Planète Web Sémantique

December 27, 2014

David Larlet

Rétrospective Mozilla

But really the details of this are not that important. What I believe is really, really important is the ability to critically examine your job and projects and examine their worth.

What normally happens is that you get a group of people and tell them to work on project X. They will iterate through features and complete features. And repeat and keep going. And if you don’t stop at some point and critically examine what is going on, it will keep repeating. People will find new features, new enhancements, new areas to add to the project. Just as they have been trained to do so. And the project will keep growing.

That’s a perfectly normal thing for a team to do. It’s harder to call a project done, the features complete and realize that there might be an end.

Self Examination

Timeline

Ce qui s’est bien passé

  • la montée en compétence ET en humilité sur Python et JavaScript et la découverte de l’intérêt des revues de code, je n’envisage plus de travailler sans ;
  • la flexibilité qui m’a permis de bosser quand je voulais et combien je voulais pour avoir le temps de m’occuper de mon fils souvent au cours de la dernière année (et de payer au moins un salaire) ;
  • l’adrénaline liée au fait de travailler sur un site très populaire (~1 milliard de requêtes/jour) et la contrainte de performance associée ;
  • l’équipe francophone pour travailler à 3 sur le site des add-ons, parfois en pair-programming distribué, parfois en présence dans des coins sympas.

Ce qui pourrait être amélioré

  • le manque de collaboration, c’est vraiment ce qui m’a choqué en arrivant dans une équipe distribuée (attention cela s’applique uniquement aux équipes par lesquelles je suis passé, pas forcément toutes les équipes Mozilla) ;
  • la communication/stratégie interne, je ne peux pas dire grand chose publiquement là-dessus à part ce qui fuite mais certains épisodes ont été clairement décevants ;
  • l’absence de stratégie claire sur les projets qui nuit grandement à la motivation nécessaire à tout travail ;
  • mon anglais, j’aurais pu profiter de cette période pour que ma communication dans cette langue soit plus fluide.

Actions pour la suite

  • éviter les projets complexes (un billet est à venir là-dessus) ;
  • éviter les projets sans stratégie bien définie ;
  • réussir à travailler sur un projet commun avec scopyleft.

Au final c’était vraiment une très bonne expérience car cela m’a permis de réaliser à quel point je n’étais pas fait pour travailler dans une entreprise de cette taille. J’ai pu expérimenter de nouvelles technologies et de nouvelles façons de collaborer. J’ai pu confirmer certains points sur la relation qu’ont les geeks au travail qui feront peut-être l’objet de futurs billets.

PS : je redeviens disponible pour de nouvelles aventures via scopyleft si vous voulez que l’on travaille ensemble, je suis toujours motivé par des projets utiles et citoyens ainsi que la transmission de mes savoirs.

December 27, 2014 11:00 AM

December 22, 2014

David Larlet

Père Noël

Question sobriété heureuse, nous sommes bien loin du minimalisme. Le Père Noël, tel que je le vois présenté à la télé ou dans les magazines ne met pas l’accent sur les cadeaux expérience. Il ne prône que le matérialisme. Nous nous efforçons d’expliquer et de montrer à Petit Lutin que les biens matériels ne sont pas ce qui rend heureux. Nous cherchons à partager du temps de qualité avec lui. Désolée Père Noël, mais tu es actuellement incompatible avec ma vision de la sobriété heureuse !

Moi, Petit Lutin, 3 ans et demi, je n’ai jamais cru au Père Noël

Il y a énormément de raisons pour ne pas avoir envie de faire croire au Père Noël à son enfant : mercatique, religieuse, culpabilité, mensonge, hypocrisie, société de consommation, etc. Celle qui me tient à cœur est plus positive, je trouve dommage que l’on mystifie un moment de convivialité et de partage. Pourquoi vouloir cacher le fait que des personnes proches nous aiment au point de nous faire des cadeaux et de passer un bon moment avec nous ? Elle est là la magie de noël, se retrouver ensemble. Faire don de son temps, de son enthousiasme et parfois d’une petite attention personnelle en plus.

December 22, 2014 11:00 AM

December 12, 2014

David Larlet

Lean et favelas

Autre exemple : observez Lean startup, une approche extrêmement puissante pour construire rapidement un produit/service en itérant directement avec ses utilisateurs. Si vous deviez construire un quartier en mode Lean, vous commenceriez par construire rapidement des logements répondant aux besoins minimum exprimés par les utilisateurs : un sol, des murs, un toit et une porte pour assurer le clos et le couvert du logement. La condition minimum de l’habitat est respectée. Par contre si vous produisez ça à l’échelle du quartier vous avez construit une favela.

En voulant répondre rapidement au besoin minimum de l’utilisateur vous avez livré un produit qui générera rapidement des problèmes de salubrité, de promiscuité, et de violence. Finalement vous avez bien suivi la méthode mais la qualité de vie (ou l’expérience utilisateur) n’est pas satisfaisante.

Dans cet exemple la production s’est attachée à répondre aux besoins conscients de l’utilisateur. Les besoins futurs, non-conscients et non-exprimés, comme une bonne qualité de vie, la sécurité ou la salubrité, n’ont pas été pris en considération. Ils conditionnent pourtant largement la qualité de l’expérience utilisateur.

En Lean comme ailleurs l’expert est aussi là pour, si j’ose dire, préserver l’utilisateur de lui-même. Si l’utilisateur est conscient de ses besoins présents, est-il conscient des conséquences futures de ces choix ? On peut en douter…

Non, la conception centrée utilisateur doit être encadrée par des ressources responsables de la vision du projet. Il faut des visionnaires, il faut des innovateurs, des planificateurs. Il faut des garants de la qualité du produit/service pas seulement pour l’usage présent, mais aussi pour les usages futurs.

Cette empathie dont on pâtit

Il y a 2 choses qui me gênent dans cet extrait :

  • la première de penser que la démarche Lean aboutira à la construction d’une favela ;
  • la seconde d’avoir l’arrogance de croire que l’expert est un visionnaire qui connait mieux le problème que ceux qui le vivent.

Si je reprends l’exemple de l’habitat, la première itération débouchera en effet peut-être sur une cabane. Puis la seconde, une fois que des personnes y auront vécu, débouchera sur un groupe de cabanes avec une pièce commune et des sanitaires externes. Puis la troisième pourrait être à l’origine d’un renforcement des murs existants et la construction d’une école. Enfin lors de la quatrième on démolirait la pièce commune pour faire une salle des fêtes en béton. Ou tout autre chose en fonction des besoins des personnes qui sont concernées au quotidien. Lean n’est pas fait pour développer un prototype et passer à l’échelle à partir de celui-ci mais bien pour itérer sur ce prototype de manière à ce qu’il acquiert le maximum de valeur avant de passer à l’échelle. Si personne ne souhaite vivre dans une favela, un projet Lean ne devrait jamais aboutir à une favela (au passage comparer une n-ième fois le développement logiciel à du BTP est délirant).

Passons à l’encadrement des utilisateurs trop stupides pour pouvoir avoir une vision de leur produit. Dans un système complexe, l’expert et l’utilisateur sont sur un pied d’égalité vis-à-vis de la prédiction qu’ils peuvent faire sur un produit innovant : c’est entre la voyance et le bullshit. Personne ne peut anticiper dans un tel système. La chance de notre domaine c’est la flexibilité que l’on a pour pouvoir s’adapter au changement. L’agilité propose des outils pour que les compétences de l’expert (estimation relative de la complexité et qualité interne) et l’utilisateur (priorité et budget) puissent travailler ensemble afin de maximiser la valeur de chaque itération. Inutile d’anticiper (faussement) sur les usages futurs si l’on est suffisamment réactif dans les développements présents. L’enjeu est de rester suffisamment réactif tout au long du processus, à la fois techniquement mais aussi en terme de retours utilisateurs.

Je fais rarement de la pub par ici mais la formation qu’expérimente Stéphane dans le domaine est vraiment éclairante.

December 12, 2014 11:00 AM

December 09, 2014

David Larlet

Cours IUT : Évaluation et Bilan

Supprimer les notes, c’est assurément une façon de se recentrer sur l’apprentissage ; c’est arrêter de chiffrer quelque chose qui n’est pas chiffrable. Mais, arrêter la note ne veut pas dire arrêter d’évaluer, car, bien évidemment, l’étudiant a besoin de repères, de savoir où il en est. Quand il n’y arrive pas, il le sait : il n’a pas besoin de recevoir une mauvaise note. Il faut trouver comment stimuler son envie de continuer à apprendre, alors que la mauvaise note, en général, lui donne envie de ne plus essayer. La note, pour les bons élèves, sert de carotte : elle est intéressante en terme d’émulation. Mais il faut trouver une autre façon de stimuler l’apprentissage : en disant à la personne que ce qu’elle fait est bien, qu’elle peut être fière d’elle. Si l’enthousiasme est réveillé, elle aura envie de continuer à apprendre.

Isabelle Peloux : Passer de la note à l’évaluation

Je suis contre le système de notation actuel. Mais il faut pourtant que j’attribue une note à chaque élève. Alors je vais essayer de transformer cela en auto-évaluation. À partir d’un exercice imposé sur une heure, seuls (mais connectés) face à la page blanche, essayer de produire quelque chose à partir des concepts que j’ai essayé de leur transmettre. Au final l’évaluation sera davantage intéressante pour moi. Qu’ont-ils retenu de ces 24 heures passées ensemble ? Un peu, beaucoup, rien du tout ?

Le débriefing/correction sera l’occasion de faire un bilan de ce que l’on a abordé ensemble. D’analyser ce qu’il manque à ce cours pour être plus pertinent et plus engageant. De vérifier qu’il a répondu à leurs craintes initiales. Mon bilan personnel est assez mitigé :

  • la responsable de la promotion est très réactive et compréhensive mais le service technique de la fac est clairement en position de « difficultateur » ;
  • j’ai pris du plaisir à transmettre des concepts aux élèves mais cela manque cruellement de recul sur la profession ;
  • les étudiants sont demandeurs mais il faut que ça reste dans le cadre de leurs heures de cours ;
  • le fil rouge du cours (projet personnel) est motivant mais manque de finitions faute de temps.

Malgré ces retenues, le bilan est globalement positif et j’espère pouvoir participer par la suite plus en amont pour orienter le programme afin qu’il réponde un peu mieux aux enjeux et pratiques du métier.

C’est en observant nos deux apprentis tantôt réussir, tantôt échouer, que je fus soudain prise d’empathie. J’ai repensé à mes propres débuts.

J’ai alors eu envie de les aider. Au quotidien, j’essaie de les aider du mieux que je peux, bien que cette aide ne soit pas toujours facile à caser dans un rythme de production soutenu.

C’est pourquoi je publie ici les 24 conseils que j’aurais voulu qu’on me donne aussi quand j’ai débuté, afin que cela puisse servir à d’autres débutants… quitte à prendre moi-même un petit coup de vieux !

24 conseils que j’aurais voulu que l’on me donne quand j’ai débuté

Quelques conseils que j’aimerais leur donner pour la suite :

  • Ce que vous avez appris aujourd’hui sera faux demain. Vous devez continuer à expérimenter par vous-même et pratiquer une veille au quotidien ;
  • Validez vos acquis par la transmission. Je n’ai jamais autant appris qu’en essayant de partager le peu que je savais déjà sur le sujet ;
  • Publiez votre travail. Même si ça vous semble parfois dérisoire, racontez le processus qui vous a permis d’arriver à ce résultat ;
  • Rencontrez vos pairs. Rencontrez vos interlocuteurs. Rencontrez vos utilisateurs.

December 09, 2014 11:00 AM

December 07, 2014

Christian Fauré

La collecte des mouvements occulaires, prochaine étape de la digitalisation du lecteur

kindleeye

La digitalisation des pratiques de lecture passe par la collecte des données qui correspondent à des actes de lecture. À partir de là on peut élaborer des comportements de lecture.


Ces actes de lecture qui sont être collectés sont, au final, assez limités : tourner une page pour le premier d’entre eux. Le reste : souligner un passage, rechercher une définition, écrire une note sont, au sens strict, des actes d’écriture qui accompagnent la lecture.

Tout cela est au final assez limité, mais cela ne surprend personne tant l’acte de lecture est une pratique “intérieure” et intime ; quoi de plus immobile qu’un lecteur qui ne sort de sa lecture que pour tourner les pages ou passer à l’écran suivant.

Mais les systèmes de lecture digitale iront encore plus loin quand ils commenceront à tracer non seulement le mouvement des doigt sur l’écran mais, en plus, le mouvements des yeux pendant la lecture.

eyeTrackingNewspaper

Nous avons tous déjà vu des écrans d’eye-tracking, ce dispositif qui consiste à suivre et enregistrer les déplacements du regard sur page ; nos smartphones sont déjà équipés pour détecter si l’oeil de l’utilisateur regarde l’écran.

Demain, donc, les systèmes de lecture proposeront un système de collecte des mouvements oculaires du lecteur.

Quelle horreur ! dira-t-on. La simple idée que les mouvements oculaires du lecteur puissent être collectés va encore plus loin que la sensation que l’on regarde par dessus notre épaule.

On peut y voir une atteinte insupportable à notre intimité mais on peut aussi être, en tant que lecteur, intéressé par ces traces. On peut même imaginer qu’un tel dispositif puisse avoir des vertus éducatives en permettant de corriger le regard hésitant et défaillant du jeune lecteur qui bloque dans son apprentissage.

eye

En plus de cela, la reconnaissance du mouvement des yeux ouvre également en retour la possibilité d’écrire avec les yeux : un clignement d’oeil droit pour tourner la page, entourer un passage du regard pour le souligner, etc. La polémique continuera quand de premières entreprises voudrons breveter les mouvements oculaire comme cela se fait pour les gestes sur les écrans tactiles.

 

Signaler sur Twitter

by Christian at December 07, 2014 04:04 PM

David Larlet

Cours IUT : PHP et Formulaires

A l’origine d’internet il existait une personne qui possédait tous les pouvoirs. Cet individu avait le droit de vie ou de mort sur un site internet. Cette personne c’était le maître du web aka webmaster.

Il connaissait tous les raccourcis Frontpage, pouvait animer une page à l’aide d’images 16 couleurs en .gif, faire défiler ou clignoter du texte, et transférer ses fichier sur le web à l’aide de logiciels FTP.

Certains de ces individus se sont transformés en développeurs web. D’autres en découpeurs HTML, encore appelés intégrateurs. Ces magiciens du CSS étaient capables de cacher des liens dans des images à l’aide de leur logiciel de prédilection Dreamweaver. Ils ont aussi découvert le copier / coller et l’utilisaient à travers le web pour récupérer du code source JavaScript.

Mais ce temps est révolu...

Manifeste d’un développeur front-end éclairé

J’ai été contraint et forcé de parler de PHP. Un langage que je n’ai pas utilisé depuis 10 ans. Un langage de bidouilles par excellence. Un langage dont la qualité des ressources en ligne est très variable (mais il y a des pépites). Dur.

Mais c’est aussi l’occasion d’essayer de transmettre quelque chose que je ne maîtrise pas du tout, entamer la discussion sur l’importance d’apprendre à apprendre tout au long de sa carrière. Sur ce que l’on peut apprendre en aidant sur un forum, sur irc, en participant à une conférence ou en formant. Et de faire une introduction à la mise en forme des formulaires et aux attributs HTML 5 dédiés. Et de troller un peu aussi hein.

Je compte partir sur un formulaire d’envoi d’email très basique mais qui permet d’explorer les différents concepts (architecture client/serveur, double validation, séparation du code et de l’affichage, etc) :

Ce simple exemple nous prendra je l’espère moins de 4 heures à expliquer, c’est pas gagné car à 24 l’inertie de compréhension est terrible. Il faut que j’arrive à mieux faire en sorte que ceux qui percutent rapidement aident les autres.

Pour l’instant, les retours sur les cours sont vraiment positifs et les étudiants en redemandent ce qui est très motivant. Je vais peut-être avoir une autre classe plus technique pour parler du web mobile (whatever it means) lors du premier trimestre 2015.

December 07, 2014 11:00 AM

December 02, 2014

Karl Dubost

Le confort d'être éthique

Pluie sur la végétation Fujisawa, Japon, 6 septembre 2014

On ne sait de certains que ceci : qu'un certain nombre d'objets se déplacent dans un certain espace, tantôt submergés par une foule d'objets nouveaux, tantôt se détruisant sans qu'on les remplace ; la règle consiste à les mélanger chaque fois en essayant encore de les faire tenir ensemble.

Italo Calvino, Les villes invisibles.

Oncle Tom utilise le prix et la qualité d'une baguette pour illustrer les conséquences de nos choix. Ce billet est important. Il touche à de très nombreuses choses de notre société et de la manufacture de nos décisions (contrôlées par nous et les autres). La facilité et l'indépendance ont des relations difficiles à établir et très proches de nos valeurs culturelles propres. Il existe également une notion d'échelle et de capacité. Nous achetons une baguette parce-que

  • elle a bon goût ou le goût que nous désirons
  • le commerce est proche
  • le prix est raisonnable pour notre budget
  • le prix nous donne une impression de qualité
  • le label dit que c'est fait par un artisan
  • le label dit que c'est bio
  • il est certain qu'il y aura du stock quand nous passerons
  • le magasin est sur le chemin du retour
  • le goût y est régulier
  • elle fait partie d'une marque de boulangerie que l'on retrouve partout
  • le vendeur, le commerçant a un service agréable et convivial
  • le vendeur est un employé anonyme et l'on ne veut pas de communication directe
  • la décoration de la boutique est agréable
  • la boulangerie est juste en face du café où on aime prendre un jus avant de repartir

Les motivations d'achat sont nombreuses. Les désirs et les valeurs fabriquées et construites sont diverses. Nous agissons pour tout comme cela. Nos actions ne sont pour la plupart du temps pas réfléchies, elles font partie d'un ensemble d'émotions. Les choix, quand ils sont éthiques, demandent souvent un confort social, économique et intellectuel.

December 02, 2014 02:33 PM

November 30, 2014

Karl Dubost

L'objet de l'océan

Entrée arrière d'un bâtiment commercial avec ascenseurs Fujisawa, Japon, 6 septembre 2014

La ville semble se continuer d'un côté à l'autre selon une perspective qui multiplierait son répertoire d'images : en fait elle n'a pas d'épaisseur, elle ne consiste en rien d'autre qu'un endroit et un envers, telle une feuille de papier, avec une figure de côté une de l'autre, qui ne peuvent ni se séparer, ni se voir.

Italo Calvino, Les villes invisibles.

L'arrière d'un bâtiment commercial de Fujisawa, les gardiens sont dans leurs guérites en uniforme. Les ascenseurs bleus prêts à accueillir les camions qui seront déchargés au fur et à mesure. Une horloge sur le haut d'un mur et une machine à pointer devant l'entrée accompagnée de ses fiches cartonnées. J'aime les espaces de travail et leurs organisations, ils témoignent d'un espace vécu. Je les prends souvent en photos. C'est alors que je les remarque. Trois combinaisons usagées en néoprène sont là dans un coin en train de sécher. L'objet de l'océan se dévoile. Nous sommes à Fujisawa, près de Shonan, le surf est légion. Certains employés doivent aller surfer juste avant de commencer leur quart de travail. Dans les rues de Tsujido vers 6h30 le matin, je vois souvent les surfeurs revenir de la plage à vélo, le surf sur le côté ou porté sous un bras. La ville prend son identité dans les lieux communs. De l'océan au béton, il n'y a que cette ambiguité : l'humain.

November 30, 2014 01:29 PM

La capture du souvenir

Statue de lion à l'entrée d'une maison Tsujido, Japon, 30 août 2014

Tout ce que je vois, tout ce que je fais prend son sens dans un espace mental où règne le même calme qu'ici, la même pénombre, le même silence parcouru de bruissement de feuilles.

Italo Calvino, Les villes invisibles.

Souvent dans les petites rues des villes de Tokyo et de Kanagawa, nous pouvons apercevoir un lion d'Okinawa. Lors de nos voyages, nous ramenons des objets symboles. Épuisé après de longues heures préfabriquées, le trophée d'une campagne, d'un saccage devient le témoin, la preuve de nos conquêtes. Que restent-ils de nos voyages ? L'industrialisation d'une aventure garantie, millimétrée, minutée, en grande masse, que recherchons nous dans ces voyages ? Allons-nous confirmer une image déjà connue ? Nous voulons l'imprévu mais sans ses conséquences douloureuses. Retour garanti. La date de retour est déjà précisée au moment du départ. Un reportage dans un magazine, dans un programme télévisé, une affiche publicitaire, nous nous transposons déjà dans le lieu comme des milieux d'autres avant nous tout en espérant secrètement l'unicité. Avons-nous voyagé ?

November 30, 2014 12:19 PM

Une chenille sous le soleil

Chenille Tsujido, Japon, 4 septembre 2014

Je me demande quand tu as pu visiter tous les pays que tu me décris. Il me semble à moi que tu n'as jamais bougé de ce jardin.

Italo Calvino, Les villes invisibles.

Le jardin est une source quotidienne d'étonnements, de surprises, de petits et grands miracles. Aujourd'hui une grande chenille sortie de nulle part suivait son parcours entre les herbes et le sol sablonneux. Je l'ai vu pendant deux heures, et puis à un moment plus du tout. Avait-elle su se cacher ou un oiseau est-il passé par là ?

Chenille Tsujido, Japon, 4 septembre 2014

November 30, 2014 12:07 PM

Serveurs, plus facile ?

Légumes en vente libre Chigasaki, Japon, 30 août 2014

… Alors, c'est un voyage dans la mémoire !

Italo Calvino, Les villes invisibles.

On peut souvent lire qu'aujourd'hui, il est beaucoup plus facile de créer et de rendre accessible un service sur le Web. De nombreuses solutions d'hébergements avec serveurs virtualisés permettent d'avoir accès à une offre à géométrie variable qui de plus peut résister à une montée en charge irrégulière. Mais est-ce vraiment plus facile et surtout pour qui ?

L'abonnement à un accès internet est plus facile. L'accès à une plus grande capacité de ligne. Il y a de nombreux services afin de pouvoir démarrer son carnet Web, d'ouvrir une adresse de mail (qui permettra dans le même temps d'en savoir un peu plus sur votre profile commercial). Mais voilà que se passe-t-il si une personne avec peu de connaissances techniques veut ouvrir une liste de discussions, gérer un serveur email pour sa famille, héberger une série de sites Web statique sans trop se soucier de questions de performance. Nous avons eu dans le passé des solutions très simples et très accessibles lorsque vous aviez la chance d'avoir un point d'accès permanent à Internet. Voici quelques exemples (tirés du monde Apple car j'y avais accès à ce moment là).

Eudora Internet Mail Server et SIMS

Configuration de EIMSEn quelques clics, il était possible de configurer son propre serveur de mails (Eudora Internet Mail Server) capable de servir quelques centaines d'usagers.

Une interface qui était suffisamment simple pour permette à quiconque de gérer un petit réseau local, mais avec la possibilité de gérer le courrier extérieur. Le courrier d'un club, d'une famille, d'une école, tout cela très simplement sur l'ordinateur connecté avec une IP fixe.

SIMS par Stalker était un autre de ces serveurs de mail faciles à utiliser.

Autoshare et Macjordomo

Autoshare et Macjordomo étaient deux logiciels pour créer des serveurs de listes (mailing-lists) très pratiques et très facilement.

Serveur Web

Nous avons eu beaucoup d'options, y compris MacHTTP, WebSTAR, Frontier de Userland, NetPresenz (qui faisait FTP aussi si je me souviens bien) ainsi que de nombreux logiciels d'analyses de statistiques comme SawMill ou Webalizer.

Mieux avant ?

Était-ce mieux avant ? Oui et non. Le privilège d'avoir une IP fixe n'était pas donné à tout le monde. Seulement quelques personnes avaient le privilège en travaillant dans des universités et des agences Web du début de pouvoir mettre en place de tels services. Le problème de l'IP fixe n'a pas changé d'ailleurs. Il n'y a pratiquement aucun fournisseur d'accès qui ne permettent l'hébergement de vos serveurs à la maison. C'est bien dommage.

Un groupe d'amis, un nouveau club, vous voulez démarrer un serveur rapide, une liste de discussions, etc. Vous êtes obligés de vous reposer sur des solutions gérées par d'autres plutôt que vous même. Le service est en effet plus facile à accéder, mais toujours, si ce n'est plus difficile à maîtriser. Dans le monde du logiciel, l'offre semble être également restreinte.

November 30, 2014 11:59 AM

Reconstruire pour conserver

Carte d'un quartier avec directions Tokyo, Japon, 31 août 2014

Sur le rapport mystérieux entre deux éléments aussi différents que le tapis et la ville, on interrogea un oracle. L'un des deux, — telle fut la réponse, — a la forme que les dieux donnèrent au ciel étoilé et aux orbites sur lesquelles tournent les mondes ; l'autre est un reflet approximatif, comme tout œuvre humaine.

Italo Calvino, Les villes invisibles.

Les temples se reconstruisent. Ils ont besoin du renouveau afin de poursuivre leur mission. Pendant le temps de la reconstruction, le lieu du culte a été déplacé de quelques centaines de mètres sur un autre espace libre. Le lieu n'est pas le tout. Il est une amarre que l'on a parfois d'accrocher ailleurs. Une redirection temporaire en attendant le moment venu de retrouver le lieu renouvelé mais identique.

November 30, 2014 10:43 AM

November 29, 2014

David Larlet

Cours IUT : Javascript et jQuery

Le jour où l’on chercha à imposer l’enseignement obligatoire au Tibet, on se heurta à la résistance des femmes.
— Mais ils sont fous ces hommes, de vouloir enlever nos enfants pour les instruire à un âge où ils ont tant de choses à apprendre. Instruire signifie imposer des idées qui ne sont pas celles des enfants. C’est une offense au droit de vivre de l’enfant. Dans une culture qui n’est pas notre culture occidentale, un enfant n’appartient pas à ses parents. La tradition veut qu’il soit donné dès sa naissance à l’Univers (qui est vie et mort) et le respect que les parents lui doivent est fait du même respect qu’ils doivent à leurs ancêtres.
— Tu peux, dit-on aux parents, donner aux enfants ton amour, mais non tes idées. Tu peux enfanter leur corps mais non leur âme. Tu peux essayer de devenir comme eux, mais tu ne peux exiger qu’ils deviennent comme toi, car la vie est projet et non retour vers le passé.

Préface de Libres enfants de Summerhill, Maud Mannoni

Plutôt satisfait du déroulé du dernier cours qui a gagné en fluidité et en échanges. J’ai pour l’instant une personne en grande difficulté mais motivée, une personne qui s’en fout, une autre qui fait ses trucs dans son coin et les 21 autres qui progressent tant bien que mal avec plus ou moins de motivation.

On passe maintenant à du dynamique avec Javascript et jQuery (imposé). J’hésite encore à tout faire en utilisant ES 6, je compte leur laisser le choix. Mes objectifs pour cette introduction :

  • comprendre la console et le scope, en expliquant "use strict" et les IIFE (function(){ /* code */ }());
  • comprendre l’écoute d’événements, avec addEventListener(’action’, fonction)
  • savoir utiliser les sélecteurs natifs et jQuery, via document.getElementsByTagName, document.getElementsByClassName, document.querySelectorAll et document.querySelector vs. $(’’)
  • savoir utiliser les manipulations du DOM, via .innerHTML et peut-être document.createDocumentFragment vs. .append(’’)
  • savoir modifier des classes CSS, via el.classList.add/remove/contains vs. $(el).addClass/removeClass/hasClass
  • savoir modifier des propriétés CSS, via el.style.property = ’foo’ vs. $(el).css({ property: ’foo’ })

Je ne compte pas aller vers des concepts de type programmation fonctionnelle avec les map, reduce, filter et compagnie faute de temps et de niveau. Je ne vais pas non plus essayer de jongler entre les animations jQuery et ce que l’on peut faire maintenant en CSS. Quelques liens pour approfondir :

Il faut aussi que je leur donne quelques tricks pour Sublime Text qui leur a été imposé par le précédent intervenant et la série des awesome pour HTML 5, CSS et Javascript. Et que je me retienne de les assommer de liens :-).

Il serait peut-être temps de leur parler de ces billets de blog comme ressources pour garder une trace et des liens en plus de leur travail en groupe. Je ne voudrais pas leur spoiler les cours non plus vu que je publie à l’avance… peut-être faire un point sur la curiosité et le googling de leurs profs ? Ou pas, si ça se trouve certains me lisent déjà.

November 29, 2014 11:00 AM

November 28, 2014

David Larlet

Dos et posture

Il existe un lien entre la typographie web et les maux de dos ; il suffit de composer votre texte en petits caractères et vous inviterez naturellement le lecteur à se pencher sur son écran pour les lire. Quoiqu’on en dise, le premier réflexe d’un lecteur ne sera pas de grossir le texte par des moyens techniques. Son premier réflexe sera d’ajuster sa posture, se rapprocher, sans même en avoir conscience.

[…]

Si vous pensez que cela est mineur, c’est que vous n’avez pas (encore ?) de véritables problèmes de dos, que vous récupérez rapidement des fatigues occasionnées par ces sollicitations répétées, ou que vous ne mesurez pas encore ce que ces micro-ajustements de posture peuvent occasionner insidieusement au terme de plusieurs heures, semaines, mois, années, de pratique (moi oui, c’est pour cela que je vous en parle).

Typographie et mal de dos

J’ai découvert récemment que j’avais tout comme Emmanuel des problèmes de dos occasionnés par la combinaison d’un déséquilibre du bassin et d’une mauvaise posture. Si le premier est quasi-inné vu qu’il proviendrait d’un siège décomplété, le second est dû aux 10 dernières années passées sur un ordinateur portable (dont les 5 dernières sur un 11 pouces…). Même en diversifiant les positions, le dos en pâtit. Si vous ajoutez à cela le port régulier d’un petit bonhomme de 10kg et l’apprentissage de nouveaux sports de manière intensive vous obtenez une colonne vertébrale qui fait pâlir mon ostéopathe.

Si vous avez mal entre les omoplates, vous souffrez peut-être du même problème. Depuis que j’y fais attention, je me rends compte qu’il y a un nombre assez important de geeks qui ont cette posture un peu voûtée. Quelques conseils pour retrouver une bonne posture :

  • adaptez votre poste de travail, et pas uniquement physiquement avec un grand écran bien positionné : augmentez la taille de police de vos applications pour avoir l’impression d’être poussé par l’écran (je vous assure que c’est perturbant au début mais ça marche, j’en suis à 18/20px) ;
  • ayez l’impression d’avoir une ventouse/un grappin/ce-qui-vous-fait-kiffer sur l’arrière du sommet du crâne qui vous tire en permanence pendant les 66 prochains jours (c’est le temps nécessaire pour prendre une habitude posturale) : au début doucement car vos muscles ne sont plus suffisamment développés pour avoir la bonne posture ;
  • si vous avez la chance d’avoir un lit électrique, adaptez-le à la position qui vous semble la moins inconfortable mais qui vous étire progressivement le dos quand même, ça serait dommage de rester voûté la nuit ;
  • travaillez la souplesse de vos épaules et ne pratiquez pas d’activités qui désalignent votre colonne (mauvaise position en natation par exemple).

Au passage si vous n’utilisez pas f.lux ou équivalent c’est bien dommage pour vos yeux. De même si vous ne pouvez pas régler la luminosité de votre écran rapidement et régulièrement.

Pour ce qui est du bassin, il s’agit avant tout de prendre de nouvelles habitudes : croisement de pieds, de jambes, positionnement sur une seule jambe à l’attente, couché sur un bras, etc doivent maintenant s’effectuer sur le côté qui vous semble le moins naturel. Bien s’étirer pour ouvrir le bassin et pratiquer le squatting est un plus même si vous n’êtes pas assez souple pour tenir tout seul.

Dernier conseil si vous devez porter une charge lourde sur le côté : gainez.

November 28, 2014 11:00 AM

November 25, 2014

Karl Dubost

La condensation de son âme

Lutteur de sumo dans la rue Tokyo, Japon, 31 août 2014

… il existe un point à partir duquel la ville laisse voir ses proportions véritables, le schéma géométrique implicite à chacun de ses moindres détails.

Italo Calvino, Les villes invisibles.

L'astrophysicien dit que l'on ne peut voir le trou noir. On ne l'imagine que par les effets dévastateurs qu'ils provoquent à sa périphérie. Ce que l'on oublie est la proximité. Une fois, l'horizon basculé, l'ailleurs n'a plus de sens. Nous sommes tout entier absorbé par la masse immobile.

November 25, 2014 01:30 PM

Un parfum de terre

Plantes au pied d'une maison Tokyo, Japon, 31 août 2014

Rien de la ville ne touche terre en dehors de ces longues pattes de phénicoptère sur lesquelles elle s'appuie et, les jours où il y a de la lumière, d'une ombre dentelée, anguleuse, qui se dessine sur le feuillage.

Italo Calvino, Les villes invisibles.

De la rue végétale, il nous aura fallu un pas. Ce que nous avons appris, là, tient de l'humide sous-bois de l'été. Sous les branches et le feuillage le parfum onctueux de la racine persiste en profondes nappes. Insondable, loin des sens, nous défrichons notre urbanité pour laisser place à l'île sauvage. Il est tant important de se perdre, temps d'un parfum de terre.

Serres et arbres Tokyo, Japon, 31 août 2014

November 25, 2014 12:54 PM

November 24, 2014

Karl Dubost

Une humble désinvolture

filet jaune sur un mur et maison bleue Chigasaki, Japon, 30 août 2014

Suspendue au-dessus de l'abîme, la vie des habitants d'Octavie est moins incertaine que dans d'autres villes. Ils savent que la résistance de leur filet a une limite.

Italo Calvino, Les villes invisibles.

J'aime ces longues promenades incertaines. Je garde l'océan à ma gauche et les terres à ma droite. Le chemin se déroule, il n'existe pas devant moi. Il s'évanouit presque aussitôt, à quelques mètres derrière moi. Tout est léger. Tout est intime. Le Fuji en été s'évapore. Il n'en est que plus grand. Il occupe tout l'espace de nos pensées. C'est donc face à lui que je m'élance. Doucement. Quelle poésie dans ces abîmes de rues, dans ces détours le long de murs humides et grisés. La délicate incertitude m'ouvre le chemin raisonnable. Je respire le souffle chaud de l'été. Je n'ai qu'un objectif… une humble désinvolture.

Pin et chemin le long d'une maison Chigasaki, Japon, 30 août 2014

November 24, 2014 02:28 PM

Les strates

Objets accumulés Tsujido, Japon, 27 août 2014

Le résultat est le suivant : la ville telle qu'on en parle possède en abondance ce qu'il faut pour exister, tandis qu'existe beaucoup moins la ville qui existe à sa place.

Italo Calvino, Les villes invisibles.

Papiers, chandelier, coquillages, d'autres dossiers, d'autres papiers, des boîtes pour dissimuler, un grand coup de balais et d'autres objets, et toujours et encore nous accumulons. Strate par strate, nous gardons des empreintes oubliées de notre passé. Ces ancres nous clouent au sol. Elles nous définissent. Alors j'ai rangé, réorganisé, trié de nouveau. Une pile plus droite, un objet en moins. Je le sais pourtant bien que c'est bien là une histoire sans fin, une invention de l'histoire. J'imagine l'ordre. Je ne construis qu'un autre souvenir… peut-être pour exister.

November 24, 2014 02:15 PM

Parler de la marche

Une femme dans la rue et des miroirs Tokyo, Japon, 28 août 2014

Ainsi la vie se renouvelle de déménagement en déménagements dans des villes qui se présentent chacune, par l'exposition, ou la pente du terrain, ou les cours d'eau, un peu différemment. La société étant organisée sans grandes différences de fortune ou d'autorité, les passages d'une focntion à une autre se font dsans trop de heurts ; la variété est assurée par de multiples tâches, telles que dans l'espace d'une vie il est rare que l'on revienne à un métier qu'on a déjà fait.

Italo Calvino, Les villes invisibles.

Ce soir, j'ai parlé de la marche. J'avais hésité à réaliser une présentation avec un support visuel. À la place sur quelques fiches cartonnées, j'ai écrit certains sujets dont je voulais parler. Et puis… Et puis le moment venu comment un pas en encourage un autre, j'ai laissé les mots me guider tout comme mes marches. J'ai raconté trois histoires de marche. Je les ai articulé autour des habitudes, des chemins et des distances que nous parcourons sans vraiment les comprendre. J'ai défini le périmètre d'une longue marche. Et je l'ai brisé de nouveaux. J'ai laissé à la poésie, à la rêverie. Et les mots se sont emballés. J'ai courru dans ma narration. J'y ai pris des pauses. Les questions ont fleuri sur le talus. De nombreux sourires, le désir de poursuivre et s'essouffler une fois de plus. Parler de la marche en invitant les autres à se découvrir une nouvelle allure dans ce grand urbain qu'est Tokyo.

November 24, 2014 01:58 PM

November 23, 2014

Karl Dubost

De l'usure

Pneu de vélo Tsujido, Japon, 26 août 2014

La ville existe et elle n'a qu'un secret : elle ne connaît que des départs, elle ne connaît pas de retours.

Italo Calvino, Les villes invisibles.

Mon vélo acheté il y a un peu plus de six mois présente des marques d'usure sur le pneu. Il s'éclate lentement. Intempéries ? Alternance de chaud et de froid ? Manque de qualité de ce modèle ? Défaut de fabrication du modèle ? Tout un ensemble de questions qui m'entraîne vers une seconde série de questions. Dois-je prévenir le magasin du défaut de qualité ? Dois je me plaindre ou juste le signaler ? Dois-je les inviter à le signaler au constructeur original ? Où est-ce juste normal quand on utilise son vélo plusieurs fois par jour ?

La tension entre l'envie d'agir pour aider les autres et celles de ne pas vouloir ajouter à ses propres tâches quotidiennes. Alors on oublie, on étire.

November 23, 2014 01:18 PM

Les horreurs que nous avons oubliées

Tasse et cahier dans le fond Tsujido, Japon, 26 août 2014

Les habitants de Valdrade savent que tous leurs actes sont à la fois l'acte lui-même et son image spéculaire, laquelle possède la dignité particulière des images, et interdit à leurs consciences de s'abandonner ne serait-ce qu'un instant au hasard ou à l'oubli.

Italo Calvino, Les villes invisibles.

Un thé sur le coin de la table, j'explore ces lieux inconnus que je parcours souvent Yokohama et Kamakura. Felix Beato fût l'un des premiers photographes à avoir documenté amplement le Japon. Comprendre le contexte de ses photographies demande parfois de se plonger tout autant dans les cartes.

Carte Yokohama, 1865
Maisons et bateaux Felix Beato, ~1865, Port de Yokohama

C'est ainsi que j'ai retrouvé l'incident de Geba. Le major Baldwin et le lieutenant Bird fûrent tués par trois samourais après avoir rencontré par hasard Felix Beato et Charles Wirgman. Seiji Shimizu considéré alors le chef du groupe fût décapité et sa tête mise en exposition. Felice Beato prit en photo la tête de Seiji Shimizu. L'exécution fût mise en scène et dessinée un certain nombre de fois. Nous avons oublié nos mises en scène de l'horreur afin d'impressionner, de dissuader l'ennemi. Les méthodes n'ont pas changé. L'utilisation et la manipulation des images par les hommes de violence sont toujours identiques.

November 23, 2014 12:18 PM

Le problème de la traque sur le Web

Panneau et plante Tsujido, Japon, 24 août 2014

Il n'est pas de langage sans pièges.

Italo Calvino, Les villes invisibles.

Lorsque nous allons chez un commerçant tel que le boulanger du coin, notre relation est cloisonnée, d'autant plus si nous payons en argent liquide. Si nous nous rendons dans une grande surface alimentaire, c'est un peu moins vrai, mais il est toujours possible de préserver un certain anonymat pour peu que vous évitiez de payer avec votre carte bancaire et que vous n'utilisiez pas de cartes de fidélité.

Graphique de points en anneaux Lightbeam après 3 jours

Sur le Web la concentration des échanges interconnectés est assez troublante pour peut que l'on prenne le temps de les tester. Lightbeam est un addon qui permet de tester les traces que nous laissons sur le Web. Après trois jours d'utilisation, je remarque que la plupart de mes connexions permettent la concentration de traces de certains services. Pour moi, il semble que ce soit YouTube, Twitter, Google Analytics… et Google Fonts. Ce graphe serait beaucoup plus rassurant s'il était constitué d'îlots déconnectés les uns des autres. Ce n'est pas le cas. L'aggrégation illustre combien nous sommes suivis par l'intermédiaire de nombreux sites.

Les industries commerciales sont promptes à réaliser des silos de concurrence sur leurs technologies et leurs protocoles, mais à éviter les silos lorsqu'il s'agit de traquer la moindre de nos actions sur le réseau. Il y a clairement un déséquilibre des pouvoirs.

November 23, 2014 11:56 AM

David Larlet

Cours IUT : Responsive et Documentation

Un exemple de manque de pragmatisme : j’ai déjà vu sur un projet, les intégrateurs faire toute l’intégration d’un site avec flexbox, puis passer des jours à tout refaire dans une autre feuille de style pour IE, alors qu’il était établi dès le départ que IE8 était dans la cible. Ils avaient envie d’utiliser flexbox, ce qui est compréhensible, mais dans ce contexte c’était une perte de temps pour tout le monde. La bonne technique aurait du être de faire une version correcte sur IE8, avec les techniques utilisables (ça ne manque pas), et d’ajouter ensuite les beaux dégradés, ombres, etc… que permet CSS3.

Attitude et éthique du développeur.

La dernière session des cours que je donne à l’IUT a permis d’attaquer un projet qui servira de fil rouge. La plupart se sont mis en groupe de 2 ou 3 et j’ai 2 personnes qui ont préférées faire cavalier seul, l’une pour tout comprendre et l’autre pour garder son indépendance. La rétrospective nous a permis de discuter des améliorations possibles :

  • aborder tout ce qui est relatif à l’approche mobile et responsive ;
  • avoir la possibilité d’afficher des choses sur le vidéoprojecteur (2 fails consécutifs là-dessus avec un adaptateur oublié la première fois et un vidéoprojecteur incompatible la seconde…) ;
  • faire un goûter.

Le prochain cours va donc mettre l’accent sur l’adaptation aux différentes résolutions à l’aide des media-queries en présentant les différents outils comme responsive.is ou des approches comme la responsive typography. Il existe même des moyens de visualiser les principes de base ou de réfléchir en terme de responsive philosophy. Une première étape sera de pouvoir modifier leur menu géré avec Flexbox en changeant la flex-direction de row à column par exemple. Je ne compte pas aller jusqu’à la gestion des différentes résolutions d’images, il y a déjà bien assez à faire en parlant de contenu.

J’ai préparé des cookies pour la pause du goûter, l’occasion de parler de préservation de la vie privée ? :-)

La seconde partie va encore une fois être l’occasion de les mettre en situation en faisant tourner les sources des différents projets entre les groupes et en leur demandant une amélioration mineure. L’occasion de voir à quel point il est difficile de reprendre un projet et l’intérêt d’une documentation haut niveau en plus du styleguide qu’ils ont commencé à faire lors du dernier cours.

Si j’ai un peu de temps on abordera aussi les notions de performances web car j’ai pu remarquer à quel point les élèves sont enclins à rajouter des polices ou des images assez lourdes. C’est l’intérêt d’avoir demandé à récupérer tous les projets par email en imposant d’avoir moins d’1Mo par site. J’ai ainsi pu leur faire un retour personnalisé sur les choses à améliorer, on verra ce qu’ils en ont fait.

November 23, 2014 11:00 AM

November 19, 2014

Christian Fauré

Digital Scaling, etc.

S’il est un mot qui revient régulièrement dans notre vocabulaire sur le numérique c’est bien le mot « scaling » (cf. Votre travail est-il scalable ?), dont beaucoup de ceux qui l’utilisent auraient peut-être du mal à lui donner une traduction française au pied levé.

Scaling c’est donc le« passage à l’échelle »,  le « changement d’échelle ». La plupart du temps, l’échelle en question est une échelle quantitative, il s’agit de passer d’un certain nombre à beaucoup plus : nombre de consultation d’un site web, ou nombre de serveurs d’une architecture technique qui doit tenir et d’encaisser la charge pour passer le « test de recette » du passage à l’échelle. Mais le mot n’est pas réservé aux seuls aspects techniques : il y a  du « scaling agile » où il s’agit d’étendre des pratiques et des organisations du travail à un nombre plus important de personnes.


Concernant le « scaling organisationnel » on trouve immanquablement des méthodes inspirées de que j’appelle une logique fractale : un même schéma s’étend jusque dans l’infiniment petit en se régénérant indéfiniment identique à lui même.

Fractal

La plupart du temps, un des enjeux de ces passages à l’échelle est que la différence quantitative est si importante que la nature même du problème s’en trouve totalement changé. C’est notamment ce que décrivait très bien l’économiste René Passet dans l’ « Économique et le vivant » dans les années 70.

Cependant, notre premier réflexe, quand nous sommes confronté à des enjeux de passage à l’échelle, consiste à reproduire de manière homogène le dispositif (technique ou organisationnel) qui fonctionne à petite échelle. En raisonnant de la sorte, on nie le changement de nature de la situation, un peu comme le faisait Pascal quand il s’imaginait l’infiniment petit :

« Pascal, quand il imagine des mondes emboités à l’infini, ne les conçoit pas différents les uns des autres. Chacun d’eux est identique aux précédents, la taille seule fait la différence. Le plus petit, pour Pascal, est analogue au grand, mais en miniature. »  Humain : Une enquête philosophique sur ces révolutions qui changent nos vies, p34.

Ce à quoi le scientifique Étienne Klein (cf. Le small bang des nanotechnologies) peut aujourd’hui rétorquer qu’au niveau nanométrique, les objets ont une surface beaucoup plus grande qu’à notre échelle, et que cela change leurs propriétés :

« L’or, par exemple, est habituellement inerte du point de vue chimique, mais, sous forme de billes nanométriques, il devient très réactif. 

A partir de matériaux bien connus, de très nombreuses propriétés nouvelles apparaissent ainsi, qui sont intéressantes par les applications qu’elles permettent. »  Ibid. pp. 34-35

EtienneKlein

Dans le réel, le changement d’échelle est une métamorphose ; les approches  quantitatives sans sauf qualitatif sont trop réductrices.

Signaler sur Twitter

by Christian at November 19, 2014 09:09 AM

November 18, 2014

Karl Dubost

Éclats d'été

Fruit poussant entre les mailles d'une cloture Tsujido, Japon, 24 août 2014

Elle n'a pas de nom ni de lieu. je te répète la raison pourquoi je la décrivais ; du nombre des villes imaginables il faut exclure celles dont les éléments s'additionnent sans un fil qui les relie, sans règle interne, perspective ou discours. Il en est des villes comme des rêves : tout ce qui est imaginable peut être révé mais le rêve le plus surprenant est un rébus qui dissimule un désir, ou une peur, son contraire. Les villes comme les rêves sont faites de désirs et de peurs, même si le fil de leur discours est secret, leurs règles absurdes, leurs perspectives trompeuses ; et toute chose en cache une autre.

Italo Calvino, Les villes invisibles.

L'éclat de l'été est tant à saisir. Nous oublions. Chaque moment gorgé de la sève solaire et des ellipses merveilleuses, nous suivons la veine. Elle palpite, tambourine. Son parfum, un désir et ses lèvres croquantes. L'éclat de l'été est tant à plaisir. À l'ombre de l'émeraude, l'amande, le céladon et la pistache s'illumine la ronde. Je veux parcourir encore entre deux solstices le chemin des saisons.

November 18, 2014 01:33 PM

L'histoire racontée

Papier avec de nombreuses écritures et tampons Yokohama, Japon, 23 août 2014

Ainsi — dit-on — se confirme l'hypothèse selon laquelle tout homme a dans sa tête une ville qui n'est faite que de différences, une ville sans forme ni figures, et les villes particulières la remplissent.

Italo Calvino, Les villes invisibles.

Au musée de l'immigration de Yokohama, les faits sont décrits. Les faits ne sont pas des évidences, ni du sang, ni de la sueur, ni des émotions. Des données, des anecdotes, des objets parfois reconstitués, l'artifice du spectacle pour donner le sens, ou un sens à ce que nous pouvons pas comprendre. On croit partager le rire, la souffrance, le bonheur, les retours de fortune, les infortunes. On s'éblouit. Comprendre s'est parfois accepter l'inaccessible.

November 18, 2014 12:40 PM

November 16, 2014

David Larlet

Cours IUT : Flexbox et Styleguide

Afin de faire émerger les pratiques personnelles des élèves, renforcer leurs connaissances, il me semble important d’instaurer l’horizontalité dans les rapports humains, au sein de la classe. J’espère pouvoir devenir alors un accompagnateur, un facilitateur, encadrant le processus de maîtrise des concepts de littérature et de grammaire. Le but est de fluidifier la communication, d’augmenter les feedbacks, de rendre les réussites plus accessibles.

D’une sélection artificielle à une sélection naturelle dans un écosystème complexe

Suite de mes aventures dans l’enseignement, après les bases, on passe à du plus consistant. On commence par repartir de zéro sur un sujet qui leur tient à cœur et en plus petit groupes comme proposé en rétro. La première contrainte et d’établir un styleguide en parallèle du développement du site, c’est quelque chose que j’utilise depuis 7 ans et qui dispose maintenant de nombreuses ressources. J’aime cette approche pour plusieurs raisons :

  • réflexion sur la sémantique lorsqu’on se rend compte du nombre d’id/class à ajouter au styleguide pour avoir quelque chose de potable ;
  • documentation dynamique pour les divers contributeurs et pour soi-même, on a vite fait de dupliquer un style par méconnaissance du projet ;
  • facilité d’expérimentation lors de refontes en applicant directement la nouvelle feuille de style au styleguide.

Il s’avère que c’est aussi extrêmement utile en terme de retour pour corriger un bug récalcitrant de façon visuelle.

Le second concept que je souhaite aborder est Flexbox, c’est encore relativement récent mais Vincent me rappelait à juste titre que l’« on enseigne pour aujourd’hui et pour demain » (pour hier, il reste les polyfills) et Flexbox est aussi un moyen de ne pas les dégoûter tout de suite des CSS :-). C’était bien sûr une occasion pour moi de me mettre à niveau dans ce domaine et d’expérimenter, participer à une formation reste la meilleure façon d’apprendre.

Quelques ressources sur le sujet :

Si j’ai le temps, je terminerai sur l’approche mobile et les media-queries pour tirer pleinement partie de Flexbox. Je me rends compte à quel point les minutes sont comptées lorsqu’on est limité à 24 heures de cours sur un sujet aussi vaste…

November 16, 2014 11:00 AM

November 15, 2014

Karl Dubost

L'histoire oubliée

Coin de plafond moisi Ho Chi Minh, Vietnam, 13 juin 2014

Ton voyage se déroule-t-il seulement dans le passé ?

Italo Calvino, Les villes invisibles.

Nous oublions ce que nous voulons retenir. Nous retenons ce que nous voulions oublier. Nous ne contrôlons pas ces choses là. D'ailleurs, elles ne sont pas des choses. Elles sont la narration, le verbe, le poème que nous avons bien voulu construire. Ce qui s'est passé, ce qui est à venir, rien ne nous est vraiment accessible. Il n'y a que maintenant. Le coin humide d'un plafond, le moment d'une pensée, ce moment là, le cri d'une femme dans la rue, un avion dans le lointain, la chaleur insaississable, le regard de Ganesh et le toucher de ses doigts. Je ne me souviens pas, je récite.

November 15, 2014 06:47 AM

Son espace de travail

Croisements et circulation vus d'en haut Tokyo, Japon, 31 juillet 2014

Les signes forment une langue, mais pas celle que tu crois connaître.

Italo Calvino, Les villes invisibles.

Travailler de chez soi offre le plaisir de pouvoir organiser son espace de travail. Nous partageons la même pièce. Tous les deux silencieux pendant des heures. Un mot de temps en temps, nous avons la chance de travailler dans deux secteurs complètement différents. Nous avons décidé cette semaine de réorganiser notre espace. Peut-être juste pour briser la monotonie. Une réminiscence vient s'échouer dans une absence. Enfant, je changeais (ir)régulièrement la disposition des meubles afin de créer un nouvel univers. Ce n'est pas la recherche d'une perfection mais bien plus le chemin que l'on parcourt lors d'une longue randonnée. C'est peut-être pour cela que je vis de pays en pays. Briser la monotonie tout en préservant de longues périodes de stabilité. Ou peut-être est-ce autre chose ? Qui sait ?

November 15, 2014 06:47 AM

Ride The Lightning à Tokyo

Deux hommes, un podium et un écran Tokyo, Japon, 31 juillet 2014

De tous les changements de langue que doit affronter celui qui voyage dans des terres lointaines, aucun n'égale celui qui l'attend dans la ville d'Ipazie, parce qu'il ne touche pas aux mots mais aux choses.

Italo Calvino, Les villes invisibles.

Ride the Lightning est un événement mensuel (le dernier jeudi du mois) à Tokyo, organisé dans les locaux de AQ. Chaque soirée est l'occasion d'entendre quatre conférences courtes (environ 5 minutes) avec à la fin de chacune une question ouverte permettant la discussion. Les organisateurs, Gueorgui et Ryan, tentent également d'avoir deux orateurs (en japonais) et deux orateurs (en anglais). Les sujets sont variés mais habituellement autour de problèmes de conception, de design et d'explorations. La taille est humaine. Les interactions y sont chaleureuses. Il y a d'habitude juste de 30 à 40 personnes.

Déjà une fois, je me suis pratiqué à réduire la rouille du Web a une présentation de 5 minutes. La discussion fût passionnante sur les enjeux de conservation et destruction de l'information. Les organisateurs m'ont demandé si je voulais parler de nouveau ce mois-ci. J'explore les sujets possibles que j'ai dans ma besace. Il est très souvent libérateur de pouvoir s'exprimer de sujets qui sont un peu plus poétiques, un peu plus hors champ. Donc ce soir j'hésite encore entre :

  • Technologie et vie privée. Ou comment marcher dans les petites rues nous donne à voir sur la vie privée sur le Web.
  • Hors du chemin des vaches. Ou comment marcher de longues distances vers des destinations incongrues vous donne des pistes sur la flexibilité et la simplicité du design Web.
  • Dessiner sur des cartons. Ou comment préparer une présentation peut prendre de nombreux chemins.

Je ne sais pas encore ce que je vais choisir. Je me déciderai un peu plus tard cette semaine. La soirée est le 28 août prochain. Si vous êtes à Tokyo, je vous encourage à participer.

November 15, 2014 06:15 AM

November 11, 2014

Karl Dubost

Être deux

Deux femmes peintes Deux, Marcel Duchamp, Rouen, France, 8 août 2014

Cela dit, il n'y a pas à établir si Zénobie est à classer parmi les villes heureuses ou malheureuses. Ce n'est pas entre ces deux catégories qu'il y a du sens à partager les villes, mais entre celles-ci : celles qui continuent au travers des années et des changements à donner leur forme aux désirs, et celles où les désirs en viennent à effacer la ville, ou bien sont effacés par elle.

Italo Calvino, Les villes invisibles.

Ce que nous sommes sans jamais vraiment bien le savoir depuis le miroir le matin jusqu'à nos brèves respirations que nous interprétons. Nous marchons dans la cité. Et nous nous regardons à travers les réactions des uns et des autres. Que projetons de nous même ? Ou peut-être que voulons nous projeter de nous-même ? Et si d'une certaine façon, nous en venons à changer et porter nos masques dynamiques réinterprétant ce que nous sommes en temps réel. Qui est cet autre qui nous fait deux ?

November 11, 2014 12:59 PM

Christian Fauré

Les objets intelligents

Pour ceux qui en doutent encore, nous sommes vraiment entourés d’objets intelligents.

Beaucoup plus entourés que ce que l’on croit même : je viens de voir qu’il y a des « dentifrices intelligents ». Çà alors, des dentifrices intelligents ! Et pourquoi pas du « PQ intelligent« , hein ?

Et là on me souffle dans l’oreillette que si, si, çà existe déjà !
Quoi ? Le PQ intelligent ?
Oui !

Alors voilà, au supermarché tu auras le choix entre le « PQ intelligent » et le « PQ pas intelligent ». Tu passes quand même pour un con si tu prends le « PQ pas intelligent », non ?

Préparez-vous parce que c’est inévitable, on va consommer de l’intelligence (en tube ou en PQ), quitte à passer pour des cons.

Signaler sur Twitter

by Christian at November 11, 2014 12:52 PM

November 10, 2014

Karl Dubost

De Ben Shahn au Bateau-Usine

Verre de thé Tsujido, Japon, 18 août 2014

Tout cela, afin que Marco Polo puisse expliquer ou s'imaginer expliquer ou être imaginé expliquer ou finalement réussir à s'expliquer lui-même que ce qu'il cherchait était toujours quelque chose en avant de lui, et même qu'il s'agissait du passé c'était un passé qui se modifiait à mesure qu'il avançait dans son voyage, parce que le passé du voyageur change selon l'itinéraire parcourur, et nous ne disons pas le passé proche auquel chaque jour qui passe ajoute un autre jour, mais le passé le plus lointain. Quand il arrive dans une nouvelle ville, le voyageur retrouve une part de son passé dont il ne savait plus qu'il la possédait. L'étrangeté de ce que tu n'es plus ou ne possèdes plus t'attend au passage dans les lieux étrangers et jamais possédés.

Italo Calvino, Les villes invisibles.

Le trait de Ben ShahnHier, la journée lente nous invitait à une exposition des dessins de Ben Shahn au musée d'art moderne de Kamakura. Dans ces langueurs, il existe l'espace de la mémoire. Aaron avait, un jour, placé mes pas sur le chemin de Ben Shahn grâce à la lecture de The shape of content grâce à Aaron. C'est à mon tour de pointer du doigt le chemin. Elle l'emprunte avec joie. Nous tissons du lien sans nous connaître. Un fil d'ariane s'étend à travers nos lectures. Nos lectures et recommandations se passent de l'un à l'autre sans aucun besoin de lier, d'enregistrer, de conserver, de tracer. Cette articulation offre une grande liberté à nos mouvements culturels que ce soit pour l'objet culturel propre que la société au sens large. Je découvre qu'il a vécu à Paris et au Japon. À Paris, proche de la gare de l'est, il marchait dans les pas de Rainer Maria Rilke. Encore des chemins.

Ville, dessin au trait Ben Shahn

Nous prenons un café près de la gare de Kamakura. Un lieu minuscule, juste un réduit, où le maître des lieux humecte le filtre avec une eau à la température précise avant de finalement mettre le café et par arrosages successifs diluer les grains moulus. Nous avons oublié les menus plaisirs de l'attente, du verbe déroulé en conversations tendres et patientes.

Quelques pas vers la gare, nous pensons au retour, peut-être en ralentissant le pas. Un groupe de trois jeunes femmes avec les boucles blondes décolorées, les chaussures à talons vertigineux et les ongles écrasés par l'or et les faux diamants discutent de leurs prochaines destinations. Leur présence à Kamakura est un rafraîchissant goût doux-amer. L'une d'elle a sur le bras la queue d'un tigre tatoué. À chaque mouvement de son corps, le tigre hurle sous l'étoffe de son chemisier.

Le soir dans la conversation, nous parlons des chantiers navals et de François Bon. « Souvenirs dès l’enfance des chantiers navals : le bateau est encore à venir. » Cette fois-ci, elle me guide sur une autre route. Marine. Nous partons vers l'océan sur le bout de ses lèvres. Elle me révèle l'existence de Kobayashi Takiji qui a écrit « Le bateau-usine » que je n'ai jamais lu. Il a vécu à Otaru (Hokkaido) dans le nord et la neige. Il a travaillé sur les chantiers. Le livre publié en 1929 a été une œuvre majeure de la littérature prolétarienne du Japon. L'auteur en paiera le prix. Torturé par la police et probablement tué sous les coups, il n'y aura jamais d'autopsie.

Homme criant Le Bateau-usine, réalisé par Yamamura Sô en 1953 d'après le roman de Kobayashi Takiji

Je l'ai depuis lu. Mais je n'ai pas encore vu le film.

November 10, 2014 01:26 PM

November 09, 2014

Christian Fauré

Les méthodes agiles à grande échelle

L’agile se met en oeuvre d’abord avec de petites équipes pour que les principes d’auto-ajustement puissent jouer (management visuel, co-localisation des équipes, interactions fréquentes lors de rituels, etc.).

Mais quid de l’extension des démarches agiles à grande échelle ? Cette question, c’est d’abord celle des équipes qui pratiquent l’agile et dont la demande est souvent : « aidez-nous à faire basculer notre management en mode agile ».

En effet, au début vécues comme des zones franches et d’expérimentation puis, fortes d’un succès évident, les pratiques agiles cherchent à étendre leur zone d’influence et à se généraliser pour aller au-delà d’un simple projet : à des projets de projets, des programmes et – pourquoi pas – jusqu’à l’ensemble des opérations (y compris l’exercice de budgétisation avec les démarches beyond budgeting).

Dans la présentation suivante (remarquée par Erwan), Bernd Shiffer présente une dizaine de méthodologies et de frameworks pour accompagner l’agile à grande échelle, à savoir :

  • SAFe : Scaled Agile Framework
  • DAD : Disciplined Agile Delivery
  • EBMgt : Evidence Based Management
  • ETF : Enterprise Transition Framework
  • LeSS : Large Scaled Scrum
  • SA@S : Scaled Agile @ Spotify
  • ScALeD : Scaled Agile Lean Development
  • PDFbyR : Product Develpment Flow by Reinertsen

Tous ces frameworks sont intéressants, mais ma préférence va à l’approche de Reinertsen, présentée dans Principles of Product Development Flow.

Flow

Par certains aspects, ce livre (que m’avait fait découvrir Dimitri) fait un peu décalé par rapport à la littérature « agile » ; peu de schémas didactiques, peu de concessions dans le style et surtout une approche très « scientifique ». En fait, on pourrait dire qu’il s’agit  de l’Ethique de Spinoza du Lean Development.

Plusieurs raisons font que ma préférence va à cette approche : la dimension scientifique et quantitative qu’il véhicule, l’effort d’argumentation et d’exposition, et enfin le fait qu’il s’agisse de principes et non d’une simple check-list à plaquer sur n’importe quelle situation.

A vrai dire, ce livre prône une certaine manière de mesurer la valeur du travail dans des contextes à part importante de créativité, comme le développement logiciel (on n’est donc pas dans le Lean Manufacturing qui s’efforce de gommer toute incertitude). Les enjeux économiques sont nettement plus marqués que dans certains autres frameworks qui sont souvent des schémas d’organisation.

Mais si l’approche de Reinertsen est beaucoup plus universelle, c’est aussi parce qu’elle ne donne pas de recette immédiate pour effectivement passer à l’échelle ; ce n’est donc pas un guide à suivre pas à pas pour ceux qui recherchent des recettes et faire des Quick-Wins.

Par contre, c’est un formidable outil pour caler scientifiquement une transformation agile à grande échelle si l’on n’oublie pas qu’il faut y rajouter de la matière psychologique et sociale pour qu’une transformation ait du corps et puisse s’incarner.

 

Signaler sur Twitter

by Christian at November 09, 2014 02:54 PM

November 08, 2014

Karl Dubost

L'éblouissement

Feuille de lotus Kamakura, Japon, 17 août 2014

La ville t'apparaît comme un tout dans lequel aucun désir ne vient à se perdre et dont tu fais partie, et puisque elle-même jouit de tout ce dont toi tu ne jouis pas, il ne te reste qu'à habiter ce désir et en être content.

Italo Calvino, Les villes invisibles.

Au fond de ma paume ouverte vers le ciel, elle pose sa main délicate et froide. Blottie. Nous nous habitons. Elle a mis sa robe bleue sombre en coton et du rouge carmin sur les ongles de ses pieds. Elle est assise sur les marches, les jambes croisées. Sa peau m'éblouit. Sa tendresse aussi.

feuilles et fleurs de Lotus Kamakura, Japon, 17 août 2014

November 08, 2014 07:38 AM

November 07, 2014

Karl Dubost

Le souvenir est une distance

ombres à travers une fenêtre dépolie Tsujido, Japon, 7 mai 2001

Ce n'est pas de cela qu'est faite la ville, mais des relations entre les mesures de son espace et les événements de son passé…

Cette vague qui reflue avec les souvenirs, la ville s'en imprègne comme une éponge, et grossit.

Italo Calvino, Les villes invisibles.

Je ne suis que la parole éphémère, le conteur des lucioles, la sciure sur l'établi du menuisier, le brouillard qui flotte sur le fleuve au point du jour. Les humains boursoufflent l'intimité du temps. Notre continuité est l'absorption de nos multitudes. Nous ne revenons pas. Nous ne croisons jamais deux fois de suite le même point de l'univers.

Que voyons nous dans cette épaisse transparence ?

Ruelle avec fenêtre en transparence Tsujido, Japon, 20 juin 2014

November 07, 2014 12:17 PM

Le fugitif

immeubles et ciel avec un nuage Tokyo, Japon, 31 juillet 2014

Toutes ces beautés, le voyageur les connaît déjà pour les avoir vues aussi dans d'autres villes.

Italo Calvino, Les villes invisibles.

Le fugitif n'a qu'un désir. L'horizon.

November 07, 2014 09:20 AM

Le temps du temps

Escargot La Saussaye, France, 2 août 2014

Il vient à l'homme qui chevauche longtemps au travers de terrains sauvages, le désir d'une ville.

Italo Calvino, Les villes invisibles.

Ce temps où on définit notre émotion. Le temps de la matérialisation où tout se définit dans l'épaisseur solide de notre environnement est aussi le temps de la sublimation où nos souvenirs se forment. Dans ce temps, j'étire mon corps. J'enroule mon désir autour d'une évanescence infinie.

November 07, 2014 09:01 AM

La parodie du sens

Offrande et tombe Tsujido, Japon, 13 août 2014

Il y a un moment dans la vie des empereurs, qui succède à l'orgueil d'avoir conquis des territoires d'une étendue sans bornes, à la mélancolie et au soulagement de savoir que bientôt il nous faudra renoncer à les connaître et les comprendre.

Italo Calvino, Les villes invisibles.

Depuis deux jours dans les rues, à l'entrée des maisons, fleurissent des autels. L'encens a guidé mon regard. Le même motif se répète, tous différent pourtant. Une fleur de lotus, des légumes montés sur quatre pattes, des fleurs de jasmin, et de l'encens.

Je constate. Je comprends que c'est un jour ou une semaine particulière. Je ne connais pas le sens. Alors j'observe. Ce que l'on pense être étrange n'est bien souvent qu'un chemin qu'il nous faut parcourir à pas lents pour enfin absorber. Et puis finalement, peut-être au delà de la compréhension, il y a ce lieu où les événements sont notre quotidien. Un français ne tente pas de comprendre pourquoi il mange une baguette.

Il la mange. On oublie cela. Souvent. Comprendre est parfois donner de la distance aux choses. Alors qu'il suffit parfois de les vivre et le sens prend alors corps.

November 07, 2014 08:16 AM

November 06, 2014

Karl Dubost

Un vertige de l'aube

Hortensia bleu La Saussaye, France, 12 août 2014

Je dormais, dans mes pétales pulpeux, lâchement noués, juste assez désordonnés pour qu'on ne me confonde pas avec la fade régularité du camélia.

Colette, Pour un herbier.

7h39. Un matin de la semaine dernière. J'ai ouvert la fenêtre la main bien appuyée sur la poignée. À ce moment précis, la chute a commencé. Sans contraintes, le bleu m'a absorbé. Je suis devenu l'encre diluée, l'azur lointain, le buvard d'une vieille école. Que les fleurs savent nous faire oublier.

November 06, 2014 01:54 PM

November 05, 2014

Karl Dubost

L'ivresse de l'enfance

Meuble vitré et carreaux de céramiques Rouen, France, 8 août 2014

La suite de cet entretien manque à ma mémoire. La coupure est aussi brutale que si je fusse, à ce moment, devenue sourde. C’est qu’indifférente à la fille-de-mon-père, je laissai ma mère tirer de l’oubli les morts qu’elle aimait, et je restai rêveusement suspendue à un parfum, à une image suscités : l’odeur du chocolat en briques molles, la fleur creuse éclose sous les pattes du chat errant.

Colette, La maison de Claudine.

À chaque fois que je rentre dans le magasin Heloin rue des carmes à Rouen, ce n'est pas un morceau de chocolat que je viens chercher, mais le souvenir d'une jubilation d'enfant. Il y a dans cette céramique et ces meubles vitrés, le déroulement d'histoires, d'émotions et d'envies. Je sors, un morceau de chocolat dans la main, simplement enveloppé dans un papier crystal, ennivré de mon enfance.

November 05, 2014 03:05 PM

November 04, 2014

Karl Dubost

Les papiers roses flottaient

Notes de papier collés sur une fenêtre La Saussaye, France, 9 août 2014

Tout ce qui se dit d'une forêt est vrai, ou le devient. Mais il faut que ce soit une très grande forêt, assez vaste pour résorber, à l'aube, ses secrets nocturnes en même temps que sa frange de bêtes sauvages qui outrepassent ses lisières pendant la nuit.

Colette, En pays connu.

Hier, j'ai écrit quelques notes sur des papiers roses. J'avais peur de les oublier. Je les ai collés sur la forêt. Après la nuit, je les ai retrouvés. Aujourd'hui, ils sont dans mon carnet.

November 04, 2014 01:56 PM

Il secoue les pruniers

Main sur le tronc d'un prunier Caudebec-lès-Elbeuf, France, 9 août 2014

Deux hectares l'environnaient, vierges de cultures potagères. La primevère en trois couleurs, l'orchis pourpré, le polygala bleu et le muscari à odeur de prune lui venaient tout naturellement, à même sa prairie, avant les grandes marguerites et les boutons d'or. Je n'eus qu'à tailler les rosiers amaigris, ses buis inégaux.

Colette, En pays connu.

Prunes dans une main Caudebec-lès-Elbeuf, France, 9 août 2014

Il a 94 ans. Dans le jardin, un peu sauvage maintenant, les fruits du passé continuent leur existence quelque soit l'attention. Nous sommes ensemble. Accroupis, les fraises cachées sous les feuilles ne résistent pas longtemps à nos inspections minutieuses. Sa main, fermement, enveloppe le tronc d'un prunier. Il secoue. Il secoue. Les prunes qui étaient innaccessibles sont maintenant à nous. Il y a tant de souvenirs d'enfance dans ce jardin.

Prunes dans un plat Caudebec-lès-Elbeuf, France, 9 août 2014

November 04, 2014 12:22 PM

David Larlet

Flux et données

Probablement une des choses qui change le plus quand on passe d’une architecture dite d’ « entreprise » à l’architecture d’un pure player du web, c’est l’orientation nette vers une logique de flux.

Un architecte d’entreprise vous présentera son architecture en commençant par les grands blocs applicatifs puis continuera par le système d’échange et d’intégration des données entre les différents systèmes applicatifs.

A l’inverse, l’architecte d’un pure player présentera son architecture dans la perspective d’un flux : de la collecte des données à leur mode de persistance en passant par les divers traitements. On a tout de suite le sentiment d’avoir l’orchestration temporelle d’une suite d’événements.

Dans un cas on met l’accès sur les données comme ressources applicatives, dans l’autre on met l’accent sur le flux des données. Là où la première conception est plutôt spatiale et statique, la deuxième est plutôt temporelle et dynamique.

De l’intégration des données

Je vous invite à aller lire le billet complet de Christian et le premier commentaire de Gautier. Il y est question de dualité entre des données stockées dans des bases distribuées et un système de log globalisé. Là où ça devient intéressant, c’est lorsque l’on rapproche ces réflexions de ce qu’a fait Facebook avec Flux :

Flux is the application architecture that Facebook uses for building client-side web applications. It complements React’s composable view components by utilizing a unidirectional data flow. It’s more of a pattern rather than a formal framework, and you can start using Flux immediately without a lot of new code.

Il n’y a plus d’opposition entre statique et dynamique mais une unidirectionnalité du flux de dynamisation du statique. (Ça c’est pour Damien :p.) La problématique ne se pose plus en termes de stockage et de transfert mais en terme d’évolutivité des données. Ainsi on s’abstrait de la nécessité d’un log global en ayant des flux indépendants et isolés, le stockage peut être distribué c’est le dispatcher qui va s’assurer de la cohérence de la modification des données. On se retrouve avec une approche hybride qui est à la fois spatiale et temporelle. L’intégration et le croisement des données est — si l’on fait abstraction des problèmes de performances — plus politique que technique (cf. OpenData et citoyenneté ou OpenData et évaluation), il ne faut pas concentrer les données dans un même log mais réunir les acteurs dans une même pièce ;-).

Je suis extrêmement surpris que les vieux concepts réutilisés dans Flux n’aient pas donné lieux à une prolifération de nouveaux frameworks web. Je suis presque sûr que l’on peut combiner cette approche à asyncio

November 04, 2014 11:00 AM

November 03, 2014

Karl Dubost

Les seigneurs de Grand-Couronne

cannette rouillée sur la voie Grand-Couronne, France, 8 août 2014

Ici la même symétrie
A mis toute son industrie
Pour faire en ce bois écarté
Le Palais de la Volupté.

Marc Antoine Girard de Saint-Amand, Le palais de la volupté.

Le long de la la voie ferrée, qui traverse Grand-Couronne, la route se glisse entre les géants abandonnés. Ils dominent encore oubliés. Ce sont les Moaïs du pétrole qui s'alignent, usés par la chimie et l'humidité des matins normands. Ils protègent leurs regards au loin sur la Seine. Tout proche la forêt domaniale du Rouvray leur donne leurs dernières lettres de noblesse.

Panorama d'usine Grand-Couronne, France, 8 août 2014

La rouille est leur cal. Le souvenir d'une vie industrielle riche, mal-aimé et révéré se perd déjà. Les générations se meurent. Les jeunes humains ne savent plus vraiment pourquoi ces grands seigneurs sont là.

Citernes de produits chimiques Grand-Couronne, France, 8 août 2014

November 03, 2014 08:09 AM

Une mousse bleue infinie

Mousse sur des ardoises La Saussaye, France, 7 août 2014

Sur notre banc ami, tout verdâtre de mousse,
Sur le banc d'autrefois nous reviendrons causer,
Nous aurons une joie attendrie et très douce,
La phrase finissant toujours par un baiser.

Rosemonde Gérard, L'éternelle chanson.

Le toit en pente, le regard de côté, la tête inclinée, je redécouvre une horizontalité. À l'infini dans un bleu conifère, les mousses s'étendent. Le parfum de l'humus pénètre les pensées. Humidité. Humer. Humecter. Humilité. Humain avec un cœur de forêt.

November 03, 2014 07:49 AM

November 02, 2014

Christian Fauré

De l’intégration des données

Une petite excursion dans les enjeux de l’intégration des données dans les systèmes distribuées à l’heure de la digitalisation.

reactive

Architecture orientée flux et architecture orientée ressource

Probablement une des choses qui change le plus quand on passe d’une architecture dite d’ « entreprise » à l’architecture d’un pure player du web, c’est l’orientation nette vers une logique de flux.

Un architecte d’entreprise vous présentera son architecture en commençant par les grands blocs applicatifs puis continuera par le système d’échange et d’intégration des données entre les différents systèmes applicatifs.

A l’inverse, l’architecte d’un pure player présentera son architecture dans la perspective d’un flux : de la collecte des données à leur mode de persistance en passant par les divers traitements. On a tout de suite le sentiment d’avoir l’orchestration temporelle d’une suite d’événements.

Dans un cas on met l’accès sur les données comme ressources applicatives, dans l’autre on met l’accent sur le flux des données. Là où la première conception est plutôt spatiale et statique, la deuxième est plutôt temporelle et dynamique.

On sait que les organisations ressemblent à leur systèmes techniques, c’est pourquoi on peut faire le parallèle entre les deux types d’architecture introduites ci-dessus (entreprise et pure player) avec deux organisations : celles qui privilégient l’efficience des ressources et celles qui privilégient l’efficience du flux

lean.001

C’est un des principes du Lean que de privilégier le flux ; en effet, une organisation peut très bien arguer que tous les départements de l’entreprise sont très occupés et travaillent dur sans que rien de bien n’en sorte (en terme de qualité et de Time-to-Market).

Des îlots d’efficience ne font pas nécessairement une bonne efficience globale.

lean.002

C’est donc très logiquement que l’on va retrouver des types de démarche dans l’architecture d’entreprise qu’on ne retrouve pas chez les pure players. La plus symptomatique d’entre elles étant certainement le fameux « schéma directeur » : nul doute  que ce type de démarche n’a aucune place dans un système 100% digital.

Dans les architectures des acteurs du Digital, la notion de Flow et d’architecture événementielle est omniprésente : un schéma d’architecture se lit en suivant le flux – le pipeline – de traitement. Ici, le dynamisme du traitement de l’information prévaut sur l’image statique de l’ensemble des composants. On pourrait les qualifier d’architectures « Spin » ; çà rentre, çà tourne et çà sort. 

Collecte des données et traitement des données.

De fait, le choix d’une architecture dépend grandement de la manière dont les données sont collectées : des données collectées par batch induisent forcément un traitement par batch, et les données collectée en flux sont également tendances à être traitées en flux (« dis-moi comment tu collectes tes données et je te dirai quel style d’architecture tu utilises »).

Dès que l’on est dans des logiques séquentielles de lots et de batchs, on tend à concevoir des systèmes moins réactifs, moins sensibles aux évènements et qui ont tendance à s’encroûter dans des ilots applicatifs qui, certes, gèrent leur autonomie, mais parfois au détriment d’une vision plus globale et systémique.

À ce stade on pourrait dire que tout le monde n’est pas un pure player du digital et n’a donc pas besoin d’adopter cette logique de flux : tout le monde n’est pas en temps-réel continu !

Mais un flux n’est pas pour autant quelque chose de continu ; il est toujours constitué d’éléments discrets que sont les événements. Toutes les architectures ont un certain rapport au temps : une banque qui traite en batch l’ensemble des événements d’une journée a une unité temporelle de traitement qui est journalière, mais derrière cette journée, il y a toujours des événements qui s’inscrivent dans des unités de temps beaucoup plus petits.

De prime abord, les architectures qui reposent sur des traitements batch  semblent donc plus facile à gérer : elles tendent à créer des silos, plus ou moins grands, qui ont certes des avantages mais qui sont aussi une plaie en matière d’inter-opérabilité. Ces silos sont créés sur la base de « visions du monde » qui n’a pas de sens à l’extérieur. 

Du coup on essaye de fonder l’inter-opérabilité au niveau sémantique en faisant des «  alignements de vocabulaire ».   Traitée à ce niveau, la question d’intégration des données est toujours plus ou moins douloureuse (LinkedData, MDM).

En contre partie, les systèmes qui collectent et traitent de l’information en flux disposent d’un avantage très intéressant pour intégrer les données, y compris dans un environnement distribué : cet avantage c’est le TimeStamp. L’index temporel des logs d’un système est l’élément clé du succès d’une interopérabilité des données assurée, non pas au niveau sémantique, mais à un niveau technique plus bas. 

L’inégration des données via une log

Jay Kreps, qui a écrit l’article « The Log: What every software engineer should know about real-time data unifying abstraction », et dont je reprends ici les arguments, a une façon très simple de définir la question de l’intégration des données : il s’agit de « rendre disponible toutes les données d’une organisation au travers de tous ses systèmes et ses services ». Ce n’est qu’à partir de là que des questions de plus haut niveau comme les modèles de données et leur sémantique peut être traitée ; trop d’organisations partent bille en tête sur l’intégration des modèles de données à un trop haut niveau sans s’apercevoir que les données ne sont tout simplement pas disponibles et accessibles.

Une log est le « journal de bord » des écritures des différents systèmes inter-connectés, elle  permet d’assurer la structure du flux, sa cohérence et sa mémoire (c’est à dire la capacité à retrouver un état antérieur).

Le côté génial de la démarche – dans cette façon de penser l’intégration des données via un système de log – c’est de ne pas s’intéresser à la donnée en tant que telle, mais à son écriture et à sa date. Toutes les données du monde peuvent être très divergentes, il n’en reste pas moins qu’elles ont toutes été écrites à une date et une heure fixe (pour peu que l’on dispose d’un bon système d’enregistrement des traces de ces écritures).

On ne cherche plus à aligner les vocabulaires, la sémantique des données, mais simplement à enregistrer l’ordre des écritures comme référentiel d’alignement universel. Les questions sémantiques ne sont pas pour autant réglés, mais elles peuvent dès lors bénéficier d’un Framework universel d’inter-opérabilité basé sur la mesure du temps.

Dualité

Il y a une dualité [mot qui a un sens précis en mathématique dans la théorie des catégories, cf. Sens et enjeux des modèles de stockage et d’accès aux données] entre un système de log et une table de base de données : la table reflète la valeur actuelle d’une donnée dans le système, là où la log garde la trace ordonnée dans le temps de l’ensemble des opérations effectuées. De fait, une table peut toujours être reconstituée en reproduisant l’ordre et la nature des écritures enregistrées dans les logs.

On peut également, à partir des logs, décider de ne pas reproduire à l’identique une table existante mais une table dérivée pour d’autres besoins que la reproduction stricto-sensu. On pense tout de suite aux systèmes de gestion de version des codes sources avec leur système de branches pour garder la mémoire de l’ensemble des actions (des patchs) effectués sur un code source.

Toutes ces remarques sur l’utilité des logs ne valent que pour autant  que les écritures enregistrées sont de type déterministes, c’est à dire que le fait de rejouer une écriture doit produire toujours le même résultat. Un traitement qui, par exemple, introduirait une variable aléatoire (Random) impliquerait la présence d’une action non-déterministe, et donc les logs ne serait d’aucune utilité pour reconstituer à l’identique le film des événements.

L’avènement des données événementielles 

Deux tendances complexifient l’intégration des données, c’est à dire leur disponibilité et leur accessibilité au travers tous les services et les systèmes de l’organisation : l’avènement des données événementielles (que j’ai déjà évoqué plus haut) et la prolifération de systèmes de données disparates.

Les données événementielles sont essentiellement les données qui proviennent d’enregistrements de comportements : données produites par les traces des utilisateurs sur les sites web, données produites par les capteurs RFID, données issue du comportement des machines de production, etc. Là est certainement une des manières de caractériser les entreprises qui sont digitales : ce sont celles qui intègrent les données événementielles à leur système.

Ces nouvelles catégories de données  (événementielles et comportementales) ont suscité l’apparition de nouveaux système de stockage et de manipulation des données (depuis les systèmes de cube décisionnels, jusqu’aux bases NoSQL, en passant par les index des moteurs de recherche, les annuaires, les systèmes de batch processing à la Hadoop, etc. Il est évident que la diversité des systèmes renforce le challenge de l’intégration des données.

La réponse à ces enjeux de déluge des données événementielles et de multiplication des systèmes qui les manipulent passe par une log centralisée, véritable épine dorsale du système global qui va jouer le rôle d’une chambre d’enregistrement. C’est notamment ce qu’a fait Jay Kreps chez LindedIn avec Kafka.

Je vous invite bien sûr à lire l’article de Jay et également à consulter l’article d’Alex Dean qui reprend cette même vision en présentant trois évolution des architectures d’intégration des données : Three area of business data processing  

Grand merci à Erwan Alliaume qui a attiré mon attention sur l’article de Jay !

Signaler sur Twitter

by Christian at November 02, 2014 05:29 PM

David Larlet

Moments sportifs

Ce moment où le cœur ralentit et où chaque cellule réclame sa ration de sucre, de magnésium, de calcium et d’acides aminés. L’organisme se rappelle qu’il lui faut vivre et non plus survivre.

Ce moment où le corps refroidit et où chaque douleur refait surface. La douche brûlante pour essayer de retarder ce nouvel état. Les étirements et les massages pour soulager les muscles, les exercices posturaux pour supporter le reste.

Ce moment où le cerveau s’engourdit et où les images défilent. Passées et à venir, fantasmées et avec désir. Avant de se laisser choir dans les bras de Morphée.

Le temps de la récupération.

November 02, 2014 11:00 AM

October 28, 2014

David Larlet

Données et secret

Je fais le serment de remplir mes fonctions avec conscience, indépendance, et humanité.
Je m’engage à suivre les standards du web, de la qualité et de l’accessibilité pour que le web reste universel, neutre, libre et ouvert.
Je m’engage à respecter et protéger le secret dû aux données personnelles et à la vie privée dont j’aurai connaissance dans l’exécution de mon travail.
Je suis un travailleur du web, j’en suis fier, et j’assumerai mon rôle avec dignité.

Le serment du Beffroi de Montrouge

Cela fait quelques jours que ce serment tourne sur Twitter et j’ai du mal. J’ai donc fini par regarder la vidéo et derrière l’enrobage un peu pompeux et les assertions à faire sourire Miss France, il est surtout question de données personnelles (des autres). J’ai pas mal réfléchi à la question et j’en suis malheureusement arrivé à la conclusion qu’il était illusoire de prétendre avoir le moindre contrôle là-dessus. Les données stockées sur mon ordinateur sont incontrôlables. Je ne sais pas qui y a accès et où elles sont envoyées. Et vous ne savez pas non plus. À moins que :

  • votre ordinateur soit déconnecté ET protégé de tout réseau ET inaccessible physiquement ;
  • vous ayez construit votre ordinateur ainsi que le firmware de chaque puce ;
  • vous ayez pu passer en revue chaque logiciel installé ET chaque mise à jour ET chaque moyen pour mettre à jour ce logiciel.

La liste est bien plus longue mais ces 3 items montrent déjà l’ampleur de la tâche. Aussi « Je m’engage à respecter et protéger le secret dû aux données personnelles et à la vie privée dont j’aurai connaissance dans l’exécution de mon travail. » est un vœux pieux qui ne pourra être respecté. Ou alors il faut être explicite sur les mesures prises pour essayer d’honorer cette déclaration. Par exemple :

  • je m’engage à ne pas effectuer de sauvegardes distantes de ces données en vous éduquant sur ce que cela implique en cas de crash ;
  • je m’engage à chiffrer ces données lorsqu’elles ne sont pas utilisées quotidiennement ET à les supprimer après 30 jours sans utilisation ;
  • je m’engage à ne pas transmettre intentionnellement ces données à un tiers ET à restreindre l’accès physique à ma machine ;
  • je m’engage à vous avertir immédiatement en cas d’accès non autorisé à vos données OU de leur transmission (indépendante de ma volonté) sur un quelconque réseau.

Ce sont les engagements que je m’efforce de tenir au niveau pro avec plus ou moins de succès. C’est faible mais c’est bien au-delà de ce qui est pratiqué habituellement.

Si le problème est un problème d’image et de confiance, je ne vois pas trop ce qu’un serment pourrais nous apporter en matière de crédibilité. Et ce même s’il était signé par — soyons fous — 80% de la profession. La confiance se construit avec de la communication et de l’éducation. Si notre image est actuellement mise à mal à cause des données personnelles qui nous sont confiées : communiquons mieux, éduquons plus.

October 28, 2014 11:00 AM

October 22, 2014

David Larlet

Enseignement et acquisition

Easier to ask for forgiveness than permission. This common Python coding style assumes the existence of valid keys or attributes and catches exceptions if the assumption proves false. This clean and fast style is characterized by the presence of many try and except statements. The technique contrasts with the LBYL style common to many other languages such as C.

EAFP

J’ai appris qu’il y avait eu une suite à l’intervention de SudWeb au sujet de l’enseignement de l’intégration lors de ParisWeb (merci Boris !). On peut dire que ça tombe au bon moment. Tout cela m’amène à faire un parallèle entre des paradigmes de langages de programmation (EAFP vs. LBYL) et l’opposition pratique vs. théorique que l’on rencontre forcément lorsque l’on souhaite transmettre ses connaissances. À quel point faut-il prévenir plutôt que guérir ? Qu’est-ce qui est le plus formateur ?

J’ai pour l’instant pris l’option très expérimentale : produisez, je vous corrige. Et j’espère bien arriver jusqu’à un point où cela deviendra : produisez, corrigez-vous ! Ce vous correspondant au groupe et aux connaissances accessibles en ligne. Mais je suis tiraillé. Ces étudiants ont la chance d’avoir une formation et je leur propose de devenir autodidactes. Est-ce que je ne les prive pas ainsi d’une théorie qui m’a manquée pour pouvoir progresser plus rapidement il y a 10 ans ? Est-ce que les trentenaires du Web (huhuhu) ne se cachent pas derrière cette mise en pratique car ils n’ont connu que ça ?

Et puis je me raccroche à la permissivité du Web, à cette inconsistence inscrite dans son ADN, à ces paquets qui errent entre 2 continents avec l’espoir d’arriver quelque part. J’imagine ces étudiants qui souhaitent à tout prix être autonomes alors qu’il va leur falloir apprendre à faire ensemble. Qui veulent appliquer de la bonne pratique sans forcément en comprendre le sens et le besoin. Je les observe, perdus mais volontaires, et je garde espoir. Ils ont encore le temps pour faire des erreurs et l’énergie pour se relever.

October 22, 2014 11:00 AM

October 21, 2014

del.icio.us

David Larlet

Cours IUT : les bases

The plan is a lie.

Retours sur mon premier cours à l’IUT d’Arles. La journée a assez mal commencée avec l’impossibilité de retrouver mes adaptateurs DVI-miniDVI… ce qui ajoutait une légère contrainte en plus. Du coup après un petit tour de classe où j’ai pu confirmer que les niveaux étaient vraiment disparates ET que le cours précédents sur les bases de HTML/CSS n’avait pas été assimilé, on est partis sur un petit projet qui nous a servi de fil rouge tout au long de la matinée. J’ai retenu 2 volontés fortes de la part des étudiants : devenir plus autonomes et améliorer la qualité de leurs productions. Yay!

Par groupe de 4 ou 5, les étudiants ont créé une page selon le brief précédemment décrit avec pour consigne de se répartir en groupes de niveaux homogènes. Après 45 minutes, l’un des étudiants (pas celui qui était sur le clavier) présente le travail du groupe à toute la classe. On part ensuite sur l’itération suivante avec des contraintes supplémentaires (dont celle permanente d’avoir une rotation au niveau de la personne qui code). On a pu faire 4 itérations sur la matinée avec les contraintes suivantes :

  • démarrage libre ;
  • repartir sur des bases saines comme HTML5Boilerplate avec les avantages/inconvénients associés, rappels sur les reset (connu) et le centrage des éléments ;
  • ne pas utiliser les attributs id/class pour styler la page (merci Vincent !) et donc mieux utiliser les balises HTML 5 et les sélecteurs, introduction aux sélecteurs + et > notamment ;
  • réorganiser sa CSS pour avoir quelque chose de propre et transmissible, introduction aux frameworks CSS.

Les itérations se sont fluidifiées au cours de la matinée avec des rappels et des conseils au fil de l’eau de ma part. Les résultats étaient finalement assez différents en fonction de la priorité du groupe : transmettre et homogénéiser les connaissances (collaboration) ou arriver à un résultat en se répartissant les tâches (coopération). Les deux approches étaient intéressantes car elles sont représentatives de ce qu’ils pourront rencontrer par la suite.

Quelques réflexions en vrac :

  • tous les groupes ont commencé par faire un menu alors qu’une seule page était demandée, assez marrant ;
  • aucun groupe ne s’est préoccupé du contenu sur la première itération, l’attention était entièrement sur les images et la CSS ;
  • aucun échange n’a été fait entre les groupes, ni même un coup d’œil pour se rendre compte qu’ils avaient pris la même image sur Google pour illustrer le site ;
  • j’aurais dû changer l’étudiant qui a initialement pris le clavier (le plus compétent) pour laisser mettre en place les bases par quelqu’un de moins expérimenté ;
  • les étudiants ont maintenant leur propre machine (majoritairement des Macbook) et passent par des bidouilles à base de clés USB et de connexions 3G pour travailler alors qu’il y a des machines connectées en Windows juste à côté, je vais essayer d’apporter mon propre réseau local la prochaine fois car la situation est assez hallucinante.

Globalement les étudiants avaient l’air assez satisfaits. La mini-rétrospective en fin de cours a fait émerger 2 propositions pour le prochain cours :

  • travailler en plus petits groupes (2/3) ;
  • plancher sur un sujet plus proche de leurs intérêts.

Ce sera donc adopté en repartant des bases acquises pour aller vers un peu plus de dynamisme vu qu’ils sont friands d’effets en JavaScript/jQuery, il faut aussi que je leur parle de Flexbox et qu’on prenne le temps de faire une introduction aux différentes méthodes pour initier un site. J’ai reçu 3 emails d’élèves qui souhaitaient me montrer ce qu’ils avaient déjà produit (à mon initiative), c’est peu sur un effectif de 24 mais c’est déjà ça :-).

October 21, 2014 11:00 AM

October 18, 2014

David Larlet

Cours IUT Arles

De toute façon, celui qui donne des conseils cherche d’abord à s’éduquer lui-même. Parler à quelqu’un est une manière détournée de se parler à soi. Ne croyez pas que j’aie une triste vision des rapports humains. Certes, je pense que l’autre nous permet d’accéder à notre propre intimité. Mais se comprendre est le meilleur service qu’on puisse rendre à ceux qu’on aime.

Manuel d’écriture et de survie, Martin Page

Je vais donner des cours à partir de lundi à des étudiants de licence à l’IUT d’Arles. Officiellement, il faut que je leur transmette des connaissances en CSS avancées, JavaScript, jQuery et PHP en 6 demi-journées. J’ai lu avec grand intérêt les témoignages de Romy et Rémi à ce sujet et je me pose encore de trop nombreuses questions. Les participants auront un bagage technique assez hétérogène et auront plutôt une culture design que code d’après ce qui m’a été dit.

Je compte utiliser la première matinée pour prendre la température et m’adapter par la suite. Je souhaiterais avoir le déroulé suivant :

  1. Nous sommes le 20 décembre 2014, cette formation s’est déroulée jusqu’à son terme, imaginez 2 scenarios (l’un positif, l’autre négatif) de ce que vous allez dire à la promotion suivante sur ce cours.
  2. Parcours personnel et compétences transmissibles.
  3. Envoyez-moi une URL dont vous êtes fier/heureuse par email.
  4. Vous allez être évalués (malheureusement requis) sur votre coopération, votre curiosité, votre bienveillance et votre énergie.
  5. Faites des groupes de 4/5 personnes. Vous venez d’intégrer une agence et on vous donne le brief suivant : Nous sommes une association de triathlon/autre qui souhaite montrer ses résultats et son ambiance conviviale sur le net. Vous avez 45 minutes et toutes les ressources que vous voulez pour produire quelque chose ensemble.
  6. Présentation et débriefing groupe par groupe. Discussion et corrections pour la fois suivante.
  7. Qui connait ParisWeb ? Qui a participé au hackathon OpenData ce weekend organisé dans les locaux de l’IUT ?
  8. Culture web et apprentissage.
  9. Quelles améliorations pour la prochaine fois ?
  10. Des liens à consulter/comprendre/discuter d’ici le prochain cours : The End of Design As We Know It, High-level advice and guidelines for writing sane, manageable, scalable CSS, Designer’s guide to DPI, Responsive Web Design Tips, La méthode Daisy, Solved by Flexbox, jQuery, c’est bien, le DOM moderne, c’est mieux !, les vôtres ?

Je vais essayer d’être rigoureux au sujet de mes retours sur cette nouvelle expérience pour les publier ici tout au long du processus. Les commentaires sont évidemment bienvenus.

October 18, 2014 11:00 AM

October 11, 2014

David Larlet

Running LEAN

Je suis en train de refaire le site internet de scopyleft, la coopérative web que j’ai co-créée avec des amis. Je réalise une série d’interviews afin de vérifier si mes premières pistes sur cette refonte sont pertinentes sur le public que je me suis fixé… et dont tu as la chance incroyable de faire partie ! Enfin je crois. Je vais te poser quelques questions pour vérifier cela :

Début d’interview rédigée dans le cadre de TrampoLEAN

J’ai eu la chance d’assister à la première édition de TrampoLEAN (la prochaine session est le 24 octobre à Montpellier) qui consiste à mettre en pratique Running LEAN sur un projet personnel en étant accompagné. Je pense que l’approche est intéressante lorsque l’on souhaite concevoir un produit qui réponde vraiment à des besoins utilisateurs. L’utilisation du Lean Canvas et la réalisation d’interviews en amont même de la première ligne de code permet de pivoter à moindres frais pour maximiser la valeur apportée à la cible choisie. Je vous renvoie à l’excellent billet de Lionel pour plus de précisions sur les motivations de la méthode :

Penser pour l’utilisateur c’est garder le confort de ne pas se confronter à lui. On fait de belles théories, les intervenants du projet trouvent que les idées sont bonnes entre eux, alors que la seule préoccupation est d’avoir la certitude que l’idée est bonne pour l’utilisateur.

Pourquoi Running Lean ?

Le problème que j’ai rencontré lors de sa mise en application est que j’ai choisi un projet bien singulier : la refonte du site de scopyleft. Mon objectif était de tester les limites de l’approche et je pense les avoir atteintes. J’ai l’impression qu’il est très difficile d’avoir une approche artistique au sens large avec Running LEAN. Lorsque l’on reste sur des besoins, c’est très pertinent. Dès que l’on va vers du style et de la personnalité ça l’est beaucoup moins car cela devient propre à chaque individu. Je ne pense pas qu’il soit possible d’écrire un livre ou de réaliser un tableau avec une telle approche car la cible se réduit alors à une seule personne : l’auteur.

Il doit être possible d’identifier ces cas aux limites lors de la recherche des hypothèses à tester, lorsque celles-ci sont trop difficiles à formuler c’est qu’il y a une difficulté à cerner le problème ou que le problème n’est pas résoluble par cette méthode. Dans les deux cas il faut se remettre en question avant de passer aux interviews qui apporteront peu d’intérêt si ce n’est la confirmation que chaque personne est singulière :-).

Mais pourtant un site doit bien répondre à un besoin ? Tout à fait. Mais il repose aussi sur du rédactionnel qui a plus ou moins d’importance. La subtilité réside dans ce curseur entre utilité et personnalité. Dans le cadre du site de scopyleft, je pense que l’on est plus proches de la personnalité. Ou plutôt j’ai envie que l’on reste plus proches de ce que l’on est. Peut-être faudrait-il un nom pour cet écueil dans la méthode : Getting personal ?

Malgré ce relatif échec personnel (earn or learn est notre nouveau motto), la méthode a montré de bons résultats avec les autres participants et sur les projets que l’on accompagne. Il y a vraiment du bon dans cette approche si elle arrive suffisamment en amont des projets, lorsque les porteurs ne se sont pas encore enfermés dans leurs propres certitudes. Ou cherchent un retour sur investissement sur l’énergie déjà déployée et l’argent déjà dépensé sans avoir le recul nécessaire pour lâcher prise et revenir aux bases : le besoin utilisateur.

Au détriment de la satisfaction du porteur ? De l’égo de l’auteur ? Oups.

October 11, 2014 11:00 AM

October 10, 2014

David Larlet

Rapatriement d’articles

Link to everything you create elsewhere on the web. And if possible, save a copy of it on your own blog. Things disappear so quickly, and even important work can slip your mind months or years later when you want to recall it. If it’s in one, definitive place, you’ll be glad for it.

15 Lessons from 15 Years of Blogging

J’y pense depuis un moment et il était temps d’être en accord avec les principes énoncés par ailleurs. Je commence à récupérer les articles que j’ai semé un peu partout ces dernières années. Ce n’est pas de la duplication mais de la sauvegarde distribuée ;-).

J’ai procédé au rapatriement des 3 articles/tribunes de FaitMain : semences et données, écologie et données, éduquer et militer. Ainsi que l’initiative scopyleft écrit pour l’ANAS et un Web orienté composants pour le train de 13h37. Bonne lecture !

Note pour plus tard : ne publier que des articles sous une licence permettant la conservation à long terme sur ce site.

October 10, 2014 11:00 AM

October 05, 2014

David Larlet

Triathlon

Ils y sont donc surmontés par le Triathlon, synthèse idéale, trinité dont la perfection tend vers le divin, et dont les trois disciplines consubstantielles épousent parfaitement les trois cotés du triangle sacré formant le sommet de la Grande Pyramide. Car si à l’image des Vrais Sports, le Triathlon forge de par son exigence un mental d’acier pour ses pratiquants les plus aguerris, il est également le seul sport qui réussit à réconcilier et synthétiser les exigences et idiosyncrasies antagonistes des trois Vrais Sports majeurs, nous faisant tendre vers le modèle de l’Athlète Idéal, celui de l’Honnête homme, idéal de modération et d’équilibre dans l’usage de toutes ses facultés, aux proportions harmonieuses et exemptes d’excès. Ultime satisfaction, l’exigence extrême de ce sport garantit sa relative confidentialité, ce qui le sauve, en éloignant irrémédiablement le spectre de l’argent facile, et en garantissant une pratique noble et désintéressée, pour le pur goût de l’effort, et dans le mépris des valeurs matérielles inhérentes à ce siècle.

La pyramide des sports

Les copines de boulot vont faire un triathlon, t’es motivé ? Mmh, pourquoi pas. A priori rien ne m’attire dans cet univers : esprit de compétition, culte de soi et atteinte de ses limites. Mais il y a tout de même des côtés à creuser : expérimentations au niveau matériel, sports complémentaires et gestion de l’effort. Challenge accepté. Me voilà embarqué dans la préparation d’un triathlon en 2 mois sans savoir nager le crawl… mais avec une petite base en trail et quelques tours occasionnels en vélo.

Après tout le mal que j’avais lu des triathlètes, il fallait que je me fasse mon propre avis :-)

Tatoué, pucé, étiquetté, on se retrouve dans un parc à vélos tous plus affûtés les uns que les autres (je parle des vélos bien entendu). L’ambiance est plutôt tendue mais la sono à fond permet de faire le vide en enfilant la combinaison qui doit m’aider à ne pas me noyer. Je laisse partir les hors-bords et je me jette doucement à l’eau avec une brasse sacrément lente, conséquence des 6 petites séances en piscine (finalement cette combi me freine plus qu’autre chose !). Je n’ai pas fait 100m que je sens déjà la puce accrochée à ma cheville qui se fait la malle — oups — demi-tour pour finalement l’accrocher au poignet et me rendre compte qu’il n’y a plus grand monde derrière moi :-D

Arrivé enfin sur la plage, je m’extirpe tant bien que mal de la combinaison avant de me rendre compte que je ne suis pas devant mon vélo — re-oups — changement de rangée et je perds 30 sec à enfiler des chaussettes avec les pieds mouillés. J’enfourche mon vélo pour 10 kilomètres de montée qui n’en finissent pas. Toute la difficulté est de ne pas rester dans le rythme imposé pour remonter les nombreuses places perdues lors de la natation. J’y arrive tant bien que mal mais je suis surpris par la longueur, j’aurais mieux fait de repérer un brin le parcours avant… ou d’emporter un compteur mais calculer c’est tricher™. C’est parti pour la descente où je force autant que faire se peut en oubliant de m’hydrater. Je prends pas mal de plaisir à enchaîner les virages avec vue sur le lac lorsque je ne baisse pas la tête dans le guidon pour ressembler à un coureur. J’essaye de rester dans ma course malgré les motos, les voitures, les drones, les accidents, les fausses indications des spectateurs, etc. J’ai les épaules qui tétanisent un peu à force d’être crispé sur la guidoline mais je sais que je n’en aurais pas besoin pour la suite.

La transition vers la course est celle que j’appréhendais le plus mais elle se passe finalement mieux que prévu et je continue à jouer à pacman avec les coureurs me précédant. Je me rends compte que j’arrive au niveau d’une des amies faisant le triathlon avec moi, génial on va pouvoir finir ensemble ! J’essaye d’être moteur le kilomètre suivant et c’est là où ça se gâte, je sens le muscle de ma cuisse droite qui se contracte un peu trop dans les montée et il reste un escalier… [J’apprendrais un peu trop tard que les guidons de triathlètes qui permettent de poser les coudes servent justement à éviter ce genre de crampes.] Je monte avec peine mais j’arrive quand même à reprendre la course et à finir à bonne allure en duo \o/\o/ 1h45 d’effort pour un objectif à moins de 2h, plutôt content.

Au final, c’est une expérience bien différente des challenges que j’ai pu m’imposer par le passé. L’univers de la compétition n’est définitivement pas fait pour moi mais ça reste intéressant en termes de logistique. À refaire. Peut-être. Ou pas. Je préfère quand même de loin me retrouver seul ou en petit comité pour me faire plaisir. Et les triathlètes ? Ils ont l’air de trouver ça marrant sans faire trop de dégâts. À part peut-être dans leur livret A. Pourquoi pas après tout.

Il va vraiment falloir que j’écrive ce billet sur les pyramides.

October 05, 2014 11:00 AM

October 04, 2014

Karl Dubost

Un barrage contre le porche

Flaque de pluie La Saussaye, France, 6 août 2014

Spring had truly arrived. Countless streams suddenly materialized all over the roads, fields, grasslands, and thickets; flowing as if the melting snow's waters were spilling over.

Takiji Kobayashi, Yasuko.

La pluie abonde. La forêt humide resplendit. L'eau monte, l'eau déborde. Il reste pourtant notre humanité. Toute entière, resplendissante.

October 04, 2014 06:55 AM

Le sens de la forêt

Feuillage d'arbre et cheveux La Saussaye, France, 5 août 2014

Well, let's do it again, one more time!

Takiji Kobayashi, The Crab Cannery Ship.

L'arbre appelle le refuge. La forêt ouvre la pensée.

October 04, 2014 06:42 AM

Le lieu du temps transposé

Pile de magazines de cinéma La Saussaye, France, 4 août 2014

Next they showed one foreign and one japanese movie, but the celluloid was so badly scratched that everything seemed streaked with rain. What was worse, the film seemed to have broken in places and been spliced together, imparting jerky movements to the actors. Yet no one cared about that. Everyone was completely engrossed in the film.

Takiji Kobayashi, The Crab Cannery Ship.

Le grenier est le lieu du temps transposé, une longue respiration. Ce n'est pas toujours là que l'on y trouve le souvenir, tant les choses peuvent être lointaines et étranges. Mais c'est certainement l'émerveillement du trésor que l'on découvre sans l'avoir même cherché. Aujourd'hui sur une étagère, entassés, quelques magazines de cinéma révèlent une actualité d'un autre moment et donnent l'envie de l'exploration. Un article donne les clés de l'érotisme au cinéma japonais à travers un film de Tetsuji Takechi.

Article de magazine sur l'érotique japonaise La Saussaye, France, 4 août 2014

October 04, 2014 05:56 AM

September 30, 2014

David Larlet

10 ans

C’est difficile à décrire la naissance d’un site, ce qu’on voulait faire, ce que l’on a finalement fait, les doutes, les satisfactions, l’incompréhension de certains, les encouragement d’autres, parfois les mêmes d’ailleurs (normal c’était une surprise). Et le résultat est là, sous vos yeux ébahis : merci à vous, visiteur !

Ouverture de rideau, 30 septembre 2004

Dix années de présence, plus ou moins régulière, plus ou moins pérenne. C’est passé par de la bio-informatique, la création d’ubuntu-fr, la découverte de Python, des réflexions sur la liberté, des essais en CSS, des billets personnels, de l’énergie avec django-fr, des coups de gueule, le grand saut en freelance, quelques photos, un peu de sport, du web sémantique, le montage d’événements, une année au Japon, la co-création de scopyleft, de la philo de comptoir et enfin la paternité. Plein de projets avortés, pas mal de discussions stériles, des rencontres toujours un peu spéciales, des rides numériques partagées. Dix années à tisser ma propre toile. Des liens sans intentions, par affinités au hasard des rencontres. Une audience suffisamment limitée pour ne pas prendre la grosse tête ou être dérangé dans mon intimité.

Cet espace de publication m’aura tout appris de mon métier : l’importance des données et de leurs liens. Je l’ai appris dans la douleur : le design a changé 6 fois, les URLs 5 fois, les données 4 fois, le nom de domaine 1 fois. Ce lieu m’a permis d’expérimenter et de prendre du plaisir à ça, d’être corrigé et de capitaliser itérativement. J’ai offert un cadeau à mes écrits dernièrement en utilisant les polices Fira Sans et Equity afin de vous préserver des mouchards d’Adobe/Typekit (et le gain niveau performances est impressionnant). J’ai d’ailleurs rafraichit un peu tout ça, en utilisant TinyTypo et LESS. Je voulais notamment mettre en avant les citations qui débutent les billets, ça reste très minimaliste pour l’instant et il reste les finitions.

Et pour ces 10 prochaines années ? Peut-être du son, peut-être de la vidéo, peut-être du papier, peut-être la page blanche. J’espère avoir toujours de l’énergie pour explorer et partager de nouveaux centres d’intérêts. Avec vous ?

September 30, 2014 11:00 AM

September 29, 2014

Karl Dubost

Le rythme du monde

Noisettes dans un bol La Saussaye, France, 3 août 2014

Far off to the right the light of the Shukutsu lighthouse, flashing each time it revolved, penetrated the gray expanse of sea-like fog. Its long and distant silvery beam swept mystically for miles around as it pivoted.

Takiji Kobayashi, The Crab Cannery Ship.

Sur la table, un bol de noisettes encore vertes, le parfum de la chlorophylle, l'involucre moelleux sous les ongles et le craquement de l'écale donnent l'essence du plaisir.

Brioches chaudes sorties du four Saint-Germain de Pasquier, France, 3 août 2014

Dans le four à pain, des brioches encore chaudes, le beurre sous les narines, la mie du moment sous les dents et le chuchottement du jour donnent l'envie de la suspension.

Tas de bois La Saussaye, France, 3 août 2014

Dans la forêt, des branches de bois mort, grisé par le champignon et l'humus, les insectes sous l'écorce et le poids sur les épaules vous tirent vers la cime des arbres.

Le rythme du monde s'étale lentement entre les larges secondes d'une respiration.

September 29, 2014 01:09 PM

Une fois de plus, un pétale

Boutons de rose et pétales sur le sol La Saussaye, France, 2 août 2014

Well. Let's do it again. One more time.

Takiji Kobayashi, The Crab Cannery Ship.

Pain oublié dans le grille-pain, un peu de fumée. Je suis seul dans la cuisine. Décalage horaire. Il est tôt. Tout le monde dort. Le parfum de la forêt en bouffée quand on ouvre la porte d'entrée. Les pétales de rose vaincues par la rosée se sont posés au sol. Le thé dans un bol avec un motif floral, je trempe mes lèvres doucement, patiemment. Je goûte à l'amertume avec plaisir.

Il faudra plus d'un pétale pour disparaître.

September 29, 2014 12:11 PM

September 28, 2014

Karl Dubost

Quand le voyage commence-t-il ?

Vues depuis le train de champs de riz Narita, Japon, 1er août 2014

Treasure every grain of rice. It's a gift of blood and sweat.

Takiji Kobayashi, The Crab Cannery Ship.

Je suis dans le Narita Express à destination de l'aéroport. Devant mes yeux défilent les collines, les maisons blotties près de la forêt et surtout les longues rizières. Tout est si vert, si troublant, si délicat. Je glisse à la surface des brins, je suis le vent. Ce voyage a-t-il débuté ? Était-ce lorsque j'ai réservé le billet d'avion ou bien avant lorsque j'ai conçu l'idée. Était-ce ce moment où j'ai fermé la porte, marché dans la rue ? Ou cela commence-t-il demain lorsque je serais à l'aéroport en France ?

Le premier grain de riz au bout de mes baguettes qui me donne le goût est indéterminé et pourtant il est bien là.

1er août 2014 : Mes écritures à rebours me donnent l'espace de la respiration, donnent de l'épaisseur à l'opacité et donc une plus grande liberté.

September 28, 2014 12:17 PM

September 27, 2014

Christian Fauré

Mieux vivre ses échecs et ses succès

honte

Si un jour vous avez un succès notable dans une de vos activités, vous aurez sûrement  remarqué que le (ou les) jour(s) suivant(s) votre comportement change. Mais il se peut que vous n’arriviez pas vraiment à le remarquer avant qu’une première journée ne se passe.

C’est un sentiment d’excès de confiance en soi qui met un sérieux filtre dans vos interactions, y compris dans la manière dont “on interagit avec soi-même”, si l’on me permet l’expression.

Dans cet “après coup” du succès, on est comme décalé de soi-même, mais on ne s’en rend pas compte tout suite ; on ne peut prendre conscience de cette distance avec soi-même qu’a posteriori. Il faut s’être comporté de telle ou telle manière pour que, seulement plus tard, on se fasse la remarque :

“ c’est étrange, je ne me reconnais pas dans ce comportement”.

La situation inverse – celle de l’échec – a la même forme : on baigne dans un sentiment de manque de confiance, on doute beaucoup plus et notre comportement change également.

*

Contrairement à ce que l’on croit, on n’apprend pas grand chose de ses succès ou de ses échecs si on n’est pas un tant soit peu attentif à ce qu’ils ont fait de nous,“à l’insu de notre plein gré” comme dirait l’autre.

Il y a une forme de honte de soi-même, lorsqu’on réalise que l’on n’a pas été soi-même sans s’en rendre compte ; cette sensation peut avoir une intensité très large, allant du petit picotement jusqu’au dégoût de soi.

La honte est le sentiment qui est à la source de toute éthique.

Il ne faut pas comprendre cette “honte” dans une connotation religieuse. L’autre mot le plus proche, et beaucoup plus neutre émotionnellement, serait le mot “trouble”.

Or, il y a trouble parce que l’on n’apprend bien souvent qu’à ses dépends. Apprendre c’est être troublé.

Il y a un apprentissage de l’éthique qui passe nécessairement par ce trouble qu’est la honte de soi. Cultiver ce trouble, c’est conserver cette capacité d’avoir honte de soi ; c’est ce qui permet de mieux vivre ses succès, comme ses échecs, en devant capable de les choisir.

*

Un échec non choisi et c’est la fatalité qui s’impose à l’esprit sous forme de sentiment d’injustice ou de « manque de chance » : on rumine, on maudit, on s’insurge ou on s’effondre, au choix.

Un succès non choisi et c’est l’euphorie de celui qui a gagné au loto : or un succès qui arrive sans effort est très vite artificiel et l’on sait que le rêve peut tourner au cauchemar pour certains gagnants des jeux de hasard.

Choisir ses succès et ses échecs, cela ne veut pas dire maîtriser totalement le destin jusqu’à pouvoir ne choisir d’avoir que des succès. C’est un trait du vivant que nous sommes, et cela n’est pas sans rapport avec mot de Georges Canguilhem pour qui “ être sain” signifie  être capable de s’adapter de manière active en choisissant parfois de se rendre malade.

Il faut aussi accepter de choisir ses échecs.

Signaler sur Twitter

by Christian at September 27, 2014 12:19 PM

Karl Dubost

Le lieu physique et son intimité

Boîtes aux lettres dans une entrée d'immeuble Atami, Japon, 12 juillet 2014

Not even a woman could captivate the fishermen and sailors as much as the supply ship did. This ship did not stink of fish, and it bore the fragrance of Hakodate. It carried a fragrance of that solid earth that they had not trodden for months, for hundreds of days. Moreover, the supply ship delivered long-delayed letters, shirts, underwear, magazines, and various other necessities.

Takiji Kobayashi, The Crab Cannery Ship.

Stéphane et Emmanuel ont démarré une conversation qui me tient à cœur. J'ai pris quelques notes rapides dans mon carnet.

Emmanuel a lancé l’idée qu’on s’écrive les uns les autres des cartes postales, après qu’Olivier a noté que c’était fini, tout ça, à l’époque des emails. Alors joignons l’utile à l’agréable et dérouillons, avant les cartes, nos jointures vermoulues sur un cahier acheté à l’occasion des vacances, comme souvent.

Stéphane Deschamp, la belle langue en vacances.

Donner son adresse postale à un tiers m'est devenu de plus en plus difficile. Je m'exécute quand les circonstances l'exigent. Les administrations, les services de livraison, les banques ont une dépendance de leurs systèmes sur l'identification physique du lieu de vie qu'il est très difficile d'y échapper. Je lutte déjà très souvent contre le requis du téléphone. Mais le propos n'est pas là. Non, il s'agit de délivrer la clé de l'accès à un lieu qui est sacré : le lieu où j'habite.

Cela tient peut-être à la clairière dans la forêt, au lieu sanctuaire où l'on peut écrire les notes de sa cabane. Peut-être que c'est juste absurde et que je devrais me soucier beaucoup moins de cette inquiétude. Ce partage inconfortable s'est accentué avec tous les services de gestion du carnet d'adresses en ligne. Les personnes rentrent l'adresse dans le carnet d'adresses de leur ordinateur, la synchronise avec leurs téléphones en ligne et parfois avec un service de synchronisation distant. Certaines applications demandent l'accès au carnet d'adresse pour rechercher les adresses email et faire des croisements avec leur base de données et au même moment en profitent pour accéder à de nombreuses autres données, dont l'adresse.

Lorsque je travaille avec un bureau physique quotidien, je donne souvent mon adresse de bureau. C'est une façon de permettre l'anonymat physique de l'intime sans bloquer la communication. Mais lorsque l'on travaille de chez soi, cet anonymat devient de plus en plus délicat. Je pense très souvent à ouvrir une case postale dans une poste afin de recréer ce tampon.

Quand finalement, je me décide à donner confiance à mon interlocuteur, je précise de ne pas partager l'adresse avec qui que ce soit individus ou entités, et bien sûr, de ne pas partager avec les services en ligne. Ce qui rend la gestion de mon adresse quelque peu contraignante.

Tout ceci n'est pas tout à fait rationnel, puisque j'ai plaisir à écrire ou dessiner sur le papier et à envoyer quelques mots dans la boite aux lettres postales d'une personne lorsque je voyage. Je trouve aussi que le rythme d'envoi et de réponse de la correspondance manuscrite est finalement beaucoup plus humain que celle du courrier. Non pas que l'électronique change quoi que ce soit, si ce n'est que les personnes ont construit une attente de réponse immédiate à un message, alors que préfère prendre du temps pour répondre.

Donc tout comme Stéphane, oui j'aime cela écrire, et délier la langue dans le creux du papier, mais je note aussi que je suis un ours pour ce qui est de l'accès à mon adresse.

September 27, 2014 07:16 AM

September 26, 2014

Karl Dubost

Le choix de la durée

Noren avec des morceaux de scotch Atami, Japon, 12 juillet 2014

Each morning before starting to work, everybody gathered in one corner of the factory. Their faces all looked like those of mud dolls.

"I'm going to slow down," said the miner. "I just can't keep this up."

Worker's faces came to life but no one spoke. Then someone said, "You're going to get yourself branded, you know…"

I'm not trying to get out of the work. I just can't do it.

Takiji Kobayashi, The Crab Cannery Ship.

En informatique, nous disons souvent « Si ce n'est pas cassé, on n'y touche pas. » Il y a plus de risques à modifier un système qui fonctionne avec satisfaction plutôt que de tenter de l'améliorer. Optimiser pour le seul but de la perfection n'est pas une action suffisamment intéressante. C'est le côté Confucius de l'informatique.

Il y a ce restaurant de yakitori qui a réparé son enseigne avec des morceaux de scotchs transparents plutôt que de jeter l'ancien et de le remplacer par un nouveau noren. Cette fois-ci, il s'agit de patcher un système afin qu'il puisse durer un peu plus longtemps. Encore une fois, ce n'est pas une recherche de la perfection, mais bien plus de la longévité.

Nous oublions bien souvent que nos systèmes peuvent durer très longtemps sans les mettre à jour et en les réparant juste de façon nécessaire. Est-ce un problème ? Moins souvent que l'on veuille bien le penser.

September 26, 2014 01:37 PM

La lutte du jardin

Une rue, deux femmes, et une haie coupée Tsujido, Japon, 27 juillet 2014

"The damned lice are going to devour us alive."

"Yeah, that'll be a wonderful way to go."

They could not help laughing.

Takiji Kobayashi, The Crab Cannery Ship.

Une femme agée coupe la haie. Aligner le feuillage avec la route, ne pas envahir, trop, l'espace commun. Elle s'est couverte, un chapeau, des gants, un masque facial, une serviette éponge autour du cou, un pantalon long et un tablier. Son armure souple la protège des moustiques voraces. Elle a tout de même une dernière botte secrète à son attirail. À sa ceinture, elle a accroché la boite métallique pour permettre les spirales vertes contre les insectes trop amoureux. Ce n'est pas l'encens du temple mais la fumée de l'anti-moustique que je sens.

Et dans cette rue, la rêverie des boîtes de spirales anti-moustiques s'éveille. Les moustiques sont loin.

Boîte de spirales antimoustiques 蚊取り線香 金鳥

September 26, 2014 12:39 PM

La chaleur des cendres

Cinq tombes dans un pré Tsujido, Japon, 27 juillet 2014

The great storm had snatched away from the men any ability to steer the boat, making them more helpless than a chid gripped by the scruff of its neck. They had gone out the farthest, and now the wind was blowing them even farther. All were prepared for the worst. Fishermen are trained to bid life good-bye at a moment's notice.

Takiji Kobayashi, The Crab Cannery Ship.

Le feu permet la cendre. La cendre permet l'exigüité. L'exigüité permet la proximité. La proximité permet le souvenir. Le souvenir permet l'humanité.

September 26, 2014 12:16 PM

September 22, 2014

Karl Dubost

La vie de quartier

Intérieur d'un atelier de tatami Tsujido, Japon, 27 juillet 2014

Recalling the previous day's horrendous work, everyone concluded that the man had been swept away by the waves. It made them feel awful. They were forced to resume work before dawn and had no chance to talk about it.

Takiji Kobayashi, The Crab Cannery Ship.

Par la fenêtre, le silence de l'atelier s'expose. L'artisan a délaissé ses tatamis pour la journée. Peut-être est-il avec les autres pour porter le « mikoshi » de son bloc. Ensemble. Dans le son tumultueux des tambours et du pipeau. Ensemble. Sous la chaleur et la poussière.

Mains sur une poutre du mikoshi Tsujido, Japon, 27 juillet 2014

September 22, 2014 01:11 PM

Matsuri de quartier

Groupes de personnes en face du temple Tsujido, Japon, 26 juillet 2014

Sitting cross-legged and placing plates of salted fish across their legs, they blew against the steam, filled their cheeks with hot bits of fish, and rolled them around inside their mouths. The food was the first hot object they had been near all day, and their noses kept running, threatening to drip into the dishes.

Takiji Kobayashi, The Crab Cannery Ship.

C'est le temps de la fête de quartier. Les vendeurs s'alignent dans la rue. Les gens boivent, discutent, échangent, rient et mangent. Les jeunes femmes ont mis leur plus beau yukata. Nous traversons une barquette de pommes de terre au beurre dans la main.

Groupes de personnes dans la rue Tsujido, Japon, 26 juillet 2014

September 22, 2014 12:57 PM

Éco, éco

Deux poissons sur du papier Tsujido, Japon, 24 juillet 2014

Everyone was silent. All the same, they felt relieved.

Takiji Kobayashi, The Crab Cannery Ship.

Je refuse le sac en plastique à la caisse. La femme avec un large sourire me répond : « éco ! éco ! » C'est la première fois que la compréhension de mon geste est verbalisé. Nous avons tous les deux le sourire. Elle à sa caisse, et moi déjà sur le chemin.

September 22, 2014 12:45 PM

September 19, 2014

Karl Dubost

Discussions ouvertes

personnages en tissu Tsurunoyu, Japon, 11 janvier 2008

It was highly convenient for the employers to assemble such a crew of unorganized migrant workers.

Takiji Kobayashi, The Crab Cannery Ship.

Dans un groupe social, si vous permettez une discussion sur un sujet conflictuel, vous devez être prêt à répondre à cette discussion de manière ouverte et franc-jeu. Si le but de la discussion est de donner l'illusion d'une concertation alors que la décision finale est déjà prise, vous non seulement manipulez cette communauté, mais vous la rendez aussi suspicieuse, divisée. Vous perdez la confiance et l'énergie du groupe à vouloir travailler ensemble. Ce n'est pas une bonne stratégie.

September 19, 2014 02:16 PM

Vie privée et intimité

stalagtites sur mur de bois Tsurunoyu, Japon, 11 janvier 2008

They could not go home again. To survive the winter in snowy Hokkaido where they had no relatives, they had to "sell" their bodies as cheaply as dirt. Though they had done it over and over, they would calmly (if such a word is appropriate) do the same again the following year.

Takiji Kobayashi, The Crab Cannery Ship.

privacy, intimacy sur Ngram donne un résultat différencié avec deux périodes. Je n'ai pas d'interprétation magique. Juste que le mot « privacy » semble émerger dans les années 1910 et intimacy reprend du poil de la bête dans les années 1960.

Qu'est-ce qui fait le succès d'un mot ?

graphe Ngram des mots privacy et intimacy en langue anglaise

September 19, 2014 11:59 AM

Regex 101

Tuyaux sur fond de mur en béton Atami, Japon, 12 juillet 2014

A woman took caramels out of a box and handed two each to the nearby children, saying, "You be good to my Kenkichi, and work together like friends." The woman's hair and clothes were covered with cement dust. Her hands were ungainly, large and rough like roots of a tree.

Takiji Kobayashi, The Crab Cannery Ship.

Un de mes outils favoris lorsque j'ai des expressions régulières complexes à explorer est Regex 101. Il permet non seulement de comprendre les choix réalisés au fur et à mesure en expliquant les commandes que l'on choisit dans la boîte en haut à droite. Mais il montre également les succès dans la boite à droite juste en dessous. Il y a de nombreuses petites subtilités et aides dans l'interface.

copie d'écran Une expression régulière sur une chaîne de caractères

Un atout supplémentaire et pratique, il possède un générateur automatique de code en JavaScript, PHP et Python.

copie d'écran Génération automatique de code

September 19, 2014 11:59 AM

September 16, 2014

Karl Dubost

Le voyage est un fantôme

Personnes en double dans une rue Shibuya, Japon, 19 juillet 2014

Two foreign sailors with pipes in mouth paced the deck back and forth like automatons.

Takiji Kobayashi, The Crab Cannery Ship.

De passage. Un immeuble proche de sa destruction devient le canevas pour l'expression. Une transition, un état éphémère, nous voyageons avec notre passé et notre futur à quelques pas de nous-même. Je passe par un café. Six ans que je ne suis pas venu. Et pourtant. « Oh ! Cela fait longtemps ! » m'accueille l'employé. Des capsules de notre existence, images fixes, dans un continuum. Je ferme les yeux. J'ouvre les yeux. Déjà une fraction d'années de lumière. L'esthétique de l'automate. Déjà une fraction d'années de lumière. Le voyage est un fantôme.

September 16, 2014 11:54 PM

September 15, 2014

Karl Dubost

L'information se cache pour mourir

Daruman sur étagères vides Atami, Japon, 12 juillet 2014

Blown by the wind, smoke drifted over waves wafting a stifling smell of coal. From time to time a harsh rattle of winches traveling along the waves reverberated against the flesh.

Takiji Kobayashi, The Crab Cannery Ship.

Un article totalement bénin dans la rubrique sport d'un journal en ligne. Et pourtant, l'article a disparu. La rouille aura fait son effet. Il y a cependant trois éléments originaux :

  • L'URL est toujours la même
  • Le contenu de l'article a été remplacé par la mention The requested article has expired, and is no longer available. Any related articles, and user comments are shown below.
  • Les commentaires sont toujours présents. Ils sont devenus en fait le commentaire principal. Un peu si comme une œuvre avait été détruite et que nous n'avions plus que les commentaires périphériques pour la reconstruire.

En fait tout comme un roman historique qui s'appuie sur l'information contextuelle et non directe, nous pourrions nous lancer dans le projet de réécrire ces articles disparus, expirés en utilisant uniquement comme source l'information des commentaires. Cela nous offrirait un champ du possible immensément riche et créatif.

Copie d'écran d'une page de journal JapanToday, 8 juin 2012

September 15, 2014 12:40 PM

Le premier pas dans la poussière

Maison abandonnée couverte de lierre Atami, Japon, 12 juillet 2014

Buddy, we're off to hell.

Takiji Kobayashi, The Crab Cannery Ship.

Les lieux abandonnés sont ces endroits qui offrent la possibilité du territoire vierge, le premier pas dans la poussière, la trace dans la neige. On imagine le craquement de la branche morte dans la forêt étouffée. Nous désirons l'ombre, le silence et la suspension du temps, l'océan infini, la tempête de sable, le blizzard.

September 15, 2014 12:25 PM

September 11, 2014

Karl Dubost

Le souvenir du cirque

Deux peluches d'ourson au bord d'une fenêtre Atami, Japon, 12 juillet 2014

Le coeur monte et s'ébat dans l'air mol et fleuri.
- Mon coeur, qu'attendez-vous de la chaude journée,
Est-ce le clair réveil de l'enfance étonnée
Qui regarde, s'élance, ouvre les mains et rit ?

Anna de Noailles, L'inquiet désir.

Je lui disais « raconte moi l'histoire du cirque Narcisse. » Inlassablement avant que les paupières lourdes n'emportent la fin du récit, ma mère me racontait l'histoire que son père lui racontait dans son enfance. C'est ainsi que la légende du cirque vibre au son de la grande parade. Les rêves d'enfance n'ont pas d'âge. Ils habitent nos corps un à un, génération après génération. Ils vivent sur nos mots et nous les transmettons à la suivante.

Alors ce soir encore, je rêve du cirque Narcisse.

September 11, 2014 12:25 PM

Amis

Deux personnes marchant sur le trottoir Atami, Japon, 12 juillet 2014

Une averse a lavé le ciel. Il se fait tard.
Le creux de la vallée est couvert de brouillard ;
Mais sur les coteaux clairs luit au loin la feuillée,
Et le firmament mêle à la forêt mouillée
Des palpitations de clarté pâle. Amis,
L'heure est propice : allons, par les bois endormis,
Dans les champs, au-dessus de la prairie humide,
Voir Vénus qui se lève à l'horizon limpide !

Émile Blémont, Vénus au ciel.

Les décisions que l'on prend par amitié, les chemins que l'on explore ensemble sans toujours se croiser si ce n'est qu'au long des années trop distantes.

September 11, 2014 12:13 PM

September 08, 2014

Karl Dubost

Twitter et l'empire des bots

Escalier sans destination Atami, Japon, 12 juillet 2014

On n'estime plus maintenant
Un homme, eût-il le sens d'Homère
S'il n'est riche et grands biens tenant
Quoi qu'il soit trompeur et faussaire.

Eustorg de Beaulieu, Ballade d'aucunes mauvaises coutumes qui règnent maintenant.

Dans nos espaces, nos mots, nos pensées, nous rencontrons des vestiges du sens. Ils ont eu, à un moment donné, toute l'ampleur du signifiant et du signifié. Et puis un jour, ils ont perdu leur raison d'être.

Quel est le sens de nos communications anonymes ? Hier et aujourd'hui, je voulais découvrir pour moi si les agents utilisateurs de l'application twitter et de Safari lui-même sur iOS étaient différents ou similaires. Je voulais comprendre comment le nom choix de son navigateur ou de sa bibliothèques de rendu Web gonflait les statistiques d'un navigateur plutôt qu'un autre.

J'ai donc posté un URL qui n'a pas de représentation sur twitter afin de tester et j'ai suivi le journal des connexions du serveur afin de définir quels étaient les différentes modalités.

http://www.la-grange.net/tmp/test

Un premier test avec mon navigateur, puis avec l'application twitter sur iOS et puis finalement avec Safari sur iOS.

Liste des accès pour un lien en fonction de la date
heurerefererUA
21:25:06Mozilla/5.0 (Macintosh; Intel Mac OS X 10.9; rv:32.0) Gecko/20100101 Firefox/32.0
21:30:00http://t.co/CpmEEUTIwnMozilla/5.0 (iPod; CPU iPhone OS 6_1_6 like Mac OS X) AppleWebKit/536.26 (KHTML, like Gecko) Mobile/10B500 Twitter for iPhone
21:31:06Mozilla/5.0 (iPod; CPU iPhone OS 6_1_6 like Mac OS X) AppleWebKit/536.26 (KHTML, like Gecko) Version/6.0 Mobile/10B500 Safari/8536.25

Comme prévu les deux clients diffèrent. Le début de la chaîne est la même et puis la fin devient :

            Mobile/10B500 Twitter for iPhone
Version/6.0 Mobile/10B500 Safari/8536.25

Dans les statistiques de trafic, on sépare rarement pour les appareils iOS ce qui vient du navigateur directement et ce qui vient de l'utilisation par l'application native des WebViews.

Les non conversations avec les robots

Mais ce qui m'a surpris n'est finalement pas ce que je voulais tester mais le résultat du trafic que j'ai pu observer suite à la publication du lien. Aussitôt le lien publié sur twitter, ce sont les bots qui ont avalé le trafic. Immédiatement, certains avec un HEAD pour tester la ressource, d'autres directement avec un GET. Autres constats de ce trafic organique sur 113 requêtes :

  • 35 Safari, 23 Firefox, 9 chrome, 4 IE
  • 47 Macintosh, 7 iPhone, 3 iPad, 2 iPod, 7 Android, 10 Windows, 2 Windows Phone, 3 Linux
Liste des accès pour un lien en fonction de la date
DateMéthodeAgent utilisateur
12T21:25:06GETMozilla/5.0 (Macintosh; Intel Mac OS X 10.9; rv:32.0) Gecko/20100101 Firefox/32.0
12T21:29:01HEADMetaURI API/2.0 +metauri.com
12T21:29:01HEADpython-requests/1.2.3 CPython/2.7.2+ Linux/3.0.0-16-virtual
12T21:29:01GETMozilla/5.0 ()
12T21:29:02GETLivelapbot/0.1
12T21:29:02GETMozilla/5.0 (compatible; TweetmemeBot/3.0; +http://tweetmeme.com/)
12T21:29:03HEADGoogle-HTTP-Java-Client/1.17.0-rc (gzip)
12T21:29:03HEADGoogle-HTTP-Java-Client/1.17.0-rc (gzip)
12T21:29:03GETMozilla/5.0 (Macintosh; Intel Mac OS X 10_7_3) AppleWebKit/534.55.3 (KHTML, like Gecko) Version/5.1.3 Safari/534.53.10
12T21:29:10GETMozilla/5.0 (compatible; MSIE 10.0; Windows NT 6.1; Trident/6.0)
12T21:29:10GETMozilla/5.0 (Windows NT 6.1; WOW64; rv:30.0) Gecko/20100101 Firefox/30.0
12T21:29:18GETJakarta Commons-HttpClient/3.1
12T21:29:45HEADJakarta Commons-HttpClient/3.0.1
12T21:29:56HEADMozilla/5.0 (Macintosh; Intel Mac OS X 10_9_3) AppleWebKit/537.36 (KHTML, like Gecko) Chrome/35.0.1916.153 Safari/537.36
12T21:30:00GETMozilla/5.0 (iPod; CPU iPhone OS 6_1_6 like Mac OS X) AppleWebKit/536.26 (KHTML, like Gecko) Mobile/10B500 Twitter for iPhone
12T21:30:14GETMozilla/5.0 (compatible; PaperLiBot/2.1; http://support.paper.li/entries/20023257-what-is-paper-li)
12T21:30:22GETMozilla/5.0 (compatible; PaperLiBot/2.1; http://support.paper.li/entries/20023257-what-is-paper-li)
12T21:31:06GETMozilla/5.0 (iPod; CPU iPhone OS 6_1_6 like Mac OS X) AppleWebKit/536.26 (KHTML, like Gecko) Version/6.0 Mobile/10B500 Safari/8536.25
12T21:35:05GETMozilla/5.0 (Macintosh; Intel Mac OS X 10.9; rv:32.0) Gecko/20100101 Firefox/32.0
12T21:35:29GETMozilla/5.0 (Macintosh; Intel Mac OS X 10_7_3) AppleWebKit/534.55.3 (KHTML, like Gecko) Version/5.1.3 Safari/534.53.10
12T21:35:58GET-
12T21:36:30GETMozilla/5.0 (Macintosh; Intel Mac OS X 10_9_2) AppleWebKit/537.36 (KHTML, like Gecko) Chrome/35.0.1916.153 Safari/537.36
12T21:37:14GETMozilla/5.0 (Linux; Android 4.4.4; Nexus 5 Build/KTU84P) AppleWebKit/537.36 (KHTML, like Gecko) Chrome/35.0.1916.141 Mobile Safari/537.36
12T21:39:45GETMozilla/5.0 (Macintosh; U; Intel Mac OS X 10.4; en-US; rv:1.9.2.2) Gecko/20100316 Firefox/3.6.2
12T21:42:14GETMozilla/5.0 (Windows; U; Windows NT 6.1; en-US; rv:1.9.1.3) Gecko/20090824 Firefox/3.5.3 (.NET CLR 4.0.20506)
12T21:43:01GETMozilla/5.0 (compatible; EveryoneSocialBot/1.0; support@everyonesocial.com http://everyonesocial.com/)
12T21:43:20GETMozilla/5.0 (Windows NT 6.3; WOW64; rv:32.0) Gecko/20100101 Firefox/32.0
12T21:43:27GETMozilla/5.0 (Macintosh; Intel Mac OS X 10_7_3) AppleWebKit/534.55.3 (KHTML, like Gecko) Version/5.1.3 Safari/534.53.10
12T21:43:55HEADMozilla/5.0 (compatible; Jetslide; +http://jetsli.de/crawler)
12T21:44:23GETMozilla/5.0 (Macintosh; Intel Mac OS X 10_7_3) AppleWebKit/534.55.3 (KHTML, like Gecko) Version/5.1.3 Safari/534.53.10
12T21:46:39GETMozilla/5.0 (Macintosh; Intel Mac OS X 10_9_4) AppleWebKit/537.77.4 (KHTML, like Gecko) Version/7.0.5 Safari/537.77.4
12T21:46:49GETMozilla/5.0 (Windows NT 6.3; WOW64) AppleWebKit/537.36 (KHTML, like Gecko) Chrome/35.0.1916.153 Safari/537.36
12T21:51:06GETPython-urllib/2.7
12T21:51:58GETMozilla/5.0 (Macintosh; Intel Mac OS X 10_7_3) AppleWebKit/534.55.3 (KHTML, like Gecko) Version/5.1.3 Safari/534.53.10
12T21:56:06GETMozilla/5.0 (Macintosh; Intel Mac OS X 10_5_8) AppleWebKit/537.1 (KHTML, like Gecko) Chrome/21.0.1180.90 Safari/537.1
12T21:59:04GETMozilla/5.0 (Macintosh; Intel Mac OS X 10_7_3) AppleWebKit/534.55.3 (KHTML, like Gecko) Version/5.1.3 Safari/534.53.10
12T22:00:35GETTwurly v1.0 (http://twurly.org)
12T22:03:56GETMozilla/5.0 (Linux; Android 4.4.4; Nexus 5 Build/KTU84P) AppleWebKit/537.36 (KHTML, like Gecko) Chrome/35.0.1916.141 Mobile Safari/537.36
12T22:12:56GETMozilla/5.0 (iPad; CPU OS 7_1_2 like Mac OS X) AppleWebKit/537.51.2 (KHTML, like Gecko) Mobile/11D257 Twitter for iPhone
12T22:13:51GETMozilla/5.0 (Linux; Android 4.0.3; GT-P5110 Build/IML74K) AppleWebKit/537.36 (KHTML, like Gecko) Chrome/35.0.1916.141 Safari/537.36
12T22:13:58GETMozilla/5.0 (iPhone; CPU iPhone OS 7_1_2 like Mac OS X) AppleWebKit/537.51.2 (KHTML, like Gecko) Mobile/11D257 Twitter for iPhone
12T22:16:54GETjack
12T22:26:18GETMozilla/5.0 (Windows; U; Windows NT 5.1; en-US; rv:1.8.1.1) Gecko/20061204firefox/2.0.0.1
12T22:36:47GETMozilla/5.0 (compatible; TweetedTimes Bot/1.0; +http://tweetedtimes.com)
12T22:42:44GETMozilla/5.0 (Windows Phone 8.1; ARM; Trident/7.0; Touch; rv:11.0; IEMobile/11.0; NOKIA; Lumia 920) like Gecko
12T22:52:33GETnewsme/1.0; feedback@news.me
12T23:16:11GETMozilla/5.0 (compatible; MSIE 9.0; Windows NT 6.1; Trident/5.0)
12T23:24:22GETMozilla/5.0 (compatible; TweetedTimes Bot/1.0; +http://tweetedtimes.com)
12T23:24:54GETGooglebot/2.1 (+http://www.google.com/bot.html)
12T23:28:29GETMozilla/5.0 (Macintosh; Intel Mac OS X 10_7_3) AppleWebKit/534.55.3 (KHTML, like Gecko) Version/5.1.3 Safari/534.53.10
13T00:01:06GETMozilla/5.0 (compatible; TweetedTimes Bot/1.0; +http://tweetedtimes.com)
13T00:14:51GETMozilla/5.0 (compatible; TweetedTimes Bot/1.0; +http://tweetedtimes.com)
13T00:23:36GETMozilla/5.0 (Macintosh; Intel Mac OS X 10_7_3) AppleWebKit/534.55.3 (KHTML, like Gecko) Version/5.1.3 Safari/534.53.10
13T00:59:08GETMozilla/5.0 (iPhone; CPU iPhone OS 7_1 like Mac OS X) AppleWebKit/537.51.2 (KHTML, like Gecko) Mobile/11D167 Twitter for iPhone
13T01:05:20GETMozilla/5.0 (iPhone; CPU iPhone OS 7_1_1 like Mac OS X) AppleWebKit/537.51.2 (KHTML, like Gecko) Mobile/11D201 Twitter for iPhone
13T01:12:28GETMozilla/5.0 (iPhone; CPU iPhone OS 7_1_2 like Mac OS X) AppleWebKit/537.51.2 (KHTML, like Gecko) Mobile/11D257 Twitter for iPhone
13T01:22:25HEADJava/1.7.0_51
13T01:36:20GETMozilla/5.0 (Windows Phone 8.1; ARM; Trident/7.0; Touch; rv:11.0; IEMobile/11.0; NOKIA; Lumia 920) like Gecko
13T01:37:17GETMozilla/5.0 (Android; Mobile; rv:30.0) Gecko/30.0 Firefox/30.0
13T01:47:20GETMozilla/5.0 (iPhone; CPU iPhone OS 7_1_2 like Mac OS X) AppleWebKit/537.51.2 (KHTML, like Gecko) Mobile/11D257
13T01:53:46HEAD-
13T02:26:16GETMozilla/5.0 (Windows NT 6.1; Win64; x64; rv:30.0) Gecko/20100101 Firefox/30.0 Cyberfox/30.0
13T02:33:35GETMozilla/5.0 (Macintosh; Intel Mac OS X 10_7_3) AppleWebKit/534.55.3 (KHTML, like Gecko) Version/5.1.3 Safari/534.53.10
13T03:02:33GETMozilla/5.0 (X11; Linux i686; rv:33.0) Gecko/20100101 Firefox/33.0
13T03:04:06GETMozilla/5.0 (Macintosh; Intel Mac OS X 10.8; rv:30.0) Gecko/20100101 Firefox/30.0
13T03:04:40HEAD-
13T03:16:00GETMozilla/5.0 (iPhone; CPU iPhone OS 7_1_2 like Mac OS X) AppleWebKit/537.51.2 (KHTML, like Gecko) Mobile/11D257 Twitter for iPhone
13T03:21:56GETMozilla/5.0 (Macintosh; Intel Mac OS X 10.9; rv:30.0) Gecko/20100101 Firefox/30.0
13T03:39:51GETMozilla/5.0 (Windows NT 6.3; WOW64; rv:30.0) Gecko/20100101 Firefox/30.0
13T03:49:57GETMozilla/5.0 (Mobile; rv:33.0) Gecko/33.0 Firefox/33.0
13T03:54:46GETMozilla/5.0 (Macintosh; Intel Mac OS X 10_7_3) AppleWebKit/534.55.3 (KHTML, like Gecko) Version/5.1.3 Safari/534.53.10
13T04:00:27GETMozilla/5.0 (X11; Ubuntu; Linux x86_64; rv:30.0) Gecko/20100101 Firefox/30.0
13T04:03:55GETMozilla/5.0 (iPhone; CPU iPhone OS 7_1_2 like Mac OS X) AppleWebKit/537.51.2 (KHTML, like Gecko) Mobile/11D257 Twitter for iPhone
13T04:08:50GETMozilla/5.0 (compatible; TweetedTimes Bot/1.0; +http://tweetedtimes.com)
13T04:10:56GETMozilla/5.0 (Macintosh; Intel Mac OS X 10_7_3) AppleWebKit/534.55.3 (KHTML, like Gecko) Version/5.1.3 Safari/534.53.10
13T04:33:55GETMozilla/5.0 (Macintosh; Intel Mac OS X 10_7_3) AppleWebKit/534.55.3 (KHTML, like Gecko) Version/5.1.3 Safari/534.53.10
13T04:43:24GETMozilla/5.0 (Android; Mobile; rv:30.0) Gecko/30.0 Firefox/30.0
13T04:46:20GETMozilla/5.0 (Macintosh; Intel Mac OS X 10_7_3) AppleWebKit/534.55.3 (KHTML, like Gecko) Version/5.1.3 Safari/534.53.10
13T04:46:39GETMozilla/5.0 (iPad; CPU OS 7_1_2 like Mac OS X) AppleWebKit/537.51.2 (KHTML, like Gecko) Mobile/11D257
13T04:56:10GETMozilla/5.0 (Macintosh; Intel Mac OS X 10_9_3) AppleWebKit/537.36 (KHTML, like Gecko) Chrome/35.0.1916.153 Safari/537.36
13T05:21:18GETMozilla/5.0 (Macintosh; Intel Mac OS X 10_7_3) AppleWebKit/534.55.3 (KHTML, like Gecko) Version/5.1.3 Safari/534.53.10
13T05:33:03GETMozilla/5.0 (Macintosh; Intel Mac OS X 10_7_3) AppleWebKit/534.55.3 (KHTML, like Gecko) Version/5.1.3 Safari/534.53.10
13T05:34:47GETMozilla/5.0 (Macintosh; Intel Mac OS X 10_7_3) AppleWebKit/534.55.3 (KHTML, like Gecko) Version/5.1.3 Safari/534.53.10
13T05:41:46GETMozilla/5.0 (Macintosh; Intel Mac OS X 10_7_3) AppleWebKit/534.55.3 (KHTML, like Gecko) Version/5.1.3 Safari/534.53.10
13T05:51:22GETMozilla/5.0 (Macintosh; Intel Mac OS X 10_7_3) AppleWebKit/534.55.3 (KHTML, like Gecko) Version/5.1.3 Safari/534.53.10
13T05:59:15GETMozilla/5.0 (Macintosh; Intel Mac OS X 10_7_3) AppleWebKit/534.55.3 (KHTML, like Gecko) Version/5.1.3 Safari/534.53.10
13T06:03:10GETMozilla/5.0 (Macintosh; Intel Mac OS X 10_7_3) AppleWebKit/534.55.3 (KHTML, like Gecko) Version/5.1.3 Safari/534.53.10
13T06:11:47GETMozilla/5.0 (Macintosh; Intel Mac OS X 10_7_3) AppleWebKit/534.55.3 (KHTML, like Gecko) Version/5.1.3 Safari/534.53.10
13T06:21:14GETMozilla/5.0 (Macintosh; Intel Mac OS X 10_7_3) AppleWebKit/534.55.3 (KHTML, like Gecko) Version/5.1.3 Safari/534.53.10
13T06:33:04GETMozilla/5.0 (Macintosh; Intel Mac OS X 10_7_3) AppleWebKit/534.55.3 (KHTML, like Gecko) Version/5.1.3 Safari/534.53.10
13T06:40:53GETMozilla/5.0 (iPad; CPU OS 7_1_2 like Mac OS X) AppleWebKit/537.51.2 (KHTML, like Gecko) Mobile/11D257 Twitter for iPhone
13T06:41:42GETMozilla/5.0 (Macintosh; Intel Mac OS X 10_7_3) AppleWebKit/534.55.3 (KHTML, like Gecko) Version/5.1.3 Safari/534.53.10
13T06:51:18GETMozilla/5.0 (Macintosh; Intel Mac OS X 10_7_3) AppleWebKit/534.55.3 (KHTML, like Gecko) Version/5.1.3 Safari/534.53.10
13T07:02:51GETMozilla/5.0 (Macintosh; Intel Mac OS X 10_7_3) AppleWebKit/534.55.3 (KHTML, like Gecko) Version/5.1.3 Safari/534.53.10
13T07:08:46GETMozilla/5.0 (Macintosh; Intel Mac OS X 10.9; rv:33.0) Gecko/20100101 Firefox/33.0
13T07:11:49GETMozilla/5.0 (Macintosh; Intel Mac OS X 10_7_3) AppleWebKit/534.55.3 (KHTML, like Gecko) Version/5.1.3 Safari/534.53.10
13T07:21:21GETMozilla/5.0 (Macintosh; Intel Mac OS X 10_7_3) AppleWebKit/534.55.3 (KHTML, like Gecko) Version/5.1.3 Safari/534.53.10
13T07:31:49GETMozilla/5.0 (Macintosh; Intel Mac OS X 10_7_3) AppleWebKit/534.55.3 (KHTML, like Gecko) Version/5.1.3 Safari/534.53.10
13T07:41:28GETMozilla/5.0 (Macintosh; Intel Mac OS X 10_7_3) AppleWebKit/534.55.3 (KHTML, like Gecko) Version/5.1.3 Safari/534.53.10
13T07:50:22GETMozilla/5.0 (Macintosh; Intel Mac OS X 10_7_3) AppleWebKit/534.55.3 (KHTML, like Gecko) Version/5.1.3 Safari/534.53.10
13T08:02:41GETMozilla/5.0 (Macintosh; Intel Mac OS X 10_7_3) AppleWebKit/534.55.3 (KHTML, like Gecko) Version/5.1.3 Safari/534.53.10
13T08:15:09HEADlibwww-perl/6.05
13T08:19:42GETMozilla/5.0 (Macintosh; Intel Mac OS X 10_7_3) AppleWebKit/534.55.3 (KHTML, like Gecko) Version/5.1.3 Safari/534.53.10
13T08:44:23GETpython-requests/2.1.0 CPython/2.7.6 Linux/3.13.0-24-generic
13T08:55:11GETMozilla/5.0 (Macintosh; Intel Mac OS X 10.9; rv:30.0) Gecko/20100101 Firefox/30.0
13T09:07:27GETMozilla/5.0 (Linux; Android 4.4.4; Nexus 5 Build/KTU84P) AppleWebKit/537.36 (KHTML, like Gecko) Chrome/35.0.1916.141 Mobile Safari/537.36
13T09:27:30GETMozilla/5.0 (Macintosh; Intel Mac OS X 10.9; rv:32.0) Gecko/20100101 Firefox/32.0
13T12:24:58GETMozilla/5.0 (Windows NT 6.1; WOW64; rv:30.0) Gecko/20100101 Firefox/30.0
13T12:45:43GETMozilla/5.0 (Android; Mobile; rv:30.0) Gecko/30.0 Firefox/30.0
13T13:10:12HEAD-
13T15:40:55GETMozilla/5.0 (Macintosh; Intel Mac OS X 10.7; rv:30.0) Gecko/20100101 Firefox/30.0

September 08, 2014 10:05 AM

Ce que l'on y cherche

Boutiques dans les rues Atami, Japon, 12 juillet 2014

Déjà la nuit s'avance, et, du sombre orient,
Ses voiles par degrés dans les airs se déploient.
Sommeil, doux abandon, image du néant,
Des maux de l'existence heureux délassement,
Tranquille oubli des soins où les hommes se noient ;
Et vous, qui nous rendez à nos plaisirs passés,
Touchante Illusion, déesse des mensonges,
Venez dans mon asile, et sur mes yeux lassés
Secouez les pavots et les aimables songes.

Évariste de Parny, Souvenir.

Je ne sais pas très bien. Est-ce le fantôme de Atami qui me séduit ? Ou bien est-ce moi qui crée le fantôme dans Atami. Ce matin, je ne savais pas trop quelle direction prendre sur le quai de Tsujido. J'ai finalement le premier train qui venait. Il allait vers Atami et non vers Tokyo.

Chouette sur une chaise Atami, Japon, 12 juillet 2014

Le soleil me pousse les épaules dans les rues étroites. La rue étroite me prend la main vers les lieux abandonnés. Une femme prend un verre dans un bar sombre. Sa chouette vivante sur la chaise attends patiemment le fond du verre. Un magasin de céramiques qui ne vend plus rien, juste de la poussière et des images.

Un pot en céramique sur une étagère Atami, Japon, 12 juillet 2014

Et une surprise, presque inattendue, se présente. Il aura fallu le coin d'une rue, un premier rideau et puis une porte. Un restaurant de poisson sans fenêtres, une pièce sombre et des notes de jazz, je m'assoie. Je commande un salmon-ikura-don.

Plateau de repas Atami, Japon, 12 juillet 2014

Après le repas je reprendrais ma dérive dans la ville fantôme. J'y recherche peut-être le sentiment d'abandon.

Façade d'immeuble Atami, Japon, 12 juillet 2014

September 08, 2014 10:05 AM

La mémoire du goût

Café en cours d'infusion Tsujido, Japon, 5 juillet 2014

Enfin, de ta liqueur lentement reposée,
Dans le vase fumant la lie est déposée ;
Ma coupe, ton nectar, le miel américain,
Que du suc des roseaux exprima l'Africain,
Tout est prêt : du Japon l'émail reçoit tes ondes,
Et seul tu réunis les tributs des deux mondes.

Jacques Delille, Le café.

Parfois nous avons juste besoin de prolonger le souvenir du voyage.

Café infusé au dessus de lait concentré Tsujido, Japon, 5 juillet 2014

September 08, 2014 09:21 AM

September 07, 2014

Karl Dubost

Typhon discret

Lampions au dessus de la rue Hiratsuka, Japon, 4 juillet 2014

Je ne laisserai pas de Mémoires.
La poésie n'est pas la tempête, pas plus que le cyclone. C'est un fleuve majestueux et fertile.

Lautréamont, Poésies I.

Un Typhon, phon, phon,
Les magnifiques girouettes,
Un Typhon, phon, phon,
Trois p'tits tours et puis s'en vont.

Nous avions fermé tous les volets métalliques de la maison. Okinawa avait subit de plein fouet le souffle du sud. Neoguri devait nous assommer de son marteau. Et puis… et puis… et puis… rien.

September 07, 2014 01:21 PM

Frustration

bâtiments vus à travers un feuillage Omori, Japon, 6 juillet 2014

Chante donc ta douleur profonde,
Ton désert au milieu du monde,
Ton veuvage, ton abandon ;
Dis, dis quelle amertume affreuse
Rend la liberté douloureuse
Pour qui n'en sait plus que le nom !

Marceline Desbordes-Valmore, Le rossignol aveugle.

Il est parfois difficile de trouver le bon équilibre entre le plaisir quotidien que l'on a dans notre travail avec la politique générale de l'organisation qui nous fournit ce travail. Gérer la frustration, prendre du recul et se concentrer sur ce qui nous semble être plus important.

Heureusement ce matin, il y a la bruine fine. Les épines de pin brillent des gouttes d'eau. Heureusement, il y a le souvenir de l'intime feuillage et de l'architecture.

September 07, 2014 09:18 AM

Échelle, capacité et opacité

Dessert en forme de poisson Togoshi-Ginza Shinagawa, Japon, 6 juillet 2014

Le mot local, très clair, s'entend ;
Du puriste il choque l'oreille ;
Malgré tout, comme il s'appareille,
Et comme il s'accorde pourtant
Avec la parlure d'antan.

Nérée Beauchemin, Le vieux parler.

En me promenant le week-end dernier dans cette rue commerciale, je remarque de nombreuses boutiques, qui ne font pas partie d'une franchise. Elles sont là pour répondre à un besoin qui est local. Elles dépendent des personnes qui les font vivre et non d'une structure multinationale avec ses logiques de marché complètement différente. La question de la marque est une question d'identité personnelle avec son environnement proche et non celle de séduire des milliers de personnes.

Sur le Web, nous tentons souvent de résoudre des problèmes que nous n'avons pas vraiment. La politique économique des infrastructures technologiques nous poussent à certains choix qui finalement sont idiots et en contrepartie créés de nombreux problèmes. Dans les zones urbaines, nous avons accès à des communications cablées ou ADSL de bonne qualité. Très souvent, ces connexions sont permanentes. Nous utilisons des logiciels clients qui sont finalement assez complexes et qui prennent en charge la communication à travers le réseau HTTP.

Et pourtant dès qu'il s'agit d'héberger un service Web, email, etc. Tout devient beaucoup plus compliqué. Il faut louer un espace sur le Web, que ce soit machine unique ou tant de CPUs chez un hébergeur. Ou il est possible pour une personne d'utiliser un des services en ligne offert par l'une des grandes compagnies. Comme toutes ces structures veulent réaliser des bénéfices, leur stratégie est créer des infrastructures qui permettent de gérer un grand nombre. En réalisant ces ensembles, nous permettons une hypercentralisation des services. Les services de courrier, de listes, d'hébergement, de messagerie, de réseau sont alors définies par une poignée de grandes multinationales. Les protocoles sont ajustés afin de permettre à ces services hypercentralisés à haut trafic d'être efficaces.

L'hypercentralisation favorise en retour la surveillance. Elle rend sa pratique efficace et moins coûteuse. Elle devient si accessible qu'il devient tentant d'abandonner un peu de son éthique pour tenter l'expérience et finalement enclencher un processus irréversible. Alors pour répondre à la menace d'une surveillance accrue, nous renforçons la sécurité. Nous rendons nos protocoles plus opaques. Nous créons des murs plus épais, plus hauts. Nous renforçons la résistance. Mais nous n'avons pas réglé le problème initial. Nous avons juste créé les circonstances pour une catastrophe globale plus importante. De la même manière que la course sécuritaire et aux armements ne rend pas le monde plus libre et plus anodin, mais au contraire beaucoup plus sous tension. L'équilibre de la riposte nucléaire tient dans la peur que les gens ne l'utiliseront pas. Elle ne répond pas le monde moins dangereux, bien au contraire.

Alors que faire ?

Pour retourner un réseau Web plus opaque, plus humain et moins victime de la surveillance massive. Il faut favoriser la décentralisation. La décentralisation commence par la réciprocité de la capacité à publier de chez soi, de pouvoir facilement démarrer un serveur Web, d'héberger son propre nom de domaine, sa prope liste de discussions. Nous n'avons pour la plupart aucun besoin des performances ultimes des serveurs Web des grands groupes de presse, des grandes sociétés. Le trafic généré sur nos sites pourrait être parfaitement absorbé par une machine locale. Les logiciels d'administration pourraient être très simplifiés. On ne réglera pas tous les problèmes. On ne garantira pas une sécurité ultime, mais on réduira nettement l'ampleur et l'intérêt des attaques.

Dessert avec pâte de haricot Togoshi-Ginza Shinagawa, Japon, 6 juillet 2014

Dans cette rue, j'ai mangé un produit qui a été fait localement, qui n'avait pas de marque sur le paquet en papier, qui n'avait que son goût, qui m'offrait du plaisir et répondait à mon besoin de faim. Non seulement, ce produit peut exister ailleurs fait par une autre boutique, mais celui-ci est l'opportunité de la nostalgie, d'une ancre pour la mémoire, la possibilité d'un manque. Il en est de même de nos services Web, nous n'avons pas besoin d'être résistant à un trafic de millions de personnes lorsqu'uniquement quelques dizaines de personnes nous liront.

September 07, 2014 08:34 AM

September 06, 2014

Karl Dubost

Depuis la rue

cuisinier dans son magasin de ramens Togoshi-Ginza Shinagawa, Japon, 6 juillet 2014

Un coeur tendre, qui hait le néant vaste et noir,
Du passé lumineux recueille tout vestige !
Le soleil s'est noyé dans son sang qui se fige…
Ton souvenir en moi luit comme un ostensoir !

Charles Baudelaire, Harmonie du soir.

Lorsque l'on parcourt la rue commerçante de Toshigi-Ginza, on découvre des vestiges, des pages déchirées, des photos jaunies, des vies rouillées.

entrée d'un sento Togoshi-Ginza Shinagawa, Japon, 6 juillet 2014

Une boutique de ramens, le cuistot attend son prochain client de l'autre côté du comptoir tout en lisant. Une entrée de sento presque invisible est coincée entre deux boutiques. Il aura fallu faire marche arrière pour réaliser qu'elle était bien là. Une trace, une ombre. Une poissonnière regarde le bar pas très loin où un groupe de musique joue un vieux rock. Il lui reste encore quelques poissons fumés à vendre pour cette journée.

La pluie appelle la vibration du sel. L'humanité se décline dans le salpêtre de la ville.

Poissonnerie Togoshi-Ginza Shinagawa, Japon, 6 juillet 2014

September 06, 2014 03:26 AM

September 04, 2014

Karl Dubost

Carnet de bars

livre de collage sur un tatami Tsujido, Japon, 6 juillet 2014

Lorsqu'un vaisseau vaincu dérive en pleine mer ;
Que ses voiles carrées
Pendent le long des mâts, par les boulets de fer
Largement déchirées ;

Victor Hugo, Canaris.

Nos dérives sont nombreuses. Elles prennent des chemins poétiques, mélancoliques, étranges mais toujours intimement personnelles. Hier, dans une brocante, la tranche d'un livre un peu jaunie attire mon œil. Il y est marqué « SCRAP BOOK » et puis une fois extrait de l'étagère, les mots sont répétés sur la couverture. Et puis dans la boutique, j'ai ouvert la première page.

papiers collés dans un carnet et écriture Tsujido, Japon, 6 juillet 2014

De la curiosité, je suis passé à l'émotion intense d'avoir découvert un trésor, un objet comme on les rencontre peu. Sur la première page, une forme de lettre, un plan, et puis finalement des papiers collés indentifiants des bars. Je continue alors mon exploration.

papiers collés dans un carnet et écriture Tsujido, Japon, 6 juillet 2014

Les pages une à une se dévoilent toutes aussi magiques que les précédentes. Les papiers se succèdent presque tous au même format, presque toujours des noms de bar, parfois de restaurant. La conception graphique semble empruntée à une autre époque. Mais quand ? Je remarque que chaque papier n'est collé que partiellement. Étrange. Je soulève délicatement.

papiers collés dans un carnet et écriture Tsujido, Japon, 6 juillet 2014

Une respiration presque interrompue, un code derrière chaque papier. Une date ! Des dates, derrière chaque étiquette collée, parfois en liste. Le mystère grandit avec l'excitation tout en dévoilant de plus en plus de clés. Mais quand ?

31•7•6, 31•7•8, 31•7•9, … 6 juillet 1931 ? Non trop ancien, cela ne correspond aux composantes graphiques de certaines étiquettes. Mais alors ? Ah ! Japon. La date au format de l'ère Shōwa. Je suis né le 16 mars 44 de l'ère Shōwa, soit 1969. Donc 1969-13 = 1956 ! Voilà. Ceci semble soudainement bien plus probable. Le 6 juillet 1956, soit il y a 58 ans.

C'est alors que j'ai commencé à parcourir l'ensemble des pages pour identifier s'il existait des coïncidences. Et je découvre que de nombreux bars sont situés à 大森 (omori). Je cherche sur une carte et je trouve la station. Je vérifie en ligne et je trouve un candidat potentiel, toujours existant.

Photo de rues Google StreetView

Nous décidons donc d'explorer cette aire et nous découvrons la station de Omori et ses alentours. À la sortie nord de la station, une enfilade de bars dans une rue piétonne semble déjà correspondre au portrait du carnet. Cet homme a peut-être titubé là il y a 60 ans.

Bars dans une rue Omori, Japon, 6 juillet 2014

À l'image de son carnet de collages, les bars s'enfilent en carré. Je regrette presque d'être venu de jour. Il me faudra revenir un soir où les employés à la sortie de leur journée de travail hantent les différents bars.

Enseignes de bars Omori, Japon, 6 juillet 2014

Finalement dans une rue un peu plus éloignée, nous retrouvons un lieu qui possède le même nom que celui d'un des bars de son carnet : « Lucky 7 » Et si c'était le même lieu. Il ne devrait plus survivre très longtemps. Il est à vendre et il y a une forte probabilité que le vieux bâtiment soit détruit prochainement.

Deux commerces côte à côte Omori, Japon, 6 juillet 2014

Bien sûr tout reste à découvrir de ce carnet. Qui était cet homme ? Quelles sont les histoires de tous ces bars ? Peut-on les retrouver dans les archives municipales ? Il serait aussi intéressant de retracer tous ses déplacements chaque jour, une fois que tous les bars ont été identifiés. Tant de choses, un projet fou en soi.

Dans une note de son carnet il indique finalement le 27 juin 56 (1956 ou Shōwa 56 [1981], une autre énigme) le soir écrit en caractères japonais : « À partir de cette date, je décide d'arrêter de boire complètement. »

September 04, 2014 11:54 PM

September 02, 2014

Karl Dubost

Mozilla, 1 an. Déjà

Statue de tigre ou lion Hué, Vietnam, 10 juin 2014

Tu sçais que tous les jours un labeur poetique
Apporte à son autheur ces beaux noms seulement
De farceur, de rimeur, de fol, de fantastique.

Étienne Jodelle, À sa muse.

Il y a un an, je débutais une nouvelle partie de mon chemin professionnel à Mozilla. J'ai commencé par un contrat de 6 mois depuis le Canada qui s'est finalement mué en contrat permanent depuis le Japon. Je suis heureux d'avoir pu continuer après les 6 mois et je dois tout cela au talent de négociations de Laurence Mandel, mon boss. Nous avons appris à nous connaître tout au long de cette année et avons établi une relation de travail que j'apprécie énormément.

Du côté du travail proprement dit, la Compatibilité Web, je peux continuer le travail que nous faisions avec Opera avant le gachis. Notre équipe chez Mozilla avec Hallvord Steen (ex-Opera), Mike Taylor (ex-Opera) ainsi que Adam Stevenson qui a été embauché pendant 6 mois. Et bien sûr l'ensemble de la communauté qui nous aide sur les projets. C'est là une grande différence avec Opera, nous pouvons travailler en public pour la plupart des bugs. Nous pouvons partager avec d'autres nos soucis. Nous pouvons apprendre de la communauté avec une réciprocité d'échanges. C'est un privilège que je n'ai eu que deux fois dans ma carrière : au W3C et maintenant à Mozilla. Nous avons ouvert 496 bugs et nous en avons clos 770 en un an.

Nous avons établi une relation priviligié avec Microsoft, Google et Yahoo! afin de régler les problèmes que leurs services peuvent présenter de temps en temps. Et surtout, nous avons démarré le projet Webcompat.com. C'est un site pour permettre aux personnes de déclarer les bugs de compatibilité Web que les sites Web présentent quelque soit le navigateur. Le principal développeur est Mike Taylor (Mozilla). L'expérience utilisateur est réalisée par Alexa Roman (volontaire, Carbon Five). Guillaume Demesy (volontaire, Splitfire) a beaucoup contribué au Front End. Daniel Davis (volontaire, W3C, ex-Opera) nous aide aussi à corriger des bugs, ainsi que quelques autres. Votre participation est d'ailleurs la bienvenue ; ce ne sont pas les tickets qui manquent. Le projet est en Flask (python) avec une surcouche de JavaScript, dont nous nous débarasserons plus ou moins un jour je pense. Cela fait partie des discussions en cours.

Ce projet me tient beaucoup à cœur car l'idée a en partie émergé suite à un atelier Paris Web 2012 que nous avions réalisé avec Anthony Ricaud (Mozilla), Jérémie Patonnier (Clever Age), David Rousset (Microsoft) et moi lorsque j'étais encore à Opera, en octobre 2012. Un des participants nous avait fait part de son découragement à remplir des bugs relatifs au Web car chaque navigateur avait son propre système de rapport de bugs. WebCompat vient répondre à cela pour la partie Compatibilité Web. C'est loin d'être fini mais cela avance.

Beaucoup de choses pour dire que j'aime mon travail à Mozilla. Pour la partie Mozilla en tant qu'organisation, il me faudra écrire un autre billet. Un jour, peut-être.

September 02, 2014 12:42 PM

September 01, 2014

Karl Dubost

Pas un bon climat

Plante derrière une vitre, mur rouge et gyrophare Tokyo, Japon, 26 juin 2014

Mon cœur saignait à la vue de ces forêts ébréchées et de ce monastère déshabité.

François-René de Chateaubriand, Mémoires d'Outre-Tombe.

Ne pas vouloir le réchauffement climatique, c'est vouloir le renversement du contrôle. De nous remettre au coeur de l'écosystème et non sur la périphérie. Nous avons capturé le feu et la technologie pour nous défendre contre la nature. Nous tentons d'utiliser la technologie pour mécaniser la biologie. Nous n'acceptons plus depuis trop longtemps d'être la proie. Et pourtant en vivant trop sur l'exosphère, nous nous sacrifierons.

September 01, 2014 12:45 PM

Visualisation de données et comportement

Déchets accumulés dans la rue Tsujido, Japon, 26 juin 2014

J'ay voulu pratiquer la science et les ars,
En fin je n'ay rien sceu ; j'ay couru le hasars
Des combas carnaciers, la guerre ore m'offence :

Jean-Baptiste Chassignet, J'ay voulu voyager, à la fin le voyage .

Toutes les deux semaines, la récupération des déchets constitués de journeaux, boites cartonnées, et vêtements. Chacun a découpé et ficelé les grands morceaux. Chacun a emballé avec précaution. Dans la rue chaque tas est organisé spontanément en fonction de la catégorie à laquelle il appartient. Le premier poseur aura défini dans quel espace chaque catégorie se définit. Il nous est souvent dit que la visualisation des données nous permet de mieux comprendre le monde. Je pense plutôt que cela ne renforce qu'une opinion déjà formée et sensible à un sujet donné. Le motif évident viendra alors alimenter la conviction existante. Certains verront dans ces tas, l'absurdité de notre société de consommation, d'autres apprécieront l'organisation collective du groupe de maisons, d'autres encore y verront la satisfaction d'avoir efficacement travaillé, mais cela changera-t-il nos comportements pour autant. Ou peut-être certains seront plus enclins à accentuer la consommation puisque le retraitement est bien organisé et débarassé de la gestion personnelle.

Visualiser n'est pas comprendre. Visualiser n'est pas changer.

September 01, 2014 12:26 PM

Architecture du corps

Homme accroupi dans la rue Tokyo, Japon, 26 juin 2014

Ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent ; ce sont
Ceux dont un dessein ferme emplit l'âme et le front.
Ceux qui d'un haut destin gravissent l'âpre cime.
Ceux qui marchent pensifs, épris d'un but sublime.
Ayant devant les yeux sans cesse, nuit et jour,
Ou quelque saint labeur ou quelque grand amour.
C'est le prophète saint prosterné devant l'arche,
C'est le travailleur, pâtre, ouvrier, patriarche.

Victor Hugo, Ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent.

Nous habitons tous la ville des positions de notre corps, de notre culture, de notre éducation, de nos mémoire transmise et apprise. Un homme s'est accroupi pour fumer et lire les messages sur son téléphone. Je ne sais pas d'où il vient, peut-être une tour à bureau pas très loin. Il est là, et il donne de l'élégance à cette pente. Au fond, un taxi prend une femme et son enfant. Un peu plus loin des femmes s'abritent du soleil sous leurs ombrelles. Ce n'est pas encore le temps des cigales et les moustiques sont encore discrets.

September 01, 2014 11:33 AM

August 29, 2014

Karl Dubost

Réparer une fenêtre

Rouleau de papier Tsujido, Japon, 21 juin 2014

Comme le matin rit sur les roses en pleurs !
Oh ! les charmants petits amoureux qu'ont les fleurs !
Ce n'est dans les jasmins, ce n'est dans les pervenches
Qu'un éblouissement de folles ailes blanches
Qui vont, viennent, s'en vont, reviennent, se fermant,
Se rouvrant, dans un vaste et doux frémissement.
O printemps! quand on songe à toutes les missives
Qui des amants rêveurs vont aux belles pensives,
A ces coeurs confiés au papier, à ce tas
De lettres que le feutre écrit au taffetas,
Au message d'amour, d'ivresse et de délire
Qu'on reçoit en avril et qu'en met l'on déchire,
On croit voir s'envoler, au gré du vent joyeux,
Dans les prés, dans les bois, sur les eaux, dans les cieux,
Et rôder en tous lieux, cherchant partout une âme,
Et courir à la fleur en sortant de la femme,
Les petits morceaux blancs, chassés en tourbillons
De tous les billets doux, devenus papillons.

Victor Hugo, Vere Novo.

Lorsque la nuit dans un rêve, on donne un coup de pied dans le shoji que l'on déchire, il faut réparer. Il suffit alors d'aller au combini et d'acheter du papier en rouleau qu'il faudra coller sur les montants de bois.

August 29, 2014 01:08 PM

August 26, 2014

David Larlet

Un web omni-présent

Intervention donnée lors des Rencontres de Lure, avec pour thème CHEMINS DE FAIRE, ACTIVER LA PAGE BLANCHE // Traverse. 1h et un public inconnu, bien éloigné de ma zone de confort…

J’ai emprunté plusieurs chemins de traverse au cours de ma vie. Le premier a été de passer de la biologie à l’informatique et plus particulièrement au web. Puis j’ai assez rapidement décidé de travailler à mon compte pour avoir plus de liberté. Je suis ensuite allé au Japon pendant un an pour explorer une nouvelle culture, d’autres modes de vie et de pensée. Et enfin j’ai co-créé une SCOP de retour en France il y a 2 ans. Chacune de ces expériences a été l’occasion de repartir d’une page blanche. Ou presque. De faire en sorte que mon passé et ma culture soient des acteurs de nouvelles interactions dans de nouveaux domaines.

En découvrant le web, j’ai exploré un monde de relations qui n’était finalement pas si éloigné de la biologie. En découvrant la vie de freelance, j’ai pris conscience des enjeux et des responsabilités qui incombent à un chef d’entreprise, chaque client devenant un petit patron. En découvrant le Japon, j’ai appris à apprécier les singularités de la culture française. En découvrant la collaboration, j’ai été confronté aux difficultés d’une approche démocratique.

Aujourd’hui, on expérimente avec scopyleft l’activation de la page blanche des autres pour arriver ensemble à produire le plus de valeur. On a essayé l’agilité avant de se rendre compte qu’il fallait travailler en amont même des projets en s’inspirant des méthodes du Lean Startup (et notamment du Lean Canvas). La vérification de la pertinence d’une idée peut être obtenue avant même de plonger dans la technique à travers des interviews ou des « produits embryons ».

Je me représente le web comme cet univers en expansion. On en définit mal les contours — on sait qu’il s’agit d’amas d’amas de galaxies — que l’on se représente plus ou moins sphérique. Parmi cette multitude d’étoiles, des planètes se sont formées et certaines se trouvent être à des conditions de pression et de température favorables à l’apparition de rencontres. J’ai l’impression d’être un astéroïde qui a atterri par hasard sur la planète des Rencontres de Lure. Afin que l’on partage un vocabulaire commun, j’ai posé 3 questions pour que l’on puisse échanger durant l’heure qui a suivi :

  • Quels sont ceux d’entre vous qui travaillent dans le web ?
  • Quels sont ceux parmi vous qui codent pour le web (html, css, js) ?
  • Quels sont ceux qui ont un compte Facebook ? Twitter ? Gmail ?

Un web

The problem with a centralized web is that the few points of control attract some unsavory characters. […] It’s not just possible, but fairly common for someone to visit a Google website from a Google device, using Google DNS servers and a Google browser on the way.

The Internet With A Human Face

On appelle souvent le web « la toile » ce qui lui donne une représentation concentrique avec l’araignée généralement au centre. C’est une assez mauvaise image du web originel, malheureusement cette métaphore tend à se rapprocher du web actuel. Nous sommes partis d’un web plus ou moins acentré pour arriver à un web qui ressemble à une télévision sur lequel on zappe entre 6 onglets (Google, Facebook, Twitter, Instagram, Wikipedia, Amazon). Cette position donne à ces monopoles une situation préoccupante à triple titre :

  • Ils peuvent fragmenter le web. Certains contenus, certaines données, ne deviennent accessibles qu’en faisant partie de la plateforme. En publiant sur ces sites, vous êtes acteurs de cette fragmentation sous couvert d’élitisme/snobisme.
  • Ils peuvent filtrer le web. Les algorithmes mis en place pour vous afficher les contenus de manière pertinente sont des œillères dangereuses. En ne consultant que ces sources d’information vous devenez prisonniers de bulles de complaisance bien lisses.
  • Ils peuvent monétiser le web. À partir de vos données, de vos relations, de vos interactions, de vos simples explorations. Votre profil prend de la valeur si vous êtes malade, si vous êtes dépensier, si vous tombez enceinte !

Les amas de galaxies dont je parlais en introduction s’agrègent et perdent de leur hétérogénéité. Comment évoluera un réseau en pair à pair avec de telles inégalités entre les pairs ?

On assiste également à une app-ification du web qui sous couvert de simplicité transforme vos interactions à travers le réseau en passant par des boîtes noires qui n’ont plus ni la simplicité des technologies web, ni la lisibilité de leur code.

La diversité sur le web se réduit à tel point qu’une page personnelle vous fait aujourd’hui passer pour un marginal. Voire un suspect ?

Omni

Le coût de la surveillance est beaucoup trop bas.

Lettre aux barbus, Laurent Chemla

On parle beaucoup d’Internet of Things, de Quantified Self ou d’OpenData avec l’idée derrière tout cela que beaucoup de données (Big Data — BINGO!) vont transiter entre nous, nos objets et notre environnement au sens large pour enrichir des hipsters de la silicon valley nous simplifier la vie.

Malheureusement ce dont on s’est aperçu avec Snowden et depuis, c’est que ces données servent surtout à nous tracer à grande échelle. Cette surveillance généralisée est préoccupante pour 3 raisons :

  • Perte de confiance dans le politique. C’était déjà pas la joie mais alors là c’est à vous faire douter de votre intérêt pour la citoyenneté. Les acteurs en puissance ont tout à gagner à ce qu’on les laisse s’amuser entre eux. Mais ce n’est plus de la démocratie…
  • Sentiment d’insécurité et lissage de l’opinion. Si chaque citoyen devient suspect, il faut se fondre dans la masse. Pour tromper les algorithmes, pour tromper les (futurs) drones, pour finir par se tromper soi-même. Et lorsqu’on s’est suffisamment conformé au moule on tape sur la minorité voisine pour évacuer son stress et se sentir vivant. Ou on retweete une cause vraiment juste… mais passagère aussi.
  • Renoncement à une vie privée numérique. Puisque plus rien ne marche, autant vivre avec et arrêter d’essayer de se battre contre des moulins. De toute façon ceux qui ont peur doivent bien avoir quelque chose à cacher ? Ou peut-être que l’on a envie d’un web intime, d’un web qui autorise les erreurs, d’un web qui dénonce les injustices ?

Devant cette surveillance généralisée, pour vivre heureux vivons submergés ?

Présent

Seven generation sustainability is an ecological concept that urges the current generation of humans to live sustainably and work for the benefit of the seventh generation into the future.

Great Law of the Iroquois

Internet n’oublie jamais. On a tous entendu cet adage qui est pourtant relativement faux. Des pages, des photos, des données disparaissent tous les jours. Lorsqu’un service ferme ce sont des milliers, voire des millions de comptes qui sont perdus. J’ai d’ailleurs appelé cela un datacide lorsque l’on assiste à un génocide de données. Cela peut avoir des effets bénéfiques et l’on pense bien évidemment au droit à l’oubli mais le problème est qu’Internet n’agit pas comme une souvenance — la façon dont on se souvient de ce que l’on a vécu — mais comme un journal de bord à moitié effacé. On ne choisit pas ce qui est conservé, on le subit.

Face à cette culpabilité numérique on en vient à une sorte d’exhibitionnisme numérique : plus je publie et moins les choses que je souhaite cacher seront visibles. On obtient des flux sans réflexion, sans espoir d’archivage, sans aucun contrôle. Le lâcher-prise sur ses interactions en ligne est symptomatique d’une inconscience généralisée de l’usage qui peut en être fait.

Ouf ! On a survécu à l’introduction un peu déprimante (j’ai réussi à plomber l’ambiance de typographes — huhu). Si l’on analyse chacun des points de ce web omni-présent, on constate qu’il y a principalement un problème de confort. Le web se fragmente car on ne prend pas la peine d’avoir son propre serveur, se surveille massivement car on est paresseux sur le chiffrement et disparait car l’on n’a pas envie de se soucier de ses traces numériques. Quelles pistes non techniques pour un web plus sain ?

Pistes

Militer

Le militantisme peut avoir un impact s’il est pratiqué à large échelle. La force du web est de pouvoir transmettre et propager des informations très rapidement. Il faut se servir de cet outil à bon escient !

Déconnecter

Je vais prendre mon exemple : je n’ai pas de compte Facebook, j’ai fait plusieurs diètes de tweets, je n’ai plus de smartphone. C’est certainement extrême mais je n’en suis pas mort numériquement pour autant. Je me porte même plutôt mieux depuis. S’interroger sur ses usages permet de prendre conscience de ce qui a vraiment de la valeur.

Innover localement

Je fonde beaucoup d’espoirs dans les initiatives locales. De nombreux projets sont en gestation et se développent autour de petites communautés de façon décentralisée. Une façon de s’adapter à la culture locale, de recréer une sorte d’intimité numérique.

Éduquer

Cette dynamique d’ouverture ne se fera pas sans éducation. Pas seulement auprès des enfants, on n’a malheureusement pas le luxe d’attendre que les nouvelles générations représentent la majorité. Il faudrait une éducation citoyenne de masse, 100 personnes aujourd’hui qui transmettront demain à 1000 autres ? ;-)

Se réapproprier

En utilisant des outils conviviaux tels que les défini Ivan Illich :

  • ne doit pas dégrader l’autonomie personnelle en se rendant indispensable
  • ne suscite ni esclave, ni maître
  • élargit le rayon d’action personnel

Il est temps de se réapproprier ses savoirs pour être à même de réacquérir son autonomie et en offrir à d’autres.

La concentration de galaxies est à l’origine d’une augmentation de la température qui se termine généralement en trous noirs. Quels autres leviers avons-nous pour éviter que le web ne soit aspiré par ces trous noirs ? J’ai démarré le discussion avec cette citation :

Il faut choisir, se reposer ou être libre.

Thucydide, ~2400 av. Facebook

Discussion

Questions techniques

Beaucoup de discussions sur la faisabilité technique d’une telle surveillance. Si l’on fait un premier point sur l’affaire Snowden, le constat est on ne peut plus limpide. C’est même pire après tout ce qui a été découvert depuis…

Questions sur la peur

On m’a demandé de quoi est-ce que j’avais peur, ressortant le fameux Nothing to hide, nothing to fear. Je n’ai pas peur, je m’interroge sur un constat et sur ma participation indirecte à la situation actuelle en étant acteur de ce système. J’explore des solutions et je vais en chercher dans des lieux comme les rencontres de Lure pour y retrouver une certaine naïveté technique et une expérience vieille de quelques millénaires.

Solutions techniques

Il m’a quand même été demandé de donner quelques solutions techniques. Voici des propositions :

Ces 4 points sont très basiques, vous pouvez ensuite vous pencher sur des solutions comme les réseaux privés virtuels (VPN) ou Tor pour aller plus loin.

Le web est une invention précieuse, préservons son graphe : ses liens et ses données.

August 26, 2014 11:00 AM

August 25, 2014

Karl Dubost

Les bas bleus, version japonaise

Visage de femme et couteau Eros Plus Massacre

Les « femmes nouvelles » désirent maintenant la force. Elles veulent avoir la force nécessaire à l’accomplissement de la vocation de leur soi (jiko), elles veulent la force pour apprendre de nouvelles choses, pour se cultiver (shūyō), pour grandir et pour surmonter leurs angoisses.

Raichō Hiratsuka, évolution de la morale sexuelle : Ellen Key, Seitō, août 1913.

Seitō (青鞜), les bas bleus, est un magazine féministe japonais créé en 1911 par Raichō Hiratsuka. Je l'ai découvert aujourd'hui dans un article de la revue Ebisu consacrée au magazine Seitō et notamment cet article, Quand les femmes parlent d’amour… : le discours sur l’amour dans Seitō. Cette phrase de Raichō pour le premier numéro du magazine : Et à l'origine, la femme était le soleil. Plonger dans la littérature et les œuvres des artistes du siècle passé permet souvent de prendre recul face aux stigmates de nos sociétés modernes. Il y a ainsi ce groupe de jeunes femmes passionnées écrivant essai et poésie imaginant l'amour, leur amour avec des opinions différentes mais l'imaginant tout de même. Ce premier pas là de la projection dans un avenir désiré est tout aussi important que celui de la réalisation. Lorsque nous cessons de nous projeter dans le lieu que l'on voudrait réaliser, nous cessons en quelque sorte d'exister. Nous abandonnons.

Raichō Hiratsuka a lu les féministes européennes pendant ses années d'université. La censure d'état bien sûr viendra remettre en question les mots choisis par Raicho et ces femmes qui l'accompagnent dans l'aventure. On y parle d'avortements, de prostitution, d'amour, de maternité. Elle mourût en 1971 après avoir milité après guerre pour le Pacifisme au Japon.

Noe Ito, l'une des éditrices du journal sera interprétée au cinéma par Mariko Okada dans Eros Plus Massacre de Yoshishige Yoshida. Noe Ito, féministe anarchiste, a eu une relation passionnée avec Sakae Osugi, un anarchiste japonais. Elle fût battue à mort par la police militaire après le grand tremblement de terre du Kanto en 1923. Elle avait 28 ans.

Elles ne sont, bien sûr, pas seules. Un groupe de femmes a participé à ce magazine, y compris Chieko Takamura pour les illustrations et le design du magazine.

Groupe de femmes Nouvel an, les membres du magazine Seitō

Quelques références

August 25, 2014 11:39 AM

August 24, 2014

Karl Dubost

Les URLs se cachent pour mourir

Végétation au pied d'un mur Tsujido, 22 juin 2014

Mon âme, aimez la vie, auguste, âpre ou facile,
Aimez tout le labeur et tout l'effort humains,
Que la vérité soit, vivace entre vos mains,
Une lampe toujours par vos soins pleine d'huile.

Anna de Noailles, Voix intérieure.

Doit-on cacher ou pas les URLs ? Quel est le sens de leur lisibilité ? Et pourquoi certains ont peur qu'elles disparaissent de l'interface des navigateurs ?

J'hésite à entrer dans le débat car je suis partagé et ceci depuis très longtemps : Dès que cette adresse fut mémorisable, elle devint un outil de communication important. Aurions-nous maintenant cette guerre des noms de domaine si ceux-ci avaient été cachés ? Imaginez une seconde que tout ceci fût caché.. J'ai l'impression que nos réactions de peur face à l'opacité des URLs est révélateur d'une crainte différente. Ce n'est pas l'URL qui est en jeu, mais la domination et la prévalence d'un certain type d'architecture. Et peut-être, grands Don Quichotte que nous sommes nous nous lançons contre des moulins à vent, plutôt que les vrais enjeux dont le Web est construit aujourd'hui : hypercentralisé.

Réactions :

August 24, 2014 09:15 PM

Les vieilles façades de la Presse en France

Palissade de tole ondulée Tsujido, 22 juin 2014

Enquêtes, enquêtes,
Seront l'unique fête !
Qui m'en défie ?
J'entasse sur mon lit, les journaux linge sale,
Dessins de mode, photographies quelconques,
Toute la capitale,
Matrice sociale.

Jules Laforgue, Simple agonie.

Webarchive est un bel outil pour aller explorer la rouille du Web, puisque tous ces sites ne conservent pas leur histoire visuelle.

Page d'accueil avant et maintenant Le Figaro
Page d'accueil avant et maintenant L'Humanité
Page d'accueil avant et maintenant Le Monde
Page d'accueil avant et maintenant Libération

August 24, 2014 02:22 PM

August 22, 2014

Karl Dubost

Ce soir, après l'école, je…

Homme utilisant un ordinateur dans la rue Ho Chi Minh, Vietnam, 14 juin 2014

Ami, je n'ai Laquais, ni Page,
Qui bien sût faire mon message,
Ne telle chose raconter
Que me sens au cerveau monter
En cette plaine, et bel espace.

Pernette du Guillet, Coq à l'âne.

À chaque génération, les personnes communiquent avec les outils du moment. Les enfants reviennent de l'école

1970… Ce soir, après l'école, je passe chez toi.

1980… Ce soir, après l'école, je te téléphone. (poste fixe, communication à l'unité, parents qui râlent)

1990… Ce soir, après l'école, je t'envoie un « pocketberu. » (message texte sur le beeper)

2000… Ce soir, après l'école, je t'envoie un message texte sur ton mobile. (message texte sur le PHS)

2005… Ce soir, après l'école, je t'envoie un message texte sur Mixi.

Et aujourd'hui dans la rue… deux élèves se quittent. 2014… « Ce soir, après l'école, je t'envoie un message texte sur Line. »

August 22, 2014 01:15 PM

Fausse citation : H.G. Wells

tête de dragon émergeant de l'eau Ho Chi Minh, Vietnam, 14 juin 2014

Le savoir n'aurait donc aucun charme puissant
S'il n'était pas suivi d'un triomphe brillant,
Et tu lui préféras une vaine fumée,
Qui n'est pas la solide et bonne renommée
Sans compter direz-vous combien il est flatteur
D'entendre murmurer : C'est lui, ce grand auteur,
D'entendre le publie en citer des passages,
Et même après la mort admirer ses ouvrages ;

Gérard de Nerval, Les écrivains.

Encore une autre vraie fausse citation, après Proust et celle de Saint-Exupéry, voici un tweet de Ilya Grigorik

"statistical thinking will be one day as necessary for efficient citizenship as the ability to read and write" - H.G. Wells… yes, please!

Ilya Grigorik.

Curieux, je me suis demandé d'où la citation provenait sans succès. Finalement, un site Web m'a donné la clé du mystère. La citation exacte est « Statistical thinking will one day be as necessary for efficient citizenship as the ability to read and write! » L'auteur est Samuel S. Wilks (1906 - 1964), un mathématicien en statistique. La phrase est extraite d'un discours présidentiel à l'association américaine de statistiques que l'on peut trouvée dans JASA, Vol. 46, No. 253., p. 1-18.. Et apparemment Wilks réinterprétait une phrase de H.G. Wells (1866 - 1946) écrite dans un essai : « Mankind in the Making »

The great body of physical science, a great deal of the essential fact of financial science, and endless social and political problems are only accessible and only thinkable to those who have had a sound training in mathematical analysis, and the time may not be very remote when it will be understood that for complete initiation as an efficient citizen of one of the new great complex worldwide States that are now developing, it is as necessary to be able to compute, to think in averages and maxima and minima, as it is now to be able to read and write.

H.G. Wells, Mankind in the Making.

Statistiquement la vraie fausse citation a été répétée tant de fois, qu'elle est plus probable que l'originale…

August 22, 2014 11:39 AM

August 18, 2014

Karl Dubost

Les grands espaces

homme urinant entre deux affiches Ho Chi Minh, Vietnam, 15 juin 2014

Au-dessus des arbres, nous n'avions pas vu que tout à coup le ciel devenait noir, l'eau ruisselle, se déverse à oppression à torrents sur nos têtes ; vite réfugions-nous là-bas, près d'un grand Bouddha songeur, à l'abri de son toit de chaume.

Pierre Loti, Propos d'exil.

À l'homme pressé, à l'homme debout, la précipitation des envies quotidiennes ne se réalise que dans les grands espaces intimes. Il faut savoir choisir son lieu afin de rêver.

August 18, 2014 01:16 PM