus riches seigneurs de la cour impériale, qui avait obtenu de son souverain la permission de se fixer pour toujours dans notre capitale, était du nombre de ceux qui s'y faisaient préparer à grands frais un logement spacieux et magnifique. » (Journal de Hardy, t. III, p. 5oo, Mss. fr. de la Bibl. nat., vol. 6682.)

Grimm, dans un mémoire à Catherine II, écrivait en 1797 : « Un cas bien plus remarquable est celui du comte de Mercy-Argenteau, ambassadeur de la cour de Vienne en France, où il avait acheté des terres considérables et bâti à Paris un superbe hôtel pour habitation. Il avait d'ailleurs une fortune im mense, dont sûrement une grande partie était placée en France, puisqu'il comptait comme moi y passer sa vie. » (Correspondance littéraire, édition M. Tourneux, t. 1, p. 47.)

Thierry, Guide des amateurs et des étrangers a Paris, Paris, 1786, in- n, t. I,p. 188, et Watin, Le Provincial à Paris, quartier du Louvre, Paris, 1787, in-24, p. 18.

En 1795 l'hôtel de Mercy portait le n° 24 du boulevard de la Loi; mais jusqu'ici nous n'avons pas réussi à déterminer exactement l'emplacement de la maison qui le représente aujourd'hui; cela n'a pas d'ailleurs d'importance pour l'objet qui nous occupe.

Arneth, Alfred von., Correspondance secrète du comte de Mercy-Argenteau avec l'Empereur Joseph II et le prince de Kaunitz.

Il y a de nombreuses autres références dans le texte. Le boulevard semble s'appeler Boulevard de Richelieu. Tout ceci est assez confus finalement. Il semble qu'il soit venu habiter l'hôtel à partir de 1778 seulement.

Le bâtiment

Le bâtiment construit sur le boulevard Montmartre fût quitté par Mercy-Argenteau un peu après la Révolution Française. Je suppose que cela devenait trop dangereux de rester. L'hôtel avait bien moins d'étages au tout début de sa construction. Il a été agrandi au siècle suivant. Dans un document de la Commission du Vieux Paris (pdf) du 27 novembre 2008, on peut trouver une reproduction de la façade du bâtiment original.

plan du bâtiment façade de l'hôtel Mercy d’Argenteau

1824 Le Grand Cercle. Il s'agit d'un lieu de jeu. Sa fondation remonte à 1824 un "Jockey-Club"pour généraux en retraite disaient les mauvaises langues. Situé presque en face du théâtre des Variétés, le cercle reprenait vie après la fermeture de celui-ci, les vieux barbons venant se reposer des émotions du foyer des artistes. On ne jouait pas de grosses sommes dans cet établissement de jeu qui ne fit pas beaucoup parler de lui sauf au moment de sa fermeture qui fut un scandale.Autour du Père Tanguy

Sur une gravure réalisée par Benjamin Pépiot en 1860, on peut voir l'hôtel avec déjà tous ses étages.Selon

Détail d'une gravure montrant des immeubles hôtel Mercy d’Argenteau sur la droite (complet)

Un peu plus d'informations sur une page dédiée aux rénovations récentes de l'hôtel particulier :

Amputé de ses communs et de ses jardins à la Révolution, il est surélevé de trois étages entre 1827 et 1829, augmenté de deux ailes sur cour et devient un immeuble de rapport. Il hébergera au Second Empire des cercles mondains très en vogue. En 1890, il est agrandi d’une vaste salle des fêtes attribuée à Charles Garnier, inscrite à l’inventaire supplémentaire des Monuments Historiques, tout comme le salon n° 2 du 1er étage, orné de colonnes corinthiennes.

1867 : le Cercle comptait plus de cinq cents membres — Autour du Père Tanguy

1876 : un nouveau nom est adopté Cercle des Ganaches, né de la fusion du Cercle Général du Commerce et de l'ancien Cercle. Surveillance rapproché par la police. — Autour du Père Tanguy.

20 janvier 1894 : le préfet de Police Lépine faisait fermer le Grand Cercle, à la suite de nombreux rapports signalant la présence aux côtés du propriétaire d'un escroc international, "un nommé Mariovaldi (sic) dit Fabian Guagni dont les exploits ne sont plus à compter et tellement de notoriété publique, qu'il lui est impossible depuis de longues années de fréquenter le dernier des tripots de France C'est pour cela qu'il en était réduit à opérer sur les paquebots à l'étranger" (...) En compagnie de Monsieur Ardisson, l'auteur du scandale de l'Epatant, il fut de s'enfuir du Cercle de l'Union à Hambourg où il venaiit de dépouiller les joueurs d'une centaine de mille francs (expulsé de Baden-Baden. Ce monsieur faisa_it partie de la bande de détrousseurs composée de Belliard, Maria et consors est un grec des plus dangereux(...) extrait d'un rapport de police de décembre 1892.Autour du Père Tanguy.

Les cartes

2013 : le 16 du boulevard Montmartre sur OpenStreetMap.

Carte OpenstreetMap au lieu de l'hôtel OpenStreetMap 2013

1773 : Sur le plan du quartier Montmartre de Jean-Baptiste-Michel Renou de Chauvigné dit Jaillot, on peut remarquer un grand jardin au niveau du 16 actuel. Il n'existe alors que quelques hôtels particuliers et des fermes. Le plan pourrait avoir été dessiné avant 1773. Il est publié en 1773.

Détail du plan Plan du quartier Montmartre, 1773

1778 : Construction de l'hôtel

1779 : Plan de la ville et fauxbourgs de Paris avec tous les changements et les édifices les plus récents.

Détail du plan Paris, 1779

1780 : Un autre plan, Nouveau plan routier de la Ville et Fauxbourgs de Paris en 1780 semble montrer un bâti tout autour du bloc de rue avec des jardins intérieurs, mais sans grands détails.

Détail du plan Paris, 1780

1783 : Nouveau Plan de Paris, avec les augmentations et changements qui ont été faits pour son embellissement. Très similaire.

Détail du plan Paris, 1783

Boulevard Montmartre

Le boulevard Montmartre était le boulevard Richelieu.

Dans un livre de 1863 sur l'histoire des boulevards

Derrière l'autre rangée d'arbres, parmi les maisons qui surgissent sur d'autres terrains vendus par la famille Choiseul à Dumont, à Forget, à Laborde, à Vessu, voici une propriété établie sous Louis XVI pour M. de Bospin, à l'un des angles de la rue Le Peletier.

[…]

Le Cours, où des arbres furent plantés en 1676, se divisa postérieurement en boulevards de divers noms, et le boulevard Poissonnière fut longtemps dit boulevard Montmartre. Celui qu'on connaît à présent sous cette dernière dénomination s'appelait boulevard Richelieu.

[…]

Notre notice sur la rue Drouot a déjà donné l'historique de la grande propriété située à l'opposite sur le boulevard. La maison adjacente qu'occupe l'ancien cercle a été un hôtel Mercy. Le comte de Mercy-d'Argenteau , ambassadeur du saint-empire, y résida, comme à l'hôtel d'Augny. On accusa ce diplomate, au commencement de la Révolution, d'être à Paris le directeur du comité autrichien, et il se retira à Bruxelles en septembre 1790.

Son frère, dans le même temps, épousait une cantatrice du nom de Levasseur , sa maîtresse, qui devint ainsi baronne du saint-empire, vicomtesse de Mercy-d'Argenteau. L'ambassadeur mourut à Londres quatre ans après; l'autre servit, comme général, dans les armées autrichiennes, et ne cessa de vivre qu'en 1815.

Charles Lefeuve, Histoire des boulevards des Italiens, Montmartre, Poissonnière, Bonne-Nouvelle et Saint-Denis.

En 1905, livre sur l'histoire de la famille Mercy-d'Argenteau

Le comte de Mercy-Argenteau, qui avait pris pour règle de suivre les traditions fastueuses du prince de Kaunitz, s'installa en prenant possession de l'ambassade d'Autriche, au palais du Petit-Luxembourg, qu'il avait loué au prince de Condé(1). C'est là qu'il résida de 1766 à 1778 et qu'il reçut l'empereur Joseph II, lors de son voyage en France en 1774.

Le comte de Mercy ne tarda pas à gagner la confiance du duc de Choiseul, chef du ministère français, avec lequel il négocia et mena à bonne fin le mariage de l'archiduchesse Marie-Antoinette avec le dauphin de France, plus tard Louis XVI. Ce mariage resserrait l'alliance Austro-Française, oeuvre du prince de Kaunitz et comblait les voeux de l'impératrice Marie-Thérèse.

(1) Aujourd'hui, la résidence du président du Sénat; il quitta ce palais en 1778, pour aller habiter un superbe hôtel qu'il avait fait bâtir au boulevard Richelieu, aujourd'hui des Italiens, vis-à-vis de la rue Richelieu.

Eugène Poswick, Histoire de la seigneurie libre et impériale d'Argenteau et de la maison de ce nom, aujourd'hui Mercy-Argenteau.

Dans les procès verbaux de la Commission municipale du Vieux Paris, on trouve :

Quelques auteurs ont affirmé que le comte de Mercy-Argenteau avait habité cet hôtel. Cette affirmation est probablement erronée, les Almanachs royaux, jusqu'à celui de 1790, indiquant ce personnage comme logeant au boulevard Richelieu :

« M. le Comte de Mercy-Argenteau, Ambassadeur de l'Empereur, roi de Hongrie et de Bohême, au Boulevard Richelieu. »

D'ailleurs, Thiery dit, en parlant de la rue Grange-Batelière :

« … Revenant sur vos pas, vous verrez encore de beaux hôtels avant d'arriver au Boulevard, sur lequel vous remarquerez celui occupé par M. le Comte de Mercy-Argenteau, Ambassadeur de l'Empereur (1). »

Il ne paraît donc pas y avoir de doute dans ce texte, en ce qui concerne la situation, sur le boulevard, de l'hôtel du célèbre diplomate.

Commission du Vieux Paris, Procès verbaux - Commission municipale du Vieux Paris.

Voir aussi Commission du vieux Paris - 21 avril 2009 (pdf)

Le passage est extrait du guide de Luc Thiéry à la page 188.

Voir Ailleurs

April 12, 2013 01:38 PM

April 09, 2013

Karl Dubost

Les salauds du livre

trois hommes autour d'une table Les salauds dorment en paix, Akira Kurosawa

La vie est cynique. Notre relation l'est aussi.

Akira Kurosawa, Les salauds dorment en paix.

Depuis quelques jours, le monde du livre discute. Voici ce que je retiens des lectures des commentaires et des billets chargés d'invectives. Ce ne sont pas mes propos.

  • L'état. Salaud car il détourne les lois européennes et le code de la propriété intellectuelle.
  • La BNF. Salaud car elle négocie dans l'opacité contre les auteurs.
  • L'éditeur. Salaud car il profite de l'argent public pour éditer en numérique alors qu'il n'a pas bougé le petit doigt avant.
  • L'auteur. Salaud car il ne considère pas l'intérêt public et s'accroche au code de la propriété intellectuelle.
  • Le lecteur. Salaud car il ne respecte pas l'auteur et « le lit mal » (sic).

Vraiment ? Est-ce vraiment le monde que nous voulons ? Réveillez-vous.

April 09, 2013 01:27 PM

Trouver le premier et le dernier jour du mois (Python)

Lampe dans une rue sombre 26 mars 2008, Tokyo, Japon

Le jour et la nuit ne sont-ils que des hallucinations de passant ? Que voient les emmurés ? L'oubli ? Leurs mains ?

René Char, Recherche de la base et du sommet.

Afin de pouvoir calculer le temps écoulé entre une date précise et le début du mois, ou bien la fin du mois, il est nécessaire de déterminer le premier jour et le dernier jour de ce mois.

Le premier jour du mois est facile à obtenir. Le dernier jour du mois est variable. Il est soit le 28, 29, 30 ou 31. Le plus simple est donc de rechercher le premier jour du mois suivant (stable) et de soustraire 1 seconde pour obtenir le dernier jour du mois en cours. Bien sûr uniquement pour les dates récentes, le calendrier a évolué, changé dans le passé.

#!/usr/bin/env python
# encoding: utf-8
"""
Compute first and last day of the month for a precise date.
Python 3

Created by Karl Dubost on 2013-04-03.
MIT License.
"""

import datetime


def month_range(datetime_object):
    """give the first and last day of the month for this day"""
    # getting the month
    first_month = datetime_object.month
    # getting the year
    first_year = datetime_object.year
    # Computing the first day.
    # It is always the first of the month
    first_day = datetime.datetime(year=first_year, month=first_month, day=1)
    # computing the last day
    # The last day of the month can be 28, 29, 30, 31.
    # So we increment to the first day of next month at midnight and remove 1 second.
    if first_month == 12:
        last_day = datetime.datetime(year=first_year, month=12, day=31, hour=23, minute=59, second=59)
    else:
        last_day = datetime.datetime(year=first_year, month=first_month+1, day=1) - datetime.timedelta(seconds=1)
    return first_day, last_day


def main():
   # given a date string
   date_string = "2013-04-03T16:27:00"
   # convert it into a python datetime object
   date_object = datetime.datetime.strptime(date_string, "%Y-%m-%dT%H:%M:%S")
   # return a tuple being the first and last day of the month for this date
   print(month_range(date_object))

if __name__ == '__main__':
    main()

Comme d'habitude, avec l'espoir que ce soit utile pour les autres.

Module calendar en Python

Une autre solution proposée par Yves Lafon (quelques minutes plus tard)

→ python3
Python 3.3.0 (v3.3.0:bd8afb90ebf2, Sep 29 2012, 01:25:11)
[GCC 4.2.1 (Apple Inc. build 5666) (dot 3)] on darwin
Type "help", "copyright", "credits" or "license" for more information.
>>> import calendar
>>> calendar.monthrange(2013, 2)
(4, 28)

calendar.monthrange(year, month) renvoie le jour de la semaine du premier jour du mois, ainsi que le nombre de jours dans le mois.

April 09, 2013 10:33 AM

April 08, 2013

Karl Dubost

Habiter la globalisation

Rue d'un village de conteneurs Village de conteneurs. Mars 2013, Aly Song, Reuters ©.

L'orage a deux maisons. L'une occupe une brève place sur l'horizon ; l'autre, tout un homme suffit à peine à la contenir.

René Char, Recherche de la base et du sommet.

Le conteneur est une unité symbolique de la globalisation. Il représente les échanges des biens matériels. Tout ce qui se déplace est échangé à travers le monde passera par un conteneur. Devenu commun, il devient objet de travail, de transformation, de détournement et de création. On le transforme en appartements pour étudiants. Il est également décliné à tous les barreaux de l'échelle sociale en Chine.

Dacheng est spécialisé dans la création de structure de métal. Il vous en coûtera de 2,850 à 6,000 dollars US pour avoir votre boîte de métal.

conteneurs alignés en grand nombre Parc d'achat des conteneurs pour Dacheng.

Bien sûr, les riches ont tout prévu et ne voulaient pas être en reste. Il existe donc maintenant un hôtel cinq étoiles pour passer la nuit dans un conteneur.

Cependant la réalité urbaine du conteneur se décline surtout comme hébergement de fortune pour les migrants des provinces chinoises attirés par le travail dans les fortes zones industrielles autour de Shanghai, Shenzhen, etc. Les centre-villes sont souvent été rasés pour être reconstruits en logements plus salubres mais inabordables pour les migrants. Ils s'installent donc dans les conteneurs pour leur maison et leurs commerces locaux. Les conteneurs sont loués 500 Yuans par mois.

Rue d'un village de conteneurs Village de conteneurs. Mars 2013, Aly Song, Reuters ©.

April 08, 2013 08:14 PM

Hanami, la fiction en flocons

chemin sous les cerisiers en fleurs 29 mars 2008, Tokyo, Japon

Le poète : Les orangers déjà sont en fleur, le pêcher fait son averse. D'autres arbres vont bientôt suivre. Mais leur maturité est insérée dans une unique saison. Tandis qu'ici…

René Char, Recherche de la base et du sommet.

Chaque jour, un pétale se détache du monde. À travers les océans et les continents, la joie se communique avec l'onde. L'ivresse accompagne la chute des flocons du printemps japonais. Alors nous rêvons et nous trinquons au delà des fuseaux horaires. Le monde est dense. Nos amis sont proches.

Que nous vaut l'ivresse quand la chair n'y est pas. Sous nos cerisiers, les voix s'imaginent. Nous crystalisons le bonheur. La fiction y est un corps étrange. La vibration des mots qui tremble dans nos coffres respectifs, ceux là, il faudra les créer de nouveau.

April 08, 2013 07:18 PM

Le processus de création confronté au quotidien

hommes face à la mer Les pêcheurs, Kanae Yamamoto

Tant de mots sont synonymes d'adieu, tant de visages n'ont pas d'équivalent.

René Char, Recherche de la base et du sommet.

Kanae Yamamoto a relancé l'Ukiyo-e (estampe gravée sur bois) au début du 20eme siècle. L'imagerie populaire des ukiyo-e s'appuie sur une reproduction de masse commerciale, le « pop art » avant l'heure. L'imprimerie et les encres chimiques ne feront qu'accélérer le processus, et puis finalement le tuer. Le système de création des ukiyo-e est un système traditionnel réparti, composé de :

  • l'artiste
  • le graveur sur bois
  • l'imprimeur
  • l'éditeur

Kanae Yamamoto et quelques autres artistes veulent en s'appuyant sur une idée de l'artiste maître de l'ensemble de son processus de création de créer un nouveau mouvement : Sōsaku-hanga. L'artiste doit maîtriser tout le processus de création et être à la fois peintre, graveur, imprimeur. D'une culture du travail combiné des artisans, on passe à une culture de l'artiste maître poussée par les nombreux artistes japonais qui ont séjourné en Europe. L'artiste avec un « moi » affirmé commence à apparaître en 1910 dans un essai de Takamura Kotaro intitulé Soleil Vert et publié dans le magazine Subaru (2–4 Avril 1910, p. 23–29). Il appelle à l'indépendance artistique Si une personne peint un « soleil vert, » je ne dirais pas que c'est incorrect. Car il y a des moments où le soleil ressemble à cela pour moi, aussi. Simplement parce-qu'une peinture contient un « soleil vert, » je ne seraias pas capable d'ignorer la valeur d'ensemble de la peinture. Le bon ou le mauvais de la peinture n'a rien à voir avec le fait que le soleil soit vert ou rouge enflammé. Et un peu plus loin, il poursuit par J'aimerais permettre la Persoenlichkeit de l'artiste qui a peint un soleil vert d'avoir une autorité absolue.

Tout ceci se pose dans un contexte historique bien particulier, la difficulté de créer pour certains artistes. Que ce soit les impressionnistes en France raillés par les critiques ou bien les jeunes artistes japonais revenant de Paris s'affrontant au mur des artistes établis. L'histoire est bien souvent la même, une nouvelle ère, une nouvelle période, de nouveaux moyens, de nouvelles règles esthétiques. Les anciens résistent aux modernes, les excluent, les moquent ou les transforment en destructeurs du passé. L'appareil culturel des anciens est l'art établi avec ses règles, ses circuits économiques, ses systèmes de validation. Les modernes ne rentrent pas dans le moule et sont donc perçus comme une menace. Et qu'on ne se fasse pas d'illusions, les modernes deviendront des anciens s'ils finissent par s'établir comme référence.

Nous le vivons aujourd'hui dans le monde des arts classiques confrontés au monde numérique et à ses explorations de réseau. L'erreur est bien souvent de penser que c'est le fait que la création soit numérique. C'est en partie le cas. Ce qui a beaucoup modifié les relations et poussé les frontières—et ce n'est que le début—c'est la numérisation connectée. L'accélération électrique de l'échange immédiat change beaucoup de choses dans notre relation à cette même information, à sa valeur, à son évolution, à sa mixité créative.

On peut difficilement se revendiquer d'une exploration de nouveaux territoires et dès que le territoire est menaçant soudainement se rappatrier sur la sécurité du système des anciens. Le pas de rêverie vers les nouveaux territoires est à la fois douloureux et libérateur.

April 08, 2013 03:03 AM

April 07, 2013

Gautier Poupeau

Petite Poucette au secours de l'Open Data

Dans mon précédent billet, j'avais qualifié l'Open Data « d'échec total » sans beaucoup plus d'explications. Il me semble important de justifier ce propos et de le dépasser, d'autant que cela a pu blesser certaines personnes qui se battent au quotidien pour mettre à disposition ces données ce qui n'était pas mon objectif. Il m'a fallu un peu de temps, car il m'a été difficile de mettre des mots précis sur ce qui relevait plus d'un sentiment ou d'une intuition.

De l'échec de l'Open Data

Si on jette un regard froid et objectif sur les retombées de l'Open Data, on peut évidemment n'être que déçu par le résultat :

  • la transparence : évidemment certaines données sont à disposition et c'est une avancée énorme, mais mes parents n'en connaissent pas l'existence et, quand bien même, ils sont incapables d'exploiter par eux-mêmes ces données, cela est réservé à une nouvelle élite de notre société : les personnes capables de manipuler un programme informatique pour transformer les données, faisons simple : les "geeks", est-ce vraiment cela la transparence que nous appelons de nos vœux ?
  • la réutilisation des données : la transparence passe par la mise au point d'applications et donc par la réutilisation des données, j'ai déjà montré dans mon précédent billet les obstacles qui se présentent aujourd'hui. Conséquences (ou pas...) : on ne peut pas dire que c'est le raz-de-marée, il y a bien des initiatives à droite à gauche, des applications pour téléphone portable, des prototypes ou quelques services qui ont profité des données mises à disposition comme en témoignent les résultats des multiples concours ou les hackatons, mais, et j'espère que cela ne vexera personne, cela reste anecdotique par rapport à tout ce qu'on est en droit d'attendre ou d'espérer ;
  • le marché économique : qui peut prétendre vivre de l'Open Data aujourd'hui ? Existe-t-il un marché ? Je ne parle pas de s'enrichir, je parle simplement de disposer d'un marché économique suffisant pour justifier les investissements publics sur le long terme et privés, déjà, sur le court et moyen terme nécessaires à la mise au point de solutions, de produits, de formations, de services adaptés et à la pérennisation de ces initiatives pour permettre la réutilisation et l'accessibilité des données indispensables pour apporter la transparence sur le long terme auprès de tous.
  • l'innovation : comme le résume Karima Rafes : « #hackaton ou la R&D du pauvre... Un bon titre pour un livre sur l écosystème français #OpenData » Rien de plus à ajouter...

Mais, ces constats m'apparaissent plus comme des symptômes d'un problème plus profond et plus complexe à qualifier. Le billet de Christian Fauré intitulé « Ce n'est pas qu'une histoire de données » offre un début de réponse. Christian y exhorte les institutions à ne pas limiter l'Open Data à la stricte mise à disposition des données et à profiter de ce mouvement pour placer leur activité dans le monde numérique, c'est-à-dire mettre l'activité de l'organisation dans l'espace de partage et de collaboration qu'est le web et ainsi profiter des avantages de ce milieu associé. Mais, cela ne me satisfaisait pas complètement, car, si Christian présente (rapidement) ce qu'il faudrait faire, cela n'explique pas le paradigme actuel et les raisons de son dysfonctionnement.

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De petite poucette de Michel Serres

Il me semble avoir trouvé certaines réponses dans l'ouvrage de Michel Serres petite poucette. A travers l'analyse des comportements des "jeunes" (la Petite Poucette et le Petit Poucet) et de certaines critiques faits à leur encontre, Michel Serres en appelle à la compréhension et au dialogue entre les générations pour construire une société nouvelle. Il me semble qu'il met finalement en avant la tension entre notre société du spectacle (médiatique, éducative, politique, judiciaire) telle que la définit Guy Debord et la société de l'information telle qu'elle se construit peu à peu. Celle-ci se définit par un accès immédiat et distribué au savoir et à la connaissance, remettant ainsi en cause les cadres de la société du spectacle qui se définit par la représentation du savoir, la "spectacularisation", via des experts et des sachants face au "vulgaire" (au sens étymologique)/au peuple/au citoyen lambda. Le savoir n'est finalement plus synonyme de pouvoir dans la société de l'information, puisqu'il est disponible et accessible à tous à tout moment. En de nombreux points, l'ouvrage de Michel Serres m'a rappelé l'intervention d'Olivier Dyens au colloque Les défis de la publication sur le Web : hyperlectures, cybertextes et méta-editions qui a eu lieu en décembre 2002 à l'ENSSIB (ça nous rajeunit pas...) : « Le Web et l'émergence d'une nouvelle structure de connaissances ».

Quel rapport entre l'Open Data et Petite Poucette ?

Si l'Open Data est aujourd'hui un échec, c'est précisément car il a été pensé au niveau des dirigeants et de l'institution (et je ne parle pas des opérationnels qui le font chaque jour) selon le paradigme de la société du spectacle, c'est-à-dire que l'institution reste au centre et donne à voir sa connaissance au citoyen lambda et non comme le moyen de partager et collaborer entre les différentes strates de la société. Pour le dire autrement avec le vocabulaire de Bernard Stiegler et Christian Fauré, alors que l'Open Data aurait dû être conçu selon les principes d'un milieu associé, il l'a été selon les principes du milieu dissocié. L'Open Data n'est finalement qu'un moyen offert aux hommes politiques de faire le buzz en se servant du prétexte de transparence (dévoyée comme nous l'avons montré ci-dessus) pour s'offrir en spectacle face à leurs administrés.

Je voudrais appuyer mon propos sur l'analyse rapide des deux paradigmes qui sont au centre de l'Open Data aujourd'hui : le portail et le fichier.

A travers le portail, l'État au sens large (l'état centralisateur et les collectivités territoriales) met en scène ses données. L'utilisateur doit se taire, attendre et subir ce que lui donne le producteur (cf. mon précédent billet...). Michel Serres démontre dans son livre que cette forme de passage du savoir est dépassée et explique le chahut et le brouhaha de la salle de classe, de l'amphi par l'accès immédiat des étudiants aux savoirs. Finalement, que nous apportent de plus les portails Open Data tels qu'ils sont conçus ? Pas grand chose. Bien-sûr les concours et autres initiatives de ce type sont conçus par leurs promoteurs (les opérationnels de tous les jours) comme des moyens de collaboration, mais pour les décideurs, ce ne sont que des moyens supplémentaires de mettre en avant leurs décisions d'avoir fait de l'Open Data et d'alimenter le spectacle, la démonstration de leur action publique.

Quant aux fichiers, ils constituent clairement un flux fini d'informations non mis en relation techniquement avec son contexte de production ni avec d'autres informations planquées au fin fond d'un autre fichier. Bref, il est l'antithèse du paradigme de distribution et de mise en relation que constituent les technologies du Web. Or, dans son livre, Michel Serres met en avant la formidable avancée que constitue la distribution du savoir et en appelle au dépassement du paradigme de la page, symbole d'un autre temps de fixation de la connaissance :

« ce format page nous domine tant, et tant à notre insu, que les nouvelles technologies n'en sont pas encore sorties. L'écran de l'ordinateur - qui lui-même s'ouvre comme un livre - le mime, et Petite Poucette écrit encore sur lui, de ses dix doigts ou, sur le portable, des deux pouces. Le travail achevé, elle s'empresse d'imprimer. Les innovateurs de toute farine cherchent le nouveau livre électronique, alors que l'électronique ne s'est pas encore délivrée du livre, bien qu'elle implique tout autre chose que livres, tout autre chose que le format transitoire de la page. Cette chose reste à découvrir. Petite Poucette nous y aide. » p. 32

Finalement, le fichier et le portail sont les héritières directes, la transposition dans le monde informatique, de la page/document et du livre/cours/émission par lequel passent les savoirs dans la société du spectacle.

Comment y remédier et faire avancer les choses ?

Sur le plan technique, il faudrait généraliser l'utilisation des technologies relationnelles seules capables de profiter et de faire profiter des avantages du milieu associé qu'est le Web et, en premier lieu, les technologies du Web sémantique. D'une part, par leur capacité à séparer les usages originels de la logique des données elles-mêmes, elles permettent de ne pas présager des usages futurs des données. D'autre part, par leur capacité à mettre en relation de manière distribuée des ressources hétérogènes, elles permettent de lier les différentes données au sein même d'une organisation et entre les organisations. Bref, elles sont à l'heure actuelle le meilleur moyen de garantir l'interopérabilité à court et moyen termes. Pour autant, cette opération est complexe, peut se révéler coûteuse et il est nécessaire de convaincre les décideurs du bien fondé de cette démarche. Or, ces derniers n'ont que faire de problématiques techniques. On peut le déplorer, je le déplore, mais c'est un fait.

Il faut placer le débat et la réflexion à un autre niveau : organisationnel et, oserai-je le dire, philosophique. L'Open Data est un moyen de repenser la place du numérique dans les organisations publiques, de dépasser la vision de simple gadget qu'il reste encore trop souvent. Par là, c'est la relation entre l'institution publique et les citoyens qu'il faut repenser dans une démarche véritablement collaborative et associée. Cela implique de placer l'Open Data au centre de la stratégie de construction des systèmes d'information des institutions publiques. L'Open Data ne doit pas être conçu en bout de chaîne mais dans une démarche globale de l'institution. De plus, il faut que l'Open Data soit pensé dans la perspective de réutilisation des données, c'est-à-dire dans une démarche de collaboration et de confiance avec les personnes et les organisations publiques et privées qui vont les réutiliser. Or, les concours et autres hackathons ne sont pas suffisants pour cela. Que peut y gagner l'institution qui fait ce pari ? Penser une nouvelle forme de rapport entre les citoyens et les institutions par une collaboration et une proximité rendue possible par la société de l'information naissante. Il en va finalement de sa considération par le citoyen et par là même de son existence :

« Les grandes institutions [ndla : Michel Serres les cite plus haut : "grandes machines publiques ou privées, bureaucraties, médias..."] [...], dont le volume occupe encore tout le décor et le rideau de ce que nous appelons encore notre société, alors qu'elle se réduit à une scène qui perd tous les jours quelque plausible densité, en ne prenant même plus la peine de renouveler le spectacle et en écrasant de médiocrité un peuple finaud, ces grandes institutions, j'aime le redire, ressemblent aux étoiles dont nous recevons la lumière, mais dont l'astrophysique calcule qu'elles moururent voici longtemps. Pour la première fois sans doute de l'histoire, le public, les individus, les personnes, le passant appelé naguère le vulgaire, bref Petite Poucette, pourront et peuvent détenir au moins autant de sagesse, de science, d'information, de capacité de décision que les dinosaures en question, dont nous servons encore, en esclave soumis, la voracité en énergie et l'avarice en production. Comme prend la mayonnaise, ces monades solitaires s'organisent, lentement, une à une, pour former un nouveau corps, sans aucun rapport avec ces institutions solennelles et perdues. Quand cette lente constitution se retournera soudain, comme l'iceberg de tantôt, nous dirons n'avoir pas vu l'événement se préparer » p. 66

L'Open Data est une chance donnée à ces grandes institutions pour intégrer et prendre en compte le nouveau monde de Petite Poucette. J'espère qu'ils la saisiront au risque de s'enfermer encore un peu plus dans l'incompréhension dont ils font preuve tous les jours (et l'actualité récente nous l'a encore malheureusement prouvé) et de voir le fossé entre l'institution et les citoyens se creuser encore un peu plus.

PS : je dédie ce billet à Alexandre Monnin dont les travaux prouvent que philosophie et technologies (du Web) ne sont pas incompatibles et qui défendra cette idée demain au cours de sa soutenance de thèse de philosophie et à Rémi Mathis victime collatérale de l'incompréhension dont font preuve certaines institutions publiques à l'égard du monde de Petite Poucette.

by got at April 07, 2013 07:53 PM

Karl Dubost

La sueur du tofu

condensation 15 mars 2013, Montréal, Canada

L'expérience que la vie dément, celle que le poète prèfère.

René Char, Recherche de la base et du sommet.

Juste au dessus, là où le bloc de tofu touche le ciel de sa pointe, la condensation s'est dissipée. La montagne se donne à voir, les nuages se sont alignés. Les deux coudes plantés dans la table de bois, le regard perdu sur les goutellettes, je rêve. Que la cuisine est belle quand elle invente des secrets.

April 07, 2013 03:19 PM

Marché Jean-Talon emballé

bâches entourant un bâtiment 3 mars 2013, Montréal, Canada

L'idéal, disait cet architecte, serait d'édifier une ville sans plis.

René Char, Recherche de la base et du sommet.

Je vous l'emballe ou est-ce pour consommer tout de suite ? Il nous faudra attendre le printemps tardif. L'hiver dure 6 mois et plus à Montréal. Et le marché retrouvera ces couleurs.

April 07, 2013 01:25 PM

Gérer le flux d'informations

Homme assis et statue de bouddha en vitrine 3 mars 2013, Montréal, Canada

La tentation de s'effacer derrière le pullulement des mains.

René Char, Recherche de la base et du sommet.

Tous les trois ou quatre mois, je réarrange les flux entrants de mon compte twitter. Je réduis les sources d'informations de façon à pouvoir continuer à gérer celles-ci. J'essaie de ne pas dépasser 150 et idéalement j'essaie de rester autour de 100. Je procède un peu de la façon suivante :

  1. Prendre la timeline avec les dernières publications
  2. Cliquer sur chaque compte twitter
  3. Regarder la fréquence et le contenu des messages
  4. Arrêter de suivre ce compte si je ne me sens plus/pas capable de gérer cette information

Mon incapacité à gérer une information entrante est complexe et je ne suis pas tout à fait sûr de connaître moi-même tous les critères mais en voici quelques uns :

  • Le volume (ou fréquence des messages) : Quand un compte émet beaucoup trop de messages, je deviens soit en incapacité de le lire, soit il écrase tous les autres dans le flux. Je lis mon compte twitter et je tiens à comprendre ce que lis. Je ne peux pas lire 1000 personnes.
  • Le ton du message : Les messages à caractères agressifs—c'est un sujet sur lequel je dois revenir un jour— et/ou négatifs ont un fort impact émotionnel. Je préfère rêver que d'avoir à gérer l'émotion que cela crée sur le long terme. Un seul tweet peut tourner dans votre tête pendant très longtemps.
  • Le contenu du message : Nos intérêts changent, nos envies de lire certaines choses aussi. Il y a des sujets qui ne m'intéressent pas ou plus beaucoup.

Il semble que je peine les gens lorsque je réalise cette nouvelle organisation. L'enjeu est peut-être que les réseaux sociaux invitent à amplifier la notion d'amitié dans le lien social. Hors ironie de la chose, si je soustrais les amis « geeks » (travaillant dans un milieu proche des technologies numériques) aucun de mes autres amies sont sur twitter. La réalité sociale est là aussi. Il est possible que je n'utilise pas les outils comme twitter de la même façon que la plupart des autres. Je ne sais pas. Je serais toujours un apprenti.

Aujourd'hui, on m'a demandé mais comment communiques-tu avec tes amis ? C'est simple. Les rencontres physiques, le courrier électronique, le courrier postal et parfois mais très rarement le téléphone (je n'aime pas le téléphone).

April 07, 2013 12:59 PM

April 06, 2013

Karl Dubost

Une identité et son histoire

Affiche se désagrégant 3 mars 2013, Montréal, Canada

Nous touchons au temps du suprême désespoir et de l'espoir pour rien, au temps indescriptible.

René Char, Recherche de la base et du sommet.

L'identité d'une personne est faite des scories d'actions persistantes et que l'on retrouve dans le passé, par la mémoire et par les écrits. Nous sélectionnons, nous oublions, nous nous désagrégeons. Les faits existent dans la matérialité de leurs supports. Il est sculpté, imprimé, reproduit et distribué. L'imprimerie a étendue notre identité dans un matériau extrêment durable, le papier, mais difficile à déplacer. L'accélération électrique a rendu cette matérialité innaccessible à notre regard. Il y a toujours stockage dans un matériau (magnétique, optique) sous forme d'unités électriques, mais cette matérialité est imperceptible physiquement pour les humains. Nous avons besoin d'outils externes afin de pouvoir agrandir et convertir l'information sur un support pour la rendre intelligible. La survie des faits et donc de notre identité n'est donc plus dans la durabilité du matériau conservant le message, mais bien dans la capacité à reproduire et reconvertir l'algorithme de conservation des faits. Les algorithmes de reproduction sont donc devenus essentiels.

L'accélération électrique a également changé brutalement l'immédiateté d'accès. Quelque soit le lieu sur Terre, il n'est pas plus éloigné d'un autre que 20 000 km environ. La vitesse du courant électrique dépend du matériau dans lequel il se propage. Dans le cuivre, elle est de 273 000 km/s. Il faut ainsi 0,07 seconde pour atteindre (théoriquement) tout point sur Terre. L'immédiateté de la réalisation et de la transmission de nos faits changent la compréhension et l'utilisation de ces faits. Une fois publié, un fait est potentiellement accessible partout au même moment de sa propre réalisation.

Le monde électrique est très efficace à reproduire et transmettre en grand nombre. Les coûts associés une fois l'infrastructure en place sont minimes. Et c'est bien pour cela que toutes les économies reposant en partie sur la difficulté à reproduire et transmettre une information sont secouées. Mais ce qui semble émerger aujourd'hui est l'accélération de la construction de notre identité à venir. Les algorithmes définissent très rapidement ce que nous devons être dans le futur et de façon beaucoup plus efficace que le « Mon enfant, tu reprendas l'activité professionnelle de tes parents. » Ils ajustent notre futur par petites touches en nous poussant dans une direction. Ce sont des suggestions inévitables qui finalement conditionnent notre futur.

L'impression est que notre identité ne se désagrège pas mais elle se construit avec une forme prédéterminée algorithmiquement.

April 06, 2013 04:51 PM

Optimisation des systèmes

Rack à vélos 9 mars 2013, Montréal, Canada

Le plus difficile est de distinguer la brouette du jardinier, le nez du profil, et de n'en tenir qu'imperceptiblement compte.

René Char, Recherche de la base et du sommet.

Ce simple rangement à vélos a généré les questions suivantes :

  • Que choisit-on d'optimiser ?
  • Quels sont les axes retenues pour cette optimisation ?
  • Quels sont les coût de création de l'optimisation, de l'expérimentation ?
  • Comment observe-t-on le comportement des utilisateurs face à un nouveau dispositif ?
  • Quelles sont les contraintes (inconnues) que nous créons avec un nouveau dispositif ?

April 06, 2013 03:42 PM

April 05, 2013

del.icio.us

April 04, 2013

Karl Dubost

Notre capacité à s'adapter

transformateurs électriques 22 mars 2008, Tokyo, Japon

Ses tombeaux vides
Le monde qui plane
Va-t-il retomber ?

René Char, Recherche de la base et du sommet.

Les accidents sont courants et n'ont pas tous la même gravité. Lors de catastrophes économiques, personnelles, naturelles, géopolitiques, il est bon de pouvoir définir sa propre capacité à s'adapter au changement brutal de l'environnement. Pour mieux découvrir cette capacité, Vinay Gupta a créé une carte permettant de définir votre dépendance face aux infrastructures essentielles de votre quotidien.

Carte schématique Exemple concret de cartes de dépendances (pas la mienne)

April 04, 2013 09:05 PM

March 31, 2013

David Larlet

Manuel vs. jardin

Gawel me faisait remarquer que mes réflexions sur ce site laissaient un goût d'inachevé. Cela m'a fait pas mal réfléchir après 3 mois à publier un jour sur deux et je pense avoir trouvé la raison de cette insatisfaction. J'écrivais auparavant surtout des articles techniques qui expliquent une bonne pratique ou une façon de faire quelque chose de précis à la manière d'un manuel. Ce n'est plus le cas, je sème aujourd'hui des graines de réflexions pour qu'elles puissent germer chez d'autres. Je ne cherche plus à apporter des réponses toutes faites, je souhaite qu'elles se développent indépendamment du semeur. À vous de faire fleurir votre jardin !

PS : j'accepte aussi les graines étrangères dans mon jardin.

March 31, 2013 11:00 PM

March 30, 2013

David Larlet

Propriéterre

Le premier qui, ayant enclos un terrain, s'avisa de dire « Ceci est à moi », et trouva des gens assez simples pour le croire, fut le vrai fondateur de la société civile. Que de crimes, de guerres, de meurtres, que de misères et d'horreurs n'eût point épargnés au genre humain celui qui, arrachant les pieux ou comblant le fossé, eût crié à ses semblables : « Gardez-vous d'écouter cet imposteur ; vous êtes perdus, si vous oubliez que les fruits sont à tous, et que la terre n'est à personne. »

Jean-Jacques Rousseau, L'origine de l'inégalité parmi les hommes (2ème Discours seconde partie)

Thomas me demandait hier mon avis sur la propriété (vs. location) et je dois dire que mon avis n'a pas changé au cours de ces dernières années : j'ai beaucoup de mal à concevoir que l'on puisse être propriétaire d'un morceau de planète. Je ne peux cautionner les dérives que cela a engendré.

Ce qui m'importe par contre c'est le suivi volontaire de mon adresse postale, de mon numéro de téléphone ou de mon nom de domaine. Les affaires peuvent changer de lieux, les amis de répertoire, les données de serveurs mais le plus important est de pouvoir y accéder de manière pérenne. Quel que soit le nombre de redirections nécessaires. Malheureusement, si cela est facile et encouragé sur le web, il est beaucoup plus difficile de le mettre en pratique pour un numéro de téléphone ou une adresse physique, les redirections étant temporaires (et coûteuses) a fortiori lorsque l'on change de pays !

La propriété de la terre est souvent mise en avant comme un héritage — on se dédouane de cet acte en proposant ses enfants comme alibi, excuse culpabilisante classique. Or il se trouve que je suis également contre le mécanisme d'héritage ;-). L'autre argument courant est « si les choses tournent mal » et là je suis assez circonspect. Si ça tourne vraiment mal, il vaudra mieux être prêt à survivre de manière itinérante qu'à avoir un lieu fixe à défendre. S'il s'agit juste de la peur de la vieillesse et de la rupture du lien social avec sa famille et ses enfants il y a d'autres questions à se poser en amont pour éviter cette situation.

J'aime la liberté et la légèreté que me procure la location, l'idée d'être « de passage » dans cet endroit et d'en apprécier pleinement chaque instant, l'idée de se limiter dans ses appartenances pour pouvoir être mobile. De plus, la propriété d'un bien m'est beaucoup plus stressante que son éphémérité.

March 30, 2013 11:00 PM

Karl Dubost

Traitement des fichiers EMLX (Mac OSX email format)

Camélias roses 5 avril 2008, Tokyo, Japon

La laideur ! Ce contre quoi nous appelons n'est pas la laideur opposable à la beauté, dont les arts et le désir effacent et retracent continuellement la frontière. Laideur vivante, beauté, toutes deux les énigmatiques, sont réellement ineffables. Celle qui nous occupe, c'est la laideur qui décompose sa proie.

René Char, Recherche de la base et du sommet.

Hier, j'ai utilisé les outils Unix pour découvrir les mails et extraire une information. Si je devais traiter l'ensemble des courriers qui sont disponibles sur mes différents comptes depuis 20 ans, il est intéressant de déterminer avant tout le volume de message a traiter.

Comprendre le volume des données

J'ajoute time pour savoir combien de temps, la commande va prendre.

time find ~/Library/Mail/V2 -name *emlx | wc -l

Le résultat est surprenant. Il aura fallu uniquement 1m 53s pour découvrir les 698 101 fichiers emlx contenus sur mon ordinateur. Utilisant les mêms techniques qu'hier, je pourrais décider d'explorer les différents en-têtes de courrier. Par exemple, si je désire extraire l'en-tête Content-Type :

→ time find ~/Library/Mail/V2 -type f -print0 -name *emlx | xargs -0 grep -ih "^content-type" > mail-content-type.txt

Il faudra un peu moins de 22 minutes pour parcourir tous les fichiers.

real    21m32.861s
user    4m36.128s
sys     1m29.399s

Cependant il y a un enjeu, la commande va également extraire des éléments qui ne sont pas contenus dans les en-têtes, mais également dans le corps. Les en-têtes des courriers peuvent aussi s'écrire sur plusieurs lignes (RFC 5322).

→ wc -l mail-content-type.txt
989611 mail-content-type.txt

EMLX, Un format propriétaire de Apple

D'autre part, le fichier de stockage des emails sur MacOSX est un format propriétaire, emlx, (texte heureusement). J'ai changé quelques chaînes de caractères dans le message uniquement pour éviter la connexion trop directe entre les données et l'action des robots.

875
X-Spam-Checker-Version: SpamAssassin 3.3.2 (2011-06-06) on xxxxxx.la-grange.net
X-Spam-Level:
X-Spam-Status: No, score=-3.2 required=4.2 tests=BAYES_00,RP_MATCHES_RCVD,
        SPF_PASS,TVD_SPACE_RATIO autolearn=ham version=3.3.2
Received: from [127.0.0.1] (xxxxxx.xx-xxxxxx.xxx [111.11.11.11])
        by xxxxxx.xx-xxxxxx.xxx (8.14.5/8.14.5) with ESMTP id r2TN8m4U099571
        for <xxxx@xx-xxxxxx.xxx>; Fri, 29 Mar 2013 19:08:48 -0400 (EDT)
        (envelope-from xxxx@xx-xxxxxx.xxx)
Subject: very simple
From: Karl Dubost <xxxx@xx-xxxxxx.xxx>
Content-Type: text/plain; charset=us-ascii
Message-Id: <4E83618E-BB56-404F-8595-87352648ADC7@xx-xxxxxx.xxx>
Date: Fri, 29 Mar 2013 19:09:06 -0400
To: Karl Dubost <xxxx@xx-xxxxxx.xxx>
Content-Transfer-Encoding: 7bit
Mime-Version: 1.0 (Apple Message framework v1283)
X-Mailer: Apple Mail (2.1283)

message Foo
--
Karl Dubost
http://www.la-grange.net/karl/
<?xml version="1.0" encoding="UTF-8"?>
<!DOCTYPE plist PUBLIC "-//Apple//DTD PLIST 1.0//EN" "http://www.apple.com/DTDs/PropertyList-1.0.dtd">
<plist version="1.0">
<dict>
        <key>date-sent</key>
        <real>1364598546</real>
        <key>flags</key>
        <integer>8590195713</integer>
        <key>original-mailbox</key>
        <string>imap://xxxxxxxx@127.0.0.1:11143/mail/2013/03</string>
        <key>remote-id</key>
        <string>41147</string>
        <key>subject</key>
        <string>very simple</string>
</dict>
</plist>

Le message est composé de trois parties :

  • un entier sur la première ligne signifiant le nombre d'octets du message texte
  • le message texte
  • la copie texte d'un fichier XML (le format plist de Apple)

La troisième partie contient une chaîne de caractères magique appelée flags:

Meaning of emlx flags integer data
position meaning length
0read 1 << 0
1deleted1 << 1
2answered 1 << 2
3encrypted 1 << 3
4flagged1 << 4
5recent 1 << 5
6draft 1 << 6
7initial (no longer used) 1 << 7
8forwarded 1 << 8
9redirected 1 << 9
10-15attachment count 3F << 10 (6 bits)
16-22priority level 7F << 16 (7 bits)
23signed 1 << 23
24is junk1 << 24
25is not junk1 << 25
26-28font size delta7 << 26 (3 bits)
29junk mail level recorded 1 << 29
30highlight text in toc 1 << 30
31(unused)

Extraire la structure initiale des fichiers EMLX

J'ai créé un petit programme très simple en python 3.3 pour renvoyer la structure initiale des fichiers EMLX afin de les rendre exploitables dans leur structure logique. L'inspiration initiale vient du programme de Rui Carmo.

#!/usr/bin/env python
# encoding: utf-8
"""emlx.py

Class to parse email stored with Apple proprietary emlx format
Created by Karl Dubost on 2013-03-30
Inspired by Rui Carmo — https://the.taoofmac.com/space/blog/2008/03/03/2211
MIT License"""


import email
import plistlib


class Emlx(object):
    """An apple proprietary emlx message"""
    def __init__(self):
        super(Emlx, self).__init__()
        self.bytecount = 0
        self.msg_data = None
        self.msg_plist = None

    def parse(self, filename_path):
        """return the data structure for the current emlx file
        * an email object
        * the plist structure as a dict data structure
        """
        with open(filename_path, "rb") as f:
            # extract the bytecount
            self.bytecount = int(f.readline().strip())
            # extract the message itself.
            self.msg_data = email.message_from_bytes(f.read(self.bytecount))
            # parsing the rest of the message aka the plist structure
            self.msg_plist = plistlib.readPlistFromBytes(f.read())
        return self.msg_data, self.msg_plist

if __name__ == '__main__':
    msg = Emlx()
    message, plist = msg.parse('your_message.emlx')
    # print(message)
    # Access to one of the email headers
    print(message['subject'])
    # Access to the plist data
    print(plist)

La classe lit le message, sépare la partie texte du fichier XML, créé un objet email ainsi qu'une structure JSON pour le fichier XML.

Un petit test en donnant le bon chemin pour votre message EMLX, dans le cas du message ci-dessus, le programme retourne :

very simple
{'subject': 'very simple', 'date-sent': 1364598546.0, 'remote-id': '41147', 'flags': 8590195713, 'original-mailbox': 'imap://xxxxxxxx@127.0.0.1:11143/mail/2013/03'}

Bon Hack !

Il serait bien de créer un petit parseur pour l'entier du fichier plist et de retourner une structure de données pertinentes comme un dictionnaire Python.

March 30, 2013 02:19 PM

March 29, 2013

Karl Dubost

Tri de caractères avec sort, grep, find, sed

Pochette de disque et plante 29 mars 2013, Tokyo, Japon

Le poète qui versifie en marchant bouscule de son talon frangé d'écume des centaines de mots à ce coup inutiles ; de même un vaste ouvrage qui surgit en se construisant alerte et fait pleuvoir d'insolites projectiles. Tous deux taillent leur énigme à l'éclair d'y toucher. En cet air, l'espace s'illumine et le sol s'obscurcit.

René Char, Recherche de la base et du sommet.

Les outils unix sont toujours performants et excessivement pratiques. | (pipe) pour chaîner les actions est le complément de l'articulation des données entrée-sortie. Cette semaine, le spam passant à travers SpamAssassin me semblait augmenter. Muni des outils find, grep, sed, sort, uniq, xargs, j'ai exploré ce que j'effaçais manuellement. Je n'ai pas appris tant que cela à propos du spam que je recevais mais en revanche, beaucoup plus sur l'utilisation des outils.

Trouver les courriers effacés

Les courriers effacés de Mail.app se trouvent sur Mac OS X 10.7.5 dans le dossier

~/Library/Mail/V2/Mailboxes/Deleted Messages

Ce chemin contient un espace entre Deleted et Messages qu'il faudra gérer en utilisant le caractère \. Les courriers sont conservés individuellement dans des fichiers qui se terminent par l'extension emlx. Utilisons find pour explorer et trouver les courriers.

find ~/Library/Mail/V2/Mailboxes/Deleted\ Messages* -name *emlx

Cela renvoie une liste de tous les chemins (un par ligne) se terminant par emlx. Pour être sûr, que nous n'allons récupérer que les fichiers et non les répertoires, ajoutons type f.

find ~/Library/Mail/V2/Mailboxes/Deleted\ Messages* -type f -name *emlx

La liste ressemble donc à ceci :

/Users/karl/Library/Mail/V2/Mailboxes/Deleted Messages.mbox/B2E8CBB2-1440-43AC-B082-42F6500A369C/Data/4/2/7/Messages/724309.emlx
/Users/karl/Library/Mail/V2/Mailboxes/Deleted Messages.mbox/B2E8CBB2-1440-43AC-B082-42F6500A369C/Data/4/2/7/Messages/724310.emlx
…

Traiter chacun des messages

La commande xargs permet d'appliquer un traitement à chacune des lignes reçues. Par exemple nous pourrions obtenir les informations de création et taille avec un simple ls -l

find ~/Library/Mail/V2/Mailboxes/Deleted\ Messages* -type f -name *emlx | xargs ls -l

Cependant xargs transforme les retours de ligne en espace avant de passer à la commande suivante.

ls: cannot access /Users/karl/Library/Mail/V2/Mailboxes/Deleted: No such file or directory
ls: cannot access Messages.mbox/B2E8CBB2-1440-43AC-B082-42F6500A369C/Data/4/2/7/Messages/724309.emlx: No such file or directory
…

ls identifie donc deux chaînes de caractères à la place d'une seule. Nos chemins contiennent des espaces. Il existe (au moins) une solution pour contourner.

find ~/Library/Mail/V2/Mailboxes/Deleted\ Messages* -type f -name *emlx -print0 | xargs -0 ls -l

Il suffit de changer le caractère de séparation -print0 avec find et d'utiliser -0 pour xargs. Cette fois-ci la liste est cohérente.

-rw------- 1 karl karl   22951 2013-03-28 08:45 /Users/karl/Library/Mail/V2/Mailboxes/Deleted Messages.mbox/B2E8CBB2-1440-43AC-B082-42F6500A369C/Data/4/2/7/Messages/724309.emlx
-rw------- 1 karl karl   36375 2013-03-28 08:45 /Users/karl/Library/Mail/V2/Mailboxes/Deleted Messages.mbox/B2E8CBB2-1440-43AC-B082-42F6500A369C/Data/4/2/7/Messages/724310.emlx
…

Trouver l'expéditeur pour chacun des messages

L'expéditeur peut se trouver à plusieurs endroits. Parfois cet expéditeur sera un faux expéditeur. Il faut donc être prudent avec l'information que l'on récupère. Les en-têtes pour ajouter l'expéditeur sont From, Sender et parfois X-Sender. Il suffit donc sur chaque message de rechercher ces chaînes de caractères. Nous pouvons utiliser grep et les expressions régulières (regex) avec les conditions suivantes.

  • se trouve en début de ligne : ^
  • majuscule/minuscule pas signifiant : -i
  • au choix l'une des chaînes de caractères : OR, soit \|
  • le résultat ne doit pas afficher le chemin : -h

Ce qui nous donne :

find ~/Library/Mail/V2/Mailboxes/Deleted\ Messages* -type f -print0 -name *emlx |xargs -0 grep -h -i "^From:\|^Sender:\|^X-Sender:"

Et nous obtenons en retour la liste suivante (juste un extrait) :

From: "United Auto Protection" <kelly.tiffany@hulusarah.com>
X-Sender: "Editor IJTEMT"
From: "Editor IJTEMT"
From: "ups Account Holders Services" <ups-services@ups.com>
From: Inmac-wstore - Grand Destock <dest_inmac@pky-events.fr>
From: ABRITEL par CPM Direct <news@deal-comunikis.com>
Sender: ABRITEL par CPM Direct <news@deal-comunikis.com>
X-Sender: fixngo@publicite-par-email.com

Nous remarquons déjà quelques éléments. Certains champs ne contiennent pas d'adresses éléctroniques. Nous pouvons les éliminer en ne recherchant que les lignes qui contiennent le caractère @.

find ~/Library/Mail/V2/Mailboxes/Deleted\ Messages* -type f -print0 -name *emlx |xargs -0 grep -h -i "^From:\|^Sender:\|^X-Sender:" | grep "@"

L'extrait ci-dessus devient :

From: "United Auto Protection" <kelly.tiffany@hulusarah.com>
From: "ups Account Holders Services" <ups-services@ups.com>
From: Inmac-wstore - Grand Destock <dest_inmac@pky-events.fr>
From: ABRITEL par CPM Direct <news@deal-comunikis.com>
Sender: ABRITEL par CPM Direct <news@deal-comunikis.com>
X-Sender: fixngo@publicite-par-email.com

Nous voulons aussi probablement extraire uniquement l'adresse de courrier électronique. C'est à dire tout ce qui se trouve entre les caractères < et >. Nous allons utiliser sed et regex pour substituer des chaînes de caractères.

sed -e "s/CHERCHER/REMPLACER/"

Nous recherchons le début de ligne ^, suivi de n'importe quel caractère .*, suivi du caractère <. Puis nous voulons trouver n'importe quel caractère mais en groupe (.*). Cependant les paranthèses pour prendre leur significations de groupes doivent être précédées de \. Et finalement le caractère > marquant la fin de l'adresse électronique. Le groupe que nous avons trouvé, c'est que nous allons gardé avec \1 (le nombre dépend de la position du groupe). Nous n'avons ici qu'un seul groupe.

^.*<\(.*\)>/\1/"

Remettons tous cela ensemble.

find ~/Library/Mail/V2/Mailboxes/Deleted\ Messages* -type f -print0 -name *emlx |xargs -0 grep -h -i "^From:\|^Sender:\|^X-Sender:" | grep "@" | sed -e "s/^.*<\(.*\)>/\1/"

Mais que se passe-t-il si la chaîne de caractères ne contient pas < et > comme par exemple :

X-Sender: fixngo@publicite-par-email.com

Il nous faut traiter ce cas aussi. Ajoutons un sed.

find ~/Library/Mail/V2/Mailboxes/Deleted\ Messages* -type f -print0 -name *emlx |xargs -0 grep -h -i "^From:\|^Sender:\|^X-Sender:" | grep "@" | sed -e "s/^.*<\(.*\)>/\1/" | sed -e "s/^.* //"

La liste cette fois-ci devient :

kelly.tiffany@hulusarah.com
ups-services@ups.com
dest_inmac@pky-events.fr
news@deal-comunikis.com
news@deal-comunikis.com
fixngo@publicite-par-email.com

Trier la liste et éliminer les doublons

La liste peut vite devenir longue et contenir de nombreux doublons. La commande sort permet de trier.

find ~/Library/Mail/V2/Mailboxes/Deleted\ Messages* -type f -print0 -name *emlx |xargs -0 grep -h -i "^From:\|^Sender:\|^X-Sender:" | grep "@" | sed -e "s/^.*<\(.*\)>.*/\1/" | sed -e "s/^.* //" | sort

Cela m'a donné un résultat intéressant qui m'a permis d'identifier une erreur.

sort: string comparison failed: Illegal byte sequence
sort: Set LC_ALL='C' to work around the problem.
sort: The strings compared were `ups-services@ups.com' and `L\351ana <vacancesfpp@kiwost.net>'.

Corrigeons tout d'abord le message d'erreur de sort. La comparaison de chaînes de caractères se réalise en fonction de la configuration de mon terminal qui est pour l'instant.

→ echo $LC_ALL
fr_FR.utf-8

Le message d'erreur recommande LC_ALL='C' pour la commande sort dans ce cas. Nous pouvons l'injecter au moment de l'éxécution.

find ~/Library/Mail/V2/Mailboxes/Deleted\ Messages* -type f -print0 -name *emlx |xargs -0 grep -h -i "^From:\|^Sender:\|^X-Sender:" | grep "@" | sed -e "s/^.*<\(.*\)>.*/\1/" | sed -e "s/^.* //" | LC_ALL='C' sort

Nous obtenons une liste triée en effet, mais… ce n'est pas satisfaisant pour autant. Ajoutons un | grep "vacancesfpp@kiwost.net" qui était la chaîne de caractères posant problème. Le résultat est

L?ana <vacancesfpp@kiwost.net>

Cela signifie que notre sed n'a pas fonctionné non plus quand le champs contient des caractères étranges (non UTF-8). Il nous faut donc placer le LC_ALL='C' en amont.

find ~/Library/Mail/V2/Mailboxes/Deleted\ Messages* -type f -print0 -name *emlx |xargs -0 grep -h -i "^From:\|^Sender:\|^X-Sender:" | grep "@" | LC_ALL='C' sed -e "s/^.*<\(.*\)>.*/\1/" | sed -e "s/^.* //" | sort

nous donne bien une liste ordonnée sans erreurs, mais cette fois-ci si je recommence le | grep "vacancesfpp@kiwost.net", j'obtiens :

vacancesfpp@kiwost.net

Nous pouvons finalement rendre unique chaque adresse de la liste avec uniq

find ~/Library/Mail/V2/Mailboxes/Deleted\ Messages* -type f -print0 -name *emlx |xargs -0 grep -h -i "^From:\|^Sender:\|^X-Sender:" | grep "@" | LC_ALL='C' sed -e "s/^.*<\(.*\)>.*/\1/" | sed -e "s/^.* //" | sort | uniq

Si vous désirez compter combien d'occurences de chaque adresse il suffit d'ajouter -c

find ~/Library/Mail/V2/Mailboxes/Deleted\ Messages* -type f -print0 -name *emlx |xargs -0 grep -h -i "^From:\|^Sender:\|^X-Sender:" | grep "@" | LC_ALL='C' sed -e "s/^.*<\(.*\)>.*/\1/" | sed -e "s/^.* //" | sort | uniq -c

Pourquoi ?

Je voulais partager ceci, car j'ai appris

  • find -print0/xargs -0
  • injection d'un paramètre de terminal au sein de la chaîne de commandes LC_ALL='C'

Et que je me suis dit que cela pouvait être utile à d'autres aussi.

March 29, 2013 01:58 PM

March 28, 2013

David Larlet

Fondée sur des valeurs

J'étais à Devoxx hier soir comme annoncé pour présenter une approche différente de la SSII et je devais décrire l'expérience scopyleft :

scopyleft est une SCOP (Société Coopérative et Participative) toute jeune — seulement 3 mois — ce qui ne permet pas d'avoir le recul nécessaire pour valider ou invalider une approche. Ni même pour juger de sa viabilité. C'est pourquoi j'ai choisi de vous parler de sa genèse : autrement dit, de l'avant scopyleft.

Notre approche a été de ne pas commencer par le traditionnel business plan mais de nous aligner entre nous 4 sur les valeurs fondatrices que nous voulions comme cap au cours de la vie de l'entreprise. Si l'approche économique nous donnait une vision pour environ 1 an avec son lot d'incertitudes et autres pivotages, passer par des valeurs nous amenait à considérer une durée beaucoup plus longue… de l'ordre de la décennie. Ambitieux projet.

Cela commence par mieux se connaître, discuter de valeurs permet d'aller beaucoup plus en profondeur qu'une discussion sur le retour sur investissement, les salaires ou le titre que l'on souhaite avoir dans l'entreprise. Une fois d'accord sur le fond — honnêteté intellectuelle, courage, bien-être, respect et partage —, nous sommes arrivés à formuler une phrase (à défaut d'un manifeste) résumant notre objectif commun :

Travailler entre humains, sur des projets éthiques et intéressants, tout en privilégiant le bien-être et le plaisir de chacun.

Ces valeurs et cette maxime nous guident dans nos choix stratégiques au quotidien pour accepter ou non un client, pour concrétiser une initiative ou pour accompagner un projet.

C'est notamment ce qui nous a menés à choisir le statut de SCOP, un statut basé sur une gouvernance démocratique (1 homme = 1 voix) et favorisant la pérennité des emplois et du projet d'entreprise (co-entrepreunariat et réserve importante imposés). Ce statut met l'humain au cœur de l'entreprise, ce qui diffère d'une entreprise traditionnelle qui se concentre sur son capital. C'est un changement de paradigme majeur dans une société capitaliste. Nous avons enrichi ces statuts d'une co-gérance tournante (faute de pouvoir gérer à 4) et d'une égalité salariale.

Un autre aspect de la SCOP qui a attisé notre curiosité est la notion de solidarité inter-entreprises au sein de la confédération des SCOP. C'est notamment ce que l'on a pu constater avec les entreprises qui nous ressemblent, il existe relativement peu de SCOP (dans l'informatique) mais elles se serrent les coudes !

Ces 3 derniers mois nous ont permis de reconsidérer notre approche économique, de mieux nous connaître, d'avoir énormément de retours (à la fois de nos clients et de nos pairs), de coder ensemble, d'accompagner ensemble, d'assister à des conférences ensemble, de stresser ensemble, de faire de l'administratif ensemble, autant de tâches qui sont loin d'être insurmontables et qui sont le lot quotidien du créateur d'entreprise mais qui s'avèrent être moins pénibles lorsque l'on poursuit un objectif un peu plus « élevé » (sain ?) que le simple aspect financier. Augmenté par le fait de le réaliser à plusieurs.

Cette aventure aurait difficilement pu être envisageable sans avoir confiance dans notre savoir-faire acquis lors de nos expériences respectives à nos comptes. Malgré notre expérience dans le domaine, l'un de nos objectifs à terme est de nous libérer de la prestation pour co-produire des produits utiles, éthiques et open-source.

Pour résumer, scopyleft est une entreprise fondée sur des valeurs pour créer de la valeur. En coopérant.

Je n'ai pas dû dire la moitié de tout ça au final car l'approche monologue était un peu ennuyante et je préférais avoir plus de temps pour discuter. Et là je n'ai pas été déçu car les réactions ont été nombreuses, un peu décousues et agressives mais cela montrait un intérêt certain.

Décousues car on était nombreux à pouvoir répondre (une dizaine) et qu'il y avait beaucoup de questions qui passaient brutalement du fond à la forme selon le niveau de réflexion de chacun. Peut-être qu'un autre format (groupes de discussions par exemple) se prêtait mieux à la discussion ouverte mais la salle n'était pas adaptée.

Agressives principalement car le titre NoSSII a été interprété comme un affrontement alors que l'on avait bien mis en avant le côté Not only. Dommage, l'idée n'était pas du tout d'aller dans ce sens mais il est peut-être normal que certains se sentent déstabilisés lorsqu'on présente quelque chose de différent.

Quelques questions dont je me souviens :

À quoi cela sert-il de créer une SCOP vs. un GIE (Groupement d'intérêt économique) d'indépendants ?

L'objectif n'est pas du tout le même, principalement car on ne se regroupe pas en SCOP pour un intérêt économique mais pour partager et échanger à un autre niveau.

Qu'est-ce qui vous différencie d'une SSII classique finalement ?

D'une part le fait d'avoir le contrôle sur les objectifs de la société, ils peuvent être lucratifs ou pas, ils peuvent être citoyens ou pas, ils peuvent être éthiques ou pas, ils peuvent s'émanciper de la prestation ou pas. D'autre part, le fait de mettre l'humain au cœur du cadre de travail est un changement radical, ce qui change aussi les relations avec les clients.

Comment gérez-vous les problèmes d'éthiques ?

Nous n'avons pas de règle pré-définie, chaque cas aux limites est discuté longuement et un vote suivant les pratiques de l'Open-Source (et de Django) permet de trancher.

Est-ce que ça peut fonctionner à plus grande échelle ?

L'exemple du handbook de Valve a été mis en avant avec quelques autres. La question c'est plutôt de savoir quel est l'intérêt de passer à une autre échelle ? Dans notre cas par exemple, c'est une volonté forte de rester à taille humaine.

Ça rejoint d'ailleurs une question relative au référencement dans les services achats des grosses entreprises. C'est peut-être plus difficile en étant petit mais en fait ça nous intéresse peu de travailler avec ce type de structures donc ça limite le problème. Beaucoup de questions n'allaient pas assez loin dans le pourquoi et se limitaient au comment.

Comment trouvez-vous des clients ?

On ne sait pas démarcher. Partant de ce constat, ça passe plutôt par de la recommandation ou des connaissances qui nous suivent depuis longtemps et le partage de nos expériences. On a également la chance d'avoir des entreprises partageant nos valeurs qui nous transmettent des demandes.

Les réactions à chaud sont plutôt positives, j'espère que l'on aura réussi avec Ninja Squad et Lateral Thoughts à au moins attiser la curiosité de certains et pourquoi pas à en motiver pour monter leur propre structure !

[Mise à jour] : Retour sur Devoxx France - BOF NoSSII

March 28, 2013 11:00 PM

March 27, 2013

Karl Dubost

Surveiller la surveillance

Sticker pour une caméra de surveillance 3 mars 2013, Montréal, Canada

The self-feeding, self-imaging, and environmental surveillance capabilities of closed-circuit television provide for some artists a means of engaging the phenomenon of communication and perception in a turly empirical fashion similar to scientific experimentation.

Gene Youngblood, Expanded Cinema.

Lorsqu'un phénomème est généralisé, il devient très difficile de le combattre et de le renverser. Être vigileant au tout début est nécessaire avant qu'il ne soit trop tard, et que nous nous sommes habitués au status quo.

March 27, 2013 05:57 PM

Le spectacle de la tradition

deux publicités côte à côte 1er janvier 2013, Tsujido, Japon

The nature of these encounters exposes and frees us from a range of aesthetic and cultural conventions.

Carolee Schneemann, Kinetic Theatre.

Deux publicités dans le journal du nouvel an, l'une pour les soldes d'un magasin local, l'autre pour une chaîne de hamburgers. Les deux utilisent des éléments de la tradition. Que ce soit à gauche une illustration à la façon des u-kiyoe, à droite un autel.

Le détournement de référents culturels invitent au spectacle de la tradition. Quand acceptons-nous le détournement d'une authenticité de la culture et quand sommes nous choqués ? Qu'est-ce que cela dit sur notre attitude prétentieuse face à la culture ?

March 27, 2013 05:41 PM

March 25, 2013

Christian Fauré

Sur le paradigme indiciaire de Ginzburg (2)

Voici la suite de la note sur les racines du paradigme indiciaire de Ginzburg (1).

Avec Platon, les arts de la conjecture – qui permettent de remonter des effets aux causes en naviguant le long du fleuve du plausible –  furent écrasés par ce désir fou pour une connaissance apodictique (qui présente un caractère d’universalité et de nécessité absolue : une proposition apodictique est nécessairement vraie, où que vous soyez) dont la géométrie est l’emblème. L’induction et l’inférence sont suspectes, elles apparaissent comme hors de la rationalité qui doit procéder par déduction et maîtriser l’enchaînement en cascade des raisonnements vrais.

 

Pour Ginzburg, il est clair que la science Galiléenne du XVII° siècle, avec son paradigme scientifique est en rupture avec ce qu’il appelle les disciplines indiciaires (médecine comprise) :

“Il s’agit de disciplines  éminemment qualitatives, qui ont pour objets des cas, des situations et des documents individuels, en tant qu’individuels, et c’est précisément pour ce motif qu’elles atteignenent des résultats qui conservent une marge aléatoire irréductible.” p. 250

« De ce qui est individuel on ne peut pas parler (individum est inefabile) », dit la devise scolastique : voilà les disciplines indiciaires marquée de leur défaut de scientificité (cf. Le caractère “probable” des sciences historiques selon M. Bloch, Apologie pour l’histoire ou Métier d’historien, 1967, pp/ 52-67).

La voie philologique

Mais il est tout de même une discipline indiciaire qui a un statut privilégié, il s’agit de la philologie qui voit naturellement son acte de naissance commun avec l’écriture alphabétique qui transcrivit les poèmes homériques. Cette discipline s’est constituée en gommant au fur et à mesure les caractères accessoires du texte : suppression des éléments liées à l’oralité et à la gestualité, à la graphie des copistes, etc. Tout ceci s’inscrivant dans une logique de “dématérialisation du texte”, car si le texte à besoin de supports pour exister, il ne s’identifie pas à son support.

Et voici que la science des textes, de leur établissement,  de leur critique et de leurs commentaires (Nietsche disait : « J’entends ici le mot « philologie » dans un sens très général : savoir déchiffrer des faits sans les fausser par des interprétations. »), devient l’exemple que prend Galilée lorsqu’il présente sa conception de la science qui ne peut se comprendre si “on n’apprend pas auparavant à en connaître la langue, et à connaître les caractères dans lesquels il est écrit”, à savoir des “triangles, cercles et autres figures géométriques” :

“Pour le philosophe naturel, comme pour le philologue, le texte est une entité profonde invisible, à reconstruire au delà des données sensibles” p.255

Sons, saveurs et odeurs n’ont pas lieu d’être considérés pour qui veut lire dans le grand libre de la nature ; mais c’est pourtant ce à quoi doivent s’en ternir les médecins. Or il se trouve qu’un d’entre eux, particulièrement brillant, était contemporain de Galilée. Il s’agit de Giulio Mancini dont on vanta à la fois les extraordinaires capacités de diagnostic mais également sa connaissance de la peinture dont il était grand amateur.

La naissance de l’amatorat

Nous avons là l’ancêtre de Morelli, ce peintre de la fin du 19° qui défraya la chronique par sa méthode d’authentification des oeuvres. Mancini fut en effet l’auteur d’un ouvrage sur la peinture qui s’adressait aux amateurs, dont la figure commence à émerger avec le nombre croissant d’expositions de tableaux. Les anglais parlent  de “connoisseurship” (terme intraduisible mais que le me risquerai à traduire par “amatorat”).

Cette amatorat n’existe que parce qu’il s’intéresse aux tableaux à partir de leurs différences, et  en vertu du fait que le propre de l’oeuvre d’art est d’être unique (la reproductibilité technique dont parlera Benjamin n’adviendra que beaucoup plus tard). En se plongeant dans les “caractères” de chaque oeuvre, de chaque époque et de chaque peintre, l’amateur gentil-homme peut inférer des rapprochements et des distinctions qui font de lui un redoutable expert en datation et attribution des oeuvres, à partir d’un savoir fondé sur des détails (cheveux, barbes, yeux) qui font la différence.

L’amatorat et l’ensemble des cultures et des savoirs indiciaires vont connaître un tournant  au cours du XVII siècle :

“On assiste à une véritable offensive culturelle de la bourgeoisie qui s’approprie une grande partie deu savoir, indiciaire et non-indiciaire, des artisans et des paysans. [...]

Le symbole et l’instrument central de cette contre-offensive est naturellement l’Encyclopédie”.p. 273.

Chacun peut ainsi accéder aux savoirs indiciaires et plus généralement aux savoirs qui ne se maintiennent que via des corporations ; ces savoirs sont souvent des savoirs techniques, des savoir-faire que l’encyclopédie va formaliser et qui va avoir pour effet de multiplier le nombre d‘autodidactes qui vont faire croître le nombre d’amateurs (ces remarques relèvent surtout de Simondon, quand il évoque le cas de l’encyclopédie dans “Du mode d’existence des objets techniques” pp. 85-112.)

Ginzburg est notamment incroyablement perspicace me semble-t-il, alors qu’il poursuit description de la trame du rapport des disciplines indiciaires aux textes et aux livres, et étendant l’exemple de l’encyclopédie à l’émergence du roman :

“Pour nombre toujours croissant des lecteurs, l’accès à des expériences déterminés se fit, dans une mesure plus grande, par l’intermédiaire des pages des Livres. La roman procura même à la bourgeoisie un substitut et en même temps une reformulation des rites d’initiation – c’est à dire, l’accès à l’expérience en général.

C’est précisément grâce à la littérature d’imagination que le paradigme indiciaire connut à cette période une fortune nouvelle et inattendue” . P273

 

Où l’on apprend l’origine du mot “sérendipité”

Une fable orientale contant les aventures des trois fils du roi de Serendip qui, en interprétant une série d’indices, parviennent à décrire un animal qu’ils n’ont pourtant jamais vu est introduite en europe au milieu du XVI° siècle :

La trame du conte en rappelle maintes autres : un roi cherche qui, parmi ses trois enfants, sera à même de lui succéder. Pour les départager, il les soumet à diverses épreuves pour tester leur sagacité. Ne parvenant à faire son choix, il les encourage à parcourir le vaste monde pour y faire leurs preuves. Mais, contrairement à nos contes européens, dans ces terres persanes, les trois frères resteront unis et, ignorant toute idée de concurrence, mettront en commun leurs talents intellectuels pour résoudre maintes énigmes et aventures. Trouvant ce qu’ils ne cherchent pas, ils mettront en pratique une véritable pédagogie de l’observation et de la déduction. (source)

L’histoire a un succès tel quelle fut reprise par Voltaire au troisième chapitre de son Zadig et, en 1754, Horace Walpone forgea le néologisme, serendipity, pour désigner les “découvertes imprévues, fruits du hasard et de l’intelligence”.

Ginzburg note qu’en 1880, le nom de Zadig était devenu le symbole de cette approche, que Thomas Huxley définit comme “méthode de Zadig”,

“le procédé qui réunissait l’histoire, l’archéologie, la géologie, l’astronomie physique et la paléontologie : c’est à dire la capacité à faire des prophéties rétrospectives. p. 276

Marqué du sceau de la diachronicité et de l’induction qui remonte des effets aux causes, des pans disciplinaires commencent à s’affirmer en marge du paradigme galiléen qui, lui, peut reproduire à volonté les causes dans sa logique à la fois mathématique et expérimentale. C’est l’émergence de ce qu’on appelle aujourd’hui les “sciences humaines”.

 

Mais l’émergence des méthodes indiciaires qui s’attache à l’individuel et aux traits caractéristiques va connaître un développement surprenant avec l’émergence d’un contrôle qualitatif et minutieux de la société de la part du pouvoir étatique. Le contrôle des populations passe par l’identification des caractères spécifiques de chaque individu.

 

Le paradigme indiciaire au service de la société de contrôle

Le nom, les signes particuliers (cicatrices), puis la signature manuscrite, sont autant de procédés visant à établir l’ “identité” des individus.

La méthode des amateurs et connaisseurs qui permettait d’attribuer des oeuvres ou de démasquer des faux était couplée à une pratique de collectionneur. En effet, les amateurs sont souvent des collectionneurs : ils nourrissent leur passion à partir de leur propre collection qui leur permet d’aiguiser leur jugement. Là où un chacun ne verrait qu’une collection de choses identiques, le collectionneur et l’amateur voient dans ces séries identiques des jeux de dissemblance et de différences parfois infinitésimales qui justifient que deux pièces quasi identiques aient chacune leur place dans la collection.

A l’image de ces pratiques, les états vont chercher à cataloguer les individus car le nouveau Code Napoléon, basé sur le nouveau concept de propriété, va avoir tendance à criminaliser certaines classes sociales. Cette nouvelle législation,

“…avait augmenté le nombre de délits punissables et la définition des peines. La tendance à criminaliser la lutte des classes s’accompagna de la construction d’un système pénitentiaire fondé sur la détention de longue durée.”

Seulement voilà , en mettant de plus en plus de personnes en prison et pour des durées de plus en plus longues, on se retrouve dans un cercle vicieux où, la prison produisant des criminels, le suivi de ceux-ci va devenir critique :

“Le problème de l’identification des récidivistes, qui se posa au cours de ces décennies, constitua en fait la tête de point d’un projet global, plus ou moins conscient, de contrôle généralisé et subtil de la société. p. 282

Que l’on pense à Edmond Dantès ou Jean Valjean pour voir à quel point la figure du criminel récidiviste a pesé sur l’imagination du 19° siècle.

C’est très logiquement que des techniques anthropométriques, graphologiques, et enfin les empreintes digitales et jusqu’à nos analyses d’ADN modernes se mettent en place systématiquement dans la collecte d’indices et de traits particulier qui permettent d’identifier un individu, pour également pouvoir les confondre (au sens juridique).

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by Christian at March 25, 2013 10:33 AM

del.icio.us

March 23, 2013

David Larlet

Éduquer à la joie

Ce livre est un appel aux parents, aux enseignants, aux maîtres et maîtresses d'école, aux adultes qui ne savent plus rêver, pour qu'ils mettent de côté, le temps de cette lecture, la masse des connaissances intellectuelles, de savoirs et de théories éducatives qu'ils ont appris sur leurs enfants, ce qu'ils croient « être bon » pour eux et pour leur développement. C'est une proposition impertinente de ne pas « faire les devoirs » que l'éducation nous a imposés tout au long de notre vie (réussir, aller vite, être les premiers…), mais de se laisser plutôt embarquer par le vent du changement qui parcourt notre monde aujourd'hui, y compris celui de l'école. Pour en finir avec le mépris systémique de ce qui, avec la pensée, nous distingue des animaux — à savoir notre capacité de rêver —, nous nous devons de redonner à l'éducation son rôle d'éveil. Chacun de nous recèle un don, un talent inné qui, s'il est respecté et honoré, nous transformera en être humain heureux, en contact avec sa joie de vivre, en accord avec soi-même et les autres. L'éducation a le devoir de reconnaître ce trésor, de le révéler et d'aider tout individu à le développer : l'enjeu n'est rien d'autre que l'accomplissement d'un monde en paix.

Antonella Verdiani, Ces écoles qui rendent les enfants heureux

Je suis en train de pas mal me renseigner sur les pédagogies et méthodes d'éducation dites alternatives suite à mes recherches sur l'Anthroposophie et sur ce qui distingue une secte d'une approche non traditionnelle (Montessori, Steiner, Freinet, modèle scandinave, éducation démocratique, éducation lente, école à la maison, etc).

Le point commun de ces écoles est qu'elles sont animées par des valeurs et des notions communes avant tout intérêt financier :

  • Reliance
  • Ouverture au questionnement existentiel
  • Transdisciplinarité
  • Complexité
  • (In)novation
  • Autorisation
  • Incertitude
  • Planter là où c'est fertile

Aussi lorsque j'apprends l'ouverture d'une nouvelle école dédiée à l'excellence de la France en matière de numérique (avec tout un vocabulaire anglophone mais passons), je ne peux que me réjouir et chercher les valeurs associées à cette méthode d'éducation qui se veut atypique et innovante. Malheureusement, la recherche est vaine. Le seul fil rouge du site est financier :

  • comment vous rendre « rapidement opérationnel » pour l'entreprise ?
  • comment devenir un « informaticien aux compétences recherchées » ?
  • comment « coller à des réalités économiques » ?

J'ose espérer que mon métier ne se résume pas à une telle approche. Que mes futurs collaborateurs n'auront pas été formés comme des « commandos de Marines » pour sélectionner les meilleurs d'entre eux. Le rêve de ce regroupement d'entrepreneurs est finalement de créer une armée de mercenaires pour concrétiser leurs idées à bas prix. Et ce sans poser de questions car si ce n'est pas toi, ressource, ce sera ton voisin qui a reçu la même formation industrialisée basée sur la performance.

Né pour coder ? Non. Né pour prendre du plaisir à coder. Nuance.

[Mise à jour] : Éric D. trouve que 42 pour une seule école ? ça fait 41 de trop

March 23, 2013 11:00 PM

Karl Dubost

Relire en numérique

Goutte d'eau sur le texte d'un livre 23 juin 2006, Montréal, Canada

Sachant que les éditeurs acceptaient de vendre au détail, par la suite je suis allé acheter directement à la maison Teikoku Bunko qui les publiait le Hakkenden et le Taiheiki (« Chronique de la Paix parfaite »).

Junichiro Tanizaki, Mes années d'enfance.

Si vous vous intéressez au monde du livre et que vous avez accès à Internet, vous êtes au courant du dernier drame en cours : Relire, un projet de la BNF pour remettre en circulation commerciale certains ouvrages indisponibles au format numérique. Comme dans tout projet d'envergure, il y a des ratés qui bien sûr créent de la colère, du sentiment de dépouillement. En effet, certains des ouvrages sont déjà disponibles au format numérique et se retrouvent donc dans la liste par erreur. Vous pouvez vous aussi rechercher les titres candidats à la numérisation et commercialisation.

Je ne donnerai ici que ma position de lecteur-auteur qui a une dent contre la propriété intellectuelle. Ma culture est celle de l'opensource et des technologies Web ouvertes, celle où notre travail est mis en valeur quand il est repris, modifié, copié par les autres. C'est une philosophie différente. Et n'en déplaise à certains, c'est un choix de ne pas vivre de la propriété intellectuelle. Ce n'est pas de la chance.

Les enjeux

Il y a plusieurs enjeux avec la démarche de la BNF.

Il s'agit d'un « opt-out » et non pas d'un « opt-in. » C'est un problème en soi, car cela donne l'obligation aux auteurs vivants de savoir que quelquechose a été fait avec leur propre travail. Toutes les solutions qui forcent un individu, une personne dans un système sont anormales.

La commercialisation et l'identification des auteurs pour le « opt-out » sont deux choses que je trouve étrange. Si la BNF commercialise et réalise une gestion collective des œuvres, c'est qu'elle s'apprête à reverser l'argent de cette recommercialisation aux auteurs… donc ils sont identifiés et/ou identifiables. Pourquoi alors un auteur pour s'opposer au versement de son œuvre dans le catalogue devrait s'identifier ? Je dois raté une partie de la logique.

J'ai des doutes sur l'intérêt des œuvres proprosées dans ce catalogue. En faisant une courte recherche, je n'ai rien trouvé qui me fasse dire « Ah oui fabuleux, c'est absolument nécessaire. » Comment le catalogue a été constitué, quelle a été la démarche dans le choix des œuvres serait intéressant à connaître. Mais j'en reparle dans les désirs.

Les désirs

Mettre en circulation numérique des œuvres qui ne sont plus imprimées, le lecteur qui est en moi applaudit haut et fort. Les stratégies commerciales des éditeurs et/ou auteurs qui se réservent sous le coude des titres et/ou qui ne vont pas assez vite pour remettre des titres en circulation m'exaspère. C'est mon désir de lecteur. Combien de temps faudra-t-il encore attendre pour avoir Gaston Bachelard au format numérique. D'ailleurs si vous êtes éditeur numérique au Canada, Gaston, mort le 16 octobre 1962, est dans le domaine public.

Le choix… Ce que j'aurais aimé. Un formulaire Web sur le site de la BNF qui me permet de définir ce que j'aimerais lire en version numérique. Toutes les semaines, il y a au moins un ouvrage que j'aimerais avoir au format numérique et qui est introuvable. Créer ce catalogue sur la base de la demande est à mon avis plus important. Cela permet également d'être dans une démarche différente de devoir contacter l'auteur s'il est vivant ou ses ayants-droits si le livre n'est pas encore dans le domaine public.

Le domaine public. Le projet gutenberg réalise un travail fabuleux de mises à disposition des œuvres du domaine public. Archive.org est un autre de ces projets magnifiques. Il est par exemple possible de lire les œuvres de Voltaire (le ePub est disponible, la qualité pas toujours au rendez-vous, mais c'est un premier pas). Gallica donne aussi accès à certaines œuvres, comme Voltaire, pas toujours facile d'accès cependant. Cela mériterait un catalogue à la openlibrary. Ou encore wikisource.

Drame internet

Pas une semaine, et même parfois un jour, sans que les gens sur Internet passent au nucléaire. Je suis très content que nous n'ayons pas tous un bouton rouge à la maison. Cela ne prendrait que quelques nano-secondes avant de tous se foutre en l'air. Je rêve d'une société où nous pouvons être en désaccord, où nous pouvons en discuter, sans créer une lutte de clans à mort, avec des propos très violents. Je rêve d'une humanité joyeuse.

March 23, 2013 01:38 PM

March 22, 2013

Christian Fauré

Sur le paradigme indiciaire de Ginzburg (1)

L’année dernière, je présentais les résultats d’un travail sur la figure du dieu grec Hermès.

Le sujet était si riche qu’il avait fallu que je fasse des choix. Je me souviens notamment d’avoir choisi de ne pas développer un des aspects pourtant ô combien important : il s’agit de la question des traces comme indices.

Or c’est un sujet qui a été génialement traité par Carlo Ginzburg dans son article : “Traces. Racines d’un paradigme indiciaire” et, si je l’avais évoqué, je n’aurais pas eu le temps de rentrer dans les détails.

Dans les détails, je vais à présent y rentrer, et pour deux raisons :

  1. d’abord parce qu’il y a toujours des personnes qui ne connaissent pas cet article ;

  2. ensuite parce que je souhaite faire le lien entre les hypothèses de Ginzburg et un autre thème qui me semble déterminant et sur lequel j’aurai l’occasion de revenir l’été prochain, toujours dans le cadre de l’académie d’été de l’école de philosophie d’Épineuil le Fleuriel.

 La thèse de Ginzburg dans cet article paru en 1979, que l’on trouve en français dans une nouvelle édition, “Mythes emblèmes Traces”, 2010, chez Verdier Poche, est la suivante :

“Je me propose de montrer dans les pages qui suivent comment est apparu silencieusement, à la fin du XIX siècle, dans le domaine des sciences humaines, un modèle épistémologique (ou, si lon préfère, un paradigme) auquel on n’a pas, jusqu’à aujourd’hui, suffisamment prêté attention”

Ginzburg rappelle que l’utilisation de “paradigme” a été popularisé par Thomas Khun dans sa “Structure des révolutions scientifiques” (1974).

 Je précise ici, car c’est trop peu rappelé me semble-t-il, que Kuhn lui-même a été largement influencé par les travaux de Wittgenstein, notamment par “De la certitude” dont on peut raisonnablement affirmer que le texte de Khun n’est que l’application des arguments wittgensteins au champ épistémologique.



Cela dit, je ne fais pas cette remarque par hasard ou par érudition ; en effet, la place de Wittgenstein sera importante dans la mise en perspective du travail de Ginzburg (mais retenez au passage l’illustration de la couverture du livre de Wittgenstein et vous verrez dans quelques secondes ce que vous pourrez en induire)

Quel rapport existe-t-il entre l’amateur d’art Morelli, le personnage de Sherlock Holmes invité par Conan Doyle et Sigmund Freud ?

 Les trois étaient des contemporains  à la fin du 19° siècle, mais il y a plus.

Entre 1874 et 1876 Giovanni Morelli publie, sous un pseudonyme russe, une série d’articles sur la peinture italienne qui firent sensation en ce qu’il affirmait que les musées étaient pleins de tableaux dont l’attribution était inexacte. Pour rétablir la parenté aux oeuvres il faut, disait Morelli, ne pas s’attacher aux similarités générales qui sont les plus faciles à imiter mais au contrainre examiner les détails. C’est ainsi que Morelli réalisa un véritable catalogage des lobes, oreilles, mains, etc.

Les livres de Morelli ( écrivit Wind qui fut un de ceux qui en 1946, dans “Art et Anarchie”, contribuèrent au renouveau d’intérêt pour les travaux de l’italien) “sont pleins d’illustrations de doigts et d’oreilles, registres minutieux de ces détails caractéristiques qui trahissent la présence d’un artiste donné, comme un criminel est trahi par ses empreintes digitales…n’importe quel musée d’art étudié par Morelli prend immédiatement l’aspect d’un musée du crime” Art et Anarchie pp. 66-67

 Du “musée du crime” de Morelli à Sherlock Holmes, la transition est toute naturelle, d’autant plus qu’un oncle de Conan Doyle, peintre et critique d’art rencontra personnellement Morelli en 1887. A l’image de Morelli en art, Sherlock Holmes est celui qui, à partir d’indices imperceptibles (traces de pas, empreintes, mégots ou cendres de cigarette, éléments d’anatomies, etc.) va être capable d’induire les vrais causes.

C’est à cette même approche d’inférence à partir de détails parcellaires que va se livrer Freud, notamment dans “Le Moïse de Michel-Ange” (1914) où il fait explicitement référence à Morelli et à sa méthode d’analyse :

“Il parvient à ce résultat en commençant par détourner le regard de l’impression d’ensemble ou des grands traits du tableau et en mettant en relief l’importance caractéristique des détails secondaires”

 Plus loin :

“Je crois que son procédé est étroitement apparenté à la technique de la psychanalyse médicale. Celle-ci est aussi habilitée à deviner les choses secrètes et cachées à partir de traits sous-estimés ou dont on ne tient pas compte, à partir du rebut – des déchets – de l’observation” Freud, L’inquiétante étrangeté, et autres essais, Paris 1985 pp. 102-103.

 Ces rapprochement permettent à Ginzurg de préciser que :

« Dans les trois cas, des traces même infinitésimales permettent de saisir une réalité plus profonde, impossible à atteindre autrement. Des traces : plus précisément, des symptômes (dans le cas de Freud), des indices (dans le cas de Sherlock Holmes) des signes picturaux (dans le cas de Morelli). » p 232.

 Ginzberg va plus loin et rappelle que ces trois cas relève de la sémiotique médicale, c’est à dire de l’art de diagnostiquer des maladies à partir de symptômes. L’argument touche puisque que Freud, Morelli et Conan Doyle ont tous été médecins.

 

“Pendant des millénaires l’homme a été un chasseur”

Ginzburg fait remonter notre capacité d’inférer à partir d’indices à notre préhistoire de chasseur. Ces pratiques millénaires de chasse nous ont appris à “sentir, enregistrer, interpréter et classifier des traces infinitésimales”, nous avons appris à “accomplir des opérations mentales complexes avec une rapidité foudroyante” (cette hypothèse cynégétique – relatif à la chasse – marqua Italo Calvino qui écrivit un article : “L’oreille, le chasseur, le potin” que l’on peut lire dans la revue Critique consacré à Ginzburg).

Ce que décrit Ginzburg n’est autre qu’une capacité cognitive d’inférence qui nous permet d’élaborer des plausibles sur la base d’éléments et de faits constatés aussi minimes soient-ils :

 « Ce qui caractérise ce savoir, c’est la capacité de remonter, à partir de faits expérimentaux apparemment négligeables, à une réalité complexe qui n’est pas directement expérimentable”

 [Tiens, tiens... comme c’est étrange ; cela ressemble beaucoup au premier mouvement de la dialectique,  celui de la dialectique « ascendante » (remontée des hypothèses vers le principe ) telle que la défini Platon dans sa République.

Ce qui me permet d’avancer que le pivot entre Socrate et Platon se situe précisément sur cette question de l’induction, de l’inférence. Tout comme Simondon disait que les grecs ne connaissait pas le métastable mais seulement les états stables et instables, on peut aussi dire qu’ils ne connaissaient pas encore l’inférence probabiliste qui nous permet de raisonner dans l'ordre du plausible]

 Cela vaut d’abord pour la chasse mais aussi par extension pour les arts divinatoire où il fallait savoir lire dans les entrailles d’animaux, dans le vol d’oiseaux, gouttes d’huiles dans l’eau ou positionnement des astres pour deviner l’avenir.

 Que ce soit dans les activités de chase ou dans les pratiques divinatoires le “comportement cognitif” était très semblable, à partir d’opérations intellectuelles formellement identiques : “analyses, comparaison et classification”.p; 244 :

 “On peut donc parler de paradigme indiciaire ou divinatoire, tourné, selon les formes de savoir, vers le passé, le présent ou le futur. Vers le futur – et on avait la divination au sens propre ; vers le passé, le présent et le futur – on avait la sémiotique médicale sous son double aspect de diagnostic et de pronostic ; vers le passé et on avait la jurisprudence” 247.

Le passage de la civilisation mésopotamienne à la civilisation grecque, va instaurer une première brèche dans le paradigme indicaire qui opérait dans des sphères d’activités très différentes : médecins, historiens, politiques, potiers, menuisiers, marins, chasseurs, pêcheurs. Tous pouvaient se réclamer de la métis, avant que le modèle de la connaissance élaboré par Platon ne bouscule tout cela :

“– Parménide : [Est-tu aussi perplexe] Socrate, au sujet de choses qui pourraient apparaître ridicules, comme le poil, la boue, la saleté ou toute autre chose insignifiante et sans valeur ? Te demandes-tu s’il faut admettre qu’il y a aussi pour chacune d’elles une forme à part, distincte, elle aussi, des choses que nous touchons de nos main ?

– Non, répondit Socrate. Pour les choses que nous voyons, je ne doute pas de leur existence ; mais de penser qu’il en existe une forme [idée], j’ai peur que ce ne soit par trop étrange. Cependant il m’est parfois arrivé de me sentir troublé et de me demander si toutes les choses n’ont pas également leur forme [idée]. Puis, quand je me suis arrêté à cette pensée, je m’en détourne en toute hâte, de peur de tomber et de me noyer dans une abîme de niaiseries (…)”

Parménide 130 d

 Une forme de polémique s’instaure ainsi en Grèce, dès le V° siècle, autour des pratiques inductives, que nous appellerions aujourd’hui les arts (au premier rang desquels l’art médical), et auxquels on commence à opposer les sciences naissantes ; les mathématiques et la géométrie y jouant un rôle d’exemplarité, raison pour laquelle Platon fit inscrire au fronton de son académie “Nul n’entre ici s’il n’est géomètre”.

 Cette histoire se poursuit ensuite avec la figure de Galilée au XVII° siècle ; cela fera l’objet d’une prochaine note (la suite)

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by Christian at March 22, 2013 02:42 PM

March 21, 2013

David Larlet

Accompagnement EMI

Accompagner, c'est célébrer, c'est manifester l'incroyable splendeur qu'est chacun(e).

Marie Milis

J'intervenais cette semaine à l'EMI CFD comme précédemment mentionné. L'occasion de rencontrer une promotion orientée graphisme et rédaction bien éloignée de la sphère des développeurs.

L'objet était de produire une petite application en une semaine qui utilise des données sur la thématique du Festival de Cannes, ce qui s'est avéré être un challenge intéressant autant du point de vue de l'accompagnement en lui-même que de celui du sociologue qui sommeille en moi.

Il y a eu 2 problèmes transverses aux équipes accompagnées sur lesquels je voudrais revenir :

  • le manque de démarche expérimentale : lorsque l'on commence à « s'imbiber de données » (sic), il est important de formuler des hypothèses qui doivent être vérifiée par les données et non énoncer des points de vues que l'on cherche absolument à prouver avec des données. Il ne faut pas avoir peur de produire des esquisses de données — à travers des graphes tout simples — avant de penser en termes d'infographies. Pressés par le temps, nous n'avons pas pu développer la discussion sur la rigueur scientifique des journalistes mais cela aurait pu être intéressant, il est trop tentant de vouloir raconter une histoire pour sa simple audience.
  • le manque de coopération : il y avait 3 équipes qui sont restées dans leur bulle tout le long de la semaine, quel dommage ! Chaque équipe — même dans le cadre d'une coopétition — aurait gagnée à mutualiser des données ou à se challenger sur les résultats obtenus. Cela aurait encouragé également une démarche itérative pour que ces échanges soient rendus possibles. Note : on nous a récemment qualifiés d'« intégristes de la coopération » avec scopyleft et j'assume pleinement ce rôle.

En recherche d'efficacité optimale, j'ai introduit la méthode MoSCoW la dernière journée en improvisant un ersatz de backlog priorisé. Le résultat s'est révélé être au-delà de mes espérances en terme de fluidité des cartes au sein de l'équipe pour effectuer les dernières tâches rapidement.

Il était assez frustrant de ne pas avoir le temps d'expliquer la vision que j'ai de mon métier et de transmettre une façon de travailler permettant de garder un rythme soutenable et procurant du plaisir. Frustration également (salutaire cette fois) de se retenir de trop encadrer, certaines expériences devant se faire par soi-même. Cela étant dit, mon seul vrai regret sur la semaine aura été de ne pas avoir pu rester à la fin lors de la rétro accompagnateurs et du pot qui aurait pu permettre de parler d'autre chose que de données :-).

Quelques idées pour améliorer la formation :

  • donner quelques rudiments méthodologiques pour faire fonctionner les groupes, au moins en leur expliquant les différents axes possibles d'organisation (centralisé, démocratique, sociocratique, etc), la méthode à la RACHE ayant montré ses limites ;
  • lisser la pression, elle ne devrait pas être croissante comme j'ai pu l'observer quel que soit le groupe, l'approche itérative permet d'y arriver efficacement ;
  • donner davantage de temps pour affiner la vision initiale en leur proposant le thème plus tôt, beaucoup de temps a été perdu par simple manque de réflexion en amont.

L'éducation authentique ne se fait pas de A vers B, ni de A sur B, mais par A avec B, par l'intermédiaire du monde.

Paulo Freire

J'ai au moins autant appris que les « étudiants » cette semaine en ayant eu la possibilité d'observer des groupes de travail à l'ouvrage et en constatant une fois de plus la difficulté à travailler ensemble même en poursuivant un but commun. La concrétisation d'un projet ne doit jamais se faire au détriment de la communication dans l'équipe. Auquel cas on perd non seulement le projet, mais également l'équipe…

Pour finir, je voudrais remercier Yohan qui m'a permis de participer à cette formation (et de dormir sur son bateau pendant une semaine !).

March 21, 2013 11:00 PM

Karl Dubost

Définir les attentes

Prise électrique rouge 3 mars 2013, Montréal, Canada

Il ne doit plus rester dans la ville de Tokyo beaucoup de sanctuaires shintoistes pourvus du petit théâtre spécialement édifié pour les danses sacrées ; et les cérémonies rituelles elles-mêmes où l'on exécute ces dances pour la fête du temple ou quelque solennité doivent être en nombre bien réduit.

Junichiro Tanizaki, Mes années d'enfance.

Un interlocuteur distant est bien souvent incapable de deviner vos intentions ou vos attentes, spécifiquement dans le cas d'une communication asynchrone comme le courrier électronique. De plus en plus souvent, au début de mes messages professionnels (et parfois personnel), je définis mes attentes ou mes intentions pour éviter les incompréhensions du non-dit. La phrase la plus courante que j'emploie est du type suivant : « Je n'attends pas de réponse immédiate. » ou encore « Il n'est pas obligatoire de répondre. » Ceci pour enlever la pression que certaines personnes ressentent quand elles reçoivent un courrier électronique. Vous pourriez me répondre dans trois ans ou jamais que cela peut me convenir. Tout dépend du contexte et des circonstances.

Rendre la communication plus douce sans avoir le besoin de l'immédiate connexion.

March 21, 2013 02:12 PM

Christian Fauré

L’hypercriticité numérique de la France

equilibre

La France a de grandes opportunités dans le numérique : la couverture haut débit via le dynamisme et la maturité des acteurs Telecom, la puissance de calcul et les compétences en génie logiciel, une population qui utilise intensivement les technologies relationnelles, mais il lui manque pourtant cette pièce maîtresse dans sa configuration industrielle : l’infrastructure industrielle du numérique, le stockage des données, c’est à dire les datacenters, ces usines de l’économie numérique.

Le climat tempéré couplé au prix de son énergie, qui sont deux facteurs de choix dans l’implémentation de datacenters, n’y font rien. La fiscalité pousse les industriel du digital à aller vers d’autres territoires européens.

Ce qui fait que la France est dans une situation hyper-critique, c’est qu’elle a toutes les cartes en main, sauf une. Du coup, les infrastructures sur lesquelles elle a investi (les infrastructures de transport du numérique) servent à délocaliser encore plus rapidement les données qu’elle produit (aspirées par les infrastructures de transfert du numérique). C’est ce qui explique le caractère éminemment critique de notre situation nationale et européenne : la France exporte ses données aux US, elle alimente en data les industries américaines du numérique. A l’image de la balance commerciale, la balance des data est extrêmement et dangereusement déficitaire.

C’est ni plus ni moins que notre mémoire nationale numérique qui fuite (car un datacenter est un lieu de mémoire hyper-industriel).

Parce que nous ne disposons pas d’une infrastructure de stockage et de traitement des données qui fait tourner les industries culturelles et relationnelles du numérique, notre pays est contraint de subir une politique qui n’est pas la nôtre, que nous n’avons pas choisi et à laquelle pourtant nous nous soumettons. Il y a aliénation digitale dans la mesure où les données françaises ne sont pas stockées là ou elles sont produites, et l’on peut généraliser la situation : là ou nous investissons dans le numérique les autres en tirent les bénéfices.

Quelle politique de reterritorialisation des data faut-il mener, et comment stopper la vampirisation internationale des données ?

Ceux qui veulent jouer un rôle et peser sur la scène internationale ont déjà mené des politiques géostratégiques en matière de données : USA, Russie, Allemagne, Japon et Corée, mais surtout la Chine qui appuie déjà sa suprématie de demain à partir de ses datacenters (apparemment accompagnée de raid sur les datacenters occidentaux).

Mais nous de disposons pas de la latitude dont dispose la Chine pour imposer unilatéralement une reconfiguration de notre politique économique et industrielle numérique. Nos régimes politiques démocratiques, nos accords  européens et internationaux limitent fortement nos initiatives pour changer la donne. Là où la France arrive toutefois à se distinguer en matière de numérique, c’est à partir de sa politique fiscale, ce n’est donc pas un hasard si le rapport le plus important en la matière est le rapport Colin et Collin sur la Fiscalité du numérique.

Certains pays, dont la Russie et la Chine, lors du Sommet de Dubaï sur l’internet en Décembre 2012, prônaient un renforcement du contrôle des réseaux par les Etats, tandis que les Etats-Unis étaient plutôt partisans du maintien d’un statu quo, qui, de fait, leur est plus favorable, puisque c’est leur modèle économique et technique qui a servi à sa fabrication.

Il est ainsi facile pour les Etats-Unis et leurs champions du numérique, Google en tête, de prôner la démocratie et également la neutralité du net puisque c’est eux qui ont la main mise sur la racine des DNS d’une part et, d’autre part, ils ont déjà collecté les données dans leurs datacenters.

On voit bien que le débat sur la neutralité du net est lourd de conséquence et qu’il ne faut pas l’aborder avec une posture idéaliste : si les données sont externalisées et déterritorialisées, il sera difficile pour une nation de maintenir un principe qui rique de saper sa souveraineté ; et surtout dans un contexte où il y a une forte nationalisation du cyber-espace (pour ne pas dire que la guerre froide digitale a déjà commencée).

Enfin, il est par ailleurs inquiétant que le président Obama ait accéléré une nouvelle initiative pour la mise en place d’une zone de libre échange entre les Etats Unis et l’Europe dont le volet concernant les données numériques est étrangement, une fois de plus, en dehors des radars.

Et ce qui m’inquiète le plus c’est qu’il semble que la seule crainte du gouvernement Français, dans les futures négociations de cet accord de libre échange, soit la seule exception culturelle (toujours cette vision de la culture comme une réserve d’indiens). Et je me dis que si nous allons à la négociation avec les américains avec d’un côté la commission européenne et son paradigme concurrentiel et de l’autre la France avec son crédo « exception culturelle » nous allons à la catastrophe digitale.

De toute manière, tout accord de libre échange avec les américains sera un marché de dupe.

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by Christian at March 21, 2013 11:07 AM

March 20, 2013

David Larlet

Mémoire nationale numérique

C’est ni plus ni moins que notre mémoire nationale numérique qui fuite (car un datacenter est un lieu de mémoire hyper-industriel).

Parce que nous ne disposons pas d’une infrastructure de stockage et de traitement des données qui fait tourner les industries culturelles et relationnelles du numérique, notre pays est contraint de subir une politique qui n’est pas la nôtre, que nous n’avons pas choisi et à laquelle pourtant nous nous soumettons. Il y a aliénation digitale dans la mesure où les données françaises ne sont pas stockées là ou elles sont produites, et l’on peut généraliser la situation : là ou nous investissons dans le numérique les autres en tirent les bénéfices.

Quelle politique de reterritorialisation des data faut-il mener, et comment stopper la vampirisation internationale des données ?

Christian Fauré, L’hypercriticité numérique de la France

Une seule réponse possible : rendre le réseau symétrique.

Il n'y a qu'une politique d'échanges de données en pairs à pairs performante qui permettra de revenir à une certaine indépendance vu le retard que l'on accuse dans le domaine. Cela requiert la possibilité d'envoyer autant — si ce n'est plus — de données que ce que l'on en reçoit. Il faudrait avoir une vision sur le long terme pour prendre de telles décisions, ce qui se révèle être de fait bien éloigné des actions politiques actuelles.

Cela me rappelle l'expression « la fuite des cerveaux » relative aux chercheurs migrant vers les US au terme de leur formation. Chaque lien qui est stocké sur un serveur américain est une synapse offerte.

March 20, 2013 11:00 PM

Karl Dubost

Recettes de cuisine en Normandie

Détails Carte gastronomique de la France

On va aller se régaler de bonnes nouilles de sarrasin du « Fuyuki », au marché au riz.

Junichiro Tanizaki, Mes années d'enfance.

Les cartes donnent à rêver des parfums de l'enfance.

  • L'andouillette de Rouen
  • La pâtisserie rouennaise
  • Le sucre de pommes
  • La brioche rouennaise
  • L'alose à la crème
  • Le canard de Duclair
  • Truites grillées à la crème
  • Les saucisses en gelée
  • Les andouillettes
  • Les Mirlitons
  • Les truites de l'Andelle
  • La poularde flambée

March 20, 2013 02:21 AM

March 18, 2013

Karl Dubost

La ville humaine

femme volante et tour de bureaux Montréal, Canada, 23 février 2013

J'aurais pu perdre les couleurs
Qui m'imposaient d'être moi-même et ce que j'aime

Paul Eluard, Écrire dessiner inscrire.

En bas, il y a la ville néon, la saleté, les rêves brisés, la foule qui se sert, les pieds mouillés et l'envie de recommencer. Tout en haut, il y a les tours, les complet-vestons, la photocopieuse, la moquette grise, le cubicule et l'envie de tout quitter. En haut, ils rêvent du bas. En bas, ils rêvent du haut.

March 18, 2013 11:53 PM

Le silence

sigle Bell Montréal, Canada, 24 février 2013

Elle surgissait de ses ressemblances
Et de ses contraires

Paul Eluard, À l'infini.

Les églises ne sonnent plus le rythme de la journée. La ville est silencieuse. L'horloge est dans la main. Ce temps là a bien disparu.

March 18, 2013 11:25 PM

Pas un flocon

branches sous la neige Montréal, Canada, 28 février 2013

Notre printemps est un printemps qui a raison.

Paul Eluard, Printemps.

Le bruit des mots ne survit pas sous la neige, pas un flocon pour crier la beauté de l'hiver.

March 18, 2013 11:14 PM

David Larlet

Nostalgie d'expatrié

Je me surprends :

  • à m'incliner pour remercier quelqu'un ;
  • à marcher sur la gauche des trottoirs ;
  • à parler avec des interjections ;
  • à déambuler sans précipitation ;
  • à prendre soin des cartes de visite ;
  • à communiquer avec bienveillance ;
  • à m'étonner qu'on puisse vivre dans la saleté ;
  • à avoir envie d'un bain chaud ;
  • à photographier les premières fleurs du printemps ;
  • à sourire aux personnes que je croise ;
  • à trouver que la ville manque de petites musiques ;
  • à regretter qu'il n'y ait pas plus d'arbres dans nos villes ;
  • à m'émerveiller de petits détails de la vie.

Je me surprends à transporter un bout de Japon avec moi. En moi. Et ça me plaît.

March 18, 2013 11:00 PM

Karl Dubost

L'ombre d'un regard

Deux ombres sur la neige Montréal, Canada, 2 mars 2013

Deux ombres une seule nuit
Définitive les coquins
Avaient raison de raisonner

Paul Eluard, Grandeur d'hier et d'aujourd'hui.

Entre les flocons, nous nous regardons.

March 18, 2013 09:59 PM

L'écran et la piste

Avion de Adler L'Aérophile nº8, août 1899

Le Comité de la classe 34 (aérostation), a tenu sa seconde séance dans le laboratoire d'aérostation de M. Ader, sis à Auteuil. Cette heureuse circonstance nous a permis de visiter en détail l'Avion dans la construction duquel le célèbre électricien a dépensé tant de peine, de talent et d'argent. L'appareil qui sera un des clous de l'Exposition d'électricité a été mis en mouvement avec une force motrice égale au tiers de celle qui est nécessaire pour qu'il quitte le sol, comme il l'a fait au camp de Satory. Ces expériences ne pourront être renouvelées à l'Exposition à cause du danger d'incendie provenant de l'introduction de machines à vapeur dans les galeries du Palais consacré à la classe 34.

L'Avion se compose de deux machines à vapeur d'une force de 40 chevaux chacune, et actionnant chacune une hélice motrice placée à l'avant. Les deux hélices sont à axes parallèles et disposées de sorte que leurs mouvements combinés donnent naissance à une propulsion en avant quoiqu'elles tournent en sens inverse.

Les deux machines sont verticales et chauffées avec de l'alcool contenu dans deux réservoirs, entre lesquelles l'aviateur prend place sur un siége ; une paire de bretelles l'empêche de tomber dans le vide et fait l'office de garde-fou.

Au-dessus de la tête de l'aviateur se trouve le condenseur de la vapeur, organe qui paraît fonctionner admirablement car on ne voyait aucune trace de buée troubler la transparence de l'air dans la salle où avait lieu la démonstration.

A l'arrière, se trouvait le gouvernail et à droite et à gauche une manivelle pour faire varier la surface d'une des deux moitiés du parachute dont l'ensemble est destiné à soutenir l'Avion lorsqu'il vole en pleine atmosphère.

Comme la vitesse de chaque hélice peut varier à volonté, on voit que l'aviateur possède tous les moyens désirables pour maintenir l'appareil en équilibre. L'action produite sur l'air était très énergique, et les spectateurs avaient besoin de résister avec une certaine énergie au mouvement d'aspiration qui se produisait pour ne pas être entraînés. Le poids total de l'appareil, non compris la provision d'alcool et d'eau ainsi que le poids de l'aviateur et de son bagage personnel, est de 256 kilogs.

Il est clair que l'atterrissage est une des grandes difficultés du système, car un choc peut tout disloquer comme il est arrivé à Satory. L'inventeur attribue cette catastrophe à la direction rectiligne donnée aux quatre roulettes sur lesquelles l'appareil repose.

Des sommes énormes ont été dépensées par M. Ader pour la construction de l'appareil grandeur d'exécution qu'il explosera en 1900 aux regards du public, à côté de l'Avion dont nous avons étudié le mécanisme, on en voyait un autre, un peu plus ancien, qui avait son parachute replié, afin de montrer comment après une expérience on peut le transporter sur les voies ferrées.

Cette construction représente un grand effort qui sera frappé de stérilité, si M. Ader ne trouve les secours financiers dont il a besoin pour continuer ses travaux.

En se retirant, le Comité a félicité M. Ader qui en fait partie, de sa persévérance et du succès avec lequel il a triomphé d'innombrables difficultés qu'il a rencontrées dans l'exécution de son Avion ; mais il n'avait point à se prononcer sur l'avenir du plus lourd que l'air.

Paul Ancelle, L' « avion » de M. Adler, L'Aérophile nº8, août 1899.

Boston. Le 17 janvier 2013. Le grain bleuté de l'écran. Je ne suis pas dans la cabine. La piste est en face de moi. Enfin, l'image de la piste. Tout finira par s'accélérer, par nous quitter. Ce n'est pas de la transparence, ni de l'invitation au rêve. Et pourtant, je rêve. L'image de mauvaise qualité, la vibration de la carlingue, la poussée dans le siège, mon reflet dans les pixels.

Mon reflet dans les pixels…

Écran dans l'avion Boston, États-Unis, 17 janvier 2013

March 18, 2013 09:35 PM

Le voyage de Tchekhov

Intérieur d'un livre et sa fiche de circulation Montréal, Canada, 16 mars 2013

« Shimizuya », le magasin d'estampes et de livres illustrés au coin de Ningyocho s'approvisionnait alors abondamment en images de la guerre déployées en triptyques. Suspendues et exposées en vitrtine pour la vente, elles étaient essentiellement dues au pinceau de trois artistes : Toshikata Mizumo, Gekko Ogata, et Kiyochika Kobayashi. Tous les gamins en raffolaient sans être, sauf de rares exceptions, en mesure de les acheter et, jour après jour, ils se contentaient de rester plantés devant le magasin, le regard brillant, littéralement fascinés.

Junichiro Tanizaki, Mes années d'enfance.

Dans les rayons voyage de la grande bibliothèques de Québec, je découvre par hasard un livre intitulé L'île de Sakhaline. En l'ouvrant, il y a encore la fiche de circulation de l'ouvrage avec les dates de prêts. Ce voyage là semble débuter le 22 juin 1973 et se terminer le 21 septembre 2004. Malheureusement, il n'est pas disponible sur wikisource. J'avais déjà envie de voyager un peu plus longtemps avec Tchekhov.

Il est difficile d'aller à la bibliothèque sans vouloir y rester des heures à rêver entre les falaises.

March 18, 2013 08:20 PM

Un parfum de Chine

Beignets chinois Montréal, Canada, 17 mars 2013

Pour ce faire, l'homme, du bout des doigts, enduisait d'huîle sa pâte de riz glutineux pour l'empêcher de coller, la pétrissait de façon à lui donner la forme d'un pot qu'il posait sur une planchette…

Junichiro Tanizaki, Mes années d'enfance.

Des beignets de porc, et puis d'agneau à la coriandre chez Qinghua. La lecture de Shenzhen de Guy Delisle trouvé à la librairie Drawn&Quaterly sur la rue Bernard. Quelques pensées le long du delta de la rivière des perles. Une ville est née en moins de 30 ans.

March 18, 2013 07:26 PM

Saint-Patrick, une montagne de déchets

Déchets dans la rue Montréal, Canada, 17 mars 2013

Elle était venue me rechercher à l'école probablement pour me faire voir le spectacle du quartier en ce jour de fête.

Junichiro Tanizaki, Mes années d'enfance.

Je ne participe plus au défilé de la Saint-Patrick. Malheureusement, je suis passé par la rue Sainte-Catherine en fin d'après-midi après que la parade soit passée.

La ville devient un tas d'immondices. La police encadre les lieux. Nombre de personnes sont dans un état d'ivresse plus qu'avancée et bruyante. Il n'y a rien de vraiment plaisant dans ces moments. Cet état de la ville ne cultive que la misanthropie.

March 18, 2013 06:55 PM

March 16, 2013

David Larlet

Agrégation et découverte

Suite à l'arrêt du service Reader de Google que j'utilisais par l'intermédiaire de Reeder, je me suis demandé quelle alternative me permettrait de remplacer cet outil. Je me suis naturellement intéressé à FeedHQ développé par Bruno car il utilise des technologies que j'utilise au quotidien et qu'il me permet de l'installer chez moi si je le souhaite.

J'ai ensuite remis en question le fait d'avoir un agrégateur, finalement ce qui m'intéresse dans cette fonction ce n'est pas l'agrégation à proprement parler, c'est plutôt le fait de découvrir des contenus récurrents. Et en grattant encore un peu plus, c'est aussi un des usages que j'ai de Twitter : découvrir des contenus.

Or il se trouve que j'ai développé un outil permettant de naviguer des contenus et soudain tout s'est éclairé : il suffit d'ajouter une fonctionnalité de découvrabilité à partir de sources connues (OPML) et moins connues (Twitter) pour combiner de la navigation à base de confiance mais également de sérenpidité sociale. En bonus, ces contenus se trouveront être indexés et sauvegardés localement.

Avant de changer d'outil, toujours se rappeler l'usage personnel que l'on fait de cet outil.

March 16, 2013 11:00 PM

March 15, 2013

Karl Dubost

Oume Hanai, une femme et le spectacle de sa vie

Image au pochoir de la scène du crime La scène du crime, 1888

De quel côté du quai de Hamacho Oume Hanai rendue célèbre par le meurtre de son amant Minekichi, avait-elle ouvert le « suitgetsu », sa maison de rendez-vous ? […] C'est au début de l'été 1887 qu'Oume commit son crime. Minekichi l'avait attirée là, le long de ce mur, par une nuit de crachin, vers onze heures et demie, et elle l'avait poignardé avec le grand couteau de cuisine qu'il avait sur lui. Plusieurs années avaient passé depuis ce fait divers quand nous sommes allés nous installer dans la nouvelle voie Fudo, mais ma mère avait dû avoir l'occasion d'apercevoir le visage d'Oume soit au temps de Yanagibashi, soit à l'époque du « Suigetsu », car lorsque celle-ci eut défrayé la chronique avec le meurtre du porteur de shamisen, ma mère allait répétant : « Cette geisha avait réellement fière allure, avec un teint plutôt foncé, et aussi quelque chose d'assez effrayant… C'est peut-être ce qu'on entend par "une belle femme"… » Elle m'avait donné une photo en me disant : « La voici, Oume. » Je l'ai conservée précieusement jusqu'à ce qu'elle fût réduite en cendres au moment du grand tremblement de terre de 1923, mais au simple vu du cliché, je comprenais bien ce que ma mère voulait dire. Au moment de l'affaire, Oumé avait vingt-quatre ans. Après avoir purgé une pein de prison de quinze ans, elle avait ouvert dans le secteur d'Okuyama à Asakusa une gargotte à shiruko, puis avait fait du music-hall. Ayant un jour appris qu'elle jouait dans un film — ce devait être dans les parages de l'« Opéra » —, j'avais pris la peine d'y aller pour la voir ; mais peut-être parce que les pellicules de la fin de l'ère Meiji manquaient fabuleusement de netteté, je ne trouvai pas la moindre ressemblance entre l'actrice et l'image en ma possession.

Junichiro Tanizaki, Mes années d'enfance.

portrait de Oume HanaiApprochez, approchez, braves gens. Je viens vous compter l'histoire de Oume Hanai (花井お梅), une femme vivant du drame de sa vie. Oume était une geisha profondément amoureuse de Sawamura Gennosuke IV (澤村源之助), un acteur de théâtre kabuki, très reconnu pour son interprétation des rôles féminins (女方)—Les femmes ne sont pas admises sur la scène du kabuki. Un assistant, Kamekichi, était très amoureux de Oume Hanai.

Détail de carte Carte de Tokyo en 1896, Encyclopédie Brockhaus, 14e édition 1894-96, Berlin

scène du crime par Yoshitoshi pour le Yamato Shimbun Durant la nuit du 9 juin 1887, le long des quais de la rivière Sumida, Kamekichi se fait plus pressant. Elle tue cet amant ou non amant avec un couteau. La scène du crime a été illustrée par Tsukioka Yoshitoshi (月岡芳年) deux mois plus tard dans le journal Yamato (ébauche du dessin final).

Oume avait alors 24 ans. Pendant le procès, Oume dira que par auto-défense, elle désarma son adversaire et le tua en prenant son couteau. C'est l'une des versions possibles. L'accusation pousse la thèse du meurtre prémédité, où Oume aurait trouvé là le moyen de se débarasser d'un amant-jouet. La sentence fût la prison à vie.

Elle sortit de prison en 1903 lorsqu'elle atteint l'âge de 40 ans. Elle décida d'ouvrir un café vendant du shiruko près de Asakusa. Le premier jour d'ouverture, il y a eu plus de 80 personnes venus voir les lieux de cette femme à la réputation sulfureuse. Mais ses affaires ne marchèrent pas. Elle abandonne le café.

Elle interprète finalement son propre rôle pour gagner sa vie. Elle mourût à l'âge de 53 ans à cause d'une pneumonie.

March 15, 2013 08:18 PM

Au cœur du spectacle

Avion à l'aéroport Narita, Japon, 16 janvier 2013

Étrange théâtre fait de déterminations pures, agitant l'espace et le temps, agissant directement sur l'âme, ayant pour acteurs des larves - et pour lequel Artaud avait choisi le mot « cruauté ».

Gilles Deleuze, L'île déserte.

Le 16 janvier, nous devions prendre un avion 787 de la compagnie JAL pour rentrer du Japon à Montréal (via Boston). À la porte d'embarquement, il y a un immense écran de télévision qui diffuse les nouvelles. Un avion de la compagnie ANA, un boeing 787, a ce matin fait un aterrissage d'urgence à cause d'une batterie en feu. Nous voilà, au milieu des autres passagers à regarder des nouvelles inquiétantes sur le type d'avion que nous devons prendre dans les prochaines heures. Un sentiment d'impuissance immense face aux structures économiques, techniques prend petit à petit place. L'humour est la seule bouée de sauvetage.

Poste de télévision dans l'aéroport Narita, Japon, 16 janvier 2013

Une annonce est faite qui provoque la colère de certains, mais qui nous, elle et moi, rassure un peu. Le vol est retardé pour une inspection de l'appareil. Le spectacle se joue là en direct les cameramen et les photographes sont là. Les gens commencent à contacter leur famille pour annoncer qu'il y aura un retard. Les journalistes s'ennuient. Il n'y a que très peu d'information. Le spectacle se construit sur peu de faits, le reste c'est de la narration. Le sensationnel est toujours construit sur l'ennui.

Photographes et passagers Narita, Japon, 16 janvier 2013

La compagnie annonce finalement que le vol sera annulé et que tous les avions 787 seront cloués au sol tant que le problème ne sera pas proprement identifié. Le grondement enfle. La foule se fait masse autour du comptoir. Les employés gèrent. Je suis toujours admiratif du courage de ces personnes qui sont chargées d'être la voix de décisions désagréables et d'avoir à subir en retour les remontrances des voyageurs agacés.

Pilote de l'avion et employés au comptoir Narita, Japon, 16 janvier 2013

Le pilote de l'avion ainsi qu'un certain nombre d'employés du personnel de bord font une ligne. Les mains croisés sur le devant, la posture droite, ils sont là dans leur rôle de représentation. Le pilote explique la situation et réalise de multiples excuses. À la fin, il rend le microphone, se remet dans la ligne et avec les autres s'incline pendant quelques secondes en face des passagers. Le langage corporel de l'excuse accompagne le discours qui vient d'être donné.

Le vol JL8 ne partira pas aujourd'hui. Le spectacle a pourtant bien eu lieu.

Panneau d'affichage des vols Narita, Japon, 16 janvier 2013

March 15, 2013 06:21 PM

March 14, 2013

David Larlet

TEDx Montpellier 2013

L'édition 2013 de TEDx Montpellier portait sur le sujet « e-médecine & prospectives humaines ». Quelques prises de notes et questions sur cette journée.

C'est pas moi, c'est mes gènes ! — Sophie Nahum

Quels choix serions-nous prêts à faire avec l'avancée de la médecine (génomique, robotique, clonage, etc) ? Comment vieillir en bonne santé ? Comment anticiper la maladie ?

Dommage que la réflexion n'ait pas été poussée un peu plus loin sur le « pourquoi vivre longtemps ? » ou sur les questions d'éthique relatives à ces nouvelles pratiques de la médecine.

Interniste 2.0 — Laurent Chiche

Comment utiliser la e-médecine pour améliorer le quotidien des personnes affectées par les maladies rares ? Comment communiquer ses informations médicales en cas d'urgence ?

C'est un sujet qui me tient à cœur car j'ai commencé à rédiger une telle page web suite à la visite médicale d'aptitude à l'embauche pour scopyleft afin d'avoir un suivi numérique de mes vaccins, puis de centraliser des informations et finalement d'en faire une page à consulter en cas d'urgence dont j'ai collé l'URL sur ma carte d'identité que j'emporte lorsque je m'absente pour aller gambader. Je retiens de cette intervention le fait de traduire ces informations en plusieurs langues.

Je vois également dans ce carnet de notes du patient une dé-responsabilisation avouée des médecins qui ne remplissent pas la fiche transférée destinée à leurs confrères, ou peut-être est-ce une responsabilisation salutaire du patient sur son état de santé ?

L'ouverture se faisait sur du big data épidémiologique qui permettrait en agrégeant les données anonymisées des fiches de patients de servir la communauté. Quid des intérêts financiers des laboratoires dans le domaine ?

Communauté de patients — Michael Chekroun

Savoir profane vs. savoir professionnel ? Communauté de patients en ligne ? Intelligence collective accélérant la recherche médicale ?

Réflexion sur le côté anxiogène entre le fait de ne pas avoir d'informations et celui d'en avoir de fausses, associé aux dérives de l'auto-diagnostique et de l'auto-médication.

1/3 des requêtes sur Dr Google portent sur un problème de santé (et ça ne m'étonne même pas).

Développement d'une plateforme permettant au « patient de devenir acteur de sa santé » avec une horizontalité du rapport médecin/patient qui entrent en collaboration, voire en coopération.

Ouverture sur la notion de double peine du patient : souffrance dans la maladie et isolation sociale causée par la maladie.

Building a model Brain — Richard Walker

The Human Brain Project: if you want to understand a complex system, you should build it.

Aggregating biological signatures of deceases with many patients to identify a model and find an appropriated treatment.

Are you going to make an artificial brain ? Is it dangerous ? No.

For scientific reasons: the brain is changing and continuously adapting, the project doesn't model that process because we don't have the knowledge to achieve this.

Techniques chirurgicales : des origines, à la robotique — Bertin Nahum

Électrodes dans le cerveau reliées à des stimulateurs placés sous la peau pour éviter les tremblements et raideurs de la maladie de parkinson. Chirurgie réalisée sur patient éveillé pour trouver le réglage fin propre à la personne.

Dommage de ne pas avoir pu avoir une photo du robot en fonction développé par la personne effectuant la présentation ou une vidéo du placement des électrodes.

e-santé & bien vieillir — Philippe Guillet

Comment augmenter l'espérance de vie en santé ?

Augmentation de la fragilité des personnes âgées au cours des 30 dernières années (différence avec la courte d'espérance de vie), première cause de décès des personnes de plus de 70 ans devant le cancer.

Autour de la respiration — Jeanine Guey

Ode à la méditation pour être heureux.

Exercice de relaxation, que je pensais au début proche du T'ai chi ch'uan mais c'était juste l'introduction et ça se révèle être finalement beaucoup plus reposant. Plutôt sceptique initialement — surtout dans un groupe — je me suis prêté au jeu et j'ai vraiment senti qu'il y avait quelque chose à creuser dans ce moment, ne serait-ce que par son silence. Dommage que la sortie de méditation ait été aussi brutale avec le mouvement de groupe vers le repas.

5 in 5 — Christel Beltran

5 sens dans 5 ans.

Prospectives peu réjouissantes à mon goût. Le support semblait intéressant mais illisible.

De la plainte de la mémoire à la maladie d'alzheimer — Pr Jacques Touchon

Comment gérer l'autonomie des patients atteints afin qu'ils puissent rester chez eux ? Défi : maintient à domicile.

Vers une télé-médecine avec des tablettes et des données en temps-réel des patients pour qu'ils suivent leurs indicateurs de santé. J'imagine une sorte de dashboard pour son corps. Pourrait être associé à des outils pour lutter contre le handicap (ex : exo-squelette) ou de prévention via des systèmes de sécurité.

Un cerveau qui n'est pas stimulé est un cerveau qui meurt. La routine est une tueuse de neurones.

Utilisation des serious games pour y pallier et lutter contre l'appauvrissement du cerveau.

Cas de l'isolement qui est une problématique majeure (misère sociale, dépression, risque suicidaire) qui pourrait être solutionnée par une mise en contact du sujet âgé avec les proches grâce aux robots. Cela me semble être très éloigné d'un lien social…

Ouverture sur la finalité : la dignité des patients.

Des capteurs au service du patient ? — Daniel Laune

Comprendre les mécanismes des pathologies pour avoir une médecine personnalisée.

Utilisation de SmartPill par ingestion permettant d'avoir une transmission de données gastriques en temps-réel.

Développement du premier pancréas artificiel autonome qui ouvre la voie de l'appification de l'organisme (la gestion se fait via son smartphone).

La mesure de soi prend une tournure esthétique avec les tatouages électroniques permettant de surveiller le corps.

Designing hands — Ted Varley

Designing a prosthetic is very unusual because you can't use it yourself.

When you fall, your reaction can't anticipate to move your hand fast enough and most of prosthetics break (lack of feedback from sensors too). Possibility to replace fingers and use of very strong materials.

I wonder why they designed the hand to be black, it feels very unnatural to me (probably related to marketing with the brand name: bebionic).

Comment contrôler le cerveau ? — Xavier Vasques

What are your available data to predict the clinical evolution vs. how can I improve the quality of life of the patient?

Back to the deep brain stimulation technique with the idea to put (restore?) electricity in the brain to resolve problems.

Lève-toi et marche ! — Jean-Michel Fournier

Point de vue d'un proche de patient qui a eu une dystonie traitée par les stimulations électriques précédemment exposées. Enfin l'avis des personnes concernées ! Retour lucide et clair qui ne tombe pas dans l'affectif. Évoque l'inquiétude des patients traités (crainte de la panne) et de ceux qui se demandent s'ils pourront être traités aussi miraculeusement.

Fonde de grands espoirs dans la conjonction de la médecine et de la technologie.

At the boundaries of the self — Andréa Sérino

How the brain generate your self and represents the space where our body interacts with the environment?

The Peri Personal Space is plastic, it extends to incorporate the tool in use with the hand. That what happens with prosthetics. The system changes depending what we do, where the action takes place. Empathy leads to an extension of the space (works with politic faces too!).

Social networks: how our brain adapts to these solutions?

Nous ne sommes pas faits pour mourir — Pr. Christophe De Jaeger

La mort est-elle une fatalité ?

C'est la seule chose certaine lorsque l'on nait : nous allons mourir. Quels changements culturels — et même de civilisation — seraient engendrés par la découverte de l'immortalité ? On peut déjà réaliser cela à l'échelle de cellules.

We're all amateurs… we don't live long enough to become anything else. — Sir Charles Spencer "Charlie" Chaplin

50 ans est un âge clé : on sait ce que l'on n'est plus (vitalité des enfants) mais on sait ce que l'on n'a pas envie de devenir (vieillesse des parents).

Il ne tient qu'à nous d'avoir une bonne gestion de notre capital santé pour vieillir en conservant notre autonomie. C'est un système combinant gènes, capital santé et environnement. L'âge physiologique est différent de l'âge chronologique, il faut avoir envie de vieillir différemment en apportant une compensation physiologique.

Dans une logique d'espèce, nous devrions nous améliorer par sélection naturelle. Mais la religion et l'amour du prochain est venue contrecarrer ceci. Vouloir intervenir sur la mort remet d'une certaine façon en cause notre destinée.

Ouverture sur la réflexion des cycles de vie : du traditionnel formation/travail/retraite à des cycles formation/travail/pause répétés.

Un peu frustré d'avoir eu seulement des indications relatives à notre action sur le capital santé sans mentionner la possibilité de choisir/modifier son environnement également (en comparaison avec les gènes qui son innés).

Bilan personnel

Les intervenants et les thématiques abordées étaient intéressants mais je reste sur un sentiment mitigé avec la sensation que les sujets ont été traités de manière très superficielle, je reste clairement sur ma faim en terme de contenu que ce soit au niveau de la technique ou du partage d'expérience.

La partie éthique des interventions est passée complètement à la trappe ce qui est surprenant compte-tenu de la problématique et des enjeux sous-jacents.

Toute la journée, le concept de smart (cities, sensor, pill, phone, hospital, etc) a été abordé sans pour autant se poser la question de savoir pourquoi on avait besoin de s'entourer d'autant de choses intelligentes. Sommes-nous devenus stupides ? Est-ce cet environnement d'assistance qui nous a rendu stupides ? Quelle est la part d'éducation à introduire pour y pallier ?

Le second fil rouge de la journée était clairement la peur de la mort avec diverses tentatives de repousser les limites de la vie en santé pour finir en apothéose avec une apologie de la sportivation de la vie. Cela soulève forcément la question de l'utilité de vivre aussi longtemps…

[Mise à jour] : Thibault a vu la médecine du futur, et elle lui fait peur.

March 14, 2013 11:00 PM

March 13, 2013

Eric van der Vlist

Karl Dubost

Serveur HTTP et protocole bidon

Graffiti Play Montréal, Canada, 22 septembre 2007

Absolument. Puisque je suis peintre, je n'ai pas besoin de lire un roman du début à la fin, jusqu'au bout. Où que je le prenne, ça m'intéresse.

Natsume Soseki, Oreiller d'herbes.

Comme j'ai un peu de temps en ce moment, je m'amuse à lire la spécification HTTP/1.1 bis en détails en picorant ici et là. Je tente d'éclaircir des points obscurs tout en vérifiant si c'est testable. J'en profite pour créer une pseudo-librairie en python (non publique pour l'instant) en testant tous les requis de conformance de la spécification.

Je me suis notamment demandé ce qui se passait si on fait une requête avec un nom de protocole bidon. Une requête normale en HTTP/1.1 est du type

GET / HTTP/1.1
Host: www.w3.org

Mais que se passe-t-il, si on envoie

GET / BLAHBLAH/1.1

Dans le code de http.server en python, en utilisant un protocole qui ne correspond à HTTP/, le serveur renvoie

400 Bad request version (%r)

avec %r la chaîne bidon qui a été envoyée. Ce qui est un peu inquiétant, car cela peut peut-être servir à faire de l'injection mais je n'ai pas vérifié. J'ai ensuite testé sur un Apache en local

→ telnet lagrange.test.site 80

Trying 127.0.0.1...
Connected to lagrange.test.site.
Escape character is '^]'.
GET / BLAHBLAH/1.0
Host: lagrange.test.site

HTTP/1.1 200 OK
Date: Wed, 13 Mar 2013 00:15:54 GMT
Server: Apache/2.2.22 (Unix) DAV/2 mod_ssl/2.2.22 OpenSSL/0.9.8r
…

Ah pas bon. Il répond avec joie sans broncher. Je teste sur le site du W3C.

→ telnet www.w3.org 80

Trying 128.30.52.37...
Connected to www.w3.org.
Escape character is '^]'.
GET / BLABLAH/1.1

HTTP/1.0 400 Bad request
Cache-Control: no-cache
Connection: close
Content-Type: text/html

<html><body><h1>400 Bad request</h1>
Your browser sent an invalid request.
</body></html>
Connection closed by foreign host.

Bonne réaction.

March 13, 2013 01:42 AM

March 12, 2013

David Larlet

Conférences et éditorialisation

J'ai un sentiment partagé sur le choix de sujets de conférences, la mode semble être passée aux votes du (potentiel) futur public — par exemple pour DjangoCon — et j'ai longtemps cru qu'il s'agissait de la solution ultime pour avoir un programme de conférence qui soit optimal. Aujourd'hui, je n'en suis plus convaincu.

Les votes du public vont classer les sujets par popularité sans aucune orientation ce qui va produire un cycle de conférences sans surprises. Ni cohérence. Ni innovation. Un événement consensuel par excellence saupoudré d'une bribe de découverte si des lightning-talks sont spontanément proposés.

Je pense maintenant qu'il est plus important d'avoir une ligne éditoriale cohérente et surprenante. C'est un exercice très difficile de savoir répondre aux attentes d'un public tout en le bousculant (un peu). Qu'il ne reparte peut-être pas pleinement satisfait mais avec des questions restées sans réponses. Des pistes à creuser. Des mondes à explorer.

Thomas qui s'exprimait il y a quelques semaines sur les enjeux de l'éditorialisation donne l'exemple de DotJS. Je comprends le besoin d'avoir fait appel à des personnes connues dans le milieu pour assurer leurs arrières et établir la confiance permettant de vendre les billets mais je déplore également cette starification des développeurs, la position hiérarchique qui s'établie entre les orateurs (actifs) et les écouteurs (passifs).

Le format type barcamp permet d'avoir une approche un peu différente en terme d'éditorialisation car la popularité se fait en direct en prenant en compte à la fois le sujet, l'animateur, l'envie du moment et les participants mais il est relativement peu populaire (en France) car les sessions auto-organisées manquent souvent de rythme avec un public qui n'est pas habitué à participer aux échanges. Sans compter celles qui sont monopolisées par une seule personne qui prend ça pour une mini-conférence. Il y a également la problématique de prendre un billet pour un événement sans programme qui peut en gêner certains.

Restent des formats hybrides qui me ramènent à des réflexions de 2010 pour que chacun puisse se faire sa propre idée et faire évoluer l'événement au cours des ans (ce qui ne s'est pas vraiment produit avec les rencontres Django qui sont globalement restées sur cette approche hybride).

La question revient finalement à positionner pour les organisateurs le curseur de la curiosité. Doit-elle venir des participants ou être imposée par les organisateurs et les orateurs ? Vaste débat.

[Mise à jour] : réponse de Loïc Mathaud pour SudWeb.

March 12, 2013 11:00 PM

Karl Dubost

Le Web, le choix de créer

Graffiti Amour Montréal, Canada, 22 septembre 2007

Je m'étends à l'abandon.

Natsume Soseki, Oreiller d'herbes.

Le « Web » est partout. Le mot s'est infiltré dans tous les domaines, dans tous les univers. C'est un objet technologique, culturel, académique, économique. Il occupe l'espace de notre quotidien. À cause de cette grande diversité, le terme est utilisé pour mettre en opposition des choses qui ne le sont pas. Ces approximations de langage occultent souvent un autre débat. Le dernier en date est celui d'un billet par Tristan Nitot.

Des termes : Web et applications

Il est courant de lire que « les applications mobiles sont une menace pour le Web ». C'est une mauvaise dichotomie. Cette affirmation, utilisée à tort, est un malheureux remplacement pour « Les applications dans des écosystèmes fermés sont une menace pour le Web. » Il s'agit bien là de deux choses entièrement différentes. Je choisis de prendre les deux définitions suivantes :

  • Web == URI + HTTP + formats
  • Applications (mobile ou desktop) == logiciels développés dans un langage de programmation quelconque.

Le navigateur Web est une application codée le plus souvent en C++ qui utilise les protocoles du Web pour pouvoir communiquer. On a bien là une application native utilisant le Web. Les applications dite mobiles sont également de même nature que les navigateurs Web, d'ailleurs de très nombreuses applications sont des navigateurs Web ou utilisent un moteur de rendu Web sous-jacent. Quand une application sur un téléphone mobile, peu importe sa fermeture à la réutilisation des contenus et des données privées, de censure, si celle ci utilise HTTP + URI, elle fait du Web. Les applications, dites mobile, en code natif ne sont pas une menace pour le Web, pas plus, pas moins que tout autre application développée en Javascript + HTML.

Ce n'est pas un bon axe pour la réflexion critique.

Une technologie ouverte et non captive

La définition technologique du Web par son ouverture (pas de brevets), développés par de nombreuses parties (compagnies, organisation) et son principe de fonctionnement (décentralisée) permettent une certaine liberté d'expression en donnant le pouvoir de publier et d'échanger à un très grand nombre de personnes. C'est une condition nécessaire mais pas suffisante.

Les choix d'un magasin

Certaines sociétés commerciales et organisations utilisent leur plateforme technique pour créer des écosystèmes homogènes et controlés à leur profit. Cela existe aussi dans notre monde physique. Dans le milieu du livre, nous aurons des librairies spécialisées dans un domaine, ne vendant qu'un type d'ouvrages qu'il s'agisse de langues, d'art, de politique, etc. Nous ne trouverons pas un livre pro-fasciste dans une librairie libertaire par exemple. De même, les sociétés commerciales créent des magasins d'applications dont ils décident les règles ainsi que le contenu. Nous connaissons maintenant tous les histoires d'applications retirées de tel magasin en ligne pour non conformité aux règles préalablement écrites.

Des systèmes clos sans espace public

Quel est donc le véritable enjeu ? Ces sociétés commerciales ne se contentent pas d'ouvrir un magasin, elles sont également propriétaires des moyens de transport, de la rue, de la langue choisie, de la ville entière. Il n'y a pas de définition de l'espace public en soit. Par la verticalisation de tous les domaines d'interactions d'une personne avec une même marque qui n'est pas sous le contrôle du politique (l'ensemble des individus constituant la vie de la cité), des compagnies commerciales exercent un contrôle complet sur notre expression et finalement sur le Web.

Nous pouvons imaginer qu'une fois l'écosystème suffisamment grand et contrôlant une masse critique de nos activités privées, une société commerciale puisse finalement ne plus laisser le choix. Elle est devenue le tout et nous sommes à l'intérieur de ce tout. L'enjeu des plateformes iOS, Android, Blackberry, Nokia, etc, réside au départ dans l'achat d'un appareil électronique obligeant à passer par un magasin particulier, sans opportunités de pouvoir en utiliser d'autres.

Les plate-formes propriétaires

Ce choix est celui des compagnies commerciales qui sont derrières ces magasins. Si sur les plateformes en question, on me laisse le choix du magasin de mon choix et d'avoir plusieurs magasins, je n'ai plus aucun problème, peu importe les règles spécifiques de chacun. Je retrouver une partie de ma liberté de choix de négocier avec une entité plutôt qu'une autre. Il me devient aussi possible de créer au lieu et dans les conditions qui correspondent à mes choix économiques, politiques, éthiques.

Entre les outils et l'expression

Il est encore aujourd'hui possible d'accéder au Web par de nombreuses voies et en utilisant de nombreux outils différents. La liberté du Web ne tient pas à la nature des outils que l'on utilise. Ce n'est pas le navigateur Web qui garantit le futur du Web. La garantie d'une liberté d'expression, d'une participation commune sans être dépendant d'une marque unique dominant tout le marché tient dans la capacité des individus à pouvoir émettre un message et aux autres de pouvoir lire ce message.

Internet et la capacité à échanger

Un des éléments de danger réside dans l'asymétrie de la connexion Internet. Tant que chaque individu ne pourra pas émettre de son point de connexion (son ordinateur connecté à la maison) de la même façon qu'une entreprise privée avec de gros serveurs et de gros tuyaux, l'infrastructure divisera les individus selon des critères de pouvoir en partie économique, mais également culturel et politique. Avec des « pauvres du média » devant avaler ce qui est émis et des « bourgeois » contrôlant le média par l'émission d'une information.

L'achat d'un point de présence sur le Web est beaucoup moins élevé que celui d'une chaîne de télévision et bien moins complexe à mettre en œuvre. Le coût de déploiement de l'infrastructure est plus bas. Ceci est valable pour tous les protocoles ouverts sur Internet (mail, bittorrent, irc, Web, etc.)

Des inégalités persistent

Cependant, il reste tout de même des difficultés d'accès pour les populations sans culture technologique et sans moyens économiques pour accéder à ce moyen d'expression. Les structures de pouvoir et l'expression ont d'autres barrières. Elles ont été abaissées mais elles existent toujours. De la même façon que les bourgeois ont fait la révolution en France pour éliminer le pouvoir des nobles. Plus de gens ont eu accès au pouvoir (diffuser un message) mais pas pour autant l'ensemble du peuple. Les inégalités se sont déplacées sur le terrain de la propriété (immobilière, ainsi qu'intellectuelle).

La liberté est en partie avoir le choix de créer

Cependant Tristan conclue son article par ce qui était vraiment l'essentiel

la liberté d'apprendre en regardant le code source, la liberté de construire soi-même, la liberté d'utiliser le terminal de son choix, la liberté de publier et de faire des liens.

Tristan Nitot, La fin du navigateur.

Quels sont les principes importants et fondamentaux permettant aux gens de créer et de s'exprimer ? Et comment cela se traduit-il dans la technologie ?

March 12, 2013 12:27 PM

March 11, 2013

David Larlet

Conférences et diversité

Je vais pas mal intervenir ces prochains mois, peut-être l'occasion de se rencontrer et d'échanger :

N'hésitez pas à me soumettre vos pistes/questions avant les interventions si vous souhaitez que je développe un point particulier sur les sujets proposés.

Comme vous pouvez le remarquer, pas (trop) de Python/Django ce semestre. Envie d'explorer de nouveaux horizons et de m'enrichir d'autres communautés.

March 11, 2013 11:00 PM